Bonsoir bonsoir ! Pas grand chose à dire, à part qu'on passe aux choses sérieuses (enfin, façon de parler). Bon, il ne s'agit pas encore d'amour naissant comme la fleur de Lotus dans le cœur jeune et tendre de ces deux-là, mais... Non pas du tout en fait. C'est le dernier chapitre de l'arc des souvenirs en fait.
Bref résumé : Harry et Draco, dans leurs souvenirs, sans pouvoir intervenir. Cinquième année, Draco n'appartient pas à la Brigade Inquisitoriale. Il fait les cent pas devant la Salle sur demande pour parler à Harry, qui finalement l'invite à entrer. (ça sent grave l'envie de faire des bébés mais pas encore)
DRACO SANS HARRY ET HARRY SANS DRACO
Chapitre 7 : Où l'on a de la psycho à deux balles
Draco et Harry, quinze ans, cinquième année, hormones en éruption, étaient seuls dans la Salle sur demande, où il n'y avait rien d'autre que de la moquette. Draco voulait parler à Harry et Harry savait déjà. Les doubles, semblaient-ils, maîtrisaient plus ou moins la situation. En tout cas, ils n'avaient pas du tout l'air surpris de se retrouver en tête-à-tête dans une pièce qui servait un peu trop souvent de lieu de rencontre intime pour couple.
Les vrais Harry et Draco, eux, n'avaient aucune idée du pourquoi du comment de la scène. Dans la vraie vie, à ce moment-là de l'année, Draco avait plutôt été occupé à choper les membres de l'armée de Dumbledore pour les amener à Ombrage.
Dans ce rêve, le Serpentard ne faisait même pas partie de la Brigade Inquisitoriale. Non, le double de Draco allait, en mode « fleur », à la rencontre du Survivant, à qui il n'avait adressé la parole que quelques fois dans sa vie. Et pour lui dire quoi ? Un dramatique « Il faut qu'on parle ».
Et le pire dans tout ça, c'était que le double de Potter ne semblait pas gêné, étonné ou effrayé. Bien entendu, si Harry pouvait bouger librement, il se serait crevé les tympans avec sa baguette pour ne pas entendre ce que le blond avait de si grave à lui dire. Ou bien il aurait demandé au Serpentard s'il avait bien regardé la gueule de son jus de citrouille ce matin-là, sait-on jamais.
Contre toute attente, alors que c'était Draco qui venait pour parler, ce fut Harry qui rompit le silence.
- Afin, quand je disais que je savais pourquoi tu étais là... c'est plutôt que je devine. J'imagine que tu sais bien, toi, que Voldemort est revenu, et que je suis... Harry Potter (Harry et son double étaient dégoûtés d'avoir à affirmer leur statut exceptionnel. C'était d'un mauvais goût...). Tu sais donc aussi que notre destin, à lui et à moi, est de nous affronter et heu, qu'un seul de nous deux survivra.
La façon dont Potter – ou son double, qu'importe désormais – exposait sa situation était plutôt triste. Le héros était lucide. Il n'allait pas au combat avec bravache et stupidité. Il savait qu'il allait devoir mourir ou tuer. Dans les deux cas, ce n'était pas un futur très sympa, pour un adolescent de quinze ans.
Harry et son double, en fin de compte, se ressemblaient beaucoup. Contrairement à Draco, le Gryffondor n'avait jamais essayé d'être autre chose que ce qu'il était : Harry Potter. Il ne se mentait pas. Orphelin, célèbre malgré lui, né pour vivre et mourir en héros, et pourtant jeune, entouré de peu d'amis, dans un monde qu'il ne maîtrisait pas tout à fait, qu'il avait découvert du jour au lendemain.
Parfois, de moins en moins souvent cela dit, il lui arrivait de croire que Poudlard et le monde magique n'existaient pas. Que ce n'était qu'un univers où il se réfugiait pour échapper à sa vie morne et insipide de gamin gringalet vivant dans un placard sous un escalier.
Mais dans l'ensemble, Harry Potter, malgré ses doutes, assumait ce qu'il était. Il n'avait pas vraiment le choix. Tant de gens plaçaient en lui tous leurs espoirs ! En tant qu'icône, il lui fallait bien assurer.
xXx
Draco, lui, n'avait été élevé que pour être l'héritier de la famille Malfoy. Il devait être impeccable, beau, soigné, fier, méprisant, certes. Mais ce n'était qu'un rôle. Une image parfaite, pour bien représenter sa famille, voilà tout ce qu'on lui demandait.
