The King's Arms était un endroit petit et enfumé, tout en escaliers en colimaçon et plafonds inclinés et aux briques apparente. Des posters et flyers de quelques obscurs groupes punk couvraient les murs – Hüsker Dü, Black Flag, Minutemen – chiffonnés et en train de se décoller. A l'intérieur, on y trouvait un minuscule bar, quelques tables et des chaises éparpillées un peu partout, et seulement quelques clients.
« Qu'est-ce que tu prends ? » demanda Sirius, passant un bras autour de Remus pour le pousser vers le bar.
Remus détacha son regard des flyers. Il était nul à chier quand il s'agissait de commander des boissons branchées. Et cet endroit était Branché avec un grand B.
« Hm. Ce que tu prendras. » dit-il rapidement.
« Je prends de la bière blonde. » répliqua Sirius. Il souriait, mais Remus ne voyait pas vraiment ce qu'il y avait de drôle. Peut-être avait-il l'air stupide. Peut-être que c'était le T-shirt. Il tira dessus, mal à l'aise. C'était probablement le T-shirt.
On lui fourra une canette de Red Stripe dans les mains et quand ils furent tous les trois assis sur des chaises dépareillées, James dit : « Ça fait du bien d'être de retour. »
Sirius marmonna son accord en buvant sa première gorgée. « Y'a aucun endroit pour rivaliser avec le King's à Miami, James. »
« C'est vrai. » consentit James. « Tout est moins cher là-bas, par contre. L'alcool est moins cher. Lily se payait cet affreux Sambuca à la framboise tous les soirs, là-bas. »
« Ils vous faisaient payer vos propres boissons ? » demanda Remus.
« Je ne suis pas, disons, assez connu pour demander de l'alcool gratos, non. Du moins, pas aux States. » Il tendit la main au-dessus de la table pour secouer le bras de Sirius. « Mais bientôt, gars, hein ? Bientôt ? »
Puis, il se tourna vers Remus, ses yeux encerclés de lunettes le regardant de haut en bas.
« C'est pas que les gens ne nous connaissent pas, là-bas. » ajouta-t-il avec hâte. « Ils nous connaissent. C'est juste plus dur quand t'es pas vraiment mainstream. »
Remus haussa des épaules. « Ça a pris quelques années aux Beatles pour conquérir l'Amérique. » dit-il gentiment, avant de réaliser la stupidité de ce qu'il venait de dire. Blue Stag n'était pas vraiment comparable aux Beatles, après tout, n'est-ce pas ? Pas qu'il dirait ça à James.
« Exactement ! » Le frontman semblait satisfait de la comparaison. Il poussa un petit soupir et regarda la mousse de sa boisson. « Tout prend du temps. »
Quand il releva la tête, il donna un coup de coude à Sirius et fit un geste avec son verre.
« Regarde qui est là. »
Remus se tourna pour suivre la direction de leur regard. Deux personnes, un homme et une femme, se dirigeaient vers le bar, discutant sur le chemin. Ils étaient grands, blonds et attiraient l'œil, dans leurs vêtements sombres.
« Épargne-moi. » marmonna Sirius, fouillant ses poches à la recherche d'une cigarette. James les appela tout de même.
Il y avait Marlene, très jolie avec une coupe de cheveux qui la faisait ressembler à Cyndi Lauper, qui était "dans le journalisme" et le beau Caradoc qui, de ce que Remus avait compris, ne faisait rien et vivait aux crochets de ses parents.
« Remus. » fit Marlene d'une voix traînante quand Sirius les présenta. Elle glissa sa taille menue sur le siège à côté de lui. « C'est un prénom intéressant. Est-ce que c'est ton vrai prénom ? »
Ses doigts pâles s'enroulèrent autour de la pinte de Sirius et elle la porta à ses lèvres pour en prendre une discrète gorgée. Remus la détesta immédiatement.
« Pourquoi ça ne le serait pas ? » demanda-t-il d'une voix plus basse qu'il ne l'avait voulu.
« Et bien, je ne sais pas. Que fais-tu dans la vie ? »
« Il est aussi journaliste. » lança James.
Pendant un moment, le sourire de Marlene disparut. Elle croisa ses bras minces, soudain intéressée.
« Oh ? Pour qui ? The Fly ? »
Remus la regarda, résistant à l'envie de froncer ou hausser les sourcils.
Non, pas cette foutue Fly. Pas NME ou Melody Maker ou The Fly. J'écris pour Soundscape. Ce célèbre magazine Soundscape.
« Vous n'en avez probablement pas entendu parler. » marmonna-t-il et quand la blonde haussa ses sourcils soigneusement épilés, il ajouta : « C'est uniquement basé à Gloucestershire. »
« Ohhh. » fit-elle d'une voix traînante, avec cet insupportable grasseyement londonien, puis échangea un regard avec Caradoc. « Je me disais bien que je reconnaissais l'accent. Alors. » Elle s'arrêta un instant, ses lèvres rouges retroussées. « Qu'est-ce que tu fais là-bas ? »
« Marlene. » dit Sirius, mais il ne semblait pas réellement se soucier de ce qu'elle faisait. Il cherchait un briquet, leur prêtant à peine attention.
« Désolé, je ne pensais pas à mal. » dit Marlene, même si c'était entièrement faux. « Tous les meilleurs noms sont à Londres, cependant. Je ne pensais pas qu'il y avait une grande scène musicale dans le Gloucestershire. »
« Ouais. » dit Remus lentement, puisque personne d'autre n'avait l'air d'avoir envie de le défendre. « C'est un peu le principe. On essaie d'en développer une. »
La bouche de Marlene forma un "o" parfait, comme si elle s'en fichait éperdument. Et pourquoi s'y intéresserait-elle, après tout ? Cette stupide vache n'était sûrement pas capable de placer Gloucestershire sur une carte.
Sirius finit par trouver un briquet et elle le lui piqua, s'allumant une cigarette à elle.
« Remus est venu en tournée avec nous. » dit finalement Sirius, lui jetant un regard irrité, la main toujours en l'air, vide. Il la baissa. « Il a écrit sur nous. »
Marlene inhala, exhala la fumée et dit impassiblement. « Alors, qu'est-ce qu'il fait ici ? »
Ses yeux soulignés de khôl passèrent de Remus à Sirius, puis elle lança un drôle de regard au bassiste et tira une nouvelle bouffée.
