Le soleil se frayait tout juste un chemin dans les cieux qui se peignaient d'une teinte orangée. L'air était doux, la journée serait chaude. A vrai dire, il était rare que le temps se couvre sur East Blue. Noée s'était levée aux aurores. Charles était déjà débarbouillé et rassasié lorsque la brune s'attabla pour prendre son petit déjeuner. Il avait hâte de prendre la mer, à l'entendre, c'était la première fois qu'il quittait son île natale. Il appelait ça « La grande aventure ». Ils ne navigueraient que quelques heures pourtant. Pour la rouquine, il n'avait pas lieu d'une pareille exaltation. Les paupières encore lourdes, elle englouti son petit déjeuner avant de tâtonner jusqu'à sa chambre. Une bonne douche, voilà qui ce qui la mettrait définitivement d'aplomb ! Elle se faufila jusqu'à la salle d'eau et y demeura enfermée une bonne demie-heure. Lorsqu'elle en sortit, elle était prête à filer au large ! C'est un fier sourire qui conquérait désormais ses traits enfantins. D'un pas décidé, elle rejoignit ses deux navigateurs. Ils se trouvaient sur le perron de la porte, les bras chargés de victuailles. C'était tout de même là un bien riche ravitaillement pour un voyage si bref.
« Dis Noée, n'as-tu aucune crainte ? Interrogea le petit. »
Il s'était installé à ses côtés, s'accoudant tant bien que mal à la rambarde trop haute pour qu'il l'atteigne aisément. L'interpellée demeura silencieuse, ne daignant pas répondre à cette question. La peur ? C'est peut-être idiot, mais elle ne s'en était jusque là, jamais inquiétée. Aurait-elle peur sur Grand Line ? Elle était persuadée que le monde était incapable de la surprendre, persuadée d'être parée à toute éventualité. C'est pour cela qu'elle secoua finalement la tête.
« De quoi veux-tu que je m'effraie ? Non. Je n'ai peur de rien, et de personne, conclu-t-elle. »
A quelques mètres de là, un certain Docteur s'amusait de cette réponse. Décidément, elle ignorait bien des menaces, cette gamine. Elle serait accablée par la peur, comme lui l'avait été lorsqu'il était entré sur la mer de tout les périples, de tout les dangers. Grand Line mettait les hommes à rude épreuve ! Il fallait se montrer digne de cet océan ! Monsieur Storn en était persuadé, la petite ne tiendrait pas plus d'une semaine sur ces eaux caractérielles. Elle périrait, ou céderait à la folie. Elle n'avait pas la carrure d'un Pirate, pas plus qu'elle ne semblait motivée par ses propres desseins. A vrai dire, Monsieur Storn avait la vive impression qu'elle agissait sous la contrainte d'une vieille promesse ! La Piraterie, elle n'en rêvait point. Du moins, pas de la manière dont elle l'énonçait. On le sentait dans sa voix, on percevait les boniments de ses propos. « La piraterie, c'est la liberté. » Elle n'y croyait pas elle-même.
L'île se profilait devant la longue vue. Un sourire mal assuré s'étirait maladroitement sur le visage de l'adolescente. Burn Island, le début de son périple. Son cœur tambourinait violemment contre sa poitrine frêle. Il lui criait de fuir, de rester terrer sur ce bateau jusqu'à ce que le vieil homme regagne son île. Tout ses membres se raidirent alors que le bateau accostait. Il fut amarré au port. Il était encore tôt, huit ou neuf heures. Les pêcheurs avaient déjà quitté l'île et sillonnaient les environs. Il y avait quelques pavillons noirs. Ici, à Burn Island, les Pirates étaient considérés comme une part importante du commerce. Les armes, les cartes, les boussoles … Tout l'attirail d'un fier Pirate. Il suffisait de pousser la porte d'une boutique pour trouver je ne sais quelle babiole utile à la navigation !
