Vous êtes chaque semaine un peu plus nombreux à suivre cette histoire et vous n'imaginez pas à quel point ça me fait plaisir!


Mardi 8h05 – Hôpital général de Boston.

Peu de temps après la visite de Régina une infirmière vint apporter ses papiers de sortie à la blonde. Celle-ci consulta sa montre et se dit qu'il lui serait encore possible d'arriver à l'heure au bureau si elle se dépêchait. Elle rassembla donc ses affaires et se mit rapidement en marche en direction de son appartement pour changer ses vêtements qui étaient tâchés de sang.

Elle n'habitait qu'à une dizaine de minutes à pied de l'hôpital mais la douleur dans son épaule l'obligeait à prendre un pas plus lent qu'elle ne l'aurait souhaité. Lorsqu'elle arriva enfin chez elle, la blonde prit rapidement une douche avant de mettre des vêtements propres et attraper un paquet de biscuits qu'elle mangerait une fois arrivée au travail.

La jeune femme poussa la porte de l'immense bâtiment à 9h10 et se dirigea droit vers le bureau de son patron.

« Emma, qu'est-ce que tu fais ici ? » demanda August, visiblement surpris.

« Je travaille ? »

« Je ne m'attendais pas à te voir au bureau ce matin après ton accident. Je t'ai laissé un message pour te dire que tu pouvais prendre quelques jours. »

« Mon téléphone s'est cassé dans l'accident. »

« Comment tu sens-tu ? »

« En pleine forme. »

« Tu es sûre ? Les médecins t'ont autorisée à reprendre le travail ? »

« Ce n'est pas une épaule amochée qui va m'empêcher de bosser vous savez. » En voyant son patron froncer les sourcils la blonde se reprit « Tu sais. » « Et puis je te rappelle que tu me dois un compte rendu de ta soirée et qu'on est sensé travailler sur le dossier Mills. »

« La curiosité est un vilain défaut Emma. »

« L'avenir nous le dira. »

« Vu ton état, je pense que c'est un fait déjà établit » répondit August dans un sourire.

La blonde répondit par une moue boudeuse avant de continuer.

« Bon alors, ta soirée ? »

« Ma soirée n'était pas des plus intéressantes. Je te rappelle que j'ai dû conduire une jeune femme en détresse à l'hôpital, ce que m'a fait arriver plus de 30 minutes en retard à mon rendez-vous. »

« Ça me parait être une excuse valable… Elle l'a mal pris ? »

« Non, pas du tout elle m'a même dit qu'on aurait pu reporter. »

« Bon alors arrêtes de tourner autour du pot et viens aux faits, ça s'est bien passé ? »

« Plutôt bien oui. On a prévu de se revoir ce week-end. »

« Cool ! T'as prévu de l'emmener où ? »

« Nulle part. »

« Sans offense mais si tu comptes marquer des points il va falloir prévoir quelque chose. »

« C'est elle qui veut m'emmener quelque part. »

« Oh, où ça ? »

« Je n'en ai pas le moindre idée, elle m'a dit que c'était une surprise. »

Les deux collègues discutèrent encore quelques minutes de la soirée de l'avocat avant qu'Emma ne lance.

« Bon aller, ça suffit avec les bavardages, on se met au boulot ? »

August prit soudainement un air sérieux. « Tu es vraiment certaine que tu peux traiter ce cas comme n'importe quel autre dossier et que tes antécédents avec la cliente n'interfèreront pas avec ton travail ? »

« Il me semble qu'on a déjà eu cette conversation. »

« Je demande juste confirmation. C'est une situation plutôt… sensible. On n'a pas droit à l'erreur sur ce coup. »

Avec cette dernière remarque, la curiosité de la blonde fut piquée au vif.

« Je te le garantis. »

« Ok, dans ce cas. » August tendit une pochette à sa jeune secrétaire qui s'en empara immédiatement.

L'inscription 'Régina Mills' était écrite en lettres capitales sur le dessus et Emma prit une profonde inspiration avant de tourner la première page. 'Affaire Régina Mills contre William Brooks. Témoignage pour vol et assassinat sur mineur de moins de 15 ans sans préméditation.'

La blonde referma la pochette d'un coup sec. Que venait-elle de lire ?

Des images de Régina la veille au soir défilèrent dans son esprit. La manière qu'elle avait eu de s'occuper de cette petite fille, la tendresse dans son regard alors qu'elle avait soignée son doudou et son regard qui s'était assombri lorsqu'elle lui avait demandé si elle avait des enfants ce matin.