« J'avais envie qu'il soit ici. » dit simplement Sirius, puis, notant la façon dont Marlene s'était appropriée sa boisson, étrécit à nouveau des yeux. « Je m'en prends une autre, dans ce cas. » Il se tourna vers Remus, malgré que son propre verre soit presque plein. « Tu viens ? »
Quand ils arrivèrent au bar, Remus dit, d'un ton suffisamment amer pour le surprendre lui-même : « Quels amis sympas tu as. »
« Ils peuvent être un peu prétentieux, parfois. Tu t'y habitues. »
Pour une fois, Remus fut un peu blessé par la réaction de Sirius. Ne venait-il juste pas de voir comment Marlene avait été dégueulasse avec lui ?
Peu soucieux, Sirius commanda une nouvelle boisson, en avalant une bonne quantité avant de jeter un coup d'œil à la table avec un regard las.
« On part bientôt. » assura-t-il à Remus.
Remus fut particulièrement heureux d'entendre ça et dut se le rappeler plusieurs fois une fois à nouveau assis à table. Une des premières questions de Marlene fut : « Alors, ça ne t'intéresse donc pas vraiment de gagner de l'argent, Remus ? »
« Je ne serais pas journaliste si l'argent m'intéressait. » répondit-il après une pause, oubliant qu'elle en était une.
Elle haussa des épaules. « Je connais beaucoup de journalistes qui sont riches. Rita Skeeter, par exemple. »
« Et Xeno Lovegood. » ajouta Caradoc, d'une voix profonde et ivre. « Il est allé à l'école avec nous. »
« Un type bizarre. » acquiesça Marlene. « Mais un très riche, maintenant. »
« Et bien, de ce que j'en sais, ils ne deviennent riches que parce qu'ils vendent les secrets des gens. » dit Remus avec un haussement d'épaules. « Et ça ne m'intéresse pas de faire ça. »
« Alors, tu fais fausse route dans ta carrière, mon chou. » La stupide bouche de Marlene se tordit en un stupide sourire et Caradoc la rejoignit dans son rire condescendant.
« Je pense que c'est admirable. » dit Sirius.
« Bien sûr, venant de toi. »
« Ce qui veut dire ? »
« Un journaliste qui a trop peur de vendre des secrets ? Ça te convient tout à fait, Black. »
« Je n'ai pas peur. » dit Remus, sur la défensive. « Ça ne m'intéresse simplement pas de foutre en l'air les carrières des gens. » Il savait qu'il était vraiment en train de se mettre en colère s'il leur avait déjà dit "foutre".
« Admirable, en effet. » murmura Marlene, à travers ces lèvres parfaitement peintes.
Et ça continua ainsi, remarque sarcastique sur remarque sarcastique, en plus d'un haussement de sourcils et le retroussement de fines lèvres jusqu'à ce qu'enfin, enfin, Marlene semble se rappeler ses manières. Elle se tourna vers James et demanda : « Comment c'était, l'Amérique ? »
Sirius saisit l'occasion offerte par la diversion – James ne pouvait pas résister à se lancer avec enthousiasme dans un récit complet.
« T'en veux une autre ou on bouge ? » demanda-t-il à Remus.
Si Remus n'avait pas au début réalisé que la tournée des bars était sur l'agenda, l'idée de s'éloigner des amis de Sirius était très tentante. Il sourit et haussa des épaules, ne voulant pas paraître trop impatient et en même temps, savourant la douce pensée de la liberté.
« Où tu vas ? » demanda James, dès que Sirius fut levé.
« Au Palace. Tu veux venir ? »
James tordit son visage en une moue boudeuse.
« Non. Reste ici. Va pas au Palace. »
« Pourquoi pas ? »
« C'est de la merde. »
« C'est trop calme, ici. »
« T'es quoi, un gamin ? Reste, vieux connard. » dit James, mais il y avait quelque chose dans sa voix, comme s'il s'efforçait de blaguer.
Sirius secoua la tête, mains dans les poches, et tourna les talons pour quitter l'endroit. Remus le suivit mais il sentit son cœur se tordre quand il entendit : « Attends, Black. Nous, on vient. »
Ils échangèrent un regard.. Marlene était déjà en train de défroisser sa robe et Caradoc arrangeait ses cheveux. Ils passèrent à côté d'un James mécontent pour rejoindre Sirius et Remus, apparemment faisant peu de cas de s'ils désiraient leur présence ou non.
« Oh, allez, restez. Tu vas rester, Dearborn, hein ? » dit James, serrant sa pinte.
« J'aime le Palace. » fit Caradoc d'une voix ivre, et puis ils furent partis, Sirius jetant à peine un regard en arrière. Remus ne l'interrogea pas, même s'il était surpris qu'ils se soient séparés tous les deux. Sirius avait semblé tellement content de voir son meilleur ami, plus tôt dans la soirée.
Il n'y pensa pas trop, cependant. Ils parcoururent la courte distance qui les menait du bar jusqu'à la boîte de nuit, Marlene et Caradoc bavardant tout le long du chemin tandis que Sirius prononçait à peine un mot, souriant seulement à Remus quand leurs yeux se rencontraient.
Le Camden Palace ne ressemblait à rien de ce que Remus avait déjà vu. Enfin, c'était vrai que ses standards ne valaient pas grand-chose. Il ne fréquentait que des pubs de village, chez lui, et les seuls clubs où il s'était rendu étaient des endroits de mauvais goût et collants, plein d'adolescents, incroyablement mauvais avec leurs verres de vodka coupée à l'eau et à la limonade. (1)
The Palace était un énorme et vieux théâtre possédant toujours son décor des années 1930. Sirius disait qu'ils avaient joué une fois ici, quand c'était encore une salle de concert de rock mais aujourd'hui, la scène était réservée à une piste de danse et la piste de danse était une piste de danse, et les plateaux de table semblaient, eux aussi, apparemment, des pistes de danse.
Les baffles déversaient une étrange musique trance à plein volume et Remus se sentit totalement désorienté dès le moment où ils traversèrent les portes, le tampon tout juste apposé sur leurs mains. Des corps étrangers se pressaient contre lui, tandis que la musique battait ses tympans et qu'une étrange et épaisse odeur de fumée remplissait l'air. Il se força à ne pas grimacer, déterminé à paraître aussi relax que Sirius et ses amis. Sinon, il aurait juste l'air d'un stalker dérangé, à les suivre à la trace à travers la foule.
