Note : Et voici le nouveau chapitre ! J'espère qu'il vous plaira !

Je profite de cette petite note pour vous prévenir que j'ai fait quelques ajustements. J'ai pu trouver sur internet une carte de l'espace plus fiable que celle que j'avais avant, ce qui m'oblige à changer quelques noms si je veux être cohérente. Ainsi, la base stellaire Xobos n'est plus dans le secteur Khitomer, mais dans le secteur Praxis, plus proche de Qo'noS ; et l'avant-poste scientifique Hromi X sera maintenant appelé Azure X, du nom de la Nébuleuse Azure qu'il étudie. Voilà ! J'espère que ça ne dérangera pas trop.

Aussi, vous avez pu remarquer que j'ai changé quelques tags. L'histoire évolue, et la romance prenant quand même une certaine place dans l'intrigue, j'ai décidé d'assumer complètement la chose :p Je vous préviens donc qu'il y aura deux couples, un F/M et un M/M.

Bonne lecture :3


Chapitre 7 : Les Nébuleuses du Cœur et de l'Âme

Lorsqu'il arriva dans la cafétéria des officiers, Jim fut surpris de ce qu'il y vit. Bien que la majorité des tables soient occupées, la salle était plus silencieuse que l'Enterprise pendant la période nocturne : seuls quelques murmures discrets se faisaient entendre entre les cliquetis des couverts. Les officiers avaient la tête baissée sur les plateaux, l'air embarrassé de ceux qui auraient voulu ne pas se trouver là, pressés contre les murs comme des sardines dans leur boîte. De l'autre côté, après l'allée qui menait aux synthétiseurs, plusieurs tables étaient vides, et au centre de ce no man's land, il n'y avait que deux personnes, visiblement responsables de l'atmosphère étrange dans la pièce. Le premier était vêtu du bleu scientifique, l'autre de l'or tactique ; l'un était brun, l'autre blonde ; mais tous deux étaient Vulcains, et ils étaient penchés l'un vers l'autre, le regard fixe et le visage figé. C'était Spock et Sana.
Les voir ainsi, séparés de quelques petits centimètres, fit monter la bile dans la gorge de Jim, qui aurait voulu s'élancer vers la capitaine de l'Excalibur pour clamer que Spock était son Vulcain. Ce qui était stupide, bien sûr, car même s'il était son Premier Officier, il n'était le Vulcain de personne hormis celui d'Uhura. Mais quelque chose dans leurs expressions à tous les deux ne lui plut pas. C'était comme s'ils étaient les seuls à se comprendre, comme s'ils parlaient un langage, pourtant éloigné de la logique froide et méthodique commune à leur peuple, qui n'était connu que d'eux.

L'air renfrogné, Jim s'avança pour atteindre les synthétiseurs, finalement décidé à retourner sur la passerelle avec un sandwich. Il sentait que la conversation entre les deux commandeurs n'était pas prête de se terminer, et Spock était un officier tellement efficace, tellement fiable, tellement bon, que Jim ne pouvait que l'autoriser à prendre un peu de rab. Même si ça lui tordait les entrailles.

« Je vous en supplie, » fit Sana, sur sa gauche.

Kirk s'efforça de ne pas tourner la tête dans leur direction, mais il ne put s'empêcher d'écouter les quelques bribes de leur échange qui lui parvenaient, tandis qu'il choisissait son menu sur l'écran du réplicateur.

« Je vous l'ai dit, je suis déjà engagé, » lui répondit Spock d'une voix qui laissait transparaître de l'inquiétude et quelque chose comme de l'impatience. « Je ne peux que vous conseiller de vous adresser au Docteur M'Benga.

- C'est lui qui m'envoie vers vous. »

Sur eux s'abattit un silence lourd et épais, si épais que même un couteau n'aurait pu le couper, et si dense qu'une remarque légère et désinvolte ne l'aurait pas repoussé. N'y tenant plus, Jim lança un regard sur le côté.

Les yeux de Spock semblaient énormes. Deux immenses orbes d'obsidienne, ronds et brillants, baignés d'émotions contenues, tant d'émotion que Kirk se demanda comment elles ne pouvaient atteindre les traits de son visage. Son Premier Officier luttait, comme s'il ne parvenait pas à trouver de solution à un problème, comme si l'inquiétude et la peur étaient justifiées, là, et qu'il n'y avait pas d'espoir, et même si l'espoir n'était pas Vulcain. Il y avait aussi un petit peu de panique, tout au fond, de l'appréhension, et l'impression de redouter une vérité qui arriverait un jour. Jim le regarda, inquiet, car il n'avait jamais vu un tel regard sur le visage de Spock, et pourtant, il avait eu l'occasion de le voir balayé par ses émotions ! Le jour où il avait assisté à la destruction de sa planète et à la mort de sa mère, par exemple, il y avait eu un torrent de peine, de l'incompréhension, de la colère et de la haine ; mais il n'y avait eu pas cette lueur épouvantée. Ou alors, quand Jim avait réussi à le faire sortir de ses gongs, à le provoquer, et quand Spock avait perdu tout contrôle et qu'il avait eu l'intention, palpable, véritable, de l'étrangler et de le tuer. Ce jour-là, ses yeux étaient noirs, brillants et luisants comme des scarabées funèbres, animés d'une lueur macabre d'emportement, de vengeance et de la volonté de réduire à néant ce qui lui rappelait qu'il n'était qu'un Vulcain raté. Mais là non plus, il n'avait pas eu cette émotion poignante, cette crainte d'être englouti par quelque chose d'inéluctable et de mortellement dangereux.

