« Quelque part dans le jardin, un rossignol chantait, un petit vent frôlait ses cheveux et faisait trembler les feuilles dans les arbres. Toutes les cloches de la ville sonnèrent, un coup chacune, aigu pour celle-ci, plus grave pour celle-là, certaines proches, d'autres plus lointaines, celle-ci était fendue et grincheuse, celle-là profonde et sonore, mais toutes ces voix différentes étaient d'accord sur l'heure, même si certaines arrivaient un peu moins vite au rendez-vous. Dans cet autre Oxford où Will et elle s'étaient embrassés pour se dire adieu, les cloches sonneraient également, et un rossignol chanterait, et un petit vent agiterait les feuilles du Jardin Botanique.

« Et après ?, demanda son dæmon d'une voix endormie. Qu'est-ce qu'on construira ? »

« La République des Cieux. », répondit Lyra.

Extrait du chapitre final du Miroir d'Ambre, par Philip Pullman

7 : L'Aube

Eméra perçut d'abord des tâches de couleurs, parfois mouvantes. Elle papillonna des yeux, tentant de retrouver une vision stable, tandis que des sons tout aussi parcellaires lui parvenaient :

« E…a ! E…a ! »

Elle comprit qu'on l'appelait par son nom et elle entendit alors distinctement :

« Elle se réveille ! »

C'était la voix de Lucy.

« Da…la. », essaya-t-elle de prononcer malgré sa bouche pâteuse.

« Désolée, elle n'est pas là. », dit Lucy qui semblait avoir compris malgré tout.

Eméra attrapa le bras de Stanislas qui se penchait sur elle et réussit à dire :

« Dalila. Danger. »

« Tu ferais mieux d'aller la chercher, dit Lucy. Elle doit être sur le champ de bataille. »

« Non, dit Eméra. Dans son bureau. »

Elle avait encore la bouche un peu sèche mais ses idées étaient on ne peut plus claires.

Si Deimos a empoisonné Dalila, il a dû le faire avant le lever de la pleine lune. Et, à cette heure là, elle était encore dans son bureau.

« J'y vais. », dit Lucy.

« Moi aussi. », dit Eméra.

« Eméra, cette potion a failli te tuer, dit sévèrement Stanislas. Tu devrais te reposer. »

« Dalila est en danger de mort, répondit-elle. Je viens. »

Elle essaya aussitôt de se lever du canapé et trébucha. Stanislas et Lucy la saisirent chacun par un bras et l'aidèrent à se relever. Heureusement, le bureau de Dalila se trouvait également au septième étage et ils n'eurent que quelques couloirs à traverser pour le rejoindre.

Toutes les lumières de la pièce étaient éteintes mais celle des étoiles et de la pleine lune qui trônait dans la ciel permit à Eméra de distinguer les contours de la pièce familière. Pendant un instant, elle crut que le bureau était vide et en conçut un immense soulagement – parfaitement irrationnel. Puis, elle aperçut une tâche rousse sur le sol et poussa un cri. Elle se précipita auprès de sa cousine, Stanislas sur ses talons, tandis que Lucy remuait sa baguette pour que le bureau s'illumine.

« Il n'y a rien qu'on puisse faire ? », dit Eméra après avoir mis sa cousine sur le dos.

« Je suis désolé, Eméra, mais elle est morte depuis plusieurs heures déjà, se prononça Stanislas après un rapide examen. On ne peut pas la réanimer. »

« C'est la faute de Deimos, murmura Eméra entre ses dents, sa voix remplie de rage contenue. Je l'ai prévenu, je lui ai dit de ne pas lui faire du mal ! Mais il ne m'a pas écouté, et il va le payer. »

« Eméra, dit Lucy d'une petite voix, tu es sûre que Deimos est le responsable ? »

« Je l'ai su de la propre bouche de Dalila dans mon rêve. Il l'a empoisonnée ! »

« Et maintenant tu vas le tuer ? »

Eméra hocha sombrement la tête.

« Deimos a été notre ami, notre compagnon d'armes, tu ne peux pas faire ça ! », plaida Lucy.

Eméra lui jeta un regard noir.

« Je ne dis pas qu'il ne mérite aucun châtiment, reprit Lucy, mais pas la mort, je t'en prie ! »

« Je vais lui parler. », dit alors Stanislas à Eméra et il entraîna Lucy à l'autre bout de la pièce.

« Quoi ? s'écria Lucy. Tu ne vas pas me dire que tu es d'accord avec elle ? »

« Deimos était mon meilleur ami. Mon seul ami, dit Stanislas en chuchotant. Même s'il a tué Dalila, je ne pense pas qu'il mérite la mort. Cependant, il doit mourir. »

« Pourquoi ? », dit-elle vivement.

« Lucy, tu es venue ici pour aider les Sangs-Impurs à conquérir leur liberté et à faire la paix avec les Moldus. Tu t'es engagée dans ce camp et tu m'as dit que tu étais prête à te battre pour protéger les autres. », dit Stanislas en la saisissant par les épaules.

« Je ne vois pas le rapport. », dit-elle d'une voix blanche en tournant les yeux vers le sol.

« Oh, si tu le vois très bien ! Maintenant, regarde-moi dans les yeux, et dis-moi que Deimos n'essaiera pas de gâcher toute tentative de paix tant qu'il y aura un souffle de vie dans son corps. Dis-moi du fond de ton cœur qu'il ne représente pas un danger pour nous, et même pour tous les êtres humains qui se mettent en travers de son chemin. Dis-le moi. »

« Je ne peux pas, avoua piteusement Lucy. Mais pourtant… »

« Mais pourtant rien. Deimos n'a pas fait qu'attaquer Dalila, il a attaqué Poudlard avec ses loups-garous. Tu ne peux espérer concilier les loups-garous et les rebelles, tu ne peux sauver et Deimos et Poudlard. C'est la guerre et il faut choisir son camp. », conclut-il, impitoyable.

« Tu sais, Stanislas, dit Lucy, les yeux brillants de larmes, que j'ai déjà choisi. »

« Oui, je sais. Mais tu serais incapable d'affronter Deimos sur le champ de bataille, tout comme moi d'ailleurs. C'est pour ça que nous devons laisser Eméra faire. »

« Le sale travail à notre place. », termina amèrement Lucy.

