7.
- Capitaine, prenez garde, je détecte un pic d'énergie dans votre appartement, prévint l'Ordinateur Central de l'Ephaïstor.
Sur ses gardes, Salmanille se leva, dos à la table ronde où était posée son arme de service.
Elle sursauta à la vue de la silhouette diaphane, mais parfaitement reconnaissable, qui se tenait devant elle.
- Alguérande ! Mais l'Empereur des Carsinoés s'était fait un plaisir personnel de… Et il a mobilisé ses troupes, où qu'elles soient, pour m'empêcher de rejoindre la Terre, pourtant j'ai tout tenté pour être auprès d'eux ! Alguérande, est-ce que tu es… vivant ?
- En parfaite santé.
- Et mon mari, ton père ? ! Jamais Warius n'aurait passé cette communication sans la certitude que… Et si tu as réchappé à son attentat, est-ce que je peux concevoir un espoir… ?
Le jeune homme s'assombrit.
- Ça va prendre plus de temps. Son corps survit, mais il faut attendre que Pouchy grandisse encore un peu pour ramener un souffle de vie en lui.
Le cœur de Salmanille dû alors manquer deux ou trois battements, la laissant le souffle court.
- Il n'a donc pas péri dans cet incendie ! Il y a une possibilité pour qu'il revienne un jour ! ?
- Oui.
De soulagement, Salmanille aurait voulu étreindre le jeune homme, mais son image projetée n'avait aucune consistance. Et pour sa part, Alguérande aurait aimé pouvoir éponger les larmes qui inondaient soudain ses joues.
- De nous tous, même si toutes nos situations sont tragiques, c'est toi qui as été la plus à plaindre, reprit-il. Isolée de tout et de tous, dans l'incapacité de rejoindre tes enfants…
- … d'être aux funérailles presque clandestines de mon beau-père dans la crypte familiale.
- Et n'ayant qu'avoir en retour les messages qui ne pouvaient envoyer ceux de l'Arcadia sur leur capitaine.
- Ils disaient Albator condamné, quoi qu'il soit arrivé… gémit Salmanille. Et impossible d'avoir des nouvelles des enfants, même en suppliant la hiérarchie mise en place par cet Empereur fantoche mais bien cruel !
- J'ai peu de temps pour te donner de leurs nouvelles. Disons qu'ils vont au moins mal.
Salmanille reposa la tasse du thé qu'elle s'était préparée durant les informations du jeune homme à la crinière fauve.
- Est-ce que tu as la possibilité de rassurer tes frères et ta sœur ?
- J'ai bien l'intention d'aller sur Terre. Ils arrivent, quand même, à être ensemble le week-end. Ça devrait le faire.
- Et ensuite ?
- Je rejoins l'Arcadia, et mon Deathbird dans la foulée, et nous nous dirigeons vers les Myriades de Galadon.
- Pourquoi ? Il n'a rien par là ! C'est d'ailleurs un des rares endroits laissés à l'abandon par les Carsinoés et leurs flottes d'invasion.
- Il y a des Sanctuaires. J'ai à m'y faire connaître, et reconnaître. Quand j'en repartirai, les Carsinoés ne devraient plus avoir des peuples aussi soumis que cela face à elles !
Salmanille ouvrit des yeux, se mit debout.
- Tu vas te battre ? Tu vas commander l'Arcadia ?
- Bien sûr, fit paisiblement Alguérande.
La capitaine de l'Ephaïstor sourit.
- Ton père se doutait, quelque part, que tu suivrais la voie du guerrier. Il sera très fier de toi.
- Il l'est déjà, glissa le jeune homme, ayant néanmoins légèrement rougi.
Les prunelles grises brillèrent doucement.
- Je peux t'appeler « maman » ?
- Rien ne me ferait plus plaisir, plus d'honneur.
Torien aida Alguérande à se relever.
- Tu as pu entrer en contact avec cette Salmanille ?
- Oui. Tu avais minimisé à quel point c'était éprouvant.
- C'est parce que tu n'as pas l'habitude.
Alguérande finit de vomir, se sentant mieux.
La navette du Deathbird s'était posée à quelques mètres de l'Arbre de Vie.
Sur le départ, Alguérande se tourna vers Torien.
- Pourquoi suis-je revenu dans mon monde, sans séquelle de paralysie ? J'avais beau être abruti de douleurs, je n'ai pas rêvé : ce tronc m'avait brisé la colonne vertébrale ?
- En effet, répondit paisiblement celui qui était le Cœur de Terra IV.
- Alors, comment ?
- Tu es passé par la mort et les limbes, ça t'a purifié au cœur, le physique a suivi, avant que tu ne doives te l'endurcir pour les combats dans lesquels tu t'apprêtes à t'engager. Un cadeau de ce monde auquel tu es désormais irrévocablement lié.
- J'apprécie.
- Tu reviendras ? interrogea Torien.
- Oui, dès qu'on pourra aider mon père !
