Visiteurs du Passé
Chapitre 7 : Douce étreinte
Une sensation désagréable lui retourna l'estomac en voyant l'air grave des deux garçons. Elle n'avait jamais vu Gohan comme ça, et en cet instant, Videl donnerait tout pour le revoir sourire bêtement ou rougir de gêne. Tout était mieux que ce visage fermé et sérieux, ces yeux inquiets et durs qui regardaient intensément vers le Nord. Puis lui et Trunks échangèrent un regard entendu, comme s'ils communiquaient par la pensée.
« Qu'est-ce qui se passe ? » demanda-t-elle, brisant enfin ce silence de plus en plus stressant.
« Une puissance maléfique est apparu, et des gens se font tuer en ce moment, là-bas, » répondit Trunks en montrant la direction où le massacre se déroulait.
Videl en resta sans voix. Elle tourna son regard sur Gohan, qui lui fixait toujours la direction qu'avait montré l'autre demi-Saiyajin. Elle sentit la peur et l'inquiétude monter rapidement. Il comptait aller se battre, c'était évident. Sa posture, son expression, tout en lui trahissait son intention, et Videl ne pouvait s'empêcher d'avoir peur pour lui.
« Trunks, on y va, » dit-il d'un ton sans appel. Le jeune prince crut voir son mentor en cet instant, les cicatrices en moins. Il hocha la tête, s'apprêtant à s'envoler avec Gohan.
« Attendez ! » s'écria soudain Videl, attrapant l'avant-bras du grand brun. Elle sentit ses muscles se contracter au contact, vit ses poings se serrer, et il tourna son regard dur sur la jeune fille. Son cœur se serra en rencontrant ses yeux, encore plus sombre que d'habitude, la fixer avec tant de sérieux.
« On n'a pas le temps Videl, on doit y aller tout de suite et sauver le plus d'innocents possible. »
« Alors emmène-moi avec toi. »
Le visage de Gohan se ferma encore plus, fixant son regard dur sur celui de la jeune fille. Cette dernière ne cilla pas, une détermination sans faille brillant dans ses yeux bleus. Le jeune guerrier sentit une étrange chaleur l'envahir, une flamme brûlante que seule Videl était capable d'attiser en lui, pourtant cette fois c'était bien plus fort. Ça l'écrasait entièrement.
Détournant le regard, il ne montra rien de son trouble intérieur. Puis ses yeux s'agrandirent et il se tourna vivement vers Trunks, qui miroitait son air paniqué.
« Quoi, qu'est-ce qu'il y a ? Qu'est-ce qui se passe ? » demanda Videl, son mauvais pressentiment revenu à pleine puissance.
« La puissance maléfique… » commença Trunks, semblant avoir du mal à se remettre.
« Tous les êtres vivants autour de cette puissance ont disparu, et elle aussi, juste après, » finit Gohan, les poings serrés.
« Alors… c'est fini ? Le type à la puissance maléfique est parti ? » demanda Videl, incertaine.
« Non, » répondit Gohan, son regard toujours fixé vers le Nord, là où toutes vies venaient de disparaître. « Il est capable de masquer sa force. »
« Le fils de pute… » jura Trunks entre ses dents serrées. Il était vraiment fou de rage. Après tout ce qu'il avait dû traverser pour remettre la Terre en état et ressusciter tout le monde, après toutes ces années à vivre dans la peur et à se faire malmener par ces montres en boites de conserves, après le mal de chien qu'il s'était donné pour devenir assez fort et les éliminer enfin, ce nouvel ennemie n'avait même pas attendu plus de quelques mois pour attaquer la Terre.
« Ça ne va pas se passer comme ça… » fit-il avec hargne. Il se transforma en Super Saiyajin en un instant et s'envola sans tarder, déterminé à trouver le moindre indice sur le connard qui osait s'attaquer à sa planète natale.
Le vent causé par son soudain départ faillit emporter Videl, mais une aura rassurante l'entoura, la maintint en place. La jeune fille leva la tête, rencontrant le visage toujours aussi fermé du guerrier Saiyajin. Il la tenait fermement contre lui mais son regard était concentré sur son ami qui venait de s'envoler.