« Wow ! » s'exclama la blonde.

« Je t'avais prévenue. »

« C'est qui ce Brooks ? »

« Un membre du gang Winter Hill. Il est coupable de plusieurs vols à main armés, braquages, trafic de drogue, recel d'armes… Tu vois le topo. »

« Et de meurtre. » ajouta Emma gravement. « Que s'est-il passé ? Avec Régina je veux dire ? »

« Un banal vol de voiture qui a mal tourné. A l'époque, Brooks et un autre membre du gang ont voulu voler la voiture de madame Mills. Brooks l'a attirée hors du véhicule avant de s'enfuir avec son complice, ils n'avaient pas remarqué que son fils était à l'arrière. Ils ont fait un accident quelques mètres plus loin et Brooks a tué le petit Henry avant de s'enfuir. »

« Pourquoi avec tué le petit ? »

« Est-ce que ça change vraiment quelque chose ? »

Emma ne répondit pas. Un silence pesant s'était installé dans la pièce pendant plusieurs minutes avant qu'elle ne reprenne.

« Et l'autre homme ? »

« Mort sur le coup, c'est grâce à lui qu'on a pu relier Brooks au meurtre. Les deux hommes étaient recherchés depuis plusieurs mois pour plusieurs délits qu'ils avaient commis ensemble. »

« Je ne comprends pas, si on sait que c'est Brooks qui a fait ça, comment ça se fait qu'il court toujours ? »

« Après l'accident, les détectives ont voulu l'interroger mais il était introuvable pendant des semaines. Au moment où ils ont enfin eu une piste pour le coincer la voiture de Mills a été brûlée, détruisant ainsi toutes les preuves de la présence de Brooks sur le lieu du crime. Une nouvelle affaire plus sordide a éclaté et le dossier a été clos. »

« Pourquoi le rouvrir maintenant alors ? »

« La police de Boston a eu vent de la montée en puissance de Brooks dans le gang, le mettre à l'ombre serait un gros coup. Apparemment le gang Winter Hill est sur un gros coup et les membres les plus influents sont activement recherchés mais c'est compliqué… Il faut que tu comprennes que ce mec est intouchable Emma, à chaque fois que la police s'en rapproche quelque chose foire. Il est protégé de toutes parts, a des alibis pour chaque affaire dans laquelle il est suspecté et des relations avec des flics ripoux. Le témoignage de Mills pourrait le faire tomber pour de bon. »

Emma était sous le choc. Jamais elle n'aurait pu imaginer la prestigieuse chirurgienne en traumatologie impliquée dans une affaire aussi macabre. Il y a quelques minutes encore, Régina Mills était la femme hautaine et coincée qu'elle avait bousculée dans le parc. En l'espace d'un instant, elle devenue la victime d'un des actes les plus terribles qui soit.

« Il y a des chances qu'on gagne ce procès ? » demanda la blonde la gorge serrée.

« Pour être honnête ça ne va pas être facile. Le meurtre a eu lieu il y a plus de deux ans et les preuves sont minimes. L'investissement de la police va jouer un rôle primordial mais il faut garder à l'esprit que Brooks à d'éminentes connexions et n'hésite pas à envoyer ses hommes de main faire le sale boulot pour lui.»

« Ce n'est pas risqué pour Régina de se lancer dans un procès contre un mec comme lui ? »

« Si elle décide d'engager des poursuites elle bénéficiera d'une protection policière tout le long de la procédure. »

« Tu ne viens pas de dire que Brooks avait des relations dans la police ? Il pourrait facilement s'en prendre à Régina si l'un d'eux est assuré de sa protection. »

« Ce n'est pas à nous de nous inquiéter de ça. » répondit August en évitant la question.

« Mais… »

« Emma, tu ne peux pas faire entrer tes émotions personnelles ici. J'ai besoin de toi à 100% pour construire le dossier et assurer ainsi à madame Mills les meilleures chances de gagner si elle se lance dans ce procès. »

« Ok. » répondit la blonde avec un sourire forcé, notant mentalement d'appeler Graham le plus tôt possible pour lui demander quelle unité était en charge de l'enquête.

« D'autres questions ? »

« Non. »

August se leva.

