Coucou, comme on dit chez moi : chose promise-chose due ! Voilà donc enfin la suite de cette ff ! Désolée ça prends un peu de temps mais nous ne sommes plus que deux (Sofrost et moi) sur le projet alors ça n'avance plus aussi vite qu'avant… mais on vous promet de la finir ! On ne lâche pas ! On travail déjà sur la suite (et bientôt fin de cette histoire) mais il faudra être un peu patients avec nous, merciiiiiiiiiii de votre soutiens. Bonne lecture et à bientôt : Alex et So

Chapitre 45 : Sara

J'ai du mal à respirer tellement mon cœur bât vite, je viens de tout révéler à Catherine, de lui dire comment mon père est mort et pourquoi. Je viens de lui dire pourquoi j'ai du sang sur les mains. Rien n'a changé je ressens toujours autant de colère et de dégoût, parce que rien n'effacera jamais ce qu'il s'est passé ou ne changera le fait que j'ai été souillée…

« Oh Sara… » Catherine me regarde, les yeux brillants et son expression ne fait qu'animer ma colère.

« J'étais à bout Cath, tu comprends, je… j'étais tellement fatiguée de tout ça… mon corps n'en aurait pas supporté d'avantage… » je parle avec plus de véhémence et commence à tirer sur mon t-shirt.

« Sara tu… » elle commence avec confusion mais je ne lui laisse pas le temps de continuer.

« Juin 84 » je lui montre « C'est la première fois qu'il est venu me voir dans ma chambre, il a commémoré ça en me brulant avec une cigarette »

Elle regarde mon corps et son regard en dit long. Plus que de la surprise c'est de l'effroi qui anime son regard. Je ne peux pas lui en vouloir, je hais mon corps, il me dégoûte. Il n'est qu'une carte de tout les abus que j'ai subis aux mains de mon paternel, une trace indélébile. Je l'entends ricaner ce salaud, je l'entends me répéter que je lui appartiens et que je ne vaux rien. En fin de compte il s'est assuré que je ne vaille rien. Il m'a marqué pour que chaque amant sache qu'il est passé avant, et que rien n'effacera jamais sa trace.

« 3 Septembre 84, 14 septembre 84, 21 octobre 84 » je continue sur ma lancée, lui montrant chaque marque héritée de mon paternel.

Je me débarrasse de mon t-shirt le jetant au sol et lui présent mon dos qui arbore les traces les plus hideuses « Mon cadeau de noël de 1985 il m'a jetée par la porte fenêtre du patio, j'ai passé une semaine à l'hôpital, avec des éclats de verre sous la peau et dans le crâne. Maman leur a dit que j'avais perdu l'équilibre en me prenant les pieds dans le tapis ! Un mois plus tard elle le tuait… » je me rappelle avec amertume.

Il y a tellement de marques, pas une seule parcelle de mon corps n'a été épargnée.

Catherine peine à censuré un léger gémissement face à ce qu'elle voit. Voilà, c'est exactement ce que je ne voulais pas. Je ne voulais pas qu'elle me regarde comme si j'étais une petite chose fragile, comme une victime. D'avoir sa pitié est bien pire que de lui avouer ce que j'ai fait. Je voulais qu'elle m'aime pour la femme que je suis, pas pour la gamine maltraitée que j'ai été.

De sentir son regard sur moi me brûle la peau, comme si soudain toutes mes cicatrices étaient des plais béantes.

J'ai honte de ce corps. Je le hais, je l'ai toujours haïs mais là…

Ce corps a toujours fait obstacle entre moi et les autres, une armure anti-intimité. Difficile d'être intime avec ce corps meurtri, j'ai menti aux rares amants avec lesquels j'ai accepté d'être nue ('un accident il y a longtemps, n'en parlons plus'), ils ont tous regardés ce corps avec un chagrin à peine masqué.

Mais Catherine sait, elle sait d'où viennent ces cicatrices, elle sait aussi qu'elles ne sont pas toutes visibles, elle sait tout et de savoir qu'elle me voit comme une victime m'est insupportable.

« Je ne veux pas de ta pitié ! » je me défends. «Je voulais juste que tu les voies, je voulais que tu saches parce qu'elles me dégoutent, certaines ont mal cicatrisé et sont plutôt moches… alors je peux comprendre qu'elles te fassent horreur et que tu n'aies plus envie de me toucher après ça… que tu n'aies plus envie d'être avec moi.»

Je n'ose pas me retourner car je sais ce que je lirai dans ses yeux et ça m'achèvera alors, je reste là à lui tourner le dos, honteuse et amère. Bien sûr je ne voulais pas mentir à Catherine, je ne voulais pas que mon passé vienne entre nous, mais c'est exactement ce qu'il se passe au final.

Cruelle ironie.

Je sursaute légèrement lorsque je la sens effleurer ma peau. Je me tends malgré moi.

Elles sont hideuses, je sais. Je suis hideuse.

Elle m'effleure encore et encore, je réalise seulement qu'elle me touche du bout de ses lèvres. Ses baisers sont délicats et se posent sur cicatrice après cicatrice sans la moindre hésitation.

Comment ? Comment peut-elle embrasser ce corps qui me révulse ?

Elle persiste, ses lèvres courent le long de ma peau meurtrie, et je frissonne malgré moi. Elle défait mon soutien gorge et je suis comme pétrifiée. Il glisse doucement le long de mes bras et va s'échouer au sol. Catherine continue avec ses attentions. Ses mains se joignent à ses lèvres.

Je ne comprends pas pourquoi elle fait ça, mais je ne veux pas qu'elle arrête. Je veux croire que tout ça est bien réel, je veux profiter de la chaleur de son contact car il est aimant.

Oui, je veux croire qu'elle m'aime malgré tout. Tant que je n'ai pas à faire face à son regard, je peux prétendre qu'elle m'aime toujours.

Elle murmure quelque chose à chaque baiser mais je ne comprends pas quoi car je n'entends que l'écho des pulsations de mon cœur et la sensation de ses lèvres sur ma peau. Plus rien n'a d'importance, juste ce moment.

Elle délaisse mon dos et me fait à nouveau face mais j'élude immédiatement son regard. Elle ne dit rien, au lieu de ça elle trace mes cicatrices du bout de ses doigts avant des les couvrir de baisers.

Mon cœur bât à tout rompre, ma respiration est superficielle, je me sens comme prise d'un vertige. Toutes mes émotions sont en conflit, je suis confuse car je ne comprends pas comment Catherine peut adorer ce corps de ses lèvres j'ai peur, peur que tout cela ne soit le produit de mon imagination j'ai honte j'ai envie…

J'ai envie…

Malgré moi, je ressens du désir. Il y a encore quelques instants je ne croyais pas pouvoir ressentir une telle chose à nouveau, encore moins inspirer un tel sentiment et pourtant je suis là, à demi-nue devant Catherine, qui ne cesse d'insuffler ce désir en moi avec ses lèvres et ses caresses délicates.

Ses lèvres se posent sur la cicatrice qui orne mon bas ventre, celle de la première fois. Je saisis le visage de Catherine gentiment et l'attire vers moi, je ne peux plus éviter son regard. J'ai besoin de savoir. J'ai besoin de comprendre.

Mes yeux sondent son regard à la recherche de… je ne sais quoi. Je ne sais pas ce qui m'effraie le plus, de ne pas y trouver ce à quoi je m'attendais, le dégoût, la révulsion, de la pitié, ou d'enfin comprendre la signification de ses baisers.

Je repense à cette fin de journée il y a un mois, sur son perron lorsque pour la première fois nous avons été honnêtes l'une envers l'autre quant à nos sentiments. Cet amour qui brillait alors dans ses yeux est encore là, il est toujours là.

Ce n'est que maintenant que j'apprécie cet amour dans son intégralité. Il est là, infaillible et inconditionnel. Je sais à cet instant que Catherine a entendu toutes mes confessions sans la moindre équivoque, qu'elle me voit complètement, qu'elle voit la fille que j'ai été, la femme que je suis elle me voit dans toute ma vulnérabilité, avec mes stigmates. Elle me voit et malgré ça son amour reste inébranlable.

Plus encore, elle me désire.

Ce souffle que je retenais jusque là m'échappe, et c'est un poids qui se soulève de ma poitrine. J'ai beau douter, j'ai beau ne pas comprendre, je ne peux pas nier ce que les yeux de Catherine me crient silencieusement.

« Tu es belle ma Sara… si belle…» elle murmure doucement alors qu'elle continue ses caresses au niveau de mon abdomen.

Je décide d'ignorer mes incertitudes, de museler cette voix qui n'a jamais eu cesse de me répéter que je ne valais rien, que j'étais abjecte et pire encore. Je fais le choix de m'accrocher à Catherine, à cet amour qu'elle m'offre sans condition et au désir fébrile et naissant.

Je capture ses lèvres espérant lui exprimer tout l'amour que je lui porte, toute ma gratitude pour cet amour qu'elle m'offre si généreusement.

Chapitre 46 : Catherine

C'est étrange comme un geste familier peut être nouveau à la fois. J'ai embrassé Sara auparavant et pourtant à ce moment précis c'est comme une première fois.

Peut être parce que tout a changé.

Elle s'est mise à nue, elle a acceptée d'être vulnérable devant moi, de vocaliser ses peurs les plus profondes. Je l'ai rassuré sans rien dire, car parfois les gestes en disent plus. Par une trainée de baisers je lui ai assuré que ses confessions n'avaient en rien altérer mes sentiments, pas plus qu'elles n'avaient émoussé mon désir pour elle.

L'incertitude, la peur, la confusion, toutes ces émotions étaient encore visibles au fond de ses yeux, lorsqu'elle me scrutait il y a quelques instants. Cette fois les mots ne m'ont pas fait faux bond. Je lui ai affirmé qu'elle était belle, quoi qu'elle en pense. Je sais bien qu'il faudra du temps pour qu'elle accepte cette vérité et bien d'autres, mais du temps j'en ai à revendre et je n'ai pas l'intention d'aller où que ce soit alors je lui répèterai ces mots encore et encore jusqu'à ce que le moindre de ses doutes s'estompe.

Elle a soudé ses lèvres aux miennes dans un long baiser. Ce premier baiser était comme pour se rassurer que tout ça était bien réel, pour réaffirmer ses sentiments sans dire un mot.

Lorsqu'elle rompt le contact nous sommes toutes les deux légèrement essoufflées. L'air est électrique et notre désir mutuel est palpable. J'initie le contact cette fois, mes mains fermement posées sur ses hanches nues, les siennes toujours sur mon visage.

Ce baiser est fiévreux, enivrant. Je l'attire un peu plus à moi, j'ai envie d'elle, envie de la sentir, envie de la découvrir. Je romps notre baiser de manière abrupte car je ne peux plus retenir mon désir. Je recule doucement lorsque Sara tente de capturer mes lèvres à nouveau.

Je vois un éclair de panique traverse ses yeux. Avant qu'elle n'interprète mal mon geste je pose ma main gauche par-dessus la main qu'elle a contre ma joue. Je lui embrasse le creux de la paume et lui souris doucement.

Je prends sa main dans la mienne, emmêle nos doigts, sans rien ajouter j'ouvre la marche et elle me suit docilement. Je nous guide à l'étage jusqu'à ma chambre d'un pas lent. Mon cœur bât fort comme s'il essayait de s'échapper de ma cage thoracique, j'arrive à peine à respirer lorsque je referme la porte de ma chambre derrière nous.

