Note d'auteur : Merci beaucoup à Sun pour son bêtatage, et bien sûr un très très grand merci également à debralovelove et Zofra pour leurs adorables reviews qui m'ont fait très chaud au coeur. J'essaye de vous répondre le plus vite possible, promis, en ce moment c'est un peu short pour moi parce que je suis en pleine semaine de partiels, mais je fais tout mon possible pour vous répondre vite ! :) J'espère que ce chapitre vous plaira, bonne lecture. :D


— Vous êtes sûre qu'on ne peut rien faire de plus ?

Assis face à la Médicomage à l'air contrit, Drago ne peut empêcher son genou droit de tressauter. Sa mâchoire se contracte lorsqu'elle lui adresse un regard plein de condescendance. Il a l'impression d'être pris pour un enfant perdu et il déteste ça.

— Je suis vraiment navrée Mr Malefoy, mais nous avons fait tout ce que nous pouvions. Votre tante doit être hospitalisée de toute urgence. Elle sera placée dans le service longue durée. Nous ferons tout notre possible pour que tout se déroule dans les meilleures conditions.

— Et si elle vient habiter chez moi ? Je peux prendre soin d'elle vous savez. Ou engager quelqu'un pour veiller sur elle. Je vous assure, elle serait mieux chez elle. La forcer à rester ici ne va rien arranger.

— Elle doit rester alitée, Mr Malefoy. Et son état requière des soins que seuls les Médicomages présents ici peuvent lui procurer. Je suis désolée.

Drago expire lentement par le nez, dans l'espoir de calmer le tremblement de ses mains. Il la remercie du bout des lèvres et se lève pour prendre congé. Une fois dans le couloir vide, il sent une panique reconnaissable l'envahir. Sa respiration se précipite et il est obligé de s'adosser au mur quelques instants pour reprendre contenance.

Il ne peut plus faire semblant à présent. Cela fait sept ans qu'il se voile la face. Qu'il s'enterre la tête dans le sable et ignore les signes. Sept ans qu'il se dit que tout ira bien, qu'il se console en se disant qu'ils finiront forcément par trouver un remède. Mais il doit se rendre à l'évidence que chaque jour qui passe pousse Andromeda dans la tombe.

Ils ont eu plus de temps qu'il ne l'avait espéré lorsqu'elle lui a annoncé le diagnostic. Sept ans, c'est bien plus que les quatre annoncés. Il devrait s'estimer heureux, reconnaissant. Mais tout ce qu'il ressent c'est de la colère contre cette nouvelle injustice de la vie.

Il passe une main dans ses cheveux pour réarranger ses mèches blondes, soudainement las. Si seulement il pouvait inventer un remède en un claquement de doigts, il le ferait. Mais ce n'est pas en son pouvoir. Tout ce qu'il peut faire, c'est être là pour sa tante. Cette femme qui lui a tant appris, tant apporté. La soutenir dans cette épreuve. Soutenir Teddy, sûrement dévasté par la perte toute proche de sa grand-mère, la seule personne de sa famille encore en vie.

Le pas traînant, Drago remonte le couloir pour rejoindre Andromeda. Ils l'ont déplacée dans la chambre 213. Celle pour les patients qui restent pour une durée indéterminée. Sa gorge se serre lorsqu'il pousse la porte. Il la rejoint jusqu'au lit où elle est étendue, le regard perdu dans le vide. Il a vu son état se détériorer au fil des mois, mais c'est à cet instant qu'il se rend compte à quel point elle est atteinte par la maladie. Les pommades ne parviennent plus à cacher les abcès noirâtres sur son cou. Certains sont recouverts de bandages pour empêcher le pus de couler sur son col. Ça lui donne des nausées.

Pourtant, il s'assied près d'elle et prend doucement sa main froide entre les siennes.

— Est-ce que tu veux que j'annonce la nouvelle à Teddy ou tu préfères le faire ?

Andromeda pousse un léger soupir. Ses sourcils se froncent d'inquiétude. Pas pour elle, mais pour ce petit-fils qu'elle abandonne peu à peu derrière elle. Pour qui elle est un fardeau. Drago a eu beau tenter de la convaincre du contraire, il sait qu'elle le pense toujours.

— Je le ferai. Il a besoin de l'entendre de ma bouche.

Elle est prise d'une quinte de toux qui le glace de l'intérieur. La maladie a gagné ses poumons depuis quelques temps et elle éprouve déjà des difficultés à respirer. A chaque fois qu'elle tousse, il se pétrifie, comme terrifié qu'elle ne respire plus jamais.

— Ecoute, dit-il d'une voix pressante lorsque sa toux cesse. Je sais que tu m'as déjà dit non, mais… Il faut que tu la voies.

Andromeda secoue la tête, incapable d'articuler le moindre mot avec sa gorge sèche. Elle tend une main vers le verre d'eau sur sa table de nuit et le vide d'un trait.