« Très bien. Dès maintenant, je veux que tu me trouves toutes les infos possibles sur le meurtre du petit Henry Mills, les déplacements connus et supposés de Brooks, témoins oculaires etc… Cette affaire est notre priorité, il nous reste deux jours pour réunir assez de matériel pour convaincre Régina Mills qu'un procès ne serait pas vain. »

Emma prit la copie du dossier que son patron avait faite pour elle et se dirigea vers son bureau à l'accueil. Participer à la constitution de la défense d'un client n'était habituellement pas le travail d'une secrétaire mais au fil des ans August avait choisi de lui confier à la de plus en plus de responsabilités, ce qui ne déplaisait pas à la blonde.


La journée passa à une vitesse folle et la première action d'Emma en quittant le bureau ce soir-là fut d'appeler Graham. Celui-ci décrocha après quelques sonneries.

« Graham c'est Emma, on peut se voir ? »

« Ems, il s'est passé quelque chose ? » demanda-t-il inquiet.

« Je sais pour Régina. »

« Régina ? »

« Mills. »

« Oh, ok. Je peux passer à ton appart' à la fin de mon service. »

« Super merci. »


La journée était déjà bien entamée lorsque Régina ouvrit les yeux et tourna la tête vers son réveil qui affichait 17h45. Elle soupira en reposant sa tête sur l'oreiller. Elle n'avait pas pour habitude de dormir si longtemps après une garde de nuit, une sieste de quelques heures lui suffisait généralement pour être en forme.

Ces derniers jours la brune se sentait néanmoins éreintée et elle mit plusieurs minutes à sortir de son lit avant de se diriger vers la cuisine pour se faire un café. Une fois sa tasse remplie, elle se dirigea vers son bureau et s'assit face à son ordinateur.

Elle avait été conviée à un congrès médical se déroulant à Paris dans quelques mois où elle été supposée présenter sa nouvelle technique de chirurgie réparatrice de la main.

Si la chirurgienne aimait transmettre son savoir à des étudiants avides d'apprendre, exposer ses découvertes à des médecins aguerris, la plupart du temps jaloux qu'une femme réussisse dans le métier, ne l'enchantait guère. L'organisateur du congrès était néanmoins un bon ami et elle n'avait pas voulu refuser sa demande, d'autant plus qu'il avait déjà réservé pour elle une chambre dans l'un des plus beaux hôtels de la capitale.

Après avoir bu une gorgée de son café, la brune alluma son ordinateur et se mit au travail.


« Salut Em' » lança Graham en entrant dans l'appartement de la blonde.

« Hey, comment tu vas ? »

« Crevé » répondit-il et s'affalant dans le canapé.

« Dure journée ? »

« Tu parles, on est restés au commissariat à faire de la paperasse. »

« Dire qu'on aurait pu croire que nos détectives seraient heureux de n'avoir aucun meurtre à déplorer. » le taquina la blonde.

« C'est pour parler d'un meurtre que tu m'as fait venir non ? » dit-il soudainement en se redressant.

« Oui. » répondit Emma gravement.

« Tu sais que je ne peux pas parler avec toi d'une affaire en cours n'est-ce pas ? »

« J'ai besoin que tu fasses une exception sur ce coup. »

« Emma… »

« S'il te plait ? » tenta la blonde en lançant un regard implorant à son ami.

« Qu'est-ce que tu veux savoir ? » En voyant la mine réjouie de la blonde, Graham ajouta « Je n'ai pas dit que je répondrai forcément à tes questions mais essayes toujours. »

« C'est ton unité qui s'occupe de l'affaire ? » commença Emma précautionneusement.

« Entre autre. »

« C'est-à-dire ? »

« Laisse-moi te poser une question d'abord, qu'est-ce que tu sais de l'enquête ? »

Emma répéta rapidement ce que son patron lui avait appris cet après-midi et Graham reprit.

« Tout Boston veut faire tomber ce gang et un bon nombre d'unités travaillent conjointement sur Brooks et ses acolytes mais si Mills décide de témoigner c'est nous qui reprendrons l'enquête du meurtre de Henry. Le meurtre a eu lieu dans notre juridiction et si le dossier est à nouveau ouvert il nous revient de droit. »

« Tu as déjà jeté un œil à l'affaire n'est-ce pas ? »

Le regard que lui lança Graham ne laissant place à aucune confusion la blonde reprit

« Si Régina décide d'intenter un procès à Brooks, il va tomber ? »

« Pour être honnête, je ne sais pas Emma. La seule preuve directe qui plaçait Brooks sur le lieu du crime a été détruite comme tu le sais. »

« Et tout le reste alors ? Son complice qui était avec lui, le témoignage de Régina, la caméra de vidéosurveillance ? » demanda la blonde désespérément.