C'est comme si je ne réalisais que maintenant ce qu'il se passe. Je tremble comme une feuille, intimidée à l'idée de lui faire l'amour, nerveuse à l'idée d'être nue devant Sara. C'est bête j'ai toujours eu une certaine assurance quant à mon corps, à mon pouvoir de séduction, mais là…

Là je suis plus que consciente des années qui nous séparent, des traces laissées par le temps, que mon corps n'a plus 20 ans. C'est vain et idiot, je m'en rends bien compte mais je n'y peux rien.

Sara prend mon inaction comme un changement d'avis peut être car elle va pour croiser les bras sur sa poitrine. « Non ne… s'il te plait, » je la retiens en faisant un pas vers elle. Je lui souris timidement. « J'ai tellement envie de toi… » je lui confesse dans un murmure, je peux sentir mes joues s'empourprer à ma déclaration. « Je… »

Je lui reprends la main et la pose sur ma poitrine pour qu'elle sente à quel point elle me chamboule. Elle ne peut pas masquer sa surprise et je ris timidement. C'est un peu comme si on était 2 ados, c'est la première fois et c'est maladroit et effrayant et excitant et incroyable.

Sara se mord la lèvre inférieure, elle hésite puis prends l'initiative et commence à défaire doucement les boutons de mon chemisier. Ses doigts tressaillent aussi elle doit s'y reprendre plusieurs fois. Je frissonne alors qu'elle effleure ma peau en écartant les pans de mon chemisier. La sensation du tissu glissant le long de mes bras est délicieuse.

Je sors de ma transe et capture les lèvres de Sara, mes mains trouvent à nouveau ses hanches alors qu'elle dégrafe mon soutien gorge. Sa bouche quitte mes lèvres pour dessiner le contour de mon visage, mon cou, elle embrasse mon épaule gauche tout en faisant glisser la bretelle de mon soutien, elle répète la même action sur mon autre épaule. Je lâche prise juste le temps qu'elle me débarrasse de cette barrière de tissu.

Le contact entre nos peaux est électrique, à tel point que je manque de perdre l'équilibre. J'enroule mes bras autour de ses épaules et l'embrasse fougueusement. La caresse de ses seins contre les miens ma galvanise et j'ai besoin de la sentir encore plus proche de moi.

Je laisse mes mains glisser le long de son corps jusqu'à ce que j'atteigne le premier bouton de son jean, elle a le même mouvement et pour le coup on se gêne mutuellement. Le léger fou rire qu'on échange dissipe un peu la tension nerveuse.

J'inspire profondément et fais deux pas en arrière, sa peau me manque immédiatement mais je me force à me concentrer sur le plus important, à savoir nous débarrasser de nos derniers vêtement. Sans jamais quitter Sara des yeux, je retire mes chaussures et les envoie valser sur les côté. Elle en fait de même, puis ses yeux suivent le mouvement de mes mains, je défais le premier bouton de mon pantalon, puis le second, puis le troisième. Sara semble hypnotisée par le mouvement, et quand je ne continue pas, d'instinct elle relève les yeux pour me regarder.

J'ai un petit hochement de tête lui désignant son propre jean. Ses mains tremblent aussi il lui faut quelques secondes pour réussir à libérer le premier bouton, elle défait les trois et s'arrête pour plonger à nouveau son regard dans le mien.

On s'observe mutuellement, mon sourire est timide et je ne peux pas m'empêcher de mordiller nerveusement ma lèvre inférieure. J'inspire un grand coup et fais doucement glisser ma culotte et mon jean le long de mes jambes, révélant ainsi mon corps à Sara.

Je garde les yeux rivés sur mon bracelet électronique quelques secondes pour m'accorder un peu de répit, un peu inconfortable maintenant que je suis dans mon plus simple appareil. Quand j'ose timidement regarder Sara, son expression est suffisante pour effacer tous mes doutes. Elle a les yeux légèrement écarquillés et la bouche entrouverte, elle semble avoir oublié comment respirer.

D'avoir un tel effet sur elle booste mon égo immédiatement. Je la laisse dessiner mes courbes de ses yeux, elle semble fascinée par ce qu'elle voit, et je suis parcourue d'un frisson lorsqu'elle humidifie ses lèvres inconsciemment. Il lui faut un instant pour reprendre ses esprits, lorsqu'elle croise à nouveau mon regard elle rougit puis après une brève hésitation se sépare de ses derniers vêtements.

J'ai le souffle coupé face à la vision sublime qui s'offre à moi, mon cœur s'affole et mon désir est si intense que c'en est physiquement pénible. Je remarque des cicatrices également sur ses jambes mais absolument rien n'alterne sa beauté en ce qui me concerne.

Je peux sentir ses peurs refaire surface alors je me rapproche d'elle à nouveau et l'embrasse tendrement avant de la pousser doucement jusqu'à ce qu'on atteigne le lit. Elle s'assoit et recule doucement jusqu'à ce qu'elle soit au milieu du lit, je la suis et ne retiens pas mon soupir de plaisir lorsque nos corps se rencontrent pour la première fois.

Je capture à nouveau ses lèvres et frémis sous les caresses de ses mains. Je quitte ses lèvres et commence une exploration méticuleuse de sa peau, je m'attarde sur chacune de ses cicatrices, je les dessine du bout de la langue avant des les couvrir de baisers. Je marque sa peau à mon tour de mes dents, de mes lèvres.

Je m'imprègne d'elle de son odeur, de la sensation de sa peau contre la mienne, j'apprends ses courbes dans les moindres détails, je m'enivre d'elle. Mes sens sont exacerbés et je suis étourdie par la myriade de sensations qui s'écoulent dans mes veines avec abondance.

Elle psalmodie mon prénom et je réponds par des caresses. Ses gémissements de plaisir, son souffle court, ses caresses fébriles, tout absolument tout me donne la sensation d'être au cœur d'un incendie. Je manque de chavirer complètement lorsque je glisse ma main entre ses cuisses.

Je sens ses ongles s'enfoncer dans ma peau alors que mes doigts jouent au rythme de ses hanches la sensuelle mélodie de notre désir. Je suis tellement concentrée sur ses réactions que je suis surprise lorsqu'elle m'amène vers elle en plaçant sa cuisse entre les miennes, la sensation est si intense que pendant quelques secondes j'oublie comment respirer.

Ses mains sur mes hanches elle me guide jusqu'à ce que nos deux corps atteignent une harmonie rythmique. Nos respirations sont de plus en plus saccadées à mesure qu'on s'élève toujours plus haut vers un nirvana sensuel.

« Cath… Cath… » sa voix n'est plus d'un murmure « … je… » elle tente de parler mais abandonne à bout de souffle.

Les mots sont inutiles car je suis là avec elle prête à basculer, nos regards se soudent et le temps semble s'arrêter, un instant, un souffle. Il n'y a qu'elle et moi, en symbiose tant émotionnelle que physique. Le moment est si intense que c'en est douloureux.

Puis le temps reprends son cours, nos deux corps convulsent dans une déferlante de plaisir. C'est une vague incandescente d'amour et de passion qui incendie tout mon être de l'intérieur.

Je manque de m'écraser sur Sara n'ayant presque plus de force pour me soutenir. Je repose mon front contre le sien, les yeux fermés tentant désespérément de reprendre mon souffle. Je n'ai jamais ressenti quelque chose d'aussi fort, c'est effrayant car à cet instant précis c'est comme si mon cœur n'était pas assez grand pour contenir tout l'amour que je porte à Sara, je ne peux empêcher les larmes de couler le long de mes joues.

Je pantelle comme un plongeur qui vient de remonter à la surface à la dernière seconde avant l'asphyxie.

« Je t'aime… » les mots passent mes lèvres dans un souffle.

Elle saisit mon visage doucement de ses mains tremblantes et m'embrasse, le baiser est salé. Lorsqu'elle rompt le contacte pour plonger ses yeux dans les miens je vois que je ne suis pas la seule à pleurer. « Je t'aime Cath… plus que tout, » dit-elle d'une voix fébrile.

Ce n'est pas la première fois qu'on échange ces mots, mais jamais ils n'ont eu autant de poids qu'à cet instant.

« Je t'aime, » je répète avant de l'embrasser à nouveau.

Mes lèvres alternent entre des baisers et une litanie de 'je t'aime', je ne peux pas m'empêcher de les répéter plus que je ne peux m'arrêter de respirer.

Je suis folle amoureuse de Sara et j'ai encore envie de le lui montrer alors même que je n'ai pas repris mon souffle et que mon corps est toujours secoué par cette première vague d'extase.

Je suis folle amoureuse de Sara et j'ai besoin de lui montrer à quel point, tout comme j'ai besoin d'oxygène.

« Je t'aime… » je ne cesse de lui murmurer alors que je commence déjà une nouvelle exploration de son corps pour assouvir ce besoin de lui exprimer mes sentiments de manière physique, pour me rassurer qu'elle est bien là et que tout ça est bien réelle.

Je l'aime et à cet instant la seule chose qui m'importe c'est qu'elle le sache et surtout qu'elle le ressente.

Chapitre 47 : Sara

J'ai l'impression de rêver, pourtant tout est si réel. Mes doigts sont bien en train de parcourir le dos nu de Catherine dans des caresses lascives, son corps est bien blottit contre le mien, son bras sur mon ventre, ses jambes entrelacées aux miennes c'est bien son cœur que je sens battre contre ma peau. J'embrasse le haut de son crâne et Catherine se resserre contre moi avant de déposer un baiser au creux de mon cou.

J'ai perdu toute notion de temps et bien que nous ayons fait l'amour jusqu'à épuisement, je peux sentir un désir pour elle encore vif brûler au creux de mon estomac.

Mon cœur se gonfle quand je repense à ses caresses, à ses lèvres sur ma peau, à la révérence avec laquelle elle a touché chacune de mes cicatrices. Pour la première fois je me suis sentie à l'aise dans ma peau, et même si mon corps me fait toujours horreur, Catherine a su me faire me sentir belle à son contact et je n'aurais jamais assez d'une vie pour la remercier.

Elle m'a aimé, elle m'aime.

Je n'arrive pas à croire que j'ai dessiné ses courbes, que j'ai découverts chaque centimètre de sa peau, son goût…

« J'ai imaginé être avec toi depuis si longtemps… » sa voix me tire de mes pensées. « C'était un cliché romantique, un diner romantique pour lequel j'ai passé une après midi entière à me demander ce que j'allais porter, ou savoir comment j'allais me coiffer… »

Elle laisse ses doigts vagabonder sur mon ventre en parlant. « Je n'étais pas accusée de meurtre et assignée à résidence… »

« J'imagine aussi que je te disais des mots doux au lieu de te révéler un passé plus que sordide, » je marmonne sèchement, toutes mes peurs refont surface d'un coup.

Elle se tend immédiatement à mes mots, tandis que je peux sentir tous mes murs de défense se redresser. « Tu regrettes ? » la question passe la barrière de mes lèvres avant que je ne puisse me censurer.

Catherine bouge de façon à être sur moi et je détourne immédiatement mon regard. « Pas une seule seconde… » sa voix est ferme. « Sara, regardes moi s'il te plait. »

Elle attend que je m'exécute avant de continuer. « Je ne regrette pas une seule seconde ce qu'on vient de partager, et je ne changerai aucun détail pour rien au monde. Tu m'entends ? »

Ses mains se posent sur mes joues, puis elle capture mes lèvres. « Je sais ce qu'il t'en a coûté de me parler et je ne peux pas exprimer toute ma gratitude ou te faire comprendre à quel point je suis honorée que tu m'ais fait confiance pour me dire toutes ces choses. »

J'ai l'impression de me noyer dans le bleu de ses yeux tellement son regard est intense. « Bien sûr que j'aurais souhaité que rien de tout ça ne te soit arrivé car la seule idée qu'on t'ait fait du mal me rend malade mais le fait est que ces choses que tu as vécues ont fait de toi la femme que tu es aujourd'hui. Je suis amoureuse de cette femme, Sara, » elle me sourit. « Je suis amoureuse de toi. »

Il y a une chaleur inexplicable qui se propage dans ma poitrine, mon cœur se contracte violemment à ses mots et pourtant ce n'est pas de la douleur que je ressens, bien au contraire.

