Après quelques réticences, GroGnak nous laissa accéder à la salle au trésor de sa forteresse. Ce terme pompeux désignait une cahute aux murs un peu plus épais que les autres et fermée par une plaque de fer. Sous la surveillance du second du BigBoss, un imposant nob au front un peu moins bas que ceux de ses collègues, nous observâmes le tas avec terreur.

Le trésor des orks se composait essentiellement d'un immense amoncellement d'armes provenant de toutes les créatures vivantes connues, d'objets brillants de toutes sortes, précieux ou pas, et de machines variées. En outre, on y trouvait des éléments complètement loufoques, depuis les crânes d'animaux jusqu'à des bouts de bois sculptés en passant par des morceaux de bâtiments.

Les ork qui avaient rapporté le butin nous accompagnaient aussi. Ils nous regardaient d'un air penaud, ne se souvenant plus très bien ce qu'ils avaient récupéré de leur raid. Nous n'avions absolument aucune idée de l'aspect des colonnes que nous recherchions. La salle vaste et encombrée nous promettait de longues heures d'exploration.

J'avais heureusement laissé le Commissaire au camp. Celui-ci avait refusé de nous suivre chez les orks, ce qui m'arrangeait. Cela lui éviterait de faire des bêtises ici. Nous explorâmes donc la salle, essayant d'effectuer un parcours méthodique. Nous trouvâmes bien quelques colonnes de pierre, mais elles n'avaient rien de technologique. C'était un empilement de blocs de roche taillée désespérément commun. Au bout de deux heures, des cris retentirent à l'extérieur.

Les peaux vertes courraient dans tous les sens. Le BigBoss hurlait des ordres relayés par les nobs qui répercutaient avec talent ses beuglements. J'appelais le sous-officier de transmission pour avoir des images du Charon et le point sur la situation. Les vues de l'espace me permettaient d'observer la seconde attaque nécron. Cette fois, ils n'avaient pas fait semblant. Ce n'était plus quelques troupes d'éclaireurs mais des divisions entières qui apparaissaient au gré des flashs verts des téléportations. Avec l'aide des caméras du camp, je pouvais voir le gros des guerriers nécrons s'amasser sur la route. En outre, je reconnus les créatures que j'avais remarquées dans la mémoire du dreadnought. C'était des Destroyers. Ils prenaient position sur les flancs de la crête, en contrebas du chemin menant à Nid'Ork. Le corps mécanique ovale de scarabée sur lequel était greffé leur torse de métal flottait aisément sur les pentes escarpées qui bordaient la route de rocaille. Ils concentraient leur tir sur les batteries défendant la porte de la forteresse. Leur terrible canon désintégrant la pierre, le bois et le métal détruisait d'abord les fortifications puis les mitrailleuses et lance-roquettes orks. Filidème fulminait autant que moi. Bon sang, nous étions bloqués ici !

Le soldat transmis la rafale d'ordre que nous lui donnions. Mon épouse demanda à son escadrille de passer à l'attaque. Les pilotes devaient éviter de détruire le chemin pour laisser mes hommes arriver à la rescousse des orks. Ils devaient cibler en priorité les Destroyer sur les pentes. Moi, j'ordonnais au Commissaire de prendre la tête de quatre sections et de charger les nécrons. Il serait épaulé par les chars Leman Russ et les transports de troupes. Je gardais les autres hommes en réserve et en défense. Les Sentinelles elles aussi devaient protéger notre camp en priorité. Enfin, je demandais à parler au lieutenant de la première section. Celle-ci, comme dans les cinq premières compagnies de tous les régiments de notre planète, était composée de vétérans aguerris. C'était les hommes parfaits pour une mission dangereuse. Je leur demandai d'aller détruire les Destroyers. Je me doutais que les chasseurs de Filidème rencontreraient une résistance sérieuse face à ces machines. Pendant que les nécrons auraient le nez en l'air, ils ne remarqueraient pas forcément les soldats qui descendraient sur les flancs de la crête pour les détruire. Tanède les couvrirait parfaitement. Il occuperait les squelettes avec sa charge sûrement épique.

