Crédits : l'univers de Bleach et ses personnages appartiennent à Tite Kubo.

Un chapitre avec un peu plus d'action que dans le précédant ! Je suis désolée pour le (petit ?) retard. Maintenant, nous allons pouvoir entrer dans cette forêt ! J'espère ne pas vous perdre en route ^^.

Concernant Hisagi, je vous avouerais que c'est un personnage que je trouve trop peu exploité dans les fanfictions. Pourtant, je pense qu'il peut être assez intéressant à exploiter (oui j'aime bien ce mot ^^). Je vais donc essayer. De toute façon, j'adore mettre en avant des personnages qui le sont moins. Pour ceux qui m'auraient déjà croisé sur d'autres fictions, je pense que vous le savez déjà xD.

Merci à Milka pour sa review ! Ah personne n'avait deviné, donc ! Je suis moins prévisible que ce que je croyais xD. Merci de m'avoir laissé ton impression, ça me fait très plaisir !


Chapitre 6 : Là où règne le brouillard

_ Nous y voilà, déclara Hisagi d'une voix morne, en contemplant le mur végétal devant eux.

Il ne semblait pas avoir très envie de pénétrer dans la forêt et faisait peu d'effort pour le cacher. Néanmoins, il n'avait guère le choix : Rukia était résolue à la traverser.

De toute façon, c'est lui qui avait insisté pour venir. Voilà ce que pensait la petite brune.

D'ailleurs, elle ne ressentait pas vraiment d'appréhension en observant tous ces bambous qui s'étiraient fièrement vers le ciel, dans un cadre verdoyant et paisible. Tout semblait calme et la Shinigami se sentit respirer un peu mieux. Après les terres arides, si inhospitalières, si dénudées au milieu de la tourmente, elle se prenait même à aimer cet endroit. Les bambous lui donnaient l'impression d'un rempart contre le vent rugissant venu de la montagne, d'une protection contre les ciels d'orage des après-midi ou encore contre la pâleur aveuglante du matin.

Rukia jeta un regard en coin vers Hisagi. Il avait de nouveau prit la tête de la marche pour pénétrer à l'intérieur de la forêt. Rukia n'y trouva rien à redire, car elle se rendit vite compte que se repérer n'était pas des plus évidents. Elle se sentait minuscule devant ses végétaux foisonnants qui inondèrent son champ de vision d'un vert intense. Malgré la beauté des lieux, chaque endroit ressemblait au précédent et il fallait demeurer concentré pour noter les détails qui permettaient de s'orienter. Là, un caillou en plein milieu d'un chemin ici, une branche brisée et un peu plus loin, des empreintes de petits animaux. Parfois, la route devenait moins nette à discerner et il fallait passer entre des bambous resserrés, se forçant ainsi un passage dans la nature. Rukia essayait de mémoriser tous ces éléments, mais elle remarqua qu'Hisagi progressait bien plus rapidement.

Un gazouillement d'oiseau retentit, tirant Rukia de sa continuelle méfiance. Hisagi était-il devenu doué pour la survie par la force des choses ? Il avait démontré une aisance certaine dans la descente de la montagne.

Comme le silence entre eux lui montait à la tête, soulevant trop de questions qu'elle s'efforçait d'écarter pour le moment, Rukia se rapprocha du Shinigami.

_ Fukuta… Hisagi-san, êtes-vous le seul vagabond sans attaches ou y en a-t-il d'autres ? Ren… Abarai semblait sous-entendre qu'un Shinigami fort regroupait ceux de rangs plus faibles sous son égide.

Après quelques secondes à se frayer un chemin parmi les bambous, Hisagi jeta un coup d'œil vers Rukia, qui se tenait toujours derrière lui. Elle avait presque renoncé à obtenir une réponse de la part du brun.

_ Non, je ne suis pas le seul. Tous les Shinigami ne sont pas organisés. Certains refusent la hiérarchie, d'autres ne parviennent pas à accorder leur confiance…

Il laissa flotter sa phrase un instant, en ayant coulé de nouveau un regard vers Rukia. La Shinigami baissa la tête, observant le chemin qu'ils prenaient. Il n'y avait toujours aucune indication, aucun sentier. Elle n'aurait su dire où se situait l'ouest.

