Disclaimer : La licence Teen Titans est la propriété de ses ayants-droit, DC Comics et Cartoon Network. Aucun profit n'est fait à partir de cette fiction.
En outre, cette œuvre est celle de RobinRocks et de Narroch06. Je n'en suis que l'humble traducteur et les remercie pour leur aimable autorisation de publication.

Ce récit est totalement fictif. Toute ressemblance avec des évènements ou personnes de la vie réelle ne serait que pure coïncidence.

Avertissement sur le contenu Cette fiction est réservée à un public extrêmement averti. Elle contient des scènes de viol et d'abus particulièrement explicites pouvant heurter la sensibilité des lecteurs. Si à tout moment, la lecture de ce récit vous mettez mal à l'aise, n'hésitez pas à en interrompre la lecture.


Clause

Chapitre sept
Noli me tangere
(Ne me touche pas - Latin)

Souffrance...

Tout n'était que souffrance. Il n'était à présent - ne semblait être - que l'immense personnification d'une souffrance hallucinante.

Une souffrance si atroce que son regard pouvait à peine percer le brouillard de douleur devant ses yeux.

Robin se recroquevilla sur le sol et se lova en une petite boule protectrice. Son atterrissage n'avait guère été gracieux après le dernier coup qu'il avait reçu et qui lui avait valu de retomber directement sur le crâne avec fracas ; tout autour de lui était devenu flou, imprécis, comme si tout se diluait. Sa vision était trouble et obscurcie, flottant jusqu'à une lentille de mise au point avant de se laisser déporter par un courant inverse. Un bruit de gargarisme obstruait son ouïe et tous les sons lui paraissaient distants : comme si on le maintenait profondément profondément sous l'eau.

Il se noyait lentement dans une mer de douleur.

Une mer de sang, de larmes.

De totale débâcle.

L'agonie était le seul stimulus qui ne s'émoussait pas. Chaque geste provoquait en lui un tremblement qui le lacérait de part en part. Chaque respiration déclenchait un raz-de-marée de substances acides dans sa poitrine. Il avait reçu tellement de coups de poing dans le ventre qu'il avait l'impression que quelqu'un projetait du sable sous haute pression sur ses organes. La sueur dévalait son visage sous la forme d'épais sillons qui creusaient des tranchées à travers les tâches de sang. Sa respiration difficile perçait les abstraites ténèbres sous la forme pathétique de halètements qui tenaient lieu de supplique : ses poumons désemparés ne parvenaient plus à collecter suffisamment d'air.

Lorsque Slade était passé à l'attaque, Robin s'en était senti soulagé. La douleur physique occasionnée par un coup de poing était une chose avec laquelle il pouvait composer. Ce n'était ni déroutant ni complexe. Il suffisait d'esquiver, de se redresser, de parer et d'attaquer. Cette danse dangereuse lui rappelait ses anciens amis. Haine et rage. Ces deux sentiments faisaient courageusement surface à chaque fois qu'il affrontait Slade et ils restaient invariables. Eux ne passaient pas du désir au regret, de l'envie au dégoût. Ils étaient si puissants qu'il pouvait les sentir étinceler entre ses poings serrés.

C'était facile.

Mais la réalité glissait à présent le long de la pente raide de la fatalité. Même si lutter contre des techniques de jiujitsu lui était plus familier que de lutter au milieu de draps, cela le faisait tout de même souffrir terriblement. Il perdait encore du sang. Slade ne retenait aucun de ses coups, au contraire. Il était littéralement en train de battre Robin à mort. Ou du moins jusqu'à ce qu'il en fût proche.

Il ne pouvait pas - ne voulait pas - tolérer un acte de désobéissance de la part de son soldat.

De son jouet.

Et puis, un petit soldat n'est fait que d'étain. Un étain que l'on peut faire plier facilement.

Ce fut lorsque quelque chose se brisa profondément à l'intérieur du corps du garçon que le combat cessa d'en être un. Il l'avait ressenti, il l'avait entendu. C'était une sensation de rupture, un craquement très proche de celui qu'il provoquait chaque fois qu'il cédait à sa fâcheuse manie de faire craquer ses doigts. Une sensation qui lui souleva le cœur et ne semblait pas différente de celle qui avait par le passé embrasé son bras cassé, conséquence directe de sa poursuite avec Johnny Rancid une nuit d'orage, en pleine ville. Un peu pour cette dernière, davantage pour celle qu'il éprouvait présentement, cette sensation équivalait pratiquement à celle, implicite, d'un tronc d'arbre qui serait brisé par un éclair blanc.

