Résumé du chapitre précédent : mi-Août, alors que Hermione entame sa drôle de vie conjugale avec Malefoy, elle apprend totalement par hasard de la bouche de ce dernier que Voldemort ambitionne de détruire le tunnel sous la Manche. Saisissant l'occasion à plein bras, Hermione informe aussitôt Harry et tous deux se rendent à Folkestone dans l'espoir dans savoir plus et aussi de trouver un moyen pour le Survivant de franchir le tunnel avant qu'il ne soit trop tard.
Arrivés là-bas, alors que le temps presse et qu'il leur faut se hâter pour trouver un plan, ils reçoivent l'aide inespérée d'un génie aussi mystérieux qu'inquiétant. Finalement, grâce à lui, ils parviennent à élaborer une stratégie au cours de la nuit.
Le temps s'écoule ainsi jusqu'au lendemain. Et tandis que l'heure se rapproche, chacun se prépare à son poste pour vivre les minutes les plus longues et les plus intenses de son existence…
Parole de l'auteur: je vous préviens tout de suite qu'il y a beaucoup de notions scientifique que je n'ai pas souhaité approfondir sinon l'écriture de cette fic m'aurait pris des années, donc je ne garantie pas l'exactitude de certains passages que vous lirez.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Quatre saisons
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Deuxième partie : l'été
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Rien ne sert de courir… mais parfois c'est utile
Parqué dans le tout dernier wagon du train, Harry aperçut avec soulagement le visage de son amie apparaître enfin dans le miroir à double-sens. D'une voix blanche, il balbutia :
« Ah ! Te voilà, je commençais à m'inquiéter. Il y a des gens qui rôdent autour du train, je pense que c'est parce qu'on va bientôt le mettre en route.
-Tu n'as pas à t'inquiéter Harry, le coupa-t-elle fermement. Je ne te laisserai pas tomber. Est-ce que tu te souviens bien de tout ?
-Oui, ne t'en fais pas : toutes les trois minutes, je détache un wagon après lui avoir jeté les sorts du bouclier et d'entrave.
-C'est ça, et je te dirai « top » à chaque fois, d'accord ? Rappela-t-elle. Tant que je n'ai pas dit « top », tu ne fais rien du tout, c'est compris ?
-Oui, oui, ne t'inquiète pas, tout va bien se passer.
Mais soudain, elle parut terriblement accablée.
-Je ne m'inquiète pas tellement pour la mission, mais surtout pour toi Harry… c'est tellement dangereux. Je … j'ai si peur. Je crois que j'ai eu tort…
-Non, tais-toi Hermione, trancha-t-il brutalement. Ne commence pas à douter, ce n'est pas le moment. Il n'y avait pas d'autres solutions, et tu le sais très bien.
-Oui… oui, excuse-moi, bredouilla-t-elle. Alors sinon… j'espère que tout va bien de ton côté. »
Harry ferma les yeux, s'efforçant de chasser l'image de l'homme qu'il avait tué involontairement cette nuit, et dont il avait maquillé la scène pour faire passer ce meurtre par un accident. Et heureusement, à son grand soulagement, personne n'avait cherché à pousser l'enquête. L'homme semblait avoir des antécédents alcooliques, « l'accident » n'avait donc pas trop suscité de questions. Cependant, le Survivant avait préféré taire cette histoire à son amie qui semblait déjà assez éprouvée depuis quelques temps.
Et elle n'était pas la seule : pour sa part, Harry avait depuis longtemps renoncé aux nuits de sommeil de plus de cinq heures.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Lorsque onze heures sonna, comme prévu, le train démarra. Tassée au sommet de la falaise Shakespeare, une foule silencieuse et misérable contemplait la mer qui s'abattait paresseusement sur les plages de galets. Çà et là, des Mangemort supervisaient le tout, l'air aussi ennuyé que les pauvre hères qu'ils étaient supposés surveiller. Aucun ne pouvait se douter de la cruelle tragédie qui allait leur tomber dessus.
Non loin de là, rassemblés dans une petite cabine située au sommet d'une tour placée à quelques dizaines mètre de la falaise Shakespeare quoiqu'un peu plus bas en altitude, Drago Malefoy, Malcolm Baddock et quelques autres hommes responsables du projet regardaient le spectacle à travers une baie vitrée, afin de veiller au bon déroulement de la manœuvre.
L'un deux interrogea brusquement :
« C'est à quelle heure qu'on verra le feu d'artifice ?
