Bon. Pour commencer, je voudrais signaler que ce chapitre (et en fait, également ceux qui suivront) doit son existence à jjunee, que je tenais à remercier : pour la persistance de ton soutien et la régularité de tes (si gentilles) reviews, merci :) ça fait plaisir de voir qu'elle n'a pas été reléguée aux oubliettes.

Comme elle l'a deviné, j'ai effectivement beaucoup manqué de temps, et je reconnais que j'ai naturellement mis cette fic de côté, et elle m'ait sortie la tête. Sachant à quel point c'est désagréable, je suis désolée pour cette large pause. D'autre part, si ça a pris autant de temps, c'est parce que j'ai entamé la rédaction d'une autre fiction, la suite directe de celle-ci, et je me suis un peu laissée emportée... (moui bon, je sais, pas très logique... Je délaisse le début pour me concentrer sur la suite... M'enfin.)

Désolée encore pour cette absence prolongée, et j'espère que les rares qui me suivent encore apprécieront ce chapitre.


Il exécuta un geste vif et nonchalant de sa baguette, et Hermione percuta de nouveau le sol, ce qui, décidément, devenait pour elle une habitude fort désagréable.

-Vous ne vous concentrez pas, Granger ! Faites un effort, nom d'un gobelin bossu !

Elle se releva en grommelant, puis tenta vainement de discipliner ses cheveux, ramassés en un chignon qui laissait échapper plus de mèches qu'il n'en contenait.

Se saisissant à nouveau de sa baguette, Hermione ferma les yeux un quart de seconde et se focalisa sur son adversaire, tant et si bien que tout le reste autour sembla disparaître pour elle. Il ne pouvait esquisser le moindre geste menaçant pour elle sans qu'elle ne s'en aperçoive, et donc pare l'attaque. Mais, malheureusement, cela lui fit négliger toute possible attaque venant des côtés ou de derrière elle : au moment où elle s'apprêtait à lui lancer un sortilège informulé, destiné à désarmer son professeur, un objet qu'il avait lui-même ensorcelé la percuta violemment, surgissant de nulle part.

La lionne se redressa en se massant les côtes, le fusilla du regard et s'affala sur le canapé le plus proche.

Haussant un sourcil, Rogue s'approcha d'elle prudemment, sans toutefois abaisser totalement sa baguette.

-Vous m'avez fait mal. Protesta Hermione d'un ton empli de reproches.

Il eut un rictus moqueur.

-C'est que j'étais persuadé que vous auriez la présence d'esprit de jeter un coup d'œil autour de vous. Au lieu de ça, vous n'avez prêté d'attention qu'à moi, et avez oublié de surveiller vos arrières… Je suis très flatté, bien sûr, mais tout de même, la règle de base en duel est de garder à l'esprit que l'attaque peut venir de partout. Railla-t-il encore.

Hermione s'empourpra légèrement, puis soupira avec désespoir.

-De toute façon, à quoi ça sert de m'entraîner aux duels, on est coincés dans une maison moldue au milieu de nulle part, et tout le monde s'en fiche de nous, même les mangemorts… Se lamenta la jeune fille, qui ne supportait décidément plus l'absence d'action dans cet endroit.

Rogue leva les yeux au ciel.

-Ce genre de propos est plutôt indécent en tant de guerre, Miss Granger. Dois-je vous rappeler que des gens innocents meurent tous les jours, et qu'ils rêvent d'une maison abritée dans laquelle ils pourraient s'exercer à la défense ?

Hermione baissa à nouveau les yeux.

-Ce n'est évidemment pas ce que je voulais dire… Murmura-t-elle.

-Eh bien dans ces cas-là, le mieux est encore de se taire. Assena le maître des potions. Vous devez être capable de ressortir indemne d'une attaque de mangemorts, Granger. Imaginez un peu que vous vous fassiez capturer ? Ce serait parfaitement tragique pour nous…

Hermione le regarda, touchée par tant d'attention.

-…Avec toutes les informations que vous avez désormais en possession, ce serait le triomphe assuré pour le Seigneur des Ténèbres.

Blasée, elle retourna à la contemplation de ses mains, en haussant les épaules avec indifférence. Quel immonde petit joncheruine.

-J'en ai assez. Finit-elle par avouer, à contre-cœur.

Quelques heures auparavant, quand Rogue lui avait demandé de bien réfléchir avant de s'engager dans les recherches, Hermione avait fait semblant d'hésiter, de reconsidérer la question avant d'accepter avec enthousiasme. Mais plutôt que de lui expliquer en détail le sujet de ses recherches, Rogue lui avait imposé un entraînement intensif en duel sorcier. Au début, elle s'était insurgée : Dumbledore leur avait bien précisé de ne pas utiliser de magie, pour éviter de laisser des traces, et minimiser leurs risques d'être découverts. Mais Rogue l'avait rassurée en lui disant que lui-même n'utiliserait que de sorts d'Anciennes magie, beaucoup plus subtile et donc plus discrète. Quant à elle, il lui avait rappelé qu'elle n'avait que de très faibles chances de parvenir à achever ne serait-ce qu'un seul sortilège face à lui.

Bien sûr, Rogue était fin duelliste, et la jeune fille pouvait sentir les progrès qu'elle avait d'ores et déjà fait grâce à cet exercice, mais elle ne comprenait pas bien ce que tout ceci venait faire dans l'histoire. En réalité, Hermione commençait à douter de la bonne foi de son professeur : était-il à nouveau en train d'esquiver le réel sujet ? Se faisait-elle mener en bateau depuis tout ce temps ?

Durant les quelques minutes qu'Hermione s'était accordées, se plongeant dans ses pensées, Rogue s'était éloigné. Quand elle releva la tête, il était en train de s'affairer dans la cuisine, et elle le vit s'approcher avec deux assiettes emplies d'une sorte de ragoût vert et fumant.