Le malheureux tronc était son torse.

Cependant, ce n'était pas aussi superficiel qu'un bras cassé. Cette terrible souffrance première fut suivie par un horrible écoulement visqueux . Une douleur interne qui était huileuse, humide et froide. Elle piquait, elle faisait mal, elle rugissait littéralement, et il n'aimait pas la manière dont elle s'enroulait autour de ses intestins.

Mais qu'importe, après ce craquement écœurant, leur combat avait viré au brutal passage à tabac. Robin était trop épuisé pour contre-attaquer davantage et la punition que lui réservait Slade semblait loin d'être terminée.

En effet, ce serait au moment où le lynchage prendrait fin et laisserait l'adolescent impuissant et à l'agonie que la sanction de Deathstroke commencerait. Et l'équilibre de Robin oscillait dangereusement en direction de cet état tandis qu'il se roulait en boule et s'agitait au sol telle une fière bouillie de souffrance.

Se tortillait.

Slade aimait cela. Voir ce Teen Titan - ce chef intrépide, audacieux, assuré, arrogant - se débattre contre l'hameçon qu'il avait délibérément mordu était pour lui jouissif. Cette position vulnérable qui était la sienne alors qu'il rampait, les gémissements qui s'échappaient de sa bouche, la sueur qui brillait sur sa peau et formait un contraste étincelant avec les tâches de sang rouge foncé. Cette scène charnelle dans son ensemble attisa une fois de plus le désir de Deathstroke.

Son petit merle-à-la-rouge-gorge (1). Rouge, non par son maillot écarlate mais pour une autre raison, bien plus brutale et délicieuse.

Robin observa Slade d'un regard vague, à bout de force, tandis que ce dernier s'avançait à grand pas avant d'armer l'un de ses pieds recouverts de cuir et de métal.

À nouveau, il décolla... Il lui sembla également que son corps était désormais en feu... Bon sang, c'était douloureux...

Slade appréciait les réactions de Robin. Plus que son rude cri de douleur, il n'avait rien fait pour éviter le dernier coup de pied. Le voir retomber au sol à la manière d'un être désarticulé alors qu'une fine trainée de sang discontinue conduisait jusqu'à son corps roulé en boule ne fut qu'une raison supplémentaire pour lui d'apprécier le spectacle.

Derrière son masque, Slade souriait largement, complaisamment. Cette scène était si belle. Robin était tellement beau en rouge...

Et lorsque la victime cesse de se débattre, alors il est temps de passer à une autre forme de torture. Une forme plus intéressante.

De toute façon, son pantalon déjà moulant à l'origine lui semblait rétrécir...

Slade s'approcha à nouveau du garçon brisé, d'un pas nonchalant, mais totalement différent. Il ôta sa ceinture de façon suggestive.

Robin remarqua ces signes avant-coureurs et lutta avec l'énergie du désespoir pour fuir sur les genoux et les mains mais ses membres se rebellèrent contre sa tentative et se contractèrent. Réduits à l'état de gelée avant qu'il n'eût pu faire un pas. Il s'effondra et ne put que regarder Slade s'approcher, son appréhension augmentait à chacun de ses lourds pas. Lorsque son maître arriva à ses côtés, sa peur avait atteint un niveau réel de panique.

Mais il ne pouvait absolument rien faire. La simple conscience de ce fait était douloureuse.

Étrangement, Slade se contenta de pousser son apprenti du bout du pied de manière à le faire rouler sur le dos.

« Slade... bredouilla pitoyablement Robin, incapable de faire quoi que ce soit d'autre. »

En réponse, Slade abattit son pied sur la main ouverte de Robin. Un craquement exquis parvint jusqu'à ses oreilles, suivi d'un cri déchirant...

Le garçon comprit lentement que ce cri provenait de sa gorge éraillée.

« Excuse-moi, qu'étais-tu en train de dire ? demanda Slade d'une voix soyeuse qu'il faisait traîner. »

Il retira doucement son pied de la main écrasée de Robin et admira son ouvrage.