-On te l'a déjà dit cent fois Crabbe, grogna Baddock d'un ton agacé. Ce sera à midi pile. Mais ne te bile pas, tu la verras ta morue ! En attendant, ne viens nous gâcher la fête avec tes pleurnicheries. »
Les autres ricanèrent. Drago, lui resta complètement froid, l'esprit requis par d'autres songes mystérieux. Certains lui jetèrent des coups d'œil curieux mais ne posèrent aucune question. Ces temps-ci le chef Malefoy était d'humeur si lunatique qu'il valait mieux éviter de se frotter à lui.
Dehors, des nuages gris clair recouvraient le ciel sans donner la moindre chance au soleil passer à travers. Les dix Mangemorts postés sur leurs wagons lancèrent vaguement des signes d'adieux, auxquels seuls leurs confrères répondit.
Paradoxalement, c'était ceux qui partaient qui étaient le moins à plaindre.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Dans le tunnel, le train avait atteint la vitesse de cent kilomètres par heure. Naturellement, le bruit environnant était insoutenable : le moteur de la locomotive vrombissait en permanence, les énormes roues rugissaient sur les rails et le vent hurlait dans les oreilles du Mangemort qui se tenait sur le dernier wagon. De plus, le tunnel n'ayant plus été entretenu depuis longtemps, l'éclairage commençait faiblir, voire disparaître à certains endroits.
Et en outre, comme l'homme était tourné dos à l'Angleterre, il ne put voir la silhouette qui courrait rapidement vers lui?
La mort le prit par surprise lorsque Harry Potter lui enfonça violemment son poignard dans le dos.
Sans égard pour le moribond, le jeune homme ne perdit pas de temps et fit rouler le corps encore à moitié vivant par-dessus bord. Son faible cri se perdit dans le vacarme du dragon d'acier. Hermione lui avait conseillé de procéder ainsi plutôt que d'utiliser le sortilège de la Mort qui aurait alerté les autres à cause de la lumière verte qu'il éjectait. Ironie du sort, du fait que le tunnel était bas de plafond, sa petite taille lui conférait exceptionnellement un avantage majeur par rapport à ses adversaires.
À présent, il devait agir avant que l'autre Mangemort ne regardât dans sa direction. Par chance, celui-ci semblait n'avoir rien remarqué de la scène silencieuse qui n'avait pas duré plus d'une poignée de secondes.
Enfin, le Mangemort s'assit dos à lui. Harry n'hésita pas : prenant son élan, il s'approcha de l'autre wagon et sauta d'un bond avant de s'allonger en priant pour que les ténèbres le masquassent suffisamment pour le dérober aux yeux de l'autre.
À ce moment précis, une voix perçante couina dans son oreille.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
À ce moment précis, Hermione tonna du plus fort qu'elle put : « TOP ! »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Alors, d'un geste sûr, Harry prononça distinctement :
« Protego ! Lashlabask ! Impedimenta ! »
La baguette pointée vers le pivot de la rame émit trois lueurs successives. Durant les premières secondes qui suivirent, comme le wagon ne s'éloignait pas, Harry crut qu'il avait raté et son cœur menaça d'éclater sa cage thoracique. Mais peu après, lentement, la voiture parut hésiter, ralentit, puis s'éloigna pour de bon, freinée par la combinaisons des sortilèges, et fut vite happée par les ténèbres du tunnel.
Mécaniquement, il réajusta le miroir plaqué contre son oreille grâce à un foulard qu'il avait noué autour de sa tête.
Le survivant poussa un soupir de soulagement et osa tourner la tête. Derrière lui, son ennemi se tenait toujours face à la trajectoire et n'avait rien remarqué de ce qui se tramait de l'autre côté.
Sans plus attendre, Harry se leva et courut vers lui à toutes jambes, le poignard en main encore souillé du sang du précédent Mangemort…
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Et ce fut ainsi. Inlassablement, les secondes s'égrainaient les unes après les autres, et les minutes filaient comme des flèches. Plus que jamais déterminés, les deux résistants poursuivaient leur terrible bataille. Luttant contre la vitesse, contre la mort, contre le temps qui leur échappait toujours. Vingt minutes s'écoulèrent ainsi, sans anicroche.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
« TOP ! » cria Hermione.