Il regard Sirius se glisser entre deux clients et se pencher paresseusement au-dessus du bar, immédiatement repéré par une des nombreuses serveuses. Il commanda, au désarroi de Remus, quatre shots.
Il dut regarder avec soin comment Sirius s'y prenait avec son shot avant d'essayer lui-même, paniquant un peu quand Sirius plaça une ligne de sel sur son pouce, la lécha rapidement avec sa langue, mordit dans le citron avec aisance. Remus avait au moins réussi à faire correctement la partie avec le sel, mais il s'étouffa légèrement avec le liquide, au point qu'il était inutile de se soucier du citron, au final. Sirius rit. Marlene et Caradoc haussèrent les sourcils.
« Ils n'ont pas de tequila à la campagne, Remus ? » s'enquit Marlene. « Je suppose qu'il n'y a que du cidre, non ? »
Remus ne répondit pas mais il se réconforta un peu à la pensée de plonger sa tête ridicule de Cyndi Lauper dans une grande bassine d'eau et de pommes. De l'eau acide. Et de grosses pommes à cuire. Ouais.
« Ignore-la. » dit Sirius, juste à côté de son oreille de façon à ce que Remus puisse l'entendre par-dessus le vacarme. Il passa un bras autour de lui, sa main dans le creux de son dos. « Tu veux autre chose ? Ou est-ce que tu vas danser avec moi ? »
« Danser ? » dit Remus, se tournant pour fixer les yeux brillants de l'autre homme. Puis il fixa la piste bondée, se sentant soudain un peu mal à l'aise. Il vit un homme dans un survêtement avec des cheveux blonds délavés attraper une fille par derrière et embrasser goulûment son oreille considérablement percée.
Il supposa qu'il devait être vraiment bien bourré avant de pouvoir profiter pleinement de l'expérience du Camden Palace.
« Ouais. » rit Sirius. « Qu'est-ce qu'on est supposés faire d'autre ? »
« Je ne danse pas. » dit-il fermement. Sirius répondit avec une moue, délogeant ses bras et saisissant les mains de Remus, à la place.
« Et bien moi si. » dit-il, commençant à reculer, leurs bras se tendant peu à peu. « Alors tu peux soit me rejoindre ou rejoindre tes nouveaux meilleurs amis. A toi de choisir ! »
Et puis il laissa tomber les mains de Remus et tourna les talons, plongeant dans la foule. Une fois que la tête aux cheveux noirs en bataille fut définitivement hors de sa vue, Remus commença à paniquer.
Oh mon Dieu. Qu'est-ce que c'était que ce truc ? Apprenons-à-Remus-à-ne-pas-être-un-cas-social ? C'était comme être à nouveau un enfant, lâché dans le grand bain quand il ne savait même pas nager. Il ne connaissait personne ici.
Enfin. A part ces deux-là.
Il leur jeta un regard gêné mais ils étaient plongés dans une conversation, tenant des cocktails qu'ils semblaient avoir fait apparaître de nulle part. Remus tira sur son top ridiculement serré. On aurait dit qu'il remontait toujours sur son ventre. Qu'est-ce qu'il faisait même ici ? Il avait l'air tellement con.
Peut-être que l'alcool lui ferait du bien.
Il se tourna pour retourner au bar, entrant presque en collision avec quelqu'un chemin faisant. Une tête aux cheveux sombres juste sous son nez le fit reculer et bredouiller une excuse.
« Oups ! Presque renversé tout ça sur toi. » fit une voix étourdie, et quand il baissa la tête, il remarqua que c'était une jeune femme devant lui. Elle était plutôt petite, avec un nœud dans ses cheveux sombres et un sourire aux lèvres violettes.
« Désolé, je ne m'étais pas rendu compte que tu étais là. » dit-il.
« Pas de problème ! La plupart des gens me voient pas, je suis tellement minuscule. »
Remus s'inquiéta soudain horriblement : et s'il l'avait vexée ?
« Oh, je ne voulais pas – je veux dire, tu n'es pas si petite. Je veux dire, tu es fine mais tu n'es pas...monstrueusement petite ou un truc du genre. » Oh mon Dieu, qu'est-ce que c'était que ça ? Qu'est-ce que c'était ? Il avait même fait des gestes de mains pour illustrer "fine" et "petite".
Elle le fixa avec un sourire médusé, puis, après un court silence, tendit la main.
« Moi, c'est Alice ! » dit-elle gaiement.
« Remus. » répondit-il, serrant la poignée de main.
« Remus ? Cool, ton nom ! » Elle prit une petite gorgée de sa boisson et ouvrit la bouche pour prendre la parole juste au moment où une nouvelle chanson démarrait. Remus n'entendit pas un mot de ce qu'elle disait.
« Quoi ? » Il espérait qu'il l'entendrait la deuxième fois parce qu'il avait l'impression que dire "quoi" plus d'une fois était malpoli. Elle secoua la tête et éclata de rire, se tournant et pointant une des nombreuses alcôves contre le mur, doublées de velours.
« Elles ont été conçues pour bloquer le son. » expliqua-t-elle quand ils furent assis sur les sièges moelleux, parlant de nouveau à un volume sonore tout à fait normal. « Désolé, je t'ai juste entraîné avec moi, pas vrai ? C'est juste que j'avais envie de parler à quelqu'un. J'étais toute seule au bar, l'air débile, et t'avais l'air sympa et normal, et c'est rare dans les parages. T'étais pas occupé, hein ? »
« Non, non, c'était soit être debout à avoir l'air perdu ou danser. Et je ne sais pas danser. »
« Mon Dieu, moi non plus ! » s'esclaffa-t-elle, donnant un coup à son bras et Remus se demanda si elle était plus soûle que ce qu'il avait d'abord cru. Enfin, elle avait l'air sympa. Et au moins, il n'était plus seul maintenant.
« Je bouge mes bras comme si j'étais un moulin à vent ! » continua-t-elle. « Mais toutes mes amies dansent, regarde, là-bas. » Elle fit un geste vers la piste de danse mais il y avait une bonne centaine de filles en train de se mouvoir. Remus acquiesça vaguement, comme s'il les avait vues.