« À la seconde où on est autorisé à reprendre l'enquête je te promets de faire tout mon possible pour trouver de quoi mettre cette ordure en prison pour le restant de sa vie. »

« Je sais. »

S'il y avait bien une chose dont Emma était certaine à ce moment précis était que Graham lui disait la vérité. Il était un bon détective et s'était toujours donné à fond dans toutes ces investigations mais elle savait que cette affaire-là le touchait particulièrement.

Henry était un enfant qui aurait pu finir dans le système comme eux mais il avait eu la chance d'être adopté par une mère qui voulait vraiment de lui. Il aurait pu s'en sortir et avoir une vie normale mais au lieu de cela Brooks avait décidé de le tuer.

Il existait cet espèce d'accord implicite entre les orphelins que ni Emma ni Graham n'auraient pu expliquer… quoi qu'il arrive on se serre les coudes, c'était aussi simple que ça. Brooks avait tué un des leurs et Emma savait que Graham ne le laisserait pas s'en sortir sans essayer de le faire tomber.

C'est avec détermination qu'elle reprit :

« Graham, j'ai besoin d'une faveur. »

« Oui ? »

« J'ai besoin que tu me donnes la liste des personnes qui étaient présentes au moment du meurtre. »

« Emma je… »

« Avant de dire non, je t'en prie réfléchis. »

Cette fois-ci le regard implorant d'Emma ne fit pas flancher le détective.

« Hormis le fait que je pourrais perdre mon boulot si je faisais ça, il est absolument hors de question que je te fournisse de pareilles informations. »

« Mais.. »

« Non Emma, c'est à ton tour de m'écouter. Tu n'es pas détective, tu n'es pas formée pour ce genre de choses. Je ne sais pas ce qu'August t'as demandé mais je refuse que tu enquêtes sur cette affaire, c'est clair ? Brooks est un homme dangereux, on n'est plus en train de parler de quelques gosses qui veulent te piquer ton déjeuner à la cantine et à qui il suffit de mettre un ou deux coups de pieds bien placés pour gagner. »

« Graham je… »

« J'ai besoin que tu me fasses confiance sur ce coup. S'il te plait. » Le détective prit les mains de son amie dans les siennes. « Emma t'es comme une sœur pour moi, si je te sais là dehors en train de chercher des preuves contre ce malade je serai incapable de faire mon boulot. Laisse-moi m'occuper de ça et tiens t'en à ce que tu sais faire, ok ? »

« Ok. » capitula la blonde, sachant que Graham avait raison. « Promets-moi une chose »

« Quoi ? »

« Ne laisse pas des ripoux s'occuper de la protection de Régina si elle décide de témoigner. »

« Bien sûr. »


Mercredi 21h – appartement de Régina.

Avec la reprise de son travail aux urgences la brune était retombée dans sa routine quotidienne. Entre les patients qui défilaient, ses internes à qui elle essayait de continuer à enseigner en leur prodiguant des cours pratiques sur des 'patients' à la morgue et les comptes rendus administratifs à remplir, la brune ne savait plus où donner de la tête.

Ce soir-là, Régina était confortablement installée dans son canapé lorsque son téléphone vibra. L'écran affichait 'Maman' et la brune se mordit la lèvre, se sentant coupable de ne pas avoir rappelé sa mère qui devait être terriblement inquiète après leur dernière conversation.

« Maman, bonsoir, comment allez-vous toi et papa ? »

« Très bien et toi ma chérie ? »

« Je vais bien. »

« Tu as l'air fatiguée. »

« Je viens de terminer ma garde. »

« Tu as repris le travail ? » s'exclama sa mère étonnée.

« Je remplace un collègue aux urgences. »

« Oh je vois. Es-tu allée voir l'avocat que je t'ai recommandé ? »

« Oui. Je dois d'ailleurs te transmettre ses salutations. »

La brune entendit son père demander à sa femme de mettre le haut-parleur.

« Régina ma chérie, comment vas-tu ? »

« Ça va papa. »

« Vas-tu engager un procès ? » enchaina sa mère.