Hermione fronça le nez avec dégoût puis, quand il lui tendit l'assiette qui lui était destinée, elle lui adressa malgré tout un sourire de remerciement. Tandis qu'il s'asseyait en face d'elle, Hermione fut une fois encore saisie par l'incongruité de la situation. Elle était en train de partager un repas – si on pouvait l'appeler ainsi – avec la chauve-souris des cachots. Tout de même.

-Vous disiez donc que vous en aviez « assez ». Rappela Rogue d'une voix nonchalante.

Hermione touilla un peu le mélange peu avenant qui lui faisait face, puis planta son regard dans celui du maître des potions.

-Tout ce que vous m'avez dit sur les duels est passionnant, professeur, mais je ne comprends pas vraiment où vous voulez en venir. Je veux dire…

Elle se lança finalement, et prit une première micro-bouchée verdâtre. Ce n'était pas si terrible.

-…Je suis prête à être patiente et tout et tout, s'il s'agit d'introduire je ne sais quelle discipline concernant l'Ancienne Magie ou quoi…

Elle déglutit tout de même avec difficulté et grimaça.

-…Mais quand même, tout ça me semble un peu… hors-sujet. Acheva-t-elle finalement.

Rogue l'observait calmement, tout en mâchonnant distraitement la mixture non-identifiée.

-Je vous l'ai déjà expliqué. Il s'agit de vous rendre capable de vous défendre en cas d'attaque. L'idée est que les informations qui vont peu à peu vous être confiées ne puissent être révélées à vos ennemis.

Hermione acquiesça avec lassitude, et Rogue reprit :

-Toutefois, vous serez ravie d'apprendre que, si votre niveau est loin d'être excellent, je pense que vous êtes parée pour vous défendre le temps qu'un agent performant vienne vous sauver.

Hermione l'observa avec perplexité.

-C'est un compliment, monsieur ?

L'ignorant royalement, il reprit :

-Pour bien faire les choses, il aurait également fallu vous sensibiliser à la douleur. Moi, par exemple, à force d'ingérer régulièrement un certain nombre de poisons destinés à la torture, j'ai fini par ne plus en ressentir que très légèrement les effets. Si vous en faisiez de même, votre résistance en serait décuplée : les Mangemorts ne pourraient alors rien obtenir de vous par ce biais là…

En même temps qu'il terminait sa phrase, Rogue se fit songeur, comme s'il étudiait la question.

Hermione avait perdu toute couleur, et elle l'observait avec effarement, tenant fébrilement sa baguette, bien qu'elle eût conscience qu'elle n'avait aucune chance face à lui.

Voyant la panique s'emparer peu à peu de son élève, il eut alors un rictus moqueur avant de lâcher :

-Il m'arrive aussi de plaisanter, Granger.

Cette dernière cligna des yeux plusieurs fois. Reprenant un semblant de contenance, elle commença à froncer les sourcils, prête à lui faire regretter amèrement cette farce de mauvais goût. Mais comme il ne se départait pas de son sourire amusé, sans être méprisant, elle se ravisa et rit légèrement de sa propre naïveté. Il ne pouvait pas avoir réellement ingéré délibérément des poisons pour s'en immuniser !... N'est-ce pas ?

Rogue sembla, durant quelques secondes, désarçonné par ce soudain accès d'allégresse. Puis, se reprenant, il se leva subitement en faisant claquer sa robe.

-Parfait, donc à partir de demain : lever 6h, tranche horaire studieuse jusqu'à 10h. Pour vous, ce sera approfondissement en histoire de la magie, mais aussi en potions. Vous avez de graves lacunes à combler. Pause de 5 minutes, puis focalisation sur nos recherches, donc ancienne magie. A 12h30, pause déjeuner. 13h, reprise des recherches. 15h, entraînement aux duels, vous ne devez pas perdre la main. 17h, pause de 5 minutes. 17h05 jusqu'à 19h05 : occlumencie, et je vous suggère fortement d'être plus efficace que Potter. Pause dîner jusqu'à 19h35. De 19h35 à 23h : mise en parallèle de la magicologie avec vos sciences moldues. Pour votre équilibre psychosomatique, je vous accorde 7 heures de sommeil.

Hermione l'observa débiter ce planning renforcé avec des yeux ronds, tandis qu'il s'éloignait pour aller dans son bureau. Estimant qu'il devait s'agir d'une nouvelle moquerie, elle esquissa un sourire un peu incertain, ne sachant pas non plus quelle attitude adopter. Au moment où elle se faisait la réflexion qu'il était impossible de déceler ce que pensait réellement Severus Rogue, de déchiffrer s'il était sérieux ou non, ce dernier, la main sur la poignée, se retourna et ajouta :

-Ah, et vous pouvez intégrer une douche de 20 minutes au moment qui vous y semblera le mieux disposé. Profitez de vos derniers instants d'insouciance.

La porte se referma, et Hermione se retrouva seule. Il ne plaisantait pas.

La première journée fut atroce. A 23h30, quand Hermione rejoignit finalement son lit avec épuisement, elle envisagea très sérieusement d'aller agrandir les rangs de Voldemort. Car rien ne pouvait être pire que ce programme intensif imposé par Rogue, et elle préférait fuir, choisir la facilité… N'importe quoi, tant qu'elle ne re-croisait jamais cet être maléfique, et même machiavélique, plus dangereux qu'une horde de trolls des montagnes lâchés dans une école primaire.