« Je t'aime Sara, et je te le répèterai, et te le montrerai encore et encore jusqu'à ce que tu l'acceptes comme un fait irréfutable et encore et encore tant que tu voudras de moi. »

Ma vue se brouille alors que mes émotions se traduisent par des larmes, j'écrase mes lèvres contre les siennes dans un baiser fougueux et ne rompt le contact que lorsque l'oxygène vient à manquer. « Je t'aime, Cath, » ma voix est tremblante mais je continue. « J'ignore ce que j'ai fait pour te mériter mais une chose est sure, je n'ai aucune intention de te laisser partir un jour, t'es coincée avec moi. »

Elle m'offre un sourire radieux : « Tant mieux. »

Elle m'embrasse et il ne faut pas longtemps pour que nos corps se cherchent à nouveau.

Chapitre 48 : Catherine

J'enlace Sara par la taille et repose ma tête contre son dos alors que l'eau tombe sur nous.

« Je me suis dit qu'on économiserait de l'eau comme ça, » je justifie avec humour ma présence avec elle dans la douche.

« C'est très important de préserver l'environnement, » elle rit doucement en plaçant ses bras sur les miens pour resserrer notre étreinte.

La vérité est que j'ai ce besoin insatiable d'être à son contact, comme pour me rassurer que je ne rêve pas. C'est aussi en partie parce que je sais que je n'aurais pas le luxe de pouvoir passer autant de temps que je le souhaite avec elle.

On commence à se laver en silence. On se taquine en se savonnant l'une l'autre, on se vole quelques baisers ici et là.

Une fois qu'on a finit on reste sous le jet d'eau dans notre position initiale, mes bras autour de sa taille, mon visage contre son dos.

Je me sens devenir un peu mélancolique car je me souviens que je suis prisonnière de chez moi et que lorsque Sara partira d'ici, elle ira au boulot puis elle devra rester auprès de Lindsey. J'ignore quand je pourrai avoir un moment avec elle, alors je profite d'elle, de notre nouvelle intimité, je m'imprègne des moindres détails.

« Restes. »

Elle tourne la tête pour me regarder du coin de l'œil et même si on ne se fait pas face je sais qu'elle ne comprend pas ma requête. « Ne vas pas au labo aujourd'hui, ni demain. Restes avec moi. Linds, ta mère et Charlie comprendront… restes s'il te plait. »

Elle se retourne complètement pour me regarder. Je ne suis pas prête pour une nouvelle séparation. C'est aussi simple que ça. L'enquête pour prouver mon innocence n'avance pas vraiment (si elle avance), donc qui sait quand je retrouverai ma liberté ?

Je veux pouvoir faire semblant pendant encore un moment que le monde extérieur n'existe pas, que je ne suis pas accusée de meurtre et prisonnière en ma demeure. Je veux qu'elle reste.

« J'ai besoin que tu restes avec moi, » je baisse les yeux un peu honteuse d'être aussi exigeante et égoïste.

Elle saisit mon menton délicatement pour me forcer à la regarder à nouveau, elle me sourit affectueusement et acquiesce d'un hochement de tête avant de m'embrasser. Quand ses lèvres quittent les miennes je l'enlace contre moi de toutes mes forces.

Je ne pense pas qu'on ait vraiment fait un geste pour l'environnement car on ne sort de la douche qu'une fois l'eau chaude épuisée.

Une fois habillées on se rend dans la cuisine pour se nourrir, n'ayant pas particulièrement envie de cuisiner on opte pour commander une pizza, et on se love sur un des canapés du salon en attendant.

On ne parle pas, on se contente d'apprécier le nouvel ordre des choses. Tout a changé et en même temps tout est pareil.

Elle quitte notre étreinte lorsqu'on sonne à la porte et pendant le court laps de temps qu'il lui faut pour récupérer les pizzas, je repense à tout ce qu'il s'est passé, à tout ce que j'ai appris sur Sara. J'ai une nouvelle perspective sur tout et je sais aussi avec certitude que je ne peux pas la perdre, avec Lindsey, elle est ce que j'ai de plus cher.

« Cath, est ce que ça va ? » elle s'assoit sur la table basse pour me faire face.

« Je veux que tu sache que je ne te ferai plus jamais autant de mal, ni physiquement, ni émotionnellement… »

« Cath, stop… »

« Je ne lèverai plus jamais la main sur toi, ce que… »

« Cath, stop ! » elle s'exclame plus fermement. « Ne fais pas ça s'il te plait. Je ne veux pas que tu marches sur des œufs à cause de ce que je t'ai dit, et que tu me vois comme une victime… »

« Non, non… » je me rapproche d'elle et lui prends les mains. « Ce n'est pas ce qu'il se passe… j'ai juste besoin de vocaliser ces choses, pour que tu saches que je t'aime et que je ferai tout pour me battre pour nous… » j'ai du mal à articuler mes pensées. « J'ai juste une meilleure perspective sur tout ce qu'il s'est passé et… je n'aurais jamais dû lever la main sur toi… »

« J'ai eu tort d'amené Angus sans prévenir, j'aurais dû t'en parler avant, et attendre d'avoir ton accord… »

« Sara… c'est peut être vrai, mais on sait toutes les deux que si tu ne m'avais pas mise au pied du mur je n'aurais jamais accepté de le voir peu importe les arguments… il parait que j'ai la tête dure… »

Elle rit doucement à ma remarque. « J'aurais dû te faire confiance… j'ai été stupide et j'ai failli te perdre… en fait j'ai été stupide depuis le début de cette histoire… mais c'est fini tout ça… » j'ajoute.

Mes peurs refont surface et je peine à continuer. « Lindsey et toi, vous êtes ce que j'ai de plus cher et je ne survivrai pas si je venais à perdre l'une d'entre vous. J'ai peur de te perdre Sara…je… j'avais besoin de te dire ces choses parce que je ne veux pas te perdre… » Ma respiration est chancelante. « La seule chose qui ait changé entre hier et aujourd'hui est que je t'aime un peu plus. »

Les larmes coulent malgré moi.

« Cath… hey… » elle se saisit délicatement de mon visage et efface mes larmes. « Tu ne vas pas me perdre, » elle me rassure.

« J'ai tellement peur… peur que la situation ne s'arrange pas, peur de ne pas pouvoir nous offrir un avenir… J'ai peur d'aller en prison… la seule idée de ne voir Lindsey qu'à travers une vitre… » la panique prend le dessus et je commence à hyperventiler.

« Cath… mon cœur calme toi… » Sara demande gentiment mais fermement. « Regardes moi, je te promets que tout rentrera dans l'ordre. Je te le promets tu m'entends ? Et tu sais que je ne romps jamais mes promesses, » elle presse ses lèvres contre les miennes.

« Je te promets que tout va s'arranger. Et bientôt, tout cela ne sera qu'un souvenir et je t'emmènerai diner dans un grand resto avec Linds et on aura tout le temps du monde pour nous construire un futur. Je te le promets. »

Je m'accroche à ses promesses avec férocité et hoche faiblement la tête. Elle dit vrai, elle a toujours tenu ses promesses.

Elle m'embrasse à nouveau puis elle nous entraine dans la cuisine. Elle s'assoit et me prends sur ses genoux et je ne résiste pas, la connexion physique a un effet lénitif sur moi et je pense qu'elle le sait.

« Angus, veut avoir un rôle actif dans la vie de Lindsey, » je déclare sans préambule alors qu'on mange en silence depuis presque un quart d'heure.

« Comment tu te sens par rapport à ça ? »

J'hausse les épaules. « Pendant tout ce temps je l'ai vu comme l'ennemi, alors qu'au fond c'est un juste un gamin qui cherche sa famille. J'ai enfin vu Steph à travers lui l'autre jour alors… même si j'aurais besoin d'encore un peu de temps pour m'habituer à la nouvelle dynamique, le moins que je puisse faire c'est de le laisser dans la vie de Linds surtout après tout ce qu'il s'est passé, » je réponds avant de finir une autre part de pizza. « Cela dit, je lui ai fait savoir que la décision finale revenait à Linds. »

« Je pense qu'elle sera d'accord, ils ont commencé à s'entre un peu mieux. Il lui a toujours dit que pour lui tu étais sa mère peu importe ce que disait la génétique. »

« Heureusement que Steph avait tout prévu. »

« Oui, je vais demander à Charlie de prendre rendez vous avec le juge pour qu'on arrange le retour de Linds. »

« La première chose que je ferai une fois que tout ça sera fini c'est de l'adopter officiellement. Je ne veux plus jamais avoir à me demander si on sera séparé. »

Je ferme les yeux et pose ma tête sur son épaule. « Je sais que je l'ai déjà dit, mais je n'aurai jamais assez pour te remercier pour tout ce que tu fais, pour Linds et pour moi. »

« Je peux penser à un moyen de me remercier, » dit-elle d'une voix suggestive.

Je ris doucement mais mon désir se ravive doucement au creux de mon estomac. « T'es insatiable. »

« Avec une amante aussi hot et sexy, je ne pense pas qu'on puisse me le reprocher, » elle répond avant d'attacher ses lèvres à mon cou.

L'air se charge immédiatement et je m'abandonne totalement à mon renouveau de désir pour elle.

Chapitre 49 : Sara

J'ai dû mourir sans m'en rendre compte et atteindre le Paradis. Je viens de passer les dernière vingt-quatre heures à faire l'amour avec Catherine, à partager des souvenirs, à en créer des nouveaux, à découvrir un nouveau sens au mot intimité - je n'ai jamais été aussi proche, aussi vulnérable, aussi connecté tant bien sur le plan émotionnel que physique avec qui que ce soit.

Le rêve touche presque à sa fin malheureusement. Si on a ignoré le reste du monde jusqu'ici dans quelques heures il faudra que j'aille au boulot et ensuite je devrais rentrer chez moi parce que je dois m'occuper de Lindsey. La vie va reprendre son cours et Cath et moi seront séparées pour une durée indéterminée, cette seule pensée fait mon cœur se contracter dans ma poitrine. Je n'ai pas envie de la laisser, je n'ai pas envie de quitter notre bulle.

« Arrêtes… » la voix de Cath pénètre mes pensées.

« Arrêter quoi ? » je lui demande confuse.

« Tu es en train de penser au moment où tu vas partir, l'anticiper ne rendra pas les choses plus simples alors, arrêtes d'y penser et reste là, dans le présent, avec moi, » elle me sourit tendrement avant de m'embrasser.

Je la resserre contre moi et me contente d'apprécier notre étreinte « Tu as raison, excuses moi, » je ne prends pas la peine de nier qu'elle a vu juste.

On est sur le canapé en train de regarder un film, même si je dois dire que j'ignore de quoi il s'agit, je suis trop occupée à caresser le bras de Cath et à lui embrasser le haut du crâne. J'ai besoin de la toucher de lui montrer mon affection en continu tout comme j'ai besoin d'oxygène.

A un moment elle retourne mes baisers dans le creux de mon cou sans y penser. Mon corps réagit immédiatement, je sais déjà que jamais je ne serai jamais lasse de son contact, bien au contraire, je développe une addiction à sa personne que j'ai bien intention d'entretenir.

Le film est vite oublié alors qu'on finit par faire l'amour sur le canapé. Éventuellement on finit par retourner au lit pour d'autres explorations charnelles passionnées.

