Coucou tout le monde !

Après un mois d'attente, voici la suite du triangle amoureux of DEATH !

Je vous remercie d'être toujours aussi fidèles et de me faire partager vos avis et vos encouragements. C'est très important pour moi ! J'ai été plutôt prolifique côté One Shots dernièrement, mais je n'en n'ai pas oublié pour autant "Shadows and Light". J'étais juste "moins" inspirée pour ce chapitre, parce que c'est un chapitre "charnière". Ce sont toujours les plus difficiles à écrire, parce qu'il ne s'y passe en général pas grand-chose et ils sont peu passionnants, mais cruciaux pour le développement de l'histoire. Normalement, Midorima devait y "combler" son retard, mais ce n'est pas vraiment le cas. Aomine a encore pris toute la place en lui volant la vedette !

Au final, ce n'est pas ce que je souhaitais, mais ce sont les aléas de l'écriture et je suis tout de même contente du résultat.

J'espère que vous apprécierez aussi.

Enjoy !


Qu'y a t-il de mal à vouloir être aimé ?

Ce n'est pas une question que l'on devrait être amené à se poser.

Jamais.

Pourtant, Aomine se la posait régulièrement en ce moment. Il faut dire que le brun était fou amoureux, mais de pas de n'importe qui. Et c'était là que le bât blesse. Oh bien-sûr, le basketteur était doté d'un physique fort agréable et plutôt remarquable. Il était pourvu d'un corps musclé et athlétique, finement taillé dans une plaquette de chocolat fondant, dont sa peau avait tiré sa couleur mate et appétissante. Ses yeux légèrement bridés étaient d'un bleu électrique profond et le nuage de colère qui les obscurcissait avant s'était dissipé avec le temps.

Mais était-il digne d'être aimé pour autant ?

Digne... de lui ?

Ce simple doute s'était insinué dans son esprit, le parasitant totalement. Malgré sa première – et dernière en date – tentative d'approche, Kagami se refusait encore et toujours à lui. Ils ne s'étaient pas revus depuis l'incident chez le tigre. Incident qui avait impliqué Midorima, son... errr... rival ? Aomine détestait ce mot, qui ne devrait être réservé qu'au sport selon lui. Sérieux, ils n'étaient plus au Moyen-Âge, ère de l'amour courtois et des duels à mort entre prétendants transis de désir !

Pourtant, force était d'avouer qu'Aomine était tombé dans le panneau. Ou plutôt, qu'il avait sauté et s'était cogné la tête dans ce panneau de basket ... Preuve en était qu'il avait escaladé la façade de l'immeuble du rouge, au péril de sa vie, se lançant dans un remake moderne de la scène du balcon de Roméo et Juliette... Enfin, c'est ce qu'il croyait, parce qu'en vrai, jamais il n'avait lu cette œuvre. Mais il restait néanmoins persuadé que c'était le genre de situations qui pouvait se produire dans la littérature romantique ! Ou dans les shojo manga que Satsuki et... Sakurai (oui, Aomine avait déjà surpris son équipier plongé dans des tomes à l'eau de rose) affectionnaient tant.

Sauf que toutes ces conneries de midinette en mal de mâle, ce n'était pas pour lui.

Pas du tout !

… Alors pourquoi se comportait-il comme une adolescente qui mouille sa culotte dès qu'il apercevait le tigre de Seirin ? Bon, c'était peut-être légèrement exagéré comme comparaison, mais quand Aomine pensait à Kagami, ses sous-vêtements en pâtissaient également. Comme s'il venait de se changer en collégienne... ou plutôt en collégien que ses hormones rongeaient, telles un puissant acide qui prendrait son siège au niveau de son entrejambe...

N'allez le répéter à personne, mais en réalité et sous ses dehors un peu brutaux, Aomine était très sensible. Le fait que Kagami l'évite et n'ait toujours donné aucune réponse quant à leur possible mise en couple, lui était très difficile à vivre. Et du coup, il n'y avait pas que ses hormones qui le bouffaient. La peur, l'angoisse que l'Américain lui échappe occupait toutes ses pensées, lorsque le tigre n'était pas nu dans celles-ci, évidemment. Ce qui devait bien représenter un tiers de ce que lui inspirait Kagami, lorsqu'Aomine rêvassait. La plupart de ses fantasmes mettant en scène son concurrent étaient plutôt osés, mais lorsque ce n'était pas le cas, c'était vraiment douloureux pour le brun... Pour la première fois, il se sentait faible. Stupide. Impuissant.

Que faire pour que la balance penche de son côté ?

Putain... il en venait même à élaborer des stratégies... Pathétique.

Le tigre l'obsédait à ce point.

Son sauveur...

Celui qui l'avait sauvé de lui-même... celui qui lui avait fait retrouver la lumière... celui qui avait tué l'adolescent blasé qu'il était devenu... celui qui avait redonné un sens à sa vie.

Et oui, rien que cela...

Et Kagami était tout cela à la fois...

N'y tenant plus, il avait esquivé son entraînement. Encore une fois, rien de nouveau à l'horizon, puisqu'il prenait un malin plaisir à ne se présenter au gymnase que quant il en avait envie (ce qui n'arrivait pas très souvent, soyons honnêtes!). Certes, il faisait des efforts de ce côté là depuis sa défaite, parce que s'il ne pouvait se montrer digne de Kagami amoureusement parlant, au moins, pouvait-il se montrer digne du rouge sur le terrain. Et cela passait inévitablement par la case entraînement !

Ah ! Ce qu'il ne ferait pas par amour !

Il était franchement foutu. Foutu de chez foutu !

Maudit Kagami !

Cette fois, ç'en était trop !

Incapable de réprimer ses sentiments envahissants, le brun avait débarqué à l'entraînement de l'équipe de Seirin, sous les regards médusés de ses adversaires ! Il avait avancé d'un pas décidé jusqu'à Kagami. Le roux entraînait des jeunes de première année et Aomine en avait profité pour attraper sa proie par le cou, avant même que l'autre fauve ne puisse battre en retraite. Riko s'était époumonnée avec son sifflet pour chasser l'intrus, mais Aomine n'en n'avait rien à carrer ! Le tigre s'était débattu vaillamment, traînant des pieds pour essayer de freiner son ravisseur, mais Aomine le tenait bien. Pas question de le laisser lui filer entre les doigts cette fois encore !

Il EXIGEAIT une réponse ! (surtout au vu des récents évènements survenus chez Kagami... et qui lui avaient laissé un œil invalide !)

Le duo d'attaquants qui faisait trembler les défenses s'était donc enfermé dans les vestiaires de Seirin et les coéquipiers de Kagami s'étaient précipités à leur suite pour coller leurs oreilles à la porte qui les séparaient.

« Ao... Aomine ! » Hurla Kagami, rouge vif à cause du manque d'oxygène.

Le brun le lâcha enfin, le forçant à s'asseoir sur un banc et il lui balança une serviette propre, ainsi que son uniforme.

