Merci lulu pour ta review, et mallowenn aussi :)

Ce chapitre est normalement le dernier, puisque je ne pense finalement pas avoir assez de matière avec mes idées pour en écrire un de plus, alors elles seront plutôt placées dans l'épilogue. Et au moins ça me permettra de boucler cette histoire plus vite, si possible avant la reprise de OUAT.

(Pour ceux qui ont eu le temps de lire la première fin que j'avais postée : ceci est, comme pour le chapitre précédent, la version allongée de la deuxième partie, avec néanmoins plusieurs – gros ? – changements par rapport à la version d'avant.)


Killian avait eu raison de croire que le lendemain de soirée allait être difficile. Car il l'avait définitivement été. Pourtant, tout avait si bien commencé, en début de matinée…

En effet, comme à son habitude, l'anglais s'était levé le premier, en même temps que le soleil au-dehors, dont les rayons reflétaient à travers le petit hublot de la pièce, seul contact avec l'extérieur. Il avait alors eu la bonne surprise de découvrir son amie toujours parfaitement blottie entre ses bras, souriant dans son sommeil, et accroché à lui comme à une ancre, comme si elle voulait l'empêcher de la quitter pendant qu'elle dormait.

(Chose plutôt logique, après l'aveu qu'elle lui avait fait.)

De longues minutes durant il était resté à l'admirer – elle semblait si apaisée, véritable contraste à la détresse dont elle avait fait preuve la nuit précédente. Il n'osait donc pas esquisser le moindre geste, par peur de la sortir de ses rêves sans le vouloir, et de mettre fin à cette quiétude.

Tout ce dont il souhaitait était seulement de profiter de cet instant de sérénité, et de l'imprimer dans sa mémoire, au cas où tout viendrait à voler en éclats lorsqu'elle ouvrirait à son tour les paupières, et qu'elle se souviendrait ce qui s'était passé la veille, et de leurs confidences.

(Si elle s'en rappelait.)

Ce fut toutefois d'une voix douce et calme, bien qu'un peu rouée par l'alcool ingurgité et la fatigue, que l'intéressée finit par lui faire part de son réveil, le sortant de sa contemplation.

– Hey, l'interpella-t-il.

Elle avait légèrement relevé la tête, bien qu'encore logée dans le creux de l'épaule du brun, afin de rencontrer son regard. Et, quand ce fut le cas, elle le gratifia d'un tendre rictus.

Elle paraissait véritablement heureuse de voir là, pas le moins du monde inquiétée, contrairement à ce qu'il s'était imaginé.

– Hey, répliqua alors Killian sur le même ton, soulagé de voir qu'elle ne cherchait pas à fuir, ni même seulement s'éloigner, face à une telle proximité entre eux.

Il ne se réjouit néanmoins pas si vite de ce fait. Il se força à garder à l'esprit que tout n'était pas gagné pour autant. La tempête allait peut-être s'abattre sur lui plus tard.

Une fois davantage éveillée, et sa mémoire totalement retrouvée.

– Ça… ça va ? ajouta-t-il donc prudemment.

– J'avais oublié à quel point les effets de l'alcool pouvaient être mauvais quand on décuve, mais on peut dire que ça va à peu près, oui.

Elle baissa ensuite les yeux, honteuse de son comportement de la veille, et continua après avoir pris une grande inspiration, à la recherche de courage au plus profond de son être :

– Je suis d'ailleurs désolée, pour hier. J'espère n'avoir gâché aucun de tes plans, que tu n'avais rien de prévu avec Liam, ou qui que ce soit d'autre…

– Oh bah j'avais juste un rendez-vous avec une jolie fille, se moqua gentiment son ami dans le but de détendre l'atmosphère, mais bon tant pis, ça sera pour une prochaine fois.

Cependant cette remarque ne fit pas rire la jeune femme, qui la prit tout à fait au sérieux. Son visage blêmit donc instantanément, et elle esquissa une moue triste.

