Bonjour tout le monde ! J'espère que ce chapitre vous plaira, il y a un peu plus d'action que d'habitude, mais c'est nécessaire pour faire avancer l'intrigue. Il aurait dû être posté il y a déjà un bon petit moment, mais comme d'habitude, j'ai cruellement manqué de temps et j'ai eu du mal à le terminer. Mais cette fois-ci, j'avais une excellente raison d'être à la bourre.
En effet, j'ai récemment créé un forum intitulé Harry Potter : write or dream ? avec trois copines, dans lequel nous organisons des défis, des concours sur les fics, mais aussi tout un tas de discussions sur Harry Potter et sur tout ce qui nous intéresse en dehors ; n'hésitez pas à venir nous rendre visite !
http : // hp – writeordream . xooit . org / index . php (enlevez les espaces)
Chapitre 7 : cultiver des arcs-en-ciel :
Les Potter avaient une ferme, en plein cœur de l'Irlande. Ou plutôt ce qui avait été une ferme, des décennies plus tôt, un havre de paix racheté à l'époque où Ginny, joueuse de Quidditch professionnelle, avait parfois besoin de fuir l'enfer médiatique dont elle faisait l'objet. Loin de la foule de fans en furie, c'était devenu une tradition que d'y passer quelques semaines, en été, afin de se ressourcer. La naissance des enfants n'avait pas altéré cette tradition familiale. Ainsi, chaque été, les Potter partaient en portoloin dans cette contrée toujours verdoyante, à la fois exotique et apaisante.
Souvent, Ginny avait l'impression d'entrer dans un monde hors du temps, un royaume bien à eux, à tel point que pendant quelques jours, ils en oubliaient le monde auquel ils appartenaient. Bien sûr, en grandissant, James avait décidé que c'était ringard, et Albus… Qui pouvait savoir ce qu'il y avait dans la tête d'Albus ? Surement beaucoup de vide, disait Molly avec affection, mais Ginny n'en croyait rien. Albus était comme Harry. Un esprit tellement plein qu'il en paraissait dénaturé.
Lorsque le portoloin arrivait, Ginny était toujours époustouflée par la vision surnaturelle qui s'imposait à elle. Elle se sentait si petite, aux pieds de ces grandes collines qui ne perdaient jamais leur teinte verte, semblable à une peinture à l'huile faite par un enfant qui aurait trempé son pinceau dans la peinture pure, sans même songer à y ajouter du blanc. Un territoire vierge et naïf, que l'homme n'avait pas encore réussi à conquérir, sauvage et doux à la fois.
Mais la douceur s'était évanouie quelques temps auparavant, lorsque Harry avait commencé à changer. Ils y étaient retournés, cette année, accompagnés seulement par un elfe de maison, formé par Kreattur lui-même lorsque le vieil elfe n'avait plus été capable de tenir un plateau. James s'était précipité sur son balai et avait pris son envol avant même que ses parents n'aient pu le retenir, Lily s'était occupée de relâcher les hiboux de la famille dans la vallée, et Albus s'était volatilisé Merlin sait où.
Ginny soupira en regardant autour d'elle. Depuis que Harry avait perdu son travail, le paradis s'était terni, le vert n'en paraissait plus si vert, le ruisseau en bas de la vallée brillait moins fort, et la ferme menaçait de s'effondrer, entre les gouttières qui semblait se multiplier, les murs de chaume qui se désagrégeaient, et…
- Maman !
Lily arrivait en courant vers elle, sa petite robe déjà toute tâchée, une expression d'extrême agitation sur le visage. Ginny laissa tomber la valise qu'elle avait à la main, valise aussitôt récupérée par l'elfe de maison qui saisit l'occasion d'empêcher sa maitresse de travailler pendant ses vacances, et se précipita vers sa petite fille qui se jeta dans ses bras.
- Qu'y a-t-il ma chérie ?
- Maman, il y a un gros serpent dans la grange !
- Va dans la maison, on s'en occupe, ton papa et moi. Harry !
