Alors… je pense que j'ai dû en faire fuir quelques uns au dernier chapitre, malgré mon dernier avertissement ^^ mais merci à ceux qui ne se sont pas découragé et qui m'ont quand même donné une chance !
J'avoue que ce n'est pas un sujet avec lequel je suis très à l'aise, et vos recommandations et vos encouragements m'ont vraiment aidée ! Merci beaucoup, vraiment !
Alors voilà, j'ai – enfin – réussi à reprendre le contrôle de mon histoire et j'espère que ça va vous satisfaire !
Bonne lecture…
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Kurogané me regarde. C'est tout. Et ça me fait peur. Parce que je ne sais pas ce à quoi il pense quand il me regarde comme ça. D'habitude, il est si ouvert, si franc que c'est facile de lire en lui. Mais là… Je savais que je n'aurais pas dû le lui dire. Ça va le dégoûter. Il ne va pas me trouver ça normal. Il va me trouver anormal. Je vais devoir partir…
Tout doucement, je commence à reculer… mais ses mains se referment un peu plus sur mes bras. J'écarquille les yeux. Il a l'air sérieux. Pas dégoûté, ni en colère. Juste sérieux.
- Explique-moi.
- Quoi ?
- Explique-moi. Tu as dit "coucher" avec ton frère. Pas "faire l'amour". Pourtant, tu as l'air de l'adorer. Pourquoi ?
Choc. Qu'est-ce qu'il vient de dire ? Comment a-t-il remarqué ça ? J'inspire profondément, plusieurs fois, histoire d'éviter une nouvelle crise. Calme-toi, mon grand. Il a dit qu'il ne me jugerait pas. Qu'il voulait comprendre. Et je lui fais confiance. Je peux lui dire. Il n'a pas eu l'air écoeuré quand je lui ai dit que je n'aime pas les femmes. Tout va bien. Je peux lui dire.
- Je… n'avais jamais été avec un homme. Physiquement. Puceau à dix-neuf ans, c'est pathétique, non ? En fait, ça me faisait un peu peur. Mes parents n'étaient pas au courant de mes… penchants. Enfin, peut-être que ma mère s'en doutait. Elle devinait beaucoup de choses. Et puis dans mon université, il y avait un élève plus âgé qui a commençait à s'intéresser à moi. Plus pour le physique qu'autre chose, mais c'était toujours flatteur. Sauf que je ne voulais pas que ma première fois soit juste un plan cul. Y a mieux quand même !
Les lèvres de Kurogané frémissent et il hocha une fois la tête. J'ai l'impression qu'il ne me trouve pas ridicule. Mais ce n'est pas ma faute aussi, Maman nous a gavé de romans et de films d'amour durant toute notre adolescence ! Alors oui, je suis un peu fleur bleue sur les bords. Et j'en suis fier, d'abord ! Mais bon, il a l'air d'attendre la suite. Il me tient toujours aussi fort. Je vais finir par avoir des bleus, mais je m'en fiche. J'aime bien ça. Au moins, je suis sûr qu'il est là et qu'il m'écoute.
- Je ne savais pas quoi faire. Il m'intéressait aussi, mais je le trouvais un peu trop pressé. Je voulais vraiment que ma première fois se passe avec quelqu'un en qui j'avais confiance, qui m'aimait et qui me respectait. Et mon frère était la personne la personne la plus proche de moi et qui répondait à tous ces critères… Mais c'était mon frère ! Et lui ne s'intéressait pas aux hommes. Je ne savais vraiment plus quoi faire… Alors je suis allé le voir et je lui ai tout raconté. Il… ne m'a pas traité de monstre. Il m'a dit qu'il comprenait, et qu'il était d'accord. Parce que justement on était jumeaux, qu'on était un, et donc que c'était normal. Yui m'a dit qu'il m'aimait, mais pas comme il aimerait sa petite amie. Que… Je ne sais pas comment le dire ! C'était naturel avec lui, c'était logique. Mais ce n'était pas de l'amour. C'était plus un service qu'il me rendait… On avait quand même décidé d'attendre un peu. Qu'il soit sûr de lui, et puis qu'on se prépare tous les deux.
J'inspire un grand coup.
- On a eu l'accident deux jours après.
- Donc…
- Je n'ai jamais couché avec Yui.
