Titre : L'Arme et l'Outil
Auteur :
Sigognac
Genre : Romance (Yaoi)

Rating : M
Disclaimer : Les personnages et l'univers du manga Naruto appartiennent à Masashi Kishimoto.

Note : C'est un Kakairu, donc relations amoureuses à venir entre deux beaux ninjas mâles : vous êtes prévenus !

Note (bis) : Merci beaucoup pour les reviews ! Je suis si contente, c'est bien simple, à chaque commentaire, je plane ! Sur ce, bonne lecture !


Chapitre 6 : Gangrène et pansement

Kakashi passa nerveusement une main dans ses cheveux. Il avait du sang séché partout. Il soupira fortement avant de s'accroupir pour faire plus franchement face à son adversaire.

« Je vois bien à ton regard que tu sais qui je suis et tu dois aussi savoir de quoi je suis capable. Alors, s'il te plaît, ne me force pas à te faire du mal. »

Le ninja d'Ame était terrifié mais il faisait tout son possible pour ne pas le montrer. Un crachat arriva auprès des pieds de Kakashi.

« Dis-moi simplement combien ils sont et quand ils doivent attaquer. Ensuite, je te tuerai vite et je ferai disparaître ton corps. Ils ne sauront peut-être même jamais que tu as parlé. »

« Va chier. »

Le jounin joignit ses mains sous son nez. Et dire que sur le papier, c'était une simple mission de rang B… Ses oreilles avaient traîné au bon endroit et au bon moment et il avait appris qu'une attaque contre Suna était prévue prochainement mais il lui fallait plus d'informations avant de lancer l'alerte. L'alliance avec le Pays du Vent était encore toute fraiche et c'était une occasion inespérée de consolider les rapports cordiaux entre les deux pays. Mais s'il criait au loup pour rien, la réaction du Kazekage pourrait être glaciale, voire même agressive et Konoha n'avait vraiment pas besoin de ça en ce moment…

Sa raison lui dictait de torturer ce type. Il sentait que l'autre n'aurait pas les couilles de résister longtemps. Ce qui l'inquiétait, c'est qu'il pouvait assez facilement se faire balader. L'autre pouvait lui raconter n'importe quoi sous la douleur et il n'aurait aucun moyen de vérifier ses dires. Il ne voyait qu'une seule échappatoire pour se sortir de cette situation et cela lui déplaisait fortement. Heureusement, il n'avait quasiment pas dépensé de chakra dans ses combats précédents. S'il survivait, cela lui ferait un bon entraînement, c'était ce qu'il fallait se dire.

Il soupira encore, saisissant le ninja d'Ame par la nuque. Ce dernier haletait, transpirant la peur.

« Inspire un bon coup, ça t'aidera un peu. »

C'était tout ce qu'il pouvait faire pour lui. Résigné, il souleva son bandeau frontal. Son sharingan tourbillonna et il ne lui fallut que quelques secondes pour sonder l'esprit de son adversaire même si cela avait duré une éternité dans l'autre dimension.

Ils s'écroulèrent tous les deux. Il fallut plusieurs minutes à Kakashi pour se remettre. C'était la première fois qu'il utilisait son sharigan de la sorte et il espérait sincèrement qu'il n'aurait plus jamais à le faire. Les images qui lui venaient lui donnaient une sorte de nausée, tout était trop rapide. Mais il avait ce qu'il voulait et c'était ce qui comptait. Il devait se mettre en mode automatique, ne plus penser à rien jusqu'à son retour au village. Il se remit difficilement sur pied et examina le ninja d'Ame. Il avait les yeux grands ouverts et les pupilles complètement dilatées. Il était dans une sorte de coma dont il ne sortirait jamais. Traumatisé.

Au point où il en était, il lui rendait presque service. Kakashi lui brisa la nuque. Il n'avait pas la force de se débarrasser du corps. Il n'avait plus la force de grand-chose, à vrai dire. Il avait pris soin d'amener le ninja dans un coin reculé, il leur faudrait du temps pour le retrouver. Ça suffirait.

