Corrigé le 6 septembre 2015.


Il faisait froid. Il faisait extrêmement froid.

Mais Naminé n'y pensait pas.

Son esprit n'était plus là. Il avait disparu, déconnecté, ne laissant à sa place qu'un terrible instinct de survie. Elle courait dans les rues, le plus vite possible. Elle connaissait le plan de la ville par cœur. Elle savait où se trouvait Sora. À droite, à gauche, encore à droite. Continue tout droit. Arrête-toi. Deuxième à gauche.

Son cœur battait à ton rompre. Plus elle s'approchait, plus il lui faisait mal. Les larmes lui montèrent aux yeux.

Non, non, reste en vie, je t'en supplie...

Elle s'arrêta à un carrefour. Tout lui sembla soudain flou. Où devait-elle aller ? Par où se trouvait son partenaire ? Pourquoi lui cachait-il sa position ?

Larxène fut la première à la rejoindre, talonnée de près par Marluxia. La première grelottait tandis que le second posait sur Naminé un regard inquiet.

Elle était debout, les yeux vides. Immobile. Aux aguets.

Une peur panique s'empara soudain d'elle. Un élan de souffrance, précis. Il ne lui restait plus beaucoup de temps. Elle regarda les chemins qui s'imposaient à elle.

À gauche ou à droite ?

Celui de gauche menait à une petite ruelle, qui elle-même rejoignait un large boulevard. Celui de droite, sinueux, grimpait et arrivait à une petite place. De là, encore trois chemins possibles.

Il faut que tu me montres, Sora. S'il te plaît, tiens bon.

Son attention fut captivée par un cri, lointain. De l'est. Droite, milieu, droite, gauche, source. Elle se remit à courir, à peine essoufflée. Elle entendit vaguement la voix de Marluxia derrière elle.

Trois chemins. Celui du centre. Elle se sentit affaiblie, mais ses jambes tinrent le coup.

Droite... Son cœur ralentit. Dangereusement.

Gauche... Elle s'arrêta. Au loin, la source. Une femme d'âge mûr, terrifiée. Qui observait quelque chose au sol. Une main sur l'épaule suffit à la plonger dans le sommeil. Devant elle, une flaque de sang.

Beaucoup trop de sang.

Naminé crut défaillir.

Non, non, ce n'était pas vrai. C'était impossible. Il avait toujours été le plus fort, le plus courageux. Il ne pouvait pas mourir. Il ne pouvait pas l'emporter. Il était le meilleur d'entre eux. Ça devait être une blague. Quelqu'un le guérirait. Quelqu'un le guérira.

Elle s'approcha de lui, doucement. S'agenouilla à ses côtés, se moquant du liquide rouge qui se répandait de plus en plus autour d'eux. Posa une main sur sa poitrine.

C'est trop tard, tu le sais. Personne ne pourra le soigner. Encore une minute, au maximum. Il n'y a personne, personne ne le guérira.

Il ouvrit les yeux à son contact. La bouche légèrement entrouverte, un dernier secret, une dernière volonté. Elle se pencha vers lui, pour recueillir ses derniers mots.

« N...Naminé... » Une larme se mit à couler le long de sa gorge, unique. « Pa... Pardonne-moi... »

Elle secoua la tête délicatement.

Il n'y a rien à pardonner, Sora. Tu n'as rien fait de mal.

« J...je veux pas... que tu meures... »

Moi non plus je ne veux pas mourir. C'est injuste. J'ai à peine vécu.

« Je...

– Non, Sora. C'est la règle. Je ne t'en veux pas. »

Égoïste.

À peine eut-elle dit ses mots qu'elle sentit une morsure glacée dans sa nuque. Un flocon ? Les larmes lui montèrent aux yeux.

« T'as vu... c'est la première neige. On peut faire un vœu... » Un sourire. Faux.

Je veux que tu cesses d'avoir mal. Je veux de nouveau aller bien.

Il murmura quelque chose, trop bas pour qu'elle puisse entendre. Elle colla son oreille à la bouche de son partenaire.

« Restes...

– Je ne vais pas te laisser, tu le sais.

– En... vie...

– Sora...

– C'est...

– Tu sais bien que c'est impossible.

– C'est... un ordre. C'est un ordre. »

Il avait fermé les yeux. Un courant la traversa, intense.

Sora...

La douleur la transperça de toute part.

Sora...

Comme si son sang était remplacé à même ses veines.

Sora...

