Chapitre 7 – De découvertes en découvertes

L'aide providentielle de Dumbledore arriva le lendemain quand il lui demanda de le rejoindre avant le dîner.

- Albus, pourquoi tant de mystères ?

La porte s'ouvrit et laissa apparaître Adrian. Le vampire fut interloqué en voyant les deux sorciers se tourner vers lui.

- Vous m'avez fait demander ? lança-t-il d'un air détendu.

- Oui, je vous en prie, prenez place, répondit le directeur en désignant un des fauteuils près de son bureau, Amalia occupait le second.

- Non merci, je préfère rester debout si vous le permettez.

- Je ne le permets pas, répliqua sèchement Dumbledore.

- Soit, puisque vous insistez…

La jeune femme observa son tuteur, étonnée par ce soudain changement de comportement. Elle se crispa à l'approche du visiteur, prête à bondir au moindre geste de travers. Certes, elle avait convenablement dormi grâce à la présence de son protecteur dans le même lit mais les images de l'agression de la veille flottaient devant ses yeux par intermittence.

- Je vous ai fait venir ici aujourd'hui pour clarifier notre position dans le cadre des négociations que nous avons débuté avec votre peuple.

Il posa un regard froid sur Adrian par-dessus ses lunettes.

- Le but est de rédiger un accord, pas de marchander notre ambassadrice.

L'expression du vampire passa du sourire hautain à une moue crispée. Il serra les accoudoirs et s'enfonça dans le dossier.

- C'est donc de cela dont il est question ?

- Amalia est une alliée de choix mais vous savez déjà qu'elle est aussi libre que le vent.

Le vieux sorcier lui adressa un regard bienveillant avant de reprendre à l'attention de son visiteur.

- Nul ne peut la contraindre à accepter votre offre. Si vous voulez conquérir son cœur, il vous faudra user de vos atours et non du chantage. Concernant notre traité, soit vous entrez dans de meilleurs dispositions, soit votre présence n'est plus souhaitée à Poudlard.

Adrian toisa avec raideur le directeur pendant de longues minutes. Amalia était nerveuse, elle craignait que le vampire ne quitta la pièce et même le pays sans qu'un accord ne soit acté. Il finit par se lever.

- Vous devez être connecté par la pensée à mon serviteur Ragus ! Il m'a dit exactement la même chose ce matin. Comme quoi, les grands esprits se rencontrent ! déclara Adrian en riant. J'ai bien compris votre avertissement, je m'y conformerai. Amalia, Albus, je vous souhaite une agréable soirée.

Il les salua d'un geste théâtral et emprunta l'escalier en colimaçon sans ajouter un mot.

- Aurais-tu la naïveté de croire qu'il va se calmer ? demanda l'enseignante, les yeux rivés sur le foyer de la cheminée.

- J'ai peine à l'imaginer mais seul l'avenir nous le dira.

- Si tu n'as plus besoin de moi, je vais rejoindre Tonks pour parler chiffons !

Dumbledore émit un rire étouffé en imaginant les deux femmes discuter de sujets aussi banals.

- Passe une bonne soirée et fais attention sur le chemin.

Elle salua son tuteur et s'enveloppa dans sa cape bordée d'hermine. La capuche la protégea du froid et heureusement, la neige avait cessé de tomber depuis quelques jours. Les oreilles au chaud, Amalia ne se rendit pas compte qu'une silhouette sombre la suivit vers le village de Pré-au-Lard, jusqu'au moment où elle voulut rabattre la porte du pub. Elle sentit une main se refermer sur la sienne et pivota, inquiète.

- Attends... souffla Adrian d'une voix caressante.

- Qu'est-ce que tu viens faire ici ?

- Les Trois Balais me sont interdits maintenant ? répliqua-t-il d'un ton innocent. Ne crois pas que je te surveilles. Comme l'a si bien dit Dumbledore, tu es une grande fille. Tu as le droit de faire ce que tu veux de ton temps libre...

Il balaya du regard la taverne à la recherche d'un visage connu pour lequel Amalia aurait bravé la nuit. Pour sa part, elle ne répondit pas et grimpa les marches de l'escalier en bois après avoir salué Madame Rosmerta, Tonks apparut juste avant que son pied ne se pose sur le pallier.

- Hé ! Salut ! Je suis contente de te voir !

- Bonsoir Tonks, c'est toi que je cherchais !

- On s'installe en bas ? Je n'ai pas encore mangé et je n'aime pas que ma chambre sente la nourriture.

Elles prirent place à une petite table ronde en face d'une fenêtre. Dehors la lune était couverte par un voile laiteux de nuages gris, une nouvelle averse s'annonçait.

- J'ai reçu une lettre de Remus mais je n'ai pas encore eu le temps de l'ouvrir. Comment vont vos relations ? débuta Amalia en déposant sa cape sur le dossier de sa chaise.

- Je ne sais pas trop...

- C'est-à-dire ?

- Il est distant et je n'arrive pas à comprendre pourquoi.

- J'avais bien remarqué ce fait lorsque nous étions à la boutique de Fred et George. Il s'est passé quelque chose ?

- Euh... nooooooooon ! s'empressa de répondre Tonks d'une voix étonnement aiguë.

La tenancière du bar lui apporta une assiette fumante d'un ragoût d'agneau et deux Bièreaubeurres.

- Tonks ? gronda Amalia, mais l'Auror plongea son nez dans son assiette. Nymphadora ?

