Chapitre 7 : Détonation.


Toujours calée dans les bras de Borsalino, mon regard ne se détache pas d'Enora avec de sombres scénarios en tête. Enora remarque mon air étrange et doucement, se rapproche de moi, pour poser ses deux mains sur mes joues encore rouges. Ce doux contact me ramène aussitôt à la réalité et mes pensées sombres s'envolent immédiatement. Je me détends paisiblement et referme mes paupières pour me rendormir.

Borsalino adresse un clin d'œil à Enora et lui ébouriffe les cheveux.

- Tu aas un don pour nooous endoormir tooi… Plus beesoin de somnifèreees….

Enora glousse un peu et se cale entre moi et son père, contente d'avoir de la chaleur humaine. Tendrement, Borsalino lui caresse les cheveux.

- Je te laaaaisse avec ta mèère… J'ai des chooses importaantes à faire… Je laaaiisse un den deeen sur la table de cheevet en caas d'urgence… Tu saaais l'utiliseer ?

- Oui oui..

- Paarfait…

Il l'embrasse sur le front, puis il échange discrètement sa place avec Enora, qui se colle à moi, me serrant dans ses petits bras. Plongée dans mon sommeil, j'entends vaguement au loin le bruit d'une douche qu'on actionne puis le doux bruit du ruissellement de l'eau dans les tuyaux puis sur le sol. Un instant, juste un instant… mon cerveau s'imagine alors la scène. Je vois l'amiral Borsalino, du haut de ses 3 mètres, complètement nu dans sa douche faite sur mesure. L'eau ruisselante dans ses cheveux bruns bouclés, puis suivant sa trajectoire sur ses pectoraux parfaitement dessinés… La gravité de Newton fait bien les choses parfois..

J'aperçois mentalement des gouttes gicler sur la vitre de la douche tandis qu'un épais nuage de mousse me cache la partie anatomique la plus convoitée par toutes les fans-girl des amiraux. Je grogne dans mon sommeil, puis resserre ma prise sur la couverture, entre l'agacement et la frustration.

Arf.. Mon cerveau ne fait que le boulot qu'à moitié là ! Fichue imagination… Je l'ai perdu progressivement depuis plusieurs années, dès lors que je suis rentré dans la Marine, m'interdisant de rêver à une quelconque histoire amoureuse.. Mais, après tout, je pourrai très bien m'inventer un prétexte pour aller dans la salle de bain, pour mater sans complexe une petite minute, ni vue, ni connue. Un sourire malicieux se dessine alors sur mes lèvres, emballée par cette petite folie.. Je sens alors une main caresser ma joue. J'ouvre lentement les yeux, pour tomber nez-à-nez avec ma fille Enora, qui m'observe calmement, le visage illuminé par une nouvelle joie de vivre.

- Tu as fait un beau rêve maman.. ?

- …. Un très beau rêve même.

- Tu me le racontes s'te plait ?

AH.

Je cligne des yeux, prise au piège. Allez, j'ai deux secondes et demie pour inventer le plus gros mensonge de ma carrière. Je peux décemment pas raconter que j'ai imaginé son père à poil sous la douche, dégoulinant d'eau et de mousse de tous les côtés..

NAH.. Clairement pas.

Pour combler momentanément le silence, je lui adresse un sourire complice avant de lui murmurer.

- Ça sera notre petit secret alors.. Tu ne le répètes pas à papa, d'accord… ?

Elle hoche vigoureusement la tête, tout de suite très intéressée par mon rêve. Tout aussi doucement, je lui raconte ma petite histoire fantastique.

- J'ai rêvé que ton papa était devenue une magnifique licorne bleue avec une crinière et une queue aux couleurs de l'arc-en-ciel.. Il courrait si vite dans des grandes plaines vertes, hennissant joyeusement au milieu d'un troupeau de mouton.. Et puis, au loin, j'ai vu le berger de ce troupeau.

- C'était qui… ?

- Papy Sengoku.. Il était assis à même le sol, mangeant des glaces pleines de paillettes multi-couleurs et buvant des nuages liquéfiés… Il était accompagné d'un gros toutou.. Papy Garp … et il ronflait très fort ! Si fort que les moutons en avaient très peur.. Tout était si beau, si paisible.. Et puis, dans le ciel, il est apparu un chat étrange avec un arc-en-ciel derrière lui, comme s'il volait dessus… Je crois avoir reconnu l'amiral Aokiji.. Mais je ne sais plus..