« A quoi tu joues, bordel ? Tu peux pas te pointer comme ça ici ! »

« Et pourquoi pas ? Toi, tu t'es bien ramené au gymnase de Shutoku, il y a quelques jours. »

« Mais c'était TOTALEMENT différent ! Et moi, je suis venu à la fin de leur entraînement, justement pour éviter un scandale ! »

« Ouais bon, j'ai pas pas envie de parler de Tsunderima maintenant, alors habille-toi et suis-moi. »

« Quoi ? Mais... »

« Si tu sais pas comment faire, je peux me charger de te foutre à poil moi-même... » Proposa t-il en affichant un sourire carnassier.

Le tigre eut un mouvement de recul salvateur, dicté par l'effroi que lui inspirait cette phrase, mais cela n'empêcha pas Aomine de fondre sur lui. Le plus grand des deux basketteurs écrasa ses lèvres sur celles de son rival. Le « baiser », si on pouvait appeler cela comme ça, fut bref et brutal. Aomine ne chercha même pas à glisser sa langue au chaud pour goûter le tigre. Il sourit en constatant l'air perdu de Kagami, face à cet assaut soudain. C'était plus fort que lui, il ne pouvait s'empêcher de provoquer et de titiller l'Américain dès qu'il en avait l'occasion et ce, malgré tout l'amour sincère qu'il lui portait.

Kagami roula des yeux pour toute réponse. Il aurait aimé prendre sa douche, mais pas question de le faire avec Aomine dans les parages. Sans compter que le jeune homme semblait pressé, alors Kagami n'allait pas le faire attendre. Il voulait que cette mascarade se termine rapidement et plus vite il se serait changé, plus vite ils auraient quitté les lieux. Il soupira et lui tourna le dos, ouvrant la porte de son casier pour se cacher derrière au maximum et il se dépêcha de s'essuyer. Le rouge enleva sa tenue de basket et vaporisa un peu de déodorant sur son corps marqué par l'effort, avant d'enfiler son uniforme. Aomine ne perdit pas une miette du striptease qu'il réussit à entrevoir partiellement et dont il se régala. Kagami avait un physique des plus appétissants et il aurait été criminel de ne pas contempler ce que la Nature lui offrait. La Nature, un bon patrimoine génétique, mais surtout les heures de musculation auxquelles avait du s'adonner Kagami.

« Allez, on s'arrache... Mais la prochaine fois, préviens-moi avant, ok ? »

« Je t'enverrai un message ou je t'appellerai. Mais t'as intérêt à me répondre, parce que sinon je viendrais t'enlever comme aujourd'hui. »

Le rouge sourit légèrement et il sortit en premier de la pièce. Ses équipiers se poussèrent pour le laisser passer et s'assurer qu'Aomine ne l'avait pas heu... abusé ?

« Ne vous en faites pas, je vous l'emprunte quelques heures et je vous le ramène ensuite. » Expliqua Aomine sur un ton qui se voulait rassurant.

« Tu n'as pas intérêt à l'abimer, cela pourrait être considéré comme de l'anti-jeu... » Précisa Riko avec autorité et en insistant bien sur le dernier terme.

« Pas d'inquiétude à ce sujet. Je n'ai que les meilleures intentions envers lui. »

La suspicieuse brunette ne sembla pas convaincue par les paroles du scorer adverse, mais elle lui laissa le bénéfice du doute, se contentant simplement de froncer des sourcils. Aomine était comme il était, certes, mais ce n'était pas un tricheur.

Kagami ne risquait sans doute rien à ses côtés...

Ou pas.


Kagami commençait à s'inquiéter. Aomine avait posé ses grandes mains sur ses yeux et il le guidait énigmatiquement à l'aveugle dans les rues de la capitale. Depuis deux pâtés de maisons environ, il avait laissé la panthère prendre la tête de l'expédition de cette manière. Ce n'était pas qu'il ne faisait pas confiance à Aomine, mais il n'était pas habitué à être privé aussi longtemps de son acuité visuelle et de devoir s'en remettre complètement à l'autre pour éviter les obstacles était assez étrange et inconfortable. Quelle drôle d'idée avait eu Aomine... apparemment, il était question d'une surprise, mais Kagami ne comprenait pas le but de toutes ces fioritures et ça commençait à fleurer méchamment le guêt-apens. Peut-être à cause du tournant qu'était en train de prendre leur relation, Kagami restait méfiant quant au second prédateur...

Brusquement, le ganguro les fit s'arrêter et il enleva ses mains du champ de vision de Kagami.

Ils se trouvaient sur ce qui ressemblait vaguement à un terrain de street basketball...Enfin, ça avait du en être un, aux alentours des années 1970, estima Kagami. Parce que là, à vrai dire, il n'en restait que des gravats et il fallait fournir un important effort d'imagination pour se représenter à quoi l'endroit avait pu ressembler du temps de sa gloire. Les marquages au sol étaient quasiment effacés et parlons-en du sol, justement : il était jonché de cratères béants. De quoi aisément se fouler une cheville, dans le meilleur des cas ! C'était comme si on avait disséminé des pièges à loups sur toute la surface bétonnée. Quant aux panneaux de basket, ils n'étaient guère en meilleur état et semblaient tenir encore debout pour miracle. Les piliers étaient rongés par la rouille et ils penchaient dangereusement, sortant même de leur axe droit.

Kagami grimaça et cligna des yeux, incrédule, avant de se tourner vers Aomine d'un air qui signifiait c'est-quoi-cette merde-tu peux-m'expliquer ? La déception se lisait sur son visage.

TOUT CA POUR CA ?!

« Tadaaa ! » Répliqua la panthère, en guise de justification.

« Ta...da ? » Répéta Kagami, de plus en plus paumé.

« C'est pas trop génial comme endroit, sérieux ? »

« Heu... trop génial pour quoi faire exactement ? »

« Bah pour jouer au basket, abruti ! »

« Abruti ? Attends, c'est moi l'abruti, ? Non mais t'as vu la GUEULE de ce taudis ? »

« Cache ta joie surtout ! J'ai eu du mal à trouver ce terrain, tu sais ! Ca ne court pas les rues au Japon ! »

« Le manque de popularité du basket ici me désole... » Se lamenta Kagami.

« Ouais bah on ne peut rien y faire, alors pas la peine de se lamenter là-dessus pendants des heures ! Qu'est-ce que t'attends plutôt pour aller visiter ? Te gêne pas, vas-y ! » L'encouragea Aomine, très excité par sa trouvaille.

Le roux se décida tout de même à aller explorer la zone. Si de loin c'était déjà horrible, de près, c'était encore PIRE ! Kagami s'approcha d'un des poteaux et il posa prudemment sa main dessus, parce que c'était un coup à se chopper le tétanos... Il secoua un peu le panneau qui trembla et vibra sous l'agression, grinçant sinistrement. Aomine voulait vraiment qu'ils jouent ici ? Mais cette poutre de métal allait rendre l'âme au premier dunk ! C'était de la folie ! Sans même parler des nids de poule qui déformaient le sol. C'était comme s'ils se tenaient dans un jardin autrefois luxuriant, qui serait devenu la cible d'une horde de taupes enragées ! Quant aux murs entourant le terrain, ils étaient couverts de tags grossiers et à moitié éventrés. Et comme si tout cela ne suffisait pas, Kagami repéra des seringues usagées au pied du panier sous lequel il s'était placé. Ce lieu, laissé à l'abandon depuis des années, était visiblement devenu le repère de junkies, ce qui n'était pas franchement engageant...