Elle se sentit rougir. C'était vraiment la première fois qu'elle voyait Gohan ainsi, et malgré la gravité de la situation, Videl ne pouvait s'empêcher de trouver le jeune homme incroyablement beau en cet instant. Bien sûr, elle l'avait toujours trouvé très attirant, mais cette fois c'était différent. Il était tellement irrésistible qu'elle se surprit à se demander ce que ça lui ferait s'ils s'embrassaient. Et le fait qu'il la serrait tout contre lui n'aider en rien son esprit troublé.
Elle se détendit finalement, posa sa tête contre son torse et enroula ses bras autour de sa taille, tandis que ses yeux se fermaient. C'était vraiment agréable d'être dans les bras de Gohan. Il était tellement plus grand qu'elle, Videl avait l'impression que son corps l'engloutissait tout entier, et pourtant ils allaient parfaitement ensemble.
Elle enfouit son visage dans sa chemise, inspirant profondément. Elle sourit de bien-être. Il sent bon…
Gohan remarqua que Videl s'était blottie tout contre lui, et il ne put s'empêcher de rougir à leur position. Il avait été si concentré sur le ki de Trunks qu'il n'avait pas vraiment fait attention qu'il la tenait toujours contre lui après le départ abrupt de son ami. Mais maintenant qu'il était plus que conscient de leur proximité, l'adolescent était partagé entre l'envie de s'écarter de Videl ou de la serrer fort contre lui. Avec cette nouvelle menace qui planait dans ce futur, Gohan réalisait à quel point il avait besoin d'elle, en particulier maintenant. Sa chaleur, son aura rassurante, sa détermination, son courage, sa force de caractère il en avait terriblement besoin.
Alors il décida d'opter pour la seconde option, et serra Videl fort contre lui. Désespérément.
ooOoo
Videl écoutait à moitié ce qui se disait autour d'elle. Avec l'apparition de ce nouvel ennemi qui avait déjà rasé la capitale du Nord, tous les guerriers s'étaient rassemblés à Capsule Corp pour élaborer leur plan d'action.
Mais la jeune fille n'arrêtait pas de penser à celui qu'elle était censée épouser plus tard. Les sentiments qu'il éveillait en elle la troublaient de plus en plus, et Videl ne savait plus quoi penser. Il y avait à peine quelques heures, elle était furieuse et indignée d'apprendre qu'elle était destinée à Son Gohan, mais maintenant, d'une certaine manière, cette perspective ne lui semblait pas si terrible que ça…
Videl enfouit son visage dans ses mains, se sentant horrible de penser à ses histoires de cœur alors qu'un être surpuissant menaçait la paix nouvellement revenue de cet espace-temps. On lui avait expliqué, dans les grandes lignes, ce qui était arrivé dans ce futur qui n'était pas le sien pendant près de vingt ans. Elle comprenait la gravité de la situation et la réaction de Trunks plus tôt, mais c'était plus fort qu'elle : la seule chose qui occupait son esprit était cette étreinte avec Gohan, devant le bâtiment de la Capsule. Ses pensées étaient hantées par le souffle de Gohan dans son cou, ses bras la serrant fort contre lui, son corps pressé tout contre elle, la façon dont il avait murmuré son nom… Rien que d'y repenser, elle en avait des frissons.
Elle risqua un regard vers l'objet de ses pensées. Il observait Bulma avec sérieux, attentif à ce qu'elle expliquait, énumérant les possibilités qui s'offraient à eux. Il dut sentir qu'elle le regardait car il tourna ses yeux sombres sur elle, ses traits s'adoucirent et il lui sourit de façon rassurante, avant de retourner son attention sur la scientifique.
Videl posa une main contre sa poitrine, sentant son cœur battre la chamade. Son visage brûlait, sa gorge était serré, ses mains n'avaient jamais été si moites. Elle déglutit, se sentant vraiment perdue par la façon dont réagissait son corps au charme du beau jeune homme.