- Waw… Et Kakainu, tu l'as vu ?

- … Nah.. Il ne mérite pas d'être dans l'un de mes magnifiques rêves remplis de magie et de licornes sauvages. Il serait le méchant loup venu dévorer les gentils moutons pour embêter le gentil berger.

Enora étouffe son rire dans son oreiller, pour ne pas attirer Borsalino. J'en profite pour me redresser, et me reculer assez pour pouvoir quitter le lit rapidement. Je m'étire comme si rien n'était et jette un coup d'œil à la porte de la salle de bain. Je n'entends plus la douche. Il doit avoir fini de se nettoyer et il doit être en train de se raser le peu de barbe qu'il a. Je soupire sur le côté, pour évacuer ma déception.

Arf.. J'suis déjà mal barrée avec toute cette histoire alors que je me fasse attraper à mater mon futur mari, ce n'est pas si grave…

Si ?

Bah.. Qu'importe, c'est trop tard. La prochaine fois, je vais être plus rapide, quitte à rembarrer gentiment Enora… Enfin, façon de parler. C'est qu'une enfant…

Je finis mes étirements, puis sous l'œil attentif d'Enora, je me lève agilement du lit de géant et me recoiffe en vitesse. Je regarde l'heure sur le réveil près du lit, et grimace en voyant qu'il est encore tôt. Mais pas assez pour retourner discrètement dans ma chambre sans me faire repérer par la dizaine de soldats, trop matinaux à mon goût. C'est aussi l'heure à laquelle se réveille Sengoku, Tsuru et au moins la moitié de mes collègues vice-amiraux. D'habitude, je me lève plus tard.

Alors s'ils me voient traîner dans les couloirs aussi tôt, je risque de recevoir de nouveaux commentaires très désagréables. Et là, je ne garantis pas d'être calme.

Cette seule pensée d'être à nouveau sous les projecteurs me donne des vertiges. Je prends une longue inspiration, puis expire tout aussi longuement pour me détendre.. Mon corps est complètement figé, de terreur par rapport à ce qui m'attend une fois la porte franchie. Je suis tellement dans mes pensées, que je n'entends pas la porte de la salle de bain s'ouvrir sur un Borsalino, habillé seulement d'une serviette autour de sa taille. Enora tourne la tête et ses joues s'empourprent, peu habituée à une telle bêtise et nudité de son père.

- Papa !

Son cri soudain me fait sursauter et je me retourne en vitesse pour apercevoir le singe jaune, réellement dégoulinant d'eau jusqu'au bassin. Seule une serviette nous cache la vue sur son engin… Immédiatement, mon idiot d'instinct maternel fait le reste et je cache les yeux d'Enora, fusillant allégrement Borsalino du regard.

- Qu'est-ce que tu fous Borsalino encore… ?

- C'eeest un concours de circonstaance….

- Et mon cul, c'est du beurre… Va prendre tes vêtements et file t'habiller dans la salle de bain, espèce d'exhibitionniste…

Borsalino m'adresse un grand sourire, aussi immense que sa bêtise avant de s'approcher pour m'ébouriffer joyeusement les cheveux tout en arrosant d'eau. Je grogne avant de lui envoyer un coup de coude, qui frôle alors sa serviette, et je manque de la faire tomber. Il la rattrape juste à temps avant que le petit oiseau ne soit visible. Il file rapidement à son armoire pour prendre un costard, puis retourne en vitesse dans la salle de bain. Je soupire, à moitié amusée et à moitié agacée. Si tous les jours sont comme ça, je ne risque pas de m'ennuyer.

- Maman… C'est quoi un exi…un exhi… le mot compliqué que tu as dit à papa ?

- … C'est un homme qui se promène à poil pour son plaisir… Et papa en est un quand l'envie lui prend. Alors quand ça lui arrive, cache toi sous la couchette et attends que maman arrive pour le calmer.. C'est d'accord ?