Pourtant, Aomine arborait un sourire emprunt de fierté, quant à sa découverte. Il avait arpenté et ratissé les quartiers de la ville à la recherche d'un endroit peu fréquenté, ne se trouvant ni trop loin de chez lui, ni trop loin de chez Kagami et ce lieu avait retenu son attention parce qu'il remplissait cette condition imparable. Le regard d'Aomine pétillait d'entrain. Et Kagami se surpris à ne pas vouloir le blesser... Il soupira. Le tact, ce n'était vraiment pas son truc... alors comment lui dire que, non, ils ne pouvaient vraiment pas s'entraîner ici, à moins de vouloir mourir écrasés par un panneau ?

« Alors qu'est-ce que t'en penses ? »

Non, mais il était SERIEUX ?

« Heu... Aomine, je... »

Kagami n'eut pas le temps de terminer sa phrase – et tant mieux, d'un côté, parce qu'il ignorait bien ce qu'il pourrait dire pour ne pas vexer la panthère – car un objet rond frappa violemment l'arrière de son crâne. Sifflant entre ses dents et se frottant la tête, Kagami se retourna comme un fauve dérangé lors de sa sieste. Un ballon de basket rebondit et roula vers son propriétaire. Et ce n'était pas une racaille comme l'aurait pensé Kagami au vu de l'endroit, ni un clochard, ni un drogué. Mais un gamin. Un putain de gamin, haut comme trois pommes et demi. Ou peut-être quatre. Le mouflet renifla sèchement et il se frotta le nez, récupérant son bien.

« Z'êtes sur mon territoire les vieux, alors dégagez ! »

« Les vieux ?! » S'étrangla à moitié Kagami.

Non mais pour qui se prenait ce petit chiard ?!

A le regarder de plus près, avec sa peau plus foncée que les autres Japonais et son regard espiègle, il lui rappelait quelqu'un, mais Kagami n'arrivait pas à mettre le doigt sur qui...

« C'est un chouette ballon que tu as là, petit. » Sourit Aomine.

« Toi, jt'ai pas causé le basané ! Tu te prends pour un pirate avec ton cache-oeil ? »

Il pouvait parler lui, tiens... Il était presque aussi foncé que le ganguro ! Quant à ce maudit bandeau, Aomine allait très vite se venger de Midorima pour cela. Plus que quelques jours à attendre et...

Oh... !

« Bah alors Aomine... tu m'avais caché que tu avais un petit frère... »

« N'importe quoi ! J'suis fils unique ! Et puis tu l'as regardé ? On dirait une crotte de nez sur pattes ! Je suis beaucoup plus beau que ça ! » Se défendit l'as de Toho, qui avait pris la mouche.

Se sentant pousser des ailes pour impressionner son tigre, Aomine alla à la rencontre de « Crotte de nez Junior », bien résigné à chasser cet intrus indésirable. Il s'accroupit devant le gosse et lui tapota avec condescendance sur la tête.

« Bon petit, faut t'en aller maintenant. Laisse les grands jouer entre eux, ok ? »

L'enfant d'une dizaine d'années lui adressa un sourire narquois, ne semblant pas apprécier qu'on lui caresse les cheveux comme s'il était un vulgaire chien et tout à coup, il attrapa la main d'Aomine et la mordit. FORT. Le jeune homme se releva d'un bond, secouant douloureusement sa main et hurlant au meurtre, ce qui provoqua un franc éclat de rire de la part de Kagami.

« Ahaha ! Définitivement ton petit frère ! Aussi mal élevé que toi ! »

« Je t'emmerde ! » Cria Aomine en lui adressant un magnifique doigt d'honneur.

Se calmant et essuyant quelques larmes d'hilarité, Kagami s'approcha à son tour, lentement.

« Merci mon gars, tu l'as remis à sa place en beauté. Comment tu t'appelles ? »

« Ma maman elle a dit que je devais pas parler aux inconnus... »

« Nan mais c'est maintenant que tu dis ça ? Alors que tu viens de me bouffer la main ? T'es quoi au juste, une saloperie de zombie ? » Pesta Aomine.

« Ta mère a raison. Mais si on se présente, on ne sera plus des inconnus, pas vrai ? Moi c'est Kagami. » Annonça le rouge en posant une main sur son torse. Puis, il désigna le brun. « Et lui, c'est Aomine. »

Il avait pris l'habitude de donner son nom de famille. Au Japon, c'était différent de l'Amérique à ce niveau là. On ne s'appelait par son prénom que quand on était suffisamment proche de la personne.

« Kenta... » Fit le garçon en se frottant le nez. Où trônait un adorable pansement.

« Tu aimes le basket, Kenta ? »

« Ouaip. Mais personne ne veut jouer avec moi... sauf les adultes. Avant, y en avait plein qui venaient ici, mais ils sont tous partis... alors je me retrouve tout seul... » Avoua t-il de sa petite voix.

Kagami se sentit triste pour lui. Cela ne serait jamais aux States où le basketball était quasiment l'un des sports nationaux. Il suffisait de descendre dans la rue, de se rendre à un terrain et on était certain de trouver des partenaires de jeu. Ici, c'était plus difficile...

« J'suis sûr que tu les as tous mangés, c'est pour ça ! » Beugla Aomine qui ne digérait pas l'attaquer de son Mini Moi. « Ou tu as du leur filer la rage ! »

« Même pas vrai ! » Protesta le gamin en sautillant sur place.

« Tu me prêtes ton ballon ? » Demanda avec douceur Kagami.

« Pour quoi faire ? » Se méfia l'enfant.

« Pour que je fasse taire cet imbécile d'Aomine. Ca ne te ferait pas plaisir ? »

« Heyyyyy ! » S'offusqua le grand brun.

« Si, beaucoup ! » S'enthousiasma Kenta en confiant son précieux objet au grand rouge.

Kagami le fit tourner sur son index avant de se placer au milieu du terrain. Il fit signe à Aomine de faire pareil et il relança le ballon à Kenta.

« Tu fais le tip off, Kenta ? »

Aomine soupira d'ennui, mais il fit face à Kagami.

« C'est quoi les règles ? »

« C'est simple : le premier qui marque dix points gagne. Formless shot interdits. »

« Pas de dunk, non plus alors. » Sourit cruellement Aomine. Pas question qu'il soit le seul à être privé de son tir fétiche.

Kagami lui retourna son sourire. Kenta fit l'engagement et les deux prédateurs s'élancèrent dans les airs...


« Et de dix... » Triompha Aomine en mettant un double clutch...

Kagami toucha la balle, mais il fut incapable de l'empêcher de rentrer dans le filet. Aomine était vraiment une bête sur le terrain. Le joueur complet par définition, excellant dans tous les domaines, sans réelle faiblesse. Il était... éblouissant... étourdissant, même. C'était un cauchemar de jouer contre lui, mais également un rêve pour Kagami. Retombant au sol, il appuya ses mains sur ses genoux et tenta de reprendre son souffle. Aomine passa devant lui en trottant et il lui murmura à son oreille.