- Ne m'appelle pas Nymphadora ! s'exclama-t-elle, le teint soudain rouge.

- Ah ! Je vois que tu n'as pas perdu l'usage de ta langue. Alors, que s'est-il passé ? Ne me fais pas croire que Remus a développé une phobie des femmes. Ce comportement ne lui ressemble pas, j'aurais dû le comprendre dès la rentrée.

- Hum…, débuta la sorcière avant d'avaler une pomme de terre. Nous avons été envoyés en mission pour l'Ordre afin de surveiller la maison d'un homme que Dumbledore soupçonnait d'être un Mangemort. Nous étions tous les deux seuls, dehors, dans le noir. Il n'y avait pas un chat ni de mouvement dans la maison et j'ai dit un truc innocent pour voir s'il réagirait...

- Oui ? demanda Amalia en se massant l'arrête du nez, redoutant le moment où tout s'éclaircirait.

- Bah, j'ai juste dit qu'il y avait quelqu'un que j'aimais bien dans l'Ordre, tu vois ?

- Sois plus précise s'il te plaît, que j'ai tous les éléments...

- On parlait des membres de l'Ordre et j'ai dit une bêtise sur Sirius du genre « il est resté beau même après Azkaban ». Et là tout de suite, il s'est mis à marmonner !

- Tu me désespères ! Sirius a toujours été le plus mignon de la bande, celui qui avait toutes les filles ! Remus a dû croire que tu avais un faible pour lui !

- Ah mais non, je voulais juste faire un compliment sur un de ses amis et sa réponse m'a mise en colère ! Je lui ai dit que s'il levait un peu le nez, il verrait qui m'intéresse vraiment !

Amalia la regarda d'un air désabusé, ses amis se comportaient comme deux adolescents. Ils s'aimaient et connaissaient leurs sentiments mutuels pourtant ils étaient trop fiers ou trop encrés dans leurs convictions pour se l'avouer.

- Est-ce que vous vous êtes dit clairement que vous vous aimiez ?

Tonks baissa le menton vers son assiette et ne répondit pas.

- Comment s'est passé la suite ?

- Il n'a pas semblé comprendre ma remarque, peut-être trop subtile.

- Subtile... Toi ? Être subtile ?

- Bref, après ça il a accepté moins de missions avec moi. Je crois qu'il préfère encore m'éviter pour ne pas avoir à admettre ses sentiments ! Je fais fuir l'homme que j'aime ! gémit l'Auror en plantant ses couverts dans la viande.

- Mesdames, j'ai deux verres pour vous, interrompit Madame Rosmerta.

- Merci mais nous n'avions rien commandé…, débuta Amalia avant de voir Adrian lui faire signe derrière la tenancière.

- Ça vient du bel homme au comptoir.

- Rrrrrrrr ! pesta le professeur d'Histoire.

- Oh ! Qui est-ce ? s'étonna Tonks.

- Personne. Nous refusons Madame Rosmerta, merci de vous être donnée la peine de nous servir.

La femme fronça les sourcils et retourna vers ses autres clients sans poser plus de question, Tonks pour sa part était déçue.

- Mais pourquoi tu as renvoyé les consommations ? On aurait pu boire gratis !

- Crois-moi, avec lui rien n'est gratuit ! rouspéta Amalia en veillant à ne surtout pas regarder vers le comptoir.

- Aller, c'est qui ? Je vois bien qu'il fait partie de la délégation de vampires, on dirait qu'il a un faible pour toi ! Il ne t'a pas lâché des yeux depuis qu'on s'est mise à table !

- C'est Adrian, mon ancien compagnon, celui qui m'a mordu à la lèvre...

Une expression révoltée se dessina sur le visage de l'Auror, elle ouvrit la bouche pour s'exprimer au moment où un raclement sur le parquet attira leur attention.

- Bonsoir Mesdames, puis-je me joindre à vous ?

Le vampire était à cheval sur une chaise tournée, les coudes posés sur le dossier. Il souriait alors que dernière lui, les conversations s'étaient tues.

- Vous pouvez vous occuper de vos affaires, merci ! cria Tonks à tous les curieux qui les observaient.

- J'espère que je ne vous dérange pas, comme vous avez refusé mon présent...

Tonks resserra sa main sur sa baguette posée à côté de son assiette.

- Cette conversation est privée, pourrais-tu t'en aller ? demanda Amalia du ton le plus poli qu'elle puisse employer.

- Alors vous êtes une amie d'Amalia ? débuta-t-il en ignorant la demande. Depuis quand la connaissez-vous ? Je suis certain que vous avez mille choses à me raconter à son sujet comme son fiancé par exemple ! Je l'ai rencontré !

- Pardon ?

Tonks manqua de s'étouffer avec sa boisson.

- Rien, oublie. Il prêche le faux pour savoir le vrai...

Amalia leva les yeux au ciel.

- Ah ? Ton amie n'est pas au courant ? Comment cela peut-il être possible ? s'étonna faussement l'importun. A moins que ton collègue n'aime juste fanfaronner ?

- Qui ça ? Amalia, de quoi est-ce qu'il parle ? réclama l'Auror en reposant son verre.

- Comment ? Vous ne connaissez pas encore le fameux professeur de Défense Contre les Forces du Mal ?

- Quoi ? Rogue ?

La réaction surprise de Tonks exaspéra Amalia, elle bascula la tête en arrière et souffla.

- S'il te plaît, ne rentre pas dans son jeu ! supplia-t-elle dans l'espoir de faire partir Adrian mais il continua :

- Hum hum, apparemment ils passeraient beaucoup de temps ensemble. Vous n'en saviez rien ?