Une fois le cri dissipé, ce dernier ne pouvait guère émettre qu'un couinement sec.

« Regarde-toi... siffla Slade alors qu'il poussait à nouveau le garçon du pied, avec plus de mépris cette fois. »

Robin fut incapable de déterminer si l'homme était impressionné ou déçu. L'autre pied de son maître s'écrasa soudain sur son torse brisé qui se soulevait déjà non sans efforts. Ses yeux se révulsèrent - la douleur générée par le poids écrasant de Slade se révélait bien trop grande pour s'exprimer par le biais de ses cordes vocales gravement endommagées. D'autre part, il était à peine conscient qu'il vomissait, Slade ayant provoqué une remontée de bile au goût âcre en s'appuyant de tout son poids sur le corps accablé. Robin fut pris d'une quinte de toux tandis qu'un peu de gerbe s'écoulait de sa bouche entrouverte et dégoulinait le long de son visage, comme si essayer de ne pas s'étouffer dans le vomi qui restait coincé dans sa gorge n'était pas une épreuve suffisante. Il parvint à tourner la tête sur le côté et cracha sur le sol le liquide aigre contenu dans sa bouche, ce qui lui permit de dégager ses voies respiratoires. Sa main qui n'avait pas été écrasée se contracta et se referma de manière spasmodique lorsqu'il la souleva en usant de plus d'énergie que nécessaire dans ses souvenirs pour exécuter un tel geste et il agrippa la cheville de Slade. Il allait mourir. Sa cage thoracique ne pouvait résister à la manière dont on la faisait ployer et qui aurait requis une élasticité étrangère à l'homme. Il y a des limites à ce que peuvent endurer de si fines bandes de calcium comprimées.

Slade se pencha en avant et retira sans pitié la main envahissante de Robin de son pied. Il claqua le poignet en faute contre le sol et sortit de sa ceinture le birdarang qu'il avait confisqué, faisant surgir ce croissant parmi les ténèbres.

Un fin rayon de lumière se refléta sur le bord doré et attira le regard trouble de Robin juste un instant avant qu'il ne comprît, horrifié, ce que Slade avait l'intention de faire. Mais sa seule volonté stupéfaite ne pouvait arrêter la progression de la lame courbée et il se contenta donc de la contempler avec une fascination macabre alors qu'elle traversait sa main ouverte sous l'impulsion d'un geste que son esprit se figurait être lent.

Douleur, douleur, va-t-en, reviens un autre jour...(2)

Il poussa un hurlement qui lui fit déployer plus d'énergie qu'il n'eût pensé en avoir. La douleur chauffée à blanc remonta jusqu'à son coude en brûlant tout sur son passage, comme si le bout de ses doigts se fussent enflammés et que le feu se fût propagé. Ses talons raclèrent le sol et un torrent de larmes déferla de ses yeux. Le monde flou de Robin se réduisit encore, jusqu'à se résumer uniquement à sa main empalée. À cette douleur liquide en éruption qui coulait à présent dans ses veines.

Slade fit un pas de côté afin de permettre à Robin de se recroqueviller autour de sa main immobilisée alors qu'il ne cessait de crier et de s'agiter. C'était vraiment terriblement douloureux. Il ne pouvait même pas raisonner correctement, il ne lui vint même pas à l'esprit de retirer la lame du sol dans lequel elle était plantée alors qu'elle attisait en lui une douleur à ce point atroce. Slade se lassa rapidement de ces plaintes dissonantes et lui décocha sans tarder un coup de pied dans la mâchoire.

« Boucle la, aboya-t-il. Tu devrais m'être reconnaissant d'avoir évité les tendons. Il aurait été aisé de paralyser définitivement ce membre, tu sais. Cependant... »

Son sourire revint, l'expression sur son visage s'assombrit derrière son masque.

« … Considérant ton potentiel actuel, il ne fait aucun doute qu'il t'aurait été insupportable de faire face à pareil handicap. Donc pour le moment, si je veux t'enseigner quelque chose qui vienne de moi, il va me falloir te donner un coup de pouce. Un avantage, si tu veux. »

Robin écoutait vaguement ce qui lui était dit entre ses gémissements et il comprit que Deathstroke le raillait. Son maître ne faisait aucun effort pour essayer de masquer sa propre infirmité, la moitié de son masque était d'un noir ostentatoire et absolu qui ne servait qu'à raviver l'aigreur de Robin.