« Je n'ai pas encore pris ma décision. »

« Peut-être vaudrait-il mieux laisser toute cette histoire derrière toi… »

« Et oublier ce qu'il a fait papa ?! » s'exclama la brune énervée.

« Non bien sûr, je m'inquiète simplement pour toi. » répondit son père doucement.

« Excuse-moi, je suis un peu à cran ces temps-ci. »

Après quelques secondes de silence sa mère reprit la parole « La décision te revient ma chérie mais sache que peu importe ce que tu jugeras bon de faire nous serons à tes côtés. »

« Je sais, merci. »

« N'hésite pas à venir nous rendre visite un de ces jours si le cœur t'en dit, cela fait bien longtemps que nous ne t'avons plus vue dans notre grande maison. »

« Bien sûr papa, je ferai mon possible. »

« A bientôt dans ce cas. »

« A bientôt. » répondit la brune dans un sourire avant de raccrocher.


Jeudi 14h – Cabinet de M. Wood.

Emma avait passé la majeure partie de son temps à faire des recherches sur Brooks et Régina Mills depuis que son patron l'avait autorisée à travailler sur le cas. La brune était supposée arriver au cabinet dans une heure et les informations que la blonde avait réussi à amasser étaient minces.

Elle se prit la tête entre les mains en soupirant elle s'était rarement sentie aussi impuissante dans son travail. Les articles qu'elle avait lus sur le Winter Hill gang lui avaient fait froid dans le dos et elle commençait à espérer au fond d'elle que Régina renoncerait à lancer des poursuites après Brooks.

Elle sursauta lorsque son patron poussa la porte du hall d'entrée. Il revenait du commissariat et Emma lui lança un regard interrogateur.

« J'ai réussi à récupérer la vidéo du meurtre. »

Emma se leva d'un bond. Jusqu'ici, la police avait accepté de leur fournir quelques clichés mais s'était toujours opposée à ce qu'ils aient en leur possession la vidéo dans son intégralité. August avait dû convaincre Graham de le laisser faire une copie.

« Tu l'as déjà visionnée ? »

« Non, je veux avoir l'accord de Mills avant de le faire. »


Régina consulta sa montre : 14h15. Son rendez-vous chez son avocat n'était que dans 45 minutes mais elle devait faire un arrêt rapide avant de s'y rendre. Elle se saisit donc de ses clés avant de se mettre en route.

Elle poussa la porte du bâtiment à 14h50.

« Mademoiselle Swan, bonjour. »

« Madame Mills, comment allez-vous ? » répondit la blonde avec un sourire.

« Très bien merci. Comment va votre épaule ? »

« Beaucoup mieux, je n'ai plus aucune douleur. »

« Parfait. Je vous ai apporté le chemisier que vous m'aviez prêté la semaine dernière. »

« Oh, merci. »

« C'est moi qui vous remercie. »

« J'ai autre chose pour vous. »

Emma fronça les sourcils, ne sachant que répondre. La brune posa un sachet sur le comptoir.

« Allez-y, ouvrez. »

La blonde se leva et sortit deux petites boites en carton blanc. Elle ouvrit doucement la première avant de relever les yeux vers la brune avec un sourire.

« Un mille-feuille et un opéra. » déclara celle-ci. « Puisque vous m'avez fait découvert votre dessert favori j'ai pensé que je me devais de vous rendre la pareille. »

« C'est vraiment sympa de votre part, vous n'auriez pas eu besoin. »

« Considérez cela comme des excuses pour ma maladresse de la semaine dernière. »

« Je vous donne l'autorisation de vous excuser plus souvent dans ce cas. » répondit la blonde en portant la fourchette au bout de laquelle se trouvait un morceau d'opéra à ses lèvres.

« Wow, c'est délicieux ! »

« Je vous avais prévenue. » dit Régina en souriant.

La blonde laissa passer quelques instants avant de proposer :

« Je vous conduis dans le bureau de M. Wood ? »

« Allons-y. » répondit la brune.


« Madame Mills, ravis de vous revoir. Prenez-donc place. » lança August en désignant un des fauteuils à sa cliente.

« M. Wood. » répondit-elle dans un hochement de tête.

