Chapitre 6 : Les larmes mortes.
Je suis furieuse. Je me lève et je vais taper dans un mur. Je ne m'arrête que quand il y a un trou dedans. Les fenêtres claquent comme des dingues. La porte, elle cla…ha ben non, elle claque plus, je viens de l'exploser. Tout d'un coup, je prends une chaise. Drago me regarde, se demandant qu'est-ce que je veux faire. Quand il a compris, c'est trop tard, la fenêtre est déjà foutue. Il y a des morceaux de verre partout. J'en prends un, m'approche de mon fauteuil. Je savais pas qu'il y avait de la mousse dans ce fauteuil. Le chat de Mère arrive. Je déteste ce chat, il me faisait peur, quand j'étais petite. Il miaule, il veut qu'on s'occupe de lui. Vraiment ? Et bien tu va être servi. Il me regarde. Je tends mon bras vers lui, il se retrouve à un mètre de hauteur. Il a pas l'air con, à pédaler dans le vide comme ca… Je bouge mon bras, il fait un vol plané en direction de la fenêtre. Dans un ultime miaulement il disparaît de ma vue. Ca fait un bout de temps que les bougies ont fondu. Là, je vois la robe que je portais hier soir. A cette foutue réunion. J'aurais mieux fait de partir en France, oui ! Je saisis la robe, et je la déchire. A la fin, le plus grand morceau de cette robe fait environ 2cm². Je prends mon polochon, il tient droit, je tape, je tape, je tape ! Drago arrive derrière moi.
-Calme-toi !
Et là, je regarde autours de moi. Le polochon est foutu, il y a des plumes partout. Y a un trou dans le mur, la fenêtre est cassée, la porte explosée, mon fauteuil éventré, de la cire partout vu que les bougies ont fondu dès que je suis rentré dans la chambre, du verre, de la dentelle de ma robe et de la mousse 100 coton dans toute la pièce, ma chaise, dehors, et probablement foutue, le tout avec, comme bruit de fond, les miaulements en si majeur de cette sale bête. Et là, tout à coup, je me sens vide. Epuisée. Drago commence à réparer mes dégâts, il ne peut pas supporter le bazar, alors là…
Marqué. Je vais être marqué. Marqué. Je n'aime pas ce mot. On…marque le bétail, pas les gens ! Et j'aime encore moins tatoué. Là, ca fait chien ou chat chez le véto. On va me mettre une marque, comme un code barre. Un paquet de chair en plus. Bam, tamponné. Beuark. Je regarde mes bras pales, je suis perplexe. Et là, stupidement, je pense que je serai obligé de mettre toute ma vie des manches longues. Génial. A côté de moi, Drago n'en mène pas large.
-Mais…t'as même pas treize ans !
-Merci, Drago. Je savais pas.
Sur ma peau blanche va bientôt apparaître son signe. Et tous ceux qui le verront sauront alors que je lui appartiens. Jusque là, je pouvais me dire que ce n'était qu'un mauvais rêve. Mais maintenant, c'est du concret. J'ai envie de vomir. Finalement, Drago finit par comprendre mon message muet et part dans sa chambre. Je reste, avachi dans mon fauteuil, digne représentante de la famille Malefoy. Une vraie loque. Si Mère passe par-là, elle hurle tellement je fais peur. Un craquement derrière moi. Hooo, je suis obligé de me retourner, abusé… C'est Fandell, un elfe.
-Vous voudrez quelque chose, mademoiselle Elizabeth ?
-Heu…mon père est-il là ? Finit-je enfin par demander après avoir longuement hésité entre me suicider en me jetant par la fenêtre ou suicider Fandell pour sa serviabilité bien lourdingue.
-Non, il part pour la journée.
-Je n'ai besoin de rien.
Alors comme ca, le croque-mort n'est pas là ? Ca pourrait être une occasion pour essayer d'en apprendre plus.
-Bien, mademoiselle Elizabeth.