De l'autre côté du miroir, Harry eut tout juste le temps de sauter sur le huitième wagon. Épuisé, il lança mécaniquement les sortilèges sur la rame qui se détachaient. Sa baguette maculée de sang et de sueur lui collait désagréablement aux mains, mais il n'y faisait plus attention. Par chance, jusque là il ne s'était pas fait repéré. Tous les Mangemorts qu'il avait agressés, avaient le dos tourné ou se désintéressaient complètement de se qui passait à côté. En outre, l'obscurité du souterrain bouchait la vue à moins de dix mètres.
Alors qu'il se relevait, il haleta d'horreur et de surprise mêlées lorsqu'un jet de lumière verte le frôla avant de s'écraser contre le mur derrière lui.
Au quart de tour, Harry empoigna sa baguette, se retourna et n'eut que le temps de voir un nouveau jet meurtrier pour l'éviter de justesse en se jetant sur le côté.
Devant lui, le Mangemort s'approcha, une lueur mauvaise luisant dans ses yeux. Vif comme l'éclair, le plus jeune sauta sur ses pieds et hurla :
« Expelliarmus ! »
Son adversaire n'eut qu'à se baisser pour éviter le sort. Mais Harry ne lui laissa pas le temps de se remettre en garde. D'un bond prodigieux, il plongea dans les jambes de son ennemi, lui faisant perdre l'équilibre. Pris par surprise, l'homme chuta en arrière et poussa un cri de terreur. Il lâcha sa baguette qui roula sur le toit du wagon de basculer par-dessus bord.
Furieux, le Mangemort assena un violent coup de poing à son adversaire qui en demeura un peu sonné. Profitant de l'état de faiblesse du garçon, l'homme repoussa Harry qui atterrit brusquement sur le dos. Les larmes aux yeux et le souffle coupé, le Survivant n'eut que le réflexe de ressortir le couteau de son giron tandis que le Mangemort se jetait sur sur lui pour l'achever.
La masse du combattant le percuta de plein fouet et, entraînés par la vitesse, les deux corps roulèrent l'un sur l'autre. Dans la mêlée, Harry réussit à enfoncer son couteau dans la chair palpitante de l'autre. Un hurlement guttural retissant dans ses oreilles lui indiqua qu'il n'avait pas raté sa cible.
Mais les deux hommes avaient roulé trop loin.
Tout d'un coup, le sol se déroba sous eux et Harry n'eut que le temps de s'accrocher à une barre sur la rame. Derrière lui, le Mangemort blessé rebondit contre le mur puis s'écrasa contre les roues d'acier de l'énorme machine qui le broyèrent en quelques secondes. Malgré le tumulte d'enfer qui mugissait à ses oreilles, Harry ne put ignorer le cri atroce de son ennemi.
Péniblement, il parvint à se hisser sur le haut du wagon. Son estomac se noua douloureuse lorsqu'il vit que les deux derniers Mangemorts, attirés par les rayons lumineux des sortilèges du combat, avaient rejoint le wagon. Ils se dressaient face à Harry et lui barraient la route, sombres et redoutables comme deux oiseaux de proie.
« Que Merlin me vienne en aide », chuchota la jeune homme au vent.
Comme pour répondre à son appel désespéré, il aperçut soudain au-dessus de la tête des Mangemorts une silhouette encapuchonnée qui semblait flotter dans l'air, assise en tailleur, et dont il ne voyait que le sourire. Alors, sans qu'il sût s'expliquer pourquoi, Harry eut la certitude qu'il s'agissait de la créature étrange qu'il avait vu la veille dans son drôle de rêve.
L'instant d'après, son « pire cauchemar » claqua des doigts.
BAM !
Il y eu comme une détente, puis un flash blanc détona soudain dans tout l'espace. L'éclat fut tel que les Mangemorts furent totalement aveuglés pendant quelques secondes. L'éclair de lumière se dissipa rapidement, mais pour les deux hommes, il était déjà trop tard : sans comprendre comment, au moment de l'explosion Harry s'était d'un seul coup retrouvé sur l'autre wagon. Son mystérieux sauveur, lui, s'était volatilisé.
Sans laisser aux deux hommes le temps de retrouver leurs sens, le jeune homme pointa sa baguette au-dessus de sa tête et articula :
« Reducto ! »
Aucun ne put voir où le sort frappa, mais cela fit chuter aussitôt des barres métalliques qui, grâce à la célérité du train, percutèrent violemment la tête des Mangemorts. Terrassés, les deux hommes s'écroulèrent l'un sur l'autre. Bien que Harry ne pût voir s'ils étaient morts, il décrocha tout de même le wagon qui les transportait, soulagé d'avoir si bien calculé son coup en jetant ce sort.