L'Auror plissa les yeux et détailla son amie avant de répondre.

- Non, vous faites certainement erreur. Il n'est pas assez bien pour elle et puis c'est un malotru et un cœur de pierre. Dans tous les cas votre histoire ne tient pas la route !

- Ah ! soupira-t-il de triomphe. Je savais qu'aucun homme ne pouvait m'égaler. Après m'avoir eu dans leurs vies, les femmes ne retrouvent jamais de partenaire... D'ailleurs je ne me suis même pas présenté ! Veuillez me pardonner, avec mon rang j'en oublie parfois que tout le monde ici ne me connais pas encore sous...

- Bon, maintenant que tu as eu les réponses à tes questions, pourrais-tu nous laisser ?

Amalia affichait un sourire carnassier qu'elle perdit à l'instant même où le vampire reprit sa place au comptoir.

- Pourquoi est-ce qu'il croit qu'il y a quelque chose entre Rogue et toi ? murmura Tonks pour ne pas être entendue.

- La raison est simple : Adrian est très jaloux et possessif. Il n'y a pas d'autre homme d'à peu près mon âge à Poudlard, tu as là tous les ingrédients pour qu'il lance des rumeurs stupides...

L'Auror la fixait attentivement.

- Oh ! Je suis seule, je te le jure ! Arrête de me regarder comme ça et finis ton repas ! Ton ragoût va être froid !

Tonks s'exécuta mais eut beaucoup de mal à continuer la conversation sur un autre sujet. Ces révélations étaient croustillantes et rendaient son quotidien morne un peu plus coloré.

oOo

Le chemin du retour s'annonçait laborieux car d'une part, Adrian attendait qu'elle sorte pour la suivre et d'autre part, une averse s'était abattue sur Pré-au-Lard il y a une heure. Le vent avait été si violent que la pluie passait à travers les joints des fenêtres de la taverne.

- Je vais te laisser. Il est tard et je dois encore regagner le château avant que Rusard ne ferme définitivement la porte.

- Fais attention à toi sur le chemin ! recommanda Tonks.

- Ne t'en fais pas, je sais que je serai surveillée...

Elle fit un geste de la tête vers le comptoir où Adrian salua l'Auror avec un sourire en coin. Amalia rabattit sa capuche sur ses cheveux et quitta la salle aussi vite que possible, fonçant sous la pluie battante. Un mur de fourrure l'arrêta dans son élan, elle releva la tête pour s'excuser quand elle reconnut la voix de son ami.

- Alors jeune fille, on brave la tempête ?

- Excuse-moi Hagrid, je voulais rentrer au château et j'espérais courir assez vite pour ne pas donner à Rusard une bonne raison de me réprimander !

- Ça tombe bien, Dumbledore m'a demandé de venir te chercher et j'ai pensé à prendre un parapluie !

Le demi-géant présenta un parasol en toile cirée d'un bleu pastel avec des pois blanc. Cette nouvelle fut accueillie avec soulagement car Adrian s'était levé aussi vite qu'elle pour la suivre et l'irruption du garde-chasse arriva à point nommé.

- Allez, viens ! Je n'aime pas te savoir dehors par ce temps !

Le vent était tombé mais la pluie formait un rideau dense et froid. Le garde-chasse et l'enseignante marchaient côte à côte sous l'immense parapluie de fortune qui formait un halo sec autour d'eux.

- Hagrid, pourquoi Dumbledore voulait-il que tu viennes à ma rencontre ?

- Il a vu Adrian te suivre lorsque tu es partie. Je crois qu'il ne l'aime pas beaucoup et moi non plus,... et les centaures non plus d'ailleurs !

La remarque de Hagrid la rassura.

- Heureusement que vous êtes là pour prendre soin de moi...

- Tant qu'il y aura Dumbledore à Poudlard, ça restera l'endroit le plus sûr de la Terre ! s'exclama le demi-géant avec un rire tonitruant.

- Oui, tu as bien raison !

Malgré le temps, la balade fut agréable car son compagnon de route égaillait la conversation par des anecdotes surprenantes sur ses cours de Soins aux créatures magiques. Amalia arriva au perron du château, étonnée qu'ils aient été si rapides.

- Je te laisse ici, tu seras en sécurité, conclut-il. Passe une bonne nuit !

- Merci Hagrid, toi aussi dors bien !

Fort heureusement, la porte d'entrée était toujours ouverte. Les couloirs étonnement déserts pour un samedi soir étaient éclairés par les torches aux murs, aucun fantôme et aucune ombre ne croisa sa route jusqu'à son appartement. Mouillée mais pas trempée, la jeune femme déposa sa cape devant la cheminée et se mit en pyjama. Elle allait se glisser sous sa couette quand son attention se reporta sur l'enveloppe qui dépassait de la poche de son vêtement de pluie. Avec la scène aux Trois Balais, elle en avait oublié d'ouvrir la lettre de Remus. Amalia cassa le cachet de cire et découvrit les mots de son ami.

Amalia,

Je te remercie pour ton dernier courrier car il m'a réconforté sur Dora. Je sais que tu réprouves mon comportement mais je tiens à te rassurer sur mes sentiments. Pour la première fois de ma vie, je suis tombé amoureux et je sais que l'objet de mon attention me porte la même affection. Cependant, je pense toujours que je ne suis ni assez riche, ni assez beau pour prétendre à son cœur. Je dois être pour elle un fantasme passager qu'elle oubliera lorsqu'elle verra la situation avec de la distance car elle mérite mieux. Dora est jeune, en pleine santé, elle voudra avoir des enfants et je ne souhaite toujours pas prendre le risque de transmettre cette malédiction infâme.