– Eh, je rigolais, s'empressa alors de la rassurer l'anglais en posant une main sur son bras, lui qui n'avait pas l'intention de la heurter, au contraire. Tu crois vraiment qu'après ce dont je t'ai fait part hier, je voudrais perdre mon temps avec quelqu'un d'autre ? Sache que quand il est question de toi, mon emploi du temps est – et sera – toujours libre.

Le cœur du brun battait de plus en plus vite au fur et à mesure qu'il prononçait ces mots. Il ne savait pas si le moment était le bienvenu pour reprendre cette discussion qu'il avait lui-même avortée à cause de l'ivresse de son amie, mais au vu de ses réactions plus que positives depuis qu'elle était sortie de son sommeil, il pensait qu'il devait tenter sa chance, malgré tout.

Il n'en auraient peut-être plus l'occasion plus tard. Et il ne voulait plus passer à côté d'une possible belle histoire avec cette femme qu'il aimait sincèrement plus que n'importe qui.

Rapidement la blonde lui qu'il avait eu raison d'y croire, puisqu'elle retrouva immédiatement sa bonne humeur, et rentra même dans son jeu lorsqu'elle lui répondit :

– En parlant de ça… Je ne suis plus du tout bourrée, là.

Killian réagit au quart de tout. Bien entendu qu'il sut tout de suite où elle voulait en venir. Car bien entendu qu'il se rappelait de leur échange, qui se répétait en boucle à son cerveau depuis qu'il s'était levé plus tôt, avec le fol espoir qu'une telle situation se produise entre eux.

Si demain tu le veux toujours, alors il n'y aura aucun soucis. Si demain tu veux encore que je reste, tu n'auras qu'à le demander.

Dire qu'il avait refusé qu'elle ne l'embrasse par crainte qu'elle le rejette le lendemain à son réveil… Il fallait croire qu'il s'était bien trompé.

Parce qu'il n'y avait aucun doute à avoir. Au vu de la façon dont elle se rapprochait de plus en plus dangereusement de lui, ses irises émeraude oscillant entre l'océan des siennes et ses lèvres, tout sourire, il était évident que la jeune femme se souvenait aussi. Et qu'elle avait autant envie que lui de reprendre leur échange là où il avait été interrompu la veille au soir.

C'était ma manière de te faire comprendre ce que je ressentais, ma façon d'essayer de te faire rester avec moi, parce que j'étais incapable de le faire avec des mots. Est-ce que tu penses que si j'essaie cette fois, ça marchera ?

Tu comprendras, et tu resteras ?

Il fallait donc croire qu'elle le voulait dans sa vie. Pour toujours. Il le comprenait, maintenant.

Il comptait bien ne pas refaire la même erreur. Ne pas la perdre à nouveau.

Ils allaient être heureux – ensemble.

Et Emma paraissait imaginer la même chose, tandis qu'elle laissait son front reposer contre celui de son ami – de son amant ? –, les paupières closes, prête à mettre fin aux quelques millimètres qui les séparaient l'un de l'autre et l'embrasser, enfin. Toutefois, avant cela, afin de faire durer ce moment qu'elle croyait tout droit sorti d'un songe, au cas où elle aurait à se réveiller après, elle caressa avec délicatesse la joue du brun de sa main.

Mais sûrement n'aurait-elle jamais dû. Car elle ne fut pas enlevée à un beau rêve, non. Au contraire, elle fut plongée dans un terrible cauchemar.

Car ce fut alors qu'il aperçut.

Et que, alarmé par sa vision, il se repoussa vivement d'elle, toute excitation quant à ce qui se serait produit d'une seconde à l'autre s'il n'avait pas bougé envolée, aussitôt remplacée par une détresse apparente.

(Quelle ironie, venant de lui, qui pensait que ce serait elle qui aurait ce geste de recul envers lui.)

(Leurs motivations étaient bien différentes, cependant.)