Une voix ricana alors à son oreille : « Bonne chance, Harry Potter ! » Par réflexe, il se retourna. Personne. Naturellement.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Au même moment à Folkestone, de toutes ses forces, Hermione donna encore le signal : « TOP ! »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
De son côté, Harry avait rejoint le neuvième wagon et ce fut à ce moment qu'il se rendit compte qu'il avait perdu le miroir le reliant à Hermione. Paniqué, il releva la tête et aperçut au loin un minuscule point blanc qui grossissait à une vitesse vertigineuse. La lumière du jour ! Il était bientôt arrivé au bout de son voyage infernal. Évidemment, ses deux combats successifs lui avaient fait perdre un temps précieux.
« Tant pis, pensa-t-il. Foutu pour foutu, allons-y ! »
Et sans hésiter, il détacha le wagon avant de se diriger vers la dixième voiture qui l'attendait.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
À cet instant, du haut de leur tour d'ivoire, les Mangemorts discutaient entre eux de la pluie et du beau temps. Soudain, Malcolm Baddock parut s'apercevoir de quelque chose d'insolite et le fit remarquer à voix haute :
« Mais au fait Mr Malefoy, où se trouve votre femme ? Ne voulait-elle pas assister à la destruction de l'édifice ?
Aussitôt, Malefoy se renfrogna et répondit avec un rien d'ironie :
-Et bien, il se trouve que Mrs Malefoy s'est trouvée indisposée ce matin et n'a pas daigné honorer la cérémonie de son auguste présence.
-Indisposée ? Répéta Baddock sur le même ton. Oh ! Quelle malchance.
-Oui. On peut vraiment dire que cela tombe au plus mal », renchérit un autre théâtralement.
Les autre ricanèrent et tous parlèrent encore de Deborah et de son « indisposition » qui semblait tomber si mal. Drago les fixait tour à tour, les yeux plissés, cherchant à comprendre le sens de toutes ces plaisanteries. À la fin, voyant qu'il commençait à se vexer, ce fut encore Baddock qui, se rapprochant de lui pour ne pas être entendu par les autres, lui chuchota à l'oreille :
« Entre nous, je la comprends très bien. Pourquoi se serait-elle donné la peine de bouger alors que le Seigneur des Ténèbres ne vient même pas ?
La réaction de Malefoy fut alors plus violente qu'il ne s'y était attendu : celui-ci bondit presque de sa chaise et devint livide. D'une voix sourde, il pressa aussitôt le Mangemort en le saisissant par le col :
-Pardon ? Qu'as-tu dit ? Le Maître ne vient pas ?
-Mais… je… balbutia-t-il. J'ai dit… quoi ? Attends ! Tu n'étais pas au courant ?
-Non ! S'exclama Drago un peu trop fort. Tu n'es pas sérieux ! Quand vous l'a-t-il dit ?
-Qu'est-ce qui se passe Malefoy ? Intervint l'un des occupant.
Alertés par les éclats de voix, tous les regardaient à présent. Furtivement, Baddock réussit à se dégager de la poigne de l'autre homme. Mais Drago n'en avait cure d'une voix forte, il demanda à la cantonade :
-J'apprends que le Seigneur des Ténèbres ne viendra pas. C'est vrai ?
-Euh… oui, tu ne savais pas ? S'étonna l'un d'eux. Il nous a informés hier soir. Mais c'est vrai qu'au moment où il est arrivé, tu étais déjà parti dans tes appartements. Et on a oublié de te prévenir à tous les coups. Bon, après tout c'est sans conséquence, maintenant tu le sais.
Hélas, au lieu de le rassurer, cette nouvelle l'affola davantage. Drago se remit brusquement debout et questionna d'une voix sans timbre :
« Et où est-il maintenant ? Où est-il censé être en ce moment ?
Les autres se regardèrent entre eux, interloqués par la panique du leur confrère, puis l'un deux haussa les épaules tandis que deux se désintéressèrent de lui et replongèrent dans leur discussion. Seul Baddock répondit :
-Nous n'en savons rien Drago, ce que peut bien faire le Maître ne nous regarde pas.
Un autre murmura un peu plus loin : « Et puis de toute façon on s'en f… » Gêné, Malcolm acheva :
-Il nous a simplement dit qu'il aurait autre chose de plus urgent à faire aujourd'hui, c'est sans doute une visite diplomatique de la plus haute importance, ou bien l'interrogatoire d'un quelconque résistant pour lui extorquer je-ne-sais-quelle information capitale pour notre pays. Quoiqu'il en soit, ça n'est pas si grave.