Tu n'arrives même pas à m'atteindre alors qu'il ne me reste qu'un œil... Et si je mettais un bras derrière mon dos ? Si je me ficelais sur un plateau d'argent ? Tu ne pourrais toujours pas m'atteindre. Tu es pathétique, mon garçon ; indigne de tout ce que je t'ai offert.

Robin voyait encore des étoiles après le dernier coup qu'il avait reçu, du sang s'écoulait jusque dans sa bouche depuis l'incision qu'avait pratiquée ses dents à l'intérieur de sa joue sous le choc qu'il avait reçu. Il commença à voir double puis triple tandis que Slade se penchait et saisissait sa cheville. Grâce à l'adrénaline, il trouva la force de lancer un coup avec son autre pied pour essayer de toucher Deathstroke en pleine tête. Ce geste ne servit qu'à agrandir la plaie provoquée par le birdarang que l'on avait retourné contre sa main ; comme à chaque fois, le coup de pied fut suivi d'un autre cri déchirant.

Il ne sut jamais si ce coup maladroit qui ne lui ressemblait guère avait fait mouche : on surestime tant la conscience.

Robin dut rester assommé durant quelques minutes seulement car lorsqu'il revint à lui, rien n'avait changé si ce n'est qu'il avait tout à coup beaucoup... plus froid. Il souffrait toujours, sa main était encore épingler au sol et Slade était... Slade...

était-il ?

L'adolescent essaya faiblement de lever la tête, non sans haleter sous l'effort et la douleur supplémentaire que provoquait ce léger mouvement. Il eut à nouveau le souffle coupé - par la surprise plutôt que par la douleur - lorsqu'il s'aperçut soudainement qu'il était - étrangement - nu et aussi que Slade... était accroupi d'un air suffisant entre ses jambes légèrement écartées.

Merde, pas étonnant que je me gèle le cul... Bordel, qu'est-ce qu'il... ?

Il s'étrangla un petit peu, sa respiration laborieuse s'était involontairement interrompue au moment où Slade avait regardé dans ses yeux alors qu'il agitait nonchalamment le détonateur entre son pouce et son index.

« Tiens, regardez qui est de retour... »

Slade pencha légèrement la tête sur le côté tandis que son unique œil d'argent plongeait dans ceux, bleus, de Robin qui restaient dissimulés derrière son masque.

« J'espère que ta petite sieste t'a remis les idées en place... »

Tremblant, Robin laissa sa tête retomber sur le sol ; pour une raison quelconque, la gravité était plus rude ce jour-là... Slade souleva le mollet droit de Robin et le posa sur son épaule, il sépara ainsi un peu plus les cuisses du jeune garçon et immobilisa l'autre jambe au sol sous le poids de son genou, et pendant tout ce temps, il parla d'une voix profonde qui résonnait :

« Tu ne t'es offert à moi que pour cela et regarde où ta prétention mal placée t'a conduit... Mon cher Robin, tes amis comptent-ils tant à tes yeux ? Te manquent-ils à ce point ? Eh bien ! qui suis-je pour m'y opposer ? Après tout, tu t'es montré tellement doué ces derniers jours. Pourquoi ne pas t'accorder ta légitime récompense ? »

Robin cligna plusieurs fois des yeux, incrédule. Si cela ne lui fût pas si douloureux, il aurait volontiers secoué la tête et se serait frotté les yeux d'étonnement. Secouer la tête en cet instant lui eût probablement été fatal. Mais était-ce bien cela ? Après tout ce que Deathstroke lui avait fait enduré : les raclées, les viols, les humiliations, et le plaisir aussi... Il allait simplement lui donner ce foutu détonateur ? Le Jeune Prodige ne parvenait pas à saisir l'idée, c'était au-dessus de toutes ses attentes...

Malheureusement... Dans la vie, la plupart des choses qui sont trop belles pour être vraies le sont en général.

Slade se saisit du détonateur par la partie supérieure qui avait été forcée et enfonça l'autre bout du dispositif à l'intérieur de Robin...

