Chapitre 7 – Excalibur (seconde partie)

Albus et Severus marchaient ensemble vers le bord de la mare. Bien qu'il fut encore tôt, le soleil d'été était réveillé depuis longtemps et l'air était à la fois chaud et doux. Très peu de sons étaient là pour briser la paix exquise, juste un saut de poisson ou un coassement de grenouille. Minerva était assise sur un rocher non loin, jouant avec l'ourlet de ses robes et essayant de laisser à Albus du temps pour parler avec l'enfant. Le Directeur avait tenté de la convaincre de participer à cette conversation avec Severus, mais elle avait fermement refusé, répétant qu'Albus était la seule personne en qui Severus avait maintenant pleinement confiance. Albus savait qu'elle avait tort – Severus n'avait pleinement confiance en personne. Cependant, il était à peu près sûr que la foi du garçon envers la directrice adjointe était au moins aussi solide que celle qu'il avait envers lui. Et peut-être mieux placée. Il se demanda pour la énième fois ce jour s'il devait vraiment faire ça. Etait-il vraiment sage de libérer la magie qui avait été enfermée pendant près de quarante ans dans une pièce close ? Allait-il réveiller des souvenirs anciens, pénibles pour le garçon ? Quel effet cela aurait-il sur l'enfant ? Qu'est-ce qui n'allait pas dans ce que l'enfant était maintenant, d'ailleurs ? Il était devenu un Maître de Potions respecté, n'était-ce pas suffisant ? Non, la vérité était que ce n'était pas suffisant. Severus avait été conçu pour être plus, et entraver sa vie une seconde fois n'était pas lui rendre justice.

Retirer un tel sort ne serait pas pour autant une chose facile. Si Severus était bel et bien aussi puissant que ce que les symboles indiquaient, il avait dû falloir à un sorcier sacrément puissant de sérieux efforts pour placer cette magie dans un sceptre et l'y enfermer. Oui, Severus était petit à l'époque et sa magie n'était pas développée, mais s'assurer qu'elle resterait ainsi nouée toute sa vie n'était pas un mince exploit.

Albus s'assit sur une pierre et tenta d'attirer le garçon sur ses genoux, mais l'enfant se dégagea en se tortillant et s'assit par terre à côté de lui. Il avait trouvé plus tôt un petit bâton et commença aussitôt à fouiller le sol mou avec. Un instant plus tard, il ramassa triomphalement un ver et le fourra dans la poche de son pantalon. Albus retint sa grimace, et le garçon continua sa récolte d' 'ingrédients de potions'.

Albus réfléchit encore un moment. Il avait connu le père de Severus – Augustus Rogue. Oui, il lui avait enseigné à une époque. Il était aussi acariâtre adolescent que l'était Severus adulte. Mais il était loin d'être aussi brillant que son héritier, et de plus particulièrement cruel. Un soir, Albus l'avait attrapé en train de torturer les souris qu'il gardait dans la salle de classe pour les exercices de Métamorphose. Augustus les utilisait pour amuser un groupe de Serpentard avec ses capacités en maléfices. Après son diplôme, le garçon était entré en affaires avec certains de ses camarades les plus louches. Mais peu de ces 'affaires' avaient fonctionné, et quand un audit de sa dernière combine avait été effectué par le Ministère, Augustus avait perdu en taxes ce qui restait de la fortune familiale. Après ça, Albus avait peu entendu parler de lui jusqu'à sa fameuse mort au cours d'une attaque contre des Aurors du Ministère.

Albus secoua la tête. Cet homme ne semblait tout simplement pas assez intelligent ou puissant pour avoir agi seul. Et s'il avait fait, ou trouvé de l'aide, il restait la question du 'pourquoi'. Pourquoi un homme bâillonnerait-il la magie de son unique héritier ? Surtout quand cet héritier n'était qu'un bébé. Severus n'avait quand même pas pu formuler des opinions contraires à celles de son père à un tel âge ? Oui, il était peu plausible qu'il ait parlé à l'époque.

