.o0 Chapitre VI : Stop 0o.
Pour la première fois depuis le début des vacances d'hiver, Aomine se réveilla seul dans son large lit défait. Se redressant pour s'asseoir, il bâilla à s'en décrocher la mâchoire tout en frottant frénétiquement son visage. Quelle heure pouvait-il être ? Son réveil était débranché et son portable, perdu il ne sait où dans l'amas de vêtement sur sa chaise de bureau. Impossible de se fier à la lumière qui filtrait entre les failles de ses volets : il avait plut toute la nuit et le ciel ne s'était sûrement pas dégagé. Les trombes d'eaux qui s'étaient abattues sur la ville durant la nuit avaient fouettées les fenêtres du salon, provoquant un brouhaha qui avait tenu Daiki éveillé une bonne partie de la nuit.
Il songea alors à Tatsuya. Avait-il passé la nuit dehors, sous cette pluie torentielle, ou avait-il trouvé un hôte pour la nuit ? Le bleuté se rappela avec aigreur les dernières paroles qu'ils avaient échangés et pour être tout à fait honnête, il se sentait responsable de cette dispute. Et encore plus du départ de son camarade. Où était-il allé ? Il était parti sans son manteau sous la pluie, son sac sur l'épaule. Réalisant petit à petit la chose, le bronzé se hâta d'aller fouiller dans ses vêtements pour y extirper son portable. Aussi, il envoya un texto au brun. Il n'était pas franchement inquiet, mais il voulait s'assurer que son aîné ait trouvé un toit pour la nuit. En attendant que Tatsuya lui réponde, il alla déjeuner devant la télévision, dramatisant devant la météo qui annonçait encore de la pluie pour le reste de la semaine.
A quatorze heure, Aomine n'avait toujours pas de nouvelles de Himuro. A quinze heure non plus. A seize heure, il commença sérieusement à s'inquiéter. S'il lui était arrivé quelque chose, jamais il ne pourrait se le pardonner. Faisant les cent pas dans sa cuisine, il réfléchit à l'endroit où aurait put se rendre le brun. Il n'avait pas pu prendre un train pour Akita, il n'en partait plus depuis hier quinze heure jusqu'au lendeman huit heure. Alors même s'il se trouvait dans le train à ce moment même, il serait capable de lui répondre. Aomine ne voulait pas de détails, un "ca va" ou même un "merde" lui suffirait. Juste pour s'assurer que son aîné se portait bien. Mais rien, son écran n'affichait aucun nouveau message ni aucun appel entrant.
En songeant pour la centième fois à la dispute de la veille, Daiki pensa deviner l'endroit où le brun pouvait peut-être se trouver : chez Kagami, évidemment ! Comment n'y avait-il pas pensé plus tôt ?! Aussitôt, il se hâta d'enfiler son blouson bleu marine et de chausser ses baskets. Il se souvenait d'où habitait le rouge lorsqu'il avait vu Tetsu en sortir en boîtant il y a quelques mois. Le bronzé s'y rendit alors en courant, ne croisant aucun passants sur les trottoirs trempés. Il tombait encore quelques gouttes de pluie mais Aomine ignora celles qui s'écrasaient sur la peau de son visage ou qui glissaient dans son cou, concentré par sa course.
Il arrivait plus tôt qu'il ne s'y attendait au pied de l'appartement. Il ragea en découvrant que, pour rentrer, il fallait que quelqu'un de l'intérieur lui autorise l'accès. Quelle plaie, le bleu allait devoir forcer ce crétin de Kagami de lui ouvrir la porte ! Maltraitant l'interphone, il appuya dessus une bonne dizaine de fois avant que la voix de Taiga, déformée par le micro, ne parvienne à ses oreilles.
« Qui c'est ? Demanda-t-il, apparemment la bouche pleine.
- Le Père Noël, grogna le bleu, ouvre moi cette porte il pèle dehors !"
Reconnaissant entre mille la voix mélodieuse et agréable de son rival, Kagami poussa un profond soupir et hésita pendant quelques secondes avant de se résoudre à dévérrouiller la porte. Aussitôt, Aomine s'engouffra dans le hall, secouant sa tête pour chasser l'eau du ciel de sa chevelure. Grimpant deux par deux les marches de l'escalier, il arriva devant la porte du rouge en même temps que ce dernier l'ouvrait. Ils se toisèrent pendant quelques instants, avant que Kagami ne rompe le silence.
« Qu'est-ce que tu veux ? Et comment tu sais où j'habite, d'ailleurs ?!
- Tatsu est ici ? Le coupa le bronzé, ignorant ses deux questions.
- Tatsu ? Tatsuya tu veux dire ? Il est parti ce matin, il a prit un train pour Akita. »
Daiki poussa un grognement en donnant un coup de pied dans le mur. Son interlocuteur haussa un sourcil étonné : qu'est-ce qu'il lui prenait à lui ? D'après ce que lui avait dit le brun avant de partir, lui et Aomine s'étaient disputés, ce qui expliquait ses vêtements trempés et sa présence dans son appartement.
« Il était chez toi cette nuit, n'est-ce pas ? Soupira Aomine en se massant l'arête du nez.
- En effet, confirma le rouge en passant une main dans ses cheveux. Et il m'a tout expliqué. »
Aomine leva vers le rouge un regard méprisant. Il savait tout sur tout désormais, hein ? Tu parles d'une bonne nouvelle …
« J'ignorais que tu … enfin, que tu aimais Kuroko.
- Ça datait de Teiko, mais déjà à l'époque il n'était pas franchement attiré par moi. Enfin, il n'en avait pas l'air.
- Datait ? Ça veut dire que tu ne l'aimes plus ? »
Le silence du bleu, lourd de sous-entendu, servit de réponse à Taiga qui s'en contenta. Il n'était pas stupide, il avait bien compris que l'ace de Tôo éprouvait désormais des sentiments pour son ami d'enfance. Et le pire, c'est que ça semblait réciproque. Enfin, c'est ainsi que le rouge l'avait senti lorsque le brun lui avait raconté toute l'histoire. Il se sentait responsable de la rupture entre Taiga et Tetsuya et s'était excusé au moins mille fois.
