Merci à tous pour vos commentaires. Et voici la suite attendue pleine d'émotions!

Bonne lecture à tous.


Chapitre 7 : Un dragonnier perdu

Les premiers rayons du soleil éclairèrent le camp des elfes. Sur une colline, Saphira était assise, regardant Yeux-d'Emeraude et son Compagnon-de-Cœur-et-d'Esprit faire leurs adieux aux Deux-pattes-aux-oreilles-pointues et à la reine Mère-de-Yeux-d'Emeraude. Ses écailles brillaient, projetant de magnifiques rayons bleus comme le soleil projetait ses rayons. Yeux-d'Emeraude monta sur la magnifique selle donnée par Maître Oromis maintenant disparu, après avoir embrassée sa mère Reine-des-deux-pattes-aux-oreilles-pointues. Son Petit Homme la suivit, s'assit derrière et accrocha les sangles autour des jambes de la Princesse-qui-avait-pris-son-cœur. Une fois qu'elle fut attachée et que son Partenaire-de-Cœur accrocha ses mains à l'arrière de la selle, la Dernière Dragonne libre de l'Alagaësia ouvrit ses ailes majestueuses et fléchissant ses puissantes pattes, elle se propulsa dans les airs, le seul endroit où elle voudrait toujours être. Dans le ciel à une dizaine de mètres du sol, elle rugit de bonheur et cracha un long jet de feu. Son Compagnon-de-Cœur-et-d'Esprit ayant senti ses intensions convoqua cette magie qu'elle ne pouvait faire tout le temps, manipula le jet le transformant en un cercle dans lequel elle s'engouffra. Que c'était bon de sentir le feu près de ses écailles et l'air sous ses ailes. Les Deux-pattes-aux-oreilles-pointues applaudirent bruyamment, la majestueuse dragonne leur répondit en rugissant. Bientôt Gilead ne fut plus d'une ombre à l'horizon. Ils retournèrent vers les Vardens.

Pendant le vol, aucun bruit ne se faisait entendre mis à part les ailes de Saphira se balançant dans les airs. Eragon était perdu dans ses pensées alors qu'Arya et Saphira se posaient des énigmes mentalement. Eragon ne disait mot, ses yeux étaient fermés et ses mains posées sur ses genoux ne tenaient même pas la selle. Peu à peu, les pensées se fit moins belles passant de moments heureux à des moments qu'il préférait oublier. Les heures passèrent ainsi. Sa détresse devenait de pis en pis, Saphira le sentait mais à chaque fois qu'elle voulait lui parler, le réconforter, elle se heurtait à une barrière infranchissable : le Tueur d'Ombre voulait être seul. Elle le laissa, sentant pourtant son esprit s'éloigner de minute en minute Quand la nuit commença à tomber, les trois compagnons survolaient les premiers remparts de la Crête. Saphira repérant une clairière dans les arbres qui recouvraient les montagnes, commença sa descente puis se posa majestueusement sur le sol sans un bruit. A peine eut elle replier ses ailes qu'Eragon sauta de la selle et marcha vers les arbres. La princesse des elfes, étonnée, le suivit lentement. Le dragonnier était troublé cela ne faisait aucun doute, elle était même sûr d'avoir vu une larme couler sur sa joue.

« - Non, alfa-kona, dit la dragonne d'un voix triste dans son esprit. »

Arya fut surprise et se retourna vers la superbe dragonne saphir.

- Mais Saphira tu as vu comment il est ! S'exclama-t-elle d'une voix où perçait l'inquiétude.

La dragonne regardait les arbres à travers lesquels son dragonnier avait disparu. Elle pouvait le sentir mais de son esprit ne perçait qu'un tourbillon sans fin d'émotions. La dragonne était très inquiète pour son compagnon mais elle savait que seul le temps guérirait ses blessures. Quoiqu'il fut déjà un homme malgré son jeune âge, il avait vécu tellement qu'un jour ou l'autre elle savait que les émotions seraient trop forte. Et ce jour était arrivé.