« Ce n'est pas vraiment mon genre d'endroit habituel. » dit-elle, et Remus commença à se relaxer. Au moins une personne ici se sentait aussi peu à sa place que lui.
« Pas plus que le mien. Je suis juste ici avec quelques autres. Ils sont, hm... » Il jeta un coup d'œil, hors de l'alcôve. « Quelque part. »
« Tu sors pas très souvent ? »
« Je ne suis pas d'ici. »
« T'es d'où alors ? » Elle se pencha sur la table, les yeux pétillants. « Tu parles comme un Brummy. T'es un Brummy ? » (2)
Il laissa échapper un rire timide. « Euh, je suis de Gloucester. » dit-il.
« Gloucester ! J'ai une tante de Gloucester ! Peut-être que tu la connais ? »
« Euh...je pense pas. »
« Je t'ai même pas dit son nom, bêta ! Alors, tu restes juste avec des amis, c'est ça ? Tu fais quoi dans la vie ? »
« Je suis journaliste. » dit-il, confiant qu'il y avait au moins un sujet sur laquelle il pouvait parler.
« C'est pas vrai ! Moi aussi ! » dit-elle, comme si croiser un confrère journaliste à Londres relevait du miracle. Remus commençait à penser que tout le monde ici faisait partie du métier.
« Oh, vraiment ? »
« Oui ! J'écris pour Preacher, et toi ? »
Il s'arrêta. « Soundscape. »
Preacher était un de ses magazines préférés. Intelligent, stylé, avant-gardiste et merveilleusement long. Il n'avait jamais l'impression de se sacrifier quand il dépensait ses 1,50 livres.
« Hm. » Elle pencha la tête de côté pendant un moment. Au moins, elle essayait d'être sympa, ce qui était bien plus que ce qu'il pouvait dire de Marlene. « Je pense pas avoir entendu parler de celui-là. »
« Personne ne connaît. » marmonna-t-il. « Alors je m'en ferais pas à ta place. »
« Oh, je t'ai vexé ? Je suis désolée, c'est juste qu'il y a beaucoup de magazines, c'est difficile de tous les connaître. »
« Non, ça va, c'est rien. Mais...Preacher. C'est un magazine vraiment génial. »
« Ah, merci, mon chou ! » dit-elle, tendant la main à travers la table et secouant à nouveau son bras, comme s'il venait de féliciter son travail personnel. Son hyperactivité et sa façon de parler comme si tout avait besoin d'un point d'exclamation lui rappelaient un peu Sirius.
Ils discutèrent un peu plus longtemps, surtout à propos des futures chroniques d'Alice (elle écrivait un article sur un nouveau groupe de métal, les Seigneurs des Ténèbres, et ils étaient apparemment le groupe le plus grossier qu'elle ait jamais rencontré), jusqu'à ce qu'elle décide qu'elle voulait savoir ce sur quoi Remus travaillait. Un peu bizarre, considérant à quel point son portfolio était maigre, par rapport au sien.
Il fit de son mieux pour se souvenir de ses travaux récents, essayant de faire comme si les groupes sur lesquels il écrivait étaient tous super-bien-je-te-jure, juste un peu trop obscurs pour qu'elle ait entendu parler d'eux.
« Quand j'ai quitté l'école, j'ai toujours rêvé de travailler pour Preacher. » avoua-t-il. « Je m'imaginais que je vivrais à Soho, ou dans un endroit du même style. »
« Je peux toujours glisser un mot en ta faveur, si tu veux. » dit-elle avec un léger haussement d'épaules, buvant une gorgée de sa boisson aux couleurs éclatantes avec la paille.
Il la fixa. « Tu ferais ça ? »
Elle haussa à nouveau des épaules. « Bien sûr ! »
« Mais tu ne me connais pas. Et si j'étais même pas un vrai journaliste ? »
« Est-ce que tu es un vrai journaliste ? »
« Et bien, oui, mais... »
« Et bien voilà. C'est pas un grand truc, vraiment. Je fais ça tout le temps. Ça veut seulement dire que ton travail peut se retrouver au sommet de la pile. On reçoit des centaines et des centaines de paquets, la plupart d'entre eux sont de la merde. Tu devras les impressionner, rassembler une grande collection. Pourquoi tu n'as jamais essayé avant ? »
« Je n'avais jamais vraiment eu quelque chose d'intéressant à envoyer. » dit-il avec franchise. Mais ce n'était plus le cas, maintenant. Il avait l'article et presque personne n'avait l'occasion d'interviewer Blue Stag. Sûrement, ça comptait pour quelque chose ?
« Trouve quelque chose, alors, et on réglera tout ça ! Hey, donne-moi ton numéro comme ça je t'appelle dès que tu es rentré chez toi. »
Il resta immobile tandis qu'elle fouillait son sac pour trouver un stylo, indécis quant à ce qu'il devait dire. Il semblait absurde qu'après cinq ans de boulot acharné, il reçoive une référence d'une fille qu'il venait juste de rencontrer, pour un magazine dont il avait seulement rêvé de pouvoir y travailler.
Enfin, elle venait juste de dire que ça l'aiderait à être lu plus vite, pas qu'il serait automatiquement pris comme journaliste à plein temps avec des histoires en couverture. Il était tout de même reconnaissant et se demandait ce qu'il serait approprié de faire, dans une telle situation. Probablement lui payer un verre. Le sien était presque fini. Oui, il allait lui payer un verre.
« Je peux te payer un verre ? » aurait fait croire qu'il flirtait avec elle. Il opta pour l'habituel « t'en veux un autre ? » de Sirius.
Elle sembla contente de l'offre.
« Oh, vas-y. » dit-elle, gribouillant son numéro et glissant le post-it à travers la table (signe d'un véritable journaliste : toujours emporter des post-it avec soi, même en soirée) et lui passant le stylo pour qu'il fasse de même.
Elle demanda du vin, et quand il quitta le bar, il jeta un coup d'œil alentours pour voir s'il apercevait Sirius. Ça ne prit pas longtemps. Il n'était pas sur la piste de danse mais à l'extrémité du bar, à bavarder avec un groupe de quatre ou cinq personnes.
Puisqu'ils n'étaient pas dans une alcôve, ils devaient tous se tenir proches l'un de l'autre pour se parler et un garçon en particulier – maigre, un peu squelettique et bien plus petit que Sirius – n'arrêtait pas de se mettre sur la pointe des pieds et presser sa bouche juste à côté de son oreille.