_ C'est peut-être la solution la plus sage, vous ne croyez pas ? Osa t-elle demander.

Un rire bref lui répondit.

_ Je ne pense pas, non. Pas pour survivre.

Il accéléra le pas, sautant par-dessus un obstacle qui lui barrait la route. Rukia fit de même, suivant toujours son guide qui progressait comme un félin. Elle pressa le pas à son tour pour se trouver derrière son dos. Il s'y connaissait visiblement bien en matière de survie, mais sa réponse avait surpris la jeune femme.

Elle observa son interlocuteur tandis qu'ils poursuivaient leur chemin à travers la forêt, sous les quelques rayons qui filtraient à travers les branches. Tout semblait paisible et la douce lumière conférait aux lieux une atmosphère de cathédrale végétale. Le silence fréquent entre les Shinigami ne faisait que renforcer cette impression.

Ils marchèrent un long moment encore à travers la forêt qui s'épaississait de plus en plus, sans perdre cependant son atmosphère sereine et bienveillante. Il faisait légèrement plus sombre, mais une petite brise animait paisiblement les feuilles. Si la situation avait été différente, Rukia aurait presque trouvé agréable de cheminer le long des sentiers qui sillonnaient la forêt. Elle aurait pu trouver ce genre d'endroit à la Soul Society. Cela lui rappelait presque le cadre rassurant de la treizième division. Le Capitaine Ukitake aimerait très certainement cette forêt. Cette pensée fit naître un pincement au cœur de la jeune femme, qui ne parvint que difficile à chasser le visage accueillant de son supérieur. Elle aurait tellement eu besoin de ses conseils, à cet instant. Le seul vers qui elle pouvait se tourner pour le moment se trouvait devant elle, les épaules raides, la tête bien droite, évoluant au milieu des végétaux comme s'il ne s'agissait que d'une simple formalité.

« Il ressemble plus à un chasseur qu'à un guide », songea la brune, son humeur assombrie par cette simple pensée.

Rukia voulut poser une nouvelle question, mais le Lieutenant la devança, reprenant la conversation comme si le temps ne s'était pas longuement écoulé depuis :

_ Pour être honnête, je suis certainement l'un des seuls à ne compter que sur moi-même. Les autres vagabonds se regroupent par petits groupes. Ils sont indépendants hiérarchiquement.

Surprise qu'il prenne la parole de lui-même, Rukia rebondit aussitôt sur ses propos :

_ Justement, pourquoi ne pas vous rallier à un Shinigami ? Pourquoi choisir d'errer, seul ?

Hisagi mit un certain temps à lui répondre. Elle vit qu'il hésitait ses épaules s'étaient affaissées dès qu'elle avait prononcé ces mots.

_ J'ai été trop naïf, à une époque.

Rukia s'apprêtait à lui demander pourquoi, tout en sachant qu'il resterait sans doute vague, mais Hisagi s'arrêta soudainement. La petite brune, ne l'ayant pas remarqué, poursuivit son chemin. Elle fut stoppée net dans son élan. La poigne du Shinigami qui l'accompagnait s'abattit sur son bras, la tirant brusquement vers lui. Surprise, elle manqua de trébucher, mais se rattrapa au dernier moment, prête à dégainer son arme, une attitude qui révélait le peu de relations sociales qu'elle entretenait avec autrui. Généralement, on évitait de penser automatiquement que la personne qui nous attrapait n'était motivée que par l'unique intention d'attenter à notre vie.

« Qu'est-ce qu'il me veut, le Lieutenant qui n'en est pas un ?! »

En vérité, il la relâcha presque aussitôt, une fois qu'il l'eut écarté d'une zone qu'il observait d'un œil sombre. Rukia se sentit légèrement bête d'avoir soupçonné autre chose. Par chance, Hisagi ne semblait rien avoir remarqué.

_ Prévenez-moi la prochaine fois. Sinon, merci, je vais bien, ajouta la petite brune avec une ironie un peu mordante.

Il ne prit pas la peine de répondre, car quelque chose devant eux retenait toute son attention. Rukia tourna la tête et discerna ce qui le troublait tant. Elle haussa un sourcil en découvrant qu'il s'agissait seulement d'un bout de tissu pendant le long d'un bambou. Il flottait légèrement au gré du petit courant d'air qui filtrait en ces lieux.