Se grattant l'arrière du crâne d'un air un peu dépassé, Kagami s'adressa de nouveau à Aomine.
« Il regrette tout ce qu'il s'est passé. Enfin, c'est ce qu'il m'a dit ce matin sur le quai de la gare. Il paraissait honteux de lui-même, en vérité. Ça m'a un peu étonné, ce n'est pas vraiment le style de Tatsuya de se comporter de la sorte. J'imagine qu'il a, comme tout le monde, des moments de faiblesse. »
Tout en disant cela le rouge se rappela des événements de la matinée. Ils s'étaient endormi contre le placard mural de l'entrée, épuisés par leurs ébats, pour se réveiller trois heures plus tard. C'est après que Tatsuya lui avait tout expliqué : leurs jalousies, leur plan – très stupide cela dit en passant -, ce que ça avait engendré, les regrets, les disputes, les espoirs évanouis. Himuro lui avait avoué qu'il l'avait aimé, vraiment, mais que, malgré lui, quelque chose s'était brisé. Toute l'affection qu'il ressentait envers le rouge était contenue dans un vase, qui c'était finalement fissuré. Et, petit à petit, tout le contenu s'était vidé, écartant l'amour au profit de l'amitié. Depuis tout ce temps même, le brun se demandait si les sentiments qu'il ressentait pour son ami d'enfance étaient vraiment des sentiments amoureux. Ils étaient comme des frères, après tout. Pas de sang, certes, mais dans leurs cœurs, ils étaient plus que des amis.
Avant de monter dans son train, Tatsuya s'était encore excusé, maintes et maintes fois. Kagami avait ressenti à quel point son aîné se sentait responsable de tout ça et il n'avait vraiment pas put lui en vouloir. Il ne pouvait justement que le remercier : grâce à lui, il avait réalisé à quel point Tetsuya était important dans sa vie et qu'il se sentait con d'avoir agit comme il l'avait fait. Le rouge avait justement pour projet de rendre visite à son ombre avant que l'ace de la Génération des Miracles ne débarque devant sa porte.
« Les cours reprennent demain et ensuite, la Winter Cup débute. Tu le retrouveras sûrement là-bas, qu'importe ce que tu as à lui dire.
- Ah oui, souffla Aomine, la Winter Cup … Je l'avais carrément oublié.
- Woah, Ahomine oublie la Winter Cup, il va pleuvoir des grenouilles !
- La ferme, Bakagami ! A notre prochain match, tu vas repartir chez toi en couinant !
- C'est ce qu'on va voir ! »
Après un échange furibond de regards meurtriers, les deux opposants finirent par se séparer, l'un rentrant chez lui tandis que l'autre quittait l'immeuble en trottinant. Quelle plaie, Tatsuya était déjà reparti pour Akita ! Il n'avait pas perdu son temps le bougre. Jetant un coup d'oeil à son portable, le bronzé décréta qu'il était trop tard pour prendre un train maintenant, surtout lorsqu'on savait le temps qu'un trajet jusqu'à Akita prenait. Tant pis, il irait demain, quitte à sécher les cours. De toute façon, c'est déjà ce qu'il faisait alors ça ne changerait pas grand chose à ses habitudes.
Il rentra donc chez lui, trempé comme une souche, maudissant le mauvais temps et Tatsuya qui était, pour citer les mots d'Aomine, « vraiment trop con ».
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« Le train à destination Akita rentre en gare, veuillez vous éloignez des bordures du quai. Le train à destination Akita rentre en ga- »
Aomine poussa un grognement. Comme il détestait ces annonces vocales qui déchirent les tympans ! Comme si le brouhaha des voyageurs n'était pas suffisant, ils rajoutaient ces hauts parleurs à la qualité inacceptable. Il comprenait maintenant pourquoi il n'allait jamais voir sa tante à Kyôto : le train, c'est l'horreur ! Déjà que le métro pour aller en cours c'était limite, alors là … L'ace songea plus d'une fois à faire demi-tour et rentrer se poser sur son toit à Tôo mais il tenait à discuter avec Tatsuya : ils avaient vraiment des choses à se dire, tous les deux. D'après Kagami, le portable du brun n'avait pas survécu à la pluie et avait rendu l'âme, expliquant pourquoi le bleu n'avait reçu aucune réponse à ses nombreux sms.
Quand le bronzé put enfin s'installer sur un siège très peu confortable, il poussa un long soupir et enfonça ses écouteurs dans ses oreilles, bien décidé à se détruire les tympans durant les quatre heure et demi de trajet. Sérieux, ce gars avait pas idée d'habiter si loin ?! Il se demandait d'ailleurs pour Murasakibara était parti se perdre à Akita, il y a pourtant de nombreux lycées en périphérie de Tokyo. Calant sa tête contre la vitre froide de l'appareil, le bronzé se résolu à passer les cinq prochaines heures le cul dans un siège devenu dur tellement il avait été occupé. Néanmoins, malgré tous ses efforts pour se concentrer sur la musique, son esprit ne cessait de divaguer. Il repensait à toute l'histoire qui avait ébranlé sa vie ces derniers mois. Avant de rencontrer Himuro, il était certain d'aimer Kuroko. Même s'il s'était éloigné de lui au collège à cause de ses capacités devenues excellentes, il ne cessait de penser aux fantômes, nuit et jour. Il lui en avait même voulu d'avoir rejoint ce lycée et d'avoir choisi une nouvelle lumière, ce qui expliquait en grande partie sa rivalité avec Kagami. Et pourtant, ses certitudes s'étaient trouvées ébranlées quand il avait rencontré Tatsuya. Ils avaient crut qu'ensemble ils arriveraient à obtenir ce qu'ils souhaitaient, mais Aomine avait rapidement comprit que c'était impossible. Il n'avait néanmoins rien dit à Himuro : ce dernier était plus motivé, plus déterminé que lui à attirer les bonnes grâces de celui qu'il aimait. Et, furtivement, sans que le bronzé ne remarque quoi que ce soit, Tatsuya avait grimper les échelons de son cœur, venant prendre discrètement la première place. Aomine avait eu du mal à le réaliser et aujourd'hui encore, c'était difficile pour lui de l'avouer. Mais il devait être honnête avec lui-même : il était tombé amoureux du brun. Et c'est bien pour cela qu'il s'était tant énervé, quelques jours plus tôt. Savoir qu'Himuro passait du temps avec Kagami, c'était lui montrer que ses sentiments n'étaient pas partagés et que si le brun avait obtenu ce qu'il souhaitait, ce n'était pas le cas du bleu. Il avait perdu cette bataille.