« Pas mal hein ? Tu veux toujours aller jouer contre d'autres gars ou j'te suffis à nouveau ? »

Il savourait sa victoire, non, sa revanche. A présent, le tigre n'avait plus aucune raison de vouloir se confronter à des joueurs différents. Et par la même occasion, son deal avec Midorima n'avait plus lieu d'être. Aomine en retirait une grande satisfaction !

Kenta courut vers Kagami et lui tendit une canette de Pokari bien fraîche. Puis, il lui adressa un sourire sucré et admiratif.

« T'as été génial Kagami-nii ! Dis, tu reviendras jouer ici ? »

Aomine s'essuyait le visage avec une serviette, non loin de là et il lança un regard en direction de son tigre. Kagami ne voulait pas décevoir le gamin en refusant, si ?

« Mais j'ai perdu... »

« C'est pas grave, la prochaine fois, tu le battras ! Et si tu veux, je t'aiderai même en lui faisant un croche-pied héhé ! » Ricana la petite fouine.

« Oi ! J'ai entendu, j'suis à côté j'vous signale, bande de comploteurs ! »

« Aomine, tu m'apprendras à tirer comme toi, la prochaine fois ? »

« J'ai pas le droit au «nii » moi, ni à la canette de Pokari, alors démerde-toi tout seul ! » L'envoya t-il balader.

« Aomine ! » Le réprimanda Kagami en rangeant ses affaires.

« Ouais... bon... on verra... » S'excusa Aomine, tel un bonhomme qui venait de se faire engueuler par sa femme.

La nuit commençait à tomber et Kagami leva le regard vers le ciel. D'épais et menaçant cumulus s'étaient agglutinés là, laissant présager une averse imminente. Sans parler de son estomac qui criait famine en se tordant disgracieusement.

« On ferait bien de rentrer... Tu habites loin Kenta ? On te raccompagne ? »

« Non, pas la peine, je vis juste là ! » Fit le petit en désignant l'immeuble juste en face du terrain.

Il récupéra son ballon et fit un câlin à Kagami, entourant les grandes jambes du dunker, avant de s'éloigner en courant. Non sans avoir tiré la langue à Aomine quand il le croisa. Kagami le surveilla le temps de le voir traverser la rue sans encombre et une fois que Kenta pénétra dans sa résidence, le roux soupira de soulagement. A peine eut-il le temps de ramasser son sac de cours qu'un corps puissant se pressa contre le sien, le plaquant à un grillage.

« Ao... ! »

Il n'eut même pas le temps de protester que déjà le brun s'emparait de ses lèvres pour un baiser digne de ce nom. Rien à voir avec celui qu'il lui avait donné un peu plus tôt dans l'après-midi. Kagami trouva cependant la force de le pousser et il s'essuya rageusement la bouche.

« On peut savoir ce que tu branles ? »

« Ca me paraît clair, non ? J'ai gagné, je viens donc prendre ma récompense. »

« On n'a jamais parlé de récompense, aho ! »

Aomine haussa des épaules.

« Attends... tu laisses ce morpion te faire un câlin et moi je peux aller me faire foutre bien gentiment ? Il est parti maintenant, alors plus besoin que je me retienne, pour éviter de le choquer. »

Il se lécha la lèvre supérieure avant de venir taquiner la bouche de Kagami. La fausse pudeur du tigre ne suffirait pas à le faire abandonner.

« Tu connais le mot « consentement » ? »

« Tsss... c'est un truc pour les nanas ça... et puis, j'ai bien vu comment tu me dévorais du regard pendant que je jouais. Avoue, tu me kiffes grave en fait ! »

L'Américain piqua un fard et se passa une main sur le visage. Mais qu'il était con cet aho ! Et il profitait de la situation comme pas deux... Impossible de se débarrasser de lui, il était vraiment bien accroché. Kagami sentit les mains du Japonais glisser sur ses hanches, dans le but à peine voilé de les rapprocher. Ils échangèrent un baiser qui tranquillisa Kagami et Aomine se félicita d'avoir pris l'iniative. Il ne doutait plus du tout à présent. Ils avaient passé un super moment ensemble, comme d'habitude, d'ailleurs. Leurs relations s'étaient considérablement améliorées depuis qu'ils se fréquentaient plus assidument et ce n'était pas pour déplaire à la panthère. Non seulement, il avait enfin trouvé un adversaire qui lui opposait une véritable résistance, mais en plus, il avait trouvé l'amour en même temps. Et il avait commencé à croire en cette hérésie qu'on appelle le «Destin»!

Putain, tout foutait le camp... tout avait changé... tout avait basculé... si vite... Il avait suffit qu'il croise la route de son âme sœur...

Kagami répondit timidement et sa langue vint danser avec sa comparse un moment, avant que le rouge ne sente quelques gouttes d'eau tomber sur son visage. Bientôt, la pluie redoubla d'intensité et ce fut un véritable torrent divin qui s'abattit sur eux. Rompant leur étreinte à contre-coeur, Aomine attrapa la main de son futur – il l'espérait ! - petit ami et sans réfléchir, il se précipita vers un refuge pour se protéger de l'averse.


Près du terrain, le bleuté avait remarqué une aire de jeux pour enfants composée de balançoires, cages à poules et même d'un bac à sable. Aomine se dépêcha de se glisser sous le ptit toboggan en forme d'igloo représentant un lapin. Il se serra contre Kagami pour lui donner de la chaleur. Ils étaient si grands que même recroquevillés, ils tenaient à peine à deux sous leur abri de fortune.

Ils étaient trempés. Leurs uniformes leurs collaient sensuellement à la peau et cette soudaine proximité était une vraie torture pour la panthère. Il avait promis... non, il s'était promis tout seul comme un grand, de ne pas aller trop vite avec Kagami. Il ne voulait pas l'effrayer, mais son désir avait raison de toutes ses belles résolutions. Bien vite, un nouveau baiser réunit leurs lèvres et Aomine s'en délecta sans vergogne. Il passa ses bras autour du cou de Kagami pour les rapprocher au maximum et éviter que le roux ne se mouille davantage. L'espace contigu favorisait les contacts et Aomine pouvait sentir les muscles de Kagami se tendre contre lui. La panthère attaqua ensuite la jugulaire du tigre et Aomine s'autorisa même à lécher la pomme d'Adam de l'autre adolescent, tandis qu'il dérivait lentement sur sa nuque. Tout de suite, il repéra le marquage violacé qu'il avait laissé là il y a quelques jours, quant il avait sauté sur Kagami dans son appartement. Il téta à nouveau ce suçon encore récent, l'agaçant avec ses dents, ce qui arracha quelques gémissements étouffés à l'Américain.