La première ignominie avait eu lieu le matin. Hermione, avisée de son emploi du temps, avait pris soin de régler un réveil à 5h55, pour pouvoir être debout à l'heure indiquée. Mais cette espèce de perfide pitiponk l'avait devancée, et avait décidé, sans prévention aucune, de la réveiller à 5h45. Il avait tambouriné à sa porte, puis, d'un coup de baguette négligent, avait ouvert ses stores. Agressée par la lumière matinale, Hermione s'était donc levée, le cerveau embrumé, les yeux éblouis, et avait entamé sa journée d'une humeur exécrable. L'attitude de Rogue annonçait clairement la couleur : il souhaitait mettre ses résistances – physiques et psychologiques – à rude épreuve.

Quand elle avait rejoint la cuisine, après s'être douchée en 10 minutes top chrono, Rogue avait déjà disparu dans son bureau. Sur la petite table du salon, elle put constater qu'il avait eu la délicatesse de lui laisser une pile de livres. Epais. Et poussiéreux.

Hermione se massa les yeux, passa une main dans son indomptable tignasse. Puis, tandis qu'elle tentait de retirer sa main gauche de l'un des innombrables nœuds dans lequel elle s'était emprisonnée, elle saisit une pomme de la droite, et s'installa en soupirant, songeant aux festins dont elle avait profité à Poudlard, jadis, dans une époque lointaine.

L'Ancienne Magie, Mythes et Réalité. 478 pages.

Evolution de la conception de Merlin au cours de l'Histoire de la Civilisation Occidentale – Volume I : Du côté sorcier. 502 pages.

Evolution de la concepetion de Merlin au cours de l'Histoire de la Civilisation Occidentale – Volume II : Du côté moldu. 416 pages.

L'art des potions au sein des légendes celtiques – Merlin, le premier Maître des potions ? 732 pages.

Hermione n'osa pas regarder la suite. Elle mesura la distance qui la séparait de l'entrée, puis évalua le temps qu'il lui faudrait pour atteindre la fenêtre. Estimant ses possibilités de fuite trop faibles, elle se résigna. Hermione avait toujours aimé la lecture, mais elle craignait que cette matinée studieuse ne lui fasse développer une forme de phobie à l'égard de tout ce qui avait la forme d'un grimoire. Se plongeant finalement dans L'Ancienne Magie, Mythes et Réalité, Hermione se demanda pourquoi McGonagall devait venir les réapprovisionner en stock de pavés illisibles, quand ils en avaient déjà tant en leur possession. Puis elle se demanda comment, par Merlin, Rogue avait pu transporter tous ces bouquins.

Il s'avéra que la difficulté de ces lectures ne tenait pas uniquement à leurs contenus : les propos étaient, certes, assez pointus, demandant une certaine concentration. Mais, en plus de ça, Hermione devait régulièrement déchiffrer des morceaux de textes en runes, qui se rapportaient généralement au commentaire d'une formule d'arithmancie.

Malgré tout, la jeune fille se laissa absorber par le texte, et il ne lui fallut pas longtemps pour perdre la notion du temps.

Quand Rogue émergea de son bureau, à 10h00 précises, il la trouva dans un état lamentable. Elle avait le nez à seulement quelques nanomètres du livre. Des bouts de parchemins étaient égarés dans ses cheveux, et elle avait tâché d'encre ses mains, ainsi que son visage. Ses yeux étaient rougis tant elle se les été frottés, et des monceaux de papiers s'éparpillaient autour d'elle, noircis d'une écriture plus ou moins brouillonne.

Il s'approcha de l'une des feuilles, et y jeta un coup d'œil sceptique.

-Il s'agit de runes anciennes, Miss Granger, pas d'un quelconque rébus. Votre traduction est plutôt aléatoire, pour quelqu'un qui veut prétendre à la recherche.

Hermione, arrachée de sa transe, lui pris le papier des mains. Elle le re-parcourut en un quart de seconde, le froissa, le jeta par terre, et fusilla Rogue du regard. Elle se sentait humiliée par ce traitement.

Elle avait cru que l'accompagner dans son travail la placerait en égal à lui, mais, finalement, c'était encore pire : désormais, il ne perdrait plus une occasion de la rabrouer, de lui démontrer à quel point elle s'était sur-estimée, jusqu'à ce qu'elle admette sa faiblesse. Mais elle ne devait pas abandonner.

Ses cinq minutes de pause furent mises à profit pour remettre de l'ordre dans la pièce. Puis Rogue s'installa face à elle, se lançant dans un long discours magistral, dans lequel il lui expliquait les mécanismes de la pensée, ainsi que le fonctionnement plus détaillé de l'Ancienne Magie.

-…Des questions ? Finit-il par interroger.

Hermione, qui le fixait avec intensité, sans que Rogue ne sût si elle était passionnée ou profondément ennuyée, se redressa.

-Comment comptez-vous utilisez tout ça pour en faire une arme ? demanda-t-elle.

Rogue prit son temps avant de répondre, comme pour ménager le suspense.

-L'idée, amorça-t-il, c'est qu'aujourd'hui, les sorciers sont capables d'avoir accès aux pensée de quelqu'un, sans les manipuler. La mémoire peut éventuellement être rectifiée, mais les dommages qu'elle subit sont généralement réparables par un contre sort, ou par une inébranlable volonté. D'autre part, tous ces sorts ne peuvent s'effectuer qu'à l'échelle individuelle. Ce qu'on voudrait, c'est agir sur un groupe, qu'il soit ennemi ou ami : par exemple, dans le cas de l'Ordre du Phénix, pouvoir mettre nos perceptions immédiates en commun serait un avantage considérable lors de batailles. Imaginez un peu : nous sommes pris dans une embuscade, ils sont plusieurs, et nous ne pouvons pas combattre côte à côte. Grâce à une potion, ou à un sortilège, nous pouvons, malgré tout communiquer. Je n'aurais pas accès à vos souvenirs, ni à la moindre de vos pensée, mais plutôt à des messages que vous me destinerez, du style « Aidez-moi », ou encore « J'aurais dû écouter pendant vos cours, quel est ce fameux sort de désarmement, déjà ? »

Il la regardait narquoisement, mais Hermione ne lui fit pas le plaisir de s'agacer et, à la place, elle s'esclaffa légèrement. Elle avait découvert que c'était la meilleure arme contre lui : sa bonne humeur le décontenançait et coupait court à ses sarcasmes. C'est pourquoi, Rogue reprit :

-Par ailleurs, je partage, comme je l'ai dit, vos perceptions immédiates : ma vue, mon ouïe… tous mes sens sont doublés. Si vous apercevez un Mangemort qui m'attaque dans le dos, je le verrai également. Imaginez la force que cette arme nous fournirez si nous n'étions pas que deux, mais quinze, trente, cinquante… Une armée qui pense comme un seul homme, une armée constituée d'individus dont les sens sont décuplés, et dont l'efficacité est parfaite.