Nous sortîmes de la salle et grimpâmes sur les remparts. Les murailles étaient épaisses, solide assemblage de poutres de bois et de métal enserrant des blocs de pierre. Notre présence était parfaitement incongrue au milieu des orks en armes qui nous ignoraient, occupés à tirer sur les squelettes approchant lentement. La désorganisation des peaux vertes n'était qu'apparente. A force d'observation, on remarquait les groupes distincts qui ciblaient des troupes ennemies précises. Si leur compétence au tir était discutable, ce n'était pas le cas des gretchins. Eux maniaient avec efficacité les canons et lance-roquettes des postes de défense. Nous passâmes à coté d'un nabot surexcité qui vidait les bandes de munitions de sa mitrailleuse sur les guerriers nécrons, creusant lentement leur flanc. Une explosion verte pulvérisa sa corniche l'instant d'après. Maudits Destroyers.

Nous vîmes enfin les Marauders fondre sur eux. Ils firent feu des six canons logés dans leur nez, criblant d'obus les pentes de la crête. Plusieurs nécrons explosèrent, déchiquetés par les impacts. Leur riposte fut immédiate. Des éclairs zébrèrent le ciel, entamant la coque des bombardiers. Apparemment, d'autres Destroyers se cachaient plus bas sur la pente, attendant en renfort. Les avions les occupaient désormais, soulageant momentanément les défenses orks.

Je vis ensuite avancer Tanède à la tête des mes hommes. Il marchait de front avec les chars tout en tirant. D'un lent mouvement de vague, l'arrière-garde nécron se retourna pour faire face à l'attaque. Ils opposèrent une ligne d'éclairs verts contre nos lasers et nos obus. Etrangement, ils n'avançaient pas. Ils restaient sur place et subissaient des pertes. Cela galvanisait les hommes qui avancèrent plus vite à leur rencontre sur le chemin.

Brusquement, les ignobles squelettes recouverts de chair putride sortirent du sol au milieu des soldats. Les Dépeceurs s'étaient fourbement enterrés alors que l'armée nécron s'assemblait. L'arrière-garde s'était délibérément laissée submerger pour que mes hommes avancent sur le piège. Les monstres de métal tranchaient avec vitesse et dextérité. Ils créaient le vide et la panique dans nos rangs, obligeant le Commissaire à stopper son assaut. Immobile, ils étaient à la merci des guerriers nécrons de l'arrière-garde qui contre-attaquaient. Les Leman Russ faisaient front, protégeant du mieux qu'ils purent les hommes.

L'adjudant de transmission de mon groupe commandeur s'approcha de moi. Il avait une communication de Lychah.

« J'ai réfléchi à ce que vous m'avez dit et j'en ai parlé au capitaine Valérus. Il est effectivement possible qu'il y ait un lien entre les attaques nécrons et ce que nous avons rapporté de notre mission d'exploration. »

« Je vous transmets la liste de nos reliques. Nous sommes au courant que vous êtes bloqués dans la forteresse ork. Nous observons l'assaut que vous subissez il est conséquent. Nous allons vous donner un peu de temps pour que vous puissiez trouver la source de ces attaques. »