Troublé, comme s'il avait pris de plein fouet ce que ressentait son officier en second, Jim détourna les yeux, tenta de reprendre contenance, puis il saisit son sandwich et s'enfuit, plus qu'il ne quitta, la cafétéria.

Qu'est-ce qui pouvait bien provoquer une telle chose ? Qu'est-ce qui pouvait arriver à faire briller de cette façon le regard de Spock, à le teinter d'émotions tellement illogiques, tellement instinctives, tellement humaines, que Spock n'arrivait pas à les réprimer ? Qu'est-ce qui l'alarmait ainsi ?

Jim savait qu'il n'aurait pas les réponses à ces questions, et son estomac se noua à cette pensée. Cela l'agaça. Spock était son ami, mais il avait le droit, au même titre que tous les autres, d'avoir son jardin secret, une partie de lui qu'il ne révélait à personne. Un peu comme Bones avec son aviophobie. Oui, bon, il avait fini par l'apprendre officiellement, ça ne comptait pas. Mais même des amis ne se disaient pas tout, et encore moins Spock, qui était une personne compliquée. Pas compliquée dans le sens ''difficile à comprendre'', mais compliquée parce que c'était ce qu'il était : une dualité, deux parties contraires qui s'affrontaient ; l'une froide, rigoureusement maîtrisée, l'autre chaude et passionnée, brûlant de se défaire de ses chaînes et de tout envahir. Il était la liberté enchaînée, le contrôle débridé.

Comment un être pouvait-il se battre ainsi contre lui-même ? « Pour être accepté » lui aurait répondu Uhura, et Jim savait qu'elle aurait eu raison. Mais cela demandait un courage monstre, une volonté sans faille, et une force d'esprit incroyable.
Spock avait déjà tout son respect, et Kirk était certain que son ami le savait. C'était néanmoins la première fois qu'il se faisait un tel constat, et son affection et son respect pour lui crûrent significativement.

« Et le Commandeur Sana ? » pensa-t-il en mordant dans son sandwich au poulet, bien installé sur son fauteuil de commandement. Qu'avait-elle dit pour que Spock soit comme ça ? A quoi faisait-elle allusion ?
Spock avait dit « je suis déjà engagé ». Ça semblait improbable, mais est-ce que ça avait un rapport avec sa relation avec Uhura ? Si ces mots évoquaient bien l'idée d'une relation, Sana aurait pu alors proposer… quoi ? Une soirée romantique ? Un plan cul ? Non, complètement impossible. On parlait de Vulcains, là, et même s'ils ne l'étaient plus ou moins qu'à moitié tous les deux, on ne pouvait leur retirer leurs origines. Selon l'entendement commun, ou du moins selon l'avis de Jim, les Vulcains étaient étrangers au concept d'amour romantique, et encore plus à l'idée de relation charnelle sans but (autre que celui de prendre du plaisir, mais Jim soupçonnait ce peuple de n'avoir de rapports que pour un objectif parfaitement logique : la reproduction). Après, certes, Sana avait dit avoir grandi sur Terre. Peut-être que ses mœurs se rapprochaient plus de ceux des Humains. Peut-être qu'elle était tombée sous le charme de Spock, de ses grands yeux noirs, de sa frange parfaite et de ses oreilles en pointe (c'était à déplorer, mais c'était les seules sur le vaisseau).

Kirk pouvait comprendre le refus de son officier scientifique. Après tout, Uhura était canon et elle avait du caractère. Jim était certain que Spock n'aurait pas voulu d'une compagne trop docile et trop molle. Il lui fallait quelqu'un de fort, une personne qui savait ce qu'elle voulait, capable de le remettre à sa place (c'était important), et de lui tenir tête. Mais une personne capable de le chérir, aussi, et de lui apporter ce dont il avait besoin. Uhura semblait être comme ça, et Jim en était plutôt satisfait.

Mais d'un autre côté, Sana était intéressante. Elle était jolie, avec ce petit nez rond, ses yeux bleu clair, ses cheveux blonds et son visage délicat (et quelques subtiles taches de rousseur). Elle était capitaine, elle savait donc commander et se faire respecter. Elle était intelligente, calme et digne de confiance. Mais c'était peut-être sa difficulté à retenir complètement ses émotions qui ne plaisait pas à Spock, sans tenir compte de sa relation actuelle. Ou alors, peut-être que Spock n'aimait pas les blondes.
Kirk trouva amusant que Spock puisse avoir des préférences, lui qui ne montrait jamais ce qu'il aimait. Comment en était-il venu à se mettre en couple avec Uhura ? Est-ce qu'elle lui avait tapé dans l'œil ou était-ce elle qui l'avait abordé ? L'idée d'un Spock gaga devant une fille était parfaitement hilarante, mais Jim se retint de glousser dans son sandwich.

« Et moi ? »
Oui, excellente question.

Fait très étonnant, au moment précis où il s'était rendu compte que Sana était Vulcaine, elle ne l'avait plus intéressé. Les raisons étaient multiples, mais toutes revenaient à une vérité fondamentale : eh bien, elle était Vulcaine. Ce qui signifiait rigueur d'esprit, droiture, absence totale d'humour et incapacité à comprendre les plus simples nuances dans une phrase sur trois qu'on lui disait. Bon, il s'était révélé entretemps qu'elle avait grandi sur Terre, et qu'elle n'était donc pas complètement inopérante lorsqu'il s'agissait de comprendre le second degré. Pas comme un certain Premier Officier de l'Enterprise. Mais en dépit de cela, Jim était resté sur sa position : Sana et lui, c'était impensable. Elle avait à la fois trop et pas assez de beaucoup de choses.