« Oui, c'est exactement ça. »

Pendant tout le temps qu'avait duré cette intéressante conversation, Eméra avait déniché un petit coffret qui contenait une arme à feu. Elle vida le chargeur et inspecta soigneusement les balles en argent qui se trouvaient à l'intérieur.

« Des loups-garous ont attaqué Poudlard cette nuit, dit Stanislas. Deimos doit être parmi eux. Mais tu ne peux pas le tuer avec ça. C'est beaucoup trop voyant. »

« Nous ne voulons pas te perdre à ton tour. », dit Lucy en reniflant.

« C'est pour ça que je ne vais pas le tuer comme ça. », dit Eméra en ramassant les balles mais en laissant l'arme derrière elle. Elle sortit du bureau d'abord lentement, puis au pas de course. Elle avait retrouvé toutes ses facultés motrices. Parfait.

Eméra retourna dans son salon, où la seringue que Deimos avait utilisée pour lui injecter la potion gisait toujours par terre. Elle la ramassa, la posa sur le canapé et se mit en quête d'un récipient pour les balles en argent.

Elle finit par les glisser dans son verre à dent, sortit sa baguette et se concentra sur le sortilège de Changement d'État. Au bout de quelques minutes, les balles s'étaient transformées en un liquide argenté qui semblait avoir la consistance d'un sirop. Elle en remplit la seringue.

Elle se rendit ensuite dans la Grande Salle, où un spectacle ahurissant l'attendait : habitants de Poudlard et Mangemorts combattaient ensemble les loups-garous. Eméra se glissa parmi leurs rangs mais aucun loup-garou ne l'attaqua.

Eméra effleura le médaillon que Deimos avait passé autour de son cou. Il indiquait aux loups-garous de ne pas la tuer – drôle de privilège que lui avait valu sa relation avec Ti'lan.

La dernière fois que j'ai vu Deimos, il avouait être une menace pour Dalila et avait libre accès au château. Après il m'a assommé avec la potion mais il savait pertinemment que si je me réveillais, j'irais voir si Dalila allait bien. Que je la trouverais morte. Et que je viendrais me venger.

Il y a un seul loup-garou qui va m'attaquer, et ce sera Deimos parce qu'il sait que je suis venu pour lui.

Au moment où elle formulait cette pensée, un énorme loup bondit sur elle. Eméra se baissa souplement pour éviter l'attaque. Puis, elle s'enfuit et disparut dans la foule.

Deimos ne la poursuivit pas. Il ne tenait pas particulièrement à la tuer, après tout. Mais il était extrêmement surpris qu'elle se soit enfuie. Ce n'était vraiment pas son genre.

Une fois sortie de la pièce, Eméra s'arrêta pour observer la seringue vide dans sa paume. Quand Deimos s'était jeté sur elle, elle avait brandi la seringue au dessus de sa tête et lui avait injecté le liquide. Elle ne savait pas combien de temps il faudrait pour qu'il agisse cependant.

Pourvu que ça soit long. Et douloureux.

Se sentant incroyablement lasse, elle remonta jusqu'au septième étage. Lucy l'attendait dans son appartement, le visage plein de sollicitude.

« Est-ce qu'il y a quelque chose que je peux faire pour toi ? »

« Non, Lucy, je vais bien. Tu peux t'en aller ? » répondit-elle plus abruptement qu'elle ne l'aurait voulu.

Dès qu'elle eut disparu, Eméra alla voir si TJ dormait bien, bordé dans son petit lit. Mais elle dut d'abord enjamber un cadavre recouvert d'un drap. Elle le souleva pour découvrir le visage de Peter Pettigrow et ressentit de la compassion à son égard, puis une nausée montante, dévastatrice.

J'en ai assez.

Après avoir observé son fils pendant de longues minutes, elle s'assit à son bureau.

Elle avait une lettre à écrire.


Il attendait dans la salle commune complètement vide et chichement éclairée. Il n'avait pas allumé toutes les lumières.

De temps en temps, il s'asseyait puis, sur les nerfs, se relevait d'un bond. Alors, il faisait les cent pas ou il s'arrêtait près de la fenêtre, pour observer le paysage de l'île plongée dans la nuit. Il était ainsi tourné vers la fenêtre quand une voix l'interpella :

« Papa ! »

Konstantin se retourna aussitôt. Kévin venait d'apparaître sur l'estrade. Il tenait sa mère dans ses bras, apparemment inconsciente.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Elle est blessée ? », s'écria t-il en se précipitant vers son fils.

« Non, papa… Je suis désolé. Elle est morte. »

Konstantin remarqua alors le sang qui gouttait depuis l'arrière du crâne de Léna. Kévin lâcha mollement le Portoloin qui l'avait amené ici et tendit à son père le cadavre de sa femme. Il la prit délicatement et sa tête dodelina, révélant l'horrible blessure qui lui avait coûté la vie.

Konstantin s'effondra à genoux et commença à sangloter de manière incontrôlée. Kévin l'observa un moment, sans rien dire. Aucun mot n'aurait pu apaiser la douleur de son père.

Il revint vers l'estrade et sonna le tocsin, qui convoquait tous les membres de la Confrérie du Chaos se trouvant sur l'île. Ils apparurent au bout de quelques minutes dans un tourbillon de capes. Certains se mirent à se lamenter bruyamment en voyant le cadavre de Léna mais ce n'était que des manifestations de fanatisme, contrairement aux larmes sincères de Konstantin.

Quand tous furent arrivés, Kévin prit la parole d'une voix forte :

« Mes frères, nos pouvoirs ne sont plus ! Notre Maître est mort et notre Dieu nous a abandonnés ! »

Les membres de la Confrérie essayèrent alors d'utiliser l'antimagie mais leur pouvoir leur fit défaut. Certains s'effondrèrent à genoux et se lamentèrent de plus belle, d'autres prirent la fuite mais Kévin ne leur prêtait déjà plus attention. Il effleura l'épaule de son père et lui glissa à l'oreille :

« Allons dans un endroit tranquille. Il faut que je t'explique ce qui s'est vraiment passé. »

Sans un mot, Konstantin se leva et, tenant toujours le corps de Léna contre son cœur, suivit son fils dans leurs appartements. Il allongea Léna sur son canapé préféré, rajustant une mèche de ses cheveux afin qu'elle ait l'air aussi belle que si elle était endormie.