Hermione mesurait l'ampleur de ce genre d'armes. Mais enfin, si elle souhaitait vraiment rester raisonnable, tout ceci lui semblait tout de même franchement improbable.

-Et concernant les groupes ennemis ? Demanda-t-elle malgré tout.

-Dans leur cas, il s'agirait plutôt d'influer sur leur volonté. Comprendre ce qui mène un sorcier à combattre Voldemort, ce qui le pousse à tuer, à haïr, et empêcher les réactions trop violentes, en modifiant ses convictions.

-Mais… Interrompit Hermione d'une voix blanche. Vous voulez empêcher les gens de penser ce qu'ils pensent ? Vous voulez vous introduire dans leur esprit, lancer un petit sortilège, et leur retirer leurs certitudes, leurs convictions, comme par magie ? Ça les transformerait en coquille vide… C'est… C'est une privation de liberté, c'est bafouer un droit inaliénable de l'être humain… Professeur.

Il la sonda un instant du regard.

-Il s'agit effectivement d'une arme dangereuse, Miss Granger. Mais elle est aussi extrêmement puissante, et nous sommes en temps de guerre.

-Même pendant la guerre, les humains sont des humains. Vous n'avez pas le droit de leur laver le cerveau pour les rendre inoffensifs.

-Ce n'est pas si simple, évidemment. Nous partons du principe que quelqu'un comme Bellatrix Lestrange n'est pas sain d'esprit. En manipulant son inconscient, nous essayons de compenser la violence de sa folie. C'est une sorte de thérapie magique et accélérée. Bien entendu, il ne s'agit pas non plus vraiment d'une médecine, ce serait certainement provisoire et si, suite à ça, elle désirait vraiment retrouver un équilibre, il lui faudrait passer pas mal d'années à Sainte Mangouste.

-Et pour ceux qui rejoignent Vold… Vous-Savez-Qui par peur, ou suite à des pressions familiales, pour des gens comme Drago Malefoy ? On ne peut pas simplement modifier leur volonté sans aucun scrupule, même si on ne cautionne pas leurs idéologies.

Rogue réfléchit durant plusieurs minutes.

-Bien entendu. Concéda-t-il. Toute cette étude doit être limitée. Mais, grâce à l'Ancienne Magie, on peut, sans causer des dommages irréparables, se contenter de créer des leurres : par exemple, prenons un Mangemort espion. On pourrait, plutôt que d'annihiler ses convictions, introduire dans son esprit un souvenir factice. Qu'il soit persuadé que Dumbledore se rendra au Ministère à telle date, alors qu'en réalité, Dumbledore se trouvera, à ce moment-là, à un défilé de mode à Paris. On pourrait de la même manière créer des sortes d'hallucinations collectives : en pleine bataille contre les Mangemorts, leur donner l'impression qu'une gigantesque armée de trolls se dirige droit sur eux. Imaginez la pagaille que ça causerait dans leurs rangs…

-Créer des leurres… C'est ce qu'a fait Vous-Savez-Qui à Harry, lors de notre cinquième année. Il lui a fait croire que Sirius était retenu prisonnier là-bas. Fit remarquer Hermione d'un ton glacial.

Severus acquiesça.

-Le Seigneur des Ténèbres a un lien particulier avec Potter. Ce genre de pratique est extrêmement dangereux pour eux, et relève de la Magie Noire. Ce dont nous parlons est fondamentalement différent, mais le résultat, je vous l'accorde, est similaire.

A son tour, Hermione conserva un silence songeur.

-Professeur, je conçois bien les avantages qu'on obtiendrait à maîtriser cet élément qu'est la pensée. Je comprends pourquoi le développement de l'Ancienne Magie serait un atout majeur. Mais, percevez-vous les dangers que présentent de telles recherches ? C'est vraiment jouer avec le feu, c'est… Je me suis toujours demandé à quoi pensait Einstein en contribuant à l'élaboration de la bombe nucléaire. Mais vous êtes pire que lui, en fait.

Severus n'osa pas lui répondre qu'il avait parfaitement conscience des dangers qui se présentaient quand on manipulait ce genre de magie. Il n'osa pas lui avouer non plus qu'il se savait parfaitement incapable de limiter ces risques, de raisonner sa ferveur magicologique, en évitant de mettre au point une arme trop redoutable.

Il ne lui précisa pas que c'était justement pour cette raison que Dumbledore avait fait participer Hermione à cette mission.

Car le maître des potions connaissait bien ce vieillard, et il comprenait désormais parfaitement ce qu'il avait derrière la tête. Dumbledore craignait que son espion se montre irresponsable, qu'il sacrifie tout dans sa recherche, et se laisse enivrer par la quête de la puissance. C'est pourquoi, ce vieux fou lui avait collé entre les pattes une gamine dix fois plus sage que lui, une Miss-Je-Sais-Tout capable de faire la part des choses et de contenir ses écarts de conduites.