Spock, par exemple, était un Vulcain, mais c'était quelqu'un d'absolument génial. Ce petit sourire en coin qu'il avait la quasi-moitié du temps, et le sourcil perplexe qu'il haussait l'autre moitié, étaient les marques attendrissantes qu'il avait un cœur humain, bien caché sous sa carapace de logique. Il était toujours là, prêt à dispenser son capitaine et ami d'un conseil avisé, prêt à l'empêcher de faire d'affreuses bêtises, prêt à lui sauver la vie, parce que Spock gardait la tête sur les épaules, et quand il s'agissait de sauver quelqu'un, il n'enfreignait pas la moitié du règlement de Starfleet. Il faisait ce qui était juste, pas seulement rationnel, mais aussi ce qu'il fallait faire, tout simplement, parce que peu importait dans quel sens il tournait un problème, il arrivait constamment à trouver une solution satisfaisante.

Bon, des fois, il se trompait aussi, comme quand il avait décidé qu'il ne méritait pas qu'on mette en péril l'évolution d'un peuple primitif pour venir le sortir d'un volcan en éruption. Quelle blague ! Rien ni personne ne pouvait remplacer Spock, Jim en était certain. Parce que Spock était tout ce que lui-même n'était pas, et que souvent, il avait cruellement besoin de ça. De ses yeux noirs et de ses oreilles pointues. Oui, d'accord, ce qu'il y avait entre les oreilles, surtout. Mais aussi de l'homme, de la personnalité qui était ancrée dans ce corps dur et solide comme un roc, de la confiance aveugle qu'il tirait de ses dénouements mathématiques, et du soutien silencieux qu'il offrait, toujours, lorsqu'il était assis à sa console, juste derrière lui.

Leur amitié semblait si absolue, si fondamentale, si logique, en somme, que Jim n'imaginait plus sa vie sans Spock à ses côtés. Et une curieuse pensée lui vint alors : « Et Uhura ? Elle ne peut pas s'imaginer vivre sans Spock, aussi ? »

Loin de concevoir que le couple était en train de péricliter, Kirk accueillit l'arrivée de son Premier Officier avec le retour de son inquiétude, au rappel de ce qu'il avait vu et entendu dans la cafétéria. Sans un mot, Spock rejoignit sa console et se remit immédiatement au travail, et dans sa posture raide et tendue, Jim, comme Uhura, virent que quelque chose le préoccupait. Beaucoup.

oOo

Jim s'ennuyait.

Il restait encore dix-huit heures de vol avant d'attendre la station Azure X, et rester sur la passerelle sans bouger allait définitivement le rendre fou, aussi il avait décidé de faire le tour des différents laboratoires pour voir ce que tramaient ses scientifiques quand il avait le dos tourné. A l'horloge, il n'était que quinze heures, mais il avait l'impression d'écouter le responsable du laboratoire de tachyonique depuis une éternité. L'homme, un gars très enthousiaste avec un défaut de prononciation, lui parlait de choses que Kirk ne comprenait définitivement pas et, même s'il ne doutait pas de leur importance, il n'en saisissait ni l'utilité, ni le sens. Il fut assez difficile de se débarrasser de lui, car le scientifique trouvait toujours quelque chose de plus à expliquer, visiblement honoré que son capitaine prenne la peine de s'intéresser à ses petits magouillages. Heureusement, le résultat d'une expérience retint son attention, et Jim fut libre de s'enfuir avant qu'il ne revienne.

Ce qui le contrariait profondément, en fait, c'était qu'il n'avait toujours pas eu l'occasion de coincer son Premier Officier pour lui demander ce qui le tracassait. Mais vous connaissez Spock : il avait le talent de paraître débordé même lorsqu'il n'y avait strictement rien à faire. Oh, c'était bien de la mauvaise foi, oui. Jim savait en vérité qu'un scientifique avait toujours quelque chose à tester, à expérimenter ou à observer, mais il n'y avait aucune urgence (du moins, il le supposait ; et il aimait le supposer, car ça confortait sa contrariété ; oui, c'était très humain), donc il n'admettait pas de ne pas avoir encore pu lui parler.

Visite suivante ? Le laboratoire de physique du chaos.

oOo

...et Has'no Kxalee, neurologue et psychologue bétazoïde de renom, s'est exprimé en ces termes : « il n'est rien de plus fascinant que l'esprit vulcain. Là où les autres peuples humanoïdes jouissent d'une parfaite liberté de pensée et d'émotion, les Vulcains se retranchent derrière d'importantes barrières mentales, qui leur assure de les protéger de toute empathie destructrice. Il est important de comprendre que les Vulcains ressentent, contrairement à l'image qu'ils renvoient. Les émotions sont très puissantes chez eux – autant que chez les Romuliens, avec qui ils partagent un ancêtre commun – et c'est pour s'en prémunir qu'ils développent très jeunes des capacités de raisonnement très poussées. La logique leur apporte, en quelque sorte, la sérénité dont ils ont besoin pour pouvoir vivre en paix, avec eux-mêmes comme avec leurs pairs.