C'était comme si une seconde colonne vertébrale était en train de prendre racine et chercher à se développer en lui. Il ne put se retenir de pousser un hurlement face à la brutalité de cet acte et à l'atroce douleur qui émanait de ses chair meurtries pour la deuxième fois en une nuit. Son univers se déchira en deux à partir de son cul il n'y avait absolument qu'il ne pût faire pour l'éviter. Il se débattit et donna des coups de pied - chercha vainement une échappatoire - mais ne parvint qu'à se blesser davantage dans sa tentative. Quelque part au milieu de cette aveuglante et glaciale tempête de douleur, Robin entendit Slade murmurer sur un ton sadique :

« Ce n'est que le bout, Robin... »

Et il enfonça alors davantage l'objet. Robin donna un brutal coup de rein, sa main ensanglantée se souleva et retomba plusieurs fois le long du birdarang qui l'emprisonnait tandis que son monde qui n'était déjà plus qu'un tunnel continuait de voir sa taille se réduire, il ne sentait à présent que le métal qu'on introduisait de force en lui avec la même détermination que celle qui animerait un jeune enfant confronté à une pièce de puzzle réfractaire. L'objet était froid et sec bien qu'il engendrait une douleur plus brûlante que le soleil ; il le déchirait de l'intérieur en de nouveaux endroits jusque là épargnés.

Slade réprima les efforts de son apprenti en tirant sa jambe par-dessus son large dos tandis qu'il plaquait sans ménagement son autre jambe au sol. Les os de Robin soumis à cette étrange contorsion manifestèrent dans un grincement leur protestation : même son corps souple ne pouvait pas supporter la tension d'être ainsi maintenu les jambes écartées par un homme qui affichait l'absolu enthousiasme d'un chiropracteur qui aurait perdu la raison. Le garçon lança sa main libre en direction de Slade et chercha à le repousser de quelque manière que ce fût.

« Veux-tu que j'indispose également cette main ? aboya son bourreau avec un sérieux mortel. »

Cette simple phrase arrêta le bras de Robin avant même qu'il ne l'eût touché. L'adolescent brisé laissa sa main affaiblie retomber sur le sol froid et Deathstroke acquiesça à cette frêle reddition.

« On surestime l'amitié, Robin, ronronna-t-il »

Il remua le détonateur pour l'enfoncer plus profondément et poursuivit :

« Tu l'as certainement compris à l'heure qu'il est ? Tes amis n'ont absolument pas manqué de t'abandonner, de te laisser entre mes 'sournoises' griffes. Ils t'ont laissé à ma merci, mon petit apprenti ; et si je juge bon d'en finir, alors ils t'auront laissé mourir... »

En réponse, Robin poussa un petit cri, des larmes coulaient le long de son visage ; le bas de son corps se referma tandis qu'il sentait que son maître poussait cette maudite commande plus avant, cet objet malsain lui semblait prendre davantage de place que lui n'en avait prise.

Il ne voulait pas laisser les paroles de Slade l'affecter. Il essayait simplement de l'empoisonner, de le pousser à haïr ses amis. Cyborg, Beast Boy, Raven, Starfire... Si seulement ils savaient, ils ne l'auraient jamais laissé se soumettre à cela, même pour leur sécurité...

« Bon, je crois qu'il l'heure de dire au revoir... murmura son bourreau en caressant la douce cuisse de Robin qu'il maintenait sous la pression de son poids. »

Robin laissa échapper un soupir de reconnaissance, il s'attendait à ce que cette atroce plaisanterie prît fin. Il s'attendait à ce que Slade retirât le détonateur et le trainât jusqu'à son étroite chambre cubique. Qu'il le jetât à l'intérieur de cette pièce glaciale plongée dans l'obscurité et qu'il le laissât se refroidir, se vider de son sang ou pleurer, et ce, jusqu'à ce que mort s'ensuive.

Il fut pris au dépourvu par les lumières rouges qui se mirent à clignoter et le bip distinct émis par les implants activés qui résonnait à travers tout son corps depuis l'endroit où l'objet infamant le pénétrait.

« Slade ! hurla-t-il. Arrête ! ARRÊTE ! Je suis désolé ! Pitié... pitié, ne les tue pas !