C'est pour cela qu'il tenait à voir Himuro : il avait besoin qu'ils fassent le point sur la situation, qu'ils décident de quelque chose. Et surtout, Aomine voulait s'excuser. Il se doutait que ça n'allait pas être facile – le bleu n'est pas du genre à avouer ses tords – mais il faut parfois faire des efforts, ne serait-ce que pour son propre bien. Il passa donc le reste du trajet à réfléchir à la manière dont il allait s'excuser, réfléchissant à mille et une possibilités et ne cessant d'imaginer la réaction qu'aurait son interlocuteur – si tant est qu'il arrive à lui mettre la main dessus, bien entendu.
Le temps passa plus vite qu'il ne l'aurait cru et si le gros monsieur assit derrière lui ne se serait pas levé, le bronzé n'aurait pas remarqué que le train s'était arrêté. Retirant ses écouteurs, il jeta son sac à dos sur son épaule et quitta le véhicule. Le froid mordant du nord de l'archipel lui pinça les joues et un long frisson lui remonta le long de la colonne vertébrale tandis qu'il resserrait son écharpe autour de son cou. Déjà qu'il supportait à peine le froid de Tokyo, alors celui d'Akita ! Il allait mourir de froid, se transformer en statue de glace sur le quai de la gare s'il ne se grouillait pas vite pour aller se mettre au chaud. Heureusement, un petit café se trouvait juste en face de la gare. Sans perdre une minute de plus, Daiki s'y engouffra, poussant un soupir de satisfaction quand la chaleur des lieux vint l'envelopper. Le brusque changement de température lui picota les joues mais pour rien au monde le bleu ne remettrait les pieds dehors – du moins, pas avant un bon gros mug de chocolat bien chaud !
Il s'installa donc sur une banquette couleur chocolat, juste à côté du radiateur. Une jeune serveuse toute mignonne à la poitrine généreuse vint timidement prendre sa commande, sûrement jeter dans la fosse aux lions par ses collègues que le bleu voyait glousser comme des dindes à moitié dissimulées derrière la porte de service. Poussant un soupir exaspéré il commanda un chocolat chaud et refusa toutes les pâtisseries que la serveuse lui proposa en accompagnement – c'est Murasakibara le gros gourmand, pas lui ! Il voulait juste se réchauffer en sirotant une boisson bien chaude, est-ce si difficile à comprendre ?
Bredouillant, la jeune fille lui demanda de patienter quelques instants et s'éloigna, bien trop vite pour paraître naturelle. Elle ne devait pas être bien vieille – son âge, sûrement. Elle travaillait sûrement à mi-temps pour pouvoir assurer ses journées shopping sans quémander de l'argent auprès de papa ou maman. C'était de plus en plus fréquent, Satsuki lui avait avoué vouloir prendre un petit boulot aussi. Aomine était bien trop attacher à son train-train quotidien pour l'imiter. Et puis avant de prendre un travail, il devrait commencer par prendre l'école un peu plus au sérieux. Et c'est pas gagné …
La jeune fille revient, un peu moins embarrassée, et déposa devant le bleuté un bon gros mug fumant. L'odeur du cacao suffit à le réchauffer et c'est en frissonnant délicieusement qu'il entoura la tasse avec ses mains, ne touchant néanmoins pas encore les parois pour ne pas prendre le risque de se brûler. Instinctivement, il jetta un regard vers l'extérieur. Il s'était mit à neiger sans qu'il ne s'en rende compte. Les flocons virevoltaient au gré de la légère brise pour se déposer sur le sol, blanchissant le bitume et le goudron. Génial, il va encore plus cailler. C'est bien sa veine ! Soupirant, Daiki porta le mug à ses lèvres, se brûlant légèrement la langue sous l'impatience de goûter à la boisson.
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« Bordel, c'est immense ici. »
Yôsen. Jamais Aomine n'aurait pensé y mettre les pieds un jour. Après tout, son propre lycée se trouve quasiment à l'autre bout de l'archipel – oui, Daiki n'est pas une flèche en géographie, que voulez-vous. Néanmoins, il était surprit par la richesse que dégageait l'établissement. Avec son style plutôt western, on sentait que c'était une école d'élite comme on sentirait le parfum des fleurs chez un fleuriste. Ceux qui étaient scolarisés n'étaient donc pas des gens de la basse société. Bizarrement, Daiki n'arrivait pas à imaginer Himuro dans ce genre de lycée. Lui qui pensait bien connaître celui qu'il avait si longtemps côtoyé comprenait qu'il ignorait encore beaucoup de choses à son sujet.
A cette heure-ci, les cours étaient finis mais les élèves étaient tous répartis dans leur club. Sûrement trouverait-il Himuro dans le gymnase, en plein entraînement en vu de la Winter Cup. Il n'allait sûrement pas être accueillit en grandes pompes par les joueurs de Yôsen, mais tant pis. Aussi étonnant que cela allait paraître, il ne venait pas pour le basketball. Trouver le bâtiment où se déroulait l'entraînement de l'équipe masculine de basketball se révéla plus difficile que prévu. Il tomba d'abord sur l'équipe féminine qui, sous la houlette de leur capitaine, pratiquaient des exercices de tirs. En temps normal, Daiki se serait poser dans un coin pour observer ses sublimes créatures transpirer dans leurs courts vêtements d'entraînement, mais il n'était pas venu pour ça. Le bronzé allait se résoudre à demander son chemin quand il aperçu un grand bonhomme aux cheveux violets sortir subitement d'il ne sait où pour rattraper un ballon.