Evidemment, c'était ridicule, jamais Severus ne ferait suffisamment confiance à la Gryffondore pour se laissait influencer par elle. Bon… d'accord, il avait fini par l'informer du sujet de ses recherches, mais ça n'irait pas plus loin, il ne se laisserait certainement pas dicter sa conduite par qui que ce soit, et surtout pas par le cerveau du trio infernal. Pourtant, même s'il ne le reconnaîtrait pour rien au monde, entendre les réactions candides d'Hermione, ses propos toujours mesurés, la voir peser le pour et le contre pour trouver le juste équilibre, tout cela rassurait Severus et l'apaisait.

Ainsi, il choisit de ne rien lui répondre. De toute façon, elle n'aurait pas compris… N'est-ce pas ?

Hermione, elle, ne sut pas si elle devait être atterrée ou fascinée par ce que racontait Rogue. Partagée entre les deux, elle fit l'effort de rester impassible, et il lui sembla que ça plaisait au Maître des Potions.

Pour une fois, il semblait réellement enclin à échanger avec elle. Il répondait à ses questions, et se laissait emporter par sa ferveur, par sa curiosité et son envie d'apprendre.

La pause déjeuner arriva à une vitesse ahurissante. Tous deux ne réalisèrent que le temps avait passé qu'à 12h40. Ils terminèrent un reste de salade composée en 10 minutes, puis rangèrent la cuisine. A 12h53, ils étaient prêts pour la suite du programme.

Hermione constata avec amertume que Rogue était d'une ponctualité irréprochable en ce qui concernait le travail, mais qu'il avait une fâcheuse tendance à tronquer toutes leurs pauses.

Entre 13h et 15h, Rogue exposa brièvement à Hermione l'avancée de ses recherches et les problèmes qu'il s'agissait de résoudre. La gryffondore avait finalement réussi à discipliner ses mèches rebelles, et elle avait ramené sa tignasse en un chignon très serré. A 15h, Hermione était déjà épuisée de la concentration qu'il lui avait fallu fournir. Et le pire restait à venir.

-Bon. On peut passer à l'occlumencie. Annonça Rogue en jetant un coup d'œil à l'horloge.

La jeune fille se raidit un peu, crispant les doigts autour de sa baguette. Cette réaction n'échappa pas au Maître des Potions. Il sembla sur le point de lui dire quelque chose, mais se ravisa et, d'un coup de baguette magique, il rangea un peu les livres éparpillés dans toutes la pièce, empila les feuilles et les parchemins, aligna les stylos, et se tourna à nouveau vers Hermione. Celle-ci se racla la gorge, mal à l'aise.

-Bien. Qu'est-ce que nous allons faire, alors ? Demanda-t-elle en se mordillant la lèvre inférieure.

-Je vais lancer une attaque contre vous, et tenter d'accéder à votre esprit. Votre but est de parer l'attaque, par tous les moyens que vous jugerez praticables.

-Je dois vous lancer un contre sort, ou bien je ne fais ça qu'avec la force de ma volonté ?

Severus estima que c'était une excellente question. C'est pourquoi, il répondit.

-Il me semble que c'est l'évidence-même. Je vous lance une attaque magique. Vous devez donc ripostez avec une défense magique. Mais vous ne connaissez aucun sortilège, donc vous devez canaliser votre magie et, par votre concentration et votre volonté, me repousser, me bloquer l'accès à vos souvenirs ou à vos sentiments.

Hermione cligna des yeux.

-Heu… Donc, en deux mots, Je dois vous lancer un contre sort, ou bien je ne fais ça qu'avec la force de ma volonté ?

Il leva les yeux au ciel.

-Considérez que deux fluides constituent votre esprit. Il y a celui qui représente vos pensées, et celui qui représente votre magie. Parmi celui qui représente vos pensées, il y a des sous-fluides : celui de la mémoire, celui des émotions, des réflexions… Il en va de même pour le fluide de magie. Vous devez unifier les deux, prendre conscience de tous les éléments qui les constituent, puis vous devez faire se rencontrer ces deux flux, pour créer un barrage contre… mon intrusion.

Hermione se racla la gorge.

-Vous appelez ça l'évidence-même ?

Le coin des lèvres de Rogue tressauta, ce qui apaisa un peu Hermione, et lui donna confiance en elle. Toutefois, quand Rogue leva sa baguette, elle raffermit la prise qu'elle avait sur la sienne. Remarquant son geste, Rogue s'entendit ajouter :

-Si vous n'arrivez pas à me bloquer, et que vous estimez que j'atteins des pensées trop… personnelles, vous pouvez me lancer un sortilège de désarmement. Mais faites-le vite, car passé un certain laps de temps, vous n'aurez plus vraiment conscience de votre corps, et donc plus la maîtrise de votre baguette, c'est-à-dire de vos pouvoirs.

Rassurée par ces précisions, Hermione hocha la tête avec concentration. Elle lui adressa un regard reconnaissant, mais qui fut de courte durée. En effet, leurs regards se croisèrent, et si Rogue parut décontenancé pendant une fraction de seconde, la jeune fille n'eut pas le temps d'observer plus longtemps son expression. Il leva immédiatement sa baguette et prononça :

-Legilimens !

L'onde magique parut brutale à Hermione, qui s'en trouva désemparée. Que se passait-il ?

Elle eut la même sensation que lorsqu'elle prenait un portoloin. Ses sens semblaient déréglés, et sons, images, odeurs, sensations et pensées tournoyaient autour d'elle dans une danse vertigineuse qui lui donnait la nausée. Quand elle crut qu'elle allait perdre connaissance, le tout se figea, et sembla retrouver sa place.

Qu'avait dit Rogue ?

Hermione ne sentait plus rien, mais elle entendait sa respiration saccadée. Elle savait qu'elle avait perdu le contrôle, et ça lui fit peur. Et, par-dessus tout, elle percevait une présence étrangère, un autre esprit que le sien, qui tentait d'infiltrer ses pensées, qui voulait la pousser dans ses retranchements.