« Eh bien » dit à voix haute le vieux sorcier « nous ne trouverons jamais la réponse à ces questions en nous contentant des soliloques d'un vieil homme. Je vais avoir besoin de ton aide, mon enfant. J'ai besoin de regarder à nouveau dans ton esprit. Cette fois, j'aimerais savoir ce dont tu te souviens à propos de ton père. »

Au mot 'père', Severus leva vivement la tête pour foudroyer le directeur du regard.

Albus hocha la tête avec tristesse. « Oui, je sais que ce ne sont pas tes meilleurs souvenirs. Je n'ai pas besoin de les voir tous. Juste quelques uns. Tu me laisses regarder?" Il tendit la main vers le garçon.

L'enfant aux cheveux sombres resta assis par terre, cloué sur place un moment. Puis il se détendit de façon visible, prit la main offerte et laissa le vieux sorcier l'asseoir sur ses genoux. Albus sourit à l'enfant, et tenta d'ignorer la sensation des vers se tortillant dans les poches du garçon. Il frotta la terre des petites mains et tendit deux caramels durs à l'enfant. « Tu vas en avoir besoin. » dit-il en clignant de l'œil.

Quand le garçon eut mis les bonbons dans sa bouche, Albus plaça une main sur sa tempe. « Legilimens » murmura-t-il.

Albus se tenait, seul, dans la pièce aux nombreuses portes. Des rubans de fumée s'échappaient toujours de sous la porte scellée par de la pierre. Une autre porte était grande ouverte – c'était la chambre blanche, et Albus pouvait apercevoir le tourbillon de couleur au loin. Une autre porte, dont Albus se souvenait, menait aux souvenirs les plus récents de Severus. Mais où étaient cachés ses anciens souvenirs ? « Montre-moi » demanda-t-il gentiment.

Albus se sentit tiré vers une porte vieille et usée à l'extrémité de la pièce. Cette porte était en bois, et semblait avoir connu des jours meilleurs, mais elle était fermée. Albus tendit le bras pour la tirer, au cas où elle n'était pas verrouillée, et fut immédiatement transporté dans un salon vieux style aux tentures fanées et aux meubles usés. Un petit bébé était assis près de la cheminée, alors qu'un homme et une femme se hurlaient dessus. Le directeur pouvait entendre la haine dans le ton de leur voix, mais à part quelques mots de loin en loin, il ne comprenait pas ce qu'ils disaient. Il réalisa vite que c'était parce que Severus était bien trop jeune à l'époque pour comprendre beaucoup de mots.

Pendant ce temps, Augustus faisait les cent pas en tempêtant, s'arrêtant parfois pour regarder l'enfant d'un air féroce. Sa femme, qu'Albus n'avait jamais rencontrée – elle avait été éduquée à domicile, comme il était souvent coutume de faire dans les familles Sang Pur – ne pouvait pas avoir plus de vingt ans. L'homme lui faisait visiblement de plus en plus peur, car alors que ses gestes devenaient plus vifs, elle cessa de crier et se plaça entre Severus et son mari. Enfin, Augustus se tut et s'approcha d'elle. Il la toisa de toute sa hauteur et feula quelque chose. Elle secoua la tête d'un air de défi, et il répondit par une gifle – le coup l'atteignant à l'oreille. Le petit enfant rampa jusque devant sa mère et la regarda. Le sang coulait sur sa joue et son cou, jusque sur ses robes gris clair. Augustus retroussa la lèvre et leva à nouveau la main.

Cela se produisit à ce moment là. Albus vit ce qui semblait être un jet de lumière émaner des yeux du bébé. Il se dirigea droit vers le père et l'instant d'après, l'homme fut soulevé du sol et lancé à travers la pièce comme une poupée de chiffon. Il percuta violemment le mur et s'écroula au sol, un cadre tombant sur lui. Le souffle coupé, Augustus se remit sur ses pieds. Il balaya la pièce du regard à la recherche de l'origine de la magie et s'arrêta sur sa femme. Il lui cria quelque chose et commença à s'approcher à grands pas. A nouveau un jet de lumière depuis les yeux du bébé, et à nouveau Augustus vola à travers la pièce. Cette fois, presque chaque objet non fixé se mit à vibrer, un son aigu emplit la pièce. La vive lumière continuait à jaillir des yeux du bébé, comme la lueur d'un phare magique. Augustus le remarqua et pointa un doigt tremblant vers son fils. La mère de Severus tourna la tête vers l'enfant et le vit aussi. Elle se pencha et souleva le bébé, et la lumière, comme le sentiment de pouvoir qui emplissait la pièce, disparurent.