– Qu'est-ce que c'est que ça ?! désigna-t-il les traces violettes sur les poignets de la jeune femme, dont il venait seulement de se rendre compte de l'existence quand elle avait approché son membre de son visage.

Par réflexe, Emma s'empressa de le cacher sous les couvertures, comme si les mettre hors de vue permettrait d'effacer les marques, et de les faire oublier à l'anglais. Ce n'était malheureusement pas aussi simple, et ne marchait pas ainsi…

– Ça ? répliqua-t-elle donc d'une voix qui se voulait innocente, pour ajouter à son manège. Ce n'est rien, j'ai dû me faire mal en tombant quand j'ai bu, je dois t'avouer que je ne me souviens pas de l'entièreté de ma soirée. Mais je pense qu'on a des choses plus importantes à régler, non ?

Puis, sans attendre de réponse de la part de son vis-à-vis, elle ne se laissa pas démonter et s'approcha de nouveau de lui. Pour une fois qu'elle trouvait le courage de s'engager dans quelque chose, il n'allait tout de même pas laisser le temps à ses doutes de refaire surface et la faire paniquer encore une fois ! Surtout pas quand elle savait exactement ce qu'elle voulait.

Lui.

Il fallait pourtant croire que si, puisqu'il répondit, la repoussant à nouveau :

– Non. Ce ne sont pas des bleus qu'on se fait quand on tombe, ça. Et donc si quelqu'un t'a fait du mal, ce n'est pas rien. C'est même plus important que tout.

– Et qui voudrais-tu qui me fasse du mal ? s'énerva légèrement Emma devant cette inquisition.

– Walsh, évidemment. Tu m'as dit qu'il t'avait quitté à cause de moi, mais autrement tu ne m'as pas expliquée comment il avait réagi.

– Parce que tu veux véritablement savoir ?!

Cette fois, la colère s'empara totalement de la blonde. Son ami avait parfois vraiment le don de tout gâcher, en lui rappelant de mauvais moments dans une bonne passe comme celle-ci.

Certes, il s'inquiétait seulement pour elle et voulait se montrer protecteur, ce qui était tout à son honneur, mais tout de même. Elle savait très bien se défendre par elle-même si elle en ressentait le besoin – l'anglais le savait mieux qui quiconque. Tant de fois lui avait-elle sauvé la peau par le passé, à l'orphelinat, lorsque les plus grands s'en prenaient à eux…

Et puis, quand même bien, ne pouvait-il tout simplement pas la laisser l'embrasser en toute tranquillité, et chercher à lui parler ensuite, de manière moins abrupte ? Était-ce trop lui en demander que ceci ? Sûrement fallait-il croire que oui.

Car peut-être tout ceci n'était finalement qu'un prétexte. Peut-être s'était-elle imaginé des choses, et qu'il n'avait aucune envie de rester à Storybrooke, aucune envie de construire une quelconque histoire avec elle. Après tout, elle avait été ivre, la veille. Alors il se pouvait bien qu'elle ait rêvé ses promesses, et qu'il n'avait juste aucune idée de comment la repousser sans la brusquer.

De lui faire part de son envie de partir, toujours, alors qu'une autre l'avait quittée à cause de lui, justement. Peut-être se sentait-il juste responsable de sa séparation d'avec Walsh, rien de plus…

Ces sombres pensées firent remonter les murs de la blonde en flèche, qui sentit des larmes venir lui perler aux yeux. Décidément, ce retour n'était rien d'autre que le pire cadeau d'anniversaire qu'on avait pu lui faire. Elle était heureuse, avant cela. Mais il avait tout gâché.