Je relevais la tête. Je vis littéralement tomber du ciel deux escouades d'assaut Space Marines. Les combattants en armures rouges volaient grâce à leurs propulseurs dorsaux. Pistolet bolter et épée tronçonneuse au poing, ils assaillirent l'un des deux groupes de Destoyers en contrebas du chemin. Ils attaquèrent les centaures monstrueux mi-squelettes mi-scarabées au corps à corps, usant aussi de grenade melta qui faisait fondre le corps de métal des extraterrestres. Quelques instants plus tard, une formidable explosion retentit de l'autre coté de la crête. L'autre groupe de Destroyers était pris dans une avalanche de pierre. Une partie de la route s'effondrait sur eux. Je vis de loin les gars de la première section jubiler. Ils n'avaient pas entièrement suivi les ordres qui stipulaient d'épargner la seule voie d'accès à la forteresse ork, mais ils avaient réussi leur coup. En outre, la route même entamée restait praticable. Les nécrons venaient de perdre leurs deux appuis tactiques simultanément. Les gretchins en profitaient pour reconstruire en un temps record les tourelles de défenses de la muraille et recommençer à massacrer posément les squelettes métalliques qui attaquaient par la route. De plus, les chasseurs de Filidème pouvaient désormais se concentrer eux-aussi sur les guerriers nécrons massés sur le chemin de pierre. La bataille tournait à notre avantage.

Je regardais la liste transmise par Lychah. Il y avait trois images. Sur la première, je voyais un cube de pierre noire. D'après la description associée à la photo, l'objet provenait d'une lune morte et faisait vingt centimètres de coté. Sur la seconde, un scaphandre antique remarquablement conservé contenait un squelette. Il s'agissait d'un illustre explorateur dont la dépouille avait été extraite d'une ceinture d'astéroïdes. Et sur la dernière, je vis enfin les satanées colonnes. C'était des sortes de piliers ressemblant à des cristaux de roche. Ils étaient gravés de quelques signes étranges. D'après le texte, il y en avait trois et ils faisaient deux mètres cinquante de haut. Je dévalais l'échelle de bois en criant à mon amour de venir, suivi tant bien que mal par mon escorte.

Sautant sur le sol poussiéreux de la forteresse, je m'engageai dans l'allée principale de la place forte en essayant de me remémorer l'emplacement de la salle au trésor. Ces baraquements se ressemblaient tous à mes yeux. Un flash m'éblouit. Autour de moi, les orks restaient médusés. Devant nous, en pleins milieu du camp, se tenait le seigneur nécron. Le squelette se redressait, nous toisant de sa haute stature. Son crâne allongé où brillaient de petits yeux verdâtre suintait de haine froide. Son plastron était décoré d'étranges glyphes luisants. Les haillons d'une cape noire flottaient sur ses épaules de métal. Il tenait son sceptre à la main, une barre terne terminée par un gros cristal vert encadré de lames. Il releva l'autre main, semblant tenir une sorte d'ombre, une absence de lumière entre ses doigts griffus. Brusquement, il la plaqua contre le sol.

Les trophées des orks s'agitèrent. Nous vîmes avec horreur les carcasses des squelettes nécrons empalés sur leur piques s'assembler, se reconstruire et se relever dans des crépitements verts. Les cris des peaux vertes en hauts des remparts nous laissaient deviner qu'il devait se passer la même chose aux portes de la forteresse. Sans un mot, les revenants de métal attaquèrent.

La horde de nécrons reconstitués sema le chaos dans la forteresse. Les orks s'avérèrent plus coriace que les humains face aux Dépeceurs même s'ils finissaient eux aussi en charpie. Un Spectre parcourut les remparts à la recherche de proies, déchiquetant les gretchins des batteries de défense. Et le seigneur nécron souriait. Un rugissement se fit entendre à l'autre bout du campement. Le BigBoss GroGnak avait aperçu le grand squelette riant tenant son sceptre. Sa réaction fut typique de son espèce.

Il chargea.

Le monstre de plus de trois mètres couru à une vitesse étonnante pour sa tonne, projetant sans distinction les orks et les nécrons qui se trouvaient sur son passage. Il tira avec son autocanon plus pour manifester sa colère que pour toucher réellement, réussissant tout de même à atteindre une fois son adversaire. Celui-ci parut surpris par l'obus qui le frappa puis par l'apparition de son auteur. Puis, son étonnement passé, le seigneur nécron chargea à son tour le géant. La disproportion était impressionnante. Le cyborg tout en muscle et le squelette de métal allaient s'affronter. Quelques mètres avant l'impact, alors que GroGnak brandissait sa terrible pince énergétique, le squelette disparut dans un éclair.