Elle n'était plus que souffrance. Aveugle, sourde. Un hurlement monstrueux s'échappa de sa gorge, brûlant. Elle n'était que désespoir, haine, tristesse, colère.

Sora...

Deux principes, très clairs. Connus depuis sa naissance. Répétés des millions de fois. Il est impossible de survivre à son original. Il est impossible de se soustraire à un ordre direct de sa part. Paradoxe.

Sora !

Larxène s'arrêta net, horrifiée. Marluxia lui prit la main et la serra de toutes ses forces.

Un adolescent aux cheveux bruns était étendu, sans vie. À ses côtés, contre sa poitrine, gisait Naminé.

xxxxx

Le rêve était idiot.

Il parlait de réconciliation, d'amitié. Entre moi et Ven. Il parlait d'une étrange grotte ou étaient enfermés des tas d'ombres. Il parlait de guerre, de neige. Il parlait de liberté.

Il doit rire alors qu'il devrait pleurer. C'est une abomination. Pas si terrible. Mais terribles capacités.

Cette phrase m'est revenue en mémoire à mon réveil. Epsilon l'avait sans doute entendu dire dans le dépôt. Elle ne m'avait pas particulièrement touchée, lorsque je l'avais entendue. Mais là, elle prenait un autre sens. Bien plus profond.

Avais-je réellement un pouvoir plus grand que celui des autres ? Pourquoi le cherchaient-ils ? Qu'attendaient-ils tous de moi ?

Je me suis assis. Ven m'observait.

« Quoi ? », lui ai-je asséné. J'étais de mauvaise humeur. Il a souri.

« Tu t'es agité, cette nuit.

– Et alors ?

– Rien. Tu fais une drôle de tête. »

Il avait raison. J'avais eu à penser, les heures précédentes. Mes nombreuses interrogations se marquaient sans doute sur mon visage fatigué.

« J'ai fais un rêve, cette nuit. »

Il n'a même pas eu l'air étonné. C'était normal, les rêves, pour lui. Pas pour moi.

« T'as rêvé de quoi ?

– De nous. »

Il s'est figé. Nous nous sommes affrontés du regard, quelques secondes. Il s'est détendu, à nouveau.

« Allons bon.

– J'ai rêvé qu'on était amis.

– Heureusement, c'était un rêve... » Nouveau sourire.

J'ai eu une grimace, et j'ai ignoré sa remarque.

« On arrivait devant une falaise. Puis devant une caverne. Froide. Dedans, il y avait les créatures – tu sais, celles qu'on s'échine à tabasser. » J'ai dit ça avec répulsion. Il a grimacé, légèrement.

« Il fallait qu'on les libère, pour lutter contre les autres.

– Quels autres ?

– Je ne sais pas. Il y avait de la neige, partout. On n'était plus au centre. »

J'ai cru bon d'ajouter, juste pour l'ennuyer un peu :

« Et après, tu es mort.

– Charmant », a-t-il commenté en s'habillant.

J'ai haussé les épaules. Je me suis rendu compte de l'heure – il était grand temps que je me prépare. J'ai retiré mon haut quand j'ai remarqué une ombre proche de mon partenaire. Je me suis avancé vers lui, à pas de loup. À la vitesse de l'éclair, j'ai frappé le mur juste à côté de son visage. Il a sursauté violemment, m'a regardé avec un air perplexe.

« Je peux savoir ce que tu fous ?

– Je te sauve la vie.

– En tabassant ce pauvre mur sans défense ?

– T'aurais fait une crise cardiaque si t'avais vu ce qu'il y avait dessus. Et mon but dans la vie, je le rappelle, est qu'il continue à battre joyeusement.

– N'importe quoi. Qu'est-ce qu'il y avait ?

– Tu veux vraiment le savoir ?

– Oui. »

J'ai ouvert mon poing, dans lequel suffoquait une araignée de la taille de ma paume. Il a eu un haut-le-cœur.

« Pauvre bête », ai-je murmuré. Elle n'avait rien fait de mal. Hormis le fait qu'elle allait traumatiser mon compagnon de chambrée. Je l'ai attrapée par une patte. Elle gigotait encore un peu. Je l'ai approchée de Ven. Il a tressailli.

« Éloigne ça de moi tout de suite. » Un ton sans appel. Je l'ai jetée dehors, par la petite fenêtre.

« Elle pourrait encore rentrer.

– T'inquiètes, trouillard, je l'ai achevée avant.

– Ah, Vanitas. Tu me connais si bien. » Un sourire. Ironique et forcé.