– Tu veux savoir qui m'a fait du mal ? répéta-t-elle donc, complètement sur la défensive. C'est toi qui m'a fait du mal ! Tu aurais mieux fait de rester chez toi et ne jamais revenir si c'était pour foutre à ce point ma vie en l'air. Parce que oui, c'est vrai, c'est Walsh qui m'a fait ces bleus en m'attrapant un peu trop fort sous le coup de l'énervement. Énervement causé par toi. Par ce que tu me fais ressentir, et que j'avais réussir à renier pour enfin avoir une vie décente, avant que tu viennes faire tout valser. Ça aurait pu s'arrêter là, mais non, moi qui ai cru qu'il m'avait finalement laissée pour le meilleur, qu'on pourrait vivre quelque chose tous les deux… Tu viens de me rappeler à quel point c'est impossible, et que je me suis fait d'énormes idées. Mais c'est tout de même dégueulasse de ta part de me faire croire que tu m'aimes de la même façon que je t'aime toi pour ensuite me rejeter en inventant des prétextes idiots. Parce que oui, j'étais peut-être bourrée, mais tout ce que je t'ai dit, je le pensais sincèrement. Je n'ai d'ailleurs jamais été aussi sincère. Sauf que maintenant, à cause de toi, j'ai tout perdu. TOUT ! Alors je ne vois pas pourquoi toi, dont une petite vie bien tranquille t'attend en Angleterre, tu t'énerves.

Puis, son discours terminé, elle fit mine de s'en aller avant de fondre en larmes. Elle ne voulait pas se montrer vulnérable devant lui – à cause de lui. Elle l'avait déjà bien assez été la veille.

Elle ne recommencerait donc pas. Surtout pas quand elle se trouvait dans cet état par sa faute.

De son côté, Killian, choqué par ce retournement de situation aussi soudain qu'incompréhensible, demeura interdit plusieurs longues secondes, à tenter d'avaler tous ces reproches qu'on venait de lui asséner. Il n'arrivait pas à comprendre comment son amie pouvait encore douter de la véracité de ses propos, après les aveux qu'il lui avait faits le soir précédent.

Que pouvait-il faire pour qu'elle le croie ? Il avait vraiment l'intention de rester, si elle voulait bien de lui. Il souhaitait réellement la vivre, cette belle histoire.

C'est pourquoi il finit par lui poser cette question, juste avant qu'elle n'ait le temps de remonter sur le pont, et ainsi de le quitter.

– Prouve-le-moi, fut sa seule réplique avant de disparaître de son champ de vision.

Alors qu'elle refermait la porte derrière elle, elle eut le temps d'entendre le brun murmurer à son intention :

– Comme tu voudras.

Durant une seconde, un faible rictus illumina son visage. Avant de disparaître à nouveau, aussitôt.

Elle passa la journée hors de la bourgade, seule au bord d'une plage abandonnée, son téléphone coupée pour ne pas être dérangée. Elle ne voulait parler à personne. Elle avait seulement besoin de se retrouver loin de tout, et de tout le monde, actuellement.

L'horizon l'apaisait.

(Killian aussi.)


Les jours suivant passèrent, tous plus moroses les uns que les autres. Emma sortait très peu. Elle ne voulait toujours pas voir, ni ne parler à personne.

Ses camarades comprenaient. Du moins, ils pensaient comprendre.

Car ce qu'ils s'imaginaient, eux, était simplement qu'elle avait besoin de temps et d'espace pour se remettre de sa rupture avec Walsh, alors que la vérité était toute autre – ou plutôt, pas entièrement complète, puisque bien entendu qu'elle se sentait aussi triste d'avoir perdu celui à qui elle était encore fiancée il y avait peu. Killian ne lui avait donné aucun signe de vie.

Non pas comme si elle avait cherché à en avoir, de toute manière. Mais elle voyait en ce silence la preuve qu'il resterait pas, ne resterait plus, si vraiment il avait eu l'intention de le faire, tandis que le moment de son grand départ approchait de plus en plus. Il était évident, pour elle, qu'après la scène qu'elle lui avait faite sur le Joyau du Royaume, les mots qu'elle lui avait asséné avec férocité, il allait rentrer chez lui dans tous les cas.

