Nouvelle journée, nouveau chapitre ! Vous allez donc découvrir ce que Parvati insinuait à propos de l'auror Dawlish... Bonne lecture, et n'hésitez pas à me donner vos impresssions à la fin de cet OS !
« Vous êtes la femme de l'auror John Dawlish, n'est-ce pas ? Alors je pense que votre mari doit pouvoir mieux répondre à cette question que moi. »
L'intéressé sursauta, renversant un peu de jus de citrouille sur sa main. Il avait égaré le fil de la conversation quelques temps auparavant, et ne comprenait pas très bien ce qui se passait. John Dawlish était auror depuis un grand nombre d'années. Il avait vécu deux Guerres. Il avait vu des générations de condisciples fréquenter ses bureaux. Il avait eu un nombre incalculable de supérieurs hiérarchiques. Le surprendre était très difficile. Mais cette fois, il devait avouer qu'il était étonné.
Il était venu au Bal de Noël, invité par son ami Kingsley, le Ministre de la magie en personne. Il n'était peut-être pas là en tant qu'auror, mais il faisait tout de même attention à ce qui se passait autour de lui. Les habitudes avaient la vie dure. On ne se débarrassait pas si facilement d'années de métier. Sa femme, Janis, avait elle-même été invitée en tant journaliste à la Bulle Magique, un petit journal qu'il aurait volontiers qualifié de cancanier s'il n'avait pas peur de représailles conjugales. Elle était d'ailleurs en train d'interroger l'une des nouvelles personnalités arrivées, une certaine Parvati Patil, voyante de son état, s'il avait bien compris.
Il avait suivi le début de l'interview, accompagnant sa femme puisqu'il n'avait rien de mieux à faire, puis avait décroché. Et cette phrase le faisait sortir de ses pensées. Alors que l'ensemble du groupe se dirigeait vers l'extérieur de la salle, il décida de sagement rester avec son verre. On n'était jamais trop prudent. Il valait peut-être mieux qu'il ne soit pas trop loin de secours. Sa femme risquait de lui poser des questions sur un sujet dans lequel il serait apparemment coupable. Il vérifia d'un coup d'œil que Kingsley n'était pas trop loin. Il pourrait peut-être le sauver d'un mauvais pas.
Quelques minutes passèrent, durant lesquels il tenta de se calmer. Après tout, Janis n'était pas si terrible que ça. Il avait affronté des Mangemorts bien plus coriaces que sa femme, tout de même, il n'allait pas se mettre à avoir peur. Et puis elle n'oserait jamais faire un scandale en plein Bal de Noël, avec tout ce monde autour. Ils préféraient avoir leurs discussions houleuses, quand elles arrivaient, en privé. Ils n'étaient pas du genre à étaler leur vie en public. Peu de gens savaient même qu'ils étaient mariés. Il reprit donc confiance petit à petit. Jusqu'au coup d'éclat.
« Alors comme ça tu connais bien Padma Patil ? » L'accusa sa femme, arrivant à grands pas.
Quelque chose dans la fin de l'interview n'avait pas dû se passer comme elle le souhaitait. Il avait vu le fils Malfoy puis la jeune Weasley, qu'il devait d'ailleurs appeler maintenant Potter, retourner dans la salle de bal, suivi par un cortège de journalistes, désespérés. Sa femme avait aussitôt quitté la foule pour le rejoindre, les poings sur les hanches, la question au bout des lèvres.
« Eh bien… » Commença-t-il, maladroitement. « Peut-être un peu, en effet… »
Comment allait-il se tirer de ce mauvais pas ? Effectivement, il connaissait une Padma Patil. On pouvait même dire qu'il la connaissait assez bien. Mais ça n'était pas quelque chose qu'il pouvait avouer à sa femme. Elle allait le transformer en pièces détachées, sans aucun remords, devant tous ses collègues et son patron avec. Il l'aurait d'ailleurs peut-être mérité. Il se gratta la tête, gêné. En face de lui, sa moitié attendait une réponse précise et honnête. Chose qu'il ne pouvait lui offrir. Un jour, il maudirait Parvati Patil pour ses prédictions à la Merlin.
« Tu l'as connue lors d'une de tes enquêtes, n'est-ce pas ? » Tenta sa femme, impatiente.