Mademoiselle Elizabeth. Beuaark. J'aime pas. Ca me donne l'impression d'être une vieille fille… Et encore, j'ai pas droit au Malefoy derrière comme pour le commun des sorciers de cette maison. Tiens, ca me rappelle la fois où j'étais obligé de promettre que je ne me laverai plus jamais s'il lui venait l'idée curieuse de m'appeler mademoiselle Malefoy. Le pauvre, il n'a pas pu supporter et s'est résigné à m'appeler Mademoiselle Elizabeth. Par contre, le mademoiselle, j'ai su toute seule que c'était désespéré.
Dans un relent extraordinaire d'énergie, je me relève. Aussitôt après, je retombe sur mon fauteuil. Pas bouger…trop bien…fauteuil confortable…
Comme d'habitude, Fandell n'est pas parti et est resté à proximité, se doutant que ma combativité d'escargot de chasse à la retraite ne me permettrait jamais de me lever toute seule ET de rester debout. Et en plus, il m'a même donné un peu de café après avoir réussi à me redresser. S'il n'était pas aussi…elfe de maison, je l'aimerai bien. Pffiou… Un peu de cawa, ca fait jamais de mal !
Cette révélation m'a crevé. Ou alors, c'est le fait que j'aie détruit toute ma chambre. Bon, je suis debout. Père n'est pas là et dans une semaine, je vais me faire marquer. En plus, je ne suis pas sûre que ce soit une partie de plaisir… Je suis dans un moment de réflexion intense, la spiritualité se lit dans mes yeux. Je finis par décider d'aller dans le bureau de Père. Avec un peu de chance, je trouverai quelque chose d'intéressant.
Devant la porte de bois, j'hésite un peu. Je sais que Père n'est pas sensé être là, mais s'il avait oublié quelque…non, je me rends compte que ce que j'allais dire est idiot. Père n'oublie jamais rien. Je pousse la porte, personne. Dans la grande pièce, je ne sais pas trop quoi faire. Et là, sur le bureau, la réponse à mes prières : une pensine ! Je m'approche, il a du mettre ses souvenirs, son souvenir de la fois où il s'est fait marquer… Je suis à côté, je me penche, et soudain, je suis au milieu d'un grand cercle de personnes habillées en noir. A côté de moi, deux personnes, jeunes. Je ne les connais pas. Mon père n'y est pas. Le souvenir est récent. Je regarde le cercle d'encagoulés, et là, je le vois. Avec des mèches blondes platines qui dépassent de la cagoule, ca ne peut être que mon père adoré. Je regarde les futurs mangemorts. Vous-savez-qui s'approche d'eux, prend le bras du premier. Il hurle, se tord, se contorsionne dans tous les sens. Je recule. Il en pleure tellement ca lui fait mal. Pareil pour le deuxième. Je n'en peux plus, je sors du souvenir. C'est ca, ce que je vais subir ? Mais je n'ai pas vu Père se faire marquer. Pour une raison qui m'échappe, je veux voir ce souvenir. Je continue obstinément. Dans tout les souvenirs que je fais passer, j'ai le temps de voir qu'aucun ne peut s'empêcher de hurler, de pleurer ou de tomber dans les pommes. Pour le coup, c'est moi qui ai envie de hurler. Et là, j'arrive au souvenir qui m'intéresse. Il est vieux, les couleurs sont jaunies. Il n'y a personne autour. Ce sont les premiers mangemorts. Sur les trois qui s'avancent, j'en reconnais deux. Bellatrix Lestranges, enfin non, là, c'est encore Black, et mon Père. Il a déjà cet air arrogant à lui faire avaler des craies. Le troisième, mystère. D'ailleurs, celui-ci s'avance. Il tend le bras, Vous-savez-qui le prend, sa main sert l'avant-bras, l'autre crie. Il commence à être agité de soubresauts. Le lord le lâche, il tombe à terre et est pris de convulsions. On ne voit plus que le blanc de l'œil. Bellatrix n'hésite pas plus que ca et s'avance, tendant le bras sans même hésiter. Lorsqu'il lui empoigne son bras, elle tombe à genoux, et hurle comme une bête blessée à mort. Père, lui, est moins sûr, il avance plus lentement. Je fixe la scène avec une fascination morbide. Il tend son bras tremblant. Le Seigneur des Ténèbres le lui prend, il crie, commence à pleurer. Il en devient pitoyable…(soyez assuré que jamais le terme pitoyable ne m'était encore venu pour désigner mon père…) Son idole le lâche, il s'effondre. Je m'aperçois alors qu'il est tombé dans les pommes. J'ai vu ce que je voulais voir. Je sors du souvenir, frissonnant. Et c'est là que je comprends. Père savait que j'irai dans son bureau, et il a fait exprès de me mettre la pensine sur la table. Il savait que je regarderai, et il a réussi à me faire peur. Je ferme la porte derrière moi avec difficulté. Mes jambes flageolent.