_ Dites, vous m'expliquez ou j'essaye de deviner ? S'enquit-elle, cherchant à comprendre ce qui pouvait bien le troubler à ce point dans un vulgaire morceau de tissu.

Hisagi conserva sa patience, ce qui était plutôt honorable de sa part. Néanmoins, c'est d'un ton plutôt sec qu'il répondit.

_ Je vais t'expliquer, c'est très simple : ceci désigne une limite. Une fois de l'autre côté, il ne sera plus question de parler. Nous ferons le moins de bruit possible et si nous devons communiquer, ce sera par le biais de signes.

Rukia supposa qu'il s'agissait du moment où elle devait s'inquiéter.

_ Une limite entre quoi et quoi ? Demanda t-elle, subitement gagnée par le même trouble qu'Hisagi.

Ce dernier braqua ses yeux gris dans ceux de Rukia et la Shinigami put y lire toute la tension que ressentait le brun.

_ Entre la partie que nous venons de traverser et le territoire contrôlé par Kyôraku. Passer inaperçu sera très difficile.

_ Joie, laissa tomber Rukia, cynique. Qu'attendons-nous pour y aller ?

_ Crois-moi, tu riras moins de l'autre côté, répliqua Hisagi.

_ On vous a déjà dit que vous étiez rassurant ?

oOo

Comme précédemment, les deux Shinigami progressèrent au même rythme à ceci près qu'ils paraissaient nettement plus tendus. Sans trop savoir pourquoi, Rukia se sentait mal à l'aise, subitement. Peut-être était-ce dû aux mises en garde d'Hisagi, mais pas uniquement. L'atmosphère lui semblait… différente. Au début, elle ne s'en était pas rendu compte. Cela s'était fait progressivement et de manière quasi imperceptible. Mais, au final, la Shinigami s'aperçut qu'un silence de cathédrale régnait désormais dans la forêt. Plus aucun chant d'oiseau, ni de sons trahissant la présence d'animaux. Or, cet absence de bruit n'avait rien de normal dans un lieu qui devrait foisonner de vie.

Une fine couche de brume s'était déposée petit à petit entre les bambous, sinuant à travers les végétaux telle une écharpe laiteuse. En raison du brouillard, il devenait difficile de s'orienter, les Shinigami voyant ainsi leur champ de vision se réduire considérablement. Pire encore, la brume semblait s'épaissir à mesure qu'ils s'enfonçaient dans la forêt.

Hisagi se retourna brièvement pour adresser un signe à Rukia. Le message était clair : faire le moins de bruit possible. La brune hocha la tête, suivant son guide à travers la couche blanche. A nouveau, elle remarqua qu'Hisagi parvenait tant bien que mal à s'orienter. Il semblait réellement familier des lieux. Elle aurait voulu lui demander s'il était déjà venu auparavant, mais il lui était défendu de parler. Elle sentait qu'il serait bien plus sage de suivre le conseil que de l'enfreindre, aussi se contraignit-elle au silence le plus absolu.

De plus, la jeune femme devait presser un peu plus le pas si elle ne voulait pas le perdre de vue, car la brume avalait la silhouette du Shinigami. Elle craignait à tout instant de se perdre dans cet enfer blanc et laiteux et, en aucun cas, elle ne voulait que le schéma dans le Monde du Précipice se reproduise.

Soudain, sans prévenir, Hisagi s'arrêta net. Rukia, qui ne le voyait pratiquement plus, lui fonça droit dessus, son nez s'écrasant contre le dos de son guide.

« Aoutch ! Il a le dos en bêton ! »

Elle tapota son nez comme pour vérifier qu'il était toujours là, tandis qu'Hisagi se retournait. Il lui fit signe de ne pas bouger. Elle pencha légèrement la tête sur le côté pour réclamer plus d'explications, mais le Lieutenant haussa simplement les épaules, avant de désigner les alentours d'un geste vague. Il toucha son oreille pour lui faire comprendre qu'il avait entendu un bruit. Tous deux demeurèrent ainsi aux aguets, à fixer le brouillard comme si une ombre pourrait en jaillir d'un instant à l'autre.

