-Tu es en retard, souffla Swan quand elle s'assit à côté de lui.
Derrière eux avaient pris place Zane et Scott, et devant Emma et Anne. Luna rêvassait devant une fenêtre, son sac posé à côté de la place de Swan. Les Gryffondor discutaient en attendant le professeur. Lupin n'était pas encore arrivé mais les rumeurs étaient lancées car il avait déjà donné un cours ce matin même.
-Il paraît qu'on va faire les épouvantards, dit joyeusement Swan.
-Et tu sais au moins ce que c'est ? demanda Etaine d'un ton sinistre.
Elle ne se sentait pas d'humeur joyeuse. La conversation qu'elle avait surprise la préoccupait trop pour qu'elle voie cela comme une bonne nouvelle.
-Non, mais ce sera toujours mieux que l'an dernier, c'est quoi ? répondit l'hyperactif.
-Ta pire peur. Cette créature prend l'apparence de la chose que tu crains le plus au monde.
-Ah, ouais, pas cool, comprit-il.
-Comme tu dis.
Lupin entra à ce moment, ses vêtements aussi miteux que la veille.
-Rangez vos livres et prenez vos baguettes, nous commencerons par des travaux pratiques.
Enthousiastes, les élèves obéirent. Les travaux pratiques étaient une nouveauté.
-Il y a dans ce château nombre d'épouvantards que mes prédécesseurs n'ont pas pensé à utiliser, dit le professeur de défense contre les forces du Mal. C'est un bon sujet d'étude.
Il les entraina jusqu'aux remises d'où Etaine arrivait justement et ouvrit la dernière porte. C'était la salle qu'on était en train de remplir il n'y avait encore qu'un alambic, deux armoires de style ancien et des chaises au dossier droit. A leur arrivée l'une des armoires bougea violemment. Certains élèves reculèrent.
-Notre épouvantard, expliqua Lupin.
Les élèves se répartirent dans la salle.
-Qui peut me dire ce qu'est un épouvantard ? demanda le professeur d'une voix forte en leur faisant face.
Les têtes se tournèrent vers Etaine avant même qu'elle ne lève la main. Elle était connue pour être une véritable encyclopédie. On disait en riant qu'à force de passer son temps dans la bibliothèque elle avait attrapé la « dictionnarite ».
-Oui, Suzanne, demanda-t-il en vérifiant sa liste.
-Je me nomme Etaine.
-Mes collègues m'ont parlé de vous, dit-il avec intérêt.
-Rien qui ne soit péjoratif, je l'espère.
-Ils étaient élogieux, le professeur Rogue en particulier.
-Je suis heureuse de l'apprendre. Les épouvantards sont des créatures qui prennent l'aspect qui terrifiera le plus la personne à qui ils ont affaire, définit-elle. Ils peuvent prendre dans ce but n'importe quelle forme. Ils affectionnent les lieux sombres et peu fréquentés.
-Excellent, cinq points pour Serdaigle.
La sorcière laissa échapper un sourire bien qu'elle ne soit nullement heureuse. Certes, elle venait de faire gagner des points à sa maison mais que se passerait-il si l'épouvantard se tournait vers elle ?
-Etant nombreux nous bénéficions d'un avantage sur cet épouvantard, pouvez-vous me dire lequel ? Emma ?
-Il ne saura pas quelle apparence prendre pour tous nous effrayer.
-Le terme faire mourir de peur serait plus juste, souffla Etaine sans avoir pour but d'être entendue par personne mais Scott lui jeta un regard.
-Sans aucun doute, approuva Saernel.
-Cinq points supplémentaires, annonça le professeur.
Les Serdaigle se regardèrent, étonnés : en moins de cinq minutes ils venaient de gagner dix points. Jamais auparavant un professeur n'avait été aussi généreux.
-Il existe un moyen très simple de neutraliser un épouvantard mais qui nécessite une grande concentration.
Ses paroles remuèrent Etaine « il existe un moyen très simple de » avaient été les derniers mots du Livre de Salazar avant qu'il ne soit détruit par un sortilège à retardement de Voldemort.
-Il suffit en effet d'éclater de rire. Pour ce faire vous devez obliger l'épouvantard à prendre une forme que vous jugez désopilante. Le sortilège que je vais vous enseigner nécessite que vous visualisiez très clairement l'apparence que vous désirez lui donner en prononçant la formule avec ce geste. Sortez vos baguettes et répétez après moi Ridikulus.
Il dessina en même temps un rond dans les airs.
-Ridikulus, répéta la classe.
-Bien, dit le professeur, mettez-vous en file, vous allez l'un après l'autre vous confronter à notre épouvantard.