Que fallait-il faire ?

Retrouvant la vision, elle put voir une petite fille en train d'ouvrir une lettre à son propre nom. Quand la vision se précisa, elle constata qu'il s'agissait d'elle-même. L'odeur du parchemin emplit ses narines, et fut aussitôt suivie d'un sentiment de joie incommensurable, d'excitation et de curiosité qui enflait en elle. Les yeux de la fillette s'agrandissait de bonheur et de surprise tandis qu'elle parcourait les quelques lignes à l'encre vert émeraudes.

Mais la petite fille se transforma en une Hermione plus âgée, qui mélangeait les ingrédients du polynectar dans les toilettes du deuxième étage, à Poudlard. Polynectar… potions… Rogue.

Rogue.

C'était lui qui était en train d'assister à ses pensées.

C'était une intrusion.

Hermione se souvint de ce qu'elle devait faire.

Lutter.

Faire cesser ça. Au plus vite.

Mais comment ?

Vous devez unifier les deux, prendre conscience de tous les éléments qui les constituent, puis vous devez faire se rencontrer ces deux flux

Hermione tenta de retrouver le fil de ses propres pensées mais, en face d'elle, Rogue faisait défiler les souvenirs, et elle était aveuglée par des éclairs fugitifs : sa panique la première et dernière fois qu'elle était montée sur un balais son angoisse quand elle avait, en cinquième année, chevauché un sombral qu'elle était incapable de voir sa joie la première fois qu'elle avait passé des vacances chez les Weasley, qu'elle s'était sentie en sécurité son chagrin quand Rogue l'avait une fois de plus ignorée et humiliée en cours, à la fois indifférent et cruel sa fierté quand, quelques jours auparavant, il lui avait adressé un compliment à demi-mots…

C'en était trop.

Elle se concentra sur la magie qu'elle sentait circuler en elle, la magie qui s'agitait sous l'effet de la colère, de la panique. Elle apaisa ce flux ininterrompu, tenta de le rassembler en un point précis, dans le but de l'unifier, comme l'avait conseillé Rogue. Elle se sentait en harmonie avec sa magie, et s'apprêtait à opérer de la même manière avec ses pensées. Mais tous ces pouvoirs réunis et compressés exerçaient une pression trop forte pour elle. Elle ne parvint pas à la maîtriser, et le tout, attiré par sa baguette magique, fut expulsé à l'encontre de Rogue, produisant une explosion qui faillit assommer le maître des potions.

Severus ne savait pas pourquoi il avait donné toutes ces précisions à Granger, avant de lancer l'attaque. De toute façon, elle ne pouvait pas comprendre. C'était bien trop subtil pour les gens comme elle. C'est pourquoi il fut surpris de ce regard rassuré et presque… reconnaissant qu'elle lui adressa. Il eut soudainement l'impression que quelque chose les connectait tous les deux, un lien qui se renforçait et dont il était obligé de prendre conscience.

Agacé par cette ineptie, il prononça le sortilège avec une puissance qui, il se devait de l'avouer, était peut-être légèrement mal mesurée.

Même Potter avait était plus ménagé que ça. Mais il voulait éteindre cette lueur dans les yeux chocolat de la gryffondore.

Durant plusieurs secondes, il put sentir à quel point elle était déboussolée. Il put sentir l'angoisse qui s'emparait d'elle comme d'un animal aux abois. Sans couper le contact visuel, il vit, du coin de l'œil, qu'elle levait sa main, comme pour le désarmer.

Mais elle résista et, crispant ses doigts, attendit de retrouver un peu de calme. Tout ceci n'était probablement pas calculé de sa part, peut-être ne l'avait-elle-même pas senti. Mais il fut surpris que, consciemment ou pas, elle décide, malgré la violence de cette attaque, de faire durer l'exercice, de ne pas tricher.

Son esprit était relativement organisé, mais sans aucune protection. Severus ne rencontra aucune barrière et accéda avec une facilité déconcertante à ses souvenirs. Il sentit vaguement l'indignation de Granger, mais c'était faible, et sans aucune portée.

Dans l'ensemble, les pensées de Miss-Je-Sais-Tout étaient plutôt ennuyeuses. Il la vit découvrant sa lettre pour Poudlard. Elle avait la réaction normale d'une gamine qui découvre la magie. Il sentit sa volonté d'être à la hauteur, sa fierté, sa joie…

Profondément lassé, il passa à un autre souvenir. Plus intéressant, Granger confectionnant une… du polynectar ?! Rogue n'eut pas le temps de s'en offusquer, il sentait l'esprit de Granger s'agiter, tentant ardemment de le repousser.

A présent, la jeune fille ne le laissa accéder qu'à des images ou des perceptions fugaces. Une odeur d'herbe coupée, des bouquins, pas grand-chose d'intéressants. Tout était très rapide, et elle-même ne devait pas réussir à capter la moitié des pensées qui défilaient dans son esprit. A contrecœur, Rogue dut admettre qu'il était impressionné quand il aperçut une Hermione tremblante de frayeur, à plusieurs mètres d'altitudes, sur un Sombral qu'elle ne visualisait pas. Puis, à nouveau des pensées dégoulinantes de sentimentalismes gryffondoriens… il fut légèrement interpellé de saisir quelques pensées le concernant. Il se sentit vaguement coupable, puis mal à l'aise…

Mais il n'eut pas le temps d'analyser tout ça : il commençait à sentir la magie de Granger fourmiller de toute part, refusant l'intrusion puis soudain, toute l'agitation sembla retomber. Il y eut une microseconde d'apaisement, puis le contact cessa.

Severus sentit que ce n'était pas normal. Par réflexe, il s'écarta vivement en sentant une onde de choc se propager dans la pièce.