Noée mit enfin un pied à terre, suivit de prêt par un Charles totalement euphorique. « Partez devant, avait hurlé le Docteur toujours sur le pont. Je vous retrouverai bien. Sinon … Et bien revenez sur le bateau en fin de journée. » Puis il s'était engouffré dans le couloir étriqué du petit bâtiment marin avant de regagner la petite cabine qu'il partageait avec son fils. Noée ne s'était pas faite priée, elle s'élançait dans les rues qui s'entrecroisaient, se chevauchaient, s'emmêlaient. Arf, que cette ville était compliquée ! Elle voyait des barbus, des hommes affublés de drôles de chapeaux, longues vue à la taille, pistolet à la ceinture. Des pirates ! Elle n'en n'avait jamais réellement croisé. Oh, si quand elle était petite, il y avait une bande canailles résidant à Grey Terminal, des Pirates. Mais ils ne quittaient jamais l'île, et puis Noée était alors bien trop jeune à l'époque pour en conserver un souvenir parfaitement intact aujourd'hui. Il y avait également son père, c'était un fier Pirate. Mais de lui elle n'avait que peu de souvenirs, et pour elle, il n'avait rien d'un grand guerrier des mers, c'était simplement son papa. Alors, non, elle n'avait jamais rencontré de Pirate.
« Qu'est-ce que tu regardes comme ça, Gamine ? »
Un homme de quatre fois sa taille se dressait devant elle, les poings contre ses hanches larges. Il était aussi haut que large, un véritable cube d'on dépassait deux bras et deux jambes puissantes. Il l'observait, un brin amusé alors que la petite se figeait. Elle n'avait même pas remarqué avec quelle insistance elle observait les passants, des pirates armés jusqu'aux dents. Elle secoua la tête avant de répondre fébrilement.
« Ri … Rien.
_ Haha. N'ai crainte gamine. C'est mon arme que tu regardais comme ça, n'est-ce pas ? »
La petite hocha la tête. C'est vrai, elle avait été subjuguée par l'arme à feu qui ornait la ceinture du Pirate. Ca, elle en était bel et bien persuadée, elle n'en n'avait jamais observé, du moins pas de si prêt. Le pirate éclata d'un rire gras, il n'avait rien d'agressif. Cette petite était marrante. Un brin mécréante dans l'âme, se dit-il alors qu'il saisissait l'objet dans sa main. Il le tendit à la plus jeune.
« Tu veux la tenir, demanda-t-il sans perdre son sourire hilare. »
La rouquine ne put se résoudre à refuser, bientôt, elle se retrouva avec l'arme au creux de sa minuscule petite paume d'enfant. Que c'était lourd ! Bien plus qu'elle ne l'aurait imaginé. Elle resserra ses doigts autour de la crosse alors que son index se glissait sur la détente. Elle ne tirerait pas. L'homme le savait. Et puis, il n'était pas si inconscient, l'arme n'était pas chargé. Il venait juste de l'acquérir. Les balles se trouvaient dans le baluchons qu'il trimbalait dans son dos.
« Haha. Petite Pirate ! Il ne te reste plus qu'à prendre quelques centimètres et à apprendre à viser et je te prends en tant que mousse dans mon équipage, plaisanta-t-il alors qu'il récupérait son bien. Allez petite, pour le moment, retourne jouer aux jeux de ton âge. »
Et c'est en s'esclaffant qu'il s'éloigna. La rouquine n'avait pas décroché un seul mot. Trop impressionnée, trop terrorisée, trop excitée qu'elle était. Elle accorda enfin un regard à Charles. Lui, demeurait immobile, impassible, les bras contre son torse maigrelet. Noée comprit alors que la personnalité qui l'habitait n'était plus celle du petit garçon émerveillé qu'il était quelques minutes auparavant.
Cette capacité à devenir l'une ou l'autre de ses deux personnalités irritait profondément la rouquine. De ce fait, elle préféra presser le pas avant que le petit ne lui décoche l'une de ses remarques cinglantes.