« Sara ? »

« Hmm ? »

« Tu veux bien me dire où en est l'enquête, s'il te plait ? »

J'arrête le tendre va et vient de mes doigts le long de son dos, surprise par sa question.

« On avance… doucement, » je réponds prudemment. Ce n'est pas un mensonge, on avance à pas de fourmi mais on avance. Le souci est qu'on a des débuts de pistes plus qu'autre chose et c'est difficile de parler de quelque chose de concret.

Elle soupire et se tend dans mes bras. Pendant une seconde j'ai peur qu'elle ne rompe notre étreinte mais elle n'en fait rien.

« Jusqu'ici on peut prouver que Jimmy était un peu trop avenant avec Stéphanie, et on a au moins une preuve visuelle qu'il y avait des tensions entre lui, Eddie et Dwight. »

« En gros, vous n'avez rien de concret… » elle murmure avec défaite.

« Cath… »

« Ce n'est pas grave, je ne m'attendais pas à un miracle. »

Cette fois elle se désengage de moi, elle se lève et se couvre de sa robe de chambre en soie.

J'aimerai tellement la rassurer, lui donner ne ce serait qu'une parcelle de bonne nouvelle. Je sais que l'affaire me frustre et j'imagine sans peine que c'est bien pire pour elle.

« Cath… »

« Je vais bien, » elle me rejette.

« Ne mens pas, s'il te plait. »

« Qu'est ce que tu veux que je te dise, Sara ? » elle perd légèrement son sang froid. « Ma vie est sans dessus dessous et je n'ai aucune certitude que les choses reviennent à la normale ! » elle commence à faire les cent pas.

« J'ai l'impression d'être prise au piège dans un manège cruel. La situation se règle avec Linds et je suis enfin avec toi comme je le voulais mais tout ça ne veut rien dire parce que demain on peut m'envoyer en prison pour un crime que je n'ai pas commis… alors à quoi bon ? Non, je ne vais pas bien, j'en ai marre. Marre d'être là dans cette stupide maison et de faire semblant que tout ira pour le mieux pendant quelques heures ou un jour ou deux. Parce que la vérité est que même toi tu n'en sais rien ! »

Elle se saisit d'un bibelot sur sa commode et le jette à travers sa chambre avec un léger cri de frustration.

J'enfile un short, un t-shirt et attends patiemment.

« Vas y, baratines moi, dis moi que vous allez y arriver, dis moi qu'il y a une superbe piste qui attends d'être suivie et que tout n'est qu'une question de temps. Dis-moi de garder espoir et de ne pas céder à mes angoisses ! »

Elle balance un autre bibelot, puis un autre, tout sur sa commode y passe, mais je reste de marbre.

« Dis quelque chose, bon sang ! » elle hurle exaspérée par mon silence.

« Je refuse de me battre avec toi. Je me battrai pour toi jusqu'à mon dernier souffle s'il le faut, mais je ne me battrai plus avec toi, c'est une perte d'énergie que je ne peux plus me permettre, » je réponds calmement.

Elle rit amèrement, clairement ce n'est pas ce qu'elle attendait de moi. Je sais bien qu'il ne s'agit que de ses angoisses et qu'elle a juste besoin de les laisser ressortir, peut être qu'elle gardait ça en elle depuis longtemps, mais je sais aussi que de lui céder une dispute ne changera rien sauf peut être à m'épuiser mentalement.

« Je ne te mens pas, on avance, doucement mais on avance. Le temps joue contre nous mais jusqu'ici on arrive à prouver que Jimmy n'est pas un saint et qu'il avait assez de tempérament et des motifs pour s'en prendre à Stéphanie. »

Je parle d'une voix posée pour la couper dans son élan et ça marche. Je me souviens soudain qu'on a peut être une piste concrète hormis le bout de vidéo montrant une altercation avec Jimmy, Eddie et Dwight : Michael Kelso.

J'ignore ce qu'il a à me dire mais le fait est qu'il est peut être mon va-tout.

« Parles-moi de Michael Kelso, » je demande de but en blanc. Je ne devrais pas lui parler de ça mais je ne me sens pas de lui cacher quoi que ce soit. De toute façon j'ai vraiment besoin d'en apprendre le plus possible sur Michael. Évidemment, vu le conflit d'intérêt je ne peux pas les faire se rencontrer, et puis il y a une chance pour que Cath en sache beaucoup plus sur lui que quiconque.

Elle fronce les sourcils et me regarde avec un mélange de colère et confusion. « Qu'est ce que tu veux que je te dises ? » elle hausses les épaules.

« Quelle genre de relation tu avais avec lui ? »

« Je ne me suis pas envoyée en l'air avec lui si c'est ta question ! » elle fulmine.

Je prends une grande inspiration pour ne pas perdre mon sang froid. « Ce n'est pas ma question, » je lui précise. « Eddie et Dwight étaient proches puisqu'ils faisaient affaire ensemble. Stéphanie était avec Eddie et Michael était très proche de son frère, j'en déduis donc logiquement que tu avais un lien avec Michael d'une manière ou d'une autre, j'aimerai juste savoir lequel. »

« On était ami, je suppose. »

« Quel genre d'ami ? Est-ce que vous étiez proches, du genre à vous faire des confidences ou est ce que c'était juste une connaissance ? »

« Pourquoi cet intérêt soudain pour Michael ? »

« J'ai besoin de savoir où je mets les pieds. Il a plus ou moins accepté de me parler mais il n'est pas exactement avenant, je veux savoir si la mention de ton nom le fera sortir de ses gonds ou au contraire jouera en ma faveur. »

Elle m'observe longuement sans rien dire, croise ses bras sur sa poitrine comme pour se protéger avant de parler. « Je te l'ai déjà dit, cette période de ma vie… j'étais en orbite la plupart du temps. Michael était un ami, je suppose qu'on a flirté un peu lui et moi mais c'était presque comme un petit frère plus qu'autre chose, on avait tendance à faire la fête ensemble et quand on était sobre on parlait pas mal. »

« Les choses ont mal tourné entre vous ? »

« Non… c'est juste que la mort de Steph a été rude pour tout le monde. Eddie a sombré dans l'alcool et la drogue de manière incontrôlable, j'avais Linds sur les bras et ma propre addiction à gérer. Ensuite Dwight s'est fait arrêter pour le meurtre peu de temps après… tout est parti dans une spirale infernale et on était chacun pris au piège… »

Elle s'assoit sur le bord du lit mais garde une distance entre nous. « Michael croyait dur comme fer que Dwight était innocent, je crois même qu'il pensait pouvoir le prouver mais j'étais paumée et je ne savais pas quoi en penser… il suspectait quelqu'un mais ne m'a pas dit qui, il disait que c'était dangereux… quelques jours plus tard il avait été agressé, sa maison mise sans dessus dessous… je me suis dit que c'était à cause du business de Dwight et Eddie… et Michael… il a quitté la ville quelque temps avec ses neveux… ensuite on a plus ou moins coupé les ponts. Quand on s'est revu j'avais intégré la police scientifique et je pense que lui comme moi on voulait tirer un trait sur le passé donc on n'a pas vraiment gardé contact. »

J'essaie d'assimiler tout ce qu'elle me dit et me contrôle tant bien que mal pour ne pas sauter sur une conclusion hâtive

« C'est étrange, mais avant que tu ne mentionnes Michael j'avais complètement occulté cet épisode… enfin si tu considères la période ce n'est pas si bizarre après tout… »

Michael sait quelque chose, peut être que ce n'est rien, mais de toute évidence il est la clef du puzzle. Mais s'il savait depuis tout ce temps qui était coupable pour Stéphanie pourquoi avoir gardé le silence toutes ces années ? Après tout, s'il avait des preuves tout aurait été plus simple, non ?

Et s'il en voulait à son frangin ? Ou peut être à Eddie ? Non, ça n'a aucun sens…

Bon sang, évidemment il est hors de la ville et je ne peux rien faire d'autre qu'attendre son retour, en espérant qu'il n'ait pas changé d'avis entre temps.

« Pardonnes-moi pour tout à l'heure… » le murmure de Catherine me tire de mes pensées.

Je m'approche d'elle et la prend dans mes bras. « Je ne vais pas te mentir, j'imagine ce que tu ressens mais je ne peux pas vraiment l'apprécier comme toi… mais il ne faut pas que tu gardes toutes tes angoisses pour toi, dès que ça ne va pas dis le moi, laisses moi être là pour toi… n'attends pas d'imploser, je suis là et je ne vais nulle part, d'accord ? »

« Je suis terrifiée, » elle me confie d'une voix tremblante.

« Je sais, mon cœur, mais me rejeter n'améliorera pas les choses. »

Elle acquiesce et se blottit un peu plus contre moi. « On a encore quelques heures à nous, qu'est ce que tu veux faire ? »

Elle se redresse et m'embrasse. « Je veux juste que tu me tiennes contre toi. »

« D'accord. »

On se débarrasse à nouveau de nos vêtements et se rallonge. Les heures qui suivent sont passées au calme à échanger des caresses oisives, non pas pour faire naitre le désir mais juste pour réaffirmer notre intimité physique.

Chapitre 50 : Catherine

Je peine à me détacher de Sara. Le moment est venu pour elle de repartir, elle doit aller au boulot et après ça elle retournera chez elle. Je ne sais pas quand on aura un nouveau contact et cette seule pensée me donne la sensation de suffoquer.

« Appelles moi à n'importe quel moment, d'accord ? » elle déclare avant de me serrer contre elle.

Je me recule légèrement pour capturer ses lèvres. Je m'imprègne du goût de ses lèvres, de sa langue, de la sensation de ses bras autour de moi.

« Je t'aime, » je lui murmure après plusieurs minutes.

Elle repose son front contre le mien, et soupire. « Je t'aime, Cath, » elle me répond.

Je capture brièvement ses lèvres puis romps le contact, je la repousse gentiment car je sais que sinon je trouverai une raison pour la retenir.

« File. »

Elle acquiesce et n'ajoute rien avant de sortir. Elle ne me regarde à nouveau que lorsqu'elle est au volant de sa voiture, elle me sourit et me salue de la main avant de démarrer.

Je rentre et m'appuie contre la porte, un long soupir m'échappe alors que je me laisse glisser par terre.

Je veux retrouver ma vie. Je n'en peux plus d'avoir tout à porter de main et pourtant de n'avoir le contrôle sur rien.

xxxxx

« Prête ? » Connor me demande.

Deux jours se sont écoulés depuis que Sara est partie, au vu des nouveaux développements concernant la situation avec Linds, j'ai rendez-vous avec le juge aujourd'hui. Je suis nerveuse mais par-dessus tout je suis excitée car pour la première fois depuis que je suis assignée à résidence je vais pouvoir sortir de cette foutue maison et aller plus loin que ma boite aux lettres.

« Oui. »

Sara n'est pas là, elle est sur le terrain mais elle sera chez le juge le temps que j'arrive. J'ai hâte de la voir. On a eu deux jours complets pour nous et depuis plus rien. Elle me manque tellement que c'en est physique. Bien sûr on a gardé un minimum de contact, mais les messages ou les appels ne sont qu'un bien maigre substitut. La sensation de manque est plus intense que pendant mes pires heures de sevrage à la coke.

Bien que ce soit le protocole, Connor fait fi des menottes lorsque nous sommes dehors. Je suis contente qu'il ait aussi eu la gentillesse de prendre une voiture banalisée, car j'aime autant ne pas être un sujet de discussion pour mes voisins.

Je suis surprise lorsque Connor ouvre la porte côté passager avant mais ne dis rien et me contente de monter en voiture et de m'attacher.