Il devait en avoir tellement marre, de son caractère totalement indécis. Ils n'avaient pas cessé de se crier dessus depuis l'instant où ils s'étaient retrouvés, et il n'était même pas revenu depuis une semaine… Qu'est-ce que cela donnerait, alors, au quotidien ?

(Quelque chose de beau, la blonde en était malgré tout sûre. Parce qu'ils avaient vécu des années ensemble sans le moindre problème, et elle savait qu'ils pourraient revenir à une situation similaire dès lors qu'elle serait certaine qu'il ne l'abandonnerait plus jamais.

C'était bien cette détresse qui la mettait dans un tel état, et la faisait s'énerver contre lui.)

Toutefois elle n'en aurait certainement jamais la certitude. A nouveau elle avait laissé passer sa chance – sa deuxième chance. Il n'y en aurait pas de troisième.

Et, au lieu de se battre, pensant que tout était déjà perdu d'avance, que l'anglais ne voulait plus entendre parler d'elle pour le faire souffrir sûrement autant qu'elle souffrait elle, elle se contenta de se morfondre sur son sort, assise dans son canapé, logée entre ses couvertures et un chocolat chaud posé sur la table face à elle jusqu'au jour du départ du jeune homme.

Mary-Margaret et Ruby, quand elles prirent la direction de l'aéroport, tentèrent comme elles le purent de la persuader de les accompagner avant de quitter leur appartement commun, mais elle refusa, de la même manière qu'elle l'avait fait trois ans plus tôt.

A quoi bon s'y rendre ? Elle ne supporterait pas d'avoir à lui faire ses adieux, et de le voir monter dans cet avion qui l'emmènerait loin d'elle, et du futur qu'ils auraient pu construire à deux.

Pire encore, elle supporterait encore moins qu'il l'ignore ou lui montre du dédain suite à leur dispute qu'ils avaient eue la dernière fois qu'ils s'étaient vus. Cela finirait de la détruire.

Elle passa donc plutôt sa matinée à pleurer, laissant enfin couler les larmes qu'elle avait retenues depuis des jours pour n'inquiéter personne ni n'avoir de comptes à rendre le long de ses joues rosies. Mais elles ne l'aidèrent pas à se sentir mieux, à la soulager – bien au contraire.

Tout de même, lorsque ses amies, accompagnées de David et Elsa, rentrèrent chez les jeunes femmes, elle s'efforça de se reprendre quelque peu pour faire bonne figure. Nous étions le trente-et-un octobre, date d'Halloween, et une soirée devait être organisée à cette occasion chez les trois colocataires comme prévu depuis longtemps.

(Bien entendu, il avait fallu que Killian quitte le pays ce jour-là…)

Il s'avéra cependant, au plus grand soulagement de la blonde, que les préparatifs et décorations afin que la fête se déroule au mieux lui permirent d'oublier un instant ses problèmes, trop concentrée sur ses tâches pour songer à autre chose que celles-ci. Malheureusement ses pensées furent bien vite redirigées vers l'anglais quand elle partit enfiler son costume dans sa chambre, un déguisement qui lui rappela aussitôt à l'esprit ses longues parties de jeu avec son meilleur ami quand ils n'étaient que des enfants et se prenaient pour des pirates à parcourir les océans à la recherche de trésors enfouis. Elle se retint de peu de déchirer le vêtement de désespoir.

Comment allait-elle pouvoir tenir toutes ces heures entourée d'autres personnes, à devoir feindre d'être heureuse devant tout ce monde ? Pourquoi avait elle promis à ses camarades qu'elle participerait à l'événement ?

Elle n'avait qu'une unique envie, s'enfermer ici et ne plus en sortir de la nuit.

Elle s'obligea néanmoins à quitter son cocon personnel pour rejoindre le salon, où elle se rassit à sa place favorite depuis quelques jours en l'attente des invités, alors qu'elle essayait de reprendre ses esprits pour ne pas que les autres se rendent compte de quoi que ce soit. Elle ne voulait pas avoir à se justifier face à eux.