Tout était silencieux. Trop silencieux.

Un bruit attira alors l'attention de Rukia. Elle tourna vivement la tête sur le côté, forçant Hisagi à en faire de même. La jeune femme en était certaine : elle avait vu quelque chose bouger à travers la langue de brume. Elle coula un regard en direction de son acolyte et tous deux, d'un commun muet, décidèrent de reprendre leur route, se sachant désormais suivi par quelque chose. Cela rappela à la Shinigami les fois où elle s'était sentie épiée durant son périple, sauf que l'observateur se trouvait maintenant à ses côtés.

Petit à petit, ils se rendirent compte que les bruits retentissaient de toutes parts. L'ombre se déplaçait très vite. Un coup, elle se trouvait à gauche, la seconde suivante à droite. Parfois, elle semblait se trouvait juste derrière ou, au contraire, loin devant eux.

Rukia fit un signe de la main à Hisagi, dépliant un à un ses doigts, lui indiquant silencieusement que leurs poursuivants étaient sans doute plusieurs. Ils les suivaient plus ou moins à la trace. A nouveau, les deux Shinigami s'entreregardèrent jusqu'à ce qu'Hisagi hoche lentement la tête, donnant le signal de départ. Ils se mirent alors à courir le plus vite possible à travers la forêt, Hisagi en tête, montrant le chemin à Rukia qui tentait de ne pas le perdre de vue. Dès cet instant, les bruissements redoublèrent, se faisant nettement plus furieux. On les traquait bel et bien.

Chaque obstacle sur leur route pouvait leur faire perdre en rapidité, donnant ainsi l'avantage aux ombres furtives de la forêt, aussi s'échinaient-ils tous deux à éviter les roches sournoises, les bambous brisés, les chemins trop sinueux.

L'adrénaline faisait battre le cœur de Rukia à tout rompre et elle priait pour qu'Hisagi ne disparaisse pas dans un shunpo, car le brouillard opaque l'empêcherait de le suivre. Elle courait donc de toutes ses forces en veillant à rester proche du Shinigami, ses sens la guidant pour le reste.

Seulement, au moment où elle tourna la tête sur un côté, elle vit quelque chose briller à travers la brume. Quelque chose qui se dirigeait sur eux à une vitesse hallucinante.

_ Fukutaicho !

Le brun réagit presque aussitôt. Il poussa Rukia sur le côté, avant de s'écarter à son tour, tandis qu'un rayon lumineux jaillissait dans un sifflement furieux. La chose sectionna le bambou qui se trouvait juste derrière eux, avant de se planter dans un deuxième végétal.

Le sang pulsant dans ses veines, Rukia se redressa. Elle fixait la pique à laquelle elle avait échappé, muette d'incrédulité.

« Un sort de kido ».

Mais elle n'eut pas le temps de s'appesantir sur la question qu'un nouveau sifflement retentissait, bientôt suivi par d'autres traits lumineux qui déferlaient en rafale.

_ Cours ! Lui cria soudain Hisagi.

Elle s'exécuta aussitôt, prenant la première direction qui s'ouvrait à elle. Les sifflements retentissaient de partout, faisant battre son cœur plus fort. Ce dernier cognait dans sa poitrine comme s'il allait s'en extirper. La tête de Rukia bourdonnait, mais elle ne pensait à cet instant qu'à sa survie. La dure loi de ce monde s'imprégnait petit à petit dans chacun de ses gestes.

En vérité, elle aurait préféré se battre plutôt que de fuir comme une lâche. Elle ne pouvait pas se permettre de mourir aussi bêtement. Sans trop qu'elle ne parvienne à déterminer pourquoi, l'image de Kaien Shiba s'imposa à elle. Elle revoyait le sabre entre ses mains et le sang qui léchait lentement la lame, mais elle se força à chasser cette vision d'horreur pour reprendre pied avec la réalité.