Il y avait un endroit, disait-on, où les Pirates en manque de matelots se réunissaient. C'était un bar miteux. Il n'était pas interdit aux civiles, mais fort peu s'y aventuraient. C'est là que devait se rendre la gamine ! Charles ne l'entendait pas de cette oreille. C'était trop dangereux, trop risqué, trop irréfléchi. Mais Noée ne se démontait pas. D'un pas qu'elle souhaitait assuré, elle poussa vivement la porte vitrée du petit bar. Personne ne se soucia de la gamine. Les voix tonnaient. Les gens parlaient, criaient, hurlaient. Depuis la disparition de Barbe Blanche et du Commandant de sa seconde flotte, les Pirates se pressaient vers le nouveau monde, et les conversation s'animaient toutes de ce même sujet ! La rouquine fronça les sourcils. Elle n'entendait que rarement parler d'Ace, elle n'appréciait pas que sa mémoire soit ainsi bafouée par les paroles ignorantes de quelques ivrognes Pirates. Cela n'échappa pas à Charles, qui ignorait tout de la relation qu'elle entretenait jadis avec Points Ardents, mais il était certain d'une chose : Ces deux là s'étaient connus et appréciés. Elle s'installa finalement à une table. Une toute petite table bancale, dont l'un des quatre pieds était maintenu par un tabouret de bois. Vraiment rustique comme endroit. La rouquine écoutait. Elle ne pouvait faire que cela.
« Barbe Blanche était l'homme le plus fort du monde ! La marine n'a plus peur de s'attaquer aux empereurs désormais. Alors nous, pauvres Pirates, nous sommes bien misérables face à cette puissance, se lamenta un garçon de seulement quelques années l'aîné de Noée.
_ Haha. Tu parles ! Le One Piece motive les Rookies ! T'inquiète gamin, la relève est assurée ! Et puis, nous sommes là nous aussi, répondit joyeusement un homme grisonnant.
_ Les Supernovas. La pire des générations. Trafalgar Law, Eustass Kidd et ce gamin au Chapeau de paille … Ils n'ont aucune idée de ce qu'est la piraterie ! Soupira un homme, un verre de rhum à la main.
_ Les Pirates aux Chapeau de Paille ? Ca fait quelques semaines qu'on en entend plus parler, moi je dis qu'ils doivent se terrer dans un coin. Et puis le Gamin n'est pas prêt de se remettre de la mort de son frère. Ou peut-être sont-ils simplement morts, intervint le même jeunot du début.
_ Fermez-là ! »
Avant qu'elle n'ai pu elle-même s'en rendre compte, ces mots avaient fusé de ses lèvres pincées. Les points crispés, les bras encadrants nerveusement son buste, Noée lançait un regard froid à l'assemblée qui s'était soudainement tue. Luffy ? Mort ?! Mais quels idiots faisaient-ils pour affirmer quelque chose comme ça ! Ace n'était plus, et ça, Noée en avait pleine conscience, mais dire que le sort de Luffy avait été similaire, la rouquine n'avait pu le cautionner !
« Haha. Mais t'es qui toi Gamine. N'interromps pas les grandes personnes lorsqu'elles parlent entre elles, tu veux !
_ Parler ?! Vous déblatérez des conneries sans nom ! Bandes d'ignorants ! Luffy n'est pas mort !
_ Qui es-tu ? S'enquit alors le vieil homme, certain que cette gamine n'était pas étrangère au chapeau de Paille.
_ Je m'appelle Noée, et je cherche des hommes pour me lancer sur Grand Line ! »
Oh bien sûr, elle ne s'attendait pas à ce qu'on lui prête un minimum de crédibilité, mais elle espérait au moins ne pas susciter l'hilarité de tout un bar. Les hommes s'esclaffèrent bruyamment. Une gamine de quatorze ou quinze ans, se tenait là, devant eux, le regard ferme, persuadée que du haut de son mètre cinquante, elle pourrait se montrer digne de Grand Line. C'était vraiment trop drôle ! Le vieillard qui l'avait précédemment interpellé essuya machinalement une larme que son rire avait fait perlé sur sa joue que l'âge et la fatigue avaient creusé.
« Gamine. Tu n'as rien d'un pirate. Attends d'avoir deux ou trois ans de plus, dit-il simplement alors qu'il s'adossait au comptoir.
_ Je suis déterminée ! Sa voix fluette jurait tellement avec ses propos.
_ Ici, personne ne voudra servir sous les ordres d'une gamine, commenta un blondinet. Tu serais un garçon, passerait encore. »
Un clin d'oeil. Il venait de lui adresser un clin d'oeil tellement imperceptible qu'elle douta de cette constatation même. Hm. Un garçon. Mais oui ! La rouquine esquissa un sourire. Sans plus attendre, elle se fraya un chemin à travers une horde de pirates bruyants qui déjà, reprenaient le cours de leur précédente conversation. La rouquine se tourna soudainement. Charles ? Merde ! Elle n'avait même plus prêter attention au petit qui lui lui collait au baskets.