Les circonstances me pèsent. Si nous n'étions pas en état de guerre, je serais parti chercher un emploi ailleurs pour ne pas la voir tomber dans les bras d'un autre. Alors j'ai préféré garder mes sentiments pour moi et savourer secrètement les moments passés ensemble jusqu'à ce que sa présence ravive en moi la réalité de cette situation : plus je passe de temps avec elle et plus je souffre de savoir que nous ne pouvons être ensemble. De son côté, elle ne se tourne pas vers un avenir plus raisonnable.

Alors j'ai décidé de ne plus la voir et de répondre à minima à ses lettres. Ne crois pas que mon comportement soit une preuve de méchanceté, j'espère que la distance apaisera nos maux.

Je t'embrasse,

Remus

Amalia soupira en lisant ces lignes, l'entêtement de son ami le conduisait à faire souffrir deux personnes alors que les choses auraient pu être plus simples. Elle s'endormit en se promettant de lui répondre dès le lendemain.

oOo

En plus des vampires, la bibliothèque de Poudlard avait eu l'immense privilège d'accueillir une foule de chercheurs célèbres venus parfois des quatre coins du monde pour consulter les rares collections du collège. Les longs linéaires s'étalaient sur une cinquantaine de mètres jusqu'à la réserve, en trois rangées distinctes. Des tables de lecture avaient été installées au pied des étagères pour permettre la consultation sur place. Ça et là, des espaces plus grands étaient aménagés pour les travaux de groupe, toujours dirigés dans un silence monacal. Le lieu était désert en ce dimanche matin, Amalia était dans la réserve, le menton posé sur une main elle regardait les gros flocons tomber à travers la fenêtre. Les averses froides de la veille signaient définitivement la fin de l'automne et le début de l'hiver. La neige se collait sur les carreaux et fondait lentement au contact du verre chauffé par l'intérieur du château. Perdue dans ses pensées, elle n'entendit pas Madame Pince arriver.

- Puis-je vous aider Miss Richards ?

- Oh ! Bonjour Madame Pince, veuillez m'excuser, je ne vous ai même pas saluée.

- Ce n'est rien, j'étais au fond d'un rayonnage pour terminer le nettoyage. Que cherchez-vous ici ?

Leur échange détonnait étrangement avec le comportement que la bibliothécaire avait toujours eut à son égard. Depuis les révélations de l'an dernier, la femme acariâtre était devenue aimable avec elle.

- Peut-être pourriez-vous me conseiller un ouvrage sur les baguettes magiques. Mon père vous a-t-il parlé d'un livre en particulier sur le sujet ?

Madame Pince fronça les sourcils d'étonnement.

- Il ne me semble pas. Les seuls livres sur lesquels nous avons échangé, vous les possédez à présent. Cependant, Mr. Ollivander, le fabriquant de baguette du Chemin de Traverse, venait parfois consulter à Poudlard l'un des grimoires de notre collection. Sa dernière visite remonte à l'été dernier. Il était préoccupé et souhaitait vérifier quelque chose. Je crois que le livre en question est juste derrière vous…

La sorcière tira de sa ceinture sa baguette et fit venir à elle un très gros volume à la tranche en métal argenté, la couverture en cuir noir était marquée et les fermoirs anciens semblaient délicats à manipuler. Une longue chaîne le retenait à son étagère par mesure de sécurité, mais sans magie il aurait été certainement difficile de le porter car il paraissait lourd. Dans son geste, la bibliothécaire avait laissé s'échapper de sa manche un chapelet aux perles noires avec une croix en argent à son bout, elle le rangea précipitamment et reprit :

- C'est de loin le plus complet sur le sujet, je pense que vous y trouverez ce que vous cherchez. Je vous laisse, le Professeur Slughorn voulait que je lui prépare certains livres.

- Merci beaucoup Madame Pince.

- Je vous en prie, appelez-moi Irma.

- Seulement si vous abandonnez le « Miss Richards » pour « Amalia », répondit la jeune femme avec un sourire chaleureux.

La bibliothécaire acquiesça puis retourna derrière sa borne afin de terminer sa commande de livres pour le maître de potions.

Amalia débuta sa lecture du grimoire richement illustré. Les informations étaient nombreuses et par moment des notes avaient été glissées dans des parchemins au milieu des pages. Il y avait un très long chapitre sur l'origine des baguettes dans l'Histoire. L'auteur estimait que les premières traces d'un objet s'apparentant à une baguette, remontaient à plus de deux milles ans. Bien qu'archaïques, elles avaient pour but d'aider les sorciers à canaliser leur énergie magique par la suite les techniques de fabrication s'étaient perfectionnées et les très rares artisans capables d'obtenir un travail satisfaisant, gardaient jalousement leurs découvertes. Les améliorations les plus notables étaient arrivées avec l'extension du commerce et les échanges de bois et de pierres précieuses entre les communautés de sorciers. Seulement, avec la disparition de certaines créatures magiques, les cœurs de baguettes perdirent un temps de leur superbe et il fallut plus d'un siècle pour que les fabricants essayent et trouvent de nouveaux matériaux.