« Avez-vous déjà pris votre décision ? »

« Je suppose. J'aurais néanmoins quelques questions. »

« Bien sûr, que voulez-vous savoir ? »

« Si je décide de m'engager dans ce procès, comment les choses vont-elles se dérouler ? »

« Dans un premier temps il vous faudra porter plainte contre Brooks. A partir de là, le détective Hunter prendra votre témoignage et l'enquête sera rouverte. La suite dépendra principalement de ce que la police trouvera comme évidences. Dans tous les cas, vous serez entendue au tribunal et votre témoignage aura une importance majeure dans l'issue du procès. »

« Le manque de preuve incriminante ne fait-il pas de ce procès une cause perdue d'avance ? » s'enquit la brune.

« C'est mon travail de faire en sorte que non. »

« Vous pensez qu'il est possible de gagner ? »

« C'est un pari risqué mais oui, je pense qu'il est possible de faire tomber l'assassin de votre fils. »

« Selon vous je devrais me battre alors ? »

« Ce n'est pas à moi de prendre la décision mais le fait que vous soyez ici aujourd'hui me laisse croire que c'est ce que vous souhaitez faire. »

« Sans doute. »

« Est-ce un oui ? »

La brune acquiesça nerveusement.

L'avocat reprit : « Je ne peux qu'imaginer à quel point la situation doit être difficile pour vous mais je peux vous assurer que mademoiselle Swan et moi-même avait déjà commencé à monter votre défense et que nous ferons tout notre possible pour vous rendre justice. »

« Qu'avez-vous trouvé ? »

« Pour l'instant nous avons quelques pistes. Nous travaillons en étroite collaboration avec la police et j'ai réussi à récupérer la bande de la caméra de vidéosurveillance. »

« Je croyais qu'elle ne permettait pas d'incriminer Brooks » répondit Régina en changeant nerveusement de position.

« Apparemment. Je souhaiterais néanmoins la voir de mes propres yeux si vous m'en donnez l'autorisation un détail aurait pu échapper aux enquêteurs. »

« Si cela peut vous être utile, vous avez mon accord. »

L'avocat se mordit nerveusement la joue.

« Je m'en excuse mais j'ai besoin de vous demander, l'avez-vous visionnée lors de la première enquête ? »

« Non. » lâcha fermement la brune.

« Je dois vous prévenir… si j'ai réussi à obtenir la vidéo, l'avocat de Brooks le pourra sans aucun doute également. »

« Je ne vois pas où vous voulez en venir. » Régina était confuse, elle ne comprenait pas en quoi cela pouvait être un quelconque problème.

« Il pourrait s'en servir pendant le procès pour vous déstabiliser » répondit August gravement.

La brune se figea en entendant ces mots. Un instant, elle crut qu'elle allait partir et mettre toute cette histoire derrière elle avant de se ressaisir et répliquer.

« Je suppose qu'il faille que je la vois avant dans ce cas. »

« Pardon ? » s'exclama August, estomaqué par le cran de la brune.

Régina elle-même avait du mal à croire ce qu'elle venait de dire et mit plusieurs secondes à répondre.

« Si nous souhaitons retirer cet élément de surprise, c'est la seule chose à faire n'est-ce pas ? »

« Ce n'est qu'une vidéo après tout » ajouta-t-elle en murmurant, comme pour se rassurer.

« Êtes-vous sûre de vouloir faire cela ? »

« Oui. » répondit-elle fermement.

Sur ces mots, l'avocat sorti un dvd de son sac et l'inséra dans le lecteur de son ordinateur.


Emma avait depuis longtemps terminé de manger les deux desserts que la brune lui avait apportés lorsque celle-ci ressorti du bureau de son patron.

La blonde leva les yeux en l'entendant approcher.

« Madame Mills, vous vous sentez bien ? » demanda-t-elle inquiète en voyant la pâleur de son visage.

« J'aimerais poser un nouveau rendez-vous s'il vous plait. » répondit celle-ci en ignorant la question.

« Bien sûr, pour quand ? »

« Dans deux semaines. Vendredi si cela pourrait convenir. »

« Nous avons un créneau à 10h si ça va pour vous ? »

« C'est parfait. »

Emma tendit la petite carte de visite sur laquelle elle avait pris soin de noter l'horaire du rendez-vous à la brune qui s'en empara d'une main tremblante.

« Vous travaillez ce soir ? »

Régina leva un regard surpris vers la jeune femme.