« Arrête ça... aaahh... si tu continues, ça ne va jamais guérir et je vais avoir une cicatrice ici... »

Les mains de Kagami étaient bien accrochées à ses épaules fortes, semblant à la fois essayer de le repousser, mais en même temps de l'attirer contre lui. Aomine pouvait sentir le souffle chaud de Kagami venir mourir dans sa nuque, pendant qu'il s'appliquait à rendre sa jolie couleur rubis au suçon. Le basketteur de Seirin se sentait succomber petit à petit, sombrant dans les affres du désir, quant subitement, les mains d'Aomine quittèrent son cou pour venir se cacher sous la veste de son uniforme. Elles glissèrent le long des flancs de Kagami et cherchèrent un peu trop hâtivement à se se faufiler dans son pantalon.

Le tigre se tendit.

Et la magie de l'instant fut rompue instantanément.

Il ouvrit les yeux, les écarquillant et il appuya ses mains sur le torse puissant de l'autre adolescent pour l'éloigner fermement de lui. Sentant la balle changer de camp, Aomine tenta une nouvelle offensive en dévorant à nouveau la bouche de Kagami, mais ce dernier malgré quelques feulements qui trahissaient sa réceptivité, s'arracha à cette étreinte qui échappait beaucoup trop à son contrôle. Effrayé par cette déferlante de sensations et de sentiments nouveaux, Kagami se releva et il détala sous la pluie, laissant derrière lui un Aomine trop déboussolé pour se lancer à sa poursuite. Le brun serra les poings.

Et merde !

Il était si près du but !

Pourquoi avait-il fallu qu'il se mette à peloter Kagami, comme un animal en rut, alors que tout se passait bien ? Le roux avait pris peur et il s'était enfuit par sa faute ! Il aurait du se contenir au lieu de se conduire comme si le corps du tigre était en libre-service ! Tout était parfait et à cause de son empressement, il avait TOUT gâché !

Foutues hormones !

Et à présent, il regrettait amèrement de n'avoir pas su se contenir...


Il était plus de vingt heures et la nuit avait enveloppé Tokyo dans son manteau étoilé. Midorima rentrait tranquillement de son entraînement. Il restait plus tard que l'accoutumée et était même le dernier à quitter le gymnase. Parfois, Takao lui tenait compagnie jusqu'à ce que le shooter se lasse, mais depuis que le faucon s'était mis en chasse d'un certain fantôme, il était rare qu'il s'éternise au lycée de Shutoku le soir.

Sur le chemin de sa maison, Midorima s'était brièvement arrêté au Maji Burger. Pas qu'il appréciait spécialement la nourriture que l'on y servait, mais leurs cafés étaient bon marché et pas trop mauvais. Son capuccino dans une main, un parapluie noir tout simple dans l'autre, Midorima regagnait sagement ses pénates, aussi, il ne s'alarma pas en captant des aboiements non loin de lui.

Soudain, au détour d'un rue peu fréquentée, il buta contre un autre piéton qu'il n'eut aucun mal à identifier, malgré son uniforme et ses cheveux rouges détrempés.

« Kagami ? » S'étonna le basketteur à lunettes.

Passée la surprise, Midorima sentit son cœur louper quelques battements, quand il réalisa que les vêtements de Kagami le moulaient comme une seconde peau, sublimant son corps bien bâti. Mais il n'eut pas le temps de s'attarder sur cette incarnation de la luxure, puisque les aboiements se rapprochèrent d'eux. En apercevant un Shiba Inu gris courir juste derrière le rouge, Midorima comprit que l'animal poursuivait le dunker de ses véhémentes ardeurs. Le chien de taille moyenne n'était pas assez menaçant pour être pris au sérieux par l'as de Shutoku, mais de toute évidence, Kagami ne partageait pas son avis, puisque l'Américain lui bondit dans les bras sans crier gare !

Si proche... si chaud... si...

Heu... une seconde, Kagami ne pouvait pas être terrorisé par ce tout petit animal quand même, si ?

Le roux tremblait comme une feuille contre le torse de Midorima. Il avait passé ses bras autour du cou de la tsundere et enserrait même sa taille entre ses jambes, le visage logé dans son cou. Kagami était si attendrissant, si mignon, quand il se montrait vulnérable... Il s'accrochait à Midorima tel un bébé koala, comme si sa vie en dépendait. Mais pris au dépourvu par ce geste de panique pure, Midorima perdit l'équilibre, basculant en arrière. Kagami pesait bien plus lourd que lui et Midorima était bien loin d'être une montagne de muscles ! Il s'écroula donc sur le trottoir, Kagami toujours greffé sur lui, pire qu'une moule collée à son rocher un soir de tempête.

Son parapluie roula sur la chaussée et son gobelet déversa son contenu sur le sol. Leur chute conjointe effraya l'agresseur canidé, qui prit la poudre d'escampette sans demander son reste et si Midorima s'était montré attendri au départ par la fragilité infantile de Kagami, il n'en fut plus du tout question quand il constata amèrement que son café s'était également fait la malle... Il était à présent tout aussi détrempé que Kagami parce qu'il avait fallut bien entendu, que cet imbécile les fasse tomber dans une flaque. Les carreaux de ses lunettes ruisselaient d'eau et sa chemise blanche était devenue complètement transparente...

Il se mit à frémir également. Se pourrait-il qu'il soit effrayé par les chiens lui aussi ? C'est en tous cas ce que pensa Kagami avant qu'il réalise que c'était en réalité des tremblements de rage. Rouge comme une tomate, Midorima lui HURLA de se relever, ça, Kagami l'entendit distinctement. Il lui sembla percevoir « tu es lourd ! » « tout mouillé » « imbécile » dans le flot de paroles débitées par l'autre garçon, mais Midorima s'époumonait tellement que les mots étaient difficiles à décrypter...

Après s'être excusé - en l'insultant quand même un peu au passage - pas rancunier pour un sous, Kagami lui tendit la main pour l'aider à se relever. Midorima n'hésita pas à la saisir et le rouge le remit facilement sur pieds, le soulevant comme une vulgaire plume. Midorima se pencha pour récupérer son parapluie qui flirtait avec le caniveau et il remonta ses lunettes sur son nez. Kagami se frotta l'arrière de la nuque, embarrassé, quand son regard s'arrêta sur le gobelet de café renversé. Midorima reboutonna méthodiquement sa veste pour cacher son torse bien trop exposé à cause de la pluie torrentielle.

« Désolé... pour le café... c'était pas ton objet porte-bonheur du jour, j'espère... »

« Il se trouve que si, malheureusement. »

« Oh merde... ça craint alors... J'savais pas, j'ai pas fait exprès... »

« Où courais-tu à cette heure-ci ? Tu rentrais de l'entraînement, toi aussi ? »

Si c'était le cas, le rouge remonterait dans son estime. Mais bon, il avait un peu de mal à croire que quelqu'un puisse être AUSSI assidu que lui...

« Non en fait, je... » Son regard s'assombrit. Il avait une pointe de tristesse dans la voix. « Je fuyais quelqu'un... » Répondit-il évasivement.

Manque de chance, Midorima était le genre de personne qui sait analyser tous les non dits. Et bien loin de laisser couler, il devina avec justesse la source du tourment de Kagami. C'était tellement évident...

« Aomine. » Comprit-il immédiatement.

Merde, ce satané binoclard a des pouvoirs psychiques ou quoi ? Pensa l'équipier de Kuroko.