Le BigBoss asséna un coup spectaculaire qui creusa le sol où se tenait le seigneur une seconde auparavant. Réalisant sa disparition, il observa autour de lui. Un éclair le frappa dans le dos. Le fourbe s'était téléporté sur le toit d'une hutte derrière lui. L'ork pulvérisa le chaume de ses obus pendant que son adversaire de métal bondit dans les airs à sa rencontre, brandissant son sceptre acéré.

Il trancha dans l'armure de GroGnak qui semblait étrangement surpris. Le nécron réalisa trop tard la ruse ork. Le BigBoss s'était laissé délibérément blesser pour pouvoir lever son bras. L'instant d'après, il lui asséna un formidable coup de poing. Le squelette traversa alors la largeur de l'allée avant d'aller se fracasser contre un mur. Le combat de ces titans était impressionnant.

Filidème me tira par la manche. Je ne m'étais pas rendu compte que je regardais l'affrontement, fasciné. Nous étions au milieu d'une bataille et nous devions trouver ces maudites colonnes. Autour de nous, les orks se battaient contre les nécrons dans un chaos indescriptible. Flanqué des quatre hommes de mon escorte, je suivis donc Filidème au milieu des tirs, laissant les deux chefs se combattre. Nous arrivâmes devant la salle au trésor. Sa porte blindée était évidemment fermée. Alors que je cherchais un explosif ou un autre moyen pour ouvrir ce bout de métal, Filidème passa un ordre à la radio. Sitôt qu'elle raccrocha, elle nous hurla de dégager.

Alors que nous plongions loin de la bâtisse, je vis dans le ciel la solution de ma femme. Elle était vraiment bourrin. Le chasseur Thunderbolt piqua abruptement sur le camp puis tira une salve avec ses lasers. Le tir, remarquable de précision, vaporisa suffisamment de porte pour laisser passer un homme. Nous nous faufilâmes par l'ouverture en évitant de toucher les bords rougeoyant. Filidème me regarda avec son sourire de chat pris sur le fait. A l'abri des regards, je l'embrassai. Je l'aimais jusque dans ses excès qui me rappelaient les miens. Les quatre hommes de mon escouade eurent le tact de regarder ailleurs pendant cet instant romantique.

Bon, nous devions trouver ces fichues colonnes. Nous avions déjà repéré différents ensembles dans ce fatras. Apparemment, il y avait un semblant de classement différenciant la technologie, les armes et les œuvres d'art. Après plusieurs parcours au pas de course, nous les trouvâmes enfin. Devant étaient posés le cube noir sur une sorte de tabouret et le squelette dans son scaphandre assis par terre dans une posture grotesque. Nous observâmes les piliers. C'était des polyèdres de pierre granuleuse en forme de cristaux. Ils étaient ébréchés par endroits, parfois même fendus. Les hiéroglyphes étaient gravés au burin, de la manière la plus simple possible. Après les avoir palpés dans tous les sens, nous arrivions à la même conclusion. Les colonnes étaient de simples blocs de pierre dépourvus de la moindre technologie. Alors que nous discutions sur la marche à suivre, le médecin de mon groupe nous appela. Il nous dit qu'il venait de voir des inscriptions apparaitre fugitivement à la surface du petit cube noir. Tous les six, nous observâmes l'objet sombre. Il était simple, fait d'une sorte de pierre vitrifiée ressemblant à l'obsidienne. Ses arêtes étaient parfaites, sans le moindre accroc, et je devinais que ses dimensions l'étaient aussi. Là ! Pendant une seconde, des traits verts luirent sur les cotés, formant d'étranges runes. Pressentant la perfidie, je demandais au Charon une vue de la bataille. Nous attendîmes en observant les combats qui faisaient rage. Les Space Marines affrontaient les Destroyers sur les pentes de la crête pendant que Tanède et mes hommes se battaient contre les hordes de squelettes sur le chemin. Les avions de Filidème pilonnaient les groupes de tireurs nécrons positionnés tout autour de la forteresse. Dans le camp ork, c'était le chaos. A un moment, un flash vert indiquant une téléportation délivra un Destroyer sur la pente opposée aux Space Marines. Et au même instant, les runes du cube noir brillèrent à nouveau.