« T'en as de la chance qu'on soit si dissemblable, hein Ven ? Imagine si j'avais été comme eux. On serait tous les deux en train d'appeler à l'aide.

– J'imagine... dis, ça te dérangerait de finir de t'habiller ?

– Oui, pourquoi ? Tu n'aimes pas voir mon torse parfait et musclé ? Je suis sûr que cette vue semblerait paradisiaque à n'importe qui.

– Sûrement, tiens. Habille-toi et arrête de dire des conneries. »

Je me suis exécuté. Il est sorti, s'est arrêté près de la porte.

« Au fait, merci.

– Merci de ?

– Pour l'araignée. T'as raison, je ne sais pas ce que je ferais sans toi. »

Je me le demande.

La journée s'est passée sans imprévus. Conformément aux indications d'Epsilon, j'avais décidé de laisser mon partenaire tranquille : je ne l'ai plus malmené de la semaine, ni même du mois. Et pour ne pas succomber à la tentation de lui faire une pique ou deux, j'ai fini par l'éviter un maximum. Il a eu l'air heureux pendant un moment. Son comportement avec moi avait changé. Malheureusement, cela ne faisait qu'attiser la haine que je nourrissais pour lui, et qui grandissait de plus en plus chaque jour.

Je n'avais toujours pas découvert mon mérite.

Les paroles de Xemnas me revenaient sans cesse en mémoire. « Son éveil ne tardera pas. »

Avec le temps, j'ai fini par croire que cet éveil ne viendrait jamais. À quoi bon ? Jamais je n'aurais noué de relation assez forte avec Ven.

J'ai pensé à après.

S'il lui arrivait quelque chose, serais-je capable de le protéger ?

Et si je ne pouvais rien faire pour lui ?

Si je n'avais aucun instinct, si je le laissais mourir devant mes yeux ?

Que se passerait-il alors ?

La réponse était simple. Vous mourrez avec eux.

Un jour, Ven a changé. Non, même pas : il s'est littéralement transformé. Je ne m'en suis rendu compte que petit à petit. Quelques détails. Une conversation, seul contre tous. J'étais loin, je n'avais aucune envie d'aller voir. Des entrevues de plus en plus nombreuses avec Riku. Et mon humeur qui s'améliorait de jour en jour.

J'ai commencé par ricaner un peu, de temps en temps. J'ai fini par rire souvent. Trop souvent. Ven revenait le soir avec la grise mine. J'ai tenté, une fois, de lui demander ce qui se passait. Il m'a rétorqué sympathiquement que je ferais mieux de fermer ma gueule.

Très bien, j'allais la fermer. Je ne lui ai plus parlé pendant des jours. Et je continuais de rire, seul, comme un idiot.

Lorsque Axel est arrivé, ça n'a pas manqué. Il a remarqué tout de suite la déprime de Ven, a voulu m'en parler. Ce jour-là, j'étais d'excellente humeur. Mauvais signe.

J'ai aperçu le rouquin de loin. Je n'avais aucune envie de subir ses conseils ou ses remontrances. Aucune envie de discuter. C'est pourquoi j'ai fini dehors, dans la neige, tout seul.

L'hiver était précoce. Je me suis assis sur un muret qui combattait difficilement le blizzard et tentait maladivement de sortir de l'emprise des glaces.

L'hiver était, et a toujours été, ma saison préférée. Sans doute le fait que je suis né un hiver, que je suis parti un hiver. Ici, il durait bien plus longtemps qu'ailleurs. Six mois de gel, de neige, de glace. Six mois de froid. Les autres n'aimaient pas trop sortir. Moi, j'adorais ça. La morsure du flocon qui tombait sur ma joue. Le vent froid et puissant qui coulait autour de moi. Je sentais à peine l'effet que ça faisait à mon corps, je ne me couvrais jamais assez. L'hiver et moi, on était comme une famille.

Fidèle à lui-même, Ven était un garçon de l'été. Il n'était jamais plus heureux que lorsque le soleil revenait. Un rayon de soleil suffisait à lui rendre le sourire. Et à partir d'octobre, généralement, son humeur se détériorait. Pas autant que cette année-là, non, mais assez pour qu'on sente venir les vagues de froids qui ne demandaient qu'à tester les résistances de la station.

Je suis rentré quelques heures après, joues et nez hauts en couleurs, sourire aux lèvres. Je suis tombé sur Axel trois minutes plus tard.

Quand il m'a vu, il s'est rué vers moi et a tapé une main sur son front.