« Ce qui est très surprenant, si je puis me permettre de revenir au sujet principal, est que le cerveau vulcain ne ressemble à aucun autre. Chez les autres espèces humanoïdes, même chez les Romuliens, le cerveau est séparé en deux hémisphères, droit et gauche, ou supérieur et inférieur. Chez les Vulcains en revanche, le cerveau est une énigme : il est une imbrication précise et méthodique de plusieurs niveaux concentriques, eux-mêmes séparés en quartisphères. Mais le plus étonnant est que certaines fonctions activent des régions qui ne devraient pas réagir. Si vous me permettez de vulgariser, je l'expliquerai ainsi : visualisez des sphères concentriques parfaitement emboîtées, et la distance entre chaque sphère est égale. A présent, une partie de la couche supérieure, la plus grande, se met à briller. Si l'on tient compte de la fragmentation des régions du cerveau vulcain, seule cette couche externe devrait réagir, mais ce n'est pourtant pas le cas, car nous avons observé que des zones internes s'activaient, de la même manière que s'il n'y avait pas eu d'autres sphères à l'intérieur. Et le mystère reste absolu, car ces régions internes appartenant à la sphère supérieure, n'ont strictement rien à voir avec les régions internes des autres sphères, qui sont pourtant là. Le cerveau Vulcain est une énigme, et c'est pourquoi il est passionnant. »

Et c'est à cause de cela que la chirurgie réparatrice du cerveau vulcain est encore impossible, que ce soit par des médecins hautement spécialisés, ou même par des praticiens vulcains. Il est étonnant qu'un peuple si avancé n'ait pas encore résolu les secrets de leur propre organisme, mais il est probable, et c'est cette fois le célèbre chirurgien vulcain Savak qui déclare « qu'il est nécessaire de tenir compte des ressources mentales et cognitives du sujet avant toute opération. Nos observations ont démontré que la logique est à prendre en compte comme toute autre région du cerveau, et grâce à cela, nous sommes déjà parvenus, depuis des siècles, à retirer des tumeurs ou à soigner des troubles mentaux. La chirurgie réparatrice sera– »

« Bonjour. »

Tiré brutalement de sa lecture, McCoy releva les yeux, et son cœur rata un battement lorsqu'il vit qui se tenait devant lui. Il reposa néanmoins le plus normalement possible son padd sur la petite table, à côté de l'infect verre d'alcool dénébien qu'il avait fait répliquer et qu'il avait à peine touché. Uhura tira un fauteuil et s'assit en face de lui. Elle avait troqué son uniforme rouge pour une robe colorée, et avait détaché ses cheveux. Cette apparence informelle était inattendue, et Leonard se sentit un peu troublé.

« Salut.

- C'est rare de vous voir au carré des officiers, Docteur, » dit-elle avec un sourire malicieux.

« J'avais envie de sociabiliser un peu, » répondit-il sur le même ton.

Nyota baissa les yeux et avisa avec amusement la boule de poils qui ronronnait de satisfaction sur les genoux du médecin.

« Avec un tribule ?

- Ne les sous-estimez pas. Cyrano Jones dit que c'est le seul amour qui s'achète. Vous voulez le tenir ? »

La jeune femme hocha la tête et prit délicatement des mains de Leonard le petit animal, qui se mit à roucouler avec plus de force encore en se pelotonnant contre elle.

« Ce serait presque vexant, » commenta-t-il en haussant un sourcil amusé.

« C'est vraiment a-do-rable, » fit Nyota en caressant les longs poils du tribule. « Est-ce qu'il a un nom ?

- Eh bien, Jim a trouvé bon de l'affubler du doux nom de ''Leonard''.

- Sérieusement ? »

L'œil rieur, Uhura se retint d'éclater de rire, car l'expression du médecin oscillait entre agacement et orgueil. Oh, il ne l'aurait avoué à personne, mais McCoy était en fait un peu fier que ce qui lui avait permis de sauver le capitaine porte son prénom ; et même si ce n'était pas facile au quotidien, et un peu bizarre. Mais de toute façon, il n'y avait que Jim qui appelait le tribule par son nom, McCoy lui préférant ''Truc'' ou ''Bestiole''.

« Par contre, il faut éviter de les nourrir, sinon ils se reproduisent, » reprit-il en voyant qu'elle lorgnait sur le synthétiseur. « La moitié de leur métabolisme est dédié à ça. Et si vous prenez à boire, je vous conseille d'éviter la liqueur de Xtsart, c'est une infection.

- Pour nous ou pour Leonard ? » s'amusa Nyota.

« Pour tout le monde, je pense. »

Les deux officiers échangèrent un regard complice, puis la jeune femme revint au tribule, tandis que McCoy pianotait distraitement sur son padd, légèrement tendu. Oh, ce n'était rien de grave sinon le souvenir de leur dernière altercation. Uhura avait découvert ce qu'il cachait à tous, et l'avait laissé, alors qu'il était pantelant de colère, avec les mots « quelle sorte de masochiste psychopathe êtes-vous pour pouvoir supporter ça ? ». Depuis, il y avait beaucoup réfléchi, surtout après son entretien avec son psychologue, et, oui, c'était peut-être ça. Il y avait quelque chose qui le faisait rester, quelque chose qui donnait de la valeur à ce lieu, à cette vie, et qui lui faisait oublier ce qui menaçait, dehors. C'était une sacrée remise en question, et ça l'avait contrarié pendant tout un quart, mais il se sentait à présent bien plus libre, et l'acceptation avait allégé son cœur. Il ne pouvait regretter d'être là, car il en avait fait le choix.

« McCoy... »

L'interpellé releva la tête. Nyota gardait les yeux baissés sur le tribule.

« Je suis désolée pour l'autre jour, je suis allée un peu trop loin. »

Le médecin s'éclaircit la voix, soudain mal à l'aise. Parler d'un sujet aussi sensible que sa pathologie dans un lieu de vie commune comme le carré des officiers n'était pas à proprement parler enthousiasmant. Pas que ça l'aurait été ailleurs, cela dit. La salle autour d'eux n'était pas très pleine, pourtant. Il y avait quelques personnes, certaines s'affrontant aux échecs tridimentionnels, se divertissant sur les ordinateurs, ou discutant autour des tables de groupe. C'était un lieu plutôt calme en journée, et donc un endroit où le médecin aimait parfois aller en attendant de prendre son quart, mais ça n'empêchait qu'ils n'étaient pas seuls.