- Je t'ai prévenu dès le départ, Robin : le moindre acte de rébellion entraînera leur mort, répondit Slade, d'une voix posée et languissante, qui contrastait avec les sirènes stridentes.

- Je suis désolé, gémit Robin alors qu'il se débattait à nouveau malgré la douleur qui oppressait tout son corps sans ménagement à chacun de ses gestes. Je ferai tout ce que tu voudras, tout, alors par pitié, par pitié ne les tue pas !

- Il n'est pas question de ce que j'attends de toi, Robin. C'est un châtiment. »

Robin ne voyait rien d'autre à faire que de répéter encore et encore, avec l'énergie du désespoir :

« Slade, je ferai tout ce que tu voudras, alors arrête ! »

Sa voix dérailla à la manière d'une cassette dont la bande se serait rompue, ses poumons laissaient de plus en plus difficilement passer l'air à mesure que ses suppliques se multipliaient...

Slade posa son regard sur son apprenti couvert de sang et de larmes, il vit l'illustration ultime de l'angoisse désespérée peinte de manière saisissante sur ce visage livide et ensanglanté. Il ne put s'empêcher de rire doucement en remarquant à quel point il était facile de manipuler cet enfant. À quel point il lui était possible de distordre ses propres émotions en fonction de ses obscurs desseins. À quel point il était faible.

« Tu serais beaucoup plus fort si tu daignais rompre ce lien qui vous unit, tu sais, murmura-t-il tandis qu'il se penchait vers l'adolescent martyrisé. Ce qui ne te tue pas te rend plus fort... Admet-le Robin. Ils te ralentissent, ils sont un frein à tes véritables capacités. Ils ne t'ont jamais confronté au défi dont tu avais besoin, contrairement à moi. Ils ne t'ont jamais rendu plus fort, contrairement à moi. Ils n'ont jamais réussi à te motiver pour que tu atteignes les niveaux que tu as atteint avec moi... »

Un sourire pervers.

« Ils ne t'ont jamais comblé de plaisir, contrairement à moi. Pas même cette fille extra-terrestre que tu aimes tant... »

Robin ne put s'empêcher de sangloter. Il ne pouvait rien faire. Slade ne demandait rien cette fois ; il appréciait simplement le spectacle d'une lente agonie. Tout à la fois celle de ses amis et celle de sa propre psyché. Le châtiment. À court de solutions d'apaisement et en proie à un complet désespoir, Robin commença à agiter ses pieds et à se débattre vraiment malgré la violente douleur qui déchirait son corps. Mais Slade se contenta d'exercer une poussée plus importante, se penchant plus près de lui jusqu'à ce que son masque flottât à quelques centimètre du visage affaibli de son petit apprenti. Il lui susurra quelque chose d'un ton à la fois doux et tranchant comme l'acier.

Non.

Son ton était plus tranchant, il pouvait traverser l'acier.

Il pouvait traverser la douleur.

Il pouvait traverser le temps.

« Avant que je ne vienne à toi, tu ne servais à rien, lui murmura Slade d'une voix qui conservait le doux tranchant d'une lame finement aiguisée, qui chatouillait sous un léger contact et qui entaillait profondément si l'on augmentait la pression. C'en était vraiment pathétique. Tu avais besoin de moi parce que j'étais le seul qui pouvait correctement t'apprendre ce qu'est la haine.

- Ferme-la... »

Robin eut un sursaut au son de sa propre voix. Cette petite chose vacillante qui semblait suffisamment épuisée pour être morte. Ce ne pouvait pas être sa voix. Pas celle de Robin, du Jeune Prodige. Pas celle du pilier de la vérité, de la paix et de la justice. Pas celle du beau, jeune et vierge modèle dans son uniforme moulant mêlant l'écarlate, l'émeraude et le safran, son insigne noir et doré brillant sur son torse. Pas celle de l'adolescent devant qui toutes les super héroïnes tombaient dans les pommes et que tous les super héros admiraient.

Ce n'était pas la voix du protégé de Batman. Pas celle du leader des Teen Titans. Ce ne pouvait pas être sa voix...