Mais Harry n'était pas derrière elle. Un mauvais pressentiment l'envahit. Elle sortit sa baguette sans même y penser et appela le nom de son mari. Aucune réponse. Elle lança un hominum revelio. Seules les présences de ses enfants lui furent révélées. Les larmes commencèrent à dévaler les joues. Il avait dû profiter de l'agitation de l'arrivée pour transplaner. Reviendrait-il ? Allait-il abandonner femme, enfants, dans le but de poursuivre des chimères ?
Elle avait cru… Depuis quelques temps, Harry parlait davantage, semblait aller mieux, semblait revenir petit à petit dans la réalité. Elle avait cru qu'il guérissait, que tout redeviendrait comme avant. Mais rien n'était plus comme avant. Et rien ne le serait plus jamais.
Accroupi dans l'herbe haute et grasse, Albus serrait entre ses doigts sa plume, comme si celle-ci était une baguette magique prête à lui sauver la vie au cas où le grand serpent l'attaquerait. Son carnet d'écriture menaçait de glisser entre son autre main, moite de sueur, bouclier de papier capable d'arrêter les flèches du mal en personne. Il avança prudemment, tel un reporter essayant d'écrire un article dans un pays en guerre, évitant les obus et les balles, au nom de la liberté d'expression.
La porte de la grange était entrouverte. Albus se colla contre le mur, explorant du regard la partie de la grange éclairée par le mince faisceau de lumière provenant de la porte entrebâillée. Puis, à l'image des aurors pénétrant dans une zone dangereuse, il ouvrit en grand la porte, plume tendue devant lui. Un bruissement de paille lui répondit. Il sursauta violemment, manquant lâcher sa plume dans sa précipitation. Essayant de se calmer, il se refusa s'enfuir, préférant rester aux premières loges, les jambes tremblant si fort qu'il manquait s'effondrer, le cœur menaçant de faire exploser sa cage thoracique.
- Montre-toi, le serpent ! Un Serpentard t'appelle. Un authentique représentant de la noble maison de Salazard Serpentard, le fourchelang le plus…
Il eut une pensée pour Scorpius, qui avait retrouvé le monde fantastique du manoir Malfoy. Dans son imaginaire, il se le représentait à partir des histoires que Scorpius lui avait racontées sur sa famille, le soir au coin du feu. Un lieu empli de fantômes, de plus en plus nombreux, où dans les coins sombres, l'on pouvait entrapercevoir des formes translucides qui erraient, incapables de trouver le repos éternel. S'il s'y rendait, entendrait-il le bruit de verres s'entrechoquant, comme la dernière coupe partagée par Lucius et Narcissa Malfoy ? Entendrait-il la respiration laborieuse d'Astoria Malfoy, lors de ses dernières heures ? Quelque part, cette idée le fascinait. Car il ne pouvait pas croire que la vie s'arrêtait là. A quoi servaient les mondes imaginaires si l'âme ne pouvait s'y réfugier lorsque le corps abdiquait ?
De ses grands yeux verts, il chercha l'objet de sa terreur entre les vieux outils entreposés. Mais la pénombre rendait sa tâche difficile et bientôt, il fut contraint d'abandonner. Au moment où il sortait de la grange, il entendit la paille crisser près de ses pieds et faillit laisser échapper un hurlement, mais ce dernier se bloqua dans sa gorge lorsqu'il réalisa qu'il ne s'agissait que d'un petit mulot, qui grignotait un brin de paille, à vingt centimètres de lui, apparemment pas effrayé pour un sou par le petit garçon. Il se sourit à lui-même, fier de son courage. C'était donc ça le terrifiant serpent de sa petite sœur. Dire qu'elle était partie prévenir les parents pour si peu…
- Lily, si seulement tu pouvais être moins froussarde, marmonna-t-il pour lui-même.
Il ouvrit la porte de la grange, inconscient de la grosse couleuvre enroulée autour de la poutre, juste au-dessus de sa tête, qui se réchauffait au mince faisceau de lumière qui se faufilait dans un interstice entre deux planches, sur le mur de la pièce.