Il fallait juste qu'il court maintenant. Et surtout, il ne devait pas penser. Il aurait tout le temps de se torturer mentalement plus tard. Là, il devait juste courir.

Et il courut.

~/~/~

Il lui fallut un temps fou pour rentrer. Du moins, il en eut l'impression. Son esprit était comme cotonneux et il ne devait son retour au village qu'à son instinct de survie. Selon toute cohérence, il aurait dû foncer au bureau du Hokage mais ses jambes le conduisirent jusqu'en salle des missions, jusqu'à Iruka-sensei. Il avait besoin de lui, il ne s'expliquait pas pourquoi.

Il renversa tout en entrant et Iruka comprit en un quart de seconde qu'il s'était passé quelque chose. Il bondit de son siège et aida Kakashi, déboussolé, à s'asseoir. Il attrapa son visage entre ses mains et lui adressa un regard presque suppliant.

Kakashi le scruta quelques secondes. Son visage crispé et inquiet lui faisait du bien, il savait qu'il était en terrain ami et qu'il pouvait avoir une confiance totale en Iruka.

« Le Hokage, balbutia-t-il, il faut le prévenir. Tout de suite. »

« Le prévenir de quoi ? Prenez votre temps. »

« Une attaque sur Suna, dans cinq jours, trois bataillons d'Ame. »

Le chuunin prenait note mentalement.

« Autre chose ? »

« Ils attaqueront par le nord, par le Mont Shiro. »

Iruka acquiesça fermement de la tête, comprenant les répercussions de telles informations.

« Je reviens immédiatement. Est-ce que ça va aller ? »

Kakashi fit un vague geste de la main. Il survivrait, comme à chaque fois. Et il le regrettait presque.

Sa main fut furtivement serrée par celle du chuunin et il se focalisa sur la chaleur de la peau d'Iruka. Il fallait qu'il pense à ça et à rien d'autre. Il fallait qu'il oublie le plus longtemps possible.

Il entendit les pas désordonnés du chuunin qui s'éloignait et il se sentit terriblement abandonné, seul et vraiment très mal. Il bascula la tête en arrière et expira à rythme régulier. Ne pas penser, bordel, ne pas penser.

La porte se rouvrit bientôt et Kakashi redressa la tête pour se retrouver nez à nez avec Iruka accroupi.

« Que… », commença le jounin.

« J'ai croisé Ibiki en sortant, expliqua immédiatement le professeur. Il va transmettre, ne vous inquiétez pas. »

L'œil de Kakashi traduisait la surprise. Pourquoi… ?

« L'important, reprit Iruka, c'est que je vous amène à l'hôpital. »

Il chercha à soulever Kakashi par les aisselles mais ce dernier se débattit.

« Ça ne sert à rien. Je sais très bien ce que j'ai et ils ne pourront pas m'aider. »

« Manque de chakra ? »

« Si y avait que ça… »

Il respira encore et bascula en avant pour refréner un nouveau flot d'images. Il ne comprit qu'il avait crié que quand il entendit le son de sa propre voix.

« Il s'est passé quoi, au juste ? »

La question du chuunin était pleine d'inquiétude contenue et Kakashi pensa que quitte à se retrouver en position de faiblesse devant quelqu'un, autant que ce soit Iruka-sensei.

Il fallait qu'il réponde aux interrogations du jeune homme, qu'il se focalise sur autre chose que ce qu'il avait dans la tête.

« Je… je m'entraîne pour améliorer ma maîtrise du sharingan et sa capacité à lire dans les esprits. »

« Vous avez lu dans l'esprit de quelqu'un ? Et c'est comme ça que vous avez su pour l'attaque ? »

Kakashi opina tout en se pinçant l'arête du nez. Il ferma les yeux un instant et de nouvelles images l'assaillirent. Il les rouvrit immédiatement, écœuré.