« Et quelle réalité ! On n'essaye pas moins de me trouer la peau ! »

Les personnes qui les attaquaient maîtrisaient assez bien le kido, d'après ce qu'elle avait pu en juger. Ils avaient également une longueur d'avance car le brouillard jouait en leur faveur et ne paraissait nullement les gêner. Rukia ne se sentait pas de lutter contre un adversaire qui possédait un tel avantage. Amorcer un combat dans ces conditions lui semblait égal à un suicide.

Elle s'enfonça alors à l'aveuglette dans le nuage de brouillard, courant entre les bambous immenses. Elle utilisa son shunpo à trois reprises, afin de semer plus vite ses assaillants. Malheureusement, elle était bien incapable de dire dans quelle direction elle s'orientait, ni si elle serait capable après de retrouver son chemin. Pour l'heure, seule la fuite comptait.

Quand elle se sentit plus ou moins en sécurité -quoique le terme soit très relatif- Rukia observa les lieux pendant de longues minutes, le corps tendu à l'extrême. Ses yeux bleus allaient de bambou en bambou, se perdant dans l'écharpe de brume avant de se lever vers les hauteurs.

_ Hisagi-san ? Appela t-elle.

Elle avait perdu le Shinigami dans l'attaque, croyant qu'il la suivrait. Devant son absence, elle se demanda un moment s'il n'avait pas été tué. Son cœur se serra à cette idée. Le brun avait été son seul compagnon de route, même si ce n'était que pour quelques jours. Elle ne lui avait pas encore accordé sa confiance, mais savoir qu'il n'avait pas pu réchapper de l'attaque la fit culpabiliser.

Et puis, il lui fallait quelqu'un connaissant parfaitement ce monde. Et Hisagi semblait justement en savoir beaucoup.

_ Hisagi-san ! Répéta t-elle, sa voix se perdant dans la forêt après avoir résonné quelques secondes.

En vain. Rukia n'obtint aucune réponse si ce n'est un silence morne.

Que faire ? Retourner sur ses pas ? Et s'il était mort ? Elle tomberait elle aussi entre les mains de ses adversaires.

« Mais puis-je vraiment m'en aller comme si de rien n'était ? »

La Shinigami commença à faire les cent pas, se mordant légèrement la lèvre inférieure. Une tempête s'était soulevée dans son esprit et le brouillard reflétait à cet instant le tourment intérieur de la brune.

« Hisagi Shuuhei en ce monde n'est pas celui que je connais. Peut-être me manipule t-il depuis le début en me faisant croire qu'il était mon allié. Je ne dois me fier à personne. Je ferais mieux de partir pendant que je le peux ».

Elle soupira, fermant brusquement les paupières.

« Mais en faisant cela, je pense comme tous ceux qui vivent ici… »

La jeune Kuchiki esquissa un pas dans la direction qui l'avait conduite à cet endroit, mais elle se ravisa au dernier moment, l'image de Kurotsuchi s'imposant à son esprit.

« Hisagi Shuuhei mérite peut-être d'avoir la vie sauve, mais… ».

Cela ne lui plaisait vraiment pas, mais une mission passait avant tout. Et justement, elle s'était donnée un objectif à atteindre. Le devoir, il n'y avait que ça à quoi se raccrocher. Tout le reste passait en deuxième.

Mais au moment où Rukia s'enfonçait un peu plus encore dans la forêt, une silhouette jaillit tel un spectre dans le brouillard. La jeune femme porta aussitôt sa main à la garde de Sode no Shirayuki.

_ Hisagi-san ? Demanda t-elle par acquis de conscience.

La forme s'avança, vêtue d'un shihakusho noir mais Rukia ne reconnut pas le Shinigami. Elle allait dégainer son zanpakuto lorsqu'un coup violent à la tête la fit basculer dans le noir.

oOo

« Pourquoi je me fais sans cesse avoir ? ». Ce furent ses premières pensées à son réveil.

« Votre instinct de survie est moins développé que celui des Shinigami de ce monde, Rukia-sama », lui répondit la voix mélodieuse de Sode no Shirayuki. « Vous avez vécu dans l'ordre et la discipline, alors qu'ici, ces notions semblent avoir disparu depuis bien longtemps. Il va vous falloir apprendre à développer votre intuition. »

« Je ne pense guère avoir le choix », soupira mentalement la brune.

