Merci encore à Neechu !
Le septième thème est Table.
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Livre 1 : Prisonniers
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Chapitre 7 :
« Hey, le môme, t'es pas de la famille de Garp ? »
La question l'avait prise tellement au dépourvu, et était tellement en accord avec ses pensées sombres, qu'Ace n'avait pu s'empêcher de répondre, avant de se rendre compte qu'il venait de discuter avec le prisonnier.
Prisonnier qui avait ri, chose qui n'avait pas manqué d'alerter Ace. Mais un jour et puis un autre était passé, sans plus de conséquence alors il s'était dit qu'il avait juste rêvé, ou que le Phénix commençait à devenir fou.
Et puis, à l'occasion d'une distribution de nourriture, alors que les autres prisonniers étaient occupés à dévorer avec voracité leur ration, Marco avait dit, en le regardant :
« J'ai connu ta mère. »
Ce fut comme un choc électrique, mais Ace se força à se calmer aussitôt. C'était du bluff, évidemment.
« Je me demande ce qu'elle dirait si elle te voyait aujourd'hui, à jouer les gardes-chiourmes pour des pirates. »
Coïncidence, ce n'était que des coïncidences.
« Elle s'appelait Rouge, au fait. Tu lui ressembles, avec toutes ces tâches de rousseur. Mais tes yeux… Ah mon garçon, tes yeux, ce sont ceux de ton père. »
Autour d'eux, le silence s'était fait peu à peu alors que les autres prisonniers se rendaient compte que Marco et son geôlier discutaient. Néanmoins, le blond avait parlé d'une voix assez fine pour n'être entendu que d'Ace et de Nico Robin.
Le brun eut un vertige en réalisant l'abîme qui s'ouvrait devant lui.
Marco savait tout. Marco pouvait à tout moment le dénoncer. Et dire qu'Ace avait renoncé à tant de choses pendant si longtemps pour pouvoir préserver ce secret abominable, pour pouvoir vivre pour ses frères qui n'avaient pas vécu.
Que pouvait-il faire ? Nier ? À quoi bon, il ne s'en sentait même plus la force.
Implorer la clémence de cet homme, son silence ? Ce serait déplacé et ridicule.
Non, il allait devoir endurer la haine comme il l'avait endurée jadis, quand il demandait à chacun ce qu'aurait mérité le fils du Seigneur des Pirates, attendant avidement une parole de clémence, une seule, qui n'était jamais venu.
Et avec la haine viendrait bien sûr la prison, la vraie, dénuée de ces petites douceurs qui tentaient de lui faire croire qu'il n'était pas lui-même un prisonnier. Ensuite, et bien sûrement, viendrait la mort. C'était le genre de secret qui tue et empoisonne ce qu'il touche.
Ace ne voulait pas mourir. Il n'était pas certain de vouloir vivre, mais il lui semblait qu'il lui restait quelque chose à accomplir avant de renoncer à la vie.
« Tu vas mourir bientôt, Marco le Phénix, répondit-il en tâchant de garder une voix neutre. Que t'importe alors qui était ma mère, ou qui était mon père ? »
Le blond encaissa la nouvelle de sa future mort sans battre un cil.
« À moi ? Pas grand-chose. À toi ? Peut-être pas grand-chose non plus. Mais au reste du monde ? Je peux te garantir que ça va les passionner, toute cette histoire. Et crois-moi je m'assurerai qu'elle soit connue. Après tout, rien qu'ici, j'ai un public de choix. »
Marco avait parlé plus haut et autour de lui, on réclamait l'histoire, en se moquant déjà du jeune homme.
« Alors comme ça, Marco a connu ta mère, mon p'tit gars ? Oh, ils ont dû être nombreux à la connaitre, je parie.
— Cent berrys la passe, messieurs, voilà ce que prenait sa pute de mère.
— Et toi, chéri, tu prends combien ? »
Marco ne donna pas plus de détails, heureusement. Ace en était à la fois soulagé, presque reconnaissant. Sa vie était suspendue à la langue de pirate.
Sa vie… Est-ce qu'il en voulait encore de cette vie ?
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Marco jubilait en lui-même. Il avait parié gros, mais il avait remporté la mise. Le petit n'était pas de taille face à lui.