Remus les fixa, se sentant ridiculement un peu blessé d'avoir été mis de côté. Et puis il se rendit compte que la serveuse lui parlait et se fâchait à cause de son manque de réaction, alors quand il sortit de sa rêverie, s'excusa et commanda, elle le fixa d'un œil furieux.
Il jeta un autre regard en direction de Sirius avant de retourner à la table mais le bassiste ne remarqua rien et il fut obligé de garder l'idée au fond de son esprit une fois qu'Alice lança une conversation sur qu'est-ce qui était le mieux : London Calling ou Give 'Em Enough Rope.
Une heure était passée avant qu'ils décident que a) The Clash était meilleur que les deux et b) Alice devait suivre ses amies au Chinawhite, à Soho. Remus pouvait les voir, à présent, faisant signe à Alice. Elles étaient toutes affreusement jolies. (3)
« Je suppose que tu ne veux pas venir ? » demanda-t-elle, passant son sac à main sur son épaule.
Il refusa aussi poliment qu'il put et, quand il se leva pour lui adresser un au revoir maladroit (l'étiquette n'était pas répandue dans le sud-ouest de l'Angleterre, alors il n'était pas sûr de devoir lui serrer la main ou lui faire un de ces étranges baisers dans l'air, alors il finit par la prendre maladroitement dans un bras), elle dit : « Je te contacte sans faute pour le magazine, okay ? »
« J'apprécie vraiment. » dit-il avec franchise, elle sourit puis partit. Il se rassit dans l'alcôve, à nouveau seul, et ne sachant pas quoi faire.
Venue de nulle part, Marlene apparut comme un vautour.
« De quoi tu parlais avec elle ? »
« D'où tu viens ? »
L'ignorant, elle continua. « Une jolie petite faux-cul, cette Alice. Je te parie qu'elle t'a dit qu'elle pouvait t'avoir un boulot. »
Quand il ne répondit pas, rendant la vérité très claire, Marlene rejeta la tête en arrière.
« Oh, elle est tellement imbue d'elle-même. Je suis sûre que l'éditeur envoie tous ses employés de Preacher pour sauter sur quiconque qui sera bon pour une histoire ou deux. Et après, ils les jettent comme de la merde. »
« On dirait que tu parles d'expérience. »
Elle lui lança un regard furieux.
« Je dis juste ça comme ça. Ne place pas tes espoirs trop haut. » Elle renifla d'un air piteux. « De toute façon, Caradoc et moi, on s'en va. Dis à Sirius au revoir de notre part, quand tu en auras l'occasion. Il est un peu occupé, pour le moment – tu ferais peut-être mieux de garder un œil sur lui. » Un large sourire sarcastique suivit sa déclaration.
Il fit de son mieux pour faire comme si rien de ce qu'elle avait dit ne l'avait touché, gardant obstinément son visage le plus impassible possible. Quand elle retourna dans la foule, cependant, et que Remus fut sûr qu'elle soit partie, il se mit sur ses pieds pour fixer le bar, depuis l'alcôve.
Sirius était toujours là, mais trois de ses quatre compagnons avaient disparus. C'était juste lui et le garçon squelettique, son dos collé au bar, les bras de Sirius de chaque côté de son corps. Il se tenait aux barres de métal, le piégeant.
Remus sentit un choc à son estomac, comme s'il avait reçu un coup. Mais qu'est-ce qu'il faisait ? N'importe qui pouvait les voir, bon Dieu !
Il eut un bref débat intérieur sur si c'était ou non complètement stupide de les interrompre, puis glissa hors de l'alcôve, se frayant un chemin à travers les petits groupes de gens jusqu'à atteindre les deux nouveaux amis.
« Sirius. »
Sirius se retourna abruptement, un léger air de panique dans ses yeux (alors il savait qu'il n'était pas supposé se presser contre de jeunes garçons dans des boîtes de nuit branchées), souriant largement quand il se rendit compte qu'il ne s'agissait que de Remus.
« Bordel de merde, je me demandais où t'étais ! Je pensais que tu m'avais abandonné. » dit-il, la voix si incohérente que Remus oublia un moment ce qu'il allait dire.
« T'es soûl à quel point ? » demanda-t-il.
L'ignorant, Sirius renoua un bras autour du garçon et l'amena un peu plus près de lui.
« Tu as rencontré Jason ? »
« Jake. » corrigea le garçon avec ce qui semblait un accent américain.
« Jake. Est-ce que tu as rencontré Jake ? Mignon, pas vrai ? »
De près, Remus pouvait voir plus de détails sur le visage du garçon. Il supposa qu'il était okay, mais les néons du club montraient ce qui semblaient être des cicatrices d'acné et ses yeux étaient juste un peu trop proches. Il ne devait pas avoir plus de dix-huit ans.
Remus reporta son attention sur Sirius.
« Qu'est-ce que tu fais ? » demanda-t-il.
« Je prends du bon temps ! Pas toi ? T'es supposé prendre du bon temps dans les clubs. C'est fun, pas vrai ? »
Il y eut un léger silence.
« Je pense que je vais rentrer. » dit Remus. Ça avait semblé être un truc efficace à dire, sur le coup, même si, avec le recul, il se rendit compte à quel point il avait juste l'air d'être d'un gosse.
« Quoi ? Pourquoi ? Tu t'amuses pas ? »
« Je ne me sens pas bien. » dit-il, honnêtement. Il n'avait pas l'habitude de boire beaucoup et l'endroit lui donnait mal au crâne. Et il n'était pas non plus fan de l'idée de voir Sirius s'envoyer en l'air avec des adolescents, là où tout le monde pouvait le reconnaître à n'importe quel instant.
Sirius délogea son bras d'un Jake déçu et se rapprocha de Remus, posant ses mains sur ses épaules, l'une d'elle tenant toujours sa boisson, en équilibre instable.
« Tu ne te sens pas bien ? » répéta-t-il. « Peut-être que tu devrais laisser George t'examiner. George connaît tout. » Puis, soudain, il sembla reconsidérer la chose. « Mais tu peux pas partir. Tu connais pas le chemin ! »
« Et bien... » dit Remus, y voyant une occasion. « Peut-être que tu pourrais venir avec moi. »
« Quoi, maintenant ? On est là depuis seulement dix minutes ! »
Dix minutes, Sirius ? Vraiment ? Il jeta un coup d'œil à Jake, puis à nouveau au musicien.