« Qui lui a fait ça ? », murmura-t-il entre ses dents.

« Rosemary. Mais je l'ai déjà tuée, papa. »

« Qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Rosemary a tué maman pour lui voler la Clé. Elle a retiré aux Cavaliers du Chaos leur antimagie pour prendre ce pouvoir – et tout le pouvoir du Cristal – pour elle-même. Nous avons réussi à l'arrêter avant qu'elle ne devienne toute-puissante mais la Clé a été brisée en chemin. Nous n'avons donc plus aucun moyen de contrôler ni le Cristal, ni les Détraqueurs. Désormais, ils sont libres et avides de nous détruire. »

Kévin regarda son père droit dans les yeux :

« L'adage dit : « Connais ton ennemi. ». Pourtant, personne ne sait ce que sont au juste les Détraqueurs. Maman connaissait peut-être leur vraie nature et elle te disait tout. »

« Il y a des décennies, commença à raconter Konstantin dans un état second, les fondateurs de la Confrérie souhaitaient accumuler un pouvoir au-delà de celui de tous les hommes. Alors ils capturèrent nombre de leurs comparses et leur arrachèrent un morceau de leurs âmes, leurs essences magiques, qu'ils emprisonnèrent dans un réceptacle de cristal. Et, autour de ce Cristal, s'accumula une quantité de magie sans nulle autre pareil. »

« Et les sorciers dont les essences magiques furent ainsi volées moururent mais ne quittèrent pas ce monde, compléta patiemment Kévin. Voldemort a fait la même chose que les fondateurs de la Confrérie et j'ai rencontré ce genre de spectres. Mais les Détraqueurs ne sont pas des spectres. »

« Après avoir créé leur Cristal, continua Konstantin comme s'il n'avait pas été interrompu, les fondateurs de la Confrérie voulurent le contrôler. Pour cela, ils transformèrent sa magie en antimagie et la lièrent à un objet, la Clé. Mais les essences magiques à l'intérieur du Cristal furent aussi transformées, de même que les âmes auxquelles elles appartenaient. »

« Pourquoi les spectres furent-ils affectés par la transformations de leurs essences magiques ? demanda doucement Kévin. Elles leur avaient été arrachées, volées. »

Konstantin regarda son fils comme s'il le voyait pour la première fois :

« Il y a entre deux morceaux d'une même âme un lien qui ne peut être brisé. Lorsque leurs essences magiques furent corrompues, les spectres subirent le même sort. Ils devinrent des âmes damnées, répandant le malheur, aspirant la joie, se nourrissant des autres âmes pour se multiplier sans pour autant regagner ce qu'ils avaient perdu. Et, bien que haïssant la Confrérie, responsable de tous leurs malheurs, ils furent contraints d'obéir au Maître du Chaos, porteur de la Clé. »

« Et si nous réussissions à briser le Cristal ? Est-ce que les Détraqueurs disparaîtraient ? Ou est-ce qu'ils sont devenus trop différents des êtres humains pour mourir ? »

Konstantin leva les mains, les paumes en l'air, dans un geste d'ignorance ou de désintérêt.

« Alors, tu as finalement appris la vérité au sujet de la Confrérie et de ta mère. », dit son père comme s'il s'en rendait compte pour la première fois.

« Je compatis à ta douleur, papa. Mais maman m'a menti toute ma vie pour que je la mène au Cristal et je ne lui pardonnerai jamais. »

À la grande surprise de Kévin, Konstantin le prit dans ses bras :

« Je suis tellement soulagé que tu n'aies rien à voir avec sa mort. »

« Moi aussi, papa, moi aussi. Mais j'ai besoin que tu viennes avec moi. Il faut que nous arrêtions les Détraqueurs. »

Konstantin le regarda comme s'il ne comprenait pas.

« Si toi, moi et tante Kathryna réussissons à accumuler une quantité de magie surpassant l'antimagie du Cristal, alors nous pourrons le détruire. », expliqua patiemment Kévin.

« Mais ta mère... nous ne pouvons pas la laisser ici ! »

« Je pensais l'enterrer ici, en fait. Sa tombe risquerait d'être piétinée à un autre endroit. Et il n'y a pas besoin d'avoir d'autres personnes que nous deux à l'enterrement. »

Alors Konstantin prit le corps de Léna, Kévin ramassa le Portoloin et, une boule de lumière éclairant leurs pas, ils choisirent un endroit du jardin. Un coup de baguette suffit à creuser la tombe. Konstantin déposa Léna à l'intérieur et commença l'oraison funèbre d'une voix hachée :

« Léna… tu étais belle, et intelligente. Brillante. Douée. Ambitieuse. Toutes les choses que je n'étais pas. »

Il éclata en sanglots et se tourna vers son fils, les bras tendus dans une attitude suppliante. Mais, au lieu de prendre son père dans ses bras, Kévin planta son regard dans le sien, prêt à entendre ses pensées autant que ses paroles :

« Est-ce que maman m'aimait ? »

« Autant qu'elle le pouvait, répondit Konstantin en reniflant. Contrairement à Voldemort, elle n'était pas dépourvue de cœur et je pense qu'elle s'était attachée à nous au fil du temps. »

« Mais nos vies étaient insignifiantes par rapport à son but. », acheva Kévin.

Konstantin acquiesça douloureusement. D'un coup de baguette, Kévin referma la tombe et, prenant son père par les épaules, l'éloigna de tout ce qui avait fait sa vie.


Lucy évoluait rapidement dans la Grande Salle, tentant d'apporter de l'aide aux blessés avec ses faibles compétences médicales. Souvent, elle devait enjamber les nombreux Patronus qui faisaient le tour de la salle, importants vigiles qui les empêchaient de sombrer tous dans le désespoir.

La bataille avait pris fin quelques heures avant l'aube, lorsque des Détraqueurs avaient encerclé le château. Les loups-garous, qui se savaient totalement sans défense face à ces prédateurs là, avaient préféré prendre la fuite. Quant aux Sangs-Purs, vu qu'ils n'étaient directement attaqués par personne, ils en avaient profité pour filer à l'anglaise mais c'était bien le cadet des soucis des habitants de Poudlard. Il y avait beaucoup de blessés parmi eux et, même si les Détraqueurs ne pouvaient traverser les murs du château, leur influence néfaste se faisait sentir à l'intérieur. Les rebelles encore valides se dispersèrent donc pour que chaque recoin du château fourmille de Patronus et que les Détraqueurs, ces créatures vicieuses, soient obligées de reculer sans pouvoir trouver un moyen de pénétrer à l'intérieur de Poudlard.