La lumière extérieure l'éblouit un instant. Il mit sa main au-dessus de ses sourcils, dans une tentative de se protéger de l'astre flamboyant. La silhouette de son père lui apparut, se découpant dans le soleil. Ce dernier lui adressa un clin d'œil, puis disparut dans un craquement, laissant derrière lui une cour vide de tout habitant.
Un regard pour son fils cadet, celui qui lui ressemblait tant. Il s'en sortirait. Lui aussi, un jour, trouverait le moyen de construire son bonheur. Avec Ginny, il n'avait fait que réduire son malheur, croire que la vie maritale rattraperait tout, que les naissances de ses enfants compenseraient les morts, le chagrin, la douleur de la guerre. Il y avait cru, un temps. Une carrière brillante, de hautes responsabilités, des enfants merveilleux, chacun dans leur genre, une femme épanouie qui réussissait à la fois sa vie professionnelle et sa vie familiale…
Mais chaque nuit, les mêmes cauchemars l'assaillaient, et il se réveillait en sueur, hurlant encore dans sa tête. Alors, il se levait, et allait admirer son petit bout de chou. Al, qui dormait les yeux plissés, apparemment très concentré, comme s'il avait voulu maitriser ses rêves, les investir, les changer, les parer de couleurs qui ne seraient visibles que pour lui. Albus avait toujours eu ce côté fantasque, même bébé, convaincu que si on y pensait suffisamment fort, on arrivait à transformer la réalité. Et Harry y avait cru.
- Albus, avec toi, personne ne mourrait dans le conte des Trois Frères, car le troisième frère cachait le monde entier sous sa cape d'invisibilité… Si j'avais pu tous les cacher pendant la guerre, éviter ces morts.
Il avait cru en son fils qui arrangeait toujours la fin des contes pour enfants pour qu'elle sorte de l'ordinaire, le soir, lorsque Harry le couchait. Il en était venu à rêver que lui aussi, il avait le pouvoir de changer l'Histoire. Il avait causé tellement de mal, il en était convaincu. S'il était mort lorsqu'il était bébé, Voldemort n'aurait pas tué tous ces gens. Fred, Remus, Tonks, Maugrey, ses parents… Mais la solution n'était pas de supprimer sa naissance, car alors il laisserait le monde à la merci du mal. La solution était de remonter à la source du mal.
Il avait tenu à présenter son projet au ministère, à un ancien camarade de Poudlard devenu Langue de Plomb. Lequel lui avait ri au nez. Changer le passé ? Quelle drôle d'idée ! Ils avaient gagné la guerre ! Alors, avaient commencé les tentatives de cambriolage du département des Mystères. Ces retourneurs de temps l'obsédaient. A la première, Kingsley lui avait dit de prendre une semaine de vacances, et Harry avait été tenté de le croire sur parole quand il lui disait qu'il se surmenait trop, et qu'il ne fallait plus penser à tout ça, car il avait sauvé le monde sorcier.
Mais à la deuxième, Harry avait tenté de désarmer les trois aurors venus l'intercepter. Ils l'avaient difficilement maitrisé, puis l'avaient emmené devant le ministre, qui avait étouffé l'affaire, à condition que Harry prenne des vacances prolongées, dont il ne pourrait sortir que sur l'avis d'un psychomage. Et à partir de cet instant, le héros du monde sorcier avait commencé sa lente descente aux enfers.
Ginny avait pris sur elle de diriger sa vie, de façon à ce qu'il aille mieux. Des horaires fixes pour manger, dormir, et même pour accomplir son devoir conjugal. Totalement inadapté à un homme de terrain comme lui. La monotonie de sa vie s'était transformée à son tour en cauchemar, et Harry avait commencé à perdre le décompte des jours, des heures, des gens, puis de la réalité entière. Il avait continué ses recherches de son côté, bâtit des plan pour construire son utopie, en attendant le jour ultime où il aurait enfin mis la main sur un retourneur de temps.