Je regarde défiler le paysage en silence. C'est fou ce qu'on considère comme acquis, le fait de pouvoir aller et venir à sa guise, quand on le souhaite. Si je retrouve… non… quand je retrouverai ma liberté je sais que je profiterai de tout ça.

« Je suis désolé pour tout ça, tu sais. »

La voix de Connor me surprend, je me tourne vers lui et le regarde avec confusion. « Je veux que tu saches que je n'ai rien contre toi, je sais… »

Il marque un temps, je peux voir qu'il n'est pas à l'aise mais je ne dis rien, sentant qu'il n'a pas finit. « J'ai juste fait mon job… je ne t'en veux pas si tu penses que je suis un salaud après tout ce qu'il s'est passé mais il faut que tu comprennes que j'aurais fait pareil avec n'importe qui. J'ai beaucoup de respect pour toi et même si ça ne semble pas évident, je suis de ton côté, je l'ai toujours été » il serre les poings autour du volant.

« Je t'en ai voulu c'est vrai, et je t'ai maudit… mais au fond je sais que tu as bien fait. Tu es un flic intègre et je te dois beaucoup, la dernière chose dont j'ai besoin c'est d'un vice de procédure. Et puis le fait que je fasse partie de la maison ne devrait pas être un passe-droit, » je le rassure.

Il est vrai que j'étais plus que furieuse contre lui et son côté psychorigide quant au protocole, mais avec le recul je sais qu'il a eu raison.

« J'accepte tes excuses, et quand tout ça sera finit, je te paierai une bonne bière en guise de calumet de la paix, » je lui souris gentiment.

Il se détend et me rend mon sourire. Je réalise seulement à quel point tout ça le tracassait. Certes ce n'est pas celui dont je suis le plus proche mais on travaille ensemble depuis des années et on a traversé des situations difficiles aux côté de l'autre.

Le reste du trajet se fait dans un silence confortable. Une fois encore il ne me passe pas les menottes, bon il est vrai qu'avec mon bracelet à la cheville même si j'avais la fausse bonne idée d'essayer de m'enfuir je n'irai pas bien loin alors…

Sara est déjà là lorsqu'on atteint le bureau, je dois me forcer à ne pas lui courir dans les bras. Son visage s'illumine dès qu'elle me voit. Elle salue Connor d'un signe de tête et me prend dans ses bras. « Salut, toi, » elle murmure à mon oreille avant de déposer un baiser aussi léger qu'une plume sur ma joue.

« Tu m'as manquée, » je déclare doucement.

« Toi aussi, mon cœur, » elle m'embrasse le front.

« Comment va, Linds ? »

« Bien, elle a hâte de retrouver sa chambre. »

Mon sourire s'élargit, je n'arrive pas encore à croire que Linds va pouvoir revenir vivre avec moi.

Sara s'assoit à mes côtés, elle prend ma main et mêle nos doigts ne se souciant guère de la présence de Connor.

Angus arrive cinq minutes après moi, et je l'accueil avec un sourire. Il me faudra encore un peu de temps mais je commence seulement à assimiler le fait qu'il fasse désormais partie du décor, à terme je pense que j'arriverai à le considérer comme un membre de ma famille à part entière - c'est ce qu'il est après tout.

Charlie qui s'était absenté le temps de passer un coup de fil nous rejoint juste à temps pour me saluer chaleureusement avant que le juge n'ouvre sa porte.

Le juge nous invite à entrer, seul Connor reste à l'extérieur. Juge Salinger est jeune, une trentaine d'années mais avec l'air de quelqu'un qui a beaucoup d'expérience. Il a un regard vert perçant et un visage expressif, pour le moment il a l'air bienveillant, mais j'imagine sans peine qu'il doit être intimidant lorsqu'il se montre autoritaire.

« Bonjour à tous, » le Juge Salinger nous salue. « Est-ce que je peux vous offrir quelque chose à boire avant que nous ne commencions ? »

Nous déclinons tous son offre et attendons patiemment qu'il s'installe. Il prend le dossier devant lui et l'ouvre. « Bien, nous sommes réunit pour revoir la situation de Madame Willows concernant la garde de Lindsey Willows, » il annonce. « Tout d'abord j'aimerai savoir si Angus, vous avez pu établir le contact avec votre nièce. »

« Oui, Monsieur. Avec Sara, nous avons convenu d'un entretien régulier et je n'ai pas eu le moindre souci. »

Le juge acquiesce et continue. « J'ai pris connaissance de l'acte testamentaire de Jamie, il a été authentifié conforme par nos experts. L'acte désigne Catherine Annabelle née Flynn comme gardienne légale de Lindsey Catherine Mary Willows, » il lit à haute voix. « Souhaitez-vous contester l'acte, Monsieur O'Neil ? »

« Non, Monsieur, » Angus répond immédiatement.

« Madame Willows, vous êtes en droit de refuser la garde de Lindsey Catherine Mary Willows, si tel est le cas, Lindsey sera confié à son plus proche parent, en l'occurrence Monsieur O'Neil ici présent. Souhaitez-vous refuser la garde de Lindsey ? »

« Non, Monsieur, » je fais écho à Angus.

« Bien dans ce cas, il s'en suit que vous avez désormais la garde exclusive de Lindsey Catherine Mary Willows. »

Je soupire de soulagement. « Nous allons procéder à la signature des papiers officiels. Catherine, sachez que vous pourrez légalement adopter Lindsey si tel est votre souhait. »

J'hoche la tête vigoureusement, mes émotions sont si intenses que j'en suis sans voix. Les cinq minutes qui suivent sont passées à signer plusieurs papiers, le poids qui pesait sur ma poitrine depuis le début de toute cette épreuve vient d'être levé.

J'ai la garde de Lindsey, c'est officiel et personne ne peut plus le contester. Dès qu'on prouvera mon innocence je lance la procédure d'adoption pour qu'il ne subsiste aucune faille.

« Voilà une bonne chose de fait, » Salinger reprend. « Cela étant vous n'êtes pas sans savoir que la situation est particulière. Catherine si vous êtes légalement la gardienne de Lindsey, vous faites toujours l'objet d'une enquête pour meurtre. »

Par cette simple déclaration, Salinger vient de percer ma bulle d'euphorie pour me rappeler à la réalité. « De fait, conformément à un accord établit par mes soins la garde temporaire de Lindsey a été octroyée à Mademoiselle Sidle ici présente. »

Il prend une grande inspiration et soudain mon estomac se noue, je sens que je ne vais pas apprécier ce qui suit. « Madame Willows, vous êtes toujours assignée à résidence aussi, dans l'intérêt de Lindsey, elle restera sous la garde de Mademoiselle Sidle et ce jusqu'à la fin de l'enquête. »

Et merde…

« Votre honneur, si je peux me permettre, » Charlie prend la parole. « Lindsey est une adolescente qui comprend parfaitement la situation actuelle, je sais aussi qu'elle souffre énormément de la séparation d'avec sa mère. Sara s'engage à la garder sous sa responsabilité et à répondre à tous ses besoins, mais je fais appelle à votre clémence pour qu'elle puisse au moins retourner vivre chez elle, » il expose calmement

« J'entends, malheureusement j'ai ici un rapport indiquant que les termes de l'accord signé ont été transgressés. »

Non… impossible, il ne peut pas savoir que Lindsey était à la maison il y a quelques jours… tout le monde a été prudent… est ce qu'on me surveille et je ne m'en suis pas aperçu ?

« Le rapport montre plusieurs appels en provenance de la résidence Willows vers le numéro fixe Mademoiselle Sidle. »

Je ferme les yeux avec un léger soupir de soulagement. Bien sûr ce n'est pas une bonne chose, mais s'il avait eu la preuve que Lindsey était à la maison les choses auraient été bien pires.

« Elle n'essayait pas d'entrer en contact avec Lindsey. C'est moi qu'elle voulait joindre, et c'était urgent, » Sara me défend immédiatement.

Sara venait de fuir ma maison après avoir confessé son passé et franchement j'avais mieux à faire que de me soucier d'un stupide accord.

« Le fait est que… »

« Votre honneur, avec tout le respect que je vous dois les circonstances étaient exceptionnelles et c'est de ma faute, mon portable ne fonctionnait pas et… »

« Mademoiselle Sidle, » Salinger rappelle fermement Sara à l'ordre et elle se tait immédiatement. « J'ai pour habitude de loger tout le monde à la même enseigne. Les termes de l'accord étaient cristallins et ils n'ont pas été respectés, la raison de cette transgression m'importe peu. »

Ma première impression de lui était juste, sa bienveillance a ses limites. Son expression s'est durcit du tout au tout, et s'il n'a pas prononcé un mot plus haut que l'autre la menace y est limpide : mieux vaut ne pas argumenter avec lui.

Charlie pose une main sur le genou de Sara comme un avertissement silencieux, je vois Sara serrer les dents pour ne rien dire. « Les actions ont des conséquences, je ne vous apprends rien, c'est pour ça que Lindsey restera chez vous, Mademoiselle Sidle, jusqu'à nouvel ordre à moins que cet arrangement ne vous convienne plus. »

Salinger marque une pause. « Madame Willows, estimez vous heureuse que je ne vous envoie pas en prison pour cet écart, » il m'annonce sérieusement. « Cela étant dit, je suis sensible au bien être de Lindsey et au vu du récent changement de situation quand à sa garde permanente, je vous autorise à avoir des visites de deux heures, un officier de la cours la déposera et la récupèrera quatre fois par semaine, et vous avez le droit à un appel journalier de 30 minutes. Il est bien entendu dans votre intérêt de ne pas tester les limites que je viens de vous imposer. »

« Oui, Votre Honneur, » je réponds docilement. « J'apprécie votre clémence et vous en suis reconnaissante, » j'ajoute humblement.

Salinger se radoucit et hoche la tête « Je crois que nous avons fait le tour, sauf si vous avez des questions notre entretien touche à sa fin. »

Lorsqu'aucun d'entre nous ne se manifeste, il se lève, mettant ainsi fin au rendez vous et nous accompagne à la porte.

On est à peine sorti que Sara s'éloigne à grand pas.

« Je vais aller lui parler » dit Charlie.

« Non, laisses, » je l'arrête. Je jette un œil à Connor et comme s'il avait anticipé ma requête il hoche la tête sans plus attendre je suis Sara.

Je la retrouve dans les toilettes en train d'écraser son poing contre le mur. « Hey, arrêtes ! » je lui ordonne doucement en lui saisissant le bras, mais elle rejette mon contact et commence à faire les cent pas.

« Mais quel connard ce juge ! » elle jure entre ses dents.

« Sara… il fait juste son boulot. »

« Tu parles, il fait surtout un pet d'autorité, oui ! » elle frappe à nouveau le mur et je serre les dents de douleur pour elle. « Tout ça c'est de ma faute… je gâche toujours tout, si je n'avais pas été aussi stupide tu n'aurais pas appelé chez moi et à l'heure qu'il est Linds serait enfin avec toi… mais non il a fallu que j'agisse comme la dernière des abruties ! » elle s'agite de plus en plus. « Et… »

Cette fois je me plante devant elle et lui saisis fermement le visage. « Sara, stop ! »

Je resserre ma prise sur elle quand je la sens essayer de s'éloigner. « Tu n'as rien à te reprocher, d'accord ? Il a raison, j'ai enfreint les termes de l'accord et franchement si tu considères ce qu'il s'est réellement passé je m'en tire à très bon compte, » je lui parle d'une voix calme.