Une douleur la ramena à la réalité. Elle se rendit compte qu'elle se trouvait dans une position inconfortable qui tirait sur ses muscles. Ses yeux s'ouvrirent pour observer l'endroit où on l'avait conduit et la jeune femme fouilla du regard les alentours, n'y voyant qu'une sorte de cour intérieure aux murs délabrés, au centre de laquelle un grand feu crépitait doucement. A ceci près que la cour en question se trouvait de l'autre côté de barreaux. Une cage. Elle se trouvait dans une cage en bois solide !

Et il y en avait d'autres, tout autour, s'entassant près des remparts délabrés fermant l'espace. Des escaliers conduisaient aux courtines qui reliaient quatre tours de petite taille. La construction ressemblait à un vieux fortin, ou peut-être un ancien poste de garde.

La Shinigami en revint à la cage. Si elle usait d'un sort de kido, peut-être qu'elle pourrait faire se consumer le bois ou le briser. Seulement… elle jeta un coup d'œil aux Shinigami présents un peu partout.

« Cela fait beaucoup de monde à affronter et on m'a confisqué Sode no Shirayuki ».

Une voix retentit alors, comme si elle avait lu ses pensées :

_ Je te déconseille de sortir maintenant. Mieux vaut optimiser notre temps au profit d'un plan d'évasion bien construit.

De surprise, Rukia tourna la tête et découvrit avec stupeur et soulagement, dans la cage juste à côté de la sienne, la silhouette posée d'Hisagi.

_ Fukutaicho ! S'exclama t-elle.

Il coula vers elle un œil désespéré.

_ T'es têtue, toi.

Rukia ne s'appesantit pas sur la remarque, soulagée qu'il soit en vie.

_ Pardon, c'est l'habitude. Vous savez où on nous a emmené ?

Hisagi lâcha un soupir, reportant son regard sur la cour. Rukia remarqua alors les hématomes sur ses bras et son visage. Leurs adversaires l'avaient salement amoché.

_ Crois-moi, la réponse ne va pas te plaire, répondit-il.

_ Ne vous inquiétez pas, je commence à m'y faire, maugréa la brune.

Ils n'eurent cependant pas le loisir de poursuivre, car un Shinigami vint frapper sur les barreaux de la cage avec un bâton, pour réclamer le silence d'une voix bourrue. Mais il fut bientôt rejoint par une autre personne qui s'avançait à leur rencontre. Une femme. Les yeux de Rukia s'écarquillèrent à nouveau lorsqu'elle posa le regard sur ladite femme, dont le visage revêche ne lui était pas méconnu.

Celle-ci s'arrêta devant la cage d'Hisagi. Encore une fois, le doute n'était permis. La brune de l'autre côté des barreaux ne lui accorda pas le moindre regard derrière ses lunettes, se bornant à observer Hisagi d'un œil sévère. Ses lèvres délicates refusaient le sourire et son expression, à cet instant, aurait glacé n'importe qui.

« Nanao Ise ! La Lieutenante du Capitaine Kyôraku ! »

_ Alors, dit-elle sans préambule, tu as fini par te laisser piéger comme un rat acculé dans ses derniers retranchements ?

Hisagi leva ses yeux gris vers elle. Un long silence se fit, durant lequel ils se mesurèrent du regard.

_ Tu ne dis rien. Tu as perdu ta langue ? Pour le peu qu'elle te sert…

_ Non, j'admirais simplement ton sens de la comparaison, répondit simplement le brun avec un soupçon d'insolence.

Nanao resta de marbre et elle se contenta de replacer ses lunettes sur son nez dans un geste sec. Rukia se fit la réflexion qu'elle semblait plus farouche encore que dans son monde à elle. Le peu de douceur qui émanait de la Lieutenance avait ici été complètement aspiré.

_ Je te reconnais certaines qualités, Hisagi, mais l'humour n'a jamais été ton fort, asséna t-elle d'une voix incisive.

_ Où est Kyôraku ? Demanda alors le Shinigami aux cicatrices. Pourquoi on nous retient ici ?

_ « On » ?

C'était la première fois qu'une expression de surprise se peignait sur les traits de Nanao. Son regard se posa sur Rukia et une lueur suspicieuse s'alluma à l'intérieur de ses prunelles. A ce genre de réaction aussi, la jeune femme commençait à s'y faire.