Midorima savait pertinemment qu'il allait le regretter, mais il ne put s'empêcher de voler une fois de plus au secours de son bébé tigre.

« Et si tu m'expliquais tout cela calmement autour du café que tu me dois en dédommagement ? Parce que si on reste plantés là on va attraper la mort...»

« Ok. » Accepta humblement Kagami.

Il lui devait bien cela, après tout, c'était à cause de lui que Midorima avait foutu en l'air son capuccino. Les deux joueurs firent donc demi-tour, regagnant en courant le Maji Burger le plus proche...


Cela faisait maintenant un bon quart d'heure que Kagami regardait par la fenêtre, l'air absent. Il n'avait pas décroché le moindre mot depuis qu'ils étaient entrés dans le restaurant. Ce silence reposant avait beau ne pas déranger Midorima, parce qu'il n'y avait que trop rarement droit en présence de l'inénarrable Takao, cette fois, c'était un peu pesant.

Kagami paraissait réellement affecté par la tournure que prenaient les évènements et Midorima pensa que ce n'était sans doute pas ce que souhaitait le tigre au fond de lui. Aomine pouvait se montrer très dominateur et forcer la main des autres sans le réaliser parfois. Il manquait de tact et son comportement n'était aucunement dicté par la logique ou les codes moraux. Il n'obéissait à aucune règle et était totalement imprévisible. Même pour quelqu'un comme Kagami, cela pouvait être compliqué à encaisser et à gérer, Midorima en avait conscience.

Quant au tigre... Midorima était bien la dernière personne à qui Kagami aurait imaginé un jour se confier !

« Si tu ne veux pas en parler, je ne te forcerai pas. »

« Non... c'est pas ça... c'est juste que... »

« Que quoi ? Tu ne me fais pas confiance ? »

« C'est juste super bizarre de parler de ça avec toi. »

« Et pourquoi cela ? Tu préfèrerais en parler à Kuroko ? Si c'était le cas, je comprendrai, cela me semblerait absolument naturel et légitime. Et je ne t'en tiendrai pas rigueur. »

Il avala une lampée de liquide chaud, sans quitter Kagami du regard. Ce dernier soupira et finit par se tourner vers lui.

« T'as pas compris ce que je voulais dire... »

« C'est normal, puisque tu ne m'expliques rien. »

Encore un soupir d'exaspération de la part de Kagami.

« Bon écoute, je vois juste pas pourquoi j'irai raconter mes peines de cœur à un gars comme toi, qui ne connait rien à l'amour. »

OUCH !

Ca brûle comme réplique !

Midorima fronça des sourcils et une grosse veine gonflée apparut sur sa tempe gauche, signe de contrariété. Là, tout de suite, il avait trèèèèèèèèès envie d'envoyer chier Kagami, comme sa réponse irrespectueuse le méritait. Ou de lui balancer son gobelet chaud dans le gueule, tiens, oui, excellente idée ! C'était même mieux, tous comptes faits !

Mais au lieu de cela, il toussa légèrement, puis il fixa Kagami, imperturbable.

Il avait plus d'un tour dans son sac... Et il était temps de sortir son meilleur atout, sa botte secrète la mieux gardée ! Il remonta ses lunettes sur son nez avec classe et se fendit d'un sourire narquois.

« Pour ta gouverne, sache que j'ai aidé Aomine à séduire Kuroko. »

La mâchoire du tigre manqua de se décrocher sous l'effet de cette improbable révélation !

Il avait du mal à s'imaginer Midorima en... conseiller matrimonial ou en entremetteur...

« Ah ouais ? Genre Aomine est venu te trouver, sans pression, pour te demander comment pécho Kuroko ? »

« Tu insinues que je te mens ? Pose la question à Kise ou à n'importe qui d'autre et tu verras que je dis la vérité. » Se vexa le Tsundere.

« Nan mais je te crois hein, faut pas le prendre mal. C'est juste que je vois pas trop Aomine avoir besoin de tuyaux pour... ça. »

« Détrompe-toi. Sous ses airs sûr de lui, il est complètement parasité par un fort sentiment d'insécurité. Et puis, à l'époque, ce n'était pas le... » Il marqua une pause, cherchant ses mots.

« Le connard qu'il est devenu aujourd'hui ? Oui, tu as le droit de le dire. »

« … Hmm... peu importe. » Il préféra ne pas s'autoriser à dire de telles vulgarités. « En tous cas, il n'était pas comme ça avant. »

« Et comment tu as fait ? »

« Est-ce que tu as déjà lu la pièce de théâtre Cyrano de Bergerac ? »

« Heu... avec un nom pareil, à tous les coups ça parle d'un berger, non ? » Hasard Kagami.

Pourquoi le manque flagrant de culture littéraire de Kagami ne le surprenait pas ?

« Baka ! Il s'agit d'un classique, pourtant ! Enfin... pour faire court, c'est une pièce de théâtre dans laquelle Cyrano, aide son ami Christian à séduire la belle Roxane, qu'il aime également en secret. »

« Attends, tu veux dire que Christian et Cyrano aiment la même fille ? »

« Oui. Mais Cyrano n'est malheureusement pas pourvu d'un physique des plus agréables et il craint d'être rejeté par Roxane à cause de cela. Il décide donc de se sacrifier, au profit de Christian et pour ce faire, il rédige une lettre en pensant à Roxane. Il se cache ensuite dans l'ombre et souffle à Christian ses répliques. Comme Cyrano n'est pas visible, Roxane pense que les mots d'amour qu'elle entend sortir de la bouche de Christian sont bien les siens et qu'il les a écrits pour elle. Pas un seul instant, elle ne se doute qu'il s'agit en fait de l'oeuvre de Cyrano. »

« Ok... je vois. Mais quel rapport entre toi et Aomine ? »

« N'est-ce pas évident, idiot ? J'ai écrit une confession amoureuse que j'ai ensuite dictée à Aomine. Il n'a eu qu'à la répéter à Kuroko et c'est ainsi qu'il est parvenu à gagner son cœur. »

« Waouh... c'est super romantique... tu m'impressionnes Midorima... Vraiment. Et je ne dis pas ça pour me foutre de toi. Mais à qui tu pensais quand tu as rédigé ta lettre d'amour ? »

« Je te demande pardon ? »

« Ben oui. Cyrano, lui, il pensait à Roxane. C'était elle sa source d'inspiration. Et toi, qui était la tienne ? »

L'as de Shutoku blêmit. Non seulement Kagami avait parfaitement compris la pièce, mais il en avait en plus saisi l'essence profonde. La comparaison avec Cyrano n'était pas anodine et reflétait avec exactitude ce qu'avait vécu Midorima au collège. Mais alors, à qui pouvait bien s'adresser la lettre que Midorima avait écrite ? Son cœur s'affola dangereusement dans sa poitrine. Kagami venait de mettre le doigt de manière peu orthodoxe sur un gros dossier et les conséquences allaient être terribles s'il venait à découvrir que la muse de Midorima était en fait...