- Mh.. D'accord…

Je retire mes mains de ses yeux, et je me laisse tomber sur le lit, pour réfléchir à ma future journée qui se résume à éviter les lieux collectifs. Et qu'aujourd'hui, c'est le jour de la réunion hebdomadaire avec toute l'équipe des haut-gradés au complet avec les amiraux et les vice-amiraux.

Hey bien, cette fois, ils feront la première réunion sans ma présence.

Je ne suis pas encore prête à rester dans une pièce avec des personnes qui vont me regarder comme la pire des saloperies. Je tremble à nouveau, en revoyant les visages déçus et écœurés de Smoker, Momonga, Stainless et tous les autres… Tous ces collègues avec lesquels, j'adore travailler au quotidien depuis ma promotion au poste de vice-amirale à Marineford…. Et qui m'ont tourné le dos sans écouter ma version des faits.. Peut-on encore les appeler « collègues » ? Est-ce si dur de pardonner quand on se sent trahie à ce point par nos proches ?

Je crois pouvoir répondre que oui…

Allongée sur le dos, je fixe le plafond, préoccupée. Je sens Enora qui se glisse à nouveau sous la couette pour faire un somme. Je tourne la tête et l'observe un instant. Je pourrais choisir de renier en bloc ce bout de chou devant tout le monde, et tenter de récupérer quelques collègues… Mais Enora, elle ne s'en remettrait jamais d'une telle trahison de ma part... Elle ne comprendrait pas, et ça obligerait Borsalino à faire des choix dragonniers sur sa manière de vivre solitaire et luxueuse.

Contrariée, je me tourne sur le lit, tournant le dos à Enora et à la salle de bain.

Je tends l'oreille pour écouter des sons provenant de la salle de bain : quelques brides de chants me parviennent. Il est occupé à s'habiller encore pour quelques minutes au moins. Enora dort déjà à poings fermés derrière moi si j'en crois sa douce respiration. Je me redresse dans le lit pour arriver en position assise sur le lit et pose mes pieds sur le sol de la chambre. Je sens un léger courant d'air froid frôler mes chevilles… Sans faire de bruit, je me lève du lit, ramasse mes affaires accrochées au porte-manteau et marche discrètement vers l'immense porte d'entrée et seule sortie de la chambre. Je tends la main vers la poignée, et m'arrête un instant, la main suspendue dans l'air, hésitante.

Est-ce honnête de ma part de quitter la chambre comme un ninja après la gentillesse de Borsalino ? Comment va-t-il prendre ma soudaine disparition ?

Je me pose bien trop de questions..

Il n'est pas comme mes collègues.

Borsalino est un homme simple, gentil, courtois et surtout pas rancunier. Il attendra que je revienne vers lui, et me poussera un peu si je tarde vraiment trop. Un homme patient en tout point qui pourrait potentiellement correspondre au conjoint parfait.

Cette pensée m'arrache malgré tout un sourire en coin. Au même moment, je pose enfin la main sur la poignée que je tourne, avant de tirer la porte vers moi.

Et là, une surprise devant moi.

Il y a quelqu'un devant la porte. Enfin, quelqu'un… Plus exactement trois personnes et pas n'importe qui… Il s'agit du soldat Ryan avec deux autres soldats. Je m'apprête à leur donner une injection cassante pour que lui et ses deux idiots de complices dégagent de mon passage, quand je vois des sourires carnassiers apparaître sur leurs visages. Je remarque trop tard l'arme à feu entre les mains du soldat Ryan. Je reconnais immédiatement le modèle d'armes, le voyant tous les jours à la ceinture de l'ensemble des soldats: le fusil militaire avec un calibre moyen capable de transpercer un corps humain à faible distance.

Ai-je à peine le temps d'écarquiller les yeux et d'ouvrir la bouche pour crier à l'aide, que le soldat Ryan a déjà appuyé sur la détente, signant mon arrêt de mort. J'entends le déclic m'indiquant le chargement de la balle dans l'engin puis, c'est une violente détonation qui résonne seulement deux dixièmes de secondes après.. Je hurle de toutes mes forces, espérant alerter Borsalino, Sengoku et tous mes collègues dans un même élan. Je ressens quasi-immédiatement la balle qui me traverse au niveau de la poitrine, me faisant basculer en arrière, à l'intérieur de la chambre.

Ma vue se noircit aussitôt, m'aveuglant complètement…


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