Une note griffonnée sur un vélin rongé par l'humidité apportait une précision importante sur l'article 3 du Code d'Utilisation des Baguettes Magiques et indiquait les raisons pour lesquelles les créatures non-humaines n'avaient pas le droit d'utiliser ces objets. D'après l'auteur, les gobelins ne voulant pas partager leurs secrets sur la fabrication des armes enchantées, les sorciers virent là une occasion de garder à leur tour jalousement un savoir qui leur offrait l'avantage sur une autre espèce. Depuis lors, ce fait fut acté par le Code. Amalia reposa le papier tout en gardant en tête qu'il s'agissait de l'avis personnel d'un lecteur éclairé.

Le livre précisait sur un autre paragraphe que l'équilibre entre les deux éléments de la baguette, le bois et le cœur, devait faire l'objet de recherches méticuleuses car à tout moment, le caractère de l'instrument pouvait l'emporter. C'était exactement le genre d'informations qu'Amalia était venue chercher. Elle dévorait les mots avec avidité, assise en tailleur sur une chaise. Son ventre gargouillait, il devait être l'heure du déjeuner mais elle était absorbée par sa découverte. Plus tard, quelqu'un entra dans la réserve et le bruit des pas indiqua à l'occupante qu'il ne s'agissait pas de la bibliothécaire.

- Que fais-tu ici seule ? demanda Rogue en la découvrant au détour d'un rayonnage.

- Je lis… dit-elle sans quitter des yeux la page qu'elle consultait.

- Merci, je ne suis pas aveugle, lança-t-il d'un ton narquois.

- Je souhaite obtenir des réponses à mes questions. Mr. Ollivander ayant disparu je me suis tournée vers la réserve de l'école. Et toi, que viens-tu faire ici ? Faut-il que je m'attende à ce que tu glisses encore tes mains sur mon corps défendant ? rit la jeune femme en relevant enfin le nez de sa lecture.

- Il va falloir que je m'excuse combien de fois encore pour que tu cesses de parler de cet incident ? Ne t'es-tu pas suffisamment vengée hier matin ? souffla-t-il à voix basse afin que personne ne l'entende.

- Un accident ? J'aurais plutôt parlé d'incartade récréative ou d'un délicieux moment de tentation…

A chaque mot qu'elle prononçait son collègue rougissait plus et ne savait plus comment cacher sa gêne.

- Bon ! Je t'ai assez asticoté ! Je crois que nous sommes à égalité. Qu'est-ce que tu viens faire dans la réserve ?

- J'ai besoin d'accéder aux livres derrière toi…

- Oh ? Qu'est-ce qu'il y a ici ?

Amalia se retourna et découvrit les sujets des ouvrages. La sensation étrange qui lui caressait la nuque depuis le début de la matinée venait de la bibliothèque dans son dos.

- Il y a tous les livres en lien avec mes cours et ils ne peuvent pas être détachés de leurs étagères.

- Ah... Je te laisse la place alors, je crois qu'une pause s'impose. A plus tard...

Elle s'étira de tout son long avant de reposer l'ouvrage qu'elle consultait et dévala les escaliers pour rejoindre les cuisines. Dans l'ambiance feutrée de la pièce voûtée, les elfes de maison s'agitaient pour ranger les restes du repas. Amalia y trouva Dobby en train d'astiquer des casseroles.

- Bonjour !

- Oh, Miss Richards ! Soyez la bienvenue dans notre humble cuisine ! Êtes-vous venue faire de la pâtisserie ? Voulez-vous que Dobby vous apporte des ingrédients ou livre un paquet ?

- Non Dobby, c'est gentil de ta part mais je pense que tu me verras moins souvent ici. La personne à qui j'envoyais les biscuits n'est plus...

L'elfe de maison saisit une casserole et se frappa violemment la tête avec.

- Dobby est stupide, Dobby a fait de la peine au gentil professeur ! Dobby aurait du se souvenir que l'ami de Miss Richards était mort !

- Allons, allons, arrête...

Ce comportement rappelait pourquoi Amalia ne supportait pas les sorciers qui employaient des elfes de maison. La servitude qui les liaient à leur maître rendait leurs réactions excessives. Elle lui prit la casserole des mains et continua.

- Dobby, pourrais-tu me servir quelque chose à manger s'il te plaît ? J'ai oublié l'heure du déjeuner et j'ai très faim !

Tous les elfes de maison s'étaient retournés pour observer Dobby se battre avec lui-même puis, avec nonchalance, ils étaient repartis à leurs tâches. Quelques instants plus tard, une collation attendait l'enseignante sur un plateau.

- La prochaine fois, faites appel à Dobby et Dobby viendra vous servir dans votre bureau !

- Je te remercie, répondit-elle avec reconnaissance.

oOo

Une fois son repas englouti, elle s'installa dans la salle des professeurs dans l'espoir de croiser Slughorn. Son avis sur le prototype du manuel de potions des premières années l'intéressait au plus haut point et par chance, le sorcier à la grosse bedaine était présent, en grande conversation avec Flitwick.

- Bonjour...

- Amalia ! Venez donc nous rejoindre ! Je disais à Filius à quel point j'étais épaté par les talents du jeune Potter ! Vous connaissiez bien sa mère il me semble !

- Oui Horace, c'était ma surveillante de devoir.

Les deux hommes étaient assis dans les fauteuils face à la cheminée, Amalia se mit sur le canapé et replia ses pieds sous elle.

- Si vous le voyiez en classe ! Il est précis, minutieux, créatif ! s'extasia le maître de potions.