-Au contraire, c'est très grave, répliqua Drago d'une voix glaciale. Je dois m'en aller tout de suite. Il faut que je vérifie quelque chose. »
Et sans attendre de réponse, le jeune homme sortit de la pièce comme un diable hors d'une boîte, sous les yeux médusés de ses collègues. Sa rage lui brouillait presque la vue. Mais plus que la rage, la peur tordait son estomac et se répandait sournoisement dans ses veine comme un poison. Il ne savait pas encore ce qu'il avait l'intention de faire, mais en lui-même, il grondait : « Si elle a osé… »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Quasiment au même instant, sans savoir que Harry ne pouvait plus l'entendre Hermione aboya une dernière fois, d'une voix un peu cassée : « TOP ! »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Et, accroupi sur la locomotive, Harry détacha le dernier wagon. Quelques secondes plus tard, il fut baigné par une douce clarté qui lui agressa les pupilles. Il n'eut que le temps jeter un dernier sort en direction de l'ouverture de laquelle il venait de sortir :
« Destructum ! Protego ! »
L'orifice frémit, puis s'écroula d'un seul coup, bouchant irrémédiablement le passage devant le dernier wagon afin qu'il restât prisonnier dans le souterrain. Il y eut un choc terrible qui faillit déplacer la pile de pierres au moment où le wagon la heurtait. Par chance, le barrage tint bon, renforcé par le sortilège du bouclier, et aidé par le maléfice d'entrave que Harry avait jeté sur la dernière rame qui du fait, la fit reculer de quelques mètres.
Ce dernier se garda bien d'arrêter la locomotive, mais il s'empressa tout de même de jeter tous les sortilèges de protection qu'il connaissait sur l'ouverture comblée du tunnel jusqu'à ce qu'il fût trop loin pour voir la bouche du tunnel.
La suite des événements donna raison à cette décision sage.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
De l'autre côté de la Manche, parmi la foule qui attendait, morne et déprimée, une petite fille bâillait au moins pour la troisième fois quand tout à coup, la terre trembla sous leurs pieds. Ce fut infime, mais tous le sentirent. Un grondement sourd retentit du côté de la mer, puis s'amplifia progressivement comme un orage qui se rapproche. Terrifiée, la fillette jeta nerveusement des coups d'œil autour d'elle et aperçut le visage de ses parents, lesquels reflétaient les diverses émotions qui submergeaient la foule : surprise, frayeur, incompréhension.
Soudain un formidable coup de tonnerre éclata, suivi d'un nouveau tremblement de la colline, cette fois plus brutal, qui renversa une bonne partie des gens. Il y en eut même près du bord qui, perdant l'équilibre, tombèrent et s'écrasèrent au pied de la falaise abrupte. Les malheureux poussaient d'horribles cris avant de s'éteindre aussitôt, le corps écartelé au sol sous l'impact mortel. Une mère s'époumona d'horreur en voyant son petit garçon déraper à son tour.
« Maman ! » Brailla celui-ci en tendant vainement les bras, le visage barbouillé de larmes.
Hélas, rien ne put le sauver ou ralentir sa chute implacable. La mère, devenue comme folle, fut retenue à de justesse par d'autres personnes qui l'empêchèrent de sauter à son tour lorsque le petit garçon se débattit inutilement dans l'air. Le pauvre corps s'écrasa comme les autres.
Mais bientôt, un autre danger apparut pour les survivant : la falaise constituée de craie n'était pas faite pour encaisser les explosions. Au plus profond des entrailles de la collines, l'élément poreux et friable était réduit en miettes tandis qu'un peu plus haut, la roche commençait à se fissurer.