Tentant de reprendre contenance, il saisit son verre et but une gorgée, avant de se rappeler pourquoi il l'avait mis de côté. L'alcool lui brûla la gorge et un horrible goût aigre et amer s'étala sur sa langue. Il toussa alors pour s'en défaire, amenant le regard de Nyota sur lui. Lorsqu'il eut calmé sa toux, il répondit, d'une voix d'abord un peu rauque :

« Non, je crois que vous aviez raison. Le Docteur Ollens est du même avis. Enfin, pas pour la partie psychopathe, mais plus qu'il y a une raison pour laquelle je suis ici. Et puis, Jim est venu me parler. »

Uhura hocha la tête, lui confirmant qu'elle avait effectivement transmis au capitaine ce qu'elle avait deviné.

« Rien que pour ça, je vous remercie.

- Je vous en prie, » répondit-elle avec un sourire doux. « J'avoue que je vous ai découvert sous un nouveau jour. C'était inattendu, mais pas inintéressant. Bien au contraire. Nous nous connaissons depuis des années, mais je n'ai jamais envisagé que vous puissiez avoir... une faiblesse, disons. Et ça vous semblera certainement présomptueux mais... je crois que je vous comprends. »

Leonard ne répondit pas. Il craignait les oreilles indiscrètes, il ne voulait pas que son problème s'ébruite. Que deux personnes sachent était suffisant, et presque trop.

« Si ça ne vous dérange pas, je préférerais parler de ça en privé, » dit-il finalement à voix basse en regardant autour de lui.

« Bien sûr.

- Dans ma cabine, » annonça-t-il en se levant, avant de prendre doucement le tribule des mains de la jeune femme. « Dans un quart d'heure, le temps de remettre ce petit monstre dans sa cage. »

Nyota acquiesça, puis le médecin la contourna et quitta la pièce. Ça ressemblait à une fuite, mais c'était en fait un pas en avant.

oOo

« Qu'est-ce que vous voyez quand vous regardez dehors ?

- J'regarde pas dehors. »

Uhura et McCoy étaient assis l'un en face de l'autre dans les quartiers de ce dernier, un verre d'une sorte de jus de fruits saurien dans la main. Le médecin, pour faire honneur (en quelque sorte) à son invitée, avait abandonné son uniforme médical pour une tenue plus décontractée. La chemise lui avait été offerte quelques mois plus tôt par Jim pour son anniversaire, et le mettait plutôt à son avantage. Bien entendu, loin de lui l'idée de vouloir séduire l'officière des communications ; le but était juste de ne pas ressembler à un sac informe.

En voyant le regard critique que la jeune femme lui lança en réponse, Leonard reprit, avec plus de sérieux :

« Le néant. La mort.

- Pourtant, l'univers abrite la vie, » répondit Nyota avec un intérêt soucieux, « et un nombre incalculable d'astres : des planètes, des étoiles, des comètes... Le néant n'existe pas.

- Je sais, » repartit-il en lui envoyant un regard sombre, la bouche incurvée en un rictus navré. « J'ai pas dit que c'était logique.

- Comment en êtes-vous venu à rejoindre Starfleet, alors ? C'est ça que je ne comprends pas. »

McCoy prit le temps de boire une gorgée du liquide aigue-marine qui scintillait dans son verre, il le fit rouler sur sa langue, puis l'avala, et même après ça, il ne répondit pas immédiatement. Parler du passé ne faisait pas partie de ses habitudes, et la partie du passé qu'il devait évoquer était loin d'être la meilleure. Oh, ça avait été bien, au début, et il restait certains aspects qui ne lui provoquaient pas des crampes d'estomac et des maux de tête ; mais c'était loin, tout ça, et il était trop éloigné de la Terre, de toute façon.

Du doigt, il désigna alors une photographie fixée au mur, non loin du lit : une petite fille aux yeux verts et aux cheveux châtains, qui souriait, toute jolie dans une robe bleue visiblement neuve. Uhura avisa l'image avec curiosité, intérêt, puis elle se retourna vers le médecin, stupéfaite. Tandis que McCoy buvait une autre gorgée du jus saurien, elle dit alors dans un souffle :

« Vous avez une fille ? »

Le médecin hocha la tête, prit son temps, et seulement, enfin, daigna parler.

« Je me suis marié à vingt-et-un ans, elle est née l'année suivante, et j'ai divorcé trois ans après.

- Ouh... » ne put-elle que dire.

Leonard avait l'impression que de la douleur était audible dans sa voix et il n'aimait pas ça. Il termina son verre cul sec puis le posa abruptement sur le bureau.

« A l'époque, j'étais étudiant en fac de médecine, dans le Mississippi. Le début était génial. Quand Joana est née, c'était encore mieux, mais je ne sais pas vraiment pourquoi, tout a commencé à s'effondrer peu après. On se disputait tout le temps, et j'ai commencé à... »

McCoy fronça les sourcils et plissa les lèvres. Non, ça, il valait mieux ne pas le dire. Il se souvenait encore trop bien du jour où on lui avait dit qu'il avait son diplôme de justesse, car à cause de tout ça, d'elle et de ses remontrances constantes, il avait fini au fond d'une bouteille. Uhura n'avait pas à le savoir.