« Je suis là, soupira une voix familière sur sa droite. »
La rouquine savait ce qu'il lui restait à faire. Elle savait que son intégrité au sein de ces hommes grossiers ne dépendait plus que d'une seule et unique chose : Son sexe. C'était une femme. Et bien soit, elle deviendrait un homme. Après tout, elle n'en était pas loin. Sa poitrine naissante serait aisément dissimulable sous un tissu qui la lui enserrerait, et elle couperait ses beaux cheveux rouge. De toute manières, ils m'encombrent, pensa-t-elle alors qu'elle saisissait ses pointes rouquines entre ses doigts. Maintenant, le tout était de savoir qui accepterait de lui faire une coupe à la garçonne pour quelques sous. Monsieur Storn ! Il était médecin, ses doigts étaient forcément agiles ! En quelques coups de ciseaux, l'histoire serait réglée. Elle retournerait au bar dans trois jours. Histoires que les Pirates oublient un peu son minois ! Elle devrait également se débarrasser de son T shirt aux imprimées roses et de son short trop serré. Elle les troquerait contre un bermuda et une chemise ample !
« Non !
_ Quoi ? Mais pourquoi, s'insurgea la rouquine.
_ Tu es une fille, je refuse de te faire passer pour un garçon ! Tu veux changer d'identité, grand bien te fasse. Je ne participerai pas à ton projet insensé ! »
La décision du médecin était sans appel ! Les coiffeurs ne pratiquant pas gratuitement, une dernière solution s'offrait à elle : Subvenir elle-même à son besoin ! Elle se couperait les cheveux toute seule ! Cela ne devait pas être bien sorcier. Elle n'aurait qu'à s'appliquer et le tour serait joué. Elle s'enferma dans la salle de bain étriquée du petit bateau. Elle ne tarda pas à dénicher une paire ciseaux métallique dans l'armoire à pharmacie. Elle saisit résolument l'une de ses mèches rouge dans sa main et la coupa presque immédiatement, sans regret ! Les minutes s'égrainèrent, les cheveux rouges recouvraient le sol carrelé. Craignant de couper trop court, elle tentait vainement de maintenir une certaine longueur. Mais la tâche s'avéra plus rude qu'elle ne l'avait escomptée. Lorsqu'elle eut terminé, c'est un regard dépité qui croisa son reflet. C'était immonde. Quelques mèches lui tombaient encore sur les épaules, alors qu'à certains autres endroits, elles couvraient à peine sa nuque ! Affreux ! Peut-être fallait-il tout raser, elle n'aurait nullement à craindre des inégalités capillaires.
« Noée on man … Oh punaise ! »
Charles était entré comme une furie, annonçant le dîner. Il ne s'attendait pas à se retrouver face à un tel spectacle. Il oscillait entre le désir de rire et celui de hurler à l'aide. Finalement, il préféra ne rien faire. Son père, curieux du silence soudainement tombé sur le rafiot apparu à son tour dans l'encadrement de la porte. C'est avec une jubilation non dissimulée qu'il accueillit la nouvelle coiffure de la gamine. Elle était ridicule, elle en avait parfaitement conscience. Pourquoi s'acharner à le le rappeler en s'esclaffant ainsi ?
« Je suis contraint d'arranger ça, maintenant, soupira le vieillard qui calmait enfin ses rires. Viens Manger, on réglera ça après. »
Ne tenant pas à accuser les regards moqueurs des deux Storn tout le long du repas, la rouquine avait dissimulé sa chevelure désordonnée sous un bandana vert et blanc.
Deux jours. Deux jours s'étaient écoulés. Ses cheveux n'étaient plus aussi broussailleux. Désormais, ils étaient court. Quelques mèches balayaient sa nuque, son front et couvraient ses oreilles.