Néanmoins, Rukia se sentait mal à l'aise. Elle se fit violence pour soutenir le regard de la Shinigami de l'autre côté de la cage, lui offrant un visage le plus neutre possible.

Mais, Nanao ne fit pas davantage attention à elle car elle se tourna une dernière fois vers Hisagi.

_ Tu le sauras bien assez tôt, déclara t-elle avant de tourner les talons, non sans avoir lancé une dernière réplique : les hommes sont tellement stupides.

Rukia la regarda partir, avant de jeter un œil dans la direction d'Hisagi. Son visage ne trahissait pas grand-chose, si ce n'est un certain agacement et un brin de dépit, aussi. La Shinigami s'approcha jusqu'à ce que sa tête touche les barreaux en bois de la cage.

_ Vous vous connaissez ? Demanda t-elle.

La question sonnait davantage comme une affirmation.

_ Oui, ce n'est pas la première fois que je « voyage » sur les terres de Kyôraku. Je crois qu'Ise-san n'a pas trop apprécié, la dernière fois.

Il sembla hésiter à poursuivre.

« Encore une fois, il ne me dit pas tout », soupçonna Rukia.

Hisagi allait ajouter quelque chose, mais le Shinigami à la voix bourrue revint, une bouteille de saké à la main, pour frapper de son bâton les deux cages.

_ Silence ! Beugla t-il tout en renversant un peu de saké sur le sol.

Il s'éloigna en portant la bouteille à ses lèvres, laissant les deux prisonniers qui échangèrent un regard perplexe.

oOo

Le soir ne tarda pas à étendre son voile au-dessus du campement. Il régnait dans la cour une atmosphère étrange et froide. Le brouillard à l'extérieur ne semblait pas s'être dissipé. Seul le feu au milieu de la place empêchait qu'il ne s'infiltre entre les murs.

A travers les barreaux, Rukia jeta un œil vers le ciel, mais elle le distinguait à peine. Impossible de voir les étoiles ou même la lune. Elle sentait qu'ils s'enfonçaient tous dans une nuit opaque et riche de superstitions. Elle frissonna légèrement, frottant ses bras pour se réchauffer.

De l'autre côté de la cage, quelques Shinigami de Kyôraku se groupaient autour du feu. Certains avaient apporté des bouteilles de saké. Comme ils semblaient tous occupés à rire ou à se raconter des histoires de bataille, Rukia se tourna vers la cage d'Hisagi pour s'enquérir de son état de santé. A cet instant, son visage n'était pas bien beau à voir. Après le départ de Nanao, il avait dormi pendant un moment et Rukia se demandait comment il faisait. Elle était incapable de fermer les yeux.

Leurs regards se croisèrent dans la nuit, sans qu'aucun ne soit vraiment certain que l'autre le regardait vraiment. Ce fut Hisagi qui brisa le silence en premier :

_ Tu ne me fais toujours pas confiance, pas vrai ? Même dans une cage, tu crois que je peux encore mentir ?

La question et la remarque qui suivit prirent Rukia au dépourvu, car c'était bien ce qu'elle songeait.

« Dites moi qu'il ne lit pas aussi dans les pensées ! »

Elle hésita à répondre, mais Hisagi la devança :

_ T'inquiètes pas, c'est la décision la plus sage que tu aies eu.

Piquée au vif, la Shinigami se retint de lui rétorquer qu'il ne savait pas grand-chose des décisions qu'elle avait prise jusqu'ici. Elle se tourna vers son « acolyte », le fixant à travers les barreaux.

_ Il y a une chose que je ne comprends pas. Pourquoi nous retenir ici ? Kyôraku-san n'a jamais trop prêté attention aux autres divisions, alors même s'il est différent de celui que je connais, je trouve cela étrange…

Hisagi lui jeta un regard incisif qui la glaça. Il avait un œil au beurre noir, ce qui assombrissait un peu plus encore la lueur colérique qui enflammait ses prunelles.

_ Son attention, je viens de me la recevoir dans la tête et crois-moi, je l'ai bien senti…

Rukia, qui n'avait pas spécialement envie de se mettre à culpabiliser, surtout enfermée dans une cage, leva les yeux au ciel.