Est-ce vraiment en train d'arriver ? se demanda-t-elle avec appréhension. Est-ce que je suis vraiment en train de tomber amoureuse ?
Elle regarda encore la cause de son trouble, détaillant chaque trait de son visage d'ange. Elle le trouvait extrêmement beau, et pourtant elle n'avait jamais été vraiment intéressée par le sexe opposé jusque-là. Mais Gohan était loin d'être un garçon comme les autres. C'était quelqu'un d'incroyablement gentil, généreux, adorable, attentionné, droit, juste… il pouvait être drôle et un peu idiot tout comme il savait être sérieux quand il le fallait, comme en ce moment. Et maintenant qu'elle connaissait ses secrets, elle se sentait plus proche de lui, et en même temps, le mystère qui entourait Son Gohan était toujours bien présent. Elle avait beau savoir qu'il était le Great Saiyaman, à moitié extra-terrestre et le vrai vainqueur du Cell Game, Videl avait l'impression de ne pas vraiment le connaître…
Puis elle regarda le couple de jeune mariés assis tout près l'un de l'autre et qui se tenaient la main. Ils avaient dû raccourcir leur lune de miel à cause de la nouvelle menace, chose que Videl n'était pas vraiment sûr était bon pour elle ou pas. D'une part, les voir ensemble et manifestement amoureux ne l'aidait en rien dans son trouble, et d'autre part, les savoir en lune de miel la mettait plus que mal à l'aise. Même si ce n'était visiblement pas la première fois que sa version du futur et celle de Gohan avaient ce type de relations, vu qu'ils avaient déjà deux enfants, le fait de les savoir en pleine action en lune de miel la gênait au plus haut point.
Videl poussa un léger soupir, baissant la tête. Elle concentra son regard sur ses mains posées sur ses genoux, tentant de chasser Gohan de ses pensées. Mais rien n'y faisait. Quoi qu'elle fasse, le jeune homme était la seule chose qui occupait son esprit.
Si seulement elle n'avait pas actionné cette foutu machine à voyager dans le temps, si seulement elle n'avait pas accompagné Gohan au labo de Bulma, elle n'aurait jamais su qu'elle et lui étaient apparemment destinés l'un à l'autre et les choses se seraient faits naturellement. Mais non, il avait fallu qu'elle laisse sa curiosité influencer son jugement et qu'elle touche aux boutons de la machine, et voilà où elle en était maintenant. Dans un monde qui n'était pas le sien, le cœur complètement chamboulé, et comme si ce n'était pas suffisant, un gros méchant pas beau avait décidé de choisir pile le moment où elle et Gohan arrivaient pour faire son apparition.
Videl fronça les sourcils à cette pensée. Quelque chose clochait dans ce raisonnement. Ses tripes lui disaient que c'était trop gros pour être une coïncidence. Il y avait forcément un lien.
« Et si c'était ma faute ? » dit-elle soudain, interrompant toute conversation en cours. L'attention de tous était sur elle, mais personne ne comprit où Videl voulait en venir.
« Que veux-tu dire, Videl ? » demanda Bulma. « Pourquoi ce serait de ta faute s'il y ait une nouvelle menace ? »
« Vous ne trouvez pas que c'est une étrange coïncidence ? Le jour même où Gohan et moi on arrive ici par accident, ce type surpuissant débarque aussi. C'est peut-être notre voyage qui a causé sa venue, et vu que c'est moi qui nous ai amené ici… »
« Ne dis pas de bêtise, Videl, » coupa Gohan, les sourcils froncés. « Même si cela avait un rapport avec notre voyage ici, ce qui arrive n'est pas de ta faute. »
Puis, il se leva de sa place et alla vers son amie. Il s'agenouilla devant elle, et prit ses mains dans les siennes, la regardant intensément dans ses yeux clairs. Son calme et son assurance surprit l'assemblé autour d'eux, qui n'avait vu ce Gohan que comme un garçon timide et souvent nerveux avec Videl. Le jeune homme devant eux leur rappela celui de leur espace-temps, bien plus sérieux et très marqué par toutes ces années à se battre contre des ennemis trop forts pour lui.