« Haaaan ! C'était Kuroko, pas vrai ? Puisque c'était lui la Roxanne de ton histoire ! »

Midorima aurait du se sentir soulagé que Kagami se trompe aussi grossièrement, mais la simple évocation du petit fantôme le fit sortir de ses gonds ! Il n'avait tout de même pas si mauvais goûts ! C'était presque insultant de croire qu'il avait pu craquer pour un être aussi insignifiant que Kuroko. Il lui fallait quelqu'un de grand, pour commencer ! Et de plus fier, de plus fort physiquement et mentalement. Une personne dotée d'un charme admirable et si l'intelligence de son futur partenaire était indéniablement un gros plus, contre toute attente, la vivacité d'esprit n'était qu'un critère facultatif pour Midorima.

Comme le binoclard avait manqué de s'étrangler en avalant son café de travers à la simple évocation de Kuroko, Kagami réalisa que ce n'était probablement pas du passeur que Midorima était amoureux à l'époque de Teiko.

Cela ne manqua pas de l'intriguer, mais il passa outre cette interrogation, se promettant d'élucider plus tard ce mystère.

« Alors, tu ne veux toujours pas de mon aide, même après ce que je viens de te révéler ? »

« C'est pas Kuroko que j'ai envie de draguer. Et j'ai pas non plus besoin d'écrire une connerie de poème pour arriver à mes fins. » Se défendit maladroitement le tigre.

« Tu es tellement stupide. Tu m'ennuies... débrouille-toi seul. »

Midorima commença à se lever, exaspéré par l'attitude de Kagami, mais le tigre n'avait pas dit son dernier mot. Il attrapa le poignet de Midorima et le força à s'asseoir à nouveau en exerçant une pression sur son bras.

« Ton cul restera sur cette banquette jusqu'à ce que tu m'aies donné des conseils à propos d'Aomine ! »

Et Kagami lui sourit.

Alors finalement, il avait confiance en lui...

Midorima se sentit fondre sur place.


« … Et voilà, tu sais tout. »

Midorima avait gardé les mains sur son verre de café pendant que Kagami lui racontait ses déboires « Aominesques » et le liquide était à présent froid. Le shooter n'avait pas une seule fois coupé la parole à son interlocuteur, ni même tenté de l'interrompre. Il avait écouté en silence, prenant sur lui pour ne pas lancer des piques et pour se montrer un minimum intéressé par les propos de Kagami.

Et maintenant... il était face à un dilemme.

Kagami était venu vers lui pour lui faire part de ses malheurs...

Et c'était même lui qui l'y avait encouragé.

Bien-sûr, le témoignage de confiance de Kagami à son égard était des plus flatteurs.

Mais, objectivement, peut-on vraiment accepter d'aider son rival ?

Kagami désirait des conseils à présent. L'honnêteté de Midorima le poussait à essayer d'arranger les choses entre le tigre et la panthère noire. Mais d'un autre côté, il n'avait pas envie de faire cela. Ce serait du suicide affectif. Si grâce à lui, Aomine parvenait à ses fins, alors, lui, serait le grand perdant de l'histoire...

Allait-il encore une fois devoir jouer les Cyrano et se sacrifier pour le bien d'autrui ?

Ou allait-il saboter délibérément l'entreprise du prétendant adverse ?

Il en avait le pouvoir ! C'était le moment rêvé pour déclarer ses sentiments à Kagami et supplanter son rival dans le cœur du naïf Américain.

Kagami était suspendu à ses lèvres, attendant qu'il parle.

Il ne pouvait pas se défiler.

Il prit une grande bouffée d'air saturé de graisses de friture et il commença à parler, encore incertain de ce qu'il allait dire.

Courage...

« Tu devrais dire à Aomine ce que tu ressens, exactement comme tu viens de le faire avec moi. Que tu tiens à lui et qu'il t'attire, mais que tout ceci est nouveau pour toi, alors tu ne veux pas griller les étapes. Que tu voudrais apprendre à mieux le connaître avant de t'engager, pour être sûr que vous pourrez vous entendre. »

« Ben voyons... il va me rire à la tronche si je lui sors un tel discours... Il va me trouver ridicule... Pire qu'une fille... déjà qu'il a dit tout à l'heure que le « consentement c'est pour les gonzesses... »

Midorima roula des yeux. Non mais quel abruti ce ganguro, aussi ! Il n'avait même pas besoin qu'un autre foute en l'air toutes ses chances, apparemment, il savait très bien le faire tout seul, comme un grand.

Le seul qui peut me battre, c'est moi.

Foutaises !

Aomine devrait sérieusement songer à changer son leitmotiv en « Le seul qui peut bousiller mes chances en amour, c'est moi ! » Ce serait nettement plus représentatif et approprié !

Midorima ne sut pas ce qui lui passa par la tête à ce moment-là, mais il décida de voler au secours d'Aomine.

Encore une fois...

Cela devenait une habitude vraiment handicapante...

« C'est ça, ou rien. Ne lui donne pas le choix. Pose tes conditions. S'il les accepte, s'il fait des efforts, parfait. Sinon, tant pis pour lui. Tu ne demandes tout de même pas l'impossible, juste un peu de compréhension de sa part. Montre que tu as le pouvoir et que c'est toi qui dictes les règles. Quant on donne un doigt à Aomine, il a tendance à prendre tout le bras. Alors sois prudent avec ce que tu choisiras de lui accorder. C'est la clé de la réussite, ne relâche jamais ton attention et ne te laisse jamais aller complètement avec lui. »

« J'ai pas envie de ça... de devoir calculer chaque mot que je lui dirai. Chaque geste que je ferai... Je veux pas d'une relation où il faut être en permanence sur le qui-vive... »

« Je te dis juste de faire attention, c'est tout. Aomine est malin, il sait repérer les failles et il va exploiter tes faiblesses. Si tu ne te montres pas ferme dès le départ, il va tout faire pour parvenir à ses fins et il va t'inciter à faire des choses que tu ne souhaitais pas forcément. Et en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, tu vas te retrouver entre ses griffes sans pouvoir te dégager, comme tout à l'heure. » Exposa calmement la grenouille.

Kagami passa une main dans ses cheveux encore mouillés. Tout cela était tellement compliqué... c'était comme un match de basketball avec des stratégies et un concurrent à surpasser. Cela ne lui plaisait pas. Réfléchir, planifier, ce n'était pas son fort. Lui, il jouait à l'instinct, avec ses tripes sur la table. Tout le contraire, en somme.

« Je crois que tu as raison. » Avoua t-il avec simplicité. « Je vais faire ce que tu m'as conseillé. On ira à mon rythme lui et moi et si ça ne lui convient pas, il ira se faire foutre ! »

Semblant avoir recouvré sa joie de vivre légendaire, Kagami mordit avec enthousiasme dans son cheeseburger qu'il n'avait pas pas touché depuis leur arrivée au Maji. Midorima esquissa quant à lui un discret, trèèèès discret sourire de victoire. Il avait fait le bon choix. Voir Kagami si heureux en était la preuve. Il avait pris la bonne décision en se montrant sincère. A cause de son intervention, Kagami allait retomber dans les bras d'Aomine, il en était conscient. Mais tout ce qui comptait pour lui était que Kagami trouve le bonheur... même si ce n'était pas avec lui...