« - Je sais, Yeux-d'Emeraude, je perçois ses émotions si tu l'avais oublié, dit la dragonne sur un ton plus dur qu'elle ne l'aurait voulu. »

- Je suis désolée, Saphira Ecailles-brillantes, je ne … commença à s'excuser la jeune elfe mais elle fut interrompit par la dragonne qui lui répondit d'une voix douce et triste.

« - Ce n'est pas toi, c'est moi, je suis inquiète pour Eragon. Mais malheureusement, nous ne pouvons rien faire, il a besoin d'être seul avec ses pensées. »

Arya tourna la tête vers les arbres, elle pouvait sentir le dragonnier à une dizaine de mètres d'elle. Il ne s'était pas éloigné, il était toujours conscience de son environnement. « - Peut-être que Saphira à raison après tout, pensa-t-elle, il a besoin d'être seul. » Et avec cette pensée , elle se redirigea vers la merveilleuse dragonne qui était sortie de l'œuf qu'elle avait gardé pendant plus de quinze ans.

« - Et je ne vous remercierai jamais assez pour cela et pour m'avoir envoyée à Eragon, dit la dragonne en suivant les pensées de la princesse. »

Un léger sourire se dessina sur ses lèvres, triste et joyeux en même temps. Ce jour, elle avait perdu presque tout ce qu'elle avait mais l'Alageasia avait trouvé l'espoir, et elle, elle avait retrouvé un sauveur et un ami très proche. Elle enleva la selle de Saphira puis se mit à préparer à manger.

Les arbres étaient vivants, il le savait, il le sentait. Mais pourquoi eux vivaient-ils sans obstacles, sans penser à la guerre ou la peur de perdre un de leurs amis? Et pourtant il y avait autant de morts humains que d'animaux et que de végétaux. La forêt était silencieuse, voilà plus de cent ans qu'elle l'était. Les animaux et les végétaux habitant dans la forêt craignaient les bruits d'armures, les flammes d'un feu. Les arbres ne redoutaient plus la foudre mais les hommes qui au lieu de cueillir les fruits venaient les abattre pour fabriquer des machines de guerre. La nature était chamboulée tout comme lui. Enfant, il rêvait de dragons volants dans le ciel, de monter sur un dragon, d'avoir une épée mystique ou encore de faire de la magie. Toutes ces choses que racontaient Brom, le conteur. Cet homme qui après le conteur devint son maître, puis un dragonnier et le fondateur des Vardens, pour enfin être son père. Et maintenant ses rêves, ses jeux qu'ils faisaient avec son presque frère Roran étaient devenus réalités. Fils d'un dragonnier, il avait grandi dans une ferme. Devenu dragonnier, il parcourait le monde. Quelle joie de voir tous ces paysages, tous ces hommes, nains, elfes ou urgals. Mais la mort était présente, son oncle, son père, ses maîtres, ses grands hommes mais qui sera le prochain, sa dragonne, son cousin, ses amis ou Arya? Il ne savait pas, il ne savait plus. Il voulait juste finir avec tout cela, ne plus voir la mort, ne plus voir la guerre. Ses yeux ne supportaient plus de voir tous ces hommes morts, pleins de sang, décapités. Il ne pouvait supporter l'idée d'enfoncer de nouveau son épée dans des hommes qui avaient une famille. Il ne pouvait plus voir ces enfants qui grandiront sans père, comme il l'avait été lui. Son cœur n'était plus là, il ne le sentait plus battre dans son corps. Il était seul, tout seul parmi tant de monde. Quel chemin prendre? Que faire maintenant? Le dragonnier était perdu. Les larmes affluaient sur ces joues. Il avait senti Arya le suivre quand il s'était éloigné mais Saphira l'avait interrompu. C'est la seule chose qu'il savait, la seule chose qu'il pouvait penser clairement. Il sentait la colère monter en lui, il sentait cette haine irréversible pour un roi qui tuait ses sujets les uns après les autres. Eragon frappa avec son poing sur un arbre laissant une marque, puis refrappa une autre fois et une autre, encore et encore. Il frappa de toutes ses forces sur un arbre sûrement bicentenaire. Il sentait sa douleur mais elle était un simple grain de poussière par rapport à la sienne. Et pourtant plus il tapait, plus il s'en voulait, plus il en voulait à Galbatorix pour avoir créé toutes ces douleurs.