« Oi, Murasakibara ! L'interpella le bleu en s'approchant de son ancien coéquipier.
- Oh, souffla le plus grand en se redressant, la balle dans les mains. Mine-chin … Que fais-tu ici ?
- Je cherche Tat- Himuro. Il est là ?
- Muro-chin ? Il est malade, il n'est pas venu en cours aujourd'hui. Mais pourquoi tu le cherches ? Vous vous connaissez ? Heeey, Mine-chin ! »
Mais ce dernier ne l'écoutait déjà plus, pestant contre sa malchance. Il fallait en plus que cet idiot tombe malade ! Il mettait en place toutes les barrières nécessaire pour ne pas qu'il l'atteigne ou quoi?
« Tu sais où il habite ? Reprit-il soudainement.
- Baaah je suis jamais rentré chez lui, mais il habite un gros immeuble neuf près d'ici, au détour de la rue là bas. » Il pointa le nord-est et reprit. « Ses façades sont toutes blanches, tu ne peux pas le rater. »
Ouai, bah avec ça le bronzé n'allait pas aller bien loin. Mais bon, c'est toujours mieux que rien. Remerciant à peine le violet dans un grommellement, il lui faussa compagnie sans rien ajouter d'autre. Il n'était pas là pour tailler la bavette, surtout qu'il n'avait jamais été réellement proche du pivot de la Génération des Miracles. Ce dernier ne tenta d'ailleurs même pas de le rappeler, retournant à l'entraînement en traînant des pieds.
A peu près orienté, Aomine prit donc la direction donnée par Atsushi. Il déboucha dans une rue très large, bordée de nombreux petits commerces. Petit à petit, ils laissaient place à des habitations, de plus en plus hautes. Ainsi, il passa des petites maisons de villes aux complexes avant d'arriver devant un immense immeuble respirant le neuf, aux façades blanches et aux immenses baies vitrées. Des terrasses dépassaient de ci de là dans une volonté d'esthétisme et d'originalité. Daiki s'approcha alors des interphones, lisant les nombreux noms affichés. Il repéra assez rapidement le nom de son aîné et actionna la sonnette. Il patienta quelques secondes mais aucune réponse que ne lui parvint. Il réitéra le geste, surprit que personne ne vienne répondre. N'était-il pas malade ? Ou alors Murasakibara lui avait menti sous ordres du brun ? … Non, Tatsuya n'est pas si paranoïaque et le violet aurait vendu la mèche par mégarde. Il ne restait donc que deux solutions : soit il était tellement malade que sortir de son lit pour répondre était un effort trop difficile, soit il n'était tout simplement pas chez lui.
Aomine s'apprêtait à s'en aller en pestant quand une voix douce mais usée par les années s'adressa à lui. Une vieille dame, aux cheveux blancs et au dos voûté, s'approcha de lui en prenant appuie sur sa canne, son sac à main bloqué son aisselle.
« Tu cherches quelqu'un mon petit ?
- Euh, oui. Himuro Tatsuya. Il habite ici ?
- Oh oui oui bien sûr, c'est mon voisin de palier. Un bien gentil garçon, toujours bien poli. Il m'aide souvent à monter mes courses. Mes vieux os ne supportent plus grand chose.
- Savez-vous s'il est là ? Ou s'il est sorti ?
- Je sais qu'il n'est pas allé au lycée, le pauvre garçon tousse comme un fumeur depuis son retour de voyage. Il me semble l'avoir vu sortir il y a un quart d'heure, il prenait la direction du parc.
- Je vais aller voir, merci madame. »
Si Aomine pouvait se montrer bourru et malpoli, il s'adressait toujours avec politesse aux personnes âgées. Quand il était môme, il avait osé traité un vieux monsieur de « vieux débris » et autant dire qu'il n'avait pas franchement apprécié. Il avait pourchassé le gamin dans tout le parc, le menaçant avec sa canne sous les éclats de rire de Satsuki qui s'amusait bien de l'infortune de son ami d'enfance. Depuis ce jour, Daiki avait comprit que, s'il ne voulait plus avoir de bleus sur les fesses, il devait respecter les personnes du troisième âge.
Fourrant ses mains dans ses poches pour les réchauffer, le bleuté prit la direction du parc. Qu'est-ce que cet imbécile foutait dehors s'il était malade comme un chien ? Parfois, Aomine avait du mal à comprendre Himuro. Il était vraiment complexe comme gars, difficile de savoir ce qu'il lui passait par la tête. Il ressemblait pas mal à Kuroko de ce côté-là. Pénétrant dans le petit parc, le bronzé observa les arbres dénués de leur feuillage verdoyant, contrairement aux sapins qui s'enorgueillissaient de leur parure verdâtre saupoudrée de neige comme un joli gâteau recouvert de sucre glace. Des bancs commencèrent à apparaître entre deux arbres : la plupart était vide, le temps ne se prêtant pas à les occuper. De temps en temps, Aomine croisait différentes personnes : un vieil homme qui lisait un journal comme insensible au froid, un jeune couple qui se collaient pour se réchauffer tout en papotant sur la composition du repas du soir, une maman qui surveillait d'un air bienveillant et vigilant son marmot de trois ans qui essayait, bien maladroitement, de faire un bonhomme de neige malgré la faible présente de matière blanche et froide.