« Je pense que tu devrais vraiment rentrer avec moi. » dit-il fermement.
« Pourquoi ? » voulut savoir Sirius. Puis il sourit. « Tu t'inquiètes pour moi ? Tu t'inquiètes toujours, Remus. » Il pinça sa joue, puis se tourna vers Jake. « Il s'inquiète beaucoup. »
« Peut-être qu'on pourrait tous rentrer. » suggéra Jake, de façon rusée.
« Plein de bonnes idées, celui-là. » fit gaiement Sirius, mais son expression changea. « Allez, reste. Je te paie un autre verre. »
« Je ne veux vraiment rien. » Il ne pouvait plus faire marche arrière, à présent. Il avait déjà dit qu'il partait. « Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? »
Mais c'était une chose stupide à dire parce que Sirius Black était connu pour être borné et n'avait clairement pas envie de perdre sa réputation, alors il choisit de rester avec Jason/Jake.
Remus était toujours un peu plus qu'inquiet à l'idée que Sirius s'affichait en public avec ce garçon, mais peut-être que c'était quelque chose qu'il faisait souvent. Et puis, il était aussi plus qu'un peu blessé à être si manifestement rejeté, quelque chose qui, à son tour, le laissa avec un peu de colère.
Laisse-le se taper des garçons américains, pensa-t-il, irrité. Qu'il voie si j'en ai quelque chose à foutre. Il peut se faire découvrir, s'il veut. Ce sera le souci de son groupe, pas le mien.
Quand ces pensées ne diminuèrent pas son inquiétude de façon très efficace, il ajouta mentalement : les yeux de Jake sont trop proches, de toute façon. Et je ne voulais pas sortir, d'abord.
Plus ou moins réconforté dans sa position, il se faufila à travers la foule. Il ne se retourna pas, mais il était certain que Sirius ne lui suivait pas. Cependant, une fois dehors, dans l'air étonnamment chaud de la soirée, il entendit des portes de métal s'ouvrir et se fermer derrière lui, et il se tourna pour voir Sirius en sortir en trébuchant. Une vague de soulagement le remplit, ainsi qu'une soudaine montée d'affection.
Il m'a choisi ! Il a préféré rentrer avec moi plutôt que de se taper des étudiants en année sabbatique !
Mais alors, il remarqua que Sirius ne montrait aucun signe qu'il voulait commencer à marcher. Au lieu de quoi, il fouilla sa poche, en sortit son porte-feuille et plaça quelques billets dans la paume de Remus.
« Prends un taxi. » dit-il. Puis, il récita simplement l'adresse, donna un coup de coude affectueux au bras de Remus et retourna à l'intérieur.
Remus fixa les portes fermées, peu sûr de savoir quoi penser. Est-ce que c'était sympa ? Est-ce que ce que Sirius venait juste de faire était sympa ? Il n'arrivait pas à se décider, mais il penchait plus vers Pas Sympa. Après tout, Sirius avait clairement fait comprendre qu'il se foutait que Remus s'en aille.
Enfin, le taxi était probablement pour le mieux. Il savait qu'il n'aurait jamais retrouvé son chemin tout seul et il rentrerait à la maison de rangée géorgienne en quelques minutes. La Firebird noire garée dehors et le chat obèse à la vitre du salon la rendait immédiatement reconnaissable, et quand il frappa à la porte, un George en pyjama le laissa entrer sans un mot, les yeux plein de compréhension.
Il monta les escaliers, Achille rapidement sur ses talons, ses pattes s'accrochant à lui et le suppliant de le laisser entrer dans sa chambre, miaulant de façon indignée quand il lui claqua la porte au nez. Remus retira les vêtement stupidement serrés et les roula en boule pour les jeter dans un coin. Il se frotta les yeux avec ses paumes et se laissa tomber sur le lit. Sa tête lui tournait, mais il se força à s'endormir rapidement. Il n'était pas sûr d'être capable d'endurer l'inévitable grincement des ressorts dans la chambre d'à côté.
Il se réveilla au son des chants d'oiseaux et fut accueilli par un soleil éclatant. Ses rayons traversèrent les fenêtres à guillotine, chauffant son corps en sueur et enchevêtré dans ses draps, déclarant la guerre à ses yeux sensibles.
Pendant un moment, il fut incroyablement désorienté. Il était allongé dans un lit inconnu, à fixer le médaillon qui se trouvait au plafond. Puis il enregistra les murs blancs et nus, la mince cheminée, l'odeur florale du produit lessive et se rappela.
A en juger par la couleur du ciel et des sons des oiseaux et du trafic dehors, il devait être environ dix heures. Il entendit quelqu'un en bas et se demanda pendant un moment si c'était Sirius. Puis il se souvint du garçon américain et se demanda si Sirius l'avait bel et bien ramené à la maison.
Il s'extirpa des couvertures et se tira hors du grand et inconfortable lit avant de se traîner jusqu'à la fenêtre où ses vêtements se trouvaient. Dehors, de grands bus rouges cheminaient devant les maisons géorgiennes et les gens qui s'affairaient dans la rue, à profiter du rare soleil. Il cligna des yeux et se les frotta, enfilant un jeans et un T-shirt ordinaire, ignorant les vêtements de la nuit dernière dans le coin.
Dans le couloir, la porte de Sirius était fermée. Aucun son ne venait de sa chambre, mais Remus ne s'attendait pas à ce qu'il y en ait. En bas, il découvrit que c'était George, l'intendant, qui faisait du bruit. Remus jeta un coup d'œil depuis la porte, se demandant s'il pouvait entrer ou bien si George était en Mode Nettoyage ou quelque chose ainsi, mais l'homme avait seulement le nez plongé dans The Telegraph. Il leva la tête avant que Remus ne puisse faire marche arrière.
« Bonjour ! » dit-il, jovialement.
« Bonjour. » répondit Remus, sa voix horriblement croassante, et puis, ne sachant pas vraiment quoi faire d'autre, entra dans la cuisine et le rejoignit au comptoir du petit-déjeuner.
George mit de côté son journal et lui offrit un sourire compatissant. « Comment va la tête ? Qu'est-ce que je peux vous apporter ? » Il se levait déjà de sa chaise.