Justement, deux hommes plutôt costauds qui revenaient de patrouille s'approchèrent de Stanislas, qui soignait un blessé non loin de Lucy. Ils encadraient un homme d'une quarantaine d'année comme un prisonnier pourtant, celui-ci ne semblait pas les suivre sous la contrainte. Il lança à Lucy un regard pénétrant et elle eut l'impression que c'était le genre d'homme qu'il valait mieux éviter de contrarier.

« On a trouvé celui-là au premier étage. Ce n'est pas l'un des nôtres mais il dit qu'il est de notre côté. On a pensé que vous auriez peut-être du Veritaserum. »

« Oui, j'en ai, répondit Stanislas pensivement. Je vais vérifier ça. Est-ce que vous pourriez l'escorter dans mon bureau ? Je reviens dans une minute. », dit-il en se tournant vers Lucy.

Une fois dans son bureau, il tira une chaise pour le suspect. Puis, il alla fouiller dans la seule des trois armoires de son bureau qui était fermée à clé, et en ressortit une petite fiole remplie d'un liquide transparent.

« Vous êtes d'accord pour cet interrogatoire ? », demanda Stanislas avant de déboucher la bouteille.

« Si je ne suis pas d'accord, vous me jetez dehors. Ou pire. Allez-y. »

Il ouvrit la bouche et Stanislas laissa tomber trois gouttes de la potion à l'intérieur. Puis il prit une autre chaise pour lui, qu'il plaça en face du suspect. Les deux hommes qui l'avaient escorté se placèrent près de la porte, comme des gardes en faction.

« Comment vous appelez-vous ? »

« Ian Smith. »

« Avez-vous été un serviteur de Voldemort ? »

Le regard de Smith se voila et il hésita un instant. Pour une personne sous l'emprise du Veritaserum, c'était très inhabituel.

« N'essayez pas de résister à la question. »

« Je ne résiste pas. Je suppose que j'ai servi Voldemort, mais contre mon propre gré. »

« Sous l'emprise du sortilège de l'Imperium ? »

« Non. J'ai une certaine capacité à y résister donc j'aurais de toute façon fini par échapper à son contrôle. »

« Sous l'emprise de la torture ? »

« L'usage régulier de la torture aurait brisé mon esprit et je ne lui aurais plus été utile. Non, j'ignorais ce qui m'attendait à l'époque, le moyen incroyable que Voldemort utiliserait pour me manipuler. »

« Quel moyen ? »

« Un sorcier, peu avant sa mort, peut abandonner quelques-uns ou la majorité de ses souvenirs. Avant même sa victoire lors de la Seconde Guerre, Voldemort avait projeté de récolter les souvenirs de ses serviteurs moribonds et de les ré-implanter chez d'autres personnes, les transformant ainsi en serviteurs dévoués. C'était le premier Projet Empreinte. »

« Mais c'est complètement impossible ! s'exclama Stanislas en souriant. Comment pourrait-on prendre les souvenirs d'un autre pour les siens ? Il suffirait de comparer son visage à celui de l'autre dans un miroir pour se rendre compte de la supercherie ! »

« Vous avez raison, dit Smith avec un sourire approbateur. Le Projet Empreinte 1.0 n'était qu'une grossière supercherie. La personne dont ils m'ont donné les souvenirs – un Mangemort du nom de Yaxley – était plus vieux que moi nous n'avions ni les même goûts, ni la même apparence. À chaque fois qu'un aspect de mes souvenirs contredisait la réalité, tout devenait flou et j'avais un affreux mal de tête. Ces artifices, bien trop évidents pour masquer la réalité, ont achevé de me convaincre que « Yaxley » n'était pas ma véritable identité et que j'avais été manipulé. »

« Vous dites que vous et Yaxley n'aviez pas les mêmes goûts ? Cela signifie donc qu'une partie de votre véritable personnalité n'a pas été effacée. »

« Bien évidemment, les Mangemorts n'ont pas touché à la seule partie qui les intéressait dans ma personnalité d'origine : mon goût et mon talent pour les manipulations magiques de l'esprit et de la mémoire. C'était pour cela que Voldemort tenait tant à m'inféoder il voulait que je reprenne et améliore le Projet Empreinte. »

« Il vous a d'abord proposé de le faire de votre plein gré ? »

« Oui, mais j'ai refusé. J'ai toujours été fermement opposé aux idéaux de Voldemort. De plus, il était responsable de la mort de mes parents. Ils étaient canadiens. »

Cela voulait tout dire. Lors de la Seconde Guerre, le Canada avait été écrasé.

« Comment avez-vous échappé au massacre ? »

« Je n'étais pas là. Mes parents m'avaient envoyé à Poudlard pour que je bénéficie de la meilleure éducation possible. Puis, je suis resté en Angleterre car j'y avais trouvé du travail. Sainte-Mangouste finançait mes recherches. »

« À quel sujet ? »

« Comment utiliser la magie pour réparer les dommages faits au cerveau humain. »

« Avez-vous obtenu des résultats ? »

« Assez pour attirer l'attention de Voldemort. »

« Et ensuite ? Quelles sortes de travaux avez-vous exactement effectués pour lui ? »

Ian Smith pinça les lèvres :

« Comme le premier Projet Empreinte n'était pas réaliste, « je » l'ai complètement changé d'objectif : un effacement ciblé de la mémoire et l'implantation d'incitations, impulsions plus ou moins inconscientes qui guident le sujet sans qu'il s'en rende compte. Tout cela sous forme de potion. »

« Avez-vous réussi à remplir ces objectifs ? »

« Oui. »

« Quand ? »

« Il y a moins d'un mois. »

« Et les Sangs-Purs vous ont demandé d'utiliser votre Projet pour nous assujettir, c'est ça ? »

« En fait, c'est « moi » qui leur ait proposé. Je leur ai suggéré d'attaquer tous les endroits où se trouvaient les Sangs-mêlés pour faire diversion pendant que d'autres personnes libéreraient le gaz. Cette potion doit être gazéifiée et respirée pour fonctionner. »

« C'est bien ce qui s'est passé ce soir et nous avons tous respiré ce gaz mais il n'a pas fonctionné. Je me trompe ? »

« Non. Il a parfaitement fonctionné. »

« Pourtant, aucun de nous ne se sent inféodé aux Sangs-Purs, n'est-ce pas ? », dit Stanislas en se tournant vers les deux gardes.