Tout à sa contemplation, il en oublia presque ce qu'il faisait ici, jusqu'à ce qu'il aperçoive Himuro assit seul sur un banc, son manteau noir recouvert de flocon, une cigarette négligemment calée entre ses lèvres. Sur le coup, Aomine ne saurait dire ce qui l'étonna le plus : qu'il soit ici, tout seul, sous la neige alors qu'il était censé être malade ou la présence de ce tueur à gage de poumons dans sa bouche. Il l'avait côtoyé depuis suffisamment longtemps pour savoir qu'il était non-fumeur, alors pourquoi ? Était-ce à cause de cette merde qu'il s'était mit à tousser ?
« Depuis quand tu fumes ? »
Aomine vit Tatsuya sursauter et tressaillir, avant de lever le regard en sa direction. Une multitude d'émotion s'enchaîna alors sur son visage. Il parut d'abord surprit de le voir là, puis énervé, il baissa quelques secondes les yeux d'un air honteux, pour les relever aussitôt dans un air de défis qui se transforma en menace de mort. Il lorgna alors la cigarette, l'attrapa entre son index et son pouce, la regarda quelques instants puis la jeta dans la neige pour l'écraser sous sa semelle.
« Je ne fume pas, se défendit-il après une quinte de toux, je l'ai prise à mon père sans réfléchir … Et c'est vraiment de la merde ce truc. »
Il frissonna et rentra sa tête dans ses épaules, cherchant visiblement à échapper au froid mordant qui lui piquait les joues. Aomine chassa le peu de neige qui s'était accumulée à côté du brun et s'installa, regardant le mégot déchiré et encore légèrement fumant.
« Que fais-tu ici ? Le questionna Himuro d'une voix enraillée.
- Il fallait qu'on discute.
- Je n'ai rien à te dire. »
Ça s'annonçait plutôt mal. De toute évidence, Tatsuya ne lui pardonnait pas ce qu'il lui avait jeté à la figure lors de cette fameuse dispute. Le bleu y était certes allé un peu fort, mais c'était sorti en bloc de sa bouche sans qu'il parvienne réellement à se contrôler. Quand la colère le prenait ainsi aux tripes, il ne réalisait jamais vraiment ce qu'il disait.
« Je pense plutôt que tu as tellement de choses à me dire que tu préfères ne rien dire du tout, avança le bleu.
- Tu n'es pas dans ma tête, ne donne pas de conclusions à ma place.
- Tu es pourtant rentré sans me donner la moindre nouvelle.
- A ce que je sache, c'est toi qui « en avait marre de côtoyer un salopard ».
- Je ne le pensais pas.
- C'est facile de venir s'excuser en gémissant maintenant que le mal est fait. Si tu l'as dit, c'est que tu le pensais.
- Tu n'es pas dans ma tête, ne donne pas de conclusions à ma place. »
Visiblement énervé que le bronzé se serve de sa propre phrase contre lui, Himuro ne répliqua pas, préférant torturer le reste de sa cigarette qui gisait lamentablement à ses pieds. Il sembla à Aomine qu'une éternité s'était écoulée avant que son aîné ne reprenne la parole, après avoir toussé à en cracher ses paumons.
« De quoi voulais-tu discuter ?
- De tout. De ce qu'il s'est passé avant, pendant et après cette dispute.
- C'est plutôt vague.
- Je ne dis pas le contraire, mais ça me paraît nécessaire. Pas à toi ? »
Le brun resta silencieux mais il hocha légèrement la tête, comme si confirmer la moindre de ses paroles était un effort surhumain.
« Je ne comprends pas ta réaction de l'autre soir, commença donc Tatsuya. Je pensais vraiment te faire plaisir en faisant venir Kuroko. Après tout, tu l'aimes non ?
- Je l'aimais. Pour tout te dire, j'ai perdu espoir très rapidement. Je ne t'ai rien dit car toi, tu continuais à t'accrocher, te relevant à chaque chute. Je t'ai envié cette force que tu avais de t'accrocher à ce que tu désirais.
- Je …. Je l'ignorais.
- J'en suis bien conscient. Lorsque que Tetsu est venu, j'ai ressenti toute la peine qu'avait causé sa séparation avec Kagami. Et même si je ne peux pas me voir cet abruti en peinture, j'ai bien compris à quel point Tetsu en était amoureux. Et je me suis senti comme le plus grand connard de la planète. Je l'ai déjà blessé au collège et j'ai recommencé. Ca me tue de le dire, mais Kagami est plus doué que moi pour ce qui est de prendre soin de Tetsu. Il sait comment le rendre heureux.
- Je t'avouerais que je m'en suis également voulu quand j'en ai parlé avec Taiga. C'est chez lui que je me suis réfugié quand je suis parti de chez toi. Même s'il n'a rien dit, j'ai bien compris qu'il n'était pas franchement à l'aise et qu'il paraissait un peu malheureux. Il était fou amoureux que Kuroko et moi, en gros égoïste, je suis venu rajouter mon grain de sel. J'ai alors comprit que si on aimait vraiment quelqu'un, on ne devait souhaiter que son bonheur et non pas tenter de s'y immiscer. Et puis … finalement, je ne l'aimais pas autant que je le croyais. Taiga est très important pour moi, vraiment mais … Il est comme un frère pour moi et je préfère ce genre de relation entre nous. Quand je l'ai embrassé, j'ai senti que quelque chose n'allait pas, qu'un équilibre était bouleversé, qu'une pièce était mal placée sur l'échiquier. J'ai du m'excuser au moins mille fois auprès de Taiga et pourtant, je n'arrive pas à me pardonner moi-même.
- Nous avons été égoïstes, nous sommes autant responsable l'un que l'autre.
- Non, je suis l'unique responsable. Si tu n'aimais plus Kuroko depuis un petit moment, briser leur couple devait être le cadet de tes soucis. Moi, je me suis accroché et j'ai réussi à tout briser.
- Je n'ai pas essayé de t'en empêcher non plus.
- Tu dis toi-même que tu enviais ma détermination, ça n'aurait pas été logique de la brusquer.