« Bref, ça n'allait pas. Du coup, on s'est séparé un peu après le diplôme. Elle a gardé Joana, et même quand je pensais en être débarrassé, elle me retrouvait toujours. En deux ans, j'ai déménagé trois fois et j'ai changé de clinique au moins le double. Puis j'ai croisé la route de Starfleet et je me suis dit qu'au moins, dans l'espace, elle ne viendrait pas me chercher. »

Nyota le fixait avec un regard nouveau. Il y avait de l'affection dans ses yeux, du respect, et de la compassion. Mais lorsque Leonard le croisa, il se détourna rapidement, comme si ça le mettait mal à l'aise. Alors la jeune femme approcha un peu son fauteuil et posa doucement sa main sur le bras du médecin.

« Vous avez eu raison, finalement. Elle n'est pas venue vous y chercher.

- Ouais, mais voyez ce que j'ai gagné en échange, » grogna-t-il en désignant l'extérieur d'un mouvement de tête.

« Une vraie famille. Des gens qui comptent pour vous. »

Leonard tourna la tête dans sa direction, troublé. Ce n'était pas la première fois qu'on lui disait ces mots, mais prononcés avec cette voix, avec cette intonation, ils semblaient prendre un autre sens. Une profonde émotion était visible au fond de ses yeux verts : de la reconnaissance, surtout, mais aussi de l'incertitude et de l'incompréhension, et quelque chose qui commençait à s'éveiller, en dessous, une lueur d'affection. Etrangement, il vit dans le regard d'Uhura quelque chose de similaire, bien que le doute soit moins présent, et qu'un sourire doux orne ses lèvres.

« Et des gens pour qui vous comptez. »

Le sourire de Nyota était tellement , visible sur son visage, avec cette bouche maquillée de rouge foncé, aux commissures retroussées, malicieuses. Un sourire sincère, affectueux, mais confiant aussi, et c'était ce dont il avait besoin, fondamentalement besoin. Et il s'approchait. Oh. Oh. C'était mauvais.

Leonard se redressa brusquement, le pouls irrégulier, et regarda avec raideur droit devant lui. Avaient-ils été sur le point de... ? Non, impossible, c'était lui. Ou plutôt le jus saurien. Oui, c'était définitivement le jus saurien, ça ne pouvait être que ça. Son cœur semblait vouloir quitter son corps ; des palpitations ? Le jus saurien. Son souffle était un peu difficile, un peu fort. Le jus sau– Et puis, c'était stupide. Uhura avait Spock.

Oh, c'est vrai, Spock !

Le médecin se tourna de nouveau vers la jeune femme, toute trace de sa précédente émotion envolée, et il la regarda comme un praticien regarde sa patiente.

« La dernière fois, vous veniez pour me parler de Spock. »

Nyota hocha la tête et quelque chose se brisa dans ses yeux. Elle se recula pour s'appuyer contre le dossier de son fauteuil, le visage fermé.

« Oui, mais c'est assez compliqué.

- Expliquez-moi. Je peux mater n'importe quel Vulcain. »

L'officier des communications ne se dérida pas. Tentative d'humour ratée. Leonard toussota pour faire passer l'ange. Nyota sembla chercher ses mots, puis elle secoua doucement la tête.

« Non, ça ira. Ça a un peu évolué depuis. »

Puis, tandis qu'elle se levait :

« Je vais vous laisser maintenant, vous avez certainement des choses à faire d'ici votre quart.

- Pas vraiment, » répondit-il en haussant les épaules.

« Il vaut mieux que j'y aille, Docteur, » insista-t-elle alors qu'elle se dirigeait vers la porte.

« Leonard. »

Nyota se retourna, l'air de ne pas comprendre. Le médecin se fustigea mentalement pour ça, mais quelque chose au fond de lui le poussait à parler, et même s'il savait que ça n'allait rien arranger.

« Vous pouvez m'appeler Leonard. »

La jeune femme répondit par un sourire un peu trop poli, puis elle commanda sèchement l'ouverture de la porte et quitta la cabine, ne laissant derrière elle que quelques effluves de parfum et son absence sur le fauteuil.

McCoy poussa un profond soupir. La contrariété et le remords se mêlaient à son incompréhension de ce qu'il venait de se passer.

« Bon sang, c'était quoi, ça ? » souffla-t-il pour lui-même en passant une main désespérée dans ses cheveux. « Qu'est-ce que j'ai foutu ? »

Uhura ? Sérieusement ? Elle était gentille, dynamique, et plutôt jolie, mais c'était tout. Ça avait toujours été tout. Dans ce cas, pourquoi si soudainement ? Il n'avait pas rêvé, il avait failli l'embrasser. Alors qu'elle était engagée avec Spock. Et quoi, il se laissait attendrir par la première qui s'inquiétait un peu pour sa santé mentale ? Non, Jim aussi s'inquiétait, et ça ne changeait rien entre eux.

Et puis, il n'était ni un sentimental, ni un romantique. Ce n'était pas son genre de tomber– d'être attiré par une femme. Il n'y en avait eu qu'une avant, et il voyait où ça l'avait mené. Ce n'était vraiment pas une bonne idée. Il ignorait si Nyota avait remarqué quelque chose, et si c'était le cas, si cela la dérangerait au quotidien. Pourrait-elle agir normalement en se sachant désirée par le médecin-chef de l'Enterprise ?
Désirée... Ça prenait de drôles de proportions, juste pour une tentative de baiser avortée. Qu'est-ce que Leonard devait en comprendre ? Il avait l'impression de ne jamais avoir réellement fait attention à elle avant qu'elle vienne et qu'elle découvre son point faible. D'un point de vue extérieur, ça ressemblait juste à un fétichisme bizarre de l'envie de se ridiculiser et de paraître pathétique devant une femme forte. Et Ollens pensait arriver à le soigner ? Quelle confiance !