« Oh, non, pas la peine, vous ne devez rien m'apporter. Je peux... »
« Ne dîtes pas n'importe quoi, je suis payé pour ça. J'adorerais que vous me demandiez un petit-déjeuner complet, en vérité. Ce n'est pas comme Sirius me laissait grand-chose à faire, ici. » Il indiqua la cuisine impeccable avec un sourire bon enfant. « Du café ? »
« Je prendrais du thé, si ça vous convient. »
Il regarda la grande cuisine tandis que l'intendant se mettait à travailler. C'était ce mélange à la mode d'ancien et de moderne qu'il avait vu dans les catalogues, avec des meubles en bois et du verre dépoli et du sol en pierre calcaire. Il était assez embarrassé quand il se rendit compte qu'elle était plus grande que son salon et sa cuisine réunis.
Une grande tasse de thé fut posée devant lui, des volutes de vapeur s'en échappant. « Est-ce que vous voulez quelque chose à manger ? »
« Merci. Et je n'ai vraiment pas faim, en fait. » dit Remus, sincère, tandis qu'il tendait la main vers le pot de sucre.
« Il n'y a que du Paracétamol, j'en ai bien peur. » dit George. « Ou du co-codamol, je suppose, mais c'est vraiment très fort. »
Il n'avait pas la gueule de bois, mais George lui amena du Paracétamol tout de même. Remus lui fit un petit sourire et s'excusa. « Je sais que ce n'est pas votre boulot, de me servir. »
« En fait, si, ça l'est. » dit George, prenant à nouveau le siège à côté de lui. « Et je peux vraiment vous préparer un petit-déjeuner, Remus, vous n'avez pas besoin d'être poli. »
« Merci, mais je n'ai honnêtement pas faim. Je ne pourrais rien avaler. »
« Sirius mange comme un chien affamé après une sortie. » dit George, tendrement.
Remus sourit, serrant sa tasse entre ses mains, commençant déjà à se sentir un peu mieux. « Ça fait longtemps que vous travaillez pour lui ? »
« Il a emménagé il y a un an et je suis ici depuis six mois. Je cuisine, nettoie, trie le courrier...mais en réalité, je pense qu'il aime juste avoir quelqu'un à qui parler. » Il prit une petite gorgée de thé, pensif. « Il est sociable ainsi, Sirius. »
Ils bavardèrent encore un peu, l'intendant était un compagnon avec qui il était facile de s'entendre. Et puis, comme il fallait s'y attendre, si Remus était honnête avec lui-même, le garçon émergea de la chambre de Sirius. Il entra à pas feutrés dans la cuisine, dans des vêtements fripés, et leur adressa à tous deux un sourire timide, passant une main dans ses cheveux hirsutes.
« Bonjour... ? » débuta George.
« Jake. » répondit le garçon.
« Jake. Veux-tu du thé, Jake ? Je viens juste de faire de l'eau chaude. »
« Ce serait cool. » dit-il, évitant le regard de Remus et préférant jeter un coup d'œil à la grande cuisine, sifflant doucement. « Vise-moi ça. » souffla-t-il, avec ce ton nasillard californien. « Qu'est-ce que ce mec fait pour avoir un endroit comme ça ? »
Alors, il ne savait pas qui était Sirius, dans ce cas. Et bien, c'était au moins ça.
Ni Remus ou George ne répondirent, et quand George suggéra appeler un taxi pour le gamin, il ne refusa pas, même si sa voix contenait un peu trop d'espoir quand il dit : « Je me demande s'il va se lever bientôt aujourd'hui. »
Il avait l'air bien plus vulnérable dans la brillante lumière du jour – et puis, les cicatrices d'acné n'étaient pas tellement affreuses – et Remus se sentit un peu mal pour lui. Comment pouvait-il savoir que Sirius était une rockstar en manque de sexe qui n'avait aucun intérêt pour une relation suivie ?
Le garçon finit son thé en silence, le taxi arriva et il partit plutôt à contre-cœur. George ne dit pas un mot tandis qu'il continuait de nettoyer, comme si la cuisine n'était pas déjà étincelante, mais Remus aurait quelque part aimé qu'il parle. Il voulait que quelqu'un reconnaisse que c'était mal de la part de Sirius d'avoir ramené ce garçon chez lui.
Quand George parla enfin, ce fut seulement pour dire : « Sirius m'a dit que vous travaillez dans le Gloucestershire ? »
« C'est exact. »
« Je suis du Somerset, moi-même. » dit-il, mais quelque soit l'accent du sud-ouest de l'Angleterre qu'il ait pu avoir, il était masqué par la Prononciation Standard, à présent. Quel traître. « Et vous aimez travailler là-bas ? »
« Ça va. » dit Remus. « Même si je suppose que quand j'imaginais devenir un journaliste, je pensais finir dans un endroit comme...et bien, comme ici. »
« Je suppose que les choses ne se passent pas toujours comme voulu. Je pensais que je serais musicien. Au lieu de quoi, je m'occupe d'un musicien. » Il eut un léger rire, à part lui. « Malgré tout, si vous êtes sérieux dans votre travail, vous êtes dans le bon endroit. Peut-être que Sirius pourrait vous emmener chez quelques uns des grands éditeurs. The Fly est basé juste ici, à Camden. »
« Peut-être. Ce serait chouette. » Remus haussa légèrement des épaules, formant des motifs avec le sucre sur le comptoir. Il n'était pas sûr de pouvoir expliquer à George que, quand on s'en tenait aux grands noms, il ne pouvait pas simplement entrer et insister pour qu'ils lui accordent du temps. Et puis il se souvint Alice, de la nuit précédente, et se sentit un peu mieux.
Il n'eut pas à finir, cependant, parce que Sirius choisit cet instant précis pour traîner les escaliers et entrer à pas feutrés dans la cuisine, habillé seulement d'un pantalon de jogging gris. Remus et George se tournèrent pour le fixer, tandis que, baillant, il pressa une paume contre son front avec un grognement puis passa une main dans ses cheveux en bataille.
« Tellement soif. » marmonna-t-il, se dirigeant vers le comptoir du fond pour se faire du café.
« Tu es levé tôt. » commenta George.