Déjà qu'ils allaient probablement tous lui demander pourquoi elle ne s'était pas rendue à l'aéroport plus tôt dans la journée, alors qu'un bon nombre d'entre eux devaient s'y trouver…

Ce ne fut que lorsque la première convive, Dorothy, arriva qu'elle se releva enfin. Elle qui avait assisté à la scène dans l'immeuble de sa tante et qu'elle n'avait pas revue depuis lança un petit rictus désolé à la blonde en la saluant, mais ne fit pas la moindre remarque, ce qui soulagea cette dernière.

Elle n'avait aucune envie de revivre ce moment, et surtout pas maintenant.

Rapidement elle fut suivie par d'autres camarades et la fête démarra alors. Grâce à la musique et aux rires qui résonnaient à travers la pièce principale, elle eut la possibilité de légèrement de détendre et prit même, à son grand étonnement, part à l'amusement général, même si elle prenait souvent des pauses pour s'isoler.

Mais elle ne pouvait jamais rester très longtemps seule, puisqu'à chaque fois on vint la déranger pour la ramener sur la piste de danse, ou pour lui tenir la conversation.

Heureusement, personne n'évoqua le cas Killian. Sûrement avaient-ils été briefés par Ruby au préalable.

(Elle la remercia cent fois intérieurement pour cette initiative.)

Puis, à partir d'une certaine heure, il fut décidé d'un commun accord que tout le monde s'en aille rejoindre le bar de Liam, qui organisait lui aussi une grande soirée d'Halloween, ce qui l'avait empêché, avec grand regret, de participer à celle-ci. Il lui avaient donc promis d'y terminer leur course pour lui tenir compagnie.

Emma vit cette escapade comme une délivrance, elle qui pensa naïvement pouvoir y échapper, prétextant tomber de fatigue et vouloir dormir pour être en forme le lendemain.

Toutefois ses amis insistèrent lourdement – on ne voulait pas la laisser seule.

– Allez, viens, tu as passé une bonne soirée jusqu'à maintenant, non ? Alors ça ne pourra que continuer à te changer les idées ! essaya de la persuader Elsa.

Et, puisqu'elle n'avait pas la force de rien refuser à sa meilleure amie, qui avait tant fait pour elle depuis sa rupture (depuis qu'elles se connaissaient, même), elle céda finalement et s'y rendit avec eux. Ce fut la pire initiative qu'elle prit de toute son existence…

Déjà, parce que ce lieu lui rappela bien trop de souvenirs dès lors qu'elle passa la porte d'entrée. C'était après tout ici-même que, quelques jours auparavant, Walsh l'avait demandée en mariage, et qu'elle avait revu l'anglais pour la première fois depuis trois ans, lors de son anniversaire surprise. Et que c'était douloureux d'y repenser, au vu de sa situation actuelle.

Mais aussi et surtout, car la première chose sur laquelle elle posa le regard quand elle entra dans le Jolly Roger fut la silhouette de ce qui semblait être un homme, au vu de sa corpulence, caché derrière un déguisement de singe volant. Cela ne pouvait être que lui.

Ce costume, ils l'avaient acheté ensemble. Un hommage à son roman préféré.

Elle sentit alors une haine indescriptible s'emparer de tout son être. Comment osait-il venir la narguer dans cet endroit, ce bar du frère d'une personne qu'il détestant pourtant tant ?!

C'était une véritable provocation, rien de plus.

C'est pourquoi, une fois certaine que ses camarades ne lui prêtaient pas la moindre attention, tous occupés quelque part, elle se rapprocha de l'homme puis, quand elle fut certaine qu'elle ne s'était pas trompée sur son identité, elle se planta devant lui, les mains sur les hanches, et lui fit :

– Qu'est-ce que tu fais ici ?! Je croyais que tu ne voulais plus jamais me voir ! Et ne me dis pas que c'est une simple coïncidence, tu sais très bien à qui appartient ce bar et qu'il y avait de grandes chances que je m'y rende ce soir.