- Arrêtons de se relancer la balle, nous ne tomberons pas d'accord sur ce sujet, mais je continue de dire que nous sommes tous les deux responsables. Après tout, nous nous sommes embarqués ensembles sur ce bateau instable, destiné dès le début à couler. J'ai juste quitté le bord avant l'arrivée de l'iceberg. »
Ils soupirèrent à l'unisson, observant le mégot avec le même air hagard. Pour les promeneurs qui passaient près d'eux, ce cadavre de tabac et de papier n'était qu'un cadavre de tabac et de papier. En gros, il restait ce qu'il était. Mais pour Himuro et Aomine, il représentait bien plus que cela. C'était ce qu'ils avaient accomplit ensemble : un parfait désastre, un déchirement entre deux choses supposées n'en former qu'une seule. Ca les avait empoisonnés, alors ils avaient décidé d'y détruire.
« Qu'est-ce qu'on fait maintenant ? Osa Tatsuya.
- Si je le savais …
- Je pense que … on devrait mettre un terme à tout ça. Laisser la vie poursuivre son cours sans que nous forçons les choses. Nous avons payer les frais de nos conneries et il serait plus sage d'apprendre de nos erreurs. De toute façon … les cours ont reprit. Il va y avoir la Winter Cup et les examens. Qui sait, peut-être que tout ça ne deviendra plus qu'une blague à laquelle on rigolera encore trente ans plus tard.
- Recommencer comme avant notre rencontre fortuite pendant ce match d'entraînement, là où tout a débuté …
- Exactement. Faire un grand trait sur ça, en faire une affaire classée et repartir sur de bonnes bases. Je ne vois pas d'autres possibilités.
- Ouai, confirma Aomine, la gorge nouée malgré lui. Ça vaudrait mieux, et pour tout le monde. »
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La nuit était tombée depuis longtemps sur l'archipel nippon quand Aomine quitta la gare, prenant la direction de son appartement en traînant des pieds. Il avait réussit à discuter avec Himuro mais, malgré ça, il se sentait encore plus lourd de sentiment qu'à son départ. Il avait cru que discuter de tout cela avec le brun allait alléger cet horrible poids qui lui pendait au cœur, mais ça avait créé l'effet inverse. Il avait refusé de se l'avouer durant tout le trajet du retour mais quand il s'était retrouvé dans son lit, seul, et qu'il avait saisit la petite peluche léopard qu'il avait gagné à la fête foraine, la vérité lui était apparue aussi claire que de l'eau de roche. Il aimait Himuro. Et ce poids sur ce cœur était dut à la douleur de l'incertain. Tatsuya l'aimait-il aussi ? Aomine avait eu l'occasion de se confesser. Que craignait-il de toute façon ? Que le brun ne veuille plus le revoir ? C'était déjà fait et même s'ils avaient tentés quelque chose, cinq heures de train les séparaient. C'était peine perdue, autant qu'il n'en sache rien et qu'ils se soient séparés sur de bonnes bases. Ils s'enverraient des sms de temps en temps histoire de prendre des nouvelles, mais ils ne se reverraient en chair et en os qu'à la Winter Cup, en tant qu'ennemis.
Aomine plongea son regard dans celui inexpressif et carrément faux de la peluche. Il aurait voulu qu'elle cligne des yeux comme l'aurait fait Himuro, qu'elle fronce les sourcils en lui ordonnant d'arrêter de le regarder comme ça, qu'elle n'aimait pas être prise pour l'une de ces idoles que le bronzé aimait tant reluquer dans ses magazines. Il aurait tant souhaité que la peluche se transforme en son alter ego humain, pour pouvoir le toucher, l'embrasser, le caresser, le posséder …
Il ignorait qu'à des kilomètres de là, dans la même position, dans son grand lit, Himuro observait sa peluche panthère, lui demandant mentalement pourquoi elle n'était pas capable de se changer en basketteur métis aux cheveux bleus marine ….
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Vous êtes-vous déjà réveillé en sursaut à cause du vibreur de votre téléphone portable ? Selon la matière sur lequel l'appareil repose, le bruit produit est différent. Lorsque vous le cachez sous votre coussin, il est quasiment étouffé. Lorsque vous l'oubliez dans la poche arrière de votre pantalon ou dans votre sac, vous n'entendez rien du tout. Lorsqu'il repose sur une pile de livres ou de vêtement, vous ne distinguez presque rien. Mais lorsqu'il est posé à même le bois de votre table de chevet, il fait tellement de bruit qu'on croirait presque qu'un tank venait de se garer sous votre fenêtre.
Il en faut beaucoup pour réussir à réveiller Aomine. La première chose, et la plus efficace, c'est son amie d'enfance. Tout le dictionnaire y passe lorsqu'elle l'insulte, sachant pertinemment que le métis répondrait au quart de tour et qu'il quittera ses draps plus vite qu'un chat sortant d'une baignoire pour se défendre. La deuxième chose, et celle qui s'applique le plus rarement, c'est quand un tank se gare sous sa fenêtre. Ou plutôt, lorsque son portable vibre sur sa table de chevet, causant cet horrible bruit qui réveillerait même un sourd en sursaut.
Se redressant subitement dans son lit, le cœur battant à tout rompre, Aomine se hâta de se saisir de son téléphone et hésita pendant quelques instants à le lancer contre le mur. Il se ravisa cependant et remarqua alors la peluche léopard coincée sous son bras. Grimaçant, il se hâta de la lâcher et l'envoya valser à l'autre bout du lit. Le voilà qui se remet à dormir avec un doudou comme quand il avait trois ans ! C'est dégoûtant . Heureusement, personne ne l'avait vu, sinon son ego en aurait prit un vilain coup. Cependant, depuis son retour d'Akita il y a de cela quelques jours, il n'a pas pu se résoudre à remettre la peluche léopard à sa place d'origine, c'est-à-dire balancée négligemment en haut de son armoire.