Ce qu'il était au fond, ça n'avait pas grande importance, tant qu'il le cachait suffisamment bien. C'était certainement ça, ce qui avait creusé la différence entre l'attitude du double de Draco et Draco lui-même. Draco avait été soit surpris, soit horrifié des actes de son double. Pourtant, ils étaient tous deux la même personne. Le double n'était que l'idée que Draco se faisait de lui. Le double était sincère et incapable de mentir. En rêve, on ne ment jamais.
Tout cela signifiait que Harry Potter était peut-être plus courageux et mature qu'il ne le pensait. Son double parlait avec calme et assurance. Cela signifiait aussi dire que Draco Malfoy, lui, était bien plus sensible qu'il ne voulait le croire. Le Serpentard s'était toujours forcé à être le meilleur, le plus brillant, le plus prétentieux aussi.
En vérité, s'il n'avait pas été élevé dans un culte de l'apparaître, s'il avait été plus écouté, peut-être aurait-il été quelqu'un de équilibré, de plus gentil. Peut-être.
Les doubles, donc, reflétaient ce qu'ils étaient tout au fond d'eux-mêmes, ce dont ils n'avaient jamais eu conscience d'être. Et ces doubles allaient avoir un dialogue, ce que Harry et Draco n'avaient jamais vraiment eu.
Le brun continua.
- Je suppose que ce que tu dois me dire a un rapport avec ton père. Enfin, je... je ne veux pas faire d'accusations mais, parlons franchement, enfin si tu es là... Merde. Lucius Malfoy, même s'il a été réhabilité juste après la chute de Voldemort, a repris du service aujourd'hui. Je ne suis pas là pour juger. Ton père a une famille à protéger, peut-être qu'il vaut mieux, dans ce cas, être prudent, plutôt que de la sacrifier dans un élan de fierté. Ce n'est pas un choix dicté par la morale mais par la raison. Et puis, j'imagine qu'il est difficile de quitter Voldemort. Il est très rancunier, à ce que j'ai cru comprendre, finit-il avec un léger sourire.
Le malaise que ressentait déjà Harry augmenta un peu plus. Alors comme ça, c'est ce qu'il pensait vraiment ? Que ses parents à lui, plutôt que de le protéger, avaient préféré leur fierté ? Qu'ils s'étaient sacrifiés au nom d'une idée du Bien, d'un principe et l'avaient abandonné ?
C'était injuste et égoïste, comme raisonnement. Ils étaient morts en héros. S'ils n'avaient pas été membres de l'Ordre, ils n'auraient été que des lâches ou des corrompus. Mais tout de même, s'opposer à une armée entière, ce n'était que de la folie, un suicide...
Harry, par son double, découvrait un pan de lui-même qu'il avait toujours refoulé.
« Et si mes parents n'avaient pas été des résistants déclarés ? Et si Sirius n'avait pas eu confiance en Pettigrow ? S'il avait été un peu plus Serpentard ? » Tout le monde serait encore en vie. Harry ne serait pas seul à se battre... peut-être même n'aurait-il pas à se battre. Il n'aurait plus été l'Elu. Tout s'embrouillait dans sa tête.
xXx
Draco était surpris par les paroles du brun. Il le croyait incapable de comprendre les Serpentards qui n'avaient pas la témérité des rouge et or. Il croyait que le Survivait préférerait mourir debout que vivre à genoux. Bref, il découvrait un Harry un peu plus humain, un peu moins parfait.
- Oui, je ne viens pas pour t'avertir, tu n'as pas besoin de moi pour savoir que tu vas certainement mourir, dit Draco, de façon anormalement directe. Je tenais simplement à te dire que l'on ne devrait plus se saluer, se parler. Même quelques mots, c'est trop dangereux.
Le double de Harry garda le silence quelques secondes et répondit :
- Je comprends. Tu as peur d'être blessé. Moi aussi j'ai peur, pour Hermione et Ron... mes deux amis. On est souvent ensemble, enfin, je sais pas si tu vois qui c'est... Bref, il ne vaut mieux pas m'approcher, je leur répète souvent. Histoire de rester en vie.
Le double de Draco ouvrit la bouche, la referma, voulut parler, n'y parvint pas. Ce n'était pas ça. Il ne voulait pas se protéger. Il était vrai qu'être ami avec l'ennemi de Voldemort, ça n'était pas sans danger. Mais c'était autre chose bien sûr, qui avait poussé le double de Draco à venir parler à Harry.