« Mais si seulement… »

« Pas de mais… Je viens de passer un mois et demi sans ma fille à mes côtés alors 30 minutes au téléphone par jour et 4 visites, personnellement je vois ça comme une victoire. »

Je vois bien qu'elle s'en veut toujours et qu'elle veut protester. « Mon cœur, tu n'as rien à te reprocher d'accord ? Je ne changerai rien de ce qu'il s'est passé pour tout l'or du monde. »

Je marque un temps pour qu'elle assimile bien mes mots. « On a dit qu'on ne gaspillerait plus notre énergie, alors respires un grand coup et passes à autre chose, d'accord ? »

Elle se résigne enfin avec un soupir. Je capture ses lèvres dans un long baiser. « Je t'aime, » lui dis-je et elle me sourit en retour. « Ne dis rien à Linds, je veux lui annoncer la nouvelle moi-même quand elle rentrera des cours, » je demande avec enthousiasme.

Je suis heureuse car même si Linds n'est pas encore de retour à la maison je vais au moins avoir un contact régulier et ça, ça n'a pas de prix. Je ne pense pas que j'aurais survécu à une autre grande période sans le moindre contact. Même si Woody pouvait venir pour me permettre un chat virtuel de temps à autre.

On profite encore d'une minute d'intimité avant de rejoindre Connor, Charlie et Angus. Je remercie à nouveau Angus car grâce à lui j'ai officiellement la garde de Linds.

En prenant du recul, malgré tout ce que cela a entrainé, la venue d'Angus dans ma vie a eu du bon. Lindsey connais la vérité sur ses origines. Il est vrai que j'aurais aimé tout lui dire dans d'autre circonstances mais le principal est qu'elle sache la vérité. Angus est quelqu'un de bien et un nouveau lien avec Stéphanie, donc je gagne au change. Et ça c'est sans mentionner l'évolution de ma relation avec Sara.

Alors oui, en rétrospective, Angus a été un bon catalyseur.

Je propose à Angus de venir diner à la maison avec Lindsey puis on se sépare, Sara décide de m'accompagner à la maison avec Connor tandis que Charlie retourne à l'appartement de Sara pour être auprès de leur mère. Elle a quelques heures devant elle avant d'aller chercher Linds ce qui est parfait.

Les choses ne sont pas encore réglées mais à cet instant j'ai le cœur un peu plus léger.

Chapitre 51 : Sara

« File. »

Cath me pousse gentiment et je me fais violence pour ne pas la reprendre dans mes bras. Je sors de sa maison et ne la regarde pas avant d'être dans ma voiture. Je la salue une dernière fois et démarre.

Vingt minutes plus tard je me gare devant chez moi et monte dans mon appart. Je trouve Charlie assis au comptoir de ma cuisine un bol de céréales devant lui.

« Waouh… Charlie qui mange des céréales bourrées de sucres… sacrilège ! » je me moque doucement avant de lui embrasser le haut du crâne.

« C'est Linds qui a une mauvais influence sur moi, » il hausse les épaules.

Un hoquet amusé m'échappe. « Elle a bon dos, tient. »

Il m'observe alors que je me prépare un bol. « T'as bonne mine, » il constate avec un doux sourire.

J'acquiesce d'un signe de tête et je peux sentir le coin de mes lèvres toucher mes oreilles. « Elle sait tout… et… » je suis incapable de trouver mes mots, toujours surprise par la tournure qu'a pris ma relation avec Catherine. « Elle sait tout et elle m'aime quand même. »

Je m'assois à côté de lui. « Elle… a été fantastique… je… je n'arrive toujours à croire qu'elle… » j'hausse les épaules car les mots me font encore défaut.

Je peux voir que Charlie a compris malgré tout. « Loin de moi l'idée de me vanter mais… je te l'avais dit, » il arbore un sourire satisfait ce qui me fait rouler les yeux. « Je suis heureux pour toi, Jazz, vraiment heureux, » il ajoute plus sérieusement avant de m'embrasser la tempe. « Quand toute cette histoire sera réglée il faudra qu'elle vienne en Californie avec Linds pour faire la connaissance de tout le monde et puis je crois que le changement de décor leur fera du bien après tout ça. »

J'acquiesce avec enthousiasme. « Merci, » je lui prends la main. « Merci d'être là… je ne sais pas si j'aurais pu gérer tout ça sans toi… ou maman d'ailleurs. Merci d'être toujours à mes côtés. »

« C'est ça d'être une famille. Tu peux toujours compter sur chacun d'entre nous. Je ne te le dis pas assez mais je t'aime, toi, ton caractère de cochon, ton humour minable et tes défauts, » il ricane doucement alors que je lui lance un faux regard noir.

« T'as de la chance que je t'aime aussi, grand abruti que tu es. »

Il pose une main sur sa poitrine et feint d'être blessé. Je lui tire la langue en guise de réponse et me tourne vers mon bol de céréales.

« Comment va Maman ? »

« Bien, elle s'adapte doucement. Son humeur est meilleure aussi, » il m'informe. « Tu sais, aussi étrange que cela puisse paraitre je pense que le contact avec Lindsey lui fait le plus grand bien. C'est un peu comme si elle compensait avec elle, qu'elle rattrapait le temps perdu avec nous. Tu vois ce que je veux dire ?»

« Ouais, elle a l'occasion de remplir son rôle de mère… »

« Oui. »

« C'est drôle comme les meilleures choses viennent parfois des pires situations. »

« La vie est pleine de surprises étranges, » il opine. « Tu retourne au boulot ? »

« Oui, je vais y aller dès maintenant, comme j'ai été absente deux jours je vais enchainer deux services pour compenser. Tu peux t'occuper de Linds encore aujourd'hui, je prends la relève dès demain. »

« Bien sûr ne t'en fais pas. Et puis maintenant on a une routine bien huilée. »

« Cool. »

On partage notre petit déjeuner en parlant du reste de notre fratrie puis je prépare mon sac à dos pour aller au boulot. J'attends tout de même de voir ma mère et Lindsey histoire de prendre de leurs nouvelles avant de partir.

Je fais un détour avant d'aller au labo. Après être passée aux vestiaires je me rends au bureau de Gil pour faire le point avec lui. Il m'informe qu'il n'y a pas eu grand progrès en ce qui concerne l'affaire de Catherine, pour ma part je le mets au courant du dernier développement quant au statut de Catherine par rapport à Linds, grâce au testament de Stéphanie qu'Angus à retrouver.

Catherine à rendez-vous avec le juge pour rendre tout ça officiel, au final c'est le point le plus positif de toute cette histoire.

Comme il n'y a pas de nouveau cas pressant je décide d'avancer dans le visionnage des vidéos de surveillance du club, mais avant je pars à la recherche de Woody. C'est sans grande surprise que je le trouve dans le labo informatique en train de taper furieusement sur son ordinateur portable.

J'entre et m'assois à ses côtés. « Je vois que tu perfectionnes le look zombie. »

De toute évidence il brûle la chandelle par les deux bouts dernièrement. « Je visais plus le look revenant, » il répond sans jamais quitter l'écran des yeux ou ralentir sa frappe.

« Y a une différence ? » je fronce les sourcils.

Cette fois il s'immobilise et réfléchit « Je ne vais pas essayer de te manger la cervelle ? »

On rit doucement puis je reprends mon sérieux. « Catherine m'a dit que tu l'avais aidée et… j'espère que tu n'as pas eu trop de problème avec… »

« Le Shérif voulait savoir pourquoi j'avais fait une recherche sans autorisation, je lui ai expliqué qu'avec toutes les mises à jour je voulais juste faire un essai pour m'assurer que tout fonctionnait correctement, un test de routine quoi. »

« Mais ce genre de recherche n'a aucun rapport avec le mise à jour et le transfert des données que t'es en train effectuer, » je déclare avec confusion.

« Je me disais bien que j'avais oublié de lui mentionner ce détail… » il soupire. « En même temps ce n'est pas de ma faute s'il a le quotient informatique d'une moule. »

Je ricane à son trait d'esprit. On reste en silence pendant quelques minutes. « Tout va bien ? » il demande. « Tu vas bien ? »

Je comprends qu'il ne fait pas seulement référence à aujourd'hui mais plutôt aux derniers jours. « Oui… je vais mieux. »

Il opine doucement. « Content de l'entendre. »

« Merci Woody. »

Il me regarde juste le temps de me faire un clin d'œil puis se concentre à nouveau sur sa tâche. Je me lève et lui embrasse la tempe en lui caressant les cheveux puis me dirige vers la sortie.

« Oh, avant que j'oublie, il y avait un signe sur ton casier qui ressemble étrangement à une chauve-souris… »

Il tourne la tête si rapidement que je crois entendre sa nuque craquer. A son expression on croirait que Noël est arrivé en avance - ce qui n'est pas tout à fait faux. Après tout ce qu'il a fait pour moi dernièrement je me suis dit qu'un petit cadeau ne serait pas de trop alors je lui ai pris le jeu Batman qu'il voulait tant et un t-shirt en bonus.

« Tu devrais y jeter un œil à l'occasion, » j'ajoute avec un clin d'œil espiègle avant de partir.

Une fois que j'arrive au labo audiovisuel je trouve Sofia et Nick en plein visionnage. « Salut tout le monde. »

Ils me saluent tous les deux d'un signe de la main. « Vous faites des heures sup ou vous commencez ? » je demande en m'installant.

« Non, on commence, » Sofia répond.

« Cool, je me sens moins seule, » je souris. « Du nouveau ? »

« Jimmy en train de rouler des mécaniques, Jimmy qui essaye en vain de séduire des filles, Jimmy qui joue à qui pissera le plus loin avec Eddie et Dwight… » Nick m'informe.

« C'est la série télé la plus barbante du monde, » Sofia ajoute. « Si seulement les vidéos étaient bien répertoriées on aurait pas à se les taper une par une. »

« Une bonne chose que j'arrive en renfort, à ce que je vois. »

Je prends place devant un écran et charge une vidéo et commence ce qui s'annonce comme un très long service.

xxxxx

« Recharge de caféine, » Sofia annonce en me tendant un énième café.

Nous avons de la chance car le service est calme donc on a pu se consacrer tous les trois exclusivement au visionnage des vidéos, mais bon après près de six heures j'ai les yeux qui brûlent et commencent à se croiser.

« Je me demande qui est ce type, » je pense à haute voix en passant une main sur le visage. Je ne sais pas pourquoi mais je m'intéresse à une silhouette qui devient familière dans tout ce que je regarde. Pourquoi il attire mon attention maintenant, je l'ignore. Peut être que ce n'est personne d'important mais mon instinct me dit une autre histoire, il semble toujours être dans les parages.

« Qui ça ? » Nick demande

« Grand svelte, bien habillé, qui n'accorde pas vraiment la moindre attention aux filles autour de lui… » je décris. « En fait il semble plus s'intéresser aux clients, » je fronce les sourcils.

« Maintenant que tu le dis, il me semble qu'il était sur pratiquement toutes les vidéos que j'ai regardées, » déclare Nick

« Oui, moi aussi, qui plus est il avait l'air cosy avec Dwight et Eddie… » Sofia renchérit.

« Est-ce que c'est moi ou il ne quitte pas Jimmy des yeux ? » je demande après un moment d'observation.

« Jimmy n'a pas l'air d'apprécier, » Sofia ricane.

« Vous n'êtes pas les seules à être inconfortable lorsque vous recevez un peu trop d'attention de la part de quelqu'un qui ne vous intéresse pas, » dit Nick un peu gêné.

« Oui d'accord Nicky, mais notre inconnu n'a pas l'air d'être en train de faire du charme à Jimmy, » je réponds amusée.

« Je suis d'accord il a plutôt l'air nerveux… presque effrayé, » Sofia appuie ma théorie.