Un bruit assourdissant raisonna : la grande armoire du salon, juste derrière l'endroit où il s'était tenus une fraction de seconde auparavant, venait d'être réduite en poussière.

Quand Hermione ouvrit les paupières, elle sentit un goût métallique dans sa bouche. Inspirant une grande gorgée d'air, elle se redressa et, prise d'un vertige, se massa le crâne. Passant une main sur ses lèvres, elle constata avec égarement qu'un liquide vermeil s'en écoulait.

Elle l'essuya d'un geste furtif, et tenta de se relever, en vain. Observant alors les alentours, elle poussa un cri de surprise en voyant le petit tas de ruines qu'il y avait au fond de la pièce, comme si une bataille acharnée y avait fait rage.

Pourquoi était-elle seule ?

Des mangemorts étaient-il passés par là ?

Et… par Merlin, qu'avait-il bien pu arriver à Rogue ? Pourquoi l'avait-on laissée en vie ? Et puis, qu'était-elle supposée faire maintenant ? Comment joindre ?...

-Restez assise. Ordonna Rogue en arrivant près d'elle.

Il posa ce qu'il tenait par terre puis, s'asseyant près d'elle, mis fin à sa faible tentative de se relever.

-Professeur Rogue ! S'exclama la jeune fille avec soulagement.

Il haussa un sourcil. Elle avait sérieusement été bouleversée.

-Je… Je crois… Des Mangemorts… Balbutia-t-elle, d'un ton un peu hagard.

Il leva les yeux au ciel.

-Reprenez-vous, Granger. Tout va bien, et les mangemorts « s'en fiche de nous » autant qu'avant, pour reprendre vos termes.

Tout en disant cela, il lui tendit un vers d'eau et une barre de chocolat, qu'il avait trouvé Merlin savait où. Pourtant, Hermione en avait cherché dans toute la maison, la veille.

Elle s'en saisit néanmoins, recouvrant peu à peu la sérénité, ainsi que la mémoire.

S'interrompant alors, la jeune fille blêmit et jeta un regard apeuré au maître des potions qui lui faisait face.

-L'explosion… Je… C'est moi qui…

Rogue resta impassible, lui intimant d'un geste de finir son verre d'eau.

-Vous… Vous êtes fâché ? Demanda-t-elle d'un ton incertain. Je suis désolée, je n'ai pas réussi à maîtriser ma…

-Terminez ce verre d'eau, Granger.

Elle s'exécuta enfin, laissant un peu de répit à Rogue.

-Vous avez déversé toute votre énergie sur cette armoire. Il désigna vaguement les débris qui jonchaient le sol. Il va falloir un peu de temps avant que vous ne puissiez à nouveau utiliser votre baguette.

A son grand désespoir, Hermione sentit ses yeux s'embuer peu à peu.

-Quelques temps ?... C'est-à-dire… combien ? Hoqueta-t-elle pitoyablement.

-Un ou deux jours, je pense. Le temps, que votre magie se reconstitue un peu. Ce que vous avez fait est extrêmement dangereux, et toute l'énergie délivrée doit être régénérée. En attendant, vous avez autant de pouvoirs qu'une moldue.

-Mais c'est vous qui m'avez… Le flux de magie… Vous… C'est vous ! Protesta-t-elle avec véhémence, furieuse. Vous m'avez dis de faire ça !

Elle lui en voulait de lui avoir donné ces conseils, qui l'avaient poussée à se vider de sa magie. Désormais, elle se sentait faible et maladive. Et surtout, extrêmement coupable : à voir l'état actuel de l'armoire, elle n'osait imaginer ce qui se serait produit si elle avait atteint sa cible première, Rogue.

Il leva vers elle une main apaisante, lui signifiant clairement de se taire.

-Je vous ai donné des instructions très claires, Granger, et à aucun moment je n'ai mentionné l'idée de regrouper toute votre magie pour la lancer vers moi, et vous retrouverainsi dans une telle position de vulnérabilité.

A nouveau, Hermione allait contester ces propos, mais il ne lui en laissa pas le temps.

-Toutefois, c'est un exercice difficile, et je conviens que vous n'avez pas eu que de mauvais réflexes, pour une première tentative. La prochaine fois, commencez par vous focaliser sur le flux de vos pensées, pour avoir une meilleure concentration quand il s'agira de la magie. Vous éviterez ainsi de réitérer ce genre d'incidents.

Hermione acquiesça lentement.

-Monsieur, que serait-il arrivé si… Je… Si l'onde magique vous avez touché ?

-Ça ne s'est pas produit, alors pourquoi s'attarder là-dessus ? Interrogea-t-il en se relevant.

-J'ai lu une fois que si un sorcier se déversait de toute sa magie sur un autre, cela pouvait causer des dégâts irréparables, voire même le tuer. Insista la jeune fille d'une voix tremblante.

Rogue la toisa avant de répondre :

-C'est exact. Et si les sorciers évitent ce genre de chose, c'est aussi pour une raison. En l'occurrence, il vient de se produire une dépression magique en vous, ce qui explique votre perte d'énergie. Alors ne vous préoccupez pas d'éventualités purement hypothétiques, et reposez-vous. C'est indispensable.

Sur ce, il s'enferma dans son bureau, laissant Hermione livrée à elle-même. Elle n'était pas certaine de vouloir vraiment apprendre à bloquer son esprit. Elle avait peur de laisser Rogue faire ce qu'il voulait dans son esprit, et elle avait peur de ce qu'elle pouvait faire elle-même.

Son trouble ne l'empêcha pourtant pas de s'endormir, adossée contre le pied du canapé.

Quand Rogue voulut signaler à Granger l'heure du dîner, il la trouva endormie, à même le sol. En levant les yeux au ciel, il la fit léviter jusqu'au canapé puis, voyant que le pull la jeune fille traînait là, il l'en recouvrit. Il n'allait tout de même pas lui abandonner sa propre veste !