Cependant, elle avait préféré ne pas se débarrasser du bandeau vert et blanc. Elle n'avait pas l'habitude d'avoir la tête si légère, il lui fallait ajouter un poids supplémentaire à la masse quasi inexistante de sa chevelure. C'était presque incommodant, d'avoir des cheveux si court. Avant de quitter le bateau, la rouquine s'était changée. Elle avait balancé par dessus bord son T shirt et son short. Comme prévu, elle avait pu chaparder un bermuda bleu, orné de plusieurs petites poches et une chemise à carreaux bien trop longue pour lui appartenir. Quand à sa poitrine, bien qu'aucunement discernable sous ces nouveaux vêtements, elle était solidement enveloppée dans une bande de tissue. Ainsi, même si par mégarde, un étranger posait sa main contre celle-ci, il ne sentirait rien d'autre qu'une surface plane ! La voilà prête, affublée d'un tel accoutrement, la gamine s'apparentait davantage à un gamin.
Elle était prête. Charles gardait le « navire » avec son père. En réalité, cela s'assimilait davantage à une caravelle qu'à un véritable bâtiment marin. Pas de quoi faire pâlir un ennemi. Pour la deuxième fois de la semaine, la rouquine s'introduit dans le bar malfamé des tréfonds de la ville. Les Pirates qui s'y trouvaient différaient presque tous de ceux présents la dernières fois. A cette constatation, la rouquine laissa un soupire de soulagement percer ses lèvres. Voilà qui la rassurait.
Elle s'attabla au comptoir cette fois, ce qui ne passa aucunement inaperçu. Un homme que l'alcool avait bien amoché s'approcha du « Petit ».
« Encore un Gosse qui s'est perdu. Qu'est-ce que tu fous là, petit ?
_ Je recrute, répondit posément Noée.
_ Héhé, tu m'en diras tant. Allez, retourne jouer avec tes petits bateaux, et fiche nous la paix, railla l'ivrogne. »
Noée, se dit-elle. Il est temps de montrer que tu es capable de te défendre. Cet homme ne tient plus sur ses pieds. Il sera bien simple à mettre à terre. Ainsi, tu pourrais peut-être susciter un minimum d'intérêt à ces brut malheureusement amputé de tout bon sens. Elle souffla. Un soupire qui pour le Pirate s'avéra bien méprisant. Cependant, la réalité était tout autre. La rouquine – Le rouquin – gratifia son opposant d'une moue désolée. Elle abattit ensuite violemment son poing contre la mâchoire de l'homme – Un pirate de bas étage – qui s'écrasa lourdement sur une rangée de table. Son organisme bien trop imbibé de rhum ne pu se redresser. Alors, il demeura là, immobile, à geindre, ridicule comme il était. Quelle force ! N'est-il pas ? N'ayez crainte, la petite utilise bien des subterfuges. Il paraît évident qu'un poids plume comme elle n'aurait jamais été en mesure d'assommer un mastodonte comme elle venait tout juste de le faire !
« Je recrute, répéta-t-elle. »
Malheureusement pour elle, personne n'avait été fort impressionné par sa démonstration de force. L'homme qu'elle avait cloué au sol était minable. Tous en avait conscience. Pour les hommes présents, ce gamin n'était qu'une frêle âme possédant une force physique intéressante. Ils ne furent que trois. Trois à avoir reconnu la petite fille qui s'était pointée deux jours plus tôt. Trois à avoir compris que son coup de poing ravageur n'en n'était pas un. Trois seulement à l'avoir filé jusqu'à son repère : Le vieux bateau des Storn. Alors qu'elle s'apprêtait à franchir la passerelle, un blondinet l'interpella. Elle se tourna vivement, reconnaissant le garçon du bar qui lui avait discrètement intimé de « Changer de sexe ». L'étonnement se lisait sur ses traits juvéniles. Elle fit marche arrière et rejoignit le petit homme qui, malgré tout, devait bien mesurer deux bonnes têtes de plus qu'elle. Derrière lui se trouvait un … Non, deux hommes parfaitement similaires. Pourtant l'un lui paru effrayant, bien loin du sourire sympathique qu'arborait sa copie conforme ! Des jumeaux !
« Qui êtes vous ? Souffla-t-elle finalement, presque intimidé par cette soudaine présence.
_ Moi c'est Garo, se présenta le blond. Les jumeaux derrière, ce sont les jumeaux Kaly et Lyka. »
Noée leur lança un regard méfiant, au quel seul Kaly répondit d'un faible sourire. D'accord. Elle connaissait leur identité, cependant, ils n'en demeuraient pas moins trois inconnus. Trois inconnus qui l'abordaient ainsi, alors qu'elle regagnait son « Logis ». Ils venaient tout trois du bar qu'elle venait de quitter. Son attention se reporta sur le blond, Garo. Deux prunelles azures la dévisageaient gentiment. Elles brillaient d'une malice rassurante. Noée se détendit.