- C'est étonnant, intervint Flitwick, jamais Severus ne nous a fait l'éloge de Mr. Potter !

- A-t-il déjà fait l'éloge d'un élève ? s'étonna Amalia sans une once de mauvais esprit.

- Oui c'est vrai ! ricana le professeur de sortilèges. La porte d'entrée s'ouvrit. Ah ! Quand on parle du loup !

La sorcière se retourna pour voir le visage contrarié de Rogue s'avancer vers eux.

- Sur ce, je vais devoir vous laisser, j'ai une retenue à honorer ! s'esclaffa Slughorn en se relevant.

- Oh Horace, je pensais avoir votre avis sur le travail que Severus et moi vous avons confié... gémit la jeune femme avec ennui.

- Une autre fois peut-être ! Bonne fin de journée à tous !

Il mit une petite tape dans le dos de Rogue dont l'expression devenait de plus en plus sombre et disparut derrière les gargouilles. Le nouvel arrivant prit place à côté d'Amalia sur le canapé, elle en profita pour lui murmurer une question.

- Encore des problèmes avec Mr. Malefoy ?

- Hum…

Flitwick les observait et coupa la parole.

- Je trouve touchant le fait que vous soyez de Serpentard et de Gryffondor mais que vous puissiez vous entendre tous les deux…

Ils échangèrent un regard étonné et l'enseignante répondit :

- Pour quelle raison Filius ?

- Généralement, ce sont deux maisons qui se haïssent même lorsque les élèves ont quitté Poudlard. Vous êtes l'exemple même que toute règle a son exception, surtout après la démonstration devant toute la Grande Salle en fin d'année !

Rogue ne dit rien et sortit un livre de sous sa cape.

- J'ai une autre opinion à ce sujet, répliqua Amalia sans prêter attention à la fin de sa phrase. En qualité de professeurs, nous avons une responsabilité dans cette rivalité. Au lieu de calmer les choses, bien souvent nous les encourageons. J'ai pu le constater pendant les épreuves des A.S.P.I.C., les directeurs favorisaient les élèves de leur maison.

Son voisin de canapé émit un raclement de gorge sonore.

- Je pense que dans le fond, la Répartition qui devait permettre aux responsables des maisons de soulager le directeur de Poudlard dans la gestion des élèves, a un impact fort au-delà de leur scolarité. Il est d'usage de penser qu'un enfant envoyé à Serpentard par exemple – elle mit un coup de coude à Rogue – va forcement devenir un mage noir ou faire un passage à Azkaban au lieu de se concentrer sur le fait qu'il a été placé dans cette maison parce qu'il présentait des prédispositions pour certaines matières ou manifestait de l'ambition par exemple. Il n'y a qu'à voir Horace ! Certes, il n'y a aucun Né-Moldu par la volonté de son fondateur mais on trouve des Sang-Purs dans les quatre maisons, tout comme il y a eu des Mangemorts provenant de Serdaigle ! On voit qu'ils sont principalement issus de Serpentard alors leurs points communs sont avant tout des valeurs d'âme similaires qui les ont menés à ce chemin. Leur maison n'a rien à voir là-dedans ! En ces temps obscurs, les gens devraient se concentrer sur ce qui les rassemblent au lieu de regarder ce qui les divisent.

- Je comprends votre raisonnement, il n'a jamais été plus d'actualité qu'aujourd'hui, admit le demi-gobelin. N'êtes-vous pas de son avis, Severus ?

L'intéressé arrêta de parcourir sa lecture, releva les yeux d'un air dérangé et referma son livre dans mouvement sec.

- Certes, nous ne récoltons que ce que nous semons cependant, je n'estime pas mieux m'entendre avec Amalia qu'avec vous, Filius.

- Ah ah ah ! se mit à glousser le professeur de sortilèges. Lorsque j'ai prononcé ces mots, je pensais tant à l'harmonie entre vous qu'à la nature de votre relation !

Rogue devint d'un rouge pivoine alors que la jeune femme s'étouffa en voulant retenir un rire.

- Et sur ces bonnes paroles, je vous quitte à mon tour. J'ai encore des copies à corriger...

- Bon courage Filius, salua poliment sa collègue, essuyant une larme avec le revers de sa manche.

Le crépitement de la cheminée était le seul son à meubler le silence gênant qui s'était installé dans la salle des professeurs. Amalia sortit un travail de couture, la chaleur enveloppante du feu la berçait et les longues heures de lecture dans la bibliothèque en plus du repas l'invitèrent à la sieste, ses paupières devenaient lourde, elle se sentait en confiance. Elle sursauta donc lorsque son voisin intervint.

- Est-ce que tu as conscience que lorsque tu es concentrée sur quelque chose, ton esprit émet une mélodie ?

- Non, je ne le savais pas... Hé mais attends, de quel droit tu te permets d'écouter mes pensées ?

- Canalise tes idées au lieu de vouloir me les cacher...

- Je crois que tu as la mémoire courte. Rappelle-toi d'un repas dans la Grande Salle, j'étais avec Hagrid... Recracher son verre par le nez ne t'a pas servi de leçon ?

Elle s'était adressée à lui d'une voix piquante, le souvenir de ce moment arracha un sourire au sorcier.

- Et qu'est-ce que tu me proposes pour éviter que je continue à percevoir tes pensées ?

- Veux-tu vraiment voir Adrian nu ?

- Quelle horreur ! Non !

Il secoua la tête comme pour faire sortir la vision qui s'y dessinait.