« Donc je répète qui est ce type ? »

Nick regarde le registre qu'on a établi indiquant les disques aux vidéos nous concernant.

« On a classé les vidéos pertinentes, jusqu'ici on a reconstitué quelques jours dans une période qui va de trois semaines à 3 jours avant le meurtre, s'il a quelque chose à avoir là dedans on peut au moins vérifier ses mouvements. On peut déjà vérifier qu'il est bien là à chaque fois, et qui sait on pourra peut être savoir si c'est quelqu'un d'intéressant dans notre enquête. Si ça se trouve c'est juste un type avec qui Jimmy a échangé des mots houleux. »

« Peut être, mais on écarte rien, » je persiste.

Mon instinct me dit que ce type est important pour nous. L'instinct est une chose étrange, mais c'est un bon guide et il est bon de le suivre.

Deux heures plus tard, nous sommes d'accord sur le fait que notre inconnu a un lien avec tous nos principaux acteurs.

« Bon… maintenant on sait qu'on doit l'identifier, » Sofia annonce.

« Rien de plus facile, ce n'est pas comme si sur les trois personnes qui pourraient répondre à cette question deux étaient mortes et la troisième en train d'accuser Catherine de meurtre… oh non, attends, c'est exactement ça. »

« Ton optimisme et enthousiasme me fendent le cœur Nicky, » je roule des yeux. Je sais que son sarcasme est en partie dû au trop plein de fatigue alors je ne lui en tiens pas rigueur.

« Soyons réaliste, je ne pense pas que Jimmy sera coopératif pour nous aider, » dit il.

« Non, mais tu t'es planté dans tes comptes. On a quatre personnes susceptibles de nous aider, » je l'informe avec un rictus avant de sortir mon téléphone. Je cherche le calepin sur lequel j'ai marqué toutes les choses pertinentes sur notre enquête pour trouver un numéro.

Je compose le numéro sous les regards inquisiteurs de Sofia et Nick. Après trois sonneries quelqu'un décroche.

« Allô ? »

« Allô, Mr Bright ? »

A la mention du nom du propriétaire du club la compréhension se peint sur le visage de mes collègues.

« Lui-même. »

« C'est Sara Sidle de la police scientifique, on s'est rencontré il y a quelques jours au sujet de… »

« Du meurtre de Stéphanie, oui je me souviens, que puis-je faire pour vous ? » son ton est jovial ce qui est encourageant.

« Et bien je me demandais s'il vous serait possible de passer au poste pour répondre à d'autres questions, vous nous avez été d'une grande aide jusqu'ici et nous aurions besoin de refaire appel à votre mémoire, » rien de tel qu'un peu de pommade, en même temps je ne mens pas il nous a vraiment aidé, je veux juste qu'il ne se braque pas à l'idée de venir au poste en pensant qu'on le suspecte de quoi que ce soit.

« Bien sûr pas de problème, tant que je peux aider, » il répond quasi immédiatement. Je pense qu'on peut être sûr qu'il n'a rien a se reprocher parce que sinon il aurait trouvé une excuse fumeuse pour éviter d'avoir un contact avec nous.

« Vous êtes libres demain ? »

« Ah non pas demain… » Merde j'ai peut être parlé trop vite. « C'est l'anniversaire de ma fille demain… » ou pas « Après demain ça vous va ? »

« Après demain, ce sera parfait, » je le rassure.

« Très bien, je vous vois dans deux jours dans ce cas. Au revoir Miss Sidle. »

Je raccroche avec un sourire satisfait. « Je ne veux pas jouer les rabat-joies mais comment peux-tu être sûr qu'il ait les réponses qu'on cherche ? » Nick demande.

« Nicky, il a conservé toutes les vidéos de surveillance de son club depuis 88, il l'a dit lui-même son club c'est sa vie, je pense qu'on peut assumer qu'il savait ce qu'il se passait dans son club. »

« Sara a raison, » Sofia acquiesce. « En attendant on se remet au visionnage. »

Je grogne car j'en ai marre, même si la plupart du temps il ne s'agit que de lancer la vidéo pour regarder la date c'est un travail fastidieux et monotone pour preuve on a peut être écoulé une soixantaine de CD pendant les dernières heures mais concrètement il n'y en avait que trois ou quatre avec des vidéos chronologiquement pertinentes. Ensuite il faut regarder ces vidéos attentivement.

Je sais bien que c'est l'une des seules choses concrète qu'on ait à disposition mais j'en suis à souhaiter faire de la paperasse pour y échapper.

« Je vais devoir vous abandonner pendant une heure ou deux le temps d'aller récupérer Linds, » j'annonce après un rapide coup d'œil à ma montre.

L'estomac de Nick se manifeste dans un borborygme sauvage qui nous laisse, Sofia et moi sans voix. « Je pense que je vais nourrir le cowboy pendant ton absence, » déclare Sofia avec un léger rire.

« Ok, » je ricane. « A tout à l'heure. »

Je m'empresse de sortir du labo et de rejoindre ma voiture, une fois à l'intérieure je m'accorde dix minutes pour passer un coup de fil à Catherine. Je sais qu'on s'est quitté il y a moins de 24h mais elle me manque terriblement et franchement je donnerai n'importe quoi pour être à nouveau dans ses bras ou avoir le luxe de pouvoir lui faire l'amour toute la journée comme les deux jours qu'on a passé ensemble.

A défaut de pouvoir passer un moment en sa présence, entendre sa voix me fait du bien et je sais que c'est réciproque. On parle de tout et de rien évitant soigneusement de parler de l'enquête et après une réaffirmation de nos sentiments mutuels je raccroche et me mets en route pour rejoindre Lindsey.

Je suis surprise de voir une silhouette familière lorsque j'arrive à la sortie du lycée.

« Maman ? » je l'appelle doucement pour ne pas l'effrayer ça ne l'empêche pas de sursauter légèrement.

« Oh c'est toi, » elle sourit immédiatement une fois sa surprise passée. « Comme tu as dit enchainer les services je ne savais pas si tu allais pouvoir te libérer alors… »

« Maman, tu n'as pas besoin de te justifier, » je la rassure.

Elle opine doucement comme soulagée. « J'aime bien passé la récupérer, ça me fait une petite sortie, j'appréhende à nouveau le monde, » elle confesse doucement.

J'ai un léger pincement au cœur quand je comprend toute l'importance d'une chose aussi simple pour elle. J'apprécie enfin ce que m'a dit Charlie ce matin, je pense que de prendre soin de Linds comme elle le fait est une façon pour elle non seulement de compenser pour le temps perdu avec nous mais aussi une façon de se sentir utile. Après deux décennies derrière les barreaux elle a un but, quelque chose qui lui permet de se sentir un tant soit peu normale.

« Je suis contente que tu sois là, » je me laisse aller à lui embrasser la tempe. Les marques d'affection à son égard me son difficiles non pas parce que je n'en ai pas envie, mais plutôt parce que j'ai dû apprendre à faire sans pendant des années, maintenant tout est maladroit, il y a toujours ce doute de savoir si les petites attentions sont les bien venues. En fait, je dois réapprendre à avoir ma mère à mes côtés, à avoir le droit d'être démonstrative de mon affection, me confier à elle.

Lindsey ne tarde pas à sortir, et son expression s'éclaircit dès qu'elle nous aperçoit. Elle se blottit contre ma mère qui lui embrasse le crâne en retour comme si c'était la chose la plus naturelle du monde. Puis Linds se tourne vers moi et je lui ébouriffe gentiment les cheveux et l'embrasse à mon tour.

Le trajet jusqu'à mon appartement est silencieux, une fois arrivée ma mère prépare une collation à Lindsey qui sort ses affaires pour commencer ses devoirs. Charlie n'a pas menti de toute évidence ils ont leur routine bien huilée.

J'observe l'interaction entre ma mère et Lindsey de loin, Laura a vraiment su établir une connexion unique avec l'adolescente, un peu comme une mère de substitution.

« Comment s'est passé ton service ? » me demande Charlie alors qu'il contemple lui aussi Laura et Lindsey.

« Fastidieux, mais on a peut être trouvé quelque chose aujourd'hui, 'peut être' étant les mots clefs, » je tempère ne voulant pas me porter la poisse. « Est-ce que t'as réussi à avoir un rendez-vous avec le juge de ton côté ? »

« Oui, on a rendez-vous avec lui demain, » il acquiesce.

« Bien, » j'hoche la tête. « C'est puéril mais… je suis un peu jalouse, » je confesse en montrant notre mère et Lindsey d'un geste du menton.

« Moi aussi pour être franc, c'est dur de voir tout ce qu'on a perdu avec elle, toutes ces choses qu'on ne fera jamais, ces moments volés. Mais je me dis qu'on a au moins la chance de pouvoir en créer d'autres alors, on trouvera notre routine avec elle nous aussi. »

« Ouais, » je souris tristement.

« Tu dois retourner au labo ? »

Je regarde ma montre et lâche un long soupir. « Oui, j'ai juste le temps de manger un bout. »

« Assied toi, je vais te faire quelque chose. »

« Merci, t'es le meilleur des frangins » je souris à pleines dents, c'est bête mais j'aime quand il prend soin de moi.

« Ouais, ouais, vas y mollo sur le cirage de pompes, » il roule des yeux avant de s'atteler aux fourneaux.

xxxxx

« Arrêtes de ruminer tu veux, ça ne sert à rien, » Charlie me réprimande gentiment.

Je suis revenu de chez Catherine après avoir passé trois heures en sa compagnie, avant que je n'aille chercher Linds.

Je fulmine toujours depuis notre rendez-vous chez le juge plus tôt dans la journée. Tout était parfait, Cath aurait dû récupérer Linds aujourd'hui mais évidemment comme à chaque fois que quelque chose de bien est sensé arriver j'ai tout ruiné.

Le juge a sanctionné Catherine parce qu'elle avait appelé chez moi, seulement elle ne l'a fait que parce que je m'étais enfuie de chez elle et ignorait ses appels, résultats des courses Linds ne peut toujours pas rentrer chez elle.

Bravo Sara, bien joué.

« Écoute le juge s'est contenté de faire son boulot et si tu considères que techniquement Linds était chez elle pendant plusieurs heures, Catherine s'en tire plus qu'à bon compte. Je ne sais pas si tu réalises la panade dans laquelle elle aurait été si le juge avait su toute la vérité. »

Je soupire sèchement. « Je crois entendre Catherine verbatim. »

« Ben tu vois, on est deux sur trois à avoir la tête sur les épaules. »

Je lui lance un regard noir qu'il ignore. « Regardes la, » il mentionne Lindsey d'un signe de tête.

L'adolescente est au téléphone un sourire radieux aux lèvres et elle parle à toute allure. Catherine est à l'autre bout du fil et elle doit surement lui expliquer la situation. De toute évidence, même si Linds est déçue de ne pas rentrer chez elle, elle est tout de même contente du nouvel accord imposé par le juge.

« Elle va bien, elle comprend, et crois moi aucune des Willows ne t'en veux alors cesses de ruminer et concentre ton énergie sur quelque chose de productif ok ? »

« Je vais aller faire quelques courses avant de préparer le diner, » j'annonce sans préambule, j'ai besoin d'être un peu seule pour gérer ma colère. Même si rationnellement je sais que Cath et Charlie ont raison, je sais qu'il me sera difficile de me défaire de ma culpabilité.

xxxxx

« Sara, » je mets pause à la vidéo que j'étais en train de visionner pour donner toute mon attention à Nick. « Il est là. »

Une tension nerveuse s'installe au creux de mon estomac. Tony Bright est là, dans quelques instants on saura si notre inconnu est important ou pas.