« C'est parce que le gaz que je vous ai fait respirer, et que j'ai respiré moi-même, n'avait pas ce but. Tout en menant les recherches que j'avais promises à Voldemort puis aux Sangs-Purs, j'en ai mené une autre. Celle-ci avait pour but de créer une potion capable d'effacer toute manipulation magique des souvenirs. En fait, c'était le but que je poursuivais en tant que Ian Smith mais je l'avais oublié à l'époque. »

« Si vous étiez « Yaxley », pourquoi avoir fait une chose pareille ? »

« Comme je vous l'ai dit tout à l'heure, je savais que je n'étais pas vraiment Yaxley et que j'avais été berné. Je voulais restaurer ma personnalité originale, et me venger des Sangs-Purs et de Voldemort. »

« Mais, à l'époque, vous croyiez à l'idéologie de Voldemort en tant que « Yaxley ». N'auriez-vous pas dû vous réjouir de l'effacement de votre vraie personnalité ? »

« Voldemort avait dû s'attendre à ce que je voie les choses comme ça. Mais être manipulé ainsi a quelque chose de profondément humiliant. Yaxley était très arrogant et j'ai toujours eu un sens aigu de la fierté. Ça a dû laisser des traces malgré l'Empreinte. »

« Et la potion que Voldemort et les Sangs-Purs vous avaient commanditée ? »

« Je l'ai détruite, ainsi que toutes mes notes sur le sujet. »

Stanislas poussa un soupir de soulagement. Au moins, il n'avait pas à s'inquiéter de ça. Il se leva et glissa quelques mots à l'un des hommes qui se tenaient près de la porte. Celui-ci acquiesça et disparut. Stanislas se rassit et reprit l'interrogatoire :

« Est-ce que vous savez quelque chose sur l'implication des loups-garous dans cette guerre ? »

« Deimos Greyback est venu me voir. Il voulait que je change les composantes de ma potion pour que la mémoire de tous les sorciers soit complètement effacée, et ne soit remplacée par rien. Qu'ils soient tous transformés en zombies, en fait. Sauf ceux de Poudlard. Il voulait s'en occuper personnellement. »

Stanislas poussa un profond soupir. Voilà qui expliquait l'attaque des loups-garous cette nuit là. C'était dur, vraiment très dur de pleurer Deimos alors que ses crimes semblaient se succéder – et former une véritable escalade dans l'horreur.

« Et qu'avez-vous fait ? »

« J'ai dit oui mais j'ai désobéi, ravi de doubler à la fois les Sangs-Purs et les loups-garous. J'ai donc libéré moi-même à Poudlard le gaz curatif et il a normalement été libéré dans tous les autres endroits où vivent les Sangs-Impurs… »

Il fut interrompu par quatre coups brefs frappés à la porte.

« Entrez ! », dit Stanislas.

Le garde ouvrait la marche. Il était suivi par la famille Hope au grand complet : John et Vivian, leur fils, Matthew et… oh oui ! une petite fille aux cheveux roux que ses parents tenaient chacun par une main. Dès qu'elle vit Ian Smith, elle poussa un petit cri étouffé, éclata en sanglots et se cacha derrière sa mère.

« Enfin, Stanislas, que signifie ceci ? dit Vivian. Qui est cet homme ? »

« Longue histoire et je vous promets que je vous dirai tout. Mais, d'abord, je dois finir de l'interroger. »

Il se tourna à nouveau vers Ian Smith et dit :

« On dirait qu'elle vous reconnaît. Vous la reconnaissez ? »

« J'ai une très bonne mémoire des visages, même si, pour une fois, j'aurais préféré que ce ne soit pas le cas. Cette petite fille est l'un des enfants que j'ai utilisés pour tester la première potion. Elle souffrait d'un surdosage évident mais, après avoir respiré le gaz, elle a dû se remettre complètement. Vu sa réaction émotive naturelle à ma vue, je suppose que c'est bien ce qui s'est passé. »

John Hope se rua vers Ian Smith, qui ne bougea pas d'un pouce. Il savait que Stanislas l'immobiliserait en premier, et il avait raison.

« Attendez, John, ce n'est pas ce que vous croyez ! »

« Pas ce que je crois ? Il vient d'avouer ! »

« Je n'étais pas responsable au moment des faits. », dit calmement Smith.

« Vous n'allez tout de même pas le croire ? », dit John en se tournant vers Stanislas.

« Il est sous Veritaserum, et quelqu'un qui parle sous Veritaserum ne peut dire que la vérité. Je voulais juste voir si Emily le reconnaissait et si elle était bien guérie pour vérifier ses dires. »

« Si vous avez besoin de les vérifier, c'est que votre « Veritaserum » n'est pas infaillible, n'est-ce pas ? »

« Je viens juste de reprendre conscience après avoir passé dix-huit années de ma vie dans la peau d'un homme abominable. J'ai accumulé assez d'horreurs pour le restant de mes jours, alors je n'ai vraiment pas besoin qu'on m'accuse de crimes que je n'ai pas commis ! », murmura Ian Smith entre ses dents.

« Alors les souvenirs des années que vous avez passées en tant que Yaxley sont clairs dans votre esprit ? », demanda Stanislas.

« Clairs comme du cristal. »

« Et les souvenirs qu'on vous avait implantés contre votre gré ? »

« Il n'en subsiste plus qu'une poignée d'idées et encore moins d'images, exactement comme si la vie de Yaxley n'était qu'un film que j'avais vu il y a une semaine. »

« Comme si vous aviez jamais vu un film de votre vie ! », ironisa John.

« Bien sûr que j'en ai vu ! Ma mère était une vraie cinéphile… »

Ian Smith s'interrompit et dit d'une voix douce :

« J'ai l'impression qu'ils sont morts hier. »

Il se tut à nouveau et rougit presque.