- Ce n'est pas ça, Harry. Lucius est mon père, comme tu l'as dit. A travers moi, il peut facilement t'atteindre. Je... je vais m'engager au côté du Seigneur des Ténèbres. Je dois le faire. Alors, ce n'est pas contre toi, mais nous sommes ennemis, désormais.
Finalement, celui que Draco cherchait à protéger, ce n'était pas tant lui-même que Harry. De quels côtés de toute façon étaient le Bien ou le Mal ? Ce qui comptait, désormais, était de savoir qui était d'un côté, qui était de l'autre. Ce qui comptait, c'était la Guerre, les gens qu'on aime et qu'on veut protéger. C'était le combat.
Alors, il avait fallu tracer une ligne et Draco et Harry étaient maintenant de part et d'autre de celle-là, qu'ils le veuillent ou non. Jusque-là, les relations qu'entretenaient Draco et Harry dans ce rêve étaient superficielles. Ils étaient de très lointaines connaissances, pour s'être rapidement rencontrés sur le Chemin de Traverse, cinq années auparavant.
Mais, du fait de la guerre, soudainement, ils devinrent ennemis. C'était presque gratuit, incompréhensible. Alors que les vrais Harry et Draco, étant déjà rivaux, n'eurent pas de problème à se voir comme des ennemis pendant la guerre, leurs doubles admettaient mal qu'un mage noir puissent ainsi rompre leurs relations cordiales. Toutefois, les deux ayant le sens du devoir, ils avaient décidé de ne plus se fréquenter.
Le souvenir changea.
xXxxXxxXx
« Quand était-il ? » fut la première question que Draco se posa. Il faisait beau. C'était la fin de l'année scolaire. Il était assis sur son lit, au dortoir, une lettre à la main. De la part de sa mère. Les deux Dracos lurent, à toute vitesse.
« Mon Draco, je t'écris dans la panique. Ton père vient d'arriver au Manoir, il est grièvement blessé. L'expédition au Ministère s'est mal passée, Potter a vite été rejoint par l'Ordre et Dumbledore lui-même. Sirius Black est mort, c'est la seule bonne nouvelle. Mais c'est une maigre victoire : le Seigneur des Ténèbres est furieux. La prophétie a été perdue dans la bataille. Il accuse Lucius. Draco, nous sommes en disgrâce. Je voudrais te garder en dehors de tout cela. Je ne sais pas si cela va être possible. Je t'aime mon fils. »
Cette lettre, Draco l'avait vraiment reçue l'an dernier. Mot pour mot. Il avait bonne mémoire. La relire, même en rêve, ça faisait mal pareil.
Le souvenir changea.
xXxxXxxXx
Severus était devant lui, avec l'air inquiet et pas très content. Ses cheveux longs et gras pendouillaient sur son front, son teint était cireux, ses yeux cernés. Comme tous les Mangemorts, il aurait pu aller bien mieux. Et il semblait que Draco contribuait fortement à son état maladif.
- Draco, s'il-te-plaît. Si tu ne veux pas en parler, laisse-moi au moins...
Au moins, quoi ? Pénétrer dans mon cerveau ? Non merci ! Severus était apprécié du Seigneur des Ténèbres pour son talent pour les Potions, sa fidélité, et ses qualités de Legimens. Après tout, le Seigneur lui-même étant un excellent Legilimens, il lui était facile de reconnaître le don de Rogue.
Severus tenta de forcer l'esprit de son filleul mais, malheureusement pour lui, le dit filleul savait se défendre. Grâce à sa tante Bellatrix, qu'il voyait pourtant rarement, il avait appris l'occlumancie. Et il y arrivait plutôt bien.
Draco était un garçon naturellement secret. Il croyait fermement que partager ses pensées et ses émotions, c'était donner des armes à de potentiels ennemis de demain. Il n'avait donc pas eu trop de mal à comprendre comment se protéger de l'intrusion psychique. Pour lui, c'était simplement un niveau un peu plus élevé de froideur et d'impassibilité.
Aussi Draco était-il préparé à repousser les assauts mentaux de son parrain, et il le fit sans trop de difficulté. Il était en partie aidé par Severus, qui n'y mettait manifestement pas tout son cœur, de peur, certainement, de le blesser, ou de découvrir des choses qu'il préférait ignorer.