Malgré tout mes efforts pour savourer chaque instant en tant qu'être humain libre, la semaine est passé en un temps record. Drago lui, a du mal à comprendre mon appréhension. Il ne peut s'empêcher de penser que ma révolte ne durera pas longtemps et que je finirai par comprendre que « c'est pour mon bien ».
C'est la première fois de ma vie que je vois Mère aussi excitée. Je crois que ses amies du bridge l'ont longuement félicité pour la « réussite » de sa fille cadette. Elle a tenu à m'offrir une tenue pour l'occasion, ainsi qu'une cape de fourrure. Quand j'ai vu la cape, j'ai pensé aux bestioles qu'il avait fallu pour la faire. Du coup, à chaque fois que je la mets, j'ai une grimace de dégoût. Tout à l'heure, Drago m'a tristement annoncé qu'il ne pourrait pas venir avec moi ce soir étant donné que seul les initiés assistaient aux cérémonies. Je ne sais pas si c'est une bonne chose ou non. Père et moi, on part dans une demi-heure. Je suis à cran. J'ai failli envoyer Drago voler dans la cage d'escalier quand il m'a tapoté l'épaule par surprise. J'arrive même plus à me foutre intérieurement de la gueule de Père ou de Mère tellement j'ai la trouille. Ca, ca veut dire que c'est grave. Je veeeeuuuuux pas y aller !
Tout à l'heure, j'ai revu le chat de Mère. Ca faisait une semaine que, à chaque fois qu'il me croisait, il se barrait à toute vitesse. Il a du penser que le risque était passé. Il a eut tord. Je l'ai accroché par les pattes à un cintre dans un placard. Juste au-dessus d'une énorme bassine de mélasse. Dommage, peut-être que je ne le verrai pas juste après qu'il ai réussi à s'en sortir, puisque ce soir je suis…AAAAAAAAAAAAAAAH ! JE VEEEEUUUUUUUUX PAAAAS !
Mes protestations intérieures n'ont pas servi à grand chose, je suis dans le cimetière, à côté de Père, et TOUT LE MONDE ME REGARDE ! Hou, respire à fond, Lisa, tu en as besoin… Tiens, c'est une idée, ca ! Je vais me suicider en arrêtant de respirer ! Non ? Vraiment pas ? Vous êtes sûr ? Beuh… Même pas drôle. Les personnes présentes sont surtout des « anciens », ceux qui ont de l'expérience. Les Lestranges, Rosier, McNair… Et ils me regardent tous ! A côté, je me sens minuscule, toute petite, microscopique… Soudain, quelqu'un apparaît devant moi. Je n'ai pas besoin de tourner les yeux pour savoir à qui j'ai affaire. Je le fixe, effrayée. Il me regarde. Il tourne la tête et regarde autours ces mangemorts. Je sens un coup sur ma cheville, je baisse la tête. Et là, je me rends compte que…je suis une idiote ! Non, mais quelle gourde ! J'ai envie de me foutre une baffe, là ! Tous les autres sont inclinés, sauf moi. Non, pour être exacte, ils sont tous prosternés à part une grande gourdasse que j'ai envie de trucider ! IL revient sur moi, me regarde avec un malin sourire.