« Non. »

« Super, laissez-moi vous emmener quelque part alors ! »

« Je vous demande pardon ? »

« Faites-moi confiance, ok ? »

« Mademoiselle Swan, je ne sais pas ce que vous avez en tête mais je ne suis pas d'humeur. »

« 20 minutes, ok ? Si après ça vous voulez rentrer chez vous je n'insisterai pas. »

La brune soupira en secouant la tête.

« Bon, d'accord. »

Décidément, cette jeune femme était vraiment des plus surprenantes songea Régina.

Les deux femmes se dirigèrent vers le parking à l'arrière du bâtiment et lorsqu'Emma s'arrêta devant une voiture d'un jaune détonnant la brune stoppa net.

« Il est hors de question que je monte dans ce véhicule. »

« Vous avez peur de vous faire remarquer ? »

« Je crains surtout pour ma vie, vu l'état de votre voiture je suis surprise qu'elle démarre encore. »

« Elle a ses moments de caprice mais elle ne m'a jamais abandonnée jusqu'à maintenant. On peut prendre votre voiture si vous préférez. » répondit Emma sans se laisser démonter.

« On alors vous pouvez simplement me laisser partir. » répliqua la brune pleine d'espoir.

« Vous m'avez promis 20 minutes. »

« Très bien. » concéda Régina. « C'est moi qui prend le volant toutefois. »

Le trajet se déroula en silence excepté pour les quelques indications que donnait de temps à autre la blonde à la conductrice. Au bout de quelques minutes, Régina gara sa voiture sur un parking désert.

« Nous sommes arrivées. » lança jovialement Emma avant de sortir du véhicule.

Régina fit de même avant de demander « Puis-je savoir où nous sommes ? »

« Suivez-moi. »

Le bâtiment qui se dressait en face des deux femmes semblait abandonné et Régina jetait des coups d'œil inquiets autour d'elle.

Lorsque la blonde s'approcha de la serrure pour la crocheter la brune lui attrapa le bras.

« Qu'êtes-vous en train de faire ? Il est hors de question que je participe à un braquage avec vous ! » chuchota-t-elle malgré le fait que personne n'aurait pu les entendre.

Emma failli éclater de rire en voyant l'expression sur le visage de la brune mais se retint.

« Du calme, le propriétaire est un ami. »

« Cela explique tout, qui est-ce qui ne braque l'immeuble de ses amis ! » répondit Régina sarcastique.

La blonde ouvrit la porte, triomphante. « Vous êtes prête ? » demanda-t-elle avant d'entrer dans le bâtiment sans attendre la réponse de la femme qui l'accompagnait.

Régina hésita quelques instants avant d'entrer à son tour. Il faisait noir et elle avançait à tâtons en suivant le bruit des pas qu'elle percevait devant elle.

Après quelque secondes et un cri étouffé de la blonde qui venait de foncer dans un objet non identifié, celle-ci trouva visiblement l'interrupteur puisqu'une lumière vive éclaira la pièce.

La brune poussa un cri de surprise en voyant où elle se trouvait. Devant elle se dressait un immense ring de boxe et sur sa gauche elle pouvait apercevoir des sacs de frappe.

« Que faisons-nous là ? » demanda-t-elle étonnée.

« Tenez, mettez ça. » répondit la blonde en lui lançant une paire de gants de boxe.

« Au cas où vous n'auriez pas remarqué, je n'ai pas exactement la tenue adéquate pour ce genre d'activité. Et j'ajouterai que vous avez une épaule immobilisée. »

« J'ai ce qu'il faut pour résoudre votre problème. Pour ce qui est de mon épaule, je n'ai jamais dit que je participerai au combat. »

Sur ces mots Emma se dirigea vers les vestiaires, la brune sur ses pas. Il lui arrivait fréquemment de venir se défouler sur le ring et elle avait toujours une tenue de sport propre rangée dans son casier.

« Tenez, enfilez ça. » dit-elle en tendant sa tenue à la brune, avant de retourner dans la salle principale.

Régina la rejoint quelques minutes plus tard après s'être changée.

« Vous êtes prête ? » demanda la blonde

« Je suppose. »


La brune se sentait mal à l'aise dans cet environnement inconnu et suivit la blonde sans un mot. Celle-ci se plaça derrière un sac de frappe avant de lancer :

« Allez-y ! »

« Allez-y quoi ? » répondit-elle d'un ton sec.

« Frappez. »

« Je risquerais de vous faire mal. »

« J'en doute fort mais au pire j'ai un bon médecin avec moi. »

Régina réfréna un sourire avant de donner un coup de poing timide dans le sac.