« C'est moi qui t'ai façonné, Robin, poursuivit Slade en laissant courir l'un de ses doigts sur le menton douloureux et tâché de sang du garçon. Je suis responsable de ce que tu es aujourd'hui et tu me hais pour cela. Mais c'est cette même haine qui t'a façonné. C'est moi qui t'ai façonné. »

Robin hurla à nouveau et sa plainte d'absolue souffrance se mit à rivaliser avec les sirènes qui prévenaient à la mort de ses amis. Il ne pouvait pas faire grand chose tandis que Slade souillait le souvenir qu'il avait de lui-même et le déchirait en confettis ensanglantés juste devant ses yeux douloureux et embués par les larmes. Il avait essayé de se montrer fort, vraiment. Mais les armes de Slade n'étaient autres que la torture massive du corps et de l'esprit et il ne jouait simplement pas selon les règles. Au lieu de presser les touches de la manette, il les martelait à coup de fer rouge. Robin se recroquevilla, trempé de sueur et de sang. Il essaya de respirer et de crier et de repousser faiblement Slade, tout cela en même temps. Slade avait raison. Il était faible. Honteusement, désespérément faible dans sa position actuelle.

Absolument désespéré.

C'était simplement injuste. Et qu'importe ce qu'il faisait, les efforts qu'il fournissait, le déni derrière lequel il se réfugiait, la résistance qu'il opposait, les choses n'en deviendraient pas plus justes pour autant.

Alors, il le dit au monde. Il poussa un long et puissant cri simplement pour dire à quel point tout cela était injuste, et il continua jusqu'à ce que sa gorge se déchirât et que sa mâchoire lui devînt douloureuse.

Lorsqu'il ressentit la détonation (3) d'une douleur sourde - qui lui signala que la commande avait enfin quitté son corps - il finit par se rendre compte que les lumières rouges ne clignotaient plus. Les implants étaient retournés dans un état de dormance fallacieux, prêts à germer à nouveau à l'instant où Robin ferait un pas hors de la ligne. Un minuscule pas. Un minuscule pas malgré ses entraves.

« Dorénavant, tu n'oublieras plus où est ta place, Robin, siffla Slade. Tu m'entends mon garçon ? »

Robin, impuissant, engourdi, resta couché sur le sol métallique glacial tandis que de nouvelles larmes coulaient le long de son visage.

Deathstroke sourit à la vue de la douleur et du désespoir presque tangibles qui rayonnaient du corps martyrisé de l'adolescent.

« Est-il nécessaire que je te rappelle qui est le véritable maître en ces lieux ? demanda-t-il d'une voix languissante alors qu'il ouvrait sa fermeture éclair... »

Robin fit un effort pitoyable pour se dégager mais n'obtint en réponse qu'un spasme de sa main empalée...

Sans autre avertissement, Slade introduisit son érection saillante dans l'orifice ensanglanté du jeune homme. Cela faisait longtemps qu'il attendait cela, les cris de son apprenti ayant attisé pleinement son désir, il n'attendait que de pénétrer ce corps jeune et brisé étendu devant lui.

La vague de froid qui avait submergé Robin et qui semblait l'avoir anesthésié ne suffit même pas arrêter la douleur provoquée par la troisième pénétration qu'il subissait cette nuit. Ce n'était pas aussi atroce que le détonateur - la chair était beaucoup plus anodine que le métal - mais la douleur engendrée était suffisamment horrible pour que personne ne mérite de la subir... pas même Slade...

Celui-ci s'efforçait de rendre volontairement cette expérience douloureuse ; Robin, par le biais de flashes confus, se souvint de la douce lueur émise par la lampe de la chambre à coucher, des magnifiques draps écarlates qui flamboyaient, des languissantes sensations de douceur, tout cela était à des années-lumières de ce qu'il éprouvait présentement. Il voyait des étoiles tandis que Slade le pilonnait avec violence et se servait de son sang pour affiner mortellement la précision de ses coups qui faisait passer le birdarang pour la réminiscence d'une agression passée. Le Jeune Prodige n'avait jamais été la victime de ce genre de puissance déchirante jusque là - même la première fois que Slade l'avait violé avait été plus douce que cela.

Slade souleva les hanches lestes du garçon pour les décoller du sol et commença à exercer une poussée vers le bas qui plaqua ses frêles épaules contre le sol froid avec violence une fois de plus. Ce nouveau mouvement atrocement douloureux réveilla toutes les autres blessures éparpillés à travers son corps au son d'un réveil venu de l'Enfer et Robin, impuissant, ne put réprimer ses gémissements.