« Ouais, ben, j'ai des invités, n'est-ce pas ? » La bouilloire sur le feu, il se tourna et posa ses coudes sur le comptoir, offrant un sourire ensommeillé à Remus. « Est-ce que t'as un mal de crâne aussi carabiné que le mien ? »
Il vit Sirius fouiller dans un tiroir et attraper une plaquette de co-codamol, en en avalant trois avec quelques poignées d'eau du robinet. George fit un bruit de désapprobation.
« Tu vas complètement planer. » dit-il.
Sirius haussa les sourcils comme pour dire encore une fois « ouais, ben. ».
« Je vais monter et m'occuper de ta chambre, d'accord ? » suggéra l'intendant. C'était clairement une faible excuse pour les laisser seuls tous les deux.
Quand il fut parti, Sirius tira un paquet de cigarettes et une boîte d'allumettes du bol de fruits et alluma une tige. Achille fit son entrée dans la pièce et Sirius se pencha pour le prendre dans ses bras, sa cigarette et sa tasse de café dans l'autre main, comme un parent avec un bébé et une bouteille.
« Salut, mon beau. » murmura-t-il, déposant un baiser sur la tête orange. Debout, là, rouge, aux yeux troubles et aux cheveux en bataille, il était l'épitomé d'une rockstar, même avec le gros animal dans les bras. Pendant quelques instants, il fut immobile, sa tête pressée contre celle du chat, les yeux clos, inspirant profondément, comme s'il aurait voulu retourner se coucher. Puis, il remarqua que des cendres allaient tomber de sa clope et se redressa, serpentant jusqu'à la porte-fenêtre.
« J'avais oublié que t'étais allergique. » dit-il, mettant Achille dehors et fermant les portes derrière l'animal dérouté. « Nous ne voudrions pas que notre Remus commence à éternuer. »
« C'est rien, t'as pas besoin de le faire. » dit Remus. « C'est seulement s'ils sont trop proches ou s'ils ont laissé des poils sur les meubles ou un truc du genre... »
Mais Sirius l'écoutait à peine, et quand il se laissa tomber sur la chaise de l'autre côté de Remus, Remus lui fit remarquer. « Tu as un truc bleu sur le visage. »
Sirius inspecta son apparence dans une cuillère, puis leva le dos de sa main en réponse. Le tampon du Palace s'était imprimé sur le visage de Sirius pendant qu'il dormait, et quand il se le frotta sans conviction, ça ne l'enleva pas du tout.
« Il est parti, alors ? »
Remus acquiesça silencieusement.
« Je suis désolé. » fit soudain Sirius, ne le regardant pas dans les yeux. « A propos de hier soir. »
Remus haussa des épaules. « Tu ne dois t'excuser de rien auprès de moi. » dit-il, même si, d'une certaine façon, il avait l'impression que ce n'était pas tout à fait vrai.
« Il savait pas qui j'étais. » dit Sirius, comme si ça rectifiait les choses. « C'était un étudiant en année sabbatique. Il écoute Starship, bordel de merde. Et puis, c'était juste un danceclub de mauvais goût, c'est pas comme si j'allais y être reconnu. » Remus se demanda lequel d'entre eux il essayait de convaincre.
« Alors c'est pour ça que tu y vas ? C'est aussi pour ça que tu n'as aucune photo ou quoi que ce soit de personnel dans ta maison ? Comme ça, tes coups d'un soir ne devinent pas qui tu es ? »
« Sois pas ridicule. » dit Sirius, du ton le plus proche du mordant qu'il ait jamais utilisé avec Remus. Et pourtant, il ne reniait pas vraiment ses propos.
« Il y avait une journaliste, hier soir. » fit doucement Remus. « De Preacher. Je lui parlais. Et si elle t'avait reconnu ? »
« Et bien, c'est pas le cas, n'est-ce pas ? » répondit Sirius, morose. « Je le fais à peine. »
« Ce n'est pas la question, cependant, tu vois ? Il suffit d'une seule fois, Sirius. »
« Okay, j'ai compris. C'était un truc stupide à faire. Putain, tu parles juste comme Maugrey. »
Bordel de merde, c'était vrai ? Quelle horrible pensée.
« J'essayais juste de m'excuser de ne pas être rentré avec toi. » continua Sirius, boudeur. « J'avais pas réalisé que j'aurais droit à ce grand sermon. »
« Je n'essaie pas de te sermonner. » répondit Remus, sur la défensive. « C'est juste que ton groupe prend à l'évidence beaucoup de mesures pour... » Il choisit ses mots avec soin, ne voulant pas énerver Sirius encore plus. « ...protéger ton secret, et ça semble assez injuste de mettre leurs efforts en péril. »
Sirius ouvrit la bouche pour répondre mais la referma. Il s'arrêta, secoua la tête, frotta vivement ses yeux avec la main qui ne tenait pas la cigarette.
« Okay. » dit-il, doucement. Il força un sourire. « Tu veux faire quoi, aujourd'hui ? »
(1) Le Camden Palace est une boîte de nuit dans un ancien théâtre de Camden Town (Londres) en bas de Camden High Street près de la station de métro Mornington Crescent. A présent appelé KOKO, il s'appelait de 1982 à 2004 Camden Palace. De nombreux groupes punk y jouèrent dans les années 70.
(2) "Brummy", terme familier qui désigne les habitants, l'accent ou le dialecte de Birmingham.
(3) Albums des Clash, groupe de punk londonien. Give 'Em Enough Rope fut leur 2e album et sortit en 1978 et London Calling, leur 3e album, sortit en 1979. The Clash est leur premier album, sorti en 1977. Chinawhite est une boîte de nuit très en vue dans le centre de Londres et est connu pour abriter les célébrités qui apparaissent le plus dans lest tabloïds du Royaume-Uni. Jusqu'en 2008, le club se trouvait entre Piccadilly Circus et Soho.
Okay...j'avoue, la fic me lasse un peu. Ça fait un moment que la VO est terminée maintenant et j'ai un peu perdu le goût de la "nouveauté" de cette fic, du coup, je ne suis pas méga motivée pour traduire. D'autant plus que je ne suis pas fan de ce chapitre mais...well, je suis pas là pour raconter ma vie. Juste pour vous dire, c'est normal si je prends un peu de temps pour traduire et si la qualité est pas top (ceci est du premier jet, juste relu une fois pour les fautes d'orthographe). Le prochain chapitre devrait faire avancer les choses ;)
Sorn