« Vous allez devoir me donner plus que ça, le sac n'a même pas bougé d'un millimètre. » lança la blonde sur un air de défi.

Vexée, la brune recommença en mettant plus de force cette fois ci.

« C'est mieux mais vous n'êtes pas à fond. »

Régina enchaina quelques coups, prenant doucement ses marques sous les encouragements de la blonde.

« C'est ça. »

Gauche – droite – gauche – droite.

« Plus fort. »

Gauche – droite – droite – gauche – gauche.

« Encore ! »

La brune commençait à transpirer sous l'effort et son souffle se faisait plus court

Gauche – droite – gauche – droite – droite – droite.

Elle entend des crissements de pneu.

Gauche – droite – gauche – droite.

Des cris qui fusent, une odeur de fumée.

Gauche – droite – gauche – droite.

Son sang se glace dans ses veines alors qu'elle se retourne et comprend ce qui vient de se passer.

Gauche – droite – gauche – droite.

Elle se met à courir, la vue brouillée par les larmes, se laissant guider par les pleurs de son fils.

Gauche – droite – gauche – droite.

Elle arrive à sa hauteur. Il est allongé par terre. Les pleurs se sont arrêtés.

Gauche – droite – gauche – droite.

« Continuez, plus fort ! »

Gauche – droite – gauche – droite.

Elle le retourne doucement et constate avec horreur la plaie béante qui barre son cou.

Elle l'appelle. Il ne répond pas.

Elle ne doit pas penser, simplement agir. Elle a déjà sauvé des dizaines de vies, effectué des gestes d'urgences des centaines de fois.

Gauche – droite – gauche – droite.

Ses mains tremblent alors qu'elle cherche désespérément l'origine de l'hémorragie. Ne pas penser, respirer, agir.

Gauche – droite – gauche – droite.

Elle ne peut pas perdre ses moyens maintenant.

Gauche – droite – gauche – droite.

Elle ferme les yeux et prie de toutes ses forces pour se réveiller. Ce qu'elle est en train de vivre ne peut pas être réel.

Gauche – droite – gauche – droite.

Ses doigts ne veulent pas arrêter de trembler alors que son fils se vide de son sang sous ses yeux.

Elle doit y arriver. Elle peut le faire.


Régina s'effondre à genoux en étouffant un sanglot. Emma s'agenouille doucement à sa hauteur et l'entoure de ses bras. La brune essaye de la repousser mais elle resserre son étreinte.

« Chut ça va aller. » murmure-t-elle doucement.

La brune résiste encore quelques instants avant de se laisser aller. Son corps est secoué de sanglots et elle laisse les larmes couler sans retenue sur ses joues.

« Il est mort. »

Régina avait prononcé ces mots dans un murmure à peine audible mais Emma avait l'impression qu'ils avaient été hurlés tant ils étaient imprégnés de peine.

« Je sais. » répondit-elle doucement sans relâcher son étreinte.

Plusieurs minutes s'écoulèrent avant que les pleurs de la brune ne se calment suffisamment pour qu'elle puisse reprendre la parole.

« Il est mort à cause de moi. »

Emma se recula de quelques centimètres.

« Regardez-moi. » dit-elle en posant délicatement une main sous le menton de la brune.

Celle-ci releva doucement la tête, des larmes silencieuses continuant à rouler sur ses joues.

« Ce qui est arrivé n'est pas de votre faute. »

« J'aurais pu le sauver. J'étais entrainée pour réagir dans l'urgence. J'aurais dû faire plus. Faire mieux. »

« Régina personne n'aurait rien pu faire, les blessures étaient trop importantes. » répondit doucement la blonde.

Les deux femmes restèrent au sol pendant plusieurs minutes encore avant que la chirurgienne ne se relève en séchant ses dernières larmes.

« Y a-t-il des douches dans la salle de sport de votre ami ? » demanda-t-elle en essayant de contenir le tremblement de sa voix.

Emma lui désigna une porte à côté des vestiaires et Régina s'y rendit sans un mot. Après s'être douchée et changée, elle rejoignit Emma qui l'attendait dans l'entrée.

« J'aurais bien besoin d'un verre. Voulez-vous vous joindre à moi mademoiselle Swan ? »


Tous vous commentaires et critiques sont les bienvenus, n'hésitez pas à m'en faire part :)