Bonjour tout le monde. Merci beaucoup pour toutes vos reviews !
J'espère que ce chapitre vous plaira, il est un peu dans la même veine que le précédent, dites moi si vous aimez.
Bonne lecture
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Titre : Garder le cap
Nombre de mots : 900 mots sur OpenOffice
La porte d'entrée claqua derrière Severus. L'homme retira sa cape humide de neige. Puis il tendit l'oreille. Tout était calme. Bien trop calme. Le corridor d'entrée était faiblement éclairé, touché par la lumière que diffusait la lampe pendue au plafond de la cuisine. Le reste de la maison semblait endormi, profondément enveloppé dans une douce obscurité.
Sans bruit, Severus s'avança dans le couloir, puis entra dans la cuisine. Là, sur le carrelage blanc, s'étendaient comme des cadavres les vestiges d'assiettes ayant glissé de ses mains. Cassées en grossiers morceaux de porcelaine bleue, elles formaient une mosaïque désordonnée de mer déchaînée.
Le potionniste fixa un instant la vaiselle brisée, puis il cligna des yeux. Il la réparerait plus tard, encore. Il avait fait une crise, encore.
L'homme quitta la pièce, puis monta les escaliers, se dirigeant sans hésitation vers la chambre qu'il partageait avec son compagnon.
Il ne s'était pas trompé. Il était bien là. Prostré dans le coin entre le mur et le grand lit. Comme d'habitude. Replié sur lui-même, se balançant d'avant en arrière, ses longs cheveux retombant sur ses épaules comme un lourd rideau sombre. Comme d'habitude.
Severus s'approcha. Il observa tristement les cils alourdis par les larmes, les pommettes trop saillantes sous la peau tendue et cireuse. Il regarda fixement les doigts qui se serraient convulsivement autour des épaules osseuses. Comme à chaque crise.
Alors il s'accroupit face à l'autre homme. Puis il le pris doucement dans ses bras, comme on l'aurait fait avec un animal blessé, le laissant poser sa tête sur son épaule.
Le potionniste berça tendrement le corps contre lui. Et alors qu'il effleurait la nuque de son compagnon du plat de la main, un souffle s'échappa de ses lèvres entrouvertes :
« Sirius ? »
Un murmure rauque, teinté d'angoisse. Le corps osseux se tendit. Puis le visage émacié et strié de larmes se tourna vers son vis-à-vis.
Les yeux grands ouverts et brouillés par les pleurs, les pupilles colorées par un ciel d'orage, Sirius fixa Severus en tremblant.
Et Severus lui rendit tristement son regard, resserrant son étreinte.
Souvent, sans qu'il ne sache pourquoi, Sirius sombrait. Écrasé par la houle qui rugissait dans sa tête, Sirius s'asphyxiait. Il se noyait sous le froid des détraqueurs, sous les murmures rocailleux d'Azkaban, sous les souvenirs et les incertitudes.
Alors Severus essayait de le ramener à la surface, il essayait de le remonter sur leur petite barque déjà bien vacillante.
Il l'enlaçait pour le réchauffer, lui chuchotait à l'oreille pour chasser les voix qui venaient le hanter. Il le consolait, lui assurait que rien n'était sa faute, comme une comptine ou une berceuse lointaine. Il l'embrassait tendrement, lui murmurait des « je t'aime » rassurants, pour faire fuir les Détraqueurs, pour effacer la lumière brûlante de l'Avada.
Cette fois encore, Sirius menaçait de couler jusqu'au fond de la mer. Cette fois encore, Severus essayait de le ramener à la surface.
Les mains pâles du potionniste vinrent encadrer le visage de l'animagus, les doigts fins vinrent essuyer les larmes. Sirius s'accrocha à sa chemise comme à une bouée de sauvetage, ses doigts chiffonnant le tissu, ses ongles s'enfonçant presque dans la chair de Severus.
Il y avait tellement de peur dans le regard voilé, tellement de crainte dans son étreinte tremblante.
Severus pouvait presque voir la main d'un Détraqueur se refermer sur l'épaule de son compagnon. Bien sûr, Sirius essayait de résister. Il essayait de fuir les fantômes qui l'encerclaient, il hurlait contre ses cauchemars, contre les murs d'Azkaban et contre le reste.
Mais parfois, sa voix se bloquait dans sa gorge, et il coulait.
Comme ce jour-là, où il suivait aveuglément spectres et démons, s'éloigant de Severus sous les murmures du vent.
Sirius se mit à sangloter comme un petit enfant. Alors Severus piqua son visage de milliers de baisers, légers comme des papillons, puis, posant son front contre celui de son compagnon, il laissa les mots se déverser hors de sa bouche, forts comme un torrent, pour rassurer et apaiser :
« Sirius. Sirius regarde-moi, souffla le professeur, croisant furtivement les prunelles voilées. Tu n'es pas seul, tu ne sera plus jamais seul. Sirius, je suis là. Pour toujours. »
Les yeux gris s'éclaircirent. Et Severus continua, la respiration presque erratique :
« Je ne suis pas très démonstratif. Et sûrement très maladroit. Mais ne doute jamais de mon amour pour toi. Je veux passer chaque instant du reste de ma vie près de toi. Je veux pouvoir carresser tes lèvres encore et encore, jour après jour. Je veux pouvoir me plonger dans tes yeux, m'y perdre pour l'éternité. Je veux te voir sourire, te voir rire. Mais aussi te voir pleurer, te voir être en colère. Te voir vivre. Pouvoir t'embrasser chaque matin, me réveiller à tes côtés. Et me coucher chaque soir près de toi, pour passer la nuit dans tes bras. Je te veux toi. Sirius. Toi tout entier. Avec tes qualités et tes défauts. Quand tu vas bien et quand tu ne va pas bien. Tout le temps. Toujours. Parce que je t'aime, Sirius. »
Les lèvres de Sirius s'étirèrent en un sourire gauche et encore humide de larmes salées. Puis ses doigts lâchèrent la chemise, et enlacèrent ceux de Severus.
Cette fois encore, Severus avait réussi à faire remonter Sirius à la surface. Et un jour, ils navigueraient ensemble sous le soleil, et ils réussiraient à garder le cap.
Prochain chapitre le 09/09