- Pourquoi? Hurla-t-il, pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi tous ces morts? Pourquoi vivre encore alors que tout le monde meurt autour de moi?

Il frappa jusqu'à ce que la haine se transforme en une tristesse sourde. Que son cœur qu'il croyait disparu lui fasse mal à le détruire. Son front se posa sur l'arbre. Ses genoux cédèrent sous son poids. Les quelques larmes qui coulaient sur son visage devenaient des torrents.

- Pourquoi ? Murmura-t-il.

Arya avait fini de manger. Le premier repas qu'elle avait pris en tête à tête avec une dragonne, qui s'était maintenant allongée. Arya se leva et commença à s'installer pour la nuit quand elle a entendu Eragon crier. Se retournant vers Saphira qui s'était levée, Arya se redressa. Les deux femmes se dirigèrent vers le dragonnier. Elles le trouvèrent là entre les arbres, frappant l'un d'eux, quelques larmes coulants légèrement sur sa joue puis tombant sur le sol. Une larme provenant de l'œil saphir de Saphira, s'écrasa bruyamment sur le sol . Sur le visage de la princesse, la lune faisait briller des larmes. Les deux solitaires de leur espèce, l'une par choix et l'autre par obligation, ne bougèrent point, laissant le dragonnier pleurer. Elles savaient que le choc était passé. Maintenant que le calme avait emporté le dragonnier, il lui faudrait endurer le coup de toutes les pertes qu'il avait subi. D'un simple garçon perdant son oncle, il était devenu un homme qui avait vu beaucoup de morts, mais quoiqu'il fut, il n'eut jamais le temps de faire ni le deuil de son oncle, ni de son père, ni de tous les autres hommes qu'il avait perdu. De ce dragonnier seul parmi les arbres, les deux princesses de leur espèce ne voyaient qu'un homme qui avait mal, qui avait besoin de quelqu'un. Saphira s'approcha de lui, le prenant doucement dans sa mâchoire, elle le souleva et le porta vers leur camps de la même façon qu'une louve avec ses petits. Le dragonnier se débattit dans les airs, sans vraiment de force, ses yeux cachés par les larmes. Arya resta derrière et guérit l'arbre, lui demandant pardon mais comme elle l'avait maintes fois remarqué, un dragonnier laissait une marque dans la nature et l'arbre ne lui en voulait même pas comme si ses actions étaient normales. Puis elle les rejoignit alors que Saphira posait Eragon dans la clairière. Le dragonnier se laissa tomber et s'allongea dans la position recroquevillée d'un nouveau né. La dragonne s'allongea autour de lui, gardant toujours ses yeux fixés sur son dragonnier, elle posa doucement son museau sur le front d'Eragon dont les sanglots résonnants dans la nuit, se ralentirent au contact. Détournant les yeux de son compagnon, elle regarda la princesse toujours debout à la périphérie de la clairière.

« - Viens dormir sous mon aile, Arya, lui dit-elle, la nuit est déjà bien froide. Je surveillerai ne t'inquiète pas. »

Arya hocha la tête. Elle se rendit vers les sacoches de la selle de Saphira retira la couverture d'Eragon puis les rejoignit en récupérant sa propre couverture. Eragon était contre le ventre chaud de Saphira, elle le couva de sa couverture puis s'installa à côté de lui. Saphira abaissa son aile les protégeant du monde extérieur.