Une fois le repas prêt, il daigna finalement l'arracher des bras de morphée :

-Granger, réveillez-vous ! Aboya-t-il.

Elle sembla un peu perdue, puis s'apaisa quand elle l'aperçut. Agacé par cette attitude, il se dirigea à grands pas vers la cuisine, attendant qu'elle le suive.

Elle s'installa à table face à lui, et ils entamèrent de manger en silence.

C'était ainsi qu'ils partageaient la plupart de leurs repas mais, habituellement, c'est parce que chacun était absorbé par ses lectures, ou ses réflexions et le silence était confortable. Il leur arrivait même d'avoir un échange civilisé. Pendant dix à vingt secondes.

Mais là, Hermione pouvez voir une veine palpiter sur la tempe de son professeur, et il claquait bruyamment sa fourchette dans son assiette, mangeant peu et regardant régulièrement dans toutes les directions, excepté vers elle.

-Est-ce que… Est-ce que vous êtes toujours furieux ? Finit-elle par demander d'une petite voix.

Il termina calmement de manger, puis planta finalement son regard dans le sien.

-Je ne suis pas… furieux, Granger, cessez de m'observer comme si j'allais vous infliger le même sort que celui que vous avez fait subir à cette armoire.

Le visage d'Hermione se teinta d'une délicate couleur rosée.

-En réalité, je suis plutôt… préoccupé.

Elle lui jeta un regard interrogateur.

-Depuis quelques temps, malgré votre désaccord, j'utilise la magie sans réelle vergogne.

-Ravie que vous admettiez votre tort.

-Je ne l'admets pas.

-Oui, je me disais, aussi, que c'était plus improbable que de vous voir vous lancer dans un élevage de jeunes licornes affectives...

Il arqua un sourcil dédaigneux.

-Simplement, j'usais d'Ancienne magie, qui, comme je vous l'ai déjà dit, si vous m'aviez écoutée, est difficilement repérable. Vous, en revanche, avez laissée échapper votre magie d'un seul coup, et ce genre d'exploit laisse de sacrées traces.

Hermione blêmit soudainement.

-Mais… on va nous trouver alors ?

-J'ai essayé de minimiser les dégâts en jetant plusieurs sortilèges d'Ancienne Magie. La maison, par ailleurs, est bien protégée. Mais, désormais, il faut qu'on reste sur nos gardes. Nous partirons après la visite de Minerva.

Hermione hocha la tête, affligée, et elle ne termina pas son assiette. A 19h35, à la grande surprise de la jeune fille Rogue lui rappela la dernière phase de leur programme : mise en parallèle de la magicologie et des sciences moldues. Elle tenta tant bien que mal de camoufler son étonnement, mais, face à Rogue, c'était peine perdue.

-Un problème, Miss Granger ? Demanda-t-il en s'installant à la table où étaient réunis ses parchemins.

-Euh non… C'est juste que… Bafouilla-t-elle.

Il haussa un sourcil, l'invitant à poursuivre :

-Enfin, je suis vraiment épuisée et, vu ce qui s'est passé… J'aurais cru que… Enfin…

-Si vous ne vous sentez pas la force de continuer, signalez-vous maintenant, il n'est pas encore trop tard. Lâcha-t-il, sa voix claquant sèchement.

-Non, bien sûr que non ! Ce n'est pas du tout ce que je voulais dire ! Se récria-t-elle.

-Bien. Alors faites un effort. Répondit-il plus doucement.

Hermione prit sur elle et vint s'installer face à lui, en se mordillant la lèvre.

-La question est de voir si on peut réellement établir une analogie entre l'arithmancie et les mathématiques…

Hermione enfouie sa tête dans ses deux mains, mais elle acquiesçait régulièrement aux propos de Rogue, lui signalant son attention. Elle s'intéressa ensuite à diverses équations, analysant les résultats, comparant les démonstrations.

Elle se demanda comment elle pouvait tenir.

Elle se demanda comment Rogue pouvait tenir.

Puis elle se demanda comment il pouvait lui faire subir ça sans aucun scrupule.

Elle le détestait. Elle détestait l'idée qu'il ait pu s'introduire dans son esprit, elle détestait son impassibilité, son absence de réaction, de compassion, elle détestait son flegme, et elle détestait l'idée d'avoir failli le tuer. Par-dessus tout, elle détestait sentir qu'elle avait besoin de lui. Car c'était désormais très clair : si Rogue venait à disparaître, dans l'état actuel des choses, Hermione était perdue.

Pourtant, elle coopéra. Elle fit ce qu'il lui demanda, elle réfléchit avec lui sur les problèmes qui se présentaient.

A 23h20, il lui accorda finalement un répit bien mérité.

-Allez-y, Granger, je m'occupe de ranger, grommela-t-il quand il s'aperçut que la gryffondore dormait les yeux ouvert.

Elle se leva comme un automate, passa près de lui et lui tapota l'épaule.

Rogue haussa un sourcil, mais Hermione n'était pas dans son état normal. En quittant la pièce, elle lança :

-Bonne nuit, à demain ! Puis ferma la porte.

Rogue nota bien qu'elle avait omis de l'appeler professeur, mais choisit de laisser couler. Après tout, elle avait démontré valoir un peu plus que les cornichons poudlariens habituels.

Réalisant ce qu'il était en train de penser, Severus secoua la tête comme pour se remettre les idées en place. Lui aussi devait être effroyablement fatigué, pour avoir de telles réflexions. Il s'étira, puis alla se coucher à son tour.

OoOoOoO

Je posterai le prochain chapitre demain, juste après avoir répondu aux reviews. Merci d'avoir pris la peine de répondre à ma question, il me semble que la majorité s'est prononcée en faveur de Rogue, alors démocratie oblige...