-Te croirais-tu supérieur pour ne pas me montrer le respect que tous me doivent ?
Je dis quoi ? Je dis quoi ? Je dis quoi ? AAAAAAAH ! Sais pas quoi dire ! Vite, quelque chose, quelque chose…
-« Ceux qui s'inclinent le plus bas sont souvent ceux qui te trahissent le plus tôt. », Nathanaël IV, 1784, roi du Royaume Uni Magique.
Beu… j'aurai pu trouver mieux…
-Vraiment ?
Je ne peux que hocher la tête.
-Ca ne t'empêche pas de me montrer ton respect…
Elizabeth, réfléchis, et vite, parce que là, ca urge !
-« Si tu oblige les gens à te montrer ton respect, ils ne te respectent pas. Le respect n'a pas besoin d'être montré à tout moment. Il est là. », Grindelwald, 1938.
-Tu n'as pas totalement tord…
Ca y est, je peux respirer.
-Tu es intelligente…
Qui en a jamais douté ? Ah, oui, c'est vrai. Mon père.
Il s'éloigne de moi et se rapproche du feu.
-Viens.
Un instant, j'ai peur que mes jambes ne tiennent pas le coup. Je marche vers le feu sans même réfléchir. Je n'arrive pas à m'arrêter. J'ai envie de dire que je suis libre, je ne peux pas.
-Tu dois prononcer le serment.
-Je t'ai déjà prêté serment il y a plus de six ans ! Je proteste.
Aussitôt après, j'ai envie de m'assommer à coup de poêle à frire.
-Il est vrai. Jure que tu respecteras toujours ce serment !
Mes lèvres s'ouvrent toutes seules, je vais dire que je préfère mourir plutôt que de perdre ma liberté…
-Je le…
Je ne dois pas le dire…
-Je le jure.
J'ai envie de pleurer. Je n'arrive pas à m'empêcher de faire ce qu'il m'ordonne. Sans qu'il ne me le dise, je tends le bras. Je ne peux rien faire pour empêcher cela.
Il sourit, et il me prend le bras. Je sens une horrible douleur. Je vais m'évanouir… Et là, je pense à mon père. Serais-je aussi pitoyable que lui ? Aussi minable ? NON ! Je refuse ! Je suis différente, je serais meilleur que lui… Sa main blanchâtre sur ma peau, je sens l'atroce brûlure… Je me rappelle la silhouette de Père s'effondrant. Je sers le poing. Je ne dis rien. Mon poing est tellement serré que les veines ressortent au niveau du poignet. Ma tête est droite, je n'ai pas dis un mot, je n'ai pas pleuré, je ne me suis ni évanouie, ni effondré, je tiens plus longtemps que Père a tenu. Je sens leurs regards sur moi, je ne bouge pas. Enfin, il me lâche le bras. La marque est rouge. Je sens un picotement sur ma nuque. Je tourne la tête, Père me regarde. Je plonge mes yeux au fond des siens comme pour lui dire « Regarde ! Moi, je n'ai pas hurlé comme toi ! Je ne me suis pas évanouie comme toi ! Moi, j'ai tenu, je suis plus forte que toi. ». Et dans son regard, je perçus la haine de s'être fait surpasser mais aussi, et c'était bien la première fois, de la peur.
Cette marque noire sur ma peau… Maintenant, tout le monde peut voir que je lui appartiens. J'ai envie de pleurer, je n'y arrive même pas. Et sans trop savoir comment je le sais, je comprends que je ne pleurerai plus jamais, que mes larmes sont mortes.