Nous avions trouvé. C'était cet objet qui téléportait les nécrons. Restait à savoir comment arrêter cette machine infernale. D'un même mouvement, nous reculâmes tous de dix pas en sortant nos armes. Le bloc encaissa sans broncher les bolts de Filidème et les miens ainsi que les lasers de mes quatre hommes. Je réfléchis. J'ordonnais au médecin de vider son sac de soin et d'y placer le cube en prenant garde de ne pas le toucher. Il faillit râler, puis jeta à contrecœur ses précieux instruments. J'entrainai tout le monde dehors. Nous retournâmes dans l'allée. Comme je m'en doutais, le BigBoss se battait toujours contre le seigneur squelette. Nous nous frayâmes un passage jusqu'à eux, ignorés par les orks et les nécrons qui s'affrontaient. Ces derniers semblaient avoir progressé. Ils s'étaient organisés en groupes et malmenaient les peaux vertes. Aux prises avec une escouade de Dépeceurs qui nous avait finalement repérés, je hurlai :

« GroGnak par ici ! »

J'arrachais le cube du sac à dos du soldat et le brandis à bout de bras, sous les cris horrifiées de Filidème. Ce n'était effectivement pas prudent de toucher cette chose, mais je n'avais pas le temps de finasser. Le BigBoss ne me perçut pas, trop absorbé dans son combat. En revanche, le seigneur nécron, lui, me vit. Il se précipita vers moi, abandonnant son adversaire. C'est sa fuite qui fit lever la tête au géant qui remarqua finalement ma présence.

Mes soldats tiraient en reculant devant quatre Dépeceurs. Lorsque nous vîmes jaillir le seigneur nécron, nous nous retournâmes vers lui. Autant arrêter un char d'assaut. Il ignora purement et simplement nos tirs. Je m'écartais vivement et partis en courant, le cube à la main. Il fallait absolument que je rejoigne le BigBoss. Cela ressemblait à une sinistre course de relais. Si je me faisais rattraper, j'étais mort et Filidème serait vraiment mécontente. Je sprintais au milieu des combats, esquivant un ork volant, un arc électrique et les débris d'une explosion. Derrière moi, j'entendais le rythme haché des longs pas du seigneur nécron. Il bondissait par-dessus les obstacles, frappant les malheureux qui le percutaient et me talonnait. J'aperçus l'ork géant qui tournait en rond, perplexe d'avoir perdu son adversaire de vue. Je hurlai à nouveau :

« GroGnak, j'ai besoin d'un coup de main! »

Il me vit enfin. Je lui lançais le cube en criant :

« Là-dessus, le coup de main »

Le BigBoss sourit. Il avait cette expression caractéristique de l'ork qui va fracasser quelque chose. Il leva sa pince énergétique. Je vis le seigneur nécron me dépasser en courant, tirant des éclairs sur GroGnak avec son sceptre. Impitoyablement, l'énorme bras cybernétique du géant s'abattit sur le cube.

Il y eu un immense bruit de verre brisé, puis un tourbillon verdâtre qui semblait être aspiré sous la pince de GroGnak. Nous aperçûmes les débris du cube proprement pulvérisés par le coup titanesque du géant. J'avais déjà observé le BigBoss arracher des morceaux de tanks à coups de poing. Je m'étais demandé si le cube était plus solide que nos blindés. Vu les éclats au sol, ce n'était pas le cas. Les nécrons s'étaient arrêtés net. Un à un, ils disparaissaient dans un flash vert. Pour finir, les éclats noirs du cube disparurent à leur tour. La bataille était finie.