« Excusez-moi, dit-il d'un ton presque trop abrupt, je me comporte comme un gamin. Mais la dernière fois que j'ai vraiment été moi-même, j'avais vingt ans et je n'ai pas encore eu le temps de m'habituer au fait d'en avoir trente-huit. »

Il y avait un soupçon d'amertume dans sa voix et il aurait fallu être un imbécile pour ne pas deviner quel incroyable ressentiment il cachait. Ni Stanislas, ni John Hope n'étaient des imbéciles. Ce dernier, la bouche sèche, ne semblait pas avoir d'autre accusation à formuler, permettant implicitement à Stanislas de tout lui expliquer.


« Tante Kathryna ! Qu'est-ce qui t'as retenue si longtemps ? »

« Bonjour, Kévin, dit Kathryna en le prenant par les épaules comme si elle allait lui faire la bise, puis se ravisa. J'étais à une réunion extraordinaire des leaders des Sangs-Purs. Tu n'as pas entendu parler de notre décision ? »

« Non, je suis resté ici. »

Il fit un geste qui englobait la chambre souterraine et le Cristal du Chaos.

« Nous avons accepté la proposition d'Inlandsis de protéger les Moldus, pour notre propre bien. Les Sangs-Impurs ont accepté de nous aider assez facilement. »

« Et les Moldus ? »

« Ils n'ont d'autre choix que d'accepter notre aide, mais ils sont très méfiants envers nous. Ils nous ont accusés d'être derrière les attaques de Détraqueurs, bien sûr, et de vouloir les protéger pour mieux les contrôler, bien que nous n'ayons pas manifesté de telles intentions. Nous n'en avons pas les moyens. »

« Et personne ne les aura jamais. Le seul moyen de contrôler les Détraqueurs est brisé. Nous pouvons peut-être les faire disparaître en détruisant le Cristal. »

« La source de toute antimagie ? dit Kathryna en posant les yeux sur le Cristal. Je comprends pourquoi tu m'as appelée. Mais nos deux pouvoirs ne suffiront pas. »

« Oui, je sais. Papa est déjà là, mais il est en très mauvaise forme. Il vient d'apprendre la mort de maman. »

« Enfin une bonne nouvelle ! », dit Kathryna avec un sourire de chat satisfait.

« Ne te comporte pas comme ça devant lui. Il est vraiment effondré, complètement apathique. »

« Au moins il fait ce qu'on lui dit. Je vais le voir. »

« Avant, est-ce que tu pourrais contacter les plus puissants sorciers que tu connaisses ? Ce sera plus facile de concentrer une énorme quantité de magie si elle est déjà dans l'air. »

« D'accord. Et… Kévin ? », fit-elle en se retournant à mi-chemin.

« Oui ? »

« N'en fais pas trop, dit-elle à moitié inquiète, à moitié réprobatrice. Tu n'es pas le seul à t'occuper de cette affaire. »


« Ça ne marche pas ! Ça ne marche pas ! Ça ne marche pas ! », hurla Kévin.

Nezumi l'attrapa par le bras, le poussa sur une chaise et lui mit un voile mouillé sur les yeux. Jamais la morsure de la glace ne lui avait paru aussi agréable.

« Ta tante, ton père et toi avez réussi à rassembler des quantités phénoménales de magie, dit Nezumi. Ce n'est pas si mal. »

« C'est inutile si nous ne pouvons pas l'utiliser ! »

Pour que la magie reste concentrée en un endroit et en une forme, il fallait qu'ils restent concentrés dessus, qu'ils la regardent avec leurs Yeux, et une telle quantité de magie, ça brûlait, ça faisait si mal qu'il ne pouvait s'empêcher de fermer les paupières.

« À tes yeux, une telle quantité de magie brille comme un petit soleil, dit Kévin à Nezumi avec dépit, mais pour les Yeux des Kria, qui peuvent voir d'infimes quantités de magie, c'est carrément une supernovæ. »

« Tu ne réussiras jamais si tu t'impliques trop émotionnellement. », répondit calmement Nezumi.

« Ne pas m'impliquer émotionnellement ? Comment c'est possible ? Si nous n'arrêtons pas les Détraqueurs, ce sera l'enfer sur Terre ! »

« Je sais. C'est pourquoi nous sommes tous ici. »

Nezumi jeta un regard en contrebas, au chemin qui menait au Cristal. Il était devenu une véritable salle de conférence, où les sorciers les plus puissants du monde entier s'arrêtaient dans l'espoir d'aider les Kria dans leur tâche. Il y avait Inlandsis, l'ex-reine de France, qui bavardait avec Kathryna, Stanislas et Lucy. Celle-ci tenait l'enfant d'Eméra dans ses bras. Il y avait également le père de Stanislas, Severus Rogue, qui se tenait au côté des Malfoy.

« J'essaie encore ! », dit Kévin en faisant mine de se relever mais Nezumi l'en empêcha.

« Kévin, tu sais bien que tu n'es pas encore remis. Pourquoi essaies-tu à ce point ? »

« Parce que j'ai tout raté. Je n'ai pas réussi à confronter ma mère à propos de tout ce qu'elle m'avait fait, je n'ai pas réussi à t'empêcher de briser la Clé. Et maintenant, je n'arrive pas à détruire ce fichu Cristal ! »

« Tu sais, Kévin, c'est de ma faute si les Détraqueurs sont libres, dit Nezumi d'un ton neutre. C'est moi qui devrait me comporter de matière destructive. »

« Tu es bien trop raisonnable pour te conduire d'une manière aussi stupide. »

« Pourtant, c'est bien ma faute, non ? »

Elle lui retira le bandeau pour le replonger dans l'eau glacée. Kévin sentit ses doigts trembler et attrapa sa main.

« Tu ne peux pas y retourner maintenant, dit-elle, interprétant mal son geste. Tu vas devenir aveugle si tu continues à ce train là. »

« S'il le faut, je le deviendrai. », dit sombrement Kévin.

La cécité était le cauchemar des Kria elle signifiait non seulement la perte d'un des cinq sens mais aussi celle de tous leurs pouvoirs.