Il y eut une bousculade pendant laquelle Etaine se glissa derrière la file et les Gryffondor passèrent devant. Qu'est-ce qui lui faisait le plus peur ? Elle aurait été bien en peine de la dire… Le professeur Lupin ouvrit la porte de l'armoire d'un mouvement de baguette et une bête velue et repoussante en sortie, fixant Kate de son regard rougeoyant. La Gryffondor se tenait, légèrement pâle, devant la créature.
-Ridikulus ! lança-t-elle.
La bête laissa place à une innocente peluche représentant un chien-loup noir avec des boutons rouges à la place des yeux. Les élèves applaudirent.
-Bravo, au suivant, dit Lupin.
Stephen s'avança, un sourire confiant aux lèvres. La peluche se métamorphose en ce qui semblait un nuage d'encre. Etaine comprit que ce qui faisait peur au garçon était l'obscurité.
-Ridikulus !
Un soleil miniature dissipa aussitôt la nappe d'ombre. L'épouvantard se tourna alors vers Emma ! Ne l'avait-elle pourtant pas vu vers la fin de la file, elle aussi ? Elle remarqua alors que la file avait laissé place à un cercle et l'épouvantard pouvait choisir à qui il désirait faire peur de cette manière. A chaque éclat de rire il tremblait un peu plus. Pour avoir grandi à Saint Raphael et Damien la sorcière savait reconnaître la cruauté même si elle ne la dénonçait pas. Et c'en était indéniablement. Elle ne réagit cependant pas après tout le but de cette créature était de leur faire peur et ils apprenaient ainsi à se défendre. Cette leçon pratique valait à elle seule toutes celles de Lockhart, il n'était pas question de l'interrompre. D'ailleurs elle semblait la seule à éprouver quelque émoi, les autres s'amusaient.
-Il n'y a pas plus cruel que les enfants, siffla-t-elle tout bas.
-Il y a Voldemort, répondit Saernel.
Voldemort était sans nul doute plus cruel que les enfants, le serpent avait raison. Cette mention lui ramena en mémoire la conversation qu'elle avait surprise entre Flitwick et Dumbledore. Des flammes interrompirent ses réflexions : l'épouvantard venait de changer d'apparence. Le feu vivant se répandait dans la pièce et avançait avec ce qui semblait de la convoitise vers la née-moldu qui se tenait, le visage crispé par la concentration. La Fourchelang vit le professeur de défense contre les forces du Mal agripper discrètement sa baguette. L'expérience n'était donc pas totalement sans danger comme il avait voulu le leur faire croire.
-Ridikulus ! lança Emma.
Les flammes se figèrent à quelques centimètres de son visage, changées en cristaux de glaces. Les élèves applaudirent mais un peu plus froidement. Le feu leur avait paru plus dangereux que la bête et l'obscurité supposa Etaine. Colin s'avança d'un pas et la glace devint immédiatement une boule de tentacules gigotants et d'une odeur effroyable. Les élèves reculèrent d'un pas en se bouchant le nez. Etaine fit un mouvement de baguette qui l'enveloppa dans une brise fraîche, lui permettant de ne pas sentir la pestilence.
-Ridikulus ! s'exclama Colin avec une excitation digne de Swan.
Le truc se dégonfla tel un ballon de baudruche, fonçant dans un des murs sous la force de la décompression. Les autres rirent. Pas Etaine. L'épouvantard venait de se tourner vers elle, la plus proche de lui maintenant qu'il s'était écarté du cercle. Il changea de forme et la sorcière ne put se retenir de reculer en voyant quelle apparence il prenait.
Ce n'était pas monstrueux et de toutes les choses ce fut qu'elle trouva la plus effrayante. C'était une femme. Une jeune femme d'une grande beauté. Le teint pâle et sans imperfection, les cheveux bruns rassemblés en une tresse qui lui allait jusqu'à la taille, des yeux d'un gris sombre ensorcelants et un port altier avec dans ses gestes la grâce d'une ballerine. Elle était parfaite et cette perfection laissa un goût amer dans la bouche sèche d'Etaine. L'épouvantard regarda calmement autour de lui comme s'il voyait la pièce pour la première fois et un sourire s'étira lentement sur ses lèvres quand il aperçut la Fourchelang.
-Etaine, prononça l'apparition d'une voix douce en sifflant. Cela faisait longtemps que je désirais te rencontrer.
-Pas moi, murmura la jeune fille, figée, le teint d'une pâleur alarmante.
Elle avait oublié qu'elle ne faisait face qu'à un épouvantard.