« J'arrive, » je lui indique avec un signe de tête. « Greg, est ce que tu peux… »

« T'inquiètes je gère, et de toute façon Warrick ne va pas tarder pour me prêter main forte. A plus tard. »

Je pose une main sur son épaule en guise de remerciement et me dirige vers une salle d'interrogatoire, pendant tout le trajet je me force à refaire un point des différentes questions auxquelles j'aimerai une réponse.

« Tu lui as proposé quelque chose à boire ? » je demande à Nick alors que nous nous tenons à la porte de la salle où se trouve Tony Bright.

« Oui ne t'en fais pas, on le veut détendu et en confiance donc j'ai joué les hôtes parfaits. »

« Bien, » j'opine puis prends une grande inspiration.

« Je te laisse mener la danse, » il ajoute avant qu'on entre.

« Mr Bright, merci encore pour votre disponibilité, » je commence avec un sourire.

« Pas de problème, comme je l'ai dit si je peux aider je suis votre homme, » il sourit en retour. « Et s'il vous plait appelez moi, Tony. »

« Tony, » j'accepte son offre. « Nous avons visionné pas mal de vidéos de surveillance et nous avons besoin de faire appel à votre mémoire. Vous êtes méticuleux donc je n'ai pas l'ombre d'un doute sur le fait que vous sachiez tout ce qu'il se passe dans votre club. »

Il se tend légèrement mais acquiesce. « Cet endroit est ma vie comme je vous l'ai dit. Je veille au grain de près. »

J'ouvre le dossier que j'ai apporté avec moi et en sort des captures vidéo que nous avons faites montrant notre inconnu. « Cet homme était là régulièrement, » je déclare.

Tony semble mal à l'aise et je me force à garde mon sang froid, je sens qu'il va falloir procéder avec prudence.

« Tony ? »

« C'est le Comptable, » il déclare après un long silence.

« Il n'a pas vraiment l'air de s'intéresser à vos taxe ou votre déclaration d'impôts, » Nick intervient.

« Non, pas mon comptable, Le Comptable, » il répète en insistant sur la distinction.

« Il va falloir élaborer, » je l'encourage.

« Vous avez raison, je sais tout ce qu'il se passe dans mon club, » il soupire lourdement et passe une main sur sa nuque. Pour la première fois il semble réellement mal à l'aise comme quelqu'un qui a quelque chose à se reprocher. « D'abord il faut comprendre que c'était une autre époque, ce n'était pas le même Vegas qu'aujourd'hui. Je fermais les yeux sur quelques 'échanges commerciaux' douteux et la circulation de certains produits pharmaceutiques dirons-nous, » il s'éclaircit la gorge.

Il boit une gorgée du verre d'eau que Nick lui a offert et hésite avant de continuer, j'ai envie de le secouer mais je sais que je ne gagnerai rien à le brusquer. « Est-ce que le nom de James Donovan vous parle ? »

Mon cœur commence à battre un peu plus vite à la mention de Donovan. Je comprends maintenant son malaise et sa réticence à parler. « Vaguement, oui. »

« C'est le genre de types à qui la police rend des visites de courtoisie, à l'époque ils étaient six puissants à faire partie de cette catégorie. Et chacun régnait plus ou moins sur une partie de Vegas. Mon club est sur le 'territoire' de Donovan, donc je devais tolérer les petits trafics ici et là parce que c'étaient ses affaires, » Tony explique. « Ce n'était pas une demande explicite mais avec Donovan on apprend vite à lire entre les lignes. »

En gros il y a une pseudo mafia à Vegas, je ne peux pas vraiment dire que ça me surprends, mais c'est la première fois que cette notion est concrète en ce qui me concerne.

« Prenez Dwight Kelso par exemple, lui et le jules de Steph étaient bookmakers à la solde de Donovan alors quand ils faisaient leurs affaires dans mon club je regardais ailleurs. Un minimum de tolérance m'assurait de ne pas m'attirer les foudres de Donovan. Je me suis toujours juste assurer d'être dans ses bonnes grâces en faisant des petits compromis ici et là si jamais ses associés étaient dans les parages. »

« Il devait y avoir une bonne contrepartie à ces petits compromis, » je m'efforce de garder un ton neutre.

« Pas vraiment, je n'ai jamais conclu de réel business avec Donovan car je ne veux être redevable envers personne. Mon léger laxisme fait qu'éventuellement il recommandait mon club ici et là pour des soirées privées ou à des gens assez fortunées en guise de reconnaissance, sinon c'était plutôt la politique du chacun chez soit et les moutons seront bien gardés. Et comme je l'ai dit c'était de petit compromis des délits mineurs tout au plus, je n'ai jamais fait obstacle à la police et j'ai toujours été le premier à déclarer un crime ou à coopérer. »

Il est vrai qu'il est honnête, il admet qu'il y avait des trafics donc pas de raison de mentir pour le reste.

« Tony, parlez nous un peu plus du Comptable, est ce qu'il a un nom, quel est son rôle précisément et pourquoi était il souvent dans votre club ? » j'enchaine les questions tout en gardant un ton de voix calme. « Commençons par le début, son nom. »

« Aucune idée, je le connais que comme le Comptable, ce n'est pas vraiment le genre de type qu'on veut connaitre même de loin. »

Bon c'est râpé pour l'identification, mais ça n'empêche que je continue à creuser car mon instinct me dit qu'il est peut être lié à notre affaire. « Son rôle précis ? »

« Il s'occupe des comptes de Donovan. Disons que les bookmakers s'occupe de récupérer l'argent de poche et que le Comptable lui il s'occupe du vrai business, il s'assure que les gens qui ont emprunté à Donovan s'acquittent de leurs dettes. Si Donovan sentait qu'un débiteur était sur le point de l'entuber, il envoyait le Comptable, et autant dire que ce type ne déconne pas. Soudain il est partout, juste pour vous faire comprendre que vous ne pouvez pas vous cacher et si jamais la dette n'est pas remboursé à l'échéance… disons seulement que les débiteurs ont tendance à réapparaitre en bouilli ou à disparaitre tout court.»

Nick et moi devons le regarder avec incrédulité, difficile de croire que le type sur la photo puisse causer de réels dommages physiques.

« Oui, il a l'air d'un gringalet et c'est son plus grand atout. Je l'ai vu mettre K.O. une armoire à glace avec un seul coup de poing, croyez moi, ce type est à prendre au sérieux. »

« Vous aviez une dette envers Donovan ? »

« Non comme je l'ai dit je n'ai jamais fait affaire avec lui. Je ne suis pas fou et j'ai toujours fait mes comptes correctement, comme je l'ai dit mon club c'est ma vie alors j'ai toujours été réglo, pas d'emprunts, rien. »

« Et Jimmy ? »

Tony ricane doucement. « Je ne saurais vous dire, Jimmy était un flic au salaire de flic mais il aimait rouler des mécaniques et je me souviens l'avoir vu offrir des bijoux assez classes à Stéphanie… mais bon il piochait peut être dans ses économies et sa retraite, » Tony hausse les épaules.

J'en doute si les regards nerveux qu'il lançait au Comptable dans les vidéo est une indication.

« Une chose est sure s'il était au club, c'est qu'un de ses débiteurs était là aussi, » Tony ajoute.

« Est-ce que vous sauriez où on peut le trouver ? »

« On ne trouve pas le Comptable, c'est lui qui vous trouve. Où alors vous allez directement à la source Donovan, » il répond et avant que je ne puisse ajouter quoi que ce soit il enchaine. « Qu'on soit clair, je suis pour coopérer mais je mets la limite à Donovan. Les choses ont peut être changées entre hier et aujourd'hui mais les règles du jeu, elles, sont toujours claires, il ne fait pas bon de mettre son nez dans ses affaires. Si je ne risque pas de me prendre une balle perdue entre les deux yeux, mon club lui n'est pas immunisé contre le feu si vous voyez ce que je veux dire. »

« Ce ne sera pas nécessaire, » je le rassure. Je me tourne vers Nick pour savoir s'il a des questions supplémentaires mais il secoue la tête. « Merci pour tous ces renseignements, ça nous aide beaucoup, » je me lève et lui tend la main.

« Pas de problème, et je reste à votre disposition si vous avez d'autres questions. »

Dix minutes après le départ de Tony, on se retrouve tous dans le labo audiovisuel pour faire un point. « Ce que nous a dit Tony nous avance peu, » Nick déclare.

« Je ne suis pas d'accord. La dernière fois on a émis l'hypothèse que Stéphanie avait été le dommage collatéral des dettes d'Eddie, et si en faite elle avait été le dommage collatéral de Jimmy ? Il aimait Stéphanie ce qui n'était un secret pour personne. Son attitude quand le Comptable est dans les parages nous permet d'assumer qu'il avait emprunté beaucoup d'argent à Donovan, vraisemblablement pour faire la cour à Stéphanie alors… »

Tout le monde laisse examine ma théorie silencieusement sous tous les angles. « Ça se tient, » Warrick est le premier à acquiescer.

« D'accord mais il nous faut du concret et ça va être difficile de trouver un type en se basant seulement sur son surnom, » Greg tempère.

« Je ne pense pas que Donovan Junior nous aidera sur ce coup, même officieusement, » Warrick ajoute.

« Il est un des bras droits de Donovan donc il y a de fortes chances qu'il ait un casier, » j'interviens refusant de baisser les bras.

« On n'est pas plus avancé, l'image de la vidéo n'est pas assez claire pour une recherche informatique et franchement si on doit consulter tous les registres manuellement… ce n'est plus dans une botte de foin qu'on cherche c'est dans un putain de champ et encore c'est en espérant qu'il ait un casier, » Sofia remarque.

« Eurêka ! » Nick s'exclame soudain. Il lève une main pour nous interdire de parler et prends son portable, compose un numéro et attend. « Hey, Rembrandt ! Nicky, ça va ? Dis moi, t'es occupé ? Non ? Parfait tu peux venir au labo d'audiovisuel s'il te plait, j'ai besoin de tes talents… » il se tourne légèrement et baisse la voix. « Ça peut se négocier… j'invite bien entendu, » il s'éclaircit la gorge en nous lançant un coup d'œil.

On roule tous des yeux, Nicky est un play-boy ce n'est pas nouveau, mais de le voir en action est toujours amusant, sans compter que ça nous donne du matériel pour le charrier plus tard.

Lorsqu'il nous fait à nouveau face, son visage a un teinte légèrement rosée. « Hum… Julie… arrive dans dix minutes. »

« Et Julie est… ? » Sofia demande.

« C'est l'une des artistes qui dessine les portraits robots pour la police, » Nick reprend ses esprits. « On n'a pas de photo, mais on peut faire une recherche informatique à partir d'un portrait fidèle, si on n'obtient pas de correspondance exacte, au moins on réduira considérablement le champ de nos recherches. »

Après quelques secondes de silence Sofia reprend. « J'ai presque envie de t'embrasser cowboy. »

« Je ne suis pas sure que Julie apprécie ton attention mais je suis d'accord, brillante idée Nicky, » je rétorque.

Il y a beaucoup de zones d'ombres et peut être que notre piste ne mènera à rien, mais au moins on avance, on a quelque chose de concret à se mettre sous la dent, sachant d'où on part c'est un grand progrès. Et puis j'ai une intuition que je ne peux expliquer mais qui me prends au fond des tripes. Je sais que pour le moment c'est impossible de donner un sens à toutes les informations qu'on a mais je suis persuadée que tout est connecté d'une manière ou d'une autre, il faut juste qu'on trouve le fil conducteur.

Pour la première fois depuis le début de toute cette histoire je sens qu'on a une piste solide, et cette seule pensée suffit à me redonner espoir.

À suivre…

Lin