Les mois passèrent dans cette atmosphère frénétique, à la fois hautement productive et désastreusement destructrice pour lui. Plus rien ne comptait. Même Al avait cessé de recevoir ses visites nocturnes, n'ayant apparemment plus besoin de son père pour s'endormir le soir. Le garçon se racontait des histoires à lui-même. Très bien. Il devenait autonome, et souffrirait donc moins lorsque son père ne serait plus là.
Puis Malfoy était arrivé. Pourquoi ? Comment ? La question n'avait que peu d'intérêt pour lui. Ginny l'avait fait prisonnier d'une cage dorée, avec les meilleures intentions du monde. Draco serait sa clef, sa porte de sortie. Il devait agir, pour le bien de tous. Il devait fuir.
- Malfoy, si tu avais imaginé un instant que tu sauverais le survivant…
Il adressa un regard à son fils. Autant qu'Albus garde un bon souvenir de lui. Puis il se concentra sur sa destination d'arrivée, avec une pensée goguenarde pour son instructeur de transplanage, à Poudlard, et ses trois D, que Hermione répétait comme une litanie. Destination, Détermination, Décision. Sa vie elle-même tournait autour de trois D. Destruction, Décès, Départ. Les deux premiers le poursuivaient. Le troisième, à lui de le suivre.
Il tourna sur lui-même et disparut.
Le manoir était de plus en plus glacial, même en plein été. Toute cette arrogance, ces grands couloirs vides de meubles… La demeure ancestrale des Malfoy avait dû autrefois être d'un faste défiant toutes les maisons des nobles alentours. Désormais, ce n'était plus qu'une coquille vide, la façade qu'affichait une famille en perdition. Il imaginait les tentures coûteuses confisquées, les tapis persans volatilisés, les paons qui autrefois se promenaient en liberté dans le parc, faisant croire dans leur dance à des attributs qu'ils ne possédaient pas. Et tout cela dans un but de justice. La justice des bons qui avaient triomphé des méchants mangemorts. Il en était la victime, lui, le fils, victime de la loi du Tallion. Œil pour œil, dent pour dent. Enfance brisée pour toutes celles des enfants des combattants morts pour la liberté. Tout cela était d'une telle vanité !
Et à présent, voila que reposait sur lui le devoir de rendre à la famille Malfoy sa gloire d'antan. Son père avait insisté lourdement là-dessus, menaçant Scorpius de sa baguette. Il se devait d'être le meilleur élève de son année, afin d'intégrer un poste haut placé au ministère lorsqu'il sortirait de Poudlard. Il se devait de faire honneur à sa famille, de faire un bon mariage, puis de donner un héritier mâle à la lignée. Il se souvint avec un petit rire ironique de l'histoire d'horreur que lui avait racontée Albus, sur un poulain pur-sang nommé Scorpibus, monté alors qu'il n'avait pas fini sa croissance dans des courses hippiques, jusqu'à ce que son dos se déforme, le rendant inutilisable. Alors, le poulain était emmené à l'abattoir, remplacé par un plus jeune que lui. C'était vraiment ce qu'il était : un jeton sur l'échiquier de son père, prêt à être sacrifié à tout moment, sans sentiment, seulement pour suivre les règles d'un jeu mortel.
- Cavalier en B6 ! cria-t-il dans la salle d'étude dans laquelle son père l'avait enfermé, afin qu'il améliore ses résultats scolaires, conscient que si ce dernier avait été là, il aurait de toutes façons posé des sortilèges de mutisme sur la pièce, pour ne pas être dérangé par son fils.
La vie avait été heureuse lorsque sa mère était encore en vie. Elle avait espéré une vie meilleure pour lui, pas dans le sens financier, mais elle avait voulu qu'il s'épanouisse humainement parlant. Comme s'il restait suffisamment d'humain en lui. Il était une machine, une de ces machines moldues qui ne servait qu'à accomplir une tâche particulière, sans possibilité d'amélioration. La désillusion avait emporté ses rêves d'enfants, dans lesquels il jouait au Quidditch pour s'amuser et non pour gagner une compétition sous le regard sévère de son père. Regard qui était un cognard que Albus le batteur commençait à apprendre à renvoyer. Albus était devenu son bouclier.