L'instant d'après, Albus était dans un autre souvenir, cette fois dehors. La petite tête de Severus apparut par-dessus le bord du landau. Son père tenait un autre homme plaqué contre un arbre, sa baguette pointée sur sa gorge. Sa mère tirait, affolée, sur ses robes. Enfin, Augustus relâcha l'homme qui transplana immédiatement. Le mari furieux se tourna ensuite vivement vers sa femme, pointa sa baguette sur elle et cria quelque chose. Elle tomba à terre et commença à se tordre de douleur. Augustus se pencha au dessus d'elle, continuant à hurler furieusement, sa baguette toujours pointée sur elle. Puis un jet de lumière venant des yeux du bébé apparut, suivi par un rayon qui frappa son père en pleine poitrine. L'homme fut à nouveau soulevé du sol. Mais cette fois il se mit à tournoyer sur place, de plus en plus vite. La mère de Severus s'assit, récupérant. Elle regarda son mari, puis le bébé. Elle sauta sur ses pieds et courut vers Severus, secouant la tête et agitant frénétiquement les bras. Severus laissa son regard retomber et Albus heurta le sol au moment où la mère de Severus l'atteignait.

Les souvenirs se succédèrent. La plupart montraient le comportement de plus en plus violent d'Augustus envers le garçon ou sa mère. Alors que Severus semblait tolérer les attaques contre son petit corps, le plus souvent une gifle ou une secousse, il utilisait sa magie chaque fois qu'il voyait sa mère se faire agresser. Parfois même, il intervenait sur la simple base d'un regard menaçant envers elle.

Soudain, le flot de souvenirs s'arrêta et Albus se retrouva dans une chambre obscure. L'enfant était allongé dans son petit lit, regardant à travers les barreaux son père manipuler un gobelet de cristal, y versant une dose de liquide soigneusement mesurée. Il préparait de toute évidence une sorte de rituel. Plusieurs bâton d'encens brûlaient et un cercle de talismans entourait presque toute la pièce. Sur un des bords du lit était attaché ce qui ne pouvait être que la queue d'un Thestral. Albus frissonna. Il savait ce qu'Augustus faisait. Ça n'allait pas être un sort de limitation. C'était un véritable blocage magique. Un sort autrefois utilisé contre les sorciers et les sorcières bannis du monde magique, mais aujourd'hui illégal. Très illégal, et très Magie Noire aussi. Quelqu'un toqua à la porte, et Augustus entrouvrit, jetant un coup d'œil dehors. Il ouvrit la porte d'avantage et laissa se faufiler dans l'embrasure un Tom Jedusor relativement jeune et beau.

Severus était un peu plus âgé dans ce souvenir. Même si Albus possédait peu d'expérience de cette tranche d'âge, il estima que le garçon avait entre 18 et 20 mois. Les mots étaient plus clairs maintenant, même si les deux hommes ne faisaient presque que chuchoter. Jedusor regarda les préparations d'Augustus et hocha la tête avec un mauvais sourire. Ils s'approchèrent ensuite de Severus, Jedusor tenant le gobelet.

"Miam, très bon" fit la voix. Lisse comme de la soie. Il tendit le gobelet au garçon.

Severus regarda d'un air méfiant son père qui arborait maintenant un large sourire. « Bois, mon garçon. Maman ojswhbrfoi oebfdoiihf fière. » Albus n'avait pas besoin de comprendre tous les mots pour savoir que l'enfant était sur le point de se faire rouler.