- Draco, laisse-moi t'aider. Je suis ton parrain. Quelle est ta mission ? Où passes-tu ton temps libre ? Est-ce que tu es proche de Harry Potter ?
Cette dernière question était inattendue. Draco et Severus avaient eu cette même conversation, dans la vraie vie, seulement quelques semaines auparavant. Il n'avait pas du tout été question de Potter. Normal d'un côté. Dans la vraie vie, il n'était pas concevable de lui demander s'il était « proche de Harry Potter ».
- Pourquoi serais-je proche de lui ? répliqua le double de Draco. Il est le... Survivant. Personne ne l'approche vraiment. Ça va faire un an qu'on ne s'est pas parlés. Et puis, je sers le Seigneur des Ténèbres ! Harry est notre ennemi ! Il mourra de notre main !
Le double exhiba sa marque sur son bras, furieux.
Comment Severus pouvait-il mettre sa fidélité en question ? Draco ferait tout pour que son père soit pardonné. Aucun faux pas. Il n'aimait que sa famille, qui se résumait à ses seuls deux parents. Son enfance à l'école, où il admirait Harry Potter en secret, était révolue. Ses sentiments personnels importaient peu.
- Draco, tu ne sais pas de quoi tu parles. Potter... Potter vivra.
xXx
Severus, sans dire un mot de plus, sortit de la pièce, laissant Draco seul. Potter devait vivre... Pourquoi le double de Severus disait-il ça ? Le vrai Severus, tout comme le vrai Draco, avait toujours détesté Potter.
Mais finalement, Draco, en plongeant dans ses souvenirs, s'était rendu compte que le brun n'était pas si stupide. Sans cette foutue guerre, ils étaient bien partis, dans ce rêve, pour se fréquenter sans faire d'étincelles.
Il réalisa pourtant que le sortilège de Hermione avait été un échec. Même sans les premiers accrochages, même sans se connaître vraiment, ils étaient tout de même devenus ennemis. C'était comme si Draco n'était né que pour fournir un rival à Harry. Une ombre. En réalité, les deux garçons n'étaient pas si différents.
Draco était juste moins gentil, moins courageux, moins droit. De toute façon, comparé à Saint Potter, personne n'était de taille. On parle du gamin élevé dans le seul but de se sacrifier pour sauver le monde, qui le sait et à qui ça ne pose pas de problème.
Peut-être que Severus non plus ne voulait pas admettre que Potter méritait son statut de héros. En gros, Draco, en concédant que Harry n'était peut-être pas si incapable, avait influencé sa représentation de Severus, son mentor.
Dans la vraie vie cependant, le professeur de Potions avait trop de rancune envers James Potter pour reconnaître la valeur de Harry et, surtout, trop d'amour pour Lily Evans pour le laisser mourir. Mais cela, Draco ne le savait pas. Dumbledore était la seule personne à savoir que Severus Rogue n'était pas le salaud qu'il prétendait être.
Le souvenir changea.
xXxxXxxXx
C'était une fin d'après-midi. Draco marchait à l'orée de la Forêt Interdite. Il se dirigeait vers l'alcôve. Il eut, comme tout personnage de fiction au moins une fois dans sa vie, un très mauvais pressentiment. Ça sentait atrocement la fin de rêve abrupte. Ça sentait très vilainement le réveil. Et ça venait d'un coup.
Après tant de temps passé à se laisser porter par les événements, à seulement être spectateur, Draco avait peur de se réveiller. Cela signifiait revenir à la réalité, devoir agir et assumer les conséquences de ses actes. Ça n'avait pas été confortable de retrouver son corps de gosse de onze ans et de ne pas pouvoir intervenir mais ça n'avait pas été grave en soi. Car si tout semblait incroyablement réel, tout cela n'était qu'un songe. Très long et très complexe, mais pas plus vrai que le talent de Granger pour le Quidditch.
Se réveiller, cela voulait dire être de nouveau libre. Non, en fait, c'était bien pire. C'était croire être libre. Car il allait sortir de ce rêve convaincu d'avoir vécu ce qu'il n'avait que rêvé. Il allait penser ne pas connaître Potter mais être son ennemi, à cause de la guerre. Il allait se réveiller avec une personnalité bien moins assurée. Peut-être plus noble, dans le fond.