« Un fruit du démon, s'empressa de reprendre le dit blond. »
Dubitative. Noée ne savait que répondre. Elle croisa machinalement ses bras contre sa poitrine. Oui. Oui, il y a de cela quelques années, la petite avait avalé un fruit du démon. Non pas par mégarde, mais elle souhaitait, une bonne fois pour toute, s'assurer la victoire lors des divers affrontements qui l'opposait à ses frères. Efforts vains, elle demeurait la plus faible ! Elle pinça ses lèvres, fronça les sourcils. Elle avait pour habitude de dissimuler sa faculté. Non pas qu'elle en est honte, disons qu'il lui était inutile de l'exposer. Elle daigna finalement répondre.
« C'est exact.
_ De quel type, s'enquit ce même blond dont la curiosité devait sans doute lui faire bien souvent défaut.
_ Paramecia. Le fruit des champs de forces, expliqua la rouquine. »
_ Tu as un bateau, questionna-t-il une nouvelle fois.
_ Non mais ….
_ Il en a bien un, coupa une voix rauque dans son dos. Ce bateau sur lequel il s'apprêtait à grimper est le sien. »
Monsieur Storn. Incrédule, la gamine fit volte face. Le médecin se trouvait face à elle, les bras fièrement croisés contre son torse. Mais, à quoi jouait-il ? Ce bateau ? Non, il ne lui appartenait pas. Elle secoua vivement la tête, mais l'homme posa une main contre son épaule, l'intimant de garder bouche close.
« Maintenant, si vous permettez, j'aimerais m'entretenir avec ce futur petit Capitaine quelques instants. »
Ils se retirèrent, s'installant sur l'un des nombreux bancs qui sillonnaient les berges du port. Il était rare de faire face au visage si serein du Docteur. Il semblait comme résigné. Il poussa un soupire alors qu'il s'adossait aux plaques de bois dans son dos. Qu'allait-il dire ? Lui offrait-il réellement ce bateau ? Au loin, la petite observait les trois récents arrivants. Ils avaient obtempéré bien docilement, ne discutant aucunement les souhaits du vieillard. Ils avaient l'air bien sympathiques. Du moins, deux d'entre eux ! Ce Lyka, lui, il semblait aussi aimable qu'une porte de prison.
« Je vais rester sur cette île, se lança-t-il enfin, forçant la petite à lui accorder toute son attention. Toi, prends Charles avec toi.
_ Hein ? Non ! Elle qui ne supportait que moyennement les excès d'humeurs du gamin refusait de devoir se le coltiner durant son palpitant périple.
_ Charles aussi a mangé un fruit du démon. Celui de la science infuse. Charles sait tout sur tout. C'est pour ça que ses personnalités sont nombreuses. Pour tout connaître, il faut être tout le monde à la fois, il poussa un soupire, mais l'adolescente décida qu'il valait mieux ne pas intervenir. J'ai su bien vite que je ne pourrais jamais le satisfaire. Bien avant qu'il ne mange ce fruit, bien avant qu'il naisse, bien avant que je ne rencontre sa mère. J'ai toujours su que je serais incapable d'élever un gamin. Charles est un bon petit, et je l'aime de tout mon cœur tu sais, il craignait sans doute que Noée porte un jugement sur ses révélations. Mais, Charles rêve d'aventures. Et je ne peux le retenir. Il est intelligent, trop intelligent. Son fruit n'est pas la cause de son désir d'évasion. Pas totalement. Il n'a que dix ans, je ne peux me résoudre à le laisser partir, c'est vrai. Mais je peux plus le garder à mes côtés. Il veux partir, j'en suis bien conscient. Pour dire vrai, maintenant qu'il a compris comment fonctionnait la caravelle, je crains qu'il attende notre retour sur notre île pour s'élancer seul sur les mers. Alors, petite, toi qui n'es pas faite pour être Pirate, je te demande de le prendre avec toi. Je sais qu'à tes côtés, il ne pourras devenir ce qu'il n'est pas. Ce qu'il ne devrait jamais être. Un brigand sanguinaire. Un pirate mille fois primé et mille fois recherché. Je refuse qu'il finisse sur l'échafaud.