Severus s'assit et se pencha vers le gobelet. Jedusor l'appuya sur ses lèvres et prit soin d'incliner la tête du garçon d'une main délicate. « Qgasfkjsnhe, bon garçon. »

Quand Severus eut fini de boire, Jedusor reposa le gobelet et dit quelque chose à Augustus. Les deux hommes prirent leurs baguettes, et de sa grande main Augustus poussa le petit corps de Severus contre le matelas, tout du long faisant mine de sourire à son fils. Jedusor posa la main sur la tête du garçon et la maintint en place. Severus plissa les yeux, mais resta coopératif.

Sur un hochement de tête de Jedusor, les deux hommes placèrent la pointe de leurs baguettes derrière l'oreille gauche de Severus. Ils se mirent ensuite à chanter ensemble une incantation. Alors qu'ils chantaient, le petit garçon semblait de plus en plus mal à l'aise. Il était évident pour Albus qu'il souffrait. La réponse d'Augustus fut de le maintenir plus fermement en place. Severus commença à se tortiller désespérément mais avec les deux homes qui le tenaient fermement, il ne pouvait pas s'échapper. « Non, non. Nooooon" cria-t-il.

« Donc, à une époque il parlait. » se dit le directeur, spectateur forcé, impuissant à agir pour aider le petit garçon ou même le réconforter. Puis les yeux de Severus s'agrandirent, et un rayon lumineux en sortit. Comme sa tête était plaquée sur le côté, le rayon frappa le gobelet de cristal qui avait été posé sur une table. Le gobelet vola en éclats et des morceaux de verre furent projetés dans toute la pièce, heurtant le lit, le sol et la table. Un morceau frappa le bras d'Augustus, un autre fendit comme une lame le flanc de l'enfant. Il cria de douleur. Augustus avait failli s'arrêter quand le gobelet avait explosé, mais la voix de Jedusor ne frémit même pas.

Quelques minutes plus tard, une aura vert pâle commença à entourer le garçon, qui en était pratiquement à hurler. Puis un son aigu emplit la pièce. Une autre minute plus tard, les lumières vacillèrent et les talismans commencèrent à vibrer. La voix de Jedusor, accompagnée par celle d'Augustus, se fit plus forte, atteignant un sommet de pouvoir. Ce fut alors qu'un tourbillon de couleurs se forma au dessus du garçon, tourbillonnant autour de lui et prenant enfin la forme d'un entonnoir. Augustus avala nerveusement sa salive mais Jedusor souriait d'une oreille à l'autre en continuant son incantation.

A ce moment, Albus réalisa que quelqu'un frappait furieusement à la porte, et criait. Une voix de femme suppliait Augustus d'ouvrir la porte. Severus essayait désespérément de tourner la tête vers la voix de sa mère, mais sans succès. Il ne pouvait pas échapper aux deux hommes. Des « Maman, maman » se firent entendre à travers les sanglots.

Et soudain la tornade de couleurs se déplaça jusqu'au dessus de la tête de l'enfant, sa pointe se dirigeant vers ses yeux. Elle tourna de plus en plus vite, les couleurs se mélangeant dans la vitesse, jusqu'à ne plus montrer qu'un cylindre d'argent. « Le sceptre » pensa Albus. Et puis avec un vif jet de lumière, la superbe représentation des pouvoirs magiques de Severus disparut dans son corps. Le bruit et les vibrations cessèrent, ainsi que les incantations.

Jedusor, et le père de l'enfant, lâchèrent l'enfant et se sourirent. Les coups à la porte continuèrent. Les hommes se serrèrent la main et se dirigèrent vers la porte. Augustus l'ouvrit et la mère de Severus tomba tête la première. Le futur Seigneur des Ténèbres passa simplement au dessus d'elle et sortit. Elle se leva et regarda autour d'elle, horrifiée. Elle courut aussi vite qu'elle le put vers le lit et tendit les bras, tirant le petit garçon vers elle. Elle le serra contre elle.

« Oh Severus, mon Severus. »

Albus remarqua qu'alors que le petit garçon semblait sangloter, il n'émettait pas le moindre son.


Qui avait deviné ?

Le prochain chapitre, très différent et beaucoup plus vivant – je ne vous dis que ça – devrait paraître plus rapidement que celui-ci.

N'hésitez pas à reviewer, on va voir combien de synonymes de « salaud » vous allez pouvoir me trouver !