Draco avait peur. Il venait d'assister à une libre adaptation, une sorte de remake de sa vie. Ça avait était divertissant, éprouvant, mais il ne voulait pas croire que cette version falsifiée allait remplacer sa véritable histoire.
xXx
Harry était dans la Forêt Interdite, seul. Il pensait qu'à ce moment fatidique il serait accompagné de Ron et Hermione, comme dans la vraie vie. Apparemment, son inconscient préférait se promener seul. C'était plus facile pour réfléchir.
En fait, comprit-il, si le Trio avait choisi de se rendre dans l'alcôve tous les jours après les cours, c'était simplement pour éloigner Harry de Malfoy et lui permettre de respirer. Dans le rêve, comme Malfoy n'était rien pour lui, les trois Gryffondors n'avaient certainement pas élu domicile dans le carré de verdure.
En repensant à la vie qu'il allait bientôt oublier, Harry sourit. C'était vrai que le blond l'avait vraiment obsédé à l'époque. Découvrir si oui ou non Draco Malfoy était un Mangemort, pourquoi il disparaissait de la carte, quel était son but... Il avait été jusqu'à se mettre dans le porte-bagage de son compartiment du Poudlard Express pour l'espionner ! Tout ça lui semblait si loin.
Dans ce rêve, Harry n'avait eu aucun souvenir avec Malfoy pendant sa sixième année. Un trou noir. Depuis leur discussion dans la Salle sur Demande, en milieu de cinquième année, presque un an auparavant, ils ne s'étaient plus trouvés en présence l'un de l'autre.
C'était étrange. Invraisemblable. Draco faisait tellement partie de sa vie mais dans ce rêve, il n'était plus rien. Ils avaient rompu les ponts sans même se connaître. Leur seul véritable échange avait été pour se déclarer la guerre. C'était complètement stupide.
Sans qu'ils s'en rendent compte, petit-à-petit, les deux garçons commençaient à croire en leurs faux souvenirs. Leurs attitudes se confondaient de plus en plus avec celles de leurs doubles, jusqu'au point où ils ne pouvaient plus savoir si on leur imposait une conduite ou s'ils agissaient de leur propre chef.
Bref, la distinction entre rêve et réalité, entre imagination et faits avérés tendait à s'effacer. L'un et l'autre ne savaient plus comment se situer : étaient-ils ennemis ? Étaient-ils rivaux ? Étaient-ils seulement jetés dans deux camps opposés du fait de leur milieu social ?
Avaient-ils choisi de ne pas s'aimer, était-ce le destin ou un déterminisme qu'ils ignoraient ? La question était de savoir s'il fallait se rebeller ou non contre l'ordre établi.
xXx
Ces réflexions guidèrent les pas du Gryffondor et du Serpentard vers l'alcôve, bien évidemment. Là où tout avait commencé, pensaient les deux adolescents avec une sorte de nostalgie qui aurait pu sembler déplacée.
Concrètement, ils avaient vécu deux fois leur scolarité et avaient l'impression d'avoir atrocement vieilli. Ça leur faisait six années d'expériences de plus.
Le moment où Hermione leur avait lancé le sort était six années auparavant pour eux, trois heures seulement pour tout le reste du monde. Trois heures et tant de choses !
Harry s'était assis dans l'herbe. Il attendait Draco. Il savait qu'il allait arriver. Quand, effectivement, le blond surgit devant lui, tout s'embrouilla. Ils n'eurent pas le temps de se parler, de se dire « Au revoir ».
Draco aperçut une touffe noir, Harry une touffe blonde et tout ne fut que douleur. Ils avaient juste l'impression de mourir. Une partie d'eux-mêmes s'évaporait pour laisser place à un nouveau passé.
Quand ils s'étaient endormis, ça avait été doux et tendre. Le réveil, lui, était comme une déchirure. On enfonçait des ongles dans leur chair, pour les retenir ou pour leur arracher un bras. C'était comme si leurs souvenirs réclamaient un paiement de sang, pour avoir été trompés.
Comme si les deux sorciers, en décidant de se mentir et d'être les seuls dupes de cette farce, commettaient une terrible trahison envers eux-mêmes. S'ils avaient été moins occupés à souffrir, peut-être qu'ils auraient regretté d'avoir voulu modifier leurs souvenirs et de ne plus se connaître. Ou regretté que, même avec l'aide du rêve, ils se réveilleraient encore ennemis.
Le fait était qu'ils eurent simplement l'impression de mourir, que c'était tout sauf agréable et qu'ils n'eurent pas le temps de penser. Tout devint noir.
Voilà voilà. Je suis contente d'avoir fini cette partie. Merci de me lire, qui que tu sois !