Non, c'était ridicule. Ce n'était qu'un béguin égaré, ça passerait.

oOo

Le Docteur Geoffrey M'Benga avait emprunté le bureau du médecin-chef. En face de lui se tenaient, droits comme des piquets, les Commandeurs Spock et Sana, et les voir ensemble, avec cet air sérieux et inquiet qui n'était pas habituel des Vulcains, l'alarmait. Ça ne présageait rien de bon.

De la main, il leur proposa de s'asseoir puis il sortit un padd d'un tiroir pour prendre des notes. Spock faisait rarement des visites improvisées à l'infirmerie, sa venue ne pouvait être qu'importante, aussi, un stylet en main, il entra directement dans le vif du sujet :

« Pour quoi vouliez-vous me voir ? »

Assis, raides et immuables, les deux Vulcains échangèrent un regard que le médecin ne put déchiffrer, puis Sana cilla et devint un peu moins immobile.

« C'est un sujet délicat, Docteur, mais si mes calculs sont exacts, ça devrait bientôt arriver. »

M'Benga fronça les sourcils. Il n'aimait pas les énigmes, et encore moins les gens qui tournaient autour du pot comme si l'intérieur était plein de pus. Souvent, ça annonçait quelque chose de mauvais et de grave, et bien qu'il soit qualifié pour, il n'aimait pas vraiment jouer les urgentistes.

« Quoi donc, Commandeur ? »

Encore un regard entre les deux Vulcains. Geoffrey se figea. Oh, il n'aimait pas ça du tout.

« Eh bien... la fièvre, » répondit-elle en baissant la voix, comme si y faire allusion était honteux.

Si le médecin s'était figé un peu plus tôt, il était à présent totalement pétrifié, et il était certain que même un tricordeur n'aurait pu voir qu'il était encore en vie.

De façon plus sérieuse, ce qu'insinuait Sana faisait référence à quelque chose de redouté parmi les Vulcains. C'était tabou, car cela leur rappelait que leur race était profondément contrôlée par ses émotions, et que sans la logique, ils ne seraient rien. C'était un grave phénomène, profondément ancré dans leurs instincts, impossible à empêcher, impossible à repousser ; ça arrivait, et il fallait que chaque Vulcain trouve le moyen de le surpasser, où il mourrait en essayant. Mais pire que la mort, ce qui les attendait tous était une période de violence, où les barrières mentales s'effondraient les unes après les autres, une période de rage et de sang. Et même si certains sujets parvenaient à s'isoler en attendant la mort ou une manière de survivre, il arrivait que certains autres, causent des ravages. Héberger un Vulcain fiévreux sur un vaisseau de la taille de l'Enterprise, avec un équipage de plus de quatre cents hommes et femmes ne présageaient rien d'autre qu'un massacre.

Heureusement, il y avait un moyen, ou plutôt deux, mais l'un des deux était sacrément compliqué éthiquement parlant, aussi M'Benga fonda ses espoirs en l'autre, et en la personne de Spock, assis silencieusement à côté de Sana. Mais avant de leur faire part de son idée, il préférait être certain de ce qu'insinuait la Vulcaine.

« Vous êtes sûre que ça va arriver ?

- Affirmatif. Le précédent s'est produit le dix juin de l'année deux mille deux cents cinquante-cinq, si je peux me permettre de convertir la date pour qu'elle soit conforme au calendrier grégorien. »

Le médecin poussa un soupir désespéré et plongea son visage dans ses mains.

« Donc ça fera sept ans demain... »

Sana ne répondit pas, mais son pincement de lèvres indiquait qu'elle acquiesçait. Geoffrey se redressa d'un coup et s'appuya contre le dossier de sa chaise en serrant les mâchoires et en fronçant les sourcils.

« Je ne vois qu'une solution, » dit-il sombrement avant de se tourner vers Spock, « Commandeur, nous allons avoir besoin de votre coopération.

- Non. Et vous m'en voyez navré. »

Le médecin s'étrangla avec sa salive. Il adressa un regard paniqué au Premier Officier.

« Comment ça, ''Non'' ?

- Comme ce mot le suggère, je refuse cette coopération.

- Et pourquoi ?

- Vous l'ignorez peut-être, Docteur, mais je suis engagé dans une relation avec le Lieutenant Uhura.

- Et vous ne pouvez pas faire une petite entorse ? » tenta Geoffrey en serrant les dents.

Il sentait que la situation lui échappait, et il détestait ça encore plus que les devinettes et les urgences.

« Le bon sens, la logique, et l'éthique veulent que je ne peux m'offrir charnellement à une personne avec qui je n'entretiens pas de relation.

- Spock ! »

M'Benga rageait à présent. Il avait assez de la logique, de ce discours impassible, de leurs visages froids, à tous les deux, alors que ce qui menaçait pouvait les tuer tous. Il sentait la colère affluer dans ses veines, à présent, et il en oubliait les grades et les titres de politesse. Oh, au diable tout cela ! Il y avait bien plus important.

« Le Commandeur Sana risque de mourir !

- J'en suis pleinement conscient, mais cela ne changera pas ma décision.

- Alors quoi ? Vous voulez que je lui donne un gars à déchiqueter ?

- Je préfère ne pas en arriver à cette extrémité, » répondit calmement Sana, bien que l'inflexion de sa voix sonne un peu impatiente.

Geoffrey lui envoya un regard noir (encore ce foutu contrôle de soi !), mais il ne fit rien sinon réfléchir aux solutions possibles. Plusieurs minutes passèrent dans le silence le plus complet, alors que Spock, par les mouvements rapides de ses pupilles, semblait calculer des probabilités et des statistiques, ce qui était proprement énervant. A côté, Sana était rigide et parfaitement immobile et on n'entendait plus que son souffle, qui pouvait être un peu fort, mais qu'on pouvait justifier par de l'inquiétude. A bout, M'Benga lâcha un juron en frappant le bureau des deux mains, et il ignora le regard réprobateur que l'officier scientifique lui adressa lorsqu'il fut brutalement sorti de ses démonstrations mathématiques.