Filidème arriva derrière moi. Son regard suffit à me faire comprendre que c'était la dernière fois que je faisais une course de relais inter-espèces en compétition avec les nécrons, particulièrement quand on se passait allègrement un artéfact extraterrestre téléporteur. Elle finit cependant par sourire et un câlin acheva de la rassurer. Malgré tout, je ne couperais sûrement pas à l'examen médical complet qu'elle m'imposerait pour être sûr qu'aucune vilaine radiation ne transformerait son mari en machin tentaculé.

Je reçus un appel surexcité de Tanède. Il me raconta avec forces exclamations comment il avait mené les troupes faces aux squelettes nécrons. Je coupai court à ses éloges nombrilistes, recevant heureusement un appel de Cassiane IV.

Mon adjudant me passa le message en pouffant de rire. Le général Adélac nous transmettait les félicitations du gouverneur Argom et nous envoyait l'ordre de retour. La mission était officiellement un succès et les détails resteraient discrets, notamment l'alliance avec les orks. Après plusieurs siècles de guerre, cela faisait désordre dans les archives militaires.

Le sous-officier de transmission explosa de rire pendant la communication. Lorsque j'eus fini, il s'excusa :

« Désolé commandant Egirio, j'ai entendu par hasard un échange radio que vous devriez écouter. »

Hilare, il me tendit un écouteur. Il s'agissait d'une conversation entre Tanède et Lychah. J'entendis, abasourdi, le premier demander au second l'autorisation de monter à bord de leur vaisseau pour participer à l'éradication des peaux vertes. Le sergent space marine lui rétorqua froidement que le Chapitre de la légion rouge n'avait besoin d'aucun aide pour gagner ses guerres. Même ce psychopathe de Valérus ne voulait pas de lui. Je rendis son écouteur à l'adjudant, un sourire complice sur les lèvres. Tanède était vraiment un abruti. Heureusement, il nous quitterait sitôt revenu sur Cassiane IV.

Chacun retourna d'où il venait. Nous enterrâmes nos morts. Les combats contre les nécrons avaient décimé deux sections entières et abattu un Thunderbolt. Les Space Marines regagnèrent leur croiseur sans un mot. Avant de retourner dans mon campement et de regagner le Charon, j'échangeais quelques mots avec GroGnak.

« Finalement, on est arrivé à les vaincre. »

« Oui ! Merci pour ton aide, z'humain. Je savais que je pouvais compter sur toi. Tu es un ennemi sûr. »

Je souris. Venant d'un ork, c'était un beau compliment. Je lui retournais la politesse.

« Tu peux ajouter autre chose à ta légende, BigBoss GroGnak. De ton poing, tu brises les reliques nécrons. »

Il partit d'un gros rire gras digne d'un moteur mal réglé. Puis il ajouta :

« Tu sais, les Space Marines nous ont appelé. Ils veulent récupérer leurs babioles. »

« Les colonnes et le mec mort dans son scaphandre ? »

« Oui. Mais on va pas leur donner. »

Il souriait d'un air entendu. J'avais raté quelque chose.

« Mais pourquoi ? »

« Tu sais, vous autres vous êtes gentils de vous battre contre nous. Mais vous êtes bien fragiles. Alors que eux, ils sont plus solides que vous. On va bien rigoler en leur tapant dessus. »

J'explosais de rire. Finalement, ce crétin de Valérus allait avoir sa bataille épique avec les peaux vertes. Il pourrait savourer sa victoire car j'étais sûr qu'il récupèrerait ses reliques lors d'une mission commando machiavélique. Ce qu'il ne savait pas, c'est que les orks, eux aussi gagneraient. Ils s'amuseraient comme des fous à se battre contre les meilleurs combattants de l'Impérium. Et pendant ce temps, nous, nous serions tranquilles.