Il ne s'était jamais laissé allé à aimer quelqu'un d'autre que sa mère, laquelle ne l'autorisait pas à lui montrer son amour. Ce n'était pas convenable pour un Malfoy que de se laisser aller à un tel sentimentalisme. Mais le besoin de chaleur humaine l'avait emporté, et lorsqu'un jeune garçon fantasque et déconnecté de la réalité avait fait surface, il avait vu en lui un moyen d'évasion, la possibilité d'être lui-même sans être jugé. Malheureusement, le début des vacances d'été avaient anéanti ses rêves de liberté. La réalité du monde était autre : se battre ou être battu.
Sur le quai de la gare, Albus avait promis de lui écrire, mais Scorpius doutait qu'il ne s'en souvienne. Il allait sans doute se plonger dans ses écrits jusqu'à la rentrée, jour où sa mère le déposerait comme un sac dans le train, et Scorpius devrait le prendre en charge pour une nouvelle année. Mais dès la première nuit, il avait eu la surprise de recevoir un parchemin de son ami, sous la forme d'un anagramme. Albus l'avait mis au défi de reconstituer le paragraphe qu'il lui avait envoyé, et qu'il n'aurait la suite de l'histoire que lorsqu'il aurait réussi à reconstituer le début. C'était sans compter Malfoy senior, entré sans prévenir dans la chambre, qui avait confisqué la lettre. Il lui était désormais interdit de se détourner de ses études, surtout à cause d'un Potter. D'autant plus qu'après son comportement déplorable pendant l'année scolaire, il allait filler droit pendant qu'il était sous la coupe de son père.
Lequel n'avait de toute évidence pas la tête à mettre ses menaces à exécution se dit Scorpius, les yeux dans le vague. Voila deux jours qu'il n'avait pas vu son père, et les vacances avaient commencé depuis trois jours. Le premier jour, il l'avait vu hanter les couloirs vides, les yeux comme morts. Jamais il ne lui avait adressé la parole, excepté le premier soir, lorsqu'il lui avait confisqué la lettre de Albus. Draco Malfoy semblait avoir perdu une chose essentielle à sa vie, et Scorpius se demandait si c'était vraiment sa mère.
Un craquement retentit à l'autre bout du couloir, puis quelques secondes plus tard, un autre lui fit écho. S'ensuivirent des cris, des hurlements, des soupirs, parmi lesquels Scorpius reconnaissait la voix de son père.
Les vacances d'été n'avaient pas bien commencé pour Draco. Déjà, hors de question qu'il se laisse aller à prendre des vacances en même temps que son fils. Le temps, c'est de l'argent, et moins il travaille, plus tôt il devra marier son fils pour toucher la dot de Zabini.
L'enfant lui causait d'ailleurs bien des soucis. Il avait longuement réfléchi à la situation. Potter était tout à fait capable de pervertir son héritier. Déjà, les problèmes qu'il causait à l'école en étaient la preuve. D'un autre côté, si Scorpius fréquentait Albus, il avait un moyen de pression sur les Potter. Le petit Albus était incapable de survivre dans l'univers hostile des Serpentard sans quelqu'un pour le protéger, et même des idiots comme des Potter pouvaient comprendre cela. C'était la raison pour laquelle il n'avait pas exigé des parents du petit Albus qu'il s'éloigne de son fils, lors de cette scène particulièrement gênante au 12, Square Grimmaud, lorsque Madame Potter anciennement Weasley avait pratiquement accusé son héritier d'avoir entrainé le sien dans les ennuis. Le jeune Serpentard pouvait lui servir, bien qu'il s'agisse d'un couteau à double tranchant. Il ne fallait pas s'en débarrasser trop vite. « Ne fais jamais ce que tu ne peux défaire avant d'avoir réfléchi à ce que tu ne pourras plus faire une fois que tu l'auras fait », répétait son père lorsqu'il se laissait aller à la boisson. Il avait appris à tirer profit de toute situation.