« Ça n'a pas bien marché. Je n'ai pas réussi à sélectionner l'information que je voulais. »

« Je ne comprends pas. L'information, vous venez de me la donner. »

« Oh, lâcha Kakashi, dépité et respirant encore plus fort, si vous saviez le nombre d'informations que je pourrais vous donner. Il avait un fils qu'il ne voyait jamais et il détestait les oranges. Il était amoureux d'une de ses camarades de classe mais il n'a jamais osé lui dire. Je sais absolument tout de ce type ! Il avait trente-deux ans, vous vous rendez compte ? »

Iruka secoua doucement la tête. Non, il n'avait pas l'air de se rendre compte.

« Quand je lis dans un esprit, je rentre dans une autre dimension où la notion du temps est différente de la nôtre. Mais je n'avais aucun contrôle sur ce que je voyais alors, j'ai dû revivre trente-deux années de souvenirs pour pouvoir récupérer la bonne information. Ça a duré si longtemps. »

Sans même y prêter attention, Iruka avait saisi les épaules du jounin et son regard était l'expression de la compassion la plus pure.

« Je suis désolé. »

« A chaque fois que je ferme les yeux, je vois ses souvenirs. A lui. Et vous savez le pire ? Il était complètement nul comme ninja mais… mais… sa vie était foutrement plus heureuse que la mienne. »

La peine était visible sur le visage d'Iruka alors que sa main tapotait maintenant l'omoplate du jounin.

« En même temps, reprit Kakashi, je crois qu'un veau à l'abattoir aurait encore une vie plus heureuse que la mienne… »

Il se frappa le front avec violence.

« Comme si je n'avais pas assez de souvenirs pourris… Il faut que je me rajoute ceux des autres ! »

Il fixa Iruka. Le chuunin, le visage peiné, restait muet. Kakashi savait bien pourquoi. Il ne savait simplement pas quoi lui dire. Alors il se contentait de le regarder avec impuissance et de compatir. Comme son père avait fait après la mort de sa mère, comme son sensei après Obito, comme le Troisième après Kyuubi, comme Tsunade après Sasuke. Comment sa vie ne pouvait-elle se résumer qu'à un amoncellement de merdes, comme ça ? Qu'avait-il fait, au juste, pour mériter ça ?

« Je vais vous faire un thé. Ça vous fera du bien. »

Kakashi ne pouvait pas supporter d'entendre une telle ineptie, il explosa.

« Mais vous avez écouté ce que je viens de vous dire ? Vous avez compris ce que je suis en train de vivre ? Mon âme est complètement gangrénée de l'intérieur et tout ce que vous me proposez, c'est de mettre un pansement dessus ? Vous croyez que vous m'aidez, là, franchement ? »

Iruka se recula, vaguement effrayé.

« Pardon, je… C'est juste que je ne sais pas quoi faire d'autre… »

Kakashi secoua frénétiquement la tête pour montrer qu'il comprenait. Il était tellement mal. Ses mains tremblaient d'énervement et de pression contenue : un contrecoup de la montée d'adrénaline, probablement. Il croisa les bras contre sa poitrine dans l'espoir de se reprendre.

Iruka se rapprocha timidement et ses bras chauds l'entourèrent bientôt. Kakashi sentait ses cheveux contre la gorge du chuunin et la chaleur de son corps qui l'envahissait progressivement. Le malaise était toujours là mais son organisme se détendait peu à peu dans le silence paisible de la salle des missions. Il était à la maison, en sécurité. Seul le bruit de sa propre respiration troublait l'atmosphère sereine du lieu et elle se ralentissait de plus en plus. Son cœur se calmait, se calant sur le rythme tranquille de celui du chuunin.

Il se concentra uniquement sur la chaleur d'Iruka et chercha à ne plus penser, à oublier ce qui venait de se passer.