« C'est pas vrai que t'es allé dehors avec ce temps ! »

Si, c'est vrai. Je suis résistant, moi, monsieur.

Il m'a pris par le poignet et m'a conduit dans un local à l'écart, dans lequel je n'étais jamais allé.

« T'es glacé. T'es vraiment pas bien dans ta tête. »

C'était vrai. Je tremblais un peu, finalement. Les effets de la température finissaient toujours par me rattraper une fois à l'intérieur. Une fois la chaleur retrouvée.

« J'ai pas froid.

– Tu déconnes, j'espère. Il fait presque moins dix, dehors. Tu frissonnes de partout. Allez, adosse-toi au chauffage, au moins. Pas envie d'avoir une grippe ou quoique ce soit d'autre sur les bras. »

Je me suis assis devant le chauffage et ai entrepris de réchauffer mes extrémités. Mes doigts étaient rouges et picotaient légèrement tandis qu'ils reprenaient vie.

« Bon, Axel. Dis-moi ce que tu as à dire tout de suite, qu'on en finisse.

– Qui te dit que j'ai quelque chose à annoncer ?

– Le fait que tu me poursuives sans cesse. Je ne suis pas débile. Alors. Quoi ? »

Il s'est assis en soupirant, à même le sol. Je sentais venir la longue conversation. Je n'en avais aucune envie.

« C'est à propos de...

– Ven. Ça, je l'avais deviné tout seul. Et avant que tu ne me poses la question, non, je ne sais pas ce qu'il a et non, ce n'est pas ma faute.

– Humpf. Je l'ai regardé tantôt. Il n'a pas l'air très bien.

– Je sais. J'ai vu. Je vis avec lui.

– Toi par contre, tu m'as l'air fort heureux.

– La faute à qui ?

– Il faut que tu fasses quelque chose pour lui. »

Outré, je me suis levé. Une brûlure sur mes doigts m'a rappelé à l'ordre. J'avais frôlé le radiateur, qui chauffait bien plus qu'il ne l'aurait dû.

« Je passe mon temps à faire des trucs pour lui. Pas ma faute s'il n'est jamais content !

– Tu devrais faire plus attention, c'est tout.

– Vous vous êtes passé le mot, ou quoi ?

– Qui ça, vous ? »

Je me suis rendu compte de ma connerie une seconde trop tard. J'étais certain qu'il ne fallait pas que je parle d'Epsilon. À personne. Ni aux pensionnaires, ni à Axel, ni même à Ven. C'était notre secret.

« Personne, ma langue a fourché.

– Mmh...

– Quoiqu'il en soit, j'en ai marre que Ven réagisse comme un enfant. J'ai fait de nombreux efforts, moi. Lui n'en fait aucun.

– Tu te trompes.

– Je ne me trompe pas ! Il en a eu marre que je me foute de lui, j'ai arrêté. J'ai tout fait pour ne pas le provoquer, pour éviter au maximum les disputes. Tu sais ça fait combien de temps qu'on ne s'est plus engueulés ?

– Et ça fait combien de temps que tu ne lui adresses plus la parole, Vanitas ? »

Aïe. Pas bon, tout ça. J'ai fait mine de ne pas accorder d'importance à sa remarque.

« C'était ça ou l'emmerder. J'ai fait un choix.

– Le mauvais.

– Non.

– Oh, bien sûr que si.

– Je te dis que non. À chaque fois que je lui parlais un peu de travers, je me retrouvais enfermé je ne sais pas où. Il a voulu que j'arrête : ben voilà, j'ai arrêté.

– Il ne l'entendait pas comme ça.

– C'est lui qui a voulu que je la ferme.

– Tu lui as demandé ce qu'il avait, au moins ? »

Ses questions stupides. J'ai froncé les sourcils, avant de répliquer :

« Tu me prends pour qui ? Bien sûr que je lui ai demandé. Je n'ai eu droit qu'à un : « Tais-toi et laisse-moi tranquille. » Eh bien voilà. Je n'ai fait qu'obéir. C'est ce que je suis censé faire, non ?

– Tu modifies le sens des règles comme tu l'entends.

– C'était un ordre direct.

– Tu n'aurais pas du le prendre comme ça.

– Parce que c'est moi qui suis en faute, encore.

– Tu connais Ven mieux que moi. Tu sais bien que lorsqu'il dit un truc pareil, il ne demande qu'à être écouté.

– Il est vraiment chiant.

– Tu lui dois la vie.