Plus tard, alors que l'étage était plongé dans une demi-torpeur, et que la majorité dormait, il vit Ace se déplacer jusqu'au bord de la grille de la cellule. Il avait mis ses cartes sur la table. L'heure de passer un marché était venu.
« Vous avez vraiment connu ma mère ? » fit le brun en guise d'entrée en matière. Marco ne s'attendait pas à ça. Il y avait une avidité curieuse dans la voix du garçon. D'ailleurs, il nota distraitement qu'il le vouvoyait désormais. Par peur ?
« Sacré femme. Une âme de fer dans une apparence de velours. »
Il ne voyait aucune raison de mentir.
« Et lui… ?
— Bien sûr, même si nous étions plutôt ennemis. Mais le genre d'ennemis qui trinquent ensemble parfois si tu vois ce que je veux dire.
— Vous allez tout dire ?
— C'est à toi de voir.
— Qu'est-ce que vous voulez ?
— Partir d'ici.
— C'est impossible.
— Pas si tu veux bien m'aider. »
Le jeune homme eut un rire sans joie. « Je ne peux pas sortir non plus. » Puis, comme une digue qui se libère, comme s'il avait été avide de parler tout ce temps, il ajouta : « Je suis prisonnier comme vous. J'ai peut-être l'air d'être libre, mais on m'interdit de remonter à la surface.
— Et tu ne te bats pas ?
— Pourquoi faire ?
— Pour être libre.
— Libre… Je n'ai jamais été libre de toute ma vie. Une fois, quand j'étais petit, j'ai cru que je pouvais l'être. Mais c'était une folie. Pas avec le sang qui coule dans mes veines. »
Malgré les années et son cœur endurci, Marco sentit une vague de pitié le pénétrer au farouche ton de désespoir dans la voix du Marine. Ce gamin avait le ton fatigué d'un vieillard. Est-ce que vraiment, il n'avait jamais vécu libre ? Pour Marco, qui depuis tant d'années, jouissait de la liberté la plus absolue, cela paraissait inconcevable. Il aurait préféré crevé, sincèrement.
« Mon petit frère… Il disait qu'il serait le Seigneur des Pirates, pour devenir l'homme le plus libre du monde. Il n'a jamais compris quelle cage c'était, un titre pareil.
— Libère-moi, alors et viens avec moi. Je t'emmènerai voir Barbe-Blanche, le plus grand pirate du monde, et tu verras ce que ça fait de vivre libre.
— Ce n'est pas vrai. À l'instant où je ne vous servirai plus à rien, vous me laisserez tomber. C'est comme ça que les choses marchent chez les pirates.
— Et chez les Marines alors ?
— Chez les Marines aussi. Dans l'Humanité entière. Personne n'aide personne s'il peut faire autrement.
— C'est faux, dit une voix à leur côté. Parfois, les gens te tendent la main, juste parce qu'ils sont tes amis. »
Avec tout ça, Marco en avait presque oublié Nico Robin.
« Je n'ai jamais entendu parler de personne prêt à faire ça, dit Ace avec amertume.
— Moi. J'ai été sauvée.
— Tu es prisonnière au fond d'Impel Down, » ne put s'empêcher de faire remarquer Marco qui savait pourtant qu'il était inutile de discuter avec la jeune femme du sujet.
« Et alors ? Luffy viendra me sauver quand même.
— Luffy… répéta le jeune homme avec une tristesse infinie. Mon frère s'appelait comme ça.
— Le pirate au Chapeau de Paille, continua Robin, monomaniaque. Retenez son nom, c'est l'homme qui deviendra le futur Seigneur des Pirates : Monkey D Luffy. »
Le gamin eut un cri.
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Bon, à trois heures, je commençais à perdre un peu la tête, à tel point que j'ai totalement confondu le français et l'anglais ! Avec le thème table, j'avais pensé à l'expression anglaise "turn the table" et ça s'est mélangé dans ma cervelle avec "faire tourner les tables", ce qui n'a pas du tout le même sens. Mais ça bien sûr, je ne m'en suis rendue compte qu'à la fin du chapitre quand toute fière j'allais balancer mon expression et en fait... non... c'était pas du tout la même chose. Bref, j'ai quand même fait tourner les tables, puisque j'ai ramené un mort à la vie. Parce que oui, Luffy va bien. Pauvre, pauvre Ace. Tu t'en prends vraiment plein la tronche ! (Aurore, j'ai le droit à mon cookie, du coup ?)