Se saisissant de son portable qui reposait entre ses jambes en tailleur, Daiki bâilla tout en regardant qui était le cinglé qui le réveillait à huit heure du mat' – certes il devrait se lever à cette heure-ci pour aller en cours, mais ça se saurait si Aomine se levait aux « aurores ». Le nom qui s'afficha sur son écran l'étonna. Que pouvait lui vouloir Murasakibara ?! Ce n'est pas parce qu'ils s'étaient croisés à Yôsen qu'ils avaient faire copain-copain, c'était hors de question. Curieux néanmoins, il ouvrit le message. Et autant dire que ce qu'il lit provoqua en lui un mélange d'interrogation, de stupéfaction et de peur.
8:03
From : Murasakibara
Je sais pas vraiment si je dois te le dire mais comme tu le cherchais la dernière fois, alors vous devez être amis je crois … Muro-chin est à l'hôpital, mais je ne suis pas pourquoi. J'ai pensé que je devais te le dire …
Himuro ? A l'hôpital ? Mais qu'est-ce que cet abruti pouvait-il bien foutre à l'hospice ?! Il s'était foulé le poignet ? Cassé la jambe ? Ou alors avait-il eu un traumatisme crânien après avoir valdingué dans ses escaliers ? Et bien sûr, cet idiot n'avait plus de portable ! Comment pouvait-il savoir ce qu'il lui arrivait s'il n'avait aucun moyen de communiquer ?! Sérieux, quelle plaie !
Jamais Daiki ne s'était habillé si vite de sa vie. Il avait plongé dans ses vêtements aussi rapidement qu'un plongeur pro dans une piscine olympique, envoyant rapidement un message à Satsuki pour lui dire qu'il ne viendra pas en cours aujourd'hui – il prétexta une gastro, c'est pas très charmant mais au moins, il était sûr que Momoi n'allait pas se risquer à venir lui rendre visite. Il quitta son appartement en empruntant les rues les moins fréquentées pour être sûr de ne pas tomber sur quelqu'un du lycée qui pourrait le reconnaître. Le métis se retrouva à la gare en quelques minutes et prit un billet direct pour Akita. La chance étant miraculeusement de son côté ce jour-là, un train partait dans une demi-heure. Il se posa donc sur un banc de bois et attendit l'heure. Il essaya d'en savoir plus sur l'état de santé auprès du géant violet mais ce dernier n'était pas plus au courant. Autant dire qu'il n'était pas d'une grande aide. Aomine fut le premier à bondir dans le train quand ce dernier arriva en gare et se montra impatient tout le long du trajet, incommodant le couple de retraité qui se trouvait deux sièges derrière lui. Dans sa précipitation, il n'avait pas prit ses écouteurs et n'avait rien qui lui permettrait de s'occuper l'esprit pendant le long voyage. Le vieux de derrière finit par s'impatienter et lui lança un magazine de sport à la figure, espérant que ça le calmerait.
Malgré ce qu'il aurait crut, ce magazine parvint à l'occuper pendant tout le reste du trajet. Le métis ne lisait pas forcément très vite et les articles, assez intéressants, lui pompaient toute sa concentration. Quand le haut-parleur annonça sa gare, Aomine rendit le magazine au pépé en s'excusant. Il fila alors hors du véhicule comme une fusée, passa devant le café en se rappelant de la jeune serveuse embarrassée et s'arrêta subitement devant un pressing. Maintenant qu'il y pensait … Il ignorait dans quel hôpital le brun se trouvait. Espérant que son ancien coéquipier lui soit plus utile cette fois-là, Daiki lui demanda si, à tout hasard, il connaissait le nom de l'hôpital. Oha-Asa devait avoir classé la vierge comme le signe chanceux du jour car, effectivement, Atsushi connaissait le nom de l'hospice. Bon, le bleu alors devoir se taper vingt minutes de bus, mais c'était toujours mieux que cinq heures de train …
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« Mais qu'est-ce que tu fais ici ? »
Dans le regard olive de Tatsuya, Aomine pouvait y lire la stupéfaction, l'incompréhension et la reconnaissance. Le bronzé ne lui répondit pas tout de suite – il essayait d'abord de calmer sa respiration saccadée, provoquée par son sprint entre l'arrêt de bus et l'accueil de l'hôpital. S'installant sur une chaise près du lit de son camarade, Daiki rejeta la tête en arrière, la main posée sur son cœur afin de ressentir ses battements effrénées dans sa paume.
« Murasakibara m'a dit que tu étais ici et comme il n'a pas sut me dire ce que tu avais, je suis venu voir par moi-même.
- Tu as fait le chemin jusqu'ici ? Tu n'es pas aussi feignant que je le croyais.
- Crève. Et si tu me disais ce que tu avais plutôt que de me chercher des poux ?
- J'ai une pneumonie, mais elle n'est pas trop grave. Ils me gardent juste en observation pour être sûrs que ma vie n'est pas en danger.
- Comment tu as réussi à chopper cette merde ?
- Quand quelqu'un dont je ne citerais pas le nom m'a foutu dehors alors qu'il pleuvait comme vache qui pisse et que je suis resté sous la pluie toute la nuit jusqu'à six heures du matin à essayer de comprendre ce qu'il s'était passé. Dis comme ça, on se croirait dans un film américain.
- Oh … Je suis désolé.
- Nous devrions échanger nos places, c'est toi le malade ici. Déjà, tu fais un voyage de presque six heures pour me voir vomir mes boyaux dans un lit d'hôpital et ensuite tu t'excuses en toute sincérité ! Sortez le champagne, ça n'arrivera pas tous les jours.
- Tu peux arrêter de te foutre de ma gueule ? Bougonna le bronzé. Je me suis inquiété.
- Tu aurais pu téléphoner, j'ai un nouveau portable depuis hier.
- Encore fallait-il que je le sache.
- Ah oui, merde …
- Et puis … Je voulais te voir.
- Pourquoi ? N'avions-nous pas convenu de mettre un terme à tout ça ?
- Tu l'as gardé ? L'interrogea Daiki, changeant radicalement de sujet.