Plusieurs minutes passèrent ainsi, princesse, dragonnier et dragonne allongés côte à côte. Le silence qui régnait était seulement troublé par les sanglots d'Eragon. Arya le regardait, son dos était secoué à chaque sanglot. La princesse avait mal, détestant voir cet homme toujours souriant ainsi. Elle tendit une main et la déposa délicatement sur son épaule. Eragon fit un mouvement de l'épaule pour qu'elle l'enlève. Les sanglots se fit moindres puis reprirent de leur intensité. La princesse put néanmoins distinguer quatre mots entre ses sanglots : « Non, pas toi aussi. » Elle se mit sur son coude gauche et avec son bras droit, elle le prit par l'épaule, le forçant à se mettre sur le dos. Il détourna la tête ne voulant la regarder. Doucement, elle posa sa main sur son visage et essuya les larmes qui coulaient sur ses joues.

- Tu te souviens Eragon, un jour tu m'as dit de toujours me rappeler les jardin de Tialdari Hall et que tout irait bien, murmura-t-elle. Rappelle-toi Eragon, de toutes ces choses faites avec ton oncle, Brom, Oromis et tous les autres. Rappelle-toi tous ces moments heureux.

Quand elle eut fini de parler, les larmes qu'elles avaient réussi à arrêter se remirent à couler. Eragon qui la regardait maintenant, leva doucement sa main et n'étant pas arrêté par Arya, essuya ses larmes avec son pouce. Les deux amis se regardaient dans les yeux, yeux marrons plongés dans des yeux émeraudes. Tous les sentiments étaient visibles dans ces yeux, souffrance, tristesse, vengeance, et quelque chose qu'Eragon ne pouvait déchiffrer.

- J'ai peur, lui susurra le dragonnier ne quittant point ses yeux.

- On a tous peur, lui répondit doucement la princesse des elfes, il prouve que nous sommes des êtres vivants dotés de sentiments. La peur fait partie de nous. Mais Saphira, Roran, Nasuada, Orik et moi serons toujours là pour toi, tu es notre ami. On t'aime ne l'oublie pas. Et on ne te quittera jamais car nous seront là pour l'éternité, ajouta-t-elle en plaçant sa main sur sa poitrine au niveau de son cœur.

Puis elle ferma les yeux, la fatigue de la journée de vol et des émotions se faisait sentir.

- Merci, finit Eragon.

Le coude d'Arya céda tout d'un coup et elle se retrouva la tête sur l'épaule du dragonnier, sa main toujours sur sa poitrine. Ses yeux étaient toujours fermés, se redressant légèrement elle commença à s'excuser mais Eragon avait passé un bras derrière elle et l'attira contre lui.

- Eragon… protesta Arya.

Eragon la coupa :

- S'il te plaît…

La princesse voulu se retirer de l'étreinte mais la fatigue, la tristesse qui se répercutait dans son cœur eurent raison d'elle.

« - Il en a besoin tout comme toi, lui dit Saphira en privé, on ne se sort pas de ça tout seul. »

Les paroles de Saphira étaient juste, elle avait besoin de lui, besoin d'un ami sur qui pleurer. La princesse remit sa tête sur son épaule alors qu'Eragon entoura son bras autour de sa taille, laissant sa main au milieu de son dos. Puis projetant ses pensées aux deux compagnons, la dragonne leur dit :

« - Dormez bien. »

« - Je t'aime Saphira, lui répondit Eragon. »

« - Moi aussi, je t'aime mon petit. N'oublie jamais ça, je ne t'abandonnerai jamais, je ne te laisserai ni mourir ni seul. Jamais. »

« - Merci, finit-il avant de sombrer dans ses rêves éveillés. »

Il fut vite rejoins par Arya. Ils dormirent ainsi, princesse dans les bras d'un dragonnier, amis se réconfortant sous les ailes de la dernière des dragonnes.