« J'ai compris il y a longtemps que se morfondre et culpabiliser ne sert strictement à rien, » reprit Gohan, sa voix douce et réconfortante. « Tu sais, dans notre espace-temps, mon père est mort pendant le Cell Game, et je me sentais coupable de sa mort. J'aurais pu l'empêcher, j'aurais pu éliminer Cell bien avant qu'il ait le temps de préparer une riposte, mais j'ai laissé ma puissance me monter à la tête, je me suis cru invincible, imbattable. Et mon père a dû réparer ma bêtise en le payant de sa vie. »
Videl ne voyait plus le monde autour d'eux. Il n'y avait que Gohan. Sa voix, ses yeux, son sourire triste mais rassurant, ses mains, tellement grandes, qui tenaient gentiment les siennes et les engouffraient entièrement… Et ses mots, son histoire, si triste… tellement humain.
« Gohan… »
« Quand j'ai appris que j'allais devenir grand-frère, » continua-t-il, son sourire triste toujours présent. « Je me suis senti encore plus coupable. Et quand Goten est né, ça ne s'est pas arrangé. Il ressemble tellement à papa, ça me fait mal de savoir qu'il ne le connaîtra jamais. J'en venais même à souhaiter être mort à la place de mon père. Mais en grandissant, en voyant l'admiration sans faille dans les yeux innocents de mon petit frère, j'ai compris que me morfonde sur le passé m'empêchait d'aller de l'avant. Goten ne connaîtra jamais notre père, c'est vrai, mais il m'a, moi, il a besoin de moi et ma mère aussi je sais qu'elle ne s'en serait jamais remise si elle m'avait perdu. C'est vrai que j'ai vraiment été stupide ce jour-là, au Cell Game, mais quand j'y repense, je n'étais qu'un enfant, et le vrai coupable dans l'histoire, c'était Cell. C'est pareil aujourd'hui Videl. Ce type est peut-être arrivé en même temps que nous, et c'est même peut-être bien notre voyage qui a provoqué son apparition, mais comment on aurait pu le savoir ? Et puis de toute façon, si notre Bulma a construit cette machine et l'a réglé à cette date en particulier, c'est qu'elle avait l'intention de rendre visite à Trunks et voir comment il s'en était sorti, alors si ton hypothèse est juste, ce monstre serait apparu quoi qu'il arrive. Alors quelle que soit la raison, ce n'est certainement pas de ta faute Videl. Si tu veux accuser quelqu'un, accuse cet enfoiré qui a massacré les habitants de la capitale du Nord. C'est lui le seul fautif, et j'ai bien l'intention de le pulvériser dès que j'en aurais l'occasion. »
Gohan finit avec un grand sourire joueur, faisant fondre les barrières autour du cœur de Videl. Tout doucement, elle se pencha vers le garçon qui tenait toujours ses mains si délicatement, posa sa tête sur son épaule et le laissa la serrer encore contre lui un bras s'enroula autour d'elle et son autre main garda toujours celles de la jeune fille. Il oublia leur public alors qu'il se perdait de nouveau dans cette douce étreinte. Plus rien de comptait à part elle.
« Merci… » murmura-t-elle, si bas qu'il ne l'aurait pas entendu sans son ouïe de Saiyajin.
Il sourit, respirant son magnifique parfum. Il se sentait si bien avec elle. Il n'aurait jamais cru pouvoir se confier si facilement, surtout sur cette partie en particulier de son histoire. Il n'avait jamais dit tout cela à personne jusque-là, et pourtant avec Videl, cela lui était venu naturellement. Il la serra un peu plus fort, s'accrochant à ce moment de tendresse avec cette fille qui lui était si spéciale.
Je crois que je t'aime, Videl, s'avoua-t-il. Et étrangement, ça ne me fait pas peur du tout.
À suivre…