Refuser ? Non. Non, elle se montrait faible face à cette homme qui la suppliait du regard. Lui qui lui avait porté son aide, qui l'avait sauvé d'une fin certaine. C'est vrai, elle ne s'en rendait compte que maintenant, mais cet homme lui avait sauvé la vie. Alors, elle accepta. Un sourire léger contre ses lèvres, accueillit par le rictus maladroit du vieil homme, la rouquine hocha faiblement la tête. Elle intégrerait le petit dans l'équipage. Ce qui faisait d'elle le capitaine ? Non ? Cette pensé la frappa si soudainement qu'elle dû cligner trois fois des paupières avant de revenir à la réalité. Arf. Non, rien n'était encore joué. Elle se redressa et rejoignit les trois hommes qui n'avaient pas décampé.
« Quand partons nous ? Demanda immédiatement Garo. Parce que, nous partons n'est-ce pas ? »
Quelques instants de silence. Un regard qui se perd sur chacun des hommes présents. « Quand partons-nous ? » Il venait de réitérer sa demande. Ce n'est que dés lors que la gamine vit la commissure de ses lèvres s'étirer. Le plus rapidement possible, se dit-elle. Alors qu'elle allait répondre quelque chose comme : « Nous ne pouvons pas prendre la mer si précipitamment, et puis, il nous faut nous ravitailler et ... » Mais elle demeura silencieuse. Se rappelant des lourds bagages chargés de nourritures qu'avait emporté le Docteur. Un rire léger, un rire qui étrangement, lui parut bien loin de ceux qu'elle s'accordait habituellement. Un rire franc s'échappa de ses lèvres. « Tu n'es pas une Pirate. » Lui avait-il dit, et pourtant, il l'encourageait à poursuivre son périple. « Tu n'es pas une mauvaise personne. » voulait-il dire. Alors, elle se fit la promesse de revenir à Burn Island lorsqu'elle aurait fait le tour du monde. Elle rendrait visite à son vieil ami : Le docteur Storn.
Une petite Capitaine – Non, un petit Capitaine –, un petit garçon accompagné de son furet domestique, deux jumeaux parfaitement dissociables, un blond survolté et une caravelle vielle de dix ans. Voilà là un équipage bien atypique qui se lance sur Grand Line.
Plus tard, elle se demanderait pourquoi ces hommes là l'avaient suivi, et plus tard elle choisirait ou non de leur accorder sa confiance. Plus tard … Plus tard …
Je ne vous le cache pas, c'est un chapitre que j'avais hâte de publier ! C'est le début de l'aventure pour Noée. Qui d'ailleurs, devient Noé ! C'est un petit garçon à présent ! Haha. J'espère pouvoir vous le faire croire au fil des chapitres. Il y a mille et une questions à se poser. La plus importante étant : Pourquoi Garo et les jumeaux ont si docilement acceptés de suivre ses ordres. J'avoue que moi-même, j'hésite entre deux scénarios. Quoi qu'il en soit, la suite est déjà en grande partie rédigée, j'ai fais quelques esquisses des événements futurs ! Je l'avais bien dis : Charles est important, tout comme son père. Son père est un peu ... Je sais pas ... J'ignore comme le décrire. Il a son importance, car il croit en Noée, plus particulièrement, il croit en sa bonté d'âme. C'est pour cela qu'il lui confit son fils. Il sait qu'elle n'est pas mauvaise, que son coeur n'est pas encore corrompu. Et puis, il sait que Charles préfère fréquenter quelqu'un de son âge, plus ou moins. A cinq ans prêt, c'est vrai. Mais Noée reste très jeune. Le furet, haha ! Kyra. Elle aussi aura son importance. On peut dire que l'histoire débute réellement maintenant ! Que chaque personnage énoncé dans ce chapitre, aura son importance ! Et que chaque intrigue, même minime vivement énoncée dans ses lignes prendrai forcément de l'ampleur à un moment ou à un autre de l'histoire. Cette fiction est une histoire à chapitres, alors vous vous doutez bien qu'au bout du cinquième chapitre, nous n'en sommes qu'au tout début de l'aventure !