Elle devait avoir hâte de courir vers d'autres scandales. Il n'avait jamais été un bon informateur, et ça avait souvent été une dispute entre eux. En tant qu'auror, il prenait souvent en filature les personnalités du monde sorcier pour assurer leur protection, et avait accès à leur vie privée. Seulement tout ceci restait bien sûr professionnel et confidentiel, il ne les aurait jamais trahis, même pour un potin que sa femme cherchait. Elle lui avait souvent reproché de faire passer son travail avant sa famille, pour ça, et pour d'autres raisons, d'ailleurs. Il sauta alors sur la nouvelle excuse qu'elle lui donnait pour s'éloigner de ce nid de doxys.
« Oui ! Oui, c'est exactement ça, j'ai dû prendre des informations sur elle, dans une enquête, il y a peu de temps, pour le travail… Une histoire assez sombre d'enlèvements… Quelque chose de compliqué. Enfin tu comprends que je ne puisse pas t'en dire plus, ma chérie. » Se rattrapa-t-il, avec peine.
Il n'avait jamais été bon pour le mensonge. Ce qui était presque une honte quand on était un auror aguerri, habitué aux couvertures. Mais devant les yeux onyx de sa femme, il ne savait plus réagir comme un auror. Il perdait tous ses réflexes. Elle le désarmait complètement. Il en devenait ridicule. Il se secoua alors un peu pour reprendre ses esprits, et fut soulagé de voir qu'elle esquissait une moue satisfaite, avant de se détourner.
« Ce n'était quand même pas compliqué à avouer. » Fit-elle, un peu dédaigneuse. « Tu m'excuseras, je dois aller interviewer le Ministre... »
Il s'autorisa alors à un soupir, une fois qu'elle se fût suffisamment éloignée. Il passa son mouchoir contre son front qui gouttait, avant de le remettre dans sa poche. Il l'avait échappé belle. Que plus jamais on ne lui fasse de frayeurs pareilles, il était bien trop vieux pour ça. Il avait bien cru que le seul secret qu'il ait encore pour sa femme allait être découvert ce soir.
Il avait connu Padma Patil quelques mois auparavant. Il venait de se disputer avec Janis. Ils avaient eu des mots particulièrement violents. Elle ne comprenait pas son travail, son obsession à sacrifier tout son temps pour la population sorcière, au lieu de le passer avec elle et leurs deux enfants. Elle ne comprenait pas qu'il soit si passionné par son métier. Qu'il se mette en danger constamment. Et qu'il refuse de prendre sa retraite, alors que les aurors avaient droit à une retraite anticipée. Il était alors sorti de la maison, et s'était réfugié au Chaudron Baveur. Il s'était assis au comptoir, à côté d'une jeune femme qui paraissait aussi désespérée que lui. Il se trouvait qu'elle s'appelait Padma Patil et qu'elle était la sœur jumelle de la voyante la plus en vogue en ce moment.
Ils avaient un peu discutés, partageant leurs malheurs. Ça n'allait pas fort avec Janis, depuis quelques temps. Ils se disputaient de plus en plus souvent, parlaient même de divorce. Et il était un peu perdu. Des années de mariage fichues en l'air pour des broutilles. Pour des différences qu'ils avaient toujours eu sans que cela ne pose de problème avant. Un véritable gâchis dont il se sentait en partie raisonnable.
Sans trop savoir comment, il avait fini par embrasser cette jeune femme. Ils n'avaient pas prévus de se revoir. Ils s'étaient juste croisés, de temps en temps, sur le Chemin de Traverse, ou à Pré-au-Lard, un peu par hasard, un peu gênés, aussi. De baguette en chaudron, ils avaient fini par prendre à nouveau un verre ensemble, occasionnellement. Une sorte d'exutoire face à leur quotidien. Une façon de purger leurs déboires. Ils s'étaient rapprochés. Ils avaient peut-être même recommencé à s'embrasser. Ils avaient peut-être aussi transplané chez elle, pour approfondir leur semblant de relation. Un peu. Parfois. Pas très souvent. Non, vraiment pas souvent. Mais quand même. Un peu.
John Dawlish se sentait sur un fil. Il savait que ce qu'il faisait s'appelait tromper sa femme. Pourtant, il était perdu. Padma était si gentille avec lui, si compatissante, si compréhensive. Elle était si douce, si amicale. Elle était tout sauf emportée et explosive, comme sa femme. Elle était brisée, mais elle le comprenait mieux que personne. Il avait l'âge d'être son père ou presque. Et pourtant cela fonctionnait, à peu près, entre eux. La question à cent gallions était donc : que ferait-il si un jour, Janis le découvrait ?