Dans la confusion qui régnait, la petite fille était une des rares personnes qui tenaient encore debout par miracle. Un grondement inhabituel venant de la mer attira son attention. Tournant la tête de ce côté pour voir ce qui se passait, elle poussa alors un glapissement dément qui recouvra tous les autres :
« Là-bas ! Vagit-elle. Là-bas ! Regardez ! »
Il y avait un tel accent d'hystérie dans sa voix que tous se retournèrent pour regardez dans la direction qu'elle pointait du doigt. Il y eut un silence horrifiée, les Mangemorts eux-même, tétanises, ne savaient quoi faire et contemplait leur propre mort, les yeux exorbités. Un ancien pasteur cita alors en fermant les yeux :
« Alors je vis un ciel nouveau et une terre nouvelle, puisque le premier ciel et la première terre s'en étaient allés ; seulement il n'y avait plus de mer désormais. Je vis aussi la ville sainte, la Jérusalem nouvelle, descendre du ciel auprès de Dieu, comme une fiancée parée pour son époux. Et j'entendis, venant du trône, une voix forte qui disait : Voici la demeure de Dieu chez les hommes, il demeurera avec eux. Ils seront ses peuples, et Dieu sera lui-même avec eux. Il essuiera toute larme de leurs yeux ; il n'y aura plus de mort, il n'y aura plus de deuil, ni cri, ni peine, car la condition primitive a disparu.* »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Au même moment, Drago Malefoy, arrivé au pied de la tour, fut lui aussi intriguée par le raffut que l'on entendait du côté de la mer. Jetant un coup d'œil de ce côté-là, il crut tout d'abord qu'il rêvait. Des lambeaux de la falaise Shakespeare commençaient à s'écrouler, dans tous les sens du terme. Au sommet, la foule hurlante et paniquée courrait vers l'intérieur des terres, poursuivis par une vague grondante qui semblait vouloir engloutir toute la masse sur son passage.
Paniqué, il vit également d'autres énormes rouleaux qui se formaient non loin de lui. Toute la mer paraissait se soulever furieusement contre le pouvoir de ces hommes orgueilleux qui lui avaient tenu la dragée haute si longtemps.
Comprenant que sa vie aussi était menacée, sans se soucier des Mangemorts restant, ni de la cohue emportée par les flots, Drago transplana immédiatement à Folkestone alors que d'autres vagues hautes comme des maisons frappèrent contre la tour contenant les sorciers pris au piège.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Épuisée, Hermione reposa le miroir et s'autorisa à souffler un coup. Toutes ces émotions lui ayant donné chaud, elle s'approcha de la terrasse dans l'intention de faire rentrer un peu d'air frais. Mais elle comme elle arrivait devant la baie vitrée, elle se stoppa brusquement en apercevant le spectacle qui s'étalait devant ses yeux.
À Folkestone, l'onde de choc provoquée par l'implosion du tunnel était évidemment atténuée avec la distance et les sorts de protection lancés par Harry, mais les dégâts causés étaient malgré tout plus importants que ce qu'elle n'avait imaginé. Face à elle, tout n'était que ruine et désolation : l'eau avait déferlé sur la ville et l'inondation emportait tout sur son passage : hommes et mobiliers. Ceux qui avaient pu échapper à la première vague avançaient avec peine, luttant visiblement contre les courants violents et la montée de la marée.
Incapable de rester là sans réagir, Hermione arracha littéralement ses vêtement trop lourds et renfila sa tenue de pyjama de la veille. Elle ne prit ensuite que le temps de ramasser « sa » baguette, son miroir et d'emporter les dernières fioles de polynectar qui lui restaient qu'elle avait déjà entreposées dans un sac.
En descendant les escaliers, elle passa devant le maître d'hôtel qui la regarda avec ahurissement. Elle l'entendit vaguement l'appeler : « Mrs Malefoy ? Où est-ce que vous… ? » Mais elle ne lui prêta pas la moindre attention et dévala les marches quatre à quatre. L'eau avait déjà envahi la salle de réception et lui arrivait quasiment au genoux. Elle pointa la baguette sur elle-même et formula :
« Impervius ! »
Heureusement, le sort fonctionna comme elle l'espérait et elle put progresser plus ou moins bien dans l'eau. Arrivée dans la rue, elle aperçut aussitôt une famille de moldus bloquée devant une maison par un torrent d'eau dont le courant se faisait de plus en plus intense. Agitant les bras dans leur direction, elle les appela d'une voix forte :
« Par ici ! Venez, suivez-moi ! »
Ils étaient quatre : les deux parents avec deux petits garçons d'environs sept et onze ans. Ils la regardèrent d'un air à la fois émerveillé et craintif. Péniblement, elle s'avança vers eux, luttant contre le courant qui cherchait à l'emporter. Sans y penser, elle garda la main droite levée en signe de paix et leur dit encore pour les rassurer :
-N'ayez pas peur ! Je ne vous veux aucun mal. Je vais vous aider.
-Qui… qui êtes-vous ? Balbutia l'homme.
-C'est sans importance, coupa-t-elle en balayant la question d'un geste de la main. Suivez-moi, je vais vous sortir d