- Parfait parce que je n'en avais pas plus envie que toi !

- Ah oui ? Pourtant, j'ai cru comprendre que mes élèves seraient prêtes à tout pour avoir cette chance. Alors pourquoi pas toi ?

La jeune femme réfléchit et étouffa un éclat de rire.

- Quoi ? Qu'est-ce qui te fait sourire ?

Rogue fronça les sourcils.

- Tes élèves sont jeunes et influençables, comme je l'étais à leur âge. Adrian aurait de quoi s'amuser avec elles... Mais c'est un prédateur. Une fois qu'il a obtenu ce qu'il souhaite, peu de choses gardent leurs attraits.

- Ce qui veut dire que tu n'envisages pas de retourner dans ses bras ? lança-t-il innocemment.

- Ce qui veut dire que j'ai encore des copies à corriger comme Filius et que je vais le faire dans mon bureau pour que tu n'écoutes pas mes pensées. On se verra au repas...

Elle se leva et quitta la salle en gloussant. Bien qu'il ait mis fin à leur relation, la jalousie qu'il lui témoignait était flatteuse.

oOo

Tout comme ses collègues, elle ne sortit de son bureau qu'une fois les corrections de ses copies achevées et l'heure du dîner s'annonça. Le chemin vers la Grande Salle fut malheureusement pour l'enseignante d'Histoire, le moment que choisit Adrian pour l'intercepter. Il était devant le réfectoire en compagnie de Slughorn. Le maître de potions se caressait le ventre de ses deux mains boudinées et glapissait en parlant. Lorsqu'elle arriva à leur niveau, le vampire rayonnait littéralement en l'apercevant.

- Ah ! Mon Amalia ! Horace fait une réception pour Noël !

- Vous reprenez vos traditions à ce que je vois, répondit la jeune femme à l'attention de son ancien professeur. J'ai aussi entendu que vous organisiez régulièrement des soirées pour votre club privé !

- J'aime beaucoup entretenir des liens particuliers avec mes élèves les plus doués ! Et j'espère que vous serez des nôtres à la soirée de Noël, très chère !

La sorcière dévisagea le vampire, il attendait sa réponse pour l'inviter à l'accompagner.

- Je vous remercie Horace, je devrais pouvoir me libérer mais permettez-moi de vous confirmer ma présence dès que possible.

- Bien entendu ! Je me fais une telle joie à l'idée de cet événement ! gloussa Slughorn.

- Oh ! Si tu viens, aurais-tu l'amabilité de me réserver ta première danse ? négocia Adrian avec un large sourire aux lèvres.

- Nous verrons cela en temps voulu, répliqua Amalia d'un air suspicieux.

La foule d'étudiants qui s'était formée autour d'eux les conduisit à la table des professeurs où Slughorn lançait déjà ses invitations à tour de bras. Amalia s'assit et soupira, elle n'était pas au bout de ses surprises.

- Que faut-il que je fasse pour que tu assistes à cette soirée ?

Adrian s'était installé à la place sur sa droite et s'appuyait sur l'accoudoir de sa chaise pour être le plus proche possible de sa cible, au grand désarroi de cette dernière qui espérait qu'une autre personne lui tienne compagnie. L'objet de ses pensées venait par ailleurs d'arriver et un rictus de dégoût passa sur son visage quand il aperçut la scène.

- Peux-tu t'asseoir correctement pour commencer ?

- Allons, ne me rejette pas sinon comment pourrais-je te faire la cour ?

- Qui a dit que j'aimerais que tu me la fasses ?

- Toutes les femmes dans cette pièce te jalousent parce que je suis penché vers toi.

- Adrian, je ne suis plus celle que tu as connu. Ce genre de phrase me laisse insensible...

- J'ai remarqué quelques changements en effet.

Le vampire perdit son regard dans le décolleté d'Amalia et reprit.

- Laisse-moi l'occasion de te prouver que j'ai également changé et puis tu me dois encore 1h45 de rendez-vous...

- Nous aurions pu achever cette rencontre si tu ne m'avais pas menacée !

La jeune femme s'empourpra de colère et Adrian ricana avant de fondre en excuses, ses yeux se tournèrent rapidement vers Rogue qui les toisait et revint à sa voisine.

- S'il te plaît, accorde-moi le bénéfice du doute…

Il la supplia d'une voix douce avec une expression sérieuse, soudain Amalia se souvint de ce qu'elle lui avait trouvé à l'époque.

oOo

24, square Grimmaurd – Quelques années plus tôt

Ils avaient transplané chez Amalia. Livius était dans le salon et les observait par-dessus l'édition de la Gazette du Sorcier qu'il faisait semblant de lire. Le match avait été prodigieux et Adrian savait à quel point la jeune fille était férue de Quidditch, ses traits s'étaient illuminés d'un bout à l'autre de leur second rendez-vous. Encore un peu intimidé, il n'avait que brièvement osé passer une main sur son épaule pour la faire transplaner avec lui.

- Merci pour cette sortie, je me suis beaucoup amusée, dit-elle en détournant les yeux.

- Je vous en prie, j'aime vos sports. Ils sont basés sur la stratégie et non pas la force comme les nôtres...

- Si vous les aimez, j'ai un merveilleux livre sur le Quidditch à vous prêter. Il est dans ma chambre...

La jeune Amalia adressa à son père un signe de tête auquel il répondit favorablement.

- Venez avec moi.