– Si c'est cette vie-là que je lui dois, je ne l'en remercie pas. »

Il a fermé les yeux, blasé.

« C'est ce qu'il pense. Il s'en veut parce qu'il a l'impression que tu aurais voulu ne pas exister.

– C'est le cas.

– Évite de le lui faire comprendre. Ça lui fait du mal.

– Tant mieux.

– C'est pas possible d'être méchant à ce point-là !

– Tu vois bien que si.

– Écoute, Ven est dans une période difficile en ce moment et...

– Quoi ? L'adolescence ?

– On peut dire ça. Il se pose des questions, il doute de tout. Et toi... tu ne l'aides vraiment pas.

– Mais qu'est-ce que tu veux que je fasse ? Je suis pas sa nounou, merde !

– Tu sais pourquoi il déprime ?

– Dépression saisonnière ?

– Non. Il déprime parce qu'il pense que tu le détestes. Il pense que tout le monde le déteste. Qu'il n'a personne.

– C'est le cas. »

Il a soupiré, l'air de dire « il ne comprendra jamais », mais a continué son exposé.

« Je le sais, Vanitas, il le sait aussi. Tout le monde le sait. Mais lui caresse l'espoir que tu changes, que tu cesses de le haïr.

– Il rêve...

– Les rêves sont propres aux êtres humains.

– L'espoir aussi.

– Je ne te demande pas de l'aimer. Je te demande de faire semblant.

– Non. Je ne peux pas faire ça.

– Pourquoi ?

– Parce que je le déteste, c'est pas compliqué quand même !

– Tu sais te contrôler, Vanitas. Ne fais pas l'enfant. Essaie de maintenir une entente cordiale avec lui.

– Mais...

– Fais-le. Il se sent vraiment mal.

– Si je fais ça, c'est moi qui vais me sentir mal.

– Je sais. Tu peux faire face à ça, non ?

– J'y fais face tous les jours.

– Donne lui juste l'impression d'être...

– Aimé ? »

Il m'a regardé droit dans les yeux.

« Je ne sais pas si tu comprends, Vanitas. Lui voit tous les jours des duos qui se comprennent, qui se complètent. Qui sont heureux juste parce qu'ils sont ensemble. Quand il te regarde, il ressent la même chose que n'importe lequel des gamins d'ici. Mais il sait que ce n'est pas ton cas. »

Je n'ai pas répondu. Je savais qu'il avait raison. Je l'avais ressentie, moi aussi, cette envie d'être comme les autres. Je l'ai regardé se lever.

« Je sais que tu y penseras. Si tu ne le fais pas pour lui, alors fais-le pour moi. OK ? »

J'ai haussé les épaules.

Ses paroles, malgré les apparences, m'avaient touché. Très bien, j'allais faire comme il le voulait.

Le soir venu, j'ai dit à Ven que j'étais désolé. Que mon comportement n'était pas correct, que j'allais arrêté de lui faire la gueule et que je n'allais plus l'ignorer. Il n'a rien dit, mais je me suis senti légèrement triste. Incroyable ce que quelques mots peuvent faire sur l'humeur de quelqu'un.

J'ai fait tout ce qui était en mon pouvoir durant les jours qui suivirent pour qu'il se sente mieux. L'effet a été magique : il ne m'a fallu que quelques jours pour retrouver l'état de tristesse et de colère qu'il venait de quitter.

Des pensées noires me rongeaient l'esprit, petit à petit.

Je suis inutile. Xemnas avait tort, comme tout le monde.

Je n'ai rien à faire ici.

Il vaudrait mieux que tout ça n'ait jamais existé.

Si seulement je pouvais partir.

Puis j'ai pensé : « mais je peux partir. » Je le pouvais. Personne ne m'en empêcherait. Ils ne le remarqueraient sans doute même pas.

J'ai regardé dehors. Qu'est-ce que j'attends ? Il y a une autre vie à l'extérieur. Une vie meilleure qui ne souhaite qu'être cueillie.

La neige tombait à gros flocon. Il ne devait pas faire très froid.

Je me suis couvert et je suis sorti.

L'horizon, que je ne voyais qu'à peine, m'attirait comme la lumière attirait un papillon de nuit. J'ai fait un pas. Un délicieux frisson m'a parcouru. J'en ai fait un autre. Devant moi, il n'y avait que la liberté. Impatiente de me connaître.


Ven is sad. Ven is happy. Ven is sad. Ven is happy. That's all you need to know about him.

My poor little baby. ;;

Merci pour votre lecture. Cœur sur vous !