« Si tu fixes cette satanée magie jusqu'à devenir aveugle, mais que tu échoues tout de même à détruire le Cristal, tu ne pourras jamais réessayer. Tous nos efforts seront réduits à néant ! craqua Nezumi. Il faudrait que tu apprennes à faire la différence entre les sacrifices nécessaires et les sacrifices inconsidérés. Ta vue est comme ta vie, tu n'en as qu'une seule alors ne l'abandonne pas si aisément, d'accord ? »

Soudainement, tout devint clair dans l'esprit de Kévin. Son illumination lui donna un air tellement stupide et béat que Nezumi demanda :

« Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? »

« Je sais ce que je dois faire, Nezumi. »

« Je crains le pire. »

« Tu ne peux pas m'arrêter. Ce doit être fait. »

« Est-ce que tu as l'intention de me dire ce que tu vas faire ? »

« Non. »

« Hé bien, quelles que soient tes intentions, reste encore quelques minutes le temps de te remettre. »

Rosemary l'aurait probablement entortillé pour avoir une réponse mais Nezumi n'était pas du genre à gaspiller sa salive pour le faire craquer. Il resta donc assis en silence jusqu'à ce qu'elle lui retire son bandeau.

« Papa, tante Kathryna, on peut réessayer ? »

Encore une fois, ils se rassemblèrent au dessus du gouffre qui abritait le Cristal du Chaos. Une fois de plus, les sorciers rassemblés dans la coursive levèrent les yeux vers le plafond alors qu'un bloc de magie y apparaissait, brillant comme une étoile dans le ciel nocturne. Mais, au lieu de se dissiper, la magie prit la forme d'une lame et s'abattit comme un couperet sur le Cristal. Il retomba lourdement, coupé en deux moitiés presque parfaites, et gît au milieu de flammes dorées de magie qui s'effilochaient.

Nezumi était la seule à ne pas prêter attention à ce spectacle fabuleux. Elle avait seulement entendu le cri. Cette voix, elle l'aurait reconnue entre mille.

« Kévin ! », dit-elle en bondissant devant lui.

Il était tombé à genoux, les yeux clos, et elle le serra compulsivement dans les bras.

« Oh, j'aurais voulu que tu ne fasses pas ça, même si ça a marché. »

« Je n'ai pas fait ça. Tu oublies que les êtres humains ont deux yeux, Nezumi. »

Il ouvrit un œil (le gauche) et la regarda droit dans les yeux :

« Je n'ai jamais beaucoup aimé mon œil droit de toute façon. »

« Ouvre-le. J'ai besoin de le voir. », dit-elle d'un ton pressant.

Kévin ouvrit lentement son autre œil, qui semblait désormais recouvert d'un voile blanc.

« Il a vraiment l'air si horrible que ça ? demanda-t-il en voyant l'expression horrifiée de Nezumi. Peut-être que je devrais mettre un bandeau comme un pirate ou quelque chose comme ça… », ajouta-t-il gaiement.

« Cesse de cacher tes sentiments, Kévin. À quel point ça fait mal ? »

« Horriblement. Mais ce n'est pas de ta faute. Je ne voudrais pas que tu te sentes coupable. », dit-il et il y avait des larmes dans ses deux yeux, le normal et l'aveugle.

« Alors pourquoi me dis-tu la vérité ? »

« Tu n'es pas le genre de filles auxquelles on ment, Nezumi. Est-ce que tu aurais voulu que je le fasse ? »

« Non. »

Elle le serra à nouveau dans ses bras.

« Nezumi, ne pars pas. Ne rentre pas au Japon. », murmura Kévin dans son oreille.

« Mais je dois y retourner ! C'est chez moi. Et je suis sûre que Kiev deviendra ton foyer, une fois que tu y vivras avec ta tante et ton père. Tu vas te faire plein d'amis et tu n'auras plus besoin de moi. »

« J'ai l'impression que j'aurais toujours besoin de toi, Nezumi, même si j'avais une myriade d'amis. Allons à Kiev, et allons au Japon. Allons où nous voulons ensemble. »

« Et la Terre sera notre seule demeure, dit Nezumi, un sourire tremblant se peignant sur son visage malgré ses larmes. Comment pourrais-je résister à ça ? »

C'était l'appel de l'aventure et ils savaient bien, tous les deux, qu'il était irrésistible.


Lucy regardait d'un air absent le vieux poste de télévision du manoir Malfoy. À l'écran, un bandeau adressait au spectateur une question fatidique : « Les sorciers, tous des êtres maléfiques ? » La caméra, jusqu'alors cadrée sur la présentatrice, fit un plan d'ensemble du plateau et Lucy reconnut les Hope assis sur les canapés du talk-show.

« Et maintenant, annonça la présentatrice, un documentaire exclusif Le premier regard Moldu sur Poudlard… »

Lucy éteignit abruptement la télévision. Elle en avait assez de Poudlard. Après y avoir enterré ses amis et assisté à la destruction du Cristal, elle n'avait plus rien à faire au château et pas non plus envie de s'y attarder. Trop de mauvais souvenirs.

« Pourquoi tu pleures, Lucy ? », dit Stanislas lorsqu'il entra dans la pièce et la trouva en larmes en train de fixer l'écran éteint.

« Je pleure parce que nous avons tellement fait, et pas seulement détruire Voldemort. Nous avons aussi libéré l'âme des Détraqueurs après tant d'années de tourments et maintenant, peut-être que les sorciers et les Moldus s'entendront un peu mieux. »

« Nous n'avons pas fait ça, dit Stanislas. C'était Kévin. »

« Par nous, je ne voulais pas dire nous deux mais Ceux-qui-doivent-ramper. »

« Ceux-qui-doivent-ramper n'est plus. », souffla Stanislas.

« Oui, je sais. Et c'est aussi pour ça que je pleure. Parce que nous avons tellement perdu. D'abord, Ti'lan s'est sacrifié. Ensuite, Dalila est morte empoisonnée par Deimos et Eméra l'a tué. Même Rosemary est morte et Kévin a perdu un œil et la moitié de ses pouvoirs. Et Eméra… »

La fin de sa phrase se noya dans d'irrépressibles sanglots.