C'est à cet instant qu'une sensation importune se fit sentir. Slade martelait à nouveau ce point. Robin était incapable d'expliquer comment il était encore d'éprouver quoi que ce soit malgré la douleur qui l'accablait mais le fait était que son corps réagissait une fois de plus et qu'une délicieuse chaleur s'accumulait au niveau de son entrejambe.

Il entendit Slade rire grassement devant son manque de retenue même dans la plus infamante des situations et Robin ne put s'empêcher de se haïr lui-même pour cela tandis qu'il jouissait avec une force détonante et qu'il se déversait tout entier sur son propre ventre. Des lumières blanches clignotèrent devant ses yeux...

Encore ? Comment pouvait-il encore y en avoir ?

« C'est moi... qui te... domine... murmura Deathstroke entre ses mouvements de va-et-vient non sans un effort de concentration. »

Ce fut à cet instant que Robin voulut vraiment mourir. Mais aussi proche qu'il pût se trouver de la mort, ce n'était qu'une échappatoire provisoire. Durant toute cette épreuve elle l'avait nargué de près mais maintenant Robin se cramponnait à elle pour sombrer dans l'inconscience alors qu'il flottait confortablement au milieu de la lumière blanche dans son esprit et que son corps devenait mou entre les mains vigoureuse de Slade.

Voir Robin quitter la scène n'empêcha pas Deathstroke d'achever son ouvrage et il déchargea son essence à l'intérieur de son apprenti comateux avant de lui asséner quelques coups de rein supplémentaires pour la simple et unique perversité du geste.

Lorsqu'il eut terminé, il lâcha son jouet avec mépris et se retira de son corps. Il ne put s'empêcher d'admirer le sang qui gouttait de son membre et décrivait une traînée macabre jusqu'à l'orifice du garçon inconscient. Il le toucha, y enfonça son doigt mais Robin n'offrit aucune reconnaissance envers une nouvelle et si prompte intrusion dans son intimité. Il était - heureusement - complètement dans les vapes.

Slade ressortit son doigt, le cuir qui le recouvrait était lui-même couvert de sang et luisait. Il s'essuya avec la tenue qu'il avait ôté à Robin, referma sa fermeture éclair puis retira sans ménagement le birdarang qui immobilisait la main de l'adolescent avant de le glisser dans sa ceinture. Il souleva sans peine le garçon nu, ensanglanté, inconscient et le jeta sur sa large épaule avant de quitter la pièce pour regagner la chambre à coucher.

La lumière de la lampe était toujours douce et faisait briller les draps écarlates. Un bref rappel de ce qui s'était seulement quelques heures plus tôt. La superposition était terriblement rude alors que Slade laissait tomber l'adolescent dévêtu et couvert de sang sur le matelas et le recouvrait d'un geste sec et sans détours avec les couvertures.

Le ramener dans ses propres quartiers glacials et exigus dans cet état n'était pas une bonne idée pour le moment, songeait Slade. Dans l'était qui était alors le sien, le garçon risquait bien de mourir durant la nuit s'il fût exposé aux rudes conditions auxquelles il faisait face d'habitude.

Il valait mieux le garder ici, au chaud, où il pourrait avoir un œil - littéralement un œil - sur lui.

Parce qu'il ne voulait pas que Robin mourût. Pas tout de suite.

Il pouvait encore en tirer beaucoup de plaisir...


Notes du traducteur

(1) L'expression originale était : « his little robin-red-breast ». Il s'agit donc d'un jeu de mots avec le nom du héros, Robin, qui signifie merle en anglais, et un autre nom d'oiseau, le rouge-gorge ou red-breast dans la langue de Shakespeare.

(2) L'expression originale était : « Pain, pain, go away, come back another day ». Il s'agit visiblement d'une comptine populaire dans les pays de langue anglaise.

(3) L'expression originale était : « pop » qui peut aussi bien être un verbe qu'un nom mais désigne dans les deux cas un bruit de détonation proche de celui que produit un bouchon de champagne lorsqu'il saute. J'ai donc interprété l'emploi de ce verbe particulier comme une référence à la situation d'ensemble, avec les implants prêts à éclore, à exploser.