- De quoi ? »
Aomine pointa la peluche panthère qui trônait sur la table de chevet du malade. Ce dernier regarda tour à tour l'humain et la panthère, l'original et l'alter ego, la personne de chair et de sang et l'animal de rembourrage et de peluche. Himuro se senti légèrement rougir. Comment avait-elle atterrie dans sa valise déjà ? Elle devait trôner sur son lit quand il a eu sa soudaine quinte de toux. Sa mère, dans la précipitation, l'avait emmené à l'hôpital sans tarder. Lorsque le diagnostic a été établit et que les médecins ont affirmés vouloir le garder en observation, c'était également sa mère qui avait fait sa valise. C'est elle qui y avait rajouté la peluche … et elle qui l'avait posé ici. Et pourtant, Tatsuya n'avait pas essayé de s'en débarrasser, de la cacher pour ne pas être embarrassé. Elle était bien, là. Comme si sa présence se révélait un tant soit peu rassurante.
« Bien sûr, je n'allais pas la jeter. Elle a une certaine valeur … sentimentale.
- M'en parle pas, bougonna Daiki en faisant la grimace. Je me suis réveillé avec mon léopard coincé sous le bras, il aurait suffit que je me surprenne avec mon pouce dans la bouche pour revenir quinze ans en arrière.
- Alors elle a finit par quitter le sommet de ton armoire poussiéreuse ?
- Ouai, je l'ai récupéré que je suis revenue d'Akita et je sais pas pourquoi j'ai ressenti une sorte de … pincement au cœur. Je me suis senti mal d'un coup, comme si quelque chose manquait.
- J'ai ressenti presque la même chose et je me suis surprit à souhaiter que ... »
Tatsuya s'arrêta net, ravalant la confession comme s'il s'agissait de bile. Cela interpella Daiki qui haussa un sourcil. Qu'est-ce que le brun avait-il faillit avouer ? Pourquoi s'arrêtait-il en si bon chemin ? Tant qu'ils y étaient, autant mettre carte sur table. Tout avouer, sans tabou, oser. Ils se sont engagés sur une pente raide, autant la dévaler en courant, quitte à se faire mal, plutôt que rester bloqué au sommet.
« Tatsuya, je crois qu'on est arrivé à un point où on devrait être honnête, tu ne penses pas ? Qu'est-ce qu'on risque au pire ? Une dispute ? La promesse de ne plus se voir ? Ce sera déjà notre lot, quoi qu'il arrive. Alors vide ton sac, fini ta phrase et voyons ce que nous ferons par la suite. »
Himuro, silencieux, l'observa quelques instants. Il lui semblait que, depuis leur dispute, le bronzé avait gagné en maturité. Il y a quelques mois de cela, il aurait pas relevé, il n'aurait peut-être même pas bougé son cul jusqu'ici. Il aurait envoyé un message pour faire style il s'inquiète, histoire d'avoir bonne conscience. Jamais il n'aurait prit le train pendant cinq heures pour venir le voir à l'hôpital et jamais il ne lui aurait parlé ainsi. C'était plutôt déstabilisant, inquiétant et pourtant, Tatsuya en était heureux. L'épreuve l'avait forgé, et positivement.
« Je me suis surprit à souhaiter que tu sois à la place de cette peluche. Je t'identifie à elle, je n'arrive pas à vous dissocier et …
- C'est pareil pour moi. Quand je suis parti d'Akita, après notre discussion, je me suis senti encore plus mal qu'à mon départ. J'ai eu beaucoup de mal à la réaliser mais, quand j'ai pris cette peluche dans mes mains, tout est devenu clair et logique. Notre plan m'est revenu à la figure comme une bourrasque. Je pensais que tout cela me rapprocherait de Tetsu et plutôt que ça … Ca m'a fait tomber amoureux de toi.
- Daiki tu-
- Laisse moi finir. Dès le début, nous avons eu tord d'agir ainsi. Le problème, quand on joue avec l'Amour, c'est qu'il est incontrôlable et qu'il peut nous revenir à la figure sans avertissement. Quand en plus on rajoute la Jalousie à cette alchimie, ça pète, ça vole en éclats. On en a payé les frais, toi comme moi. Mais la note positive dans tout ça, c'est que j'ai pu te connaître et réaliser mes véritables sentiments pour Tetsu. »
Ils se regardèrent longtemps, peut-être des secondes, peut-être des heures, ils ne sauraient vraiment le dire. Himuro a toussé, mais il n'a pas brisé le contact visuel pour autant. Aomine y lisait sa fatigue due à la maladie mais aussi toute l'affection qu'il ressentait pour lui. Se levant doucement de sa chaise, Daiki s'approcha de Tatsuya, sa main venant effleurer sa joue, l'attirant doucement vers lui.
« Tu sais que je suis contagieux ? Souffla le brun d'un ton moqueur.
- J'en ai strictement rien à branler. »
Ils s'étaient souvent embrassés avant. Mais ce baiser-là, il était vrai, unique, porteur d'espoir. Ce n'était plus des échanges torrides et endiablés destinés à contenir leur colère, leur frustration. Celui-là, il était doux, tendre et amoureux.
Autant Aomine qu'Himuro avaient eu beaucoup de mal à réaliser la nature de leur sentiment l'un envers l'autre. Ils s'étaient longtemps voilés la face, cherchant le bonheur ailleurs alors que, depuis le début, il était là, sous leur nez, attendant le meilleur moment pour se manifester. Ils en avaient bavés, autant l'un que l'autre. Mais maintenant, il pouvait s'accorder un répit. Et ils l'avaient bien mérités ..
Et oui, je vous entends bien vous dire "AH BAH ENFIN ELLE L'A ECRIT CETTE SUITE" et tout ce que je peux dire ... c'est que je suis désolée, je n'ai aucune excuse xD J'avais juste ... la flemme 8D Mais suite à mon déménagement je n'avais plus internet donc j'ai écris, écris, écris ... et voilà, ce chapitre est né o/ C'est le dernier mais il sera suivit d'un épilogue que je posterais soit dans la soirée, soit demain. En espérant que ce chapitre vous plaise :D A bientot o/