« Est-ce que tu as retrouvé le corps de Deimos ? »

« Hé bien, j'ai réussi, dit sombrement Stanislas. Il a fallu que je rouvre la fosse commune et que j'examine les corps de tous les loups-garous morts lors de la bataille mais celui de Deimos était le seul à avoir été empoisonné à l'argent. »

« Qu'est-ce que tu as fait du corps ? »

« J'ai pensé un moment le renvoyer à son père puis j'ai décidé de l'enterrer à Poudlard, à côté de Dalila. Je ne pense pas que ça ait de l'importance pour elle maintenant mais je pense que ça lui aurait plu. »

« Désolée de t'avoir fait subir cette tâche. »

« Même si tu ne me l'avais pas demandé, je l'aurais fait. Deimos était mon ami, après tout, et ce n'est pas parce qu'il est mort sous la forme d'un loup qu'il doit reposer dans l'anonymat au milieu de sa meute, comme s'il n'était que l'un d'entre eux. Est-ce que tu veux voir sa tombe ? »

« Non, merci. J'irai quand j'en aurai la force mais pour l'instant, tout ce que je veux est quitter l'Angleterre. »

Elle prit son visage dans ses mains :

« Pourquoi avons-nous survécu, Stanislas ? »

« Nous avons été un peu plus chanceux que les autres, c'est tout. »

« Qu'est-ce que nous avions de meilleur qu'eux ? continua t-elle. Ti'lan et Dalila ne méritaient pas de mourir, Deimos ne méritait pas de devenir mauvais au point que le laisser en vie représentait une menace pour l'humanité, Eméra ne méritait pas d'avoir tout ce à quoi elle tenait arrachée à elle et de finir ainsi… »

« Je vois que tu te sens coupable mais je ne peux qu'être heureux d'avoir été épargné, dit doucement Stanislas. Si l'un de nous deux était mort… »

« La situation aurait été bien pire. Finalement, je pleure alors que je suis la dernière à plaindre, dit Lucy en s'essuyant les yeux.

Néanmoins, Ceux-qui-doivent-ramper a été au centre de mon existence pendant plus d'un an. Je ne peux pas reprendre une petite vie tranquille comme si rien ne s'était passé. J'ai trop vu, trop perdu, trop gagné pour régresser ainsi. Qu'est-ce que je vais faire maintenant que tout est fini ? »

« Faire ? dit Stanislas avec un rire sans joie. Ce monde ne va pas devenir un endroit plaisant en un claquement de doigts. Les Moldus n'ont pas totalement abandonné leurs préjugés envers nous, tout comme nous n'avons pas abandonné les nôtres envers eux. Comme tu l'as dit, nous avons beaucoup fait mais il reste tant, tant à faire. »

Il tendit la main à Lucy comme un gentilhomme, sans doute une réminiscence de son éducation à Poudlard. Elle la prit et il l'aida à se relever.

Stanislas a raison. Ceux-qui-doivent-ramper n'est plus mais ce monde qui vient de sortir de la guerre, de l'oppression et de l'horreur, ce monde n'arrête pas de tourner. Tout ce que nous avons fait pour le rendre meilleur pourrait s'avérer vain si nous ne continuons pas dans cette voie.

Alors, oui, rien n'est fini et il nous reste tant, tant à faire !


Cinq ans plus tard

Chers Lucy et Stanislas,

Lucy, j'imagine aisément ta détresse en lisant cette lettre d'adieu. Mais qu'aucune culpabilité ne s'ajoute à ton chagrin : même si tu avais été là, tu n'aurais rien pu faire pour m'arrêter. Ce n'est pas un suicide que je vais commettre, mais un sacrifice, le dernier et le seul qui me permettra d'assurer la vie et le bien-être de mon fils.

J'ai utilisé ta potion, Stanislas, pour explorer les autres possibilités mais tout ce qu'elle m'a montré était un futur obsolète. Cependant, j'ai appris des choses de cet univers parallèle. D'abord, même s'il existe des possibilités de guérir la maladie de TJ par la science, il devrait attendre bien des années et souffrir encore plus avant d'être guéri. J'ai causé tant de souffrances et j'en ai vu tellement d'autres que j'ai l'impression que tout ce que je touche se flétrit et meurt. Je ne laisserai pas mon fils succomber à son tour à cette malédiction.

En fait, depuis que Deimos m'a injecté cette potion et qu'elle a marché, il me semble que tous les événements se sont enchaînés pour me mener à cette décision. La potion n'a pu me montrer qu'un univers obsolète, parce que me sacrifier pour sauver TJ était déjà mon destin et qu'il n'y avait pas d'autre possible.

Je n'avais jamais cru au destin auparavant mais ça doit être ça : une chaîne d'événements menant à un résultat inévitable.

Grâce à la potion, j'ai aussi appris l'existence d'un dangereux individu du nom de Milton Caulfield. Si vous pouviez le tenir à l'écart des éprouvettes, vous rendriez un grand service à l'humanité.

Ainsi, mes chers amis – les seuls qui me restent – je vous confie TJ, et la sécurité du monde dans le creux de vos mains.

Hélas, les lourdes responsabilités que je dois vous confier ne s'arrêtent pas ici. Avec cette lettre, vous trouverez un médaillon de zircon brun où je vais emprisonner la magie de TJ. Je ne veux pas qu'elle disparaisse : c'est une partie de son âme et aussi son héritage pour toute la vie. Cette pierre est ensorcelée pour se briser à la mort de TJ elle ne retiendra donc pas son âme en ce monde comme le ferait un Horcruxe. Conservez la précieusement, car elle contient un pouvoir fabuleux, et apprenez TJ à s'en servir quand il sera plus âgé. Je suis sûre que vous l'élèverez bien et l'aimerez encore plus.

Dites lui que, malgré le peu de temps que j'ai passé avec lui, je l'ai toujours aimé de tout mon cœur et que, bien que je ne serai jamais à ses côtés, il aura toujours ma protection et ma Bénédiction.

Adieu donc mes amis,

Eméra Potter

« Tante Lucy, pourquoi tu pleures ? », dit TJ qui venait de faire irruption dans le salon, sa peluche préférée dans les bras.

« Je relis une lettre très triste. »

« Pourquoi est-ce que tu la relis si ça te rend triste ? »

« Parce qu'il y a des gens qu'on ne peut pas oublier, dit Lucy en caressant les boucles rouges de son filleul. Quand on pense à eux, on a le cœur déchiré de les avoir perdus mais si on ne pense pas à eux, c'est pire. Et parce que certaines choses sont si tristes mais aussi tellement belles. »


Je n'écrirai pas « Fin » car aucune histoire ne se finit vraiment. Mais celle de Ceux-qui-doivent-ramper est écrite et la suite n'existe que dans mon imagination… et la vôtre.

Merci d'avoir lu ces 4 tomes, malgré l'interminable attente parfois. Merci d'être parvenu jusqu'ici.