CHAPITRE 7 :

Errant comme une âme en peine au milieu des rues sombres, passant comme un étranger au milieu d'une foule pour laquelle il ne représentait aucun intérêt, il se laissa guider par ses pas et se retrouva devant le commissariat.

N'étant plus que l'ombre de lui-même face à ces lumières exacerbées, il se surprit, comme un automate, à avancer. Il se retrouva devant le bureau de la Commissaire et ses sentiments virevoltant l'accaparèrent une fois de plus. Il ne pouvait plus ni se ménager ni se contrôler, et alors que la porte du bureau s'ouvrit dans un fracas assourdissant, il se retrouva face aux regards surpris de Louis, Etienne et Nicole.

Duval : Yann !

Ce ton condescendant qu'il ne supportait pas.

Franchard : Comment ça va mon grand ? Qu'est-ce que tu fais là ? Tu n'es pas resté auprès de Kévin ?

Son air paternaliste qui le dégoutait. Et s'il était ici, il ne pouvait pas être là-bas ! Connerie.

Duval : Comment va-t-il ? On est resté près de deux heures à l'hôpital mais on devait absolument rentrer pour boucler le rapport.

Boucler le rapport. Kévin était réduit à un simple « rapport »

Mercier : Capitaine, je suis vraiment navrée de ce qui s'est passé. Je n'ai jamais, à aucun moment, voulu…

Les mots flottant et s'emmêlant dans sa tête sans aucun sens. De quel droit osait-elle parler de ça ?

Yann : LA FERME !

Son ton, en accord avec sa culpabilité intérieure, rageur, arrêta la Commissaire dans ses propos, le regardant d'un air surpris et… coupable ?

Yann : Non ça ne va pas, non Kévin ne va pas bien, non je ne suis pas resté avec lui, et non vous n'avez en aucun cas le droit d'être DESOLEE pour ce qui s'est passé. C'est votre faute, uniquement et entièrement votre faute ! Je vous l'avais dit qu'il fallait le prévenir, je vous l'avais dit. Et vous ne m'avez même pas écouté, même pas laissé le choix ! Comment avez-vous pu oser vous abaisser à de tels agissements. Des menaces !

Louis et Etienne se regardèrent, atterrés. De quoi parlait-il ?

Devant leurs yeux questionnant, Yann eu un petit sourire amer.

Yann : Hé oui ! Un commissaire faisant pression sur un subalterne ! Belle preuve de droiture de la part d'un flic, n'est-ce pas ?

Son ton meurtri se dirigea une nouvelle fois vers Nicole Mercier, qui baissa la tête.

Yann : Une mutation ! Non mais vous pensiez à quoi ? Ça n'était déjà pas assez dur pour moi, il a fallu en plus que vous mêliez Kévin à toute cette histoire !

Duval : Nicole, ne me dis pas que…

Mercier : Je n'ai pas eu le choix. Yann, je n'ai vraiment pas eu le choix

Yann : Mais le choix de quoi ? Hein ? Si vous m'aviez écouté, rien ne se serait passé comme ça. Rien, vous m'entendez ! Vous voyez ça ?

Joignant les gestes à la parole, il tira sur son tee-shirt imprégné de larges traces de sang. Ce sang qu'il ne pouvait plus regarder, mais dont il ne pouvait se séparer, comme le miroir de son méfait imprégné en lui, sur lui, à jamais.

Yann : C'est SON sang ! Ce sang que VOUS avez versé !

Franchard : Yann, calmes-toi.

Yann : Te mêle pas de ça, Louis. T'es aussi coupable qu'elle. Vous êtes tous coupables ! Vous avez mis en danger la vie d'un de vos collègues, d'un de vos Lieutenant, un Bleu bordel ! Vous étiez censés veiller sur lui, le protéger ! Et au lieu de ça, à cause de vos secrets, de vos mensonges, il est entre la vie et la mort. Et pour quoi ? Pour 3 fils de pute qui vont vous faire monter en grade en un temps record ? Tout ça pour satisfaire vos égos de merde !

Duval : Yann, s'il te plaît. Crois-moi, on se sent tous coupable de ce qui s'est passé.

Yann : Responsable? RESPONSABLE ? Mais responsable de quoi ? C'est pas toi qui l'a vu, la tête en sang. C'est pas toi qui lui as tiré dessus. C'est pas toi que son regard a croisé avant que la balle ne l'atteigne, c'est pas toi qu'il a vu le mettre en joue, bordel. C'est pas toi, c'est MOI ! Tu comprends ça ? J'ai tiré sur mon mari, j'ai TIRE SUR MON MARI !

Ses mots se coincèrent dans sa gorge, sous la pression des émotions qui menaçaient de le suffoquer.

Les larmes aux yeux, il vit Louis s'avancer vers lui.

Yann : N'approche pas, je t'en prie n'approche pas !

Franchard : Il ne t'en voudra pas, Yann. Crois-moi, je le connais, il t'aime comme personne. Tu es la meilleure chose qui lui soit arrivée, alors bats-toi, bats-toi pour lui et pour vous. Et laisses-le t'aimer. Laisses-le comprendre, laisses-le te pardonner.

Yann : Me pardonner ? Mais tu ne comprends pas Louis ? Même s'il arrivait à le faire, moi je ne pourrais jamais plus me regarder en face, LE regarder en face.

Franchard : Arrêtes tes conneries. T'étais obligé de le faire, tu lui as sauvé la vie bordel. Ressaisis-toi ! Tu veux le laisser comme ça ? Merde, Yann, bats-toi pour ce qui est important.

Ses mots résonnèrent comme un écho à la douleur qui le tenaillait et menaçait de le faire voler en éclat à tout moment. Déglutissant difficilement, il croisa alors leurs regards.

Yann : Plus rien n'est important.

Et sur le son cassé et éraillé de sa voix si monotone qui résonnait dans le bureau comme un cri strident de désespoir, il tourna les talons et reparti comme il était venu. Il s'arrêta dans un choc emplissant son corps devant la cellule où les trois frères Mancorri se trouvaient. Et devant sa mine défaite, devant leurs sourires mauvais, son esprit laissa crier sa douleur des heures passées comme un exutoire expié.

Ses pas reprirent le contrôle de son corps, et dans l'ascenseur, incapable de bouger, figé par cette horreur qui se rappelait à lui avec torpeur, il se laissa glisser à terre, incapable de se soutenir, de reprendre le contrôle de sa vie qu'il voyait partir sans pouvoir la retenir.