-Pourquoi ? demanda la femme en penchant la tête sur le côté comme la sorcière le faisait quand elle ne comprenait pas quelque chose. Je t'apporte la liberté. Tu rampes devant ces gens qui te sont inférieurs. Tu mérites mieux que leur monde miteux et pitoyable, poursuivit-elle en montrant d'un mouvement de main Lupin dont les vêtements convenaient à cette description. Tu mérites que tous se courbent devant toi. C'est ton destin.
Etaine secoua frénétiquement la tête en s'agrippant à sa baguette inutilement pointée sur l'apparition qui la regardait avec un petit sourire ironique. Elle semblait follement s'amuser de la voir tenir ce morceau de bois comme un naufragé une bouée de sauvetage. La Fourchelang ne parvenait plus à réfléchir.
-Etaine ? questionna le professeur. Ressaisis-toi ce n'est qu'un…
Avant même qu'il ait fini sa phrase deux sortilèges jaillirent de la baguette de la jeune femme, détruisant le bouclier qu'il avait créé par réflexe.
-Ce n'est pas à vous que nous parlons, indiqua l'apparition avec un négligeant mouvement de poignet qui l'envoya contre le mur.
-Tu comptes obéir à cela ? siffla un petit serpent qu'elle n'avait pas remarqué sur l'épaule de la femme. A ça ?! Ce n'est pas digne de toi.
Cette apparition causa un grand choc à la Fourchelang.
-Ne l'écoute pas, ordonna Saernel, sur sa propre épaule. Il ment. Ils mentent tous les deux. Ce n'est qu'un épouvantard.
Oui, un épouvantard. « Ridikulus », pensa la jeune fille mais rien ne se produisit. Elle ne savait pas comment rendre propre au rire quelque chose d'aussi effrayant.
-Ri…ridikulus, répéta Etaine, privilégiant pour une fois l'oral à l'informulation.
-Encore, l'admonesta Saernel.
-On n'échappe pas au sang qui coule dans ses veines, reprit la femme, il rejaillira en toi comme il l'a fait pour moi, c'est à nous que revient la tâche d'accomplir la volonté de Salazar Serpentard en tant que ses descendants !
-Vas-y, siffla la vipère.
-Ridikulus, articula la jeune sorcière, sans toutefois savoir comment la rendre ridicule.
L'apparition repoussa le sort sans même un battement de cils et partie dans un rire glacé, un rire de fou qui monta étrangement dans les aigus.
-Nous nous reverrons bientôt, continua-t-elle de rire. Mais avant cela… Avada Kedavra !
Etaine releva les yeux juste à temps pour voir l'éclair vert. Son corps vola, percuta le mur, et retomba sur le sol.
La Fourchelang reprit conscience brusquement. Ses yeux s'ouvrirent d'un coup pour voir la voûte en arcade du plafond. Tournant la tête sur le côté elle reconnut l'infirmerie. Elle-même était allongée dans un lit aux draps blancs.
-Doucement, lui conseilla une voix.
Elle leva les yeux et aperçut Severus Rogue assit sur une chaise à côté du matelas.
-Qu'est-ce que je fais ici ? demanda-t-elle en se redressant.
-Tu avais trois côtes à faire réparer et un bel hématome à l'arrière du crâne. Cet épouvantard n'y a pas été de main morte.
La Fourchelang se souvint alors du visage de la femme lui souriant et trembla.
-Calme-toi, siffla Saernel en frottant sa tête contre son poignet.
-Du calme, dit le professeur de potion au même moment. Il n'y a plus de danger.
-Pourquoi ? Il y en avait ? marmonna la jeune fille, humiliée.
Un simple épouvantard, elle s'était fait battre par un simple épouvantard !
-Bien sûr. Sinon tu ne serais pas ici. S'ils ne sont pas arrêtés immédiatement les épouvantards peuvent causer beaucoup de dégâts. Ils piochent dans la tête de leur victime les informations dont ils ont besoin pour être le plus effrayant possible. Plus la peur est forte et plus ils peuvent s'identifier à ce qu'ils imitent. Ce que tu as vu devait véritablement te terrifier pour avoir la force de lancer des sortilèges comme on me l'a raconté.
Etaine garda le silence et détourna la tête.
-Qu'est-ce que tu as vu ? demanda doucement Rogue.
-Qui d'autre est au courant ?
-Bientôt toute l'école, on peut difficilement garder quelque chose de secret avec autant de témoins.
La Fourchelang garda le silence un instant.
-Il est habituel aux épouvantards de posséder les talents de ceux qu'ils imitent ?