_ Ne soyez pas sarcastique, cela n'avance à rien. Je cherche seulement des explications.

_ Pardon de m'être fait tabasser par toute une cohorte pendant que tu t'enfuyais dans les bois, répliqua Hisagi sur un ton de reproche évident.

La remarque fit mouche et pas seulement parce que c'était la vérité. Un fard rouge se déposa sur les joues de Rukia et elle bénit la nuit qui rendait sa gêne invisible aux yeux de son interlocuteur mécontent.

_ Je ne m'enfuyais pas ! Je courrais… dans le sens inverse de votre direction.

_ Je suis sensé apprécier la nuance ?

Ils se turent, car leur geôlier passa non loin des cages et sa voix leur hurlant dessus alors qu'il frappait les barreaux n'était pas une mélodie qui leur manquait. Et puis, Rukia n'avait pas vraiment envie de poursuivre cette conversation qui la mettait assez peu en valeur. Quelque part, elle pouvait comprendre la réaction d'Hisagi, mais elle trouvait le reproche mal venu de la part de quelqu'un qui lui avait crié de courir.

_ Pourquoi vous m'aidez ? Redemanda t-elle une fois que le geôlier se fut éloigné.

Face à elle, assis nonchalamment contre sa cage, Hisagi laissa retomber sa tête contre le bois.

_ C'est une sorte de conviction que j'ai. Elle n'est pas vraiment fondée, mais j'ai l'impression que tu as été envoyée ici.

Rukia laissa échapper un soupir.

« Pour quelqu'un qui semble réfléchir d'abord avec sa tête plutôt qu'avec le reste, c'est très naïf de sa part ».

_ Je n'ai pas été envoyée par qui que ce soit.

Le Shinigami ne dit mot.

_ Désolée, ajouta Rukia.

_ Ce n'est pas grave. Je crois quand même que tu peux changer des choses, ici. Tu penses différemment.

_ Vous non plus, vous n'avez pas la même vision que les autres Shinigami d'ici.

Quelque chose sembla luire dans les yeux orageux de son interlocuteur. Il hésita à parler, le regard dans le vague, puis déclara simplement d'une voix sombre :

_ J'ai fait des choses dont je ne suis pas fier.

Les interrogations qui naquirent dans l'esprit de Rukia flottèrent un instant dans le vide, sans trouver de réponse. Elle savait désormais qu'Hisagi ne livrerait pas grand-chose de plus.

_ Mais vous avez changé, n'est-ce pas ? C'est pour ça que vous errez sur les routes.

_ Ne te méprends pas, rétorqua aussitôt le brun. Je vis depuis trop longtemps dans ce monde. Je crois qu'une partie de moi est déjà pourrie. Ici, la soif de sang, c'est comme la gangrène. Ça finit un jour par gagner le cœur.

Ces paroles affectèrent Rukia plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle songea à Renji et aux autres Shinigami qu'elle n'avait pas encore rencontré, comme le Capitaine Ukitake. Ou Byakuya.

_ Peu importe. Pour le moment, il faut qu'on trouve un moyen de sortir d'ici.

_ Je suis d'accord, approuva la jeune femme. Je crois même avoir une petite idée…

L'heure n'était cependant pas aux confidences quant à un plan d'évasion, car bientôt, une clameur monta dans le poste de garde jusqu'à gagner la cour. Les Shinigami près du feu se redressèrent d'un bond, avant de s'agiter dans tous les sens. Des chants guerriers grimpèrent depuis les portes de chaque tour et ils furent repris en cœur par ceux qui se trouvaient là.

Rukia jeta un œil interrogateur à Hisagi. Il semblait particulièrement stoïque, mais ses yeux reflétaient néanmoins une certaine appréhension.

_ Kyôraku est de retour, laissa t-il seulement tomber en dardant son regard sur Rukia.


Allez on va faire durer un peu le suspense ! (si vous n'êtes pas en état de suspense, vous pouvez toujours faire semblant /SBAF/ Ok, je me tais). On se retrouve donc -normalement- la semaine prochaine, s'il n'y a pas d'imprévus. Passez une bonne semaine et à bientôt!