La peau blême du vampire vira au rose, sous le regard méfiant de Livius. Il suivit la jeune fille à l'étage. Le domaine d'Amalia était à son image : frais, délicat et coloré. Au mur des posters de chanteurs s'animaient, dans les cadres photo des sorciers saluaient le visiteur et enfin, sa bibliothèque était remplie de sujets hétéroclites.

- Cela ne va pas déranger votre famille que je sois... ici ? demanda Adrian, toujours aussi gêné.

- Non, Papa nous l'aurait dit si cela avait été le cas. Tenez, le livre dont je vous parlais est là.

Elle le saisit et ouvrit une page au hasard.

- Ne va-t-il pas vous manquer ?

- Ne vous inquiétez pas, je dois le connaître par cœur après toutes ces années, répondit-elle en souriant. Et puis, cela me donnera l'occasion de vous revoir.

Le vampire écarquilla les yeux. Un rouge carmin devait à présent teindre ses joues tant il les sentait chaudes. La jeune fille lui tendait l'ouvrage mais il ne le prit pas. A la place, il se pencha lentement vers ses lèvres et y déposa un baiser chaste, presque trop prude.

- Adrian... Ma mère est française, vous le saviez ? chuchota-t-elle.

- Qu'est-ce que cela signifie ?

Amalia l'attira contre elle et força le barrage de ses lèvres avec sa langue. Ce match avait marqué la date de leur premier baiser et du début de leur relation.

oOo

- Est-ce que tu sais au moins pourquoi j'ai accepté de te revoir après notre premier rendez-vous ? répondit-elle.

Il demeura muet, il n'y avait plus d'ironie ou de prétention dans ses pupilles.

- J'avais été moi-même.

- Exact. Tu avais été sincère et c'était ce qui m'avait plu, c'était pour cette raison que j'étais allée à ce match de Quidditch avec toi.

Elle détourna son visage pour cacher tant bien que mal son trouble, malgré tout, les battements de son cœur la trahissaient certainement. Adrian ne fanfaronna pas et continua d'un ton doux :

- Je ferai des efforts pour que ma présence te soit agréable à minima. Si le temps doit te ramener à moi, je serai patient.

A l'opposé de la table, le professeur de Défense Contre les Forces du Mal déchantait. Il avait vu la réaction d'Amalia et la colère sourde l'envahit. L'envie de faire disparaître cette expression béate du visage de leur invité le démangeait alors que celle de la jeune femme n'était pas précise, entre la gêne et le ravissement. Aurait-il réussi à la convaincre de l'écouter ? Et finirait-il par définitivement l'éloigner de lui ? Ses réflexions furent interrompues par une livraison incongrue.

D'habitude, les hiboux n'apportaient les lettres et colis que le matin au moment du petit déjeuner. Cependant, par l'une des fenêtres hautes de la Grande Salle, un oiseau gris se faufila avec un paquet accroché à ses pattes. L'oiseau se posa maladroitement devant Amalia et attendit qu'on le libère de son fardeau. La jeune femme défit le lien et saisit la livraison enveloppée dans un tissu noir. Une enveloppe en dépassait, elle prit connaissance de son contenu.

« Miss Richards,

Nous avons reçu une commande à votre attention, vous la trouverez ci-jointe.

Dans l'attente d'une nouvelle visite de votre part,

Barjow et Beurk »

Intriguée, la sorcière écarta le tissu qui révéla une boite en bois ouvragée. Elle souleva le couvercle et à son grand étonnement, un bracelet en opale scintilla dans son écrin de velours. Les cabochons brillaient dans la lumière des chandelles et l'aura sombre qu'Amalia sentit la fit refermer précipitamment l'écrin. L'auteur de l'attaque de Katie Bell lui avait adressé le même type de présent et la livraison au beau milieu du dîner n'était pas un hasard : autour d'elle, les murmures s'élevèrent, tout le monde avait fait le rapprochement. Timidement, elle releva les yeux vers le directeur, il battit des paupières pour lui faire comprendre d'attendre la fin du repas afin d'en parler.

- C'est un cadeau de ton fiancé ? Parce que si c'est le cas, il est empoisonné !

Adrian se pencha vers elle pour plaisanter mais Amalia l'ignora pour adresser un regard glacial à Drago Malefoy. L'élève blond la toisait avec mépris, satisfait de son tour.

- Tu as raison sur un point, ce présent est dangereux...

oOo

Le temps qui la sépara de cette livraison à son arrivée dans le bureau de Dumbledore lui parut durer une éternité. Les chuchotements sur son passage n'arrangeaient pas le sentiment de frustration qu'Amalia ressentait face au comportement désinvolte de Malefoy et à la réaction stupéfiante de son tuteur.

- Mais enfin Albus ! C'est une évidence ! Drago m'a fait parvenir le bracelet assorti au collier pour porter les soupçons sur quelqu'un d'autre ! s'emporta-t-elle une fois dans le bureau avec son supérieur.

- Amalia, rien ne prouve que Mr. Malefoy soit à l'origine de l'incident de Miss Bell. Quant à ce bracelet, il s'agit peut-être d'une erreur de la part de la boutique...

Elle se retourna, les poings sur les hanches, une expression de colère lui faisait froncer les sourcils.

- Quand vas-tu me dire la vérité ? s'exclama-t-elle. Si les parents d'élèves apprennent cet incident, tu devras rechercher un nouveau professeur d'Histoire ! Jamais ils ne permettront que je continue à exercer ! Jamais !


Prochain chapitre : La fête de Noël