– Emma ! répliqua seulement l'autre d'un ton enjoué et le visage illuminé de joie, comme s'il était heureux de la voir, quand il la reconnut à son tour.

Cette bonne humeur soudaine étonna l'intéressée, qui releva un sourcil d'incompréhension face à une telle attitude de la part de son ex-fiancé – car il était bien question de lui.

– Tu as raison, je ne suis pas ici par pure coïncidence, s'expliqua son vis-à-vis. Je suis venu parce que je voulais te voir, pour te parler… et m'excuser pour ce que je t'ai dit et ce qui s'est passé l'autre jour. Je ne voulais pas te faire de mal, crois-moi. Et je voulais encore moins te quitter…

Ces mots troublèrent davantage la jeune femme, qui ne s'attendait clairement pas à un revirement de situation pareil quand elle s'était approchée de lui. Cependant, s'il pensait pouvoir être pardonné aussi rapidement, il se trompait totalement.

Ce n'étaient pas quelques paroles d'excuses qui la feraient retomber dans ses bras, surtout pas après la conclusion à laquelle elle était parvenue avec sa crise de jalousie – elle était bel et bien amoureuse de son meilleur ami, depuis bien plus longtemps qu'elle n'avait voulu le croire.

(Qu'elle n'aurait maintenant plus jamais, certes, mais elle ne se rabaisserait pas à l'oublier en retournant auprès de Walsh.)

– Tu ne m'as pas fait de mal, répliqua-t-elle donc d'un ton neutre et froid. Tu m'as ouvert les yeux.

– Sur quoi ? voulut savoir son interlocuteur.

– Ce que je voulais vraiment.

– Et qu'est-ce que tu veux vraiment ? insista le brun.

– Killian.

La manière dont son regard tourna au noir à l'entente du nom de l'anglais fit comprendre à Emma qu'elle ferait mieux de s'en aller au plus vite si elle ne voulait pas que les choses dégénèrent encore. Elle n'avait pas envie d'avoir à se justifier, ni se battre, encore une fois. Elle n'en avait simplement pas la force. Fuir était la meilleure des solutions, comme bien souvent elle le faisait.

C'est pourquoi, avant que son ancien petit-ami ne puisse répliquer quoi que ce soit, elle tourna les talons, et se dirigea vers la sortie du Jolly Roger pour s'éloigner le plus possible de lui, et de cet endroit, priant pour qu'il ne la suive pas. Elle avait besoin de prendre l'air, après cette rencontre qu'elle aurait pourtant souhaité ne jamais avoir à faire, ou du moins aussi tôt, et surtout pas en ce jour.

Mais, alors qu'elle s'apprêtait à appuyer sur la poignée de la porte tout en ruminant ses pensées, une autre personne fit de même depuis l'extérieur du bâtiment. Ce fut donc ainsi qu'elle se retrouva nez-à-nez, et manqua de peu de lui tomber dessus au passage, devant un jeune homme qu'elle reconnut immédiatement comme étant déguisé en pirate, veste de cuir sur les épaules et crochet à la main. Elle n'eut pas besoin de relever la tête pour savoir qui était cette personne.

(Et dire que le but de la fête était au départ de porter un costume afin de ne pas être identifié, c'était pour l'instant un échec total pour Emma qui, au contraire, devinait qui se trouvait caché sous ces vêtements grâce à ceux-ci…)

Néanmoins cette fois, ce ne fut pas le cœur rempli de colère qu'elle s'adressa à l'intéressé, mais plutôt dans un tremblement de voix choqué tant elle ne s'y attendait absolument pas.

– Killian ?! s'écria-t-elle.

(Elle ressentit une forte impression de déjà-vu.)