-Non, mais les plus expérimentés en sont capables. Plus ils sont vieux plus ils deviennent puissants. Lupin n'aurait pas dû l'utiliser contre une classe de deuxième année, au moins contre une quatrième.
-Combien de temps suis-je resté ici ? demanda-t-elle.
-Quatre heures, c'est bientôt le repas.
Etaine finit par lever les yeux.
-Je vous remercie d'être passé me voir, professeur, dit-elle en esquissant un geste pour se lever.
-Pas si vite. Mme Pomfresh désire que vous passiez la nuit ici, elle ne veut pas vous exposer à la curiosité de vos camarades.
La Fourchelang remarqua qu'il était repassé au vouvoiement.
-Mais à la vôtre, ce qui constitue, j'en suis sûre, une grande différence.
-Cessez d'agresser tout le monde, miss Knightley, je ne vous veux pas plus de mal que l'année passée.
La jeune fille rougie en se souvenant qu'elle l'avait assommé à l'époque, croyant qu'il lui voulait du mal.
-Si j'avais voulu vous faire parler j'aurais utilisé du veritaserum.
-Mme Pomfresh l'aurait su, le veritaserum laisse des traces entre trente et quarante-huit heures après ingestion selon la dose donnée, récita-t-elle aussitôt.
Les yeux du professeur de potions s'écarquillèrent légèrement de la voir citer avec tant d'exactitude des paroles qu'il avait prononcé l'année précédente.
-Je l'admets, mais pas la légilimentie.
-Qui est illégale dans ce cadre.
-Vous ne vous en seriez pas aperçue puisque vous étiez inconsciente. Vous avez commis une erreur en enfermant vos peurs en vous-même, elles s'y sont développées et ont pris de l'ampleur. Assez pour être capable de vous assommer avec un sortilège de Mort. Estimez-vous heureuse de vous en tirer ainsi, les conséquences auraient pu être bien plus graves.
Le ton était accusateur.
-Et comment étais-je sensé m'en défendre ? Je ne savais même pas ce dont j'avais peur, je ne l'ai compris que quand il a pris cette apparence, riposta la jeune fille.
-Vous ne saviez pas ?
S'apercevant qu'il haussait le ton il gronda, ne voulant pas alerter Mme Pomfresh :
-Comment pouviez-vous ignorer une peur d'une telle force ? Elle est de celles qui vous font vous réveiller la nuit en hurlant.
-A force de vivre dans la peur on finit par apprendre à l'ignorer, feula-t-elle. Vous ne savez pas par quoi je suis passé. J'ai passé des nuits à hurler comme vous dites, mais pas pour ça, celle-là est nouvelle, jusqu'à une date récente cette potentialité m'aurait laissé indifférente.
-Alors pourquoi est-elle si forte ? Maîtrisez-là comme vous avez maîtrisé les autres. Où en êtes-vous incapable ?
Etaine, qui s'apprêtait à répliquer, ferma la bouche en entendant ces derniers mots. Elle se ramassa sur elle-même et se tut.
-Miss Knightley ?
Voyant qu'elle ne répondait pas il releva sa tête et la tourna vers lui.
-Vous frappez là où cela fait mal, professeur, murmura-t-elle en essayant de retenir ses larmes. Je vois trop de gens en attendre la confirmation pour ne pas avoir peur.
-Peur de quoi ?
Elle garda le silence pendant plusieurs minutes.
-De moi, répondit-elle en se détournant.
-De vous ?
-Je vous entends parler. J'ai vu la réaction de Lucius Malefoy et surpris votre conversation avec lui cet été ainsi que celle entre Dumbledore et le professeur Flitwick. Aucun d'entre vous ne semble douter que je devienne mage noire.
-Et en avez-vous le projet, miss Knightley ? interrogea doucement Rogue mais Etaine sentit le danger de la question et comprit qu'elle en avait trop dit.
-Je n'en sais rien… Je n'ai pas formé de projets pour l'avenir. Je préfère être aveugle, murmura-t-elle en reprenant les paroles qu'elle lui avait déjà empruntées l'an passé.
Une larme coula silencieusement sur sa joue.
-Mais je ne veux pas suivre un chemin tout tracé, dit-elle avec un air sauvage en se tournant vers le professeur de potion. Ce chemin ce sera moi qui le forgerais, était-ce ce que vous vouliez entendre ?
-Je voulais entendre la vérité, et vous l'avez dite. Jamais en entier mais sans jamais mentir totalement. Vous n'êtes pas la seule à savoir répondre par des périphrases, miss Knightley.
-Je ne le prétends pas. Je suis qui je suis, et ce que je suis n'y changera rien.
-Et qui êtes-vous ?
-Moi.