Un bruit bizarre, entre le soupir et le grognement, lui échappe. Il a l'air… soulagé ? Je savais bien qu'il ne pouvait pas prendre tout ça aussi bien. Parce que ce n'est pas normal. Mais je pensais quand même qu'il réagirait un peu plus durement… Ses doigts se desserrent sur mes poignets.
- Je vois. Et c'est pour ça que tu voulais que je te foute dehors ?
- J'aurais compris…
- Et moi je me serais plus jamais regardé en face. Arrête un peu tes conneries. T'es pas un monstre. C'est humain de vouloir faire ça avec quelqu'un en qui on a confiance. Et le premier qui te le reprochera est un abruti doublé d'un connard.
Je ricane brièvement. Il hausse un sourcil. Une de ses mains – celle qui est blessée – lâche mon bras pour attraper mon menton et relève mon visage. Il le fait exprès ou quoi ? C'est le départ de toute notre discussion. Il ne peut pas l'avoir oublié. Pas après ce qu'il lui a fait ! Tout doucement, je prends sa deuxième main et je suis du bout des doigts le bandage qui traverse sa main. Il grogne.
- Ton père ?
- Je t'ai dit qu'il me détestait pour ça… On n'a pas dû être assez prudents, avec Yui. Papa… nous a entendu quand on a parlé, tous les deux. Et quand l'échafaud est tombé, il m'a dit… que j'étais une chose dégoûtante, contre nature. Que c'était ma faute si Yui était mort, parce que j'allais l'écarter du droit chemin. Que j'étais le jumeau maudit, alors que lui était un ange. Que je n'aurais jamais dû exister. Que…
Ma voix s'étrangle. "Monstre". Ce mot résonne encore et encore dans ma tête. Il me l'a tellement dit ! Encore et encore ! Il n'arrêtait jamais ! Et personne ne l'a jamais, personne n'a essayé de m'aider… Jusqu'à ce que j'arrive ici.
- La prochaine fois que je vois ce type, rappelle-moi de lui en coller une si fort que sa tête d'enfoiré décollera de ses épaules ! Non mais quel connard ! Bordel, j'aurais vraiment dû lui défoncer la gueule quand il est venu ! Regarde-moi gamin. Tu n'es pas un monstre. Le seul qu'on pourrait appeler comme ça, c'est ton paternel. Bon, et peut-être les salopards qui ont balancé la bombe H sur Hiroshima, mais c'est pas le sujet.
Mes épaules se secouent toutes seules. Je ne ris pas pourtant, et je ne pleure pas non plus. C'est bizarre. Kurogané m'empêche toujours de détourner les yeux. Son regard est vraiment beau. Je crois que je l'ai remarqué depuis le début, mais de près ils sont vraiment fascinants. Et rassurants.
- T'es… Oh Kami-sama, j'arrive pas à croire que je vais te dire ça, alors ouvre grand tes oreilles parce que je ne vais pas le répéter ! T'es le mec le plus adorable que je connaisse. Bon sang, après tout ce qui s'est passé, y a pas eu un moment ici où tu as pensé à toi avant moi ! Tu fais bien la cuisine. La vieille sorcière est ravie de ton boulot. L'autre abruti surexcité a arrêté de se plaindre d'être le seul à bosser. Domeki est moins stressé à la forge depuis que son pote lui tape moins sur le système. Tout le monde a tout gagné depuis que t'es là ! Et moi… Cette maison a jamais été aussi propre que depuis que tu t'en occupes ! Et je suis sûr que si tu te tirais demain, je serais incapable de me faire à bouffer tout seul.
Ce n'est pas forcément vrai, mais ça me fait quand même plaisir. Je lâche sa main et lui mon menton. Je suis toujours à califourchon sur ses genoux, mais je n'ai aucune envie de bouger. Et puis, je crois qu'il n'y fait plus attention. Alors autant en profiter… et me taire pour rester un peu plus longtemps !
- Alors arrête de culpabiliser, bon Dieu. Je… Bon, d'accord, je peux pas dire que je comprends. J'ai pas envie de te raconter des conneries. Mais… c'est pas grave. En fait, j'en ai rien à foutre. T'es comme t'es. Et moi ça me suffit.