« Pourquoi, hasarda finalement Iruka tout en maintenant son étreinte, pourquoi vous êtes venu ici ? C'est le Hokage que vous auriez dû aller trouver… »

Cette question ennuyait Kakashi. Il n'avait aucune envie d'y répondre. Il ignorait pourquoi, d'ailleurs. Son corps en avait décidé ainsi, voilà tout.

Mais il comprit très vite qu'Iruka se parlait en fait à lui-même, comme s'il était en train de réaliser quelque chose.

Le chuunin se baissa bientôt pour observer son visage.

« Ça vous aide ce que je suis en train de faire, apparemment. Vous semblez plus calme. »

Kakashi ne comprenait pas : où Iruka voulait-il en venir ?

« Ce dont vous avez besoin, poursuivit l'autre, c'est d'oublier. Je peux gérer ça. »

Le ton du chuunin était soudainement très froid et Kakashi y discerna une sorte de résignation.

« Gérer quoi ? », interrogea-t-il, vaguement craintif.

Iruka ne répondit pas. Il alla jusqu'à la porte et la ferma doucement à clé.

« Ils sont en plein branle-bas le combat là-haut et j'ai dit à Ibiki que je vous amenais à l'hôpital alors ils ne devraient pas nous chercher tout de suite. »

Le jounin regardait l'autre faire sans comprendre.

« Ce qu'il vous faut, c'est un autre souvenir, ça vous permettra d'oublier. »

Il réajusta fébrilement sa couette.

« Je peux gérer ça. »

C'était comme si le chuunin cherchait à se convaincre lui-même. Kakashi ignorait toujours ce qu'il se passait mais il pensa avec agacement qu'il préférait quand Iruka le serrait silencieusement dans ses bras.

« Mais gérer quoi, à la fin ? »

Iruka ne sembla pas vouloir l'entendre. Il se tenait droit comme un i à quelques mètres de lui et d'un geste quasi-militaire, il ôta sa veste et la plia consciencieusement sur une chaise.

Kakashi en resta d'abord muet d'étonnement mais fut pris d'un hoquet de surprise quand le jeune homme enleva également son chandail et commença à dégrafer son pantalon.

« Mais vous me faites quoi, là, exactement ? »

Le chuunin resta parfaitement imperturbable et lança un regard froid à son vis-à-vis.

« Je combats la gangrène. »

Le pantalon se retrouva par terre et fut récupéré pour être rangé auprès des autres vêtements du jeune homme. Iruka ne portait plus que T-shirt et caleçon, les sandales ayant été balancées en même temps que le pantalon. Kakashi, qui commençait à comprendre, se surprit à examiner les cuisses musclées et bronzées qui lui faisaient face.

« Si vous êtes en train de faire ce que je pense, vous êtes gravement atteint, mon vieux. »

« Oh, répartit l'autre, d'une voix glaciale, vous ne venez que pendant mes heures de service, vous êtes jaloux quand je parle avec d'autres personnes et vous aimez que je vous câline mais, à part ça, c'est moi qui suis atteint ? »

L'exactitude de ces observations sauta subitement aux yeux de Kakashi et il se sentit pris en faute. Tout ce que disait l'autre était vrai et il remarqua surtout autre chose : il ne se levait pas. Il restait d'une impressionnante mollesse alors que le chuunin se déshabillait devant lui. Parce que, quelque part, cela l'intéressait. Et déjà, les souvenirs de sa victime d'Ame s'estompaient face au corps à moitié découvert d'Iruka.

Ils savaient tous les deux ce qu'il allait se passer maintenant et Iruka marqua un temps d'arrêt. Ils se fixèrent et Kakashi sut que c'était le moment. Le moment de choisir. Il pouvait encore reculer, se lever et partir. Iruka ne le retiendrait pas. Il mettrait un terme à cette affligeante mascarade et pourrait se foutre de la tronche du chuunin jusqu'à la fin des temps.

Mais il ne bougea pas.

Et Iruka enleva son caleçon.