— Je suis désolée, Drago. Je sais qu'elle est ta mère, que tu me demandes ça pour elle. Mais je ne peux pas. Je ne veux pas. Lorsque je me suis enfuie à mes dix-sept ans, je me suis juré que je tirais un trait sur cette partie de ma vie. J'ai abandonné le nom des Black derrière moi et toutes les valeurs que mes parents avaient tenté de m'inculquer. Narcissa fait partie de mon passé à présent. Elle est morte et enterrée depuis des années dans mon esprit. Je ne veux pas rouvrir de vieilles blessures. Tout ce que je veux, c'est m'assurer que Teddy ait tout ce dont il a besoin avant que je parte.

— Je comprends ton point de vue, insiste Drago, d'un ton aux accents désespérés. Mais ne me dis pas que tu n'as aucun regret.

— Je n'ai plus le loisir de regretter. Ce qui est fait est fait et…

— Elle ne m'a jamais parlé de toi, tu sais, la coupe-t-il. Quand j'étais enfant. Jamais elle n'a évoqué une autre sœur que Bellatrix. Mais depuis la fin de guerre…

— Ses regrets lui ont délié la langue ? l'interrompt-elle avec amertume.

— Elle me parle de toi. De vous plutôt. Quand vous étiez petites. Vos nuits à lire des livres de conte cachées sous les draps de ton lit. Vos discussions chuchotées à la lueur d'une chandelle dans la bibliothèque autour de vieux grimoires. Vos longs après-midis d'hiver à patiner sur le lac gelé. Elle m'a raconté tout ça.

— Ca ne change rien, souffle Andromeda en secouant la tête. Ce n'est pas parce qu'elle regrette que cela rachète ce qu'il s'est passé… ce soir-là.

— C'est Bellatrix qui a levé sa baguette contre Nymphadora. C'est elle qui…

— Je sais ! Je sais. Mais Narcissa… Elle s'est rangée de son côté. Volontairement. Depuis le début. Jamais elle n'a… considéré une autre option. Jamais.

— Si, elle l'a fait.

Il sourit tristement lorsqu'elle lui lance un regard surpris. Ses doigts enserrent les siens si fort qu'elle lui coupe la circulation.

— Oui, elle m'a parlé de ce soir-là aussi. Le soir où tu es partie. Où tu lui as proposé de te suivre. Et qu'elle a refusé. Mais ce n'est pas parce qu'elle a dit non qu'elle n'a pas considéré ta proposition. Ou qu'elle n'y a jamais repensé. Elle m'a avoué avoir souvent songé à ce que sa vie aurait pu être si elle avait pris une autre décision ce jour-là.

Cela semble réduire Andromeda au silence. Elle le dévisage durant de longues secondes, le regard pensif. Il ne fait rien pour interrompre sa réflexion. Il retient son souffle. Lorsqu'elle parle enfin, sa voix est si ténue qu'il doit tendre l'oreille pour l'entendre.

— Tu lui ressembles tellement. Tu as les mêmes cheveux. Les mêmes yeux. Je me souviens encore d'à quel point j'étais jalouse de ses mèches blondes. Elles prenaient un éclat doré sous le soleil.

— Est-ce que c'est un oui ? demande Drago avec espoir.

— Pas pour l'instant.

Elle se tait de nouveau. Ses yeux s'égarent dans un coin de la chambre, comme perdus dans les méandres de ses souvenirs. Avec un soupir, il lui presse la main, sans qu'elle ne réagisse. Il sait que cela ne sert à rien d'argumenter. Il ne veut pas la fatiguer inutilement.

— Je te laisse réfléchir, souffle-t-il. Mais s'il te plaît… penses-y.

Andromeda hoche vaguement le menton. Lorsqu'il la quitte, la boule dans sa gorge n'a toujours pas disparu. Elle a l'air si fragile sur son lit d'hôpital qu'il répugne à la laisser ne serait-ce qu'une seconde. Comme si elle allait disparaître au moment où il détournerait le regard.

Pourtant il tourne les talons et sort de la chambre. La pluie qui s'écrase sur les fenêtres du couloir ne pourrait refléter plus parfaitement son humeur maussade. Il s'engouffre dans l'ascenseur, un air sombre sur le visage et les mots de sa tante résonnant encore dans son esprit.

Il n'éprouve aucune hâte à rentrer chez lui. A se tenir face à sa mère et lui répéter ce que sa grande sœur lui a dit. Il ne veut pas voir la désillusion et le chagrin sur son visage. Elle espère tant, à chaque fois qu'il rencontre Andromeda. Il déteste la décevoir ainsi. Et les paroles qu'elle a elle-même prononcé la dernière fois le hantent. Il ne parvient pas à les ôter de sa tête.

« Tu sais, Drago, je ne vais pas en rajeunissant. Et Andromeda… Son état n'ira pas en s'améliorant. Il va falloir que je me fasse une raison. »

Jamais avant il n'avait vu une tristesse si grande sur son visage que lorsqu'elle avait prononcé ces paroles.

Mais comment faire comprendre cela à Andromeda avant qu'il ne soit trop tard ?


Note de fin : Merci beaucoup pour votre lecture ! Oubliez pas qu'une petite review fait toujours méga plaisir ! :) (surtout en ces durs temps de révisions (poussez pas je sors toute seule -)).

On se retrouve jeudi prochain pour le dernier chapitre ! :D