« Au fait... » Reprit Kagami, le faisant sortir de ses pensées. « T'es toujours d'accord pour qu'on se voit demain, après les cours ? Pour les révisions, hein... »

Comme s'il y avait besoin de préciser ! Pour quelle autre raison pourraient-ils se donner rendez-vous ?

« C'est d'accord, mais pas chez toi, par pitié. Je ne tiens pas à ce qu'Aomine débarque à l'improviste et nous importune encore.»

« Hmm ? Tu veux qu'on fasse ça où alors ? Oh wait ! Tu serais pas en train de m'inviter chez toi, là ? »

Le vert rougit un peu et il serra les dents, remontant ses lunettes pour la énième fois. Qu'est-ce que ce débile était en train de s'imaginer ? Qu'il invitait tous les mecs du coin dans sa chambre pour des COURS PARTICULIERS ou quoi ?

Alors qu'il allait répliquer de manière cinglante que le ton de Kagami ne lui plaisait pas, il remarqua qu'un amas de sauce s'était formé au coin de la bouche du roux. Décidément, Kagami mangeait comme un adorable petit cochon. Bien loin de s'en formaliser et sans s'en rendre vraiment compte, Midorima tendit machinalement la main pour essuyer délicatement la bouche tentatrice du joueur de Seirin. Il brossa maternellement les lèvres de Kagami du bout de ses doigts bandés. C'était un spectacle tellement mignon qu'il n'avait pu se retenir de le faire... Surpris par le geste, Kagami se figea et se laissa faire. Mais en un instant, une silhouette familière fit irruption derrière Kagami et un bras de couleur foncée l'enlaça possessivement. Aomine se laissa tomber sur la banquette, à côté de son chéri et Midorima eut à peine le temps d'ôter sa main que déjà, la langue râpeuse de la panthère vint lécher la commissure des lèvres de l'autre scorer. Procédant à un toilettage en règle, Aomine s'évertua à recueillir chaque goutte de sauce encore logée là, sans quitter Midorima de son unique œil encore valide.

Le message était clair.

Kagami le repoussa quant il réalisa ce qui se passait (et il lui fallut un peu de temps...).

« Oi Aomine ! Qu'est-ce que tu... »

« Je te cherchais. » Le coupa l'as. « Tu es parti si vite tout à l'heure et comme tu ne répondais pas à tes messages, je commençais à être inquiet. Heureusement, je me suis souvenu qu'il y avait un Maji Burger dans les environs et je m'y suis précipité. A croire que j'ai eu une bonne intuition ! »

« Ah oui.. j'ai rencontré Midorima par hasard dans la rue et il a proposé de me tenir compagnie. »

« Quelle gentille attention. » Ironisa le fauve noir en fixant méchamment son rival. « Mais bon, maintenant je suis là pour m'occuper de toi, alors il n'est plus obligé de rester s'il a envie de rentrer chez lui. »

Aomine était en train de le pousser hors du ring avec très peu de subtilité. Midorima tiqua, mais Kagami ne dénota rien d'inhabituel. Et pour marquer ses mots durs, Aomine raffermit sa prise autour de la nuque de l'Américain. Les deux Japonais se lançaient à présent des éclairs et l'air se chargea en électricité. La tension était palpable entre les prétendants. C'était comme si le regard d'Aomine criait « MOVE BIATCH ! GET OUT OF THE WAY ! », mais cela n'impressionnait pas Midorima.

« Désolé de t'avoir accaparé Midorima. On va rentrer nous aussi. »

Quoi, ensemble ? L'imperturbable vert se redressa et fit mine de ne pas relever. Kagami se mit debout et Aomine l'imita, son bras toujours enroulé autour de l'autre adolescent, tel un gros boa jaloux. Les trois jeunes hommes marchèrent jusqu'à la sortie du fast food. Dehors, il ne pleuvait plus et Aomine ne lâchait toujours pas sa proie.

« A demain et encore merci Mido ! »

« Ne m'appelle pas... hmm... » Il ferma les yeux un moment et soupira. « ...oui. »

« Oh... vous comptez vous voir demain ? » Sourit caustiquement l'ami d'enfance de Momoi.

« Pour réviser la biologie. » Se sentit obligé de préciser Kagami.

« Ah oui, où avais-je la tête. » Répondit platement Aomine.

« Rentre bien Midorima. » Sourit le rouge.

Et alors que Midorima s'apprêtait à retourner la politesse au tigre, d'un coup sec sur sa nuque, le brun attira les lèvres de Kagami contre les siennes et il lui donna un baiser torride, toujours en gardant son regard planté dans celui de la grenouille.

Midorima eut l'impression que son cœur se coinça dans sa gorge. Il avait du mal à respirer. Il se sentait humilié et complètement distancé. La panthère attaquait franchement et il ne semblait pas en mesure de répliquer. Abattu, il partit dans la direction opposée à celle du couple, rassemblant toutes les maigres forces qu'il lui restait pour rester digne et ne pas faiblir. Ses jambes tremblaient. Ses poumons se contractaient douloureusement, le faisant suffoquer. Il avait tellement mal !

Des larmes roulèrent sur ses joues.

Kagami éjecta aussitôt Aomine et il lui colla un sacré coup de poing dans la figure, sans autre forme de procès. Il ne comprenait pas très bien tous les tenants et aboutissants de cette histoire, mais il y avait définitivement quelque chose de très étrange qui flottait dans l'atmosphère ! C'était la troisième fois qu'Aomine dépassait les bornes ce soir et son attitude suffisante devenait franchement irritante !

Le tigre n'était pas un objet, ni un jouet !

Le brun frotta sa joue endolorie, mais il ne pipa mot. Il était allé trop loin, il le savait mieux que quiconque et ce n'était pas ainsi qu'il allait marquer des points auprès de Kagami, mais c'était plus fort que lui ! Il ne supportait pas la perspective d'un tête-à-tête entre Kagami et Midorima ! Qui sait ce qui risquait de se produire s'ils ne restaient que tous les deux ? Non, Aomine ne pouvait le permettre ! Alors il s'était assuré que son rival comprenne bien que Kagami lui appartenait...

… Kagami qui était déjà parti sous la pluie qui recommençait à tomber...

… en le laissant SEUL...

Dans les ténèbres...


Le lendemain, Midorima fut absent.

Il ne vint pas en cours...


On risque de revoir Kenta dans de prochains chapitres, j'espère qu'il vous a plu.

D'ailleurs, un autre enfant devrait faire son apparition dans le prochain chapitre, puisque d'après le fanbook Midorima a une petite soeur...

Le triangle amoureux se resserre !

(et je plains le pauvre Midorima, j'ai été méchante dans ce chapitre avec lui, mais je vais me rattraper dans le prochain avec lui !)

Ah oui... (petit aparté) j'ai revu le premier match contre Shutoku dernièrement en anime et... OMG ! Mais...? Toutes les répliques de Kagami à Midorima dans ces épisodes peuvent être sorties de leur contexte ! Bonjour les sous-entendus sexuels ! J'étais choquée ! OoO

Oh et j'en profite pour vous poser une question : A votre avis, de qui Midorima était amoureux au collège ?

Reviews svp ?