Il ne se sentait plus capable de revenir au manoir. La présence de son fils l'exaspérait. Ce nez, ce visage, n'étaient pas les siens. C'étaient ceux de Astoria. C'était comme si son fils lui avait pris sa femme. C'était comme s'il l'avait tué pour prendre sa place. Dans son esprit embrumé par les vapeurs d'alcool, tout s'embrumait. Et Potter qui était parti Merlin sait où passer des vacances en famille ! Le travail manquait, dans la maison d'édition qu'il avait montée.
L'héritier s'élèverait bien tout seul, les elfes étaient là pour ça, se dit-il en relisant un texte écrit par ce fou de Potter. Il devait à présent essayer de tirer quelque chose de ce ramassis d'ineptie, suffisamment de matière pour écrire la biographie de Harry Potter qui le rendrait riche. C'est à ce moment que les alarmes anti-transplanage du manoir se déclenchèrent.
- Potter ! Mais que fais-tu chez moi ?
- Tu dois me cacher, ils ne doivent pas me retrouver !
- Mais enfin, de quoi parles-tu ? Demanda Draco en rangeant la baguette qu'il avait inconsciemment dégainée de sa poche. Tu te rends compte que tu as déclenché une demi-douzaine d'alarmes ?
- Elle veut m'emprisonner, je ne pourrais pas terminer ce que j'ai commencé !
Draco dévisagea l'homme en face de lui. Voila que le fou inoffensif le devenait de moins en moins. L'époque où Harry vivait en ermite dans sa cave était à présent révolu. Et à présent, loin de l'enceinte rassurante de la pièce souterraine dans laquelle il avait jusqu'à présent rencontré Harry, il se demandait quelle conduite tenir. Sans doute sa femme le cherchait-elle.
Et il se dit que cela pouvait être un excellent moyen d'avancer dans son projet. Cacher Harry Potter. L'utiliser, comme un outil, pour regagner sa fortune d'antan. Mais son fils risquait de tout gâcher.
Une seule solution, bien qu'elle le rebuta. Il repensa aux quelques mots échangés sur le quai de la gare avec la femme du fou furieux. Celle-ci essayait absolument de le convaincre de laisser son fils rendre visite à Albus pendant les vacances. Il avait refusé, mais Harry pouvait à présent être plus utile que cet héritier bas de gamme qui s'évertuait à le décevoir.
Moins de deux heures plus tard, il installait Harry dans la chambre d'ami, et déposait son fils devant la porte des Potter, comme s'il se débarrassait d'un meuble trop encombrant.
Etouffé par la familiarité de la matrone aux yeux rougis, Scorpius essayait vainement de comprendre ce qui lui arrivait. Quelques heures auparavant, il était assis à sa table de travail, puis son père était venu lui annoncer sans cérémonie qu'il partait chez son camarade de Serpentard parce qu'il serait trop occupé par son travail pour que son enquiquineur d'héritier vienne le perturber dans ses projets.
Et à présent, il se retrouvait au milieu d'une table joyeusement animée, presque autant que la table des Gryffondors dans la Grande Salle, et il s'évertuait à protéger Albus des boulettes de pain qu'envoyait James, en plus des quolibets destinés à son distrait petit frère, sous les rires de la petite dernière, Lily. La mère, elle, semblait étrangement absente. D'ailleurs, une autre personne brillait par son absence : le père, le très célèbre Harry Potter. Non pas que Scorpius ait voulu le rencontrer, un vrai Malfoy comprend que la noblesse se situe dans le sang, mais la famille semblait étrangement incomplète.
- Dis, maman, il rentre quand papa ? demanda la petite Lily de sa douce voix.
- Dans peu de temps, ma chérie. Il a du s'absenter pour le travail.
Mais Lily fut la seule de la pièce à y croire. James et Albus échangèrent un regard lourd de sens. C'est là que Scorpius comprit. Il allait devoir soutenir son ami dans les jours qui allaient venir, tout comme Al l'avait soutenu lorsque sa mère était décédée.
- Tu veux un peu plus de tarte à la mélasse, mon chéri ? demanda Ginny.
Scorpius sursauta, peu habitué à ce genre de familiarité, et refusa poliment. Il sentit un coup de coude dans ses côtes. Albus venait de revenir à lui, apparemment.
- Maman, on peut sortir de table, s'il te plait ?
- Si vous n'avez plus faim, oui. Mais soyez sages !
Les enfants ne se le firent pas dire deux fois. Albus entraina Scorpius dans l'escalier, jusqu'au premier étage où avaient été aménagées des chambres individuelles, presque aussi spacieuse que celles du manoir, mais en beaucoup plus rustiques. Voyant le trouble de son ami, Albus se décida à l'aider un peu à accepter cette drôle de famille, si différente de l'idée que l'héritier Malfoy s'en faisait.
- Tu n'as qu'à imaginer que ce sont des leprechauns, fit Albus d'une voix mystérieuse.
- Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?
- Oui, une tribu de leprechaun. Ils vivent en petits groupes, s'agitent dans tous les sens et essaient de cultiver des arcs-en-ciel dont ils se servent pour se déplacer sans balai et sans transplaner. Et nous, nous sommes des explorateurs partis étudier le comportement de cette tribu. Suis-moi !
Albus posa le pied sur la fenêtre, puis se retourna et saisit le rebord du toit, avant de se hisser dessus, et de s'y allonger à plat ventre pour ne pas glisser.
- Viens !
Après quelques secondes d'hésitation, Scorpius le suivit, un peu tremblant, essayant d'éviter de regarder en bas, entreprenant l'ascension nocturne de la maison. Il se hissa à son tour sur le toit de chaume, et rampa vers son ami, arrêté un peu plus loin, à un endroit stratégique. Baissant les yeux, Scorpius avisa un espace dans le chaume, une gouttière qui laissait entrevoir la pièce en dessous. Il s'agissait de la chambre de James, lequel levait les yeux au ciel, extatique, tandis que sa main, dans son caleçon, faisait des va-et-vient de plus en plus rapides.
- Que fait-il ? demanda innocemment Scorpius.
- Il essaie d'atteindre le ciel pour attraper un arc-en-ciel, répondit le brun. Ensuite, il pourra le cultiver, comme tout bon leprechaun qui se respecte.
Interdit, Scorpius regarda l'adolescent se cambrer en poussant de petits grognements.
- Ca a l'air d'être agréable, fit remarquer l'héritier des Malfoy.
- Surement. On essaiera, un jour ?
Une drôle de sensation envahit Scorpius. Essayant de calmer son cœur qui battait soudain la chamade, il détacha son regard de l'adolescent en contrebas, et fixa Albus dans ses yeux, soudain obnubilé par les étoiles qui s'y reflétaient. Un bruit de grillon emplit la nuit, au moment où James redevenait silencieux. Le souffle court, il ressentit une sorte de peur l'envahir. Précautionneusement, il se laissa glisser jusqu'au bord, puis, le serrant entre ses mains, envoya ses jambes jusque sur le rebord de la fenêtre, et se laissa glisser à l'intérieur. Une poignée de secondes plus tard, Albus le rejoignit.
- Je me demande où est papa. Tu crois qu'il a pris un arc-en-ciel, lui aussi ? demanda Albus d'une voix distraite.
Scorpius ressentit un élan de pitié l'envahir. L'image du manoir vide s'interposa dans son esprit.
- Si c'est le cas, il saura comment rentrer à la maison, ne t'en fais pas.
N'hésitez pas à me laisser une petite review histoire de me dire ce que vous en pensez ! C'est important pour moi !