Aaah, mais il va me faire pleurer s'il continue ! Je renifle et je m'essuie les yeux avec le dos de la main. Kurogané lève les yeux au ciel et me donne une pichenette sur le front. Mais ça fait mal ! Quelle brute ! Je gonfle mes joues en plissant les lèvres et je lui jette un regard noir. Il a un sourire en coin.
- Comme ça. T'es le seul assez suicidaire pour me regarder comme ça. Alors change pas. M'en fous de ce que t'as pu faire ou pas avant. Et ton paternel, la prochaine fois qu'il se pointe, je te jure que je le renvoie en pièces détachées chez les flics.
Je me mords la lèvre en acquiesçant… et Kuro-pon fronce les sourcils.
- Qu'est-ce que tu me caches encore ? Qu'est-ce qu'il t'a fait ?
Pourquoi faut-il qu'il voie toujours tout ? Mes mains se crispent sur le bord de mon T-shirt et ses yeux rouges suivent aussitôt le mouvement. Zut zut zut zut… Je me force à le lâcher, mais il l'attrape à son tour. Je recule légèrement, autant que je le peux en fait, sauf qu'il ne le lâche toujours pas.
- Hé ho, Kuro-pi, tu veux quand même pas me déshabiller à cause de ce que je t'ai dit !
- Enlève ça.
- Ce n'est pas une bonne idée…
- Ecoute, on va pas se taper des discussions comme ça tous les jours, alors autant s'en débarrasser carrément. Vire-moi ça ou je m'en occupe.
Et il est sérieux. C'est ça qui est ennuyeux avec lui, il ne plaisante jamais avec des choses pareilles ! Comment je peux faire, moi, pour ne pas trop paniquer ? Je respire longuement, avant de commencer à relever mon T-shirt. En général, je n'aime pas me montrer sans rien. Je me trouve trop maigre, trop pâle. Et c'est pire depuis quelques temps. Mais bon, je pense que je n'ai plus le choix. En fait, j'en suis sûr, vu comment il me regarde.
J'hésite une fois, à mi-chemin, mais Kurogané prend à nouveau mes poignets et je me sens obligé de finir. Il fait un peu froid, même si le chauffage est allumé, et mes bras se couvrent de chair de poule. Je suis complètement crispé. Je ne voulais pas qu'il me voie comme ça, même si je sais très bien que je n'aurais pas pu lui cacher éternellement…
Il me fixe toujours. Je peux presque sentir là où son regard se pose sur ma peau. Sur les marques de brûlures de cigarette sur mes clavicules. Sur les bleus sur mes côtes qui commencent à peine à disparaître. Sur la cicatrice sur mon ventre. Et toutes ces autres marques auxquelles je ne prête même plus attention…
Kuro-san ne dit toujours rien. Et puis une de ses mains se lève et appuie sur ma nuque, jusqu'à ce que je pose mon front sur son épaule.
- Cette espèce de…
Je rêve… ou c'est de la haine de j'entends dans sa voix ? Je cligne des yeux. Ce n'est pas possible. C'est moi qu'on déteste. Même si les gens voulaient se montrer "gentils" avec moi, je savais que c'était hypocrite. Dès que je tournais le dos, je les entendais chuchoter. Je n'aurais pas dû survivre. Pas quand Maman et Yui n'ont pas pu… Et mon père était le martyre. L'homme qui avait perdu sa moitié et la chair de sa chair. Celui qui se retrouvait avec un maudit. C'était lui qu'on aimait. Pas moi. Et Kurogané…
- Putain, mais je vais vraiment finir par le tuer… De quel droit… Comment… BORDEL !
Je sursaute et, instinctivement, je m'accroche à son T-shirt. Sa main appuie encore plus sur ma tête et je l'entends souffler fort, comme pour se calmer. C'est pour moi qu'il est en colère. Pas contre moi. Et je crois que je commence vraiment à réaliser. Que j'ai peut-être le droit de vouloir quelque chose. D'espérer. Que je peux peut-être vivre, moi aussi.
Je suis bien, là. Dans ses bras. C'est rassurant. C'est chaud. Je ne me sens plus seul, mais c'est un autre sentiment que lorsque j'étais avec mon frère. Je murmure :
- Je veux rester ici…
.~.~.~. OWARI .~.~.~.
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Bon… alors ? Est-ce que j'ai réussi à satisfaire vos attentes ? Est-ce que je me suis bien rattrapée ?
Comme toujours, j'attends vos commentaires et impressions…
See you soon !