« Bon sang, je déteste ça ! » s'exclama le médecin en abattant son poing sur le meuble. « Jamais je n'ai eu à traiter de Pon Farr ! Jamais ! Comment je dois faire si mon seul espoir de sauver le Commandeur Sana refuser de coopérer, hein ?

- Docteur, laisser libre cour à votre colère ne me semble pas le plus indiqué, » fit remarquer celle-ci sans se départir de son masque d'impassibilité, et elle était tellement figée et sans expression qu'elle semblait encore plus Vulcaine que Spock, qui était pourtant remarquablement entraîné lorsqu'il s'agissait de ne pas réagir.

M'Benga lui répondit par un râle contrarié mais ne s'avoua pas vaincu, et revint à la charge.

« Commandeur Spock, il n'y a vraiment pas moyen pour vous d'aider le Commandeur Sana ? Même si vous l'expliquiez au Lieutenant Uhura ?

- Je ne suis pas certain que le Lieutenant comprenne si je devais lui expliquer en des termes humains, » rétorqua Spock d'un air sombre. « Elle pourrait se méprendre, soit sur l'affection que je lui porte, soit pour celle que je pourrais porter au Commandeur Sana.

- Ouais. Ça ne me plaît pas, mais je comprends. D'ailleurs, tant qu'on y est, le vôtre, ce sera quand ?

- N'étant qu'à moitié Vulcain, il est probable que mon métabolisme soit légèrement différent, ce qui expliquerait que je n'ai pas encore eu l'occasion d'expérimenter ce phénomène. »

Geoffrey hocha la tête, un peu rassuré qu'il n'ait pas à gérer deux fièvres en même temps, et il se fit la réflexion qu'au moment où celle de Spock se déclencherait, il aurait de toute façon le Lieutenant Uhura pour lui faire passer cette très mauvaise période.
Et cela fit germer une idée dans son esprit, une simple idée, mais enrobée d'espoir, de tellement d'espoir, que son cœur s'allégea et son visage se détendit. Il se tourna vers Sana, pressé de vérifier sa théorie.

« Commandeur, vous avez dit que ce n'était pas votre premier Pon Farr. Pour les autres, comment avez-vous fait ? Si cela n'est pas trop indiscret.

- Cela l'est, » répliqua-t-elle sèchement, « mais je vais vous répondre tout de même. Le précédent était également le premier. J'ai eu, disons, la chance, de connaître un Vulcain expatrié sur Terre lorsque cela est arrivé. Il était pour moi une sorte de mentor, puisque c'est en partie grâce à lui que j'ai pu développer, malgré mes lacunes, mes capacités mentales telles que la fusion ou la prise neurale. Lorsque la fièvre est arrivée, nous avons convenu de nous unir, mais nous avons tout fait pour que le lien psychique ne soit pas permanent ; il n'était qu'un bon ami.

- Et où est cette personne actuellement ? » demanda M'Benga avec espoir.

« Peut-être sur Terre.

- Donc à plusieurs semaines de voyage d'ici, » soupira-t-il.

Ça ne fonctionnait pas. Mais il devait y avoir une solution. Il devait y en avoir une.

La probabilité de croiser un Vulcain, et que celui-ci accepte de coopérer était incroyablement mince, sinon inexistante. Avoir deux Vulcains sur le même vaisseau était déjà un exploit en soi, alors en trouver un troisième, sachant que c'était un peuple en voie d'extinction et majoritairement éclaté sur toute la galaxie, sinon retranché sur la Nouvelle Vulcain, semblait impossible. Mais tout espoir n'était pas perdu.

« Je vais faire des recherches, » annonça-t-il. « Je vous recontacterai par la suite. Commandeur Sana, prévenez-moi immédiatement lorsque ça aura commencé.

- A vrai dire, Docteur, il semble que ce soit déjà le cas, » répondit-elle d'une voix mal contenue.

M'Benga la fixa, les yeux écarquillés et le regard affolé. Son cœur avait des ratés. La panique était toute proche de l'engloutir.

« Bon dieu, vous plaisantez ! »

Le visage de Sana était parfaitement contrôlé, mais quelque chose dans ses yeux bleus, une lueur inhabituelle peut-être, dans la contracture des muscles de sa mâchoire, ou dans le rythme de sa respiration, parlèrent pour elle. C'était là.


Pas de fait parodique dans ce chapitre.

Note : Le titre fait référence aux Nébuleuses du Cœur et de l'Âme, qui existent vraiment. Dans le chapitre, cela désigne respectivement la petite amourette de Bones pour Uhura, et le Pon Farr (pour ceux qui ne connaitraient pas, pas de panique, je détaillerai vraiment ce que c'est plus tard), le terme de nébuleuse étant une métaphore pour parler des doutes et de la confusion.


Et voilà ! :D J'espère que vous avez aimé ! Dans le prochain chapitre, on reprendra le court de l'histoire, avec l'arrivée à la station Azure X. Je voulais vraiment donner l'impression du temps qui passe et de l'attente d'arriver à destination avec toutes ces petites scènes, sur ces deux chapitres. Réussi ? :)

Alors ? Uhura/Bones ou Uhura/Spock ? et Spock/Sana ? Votre verdict ?

A plus tard et peut-être à la semaine prochaine si j'arrive à mettre en ligne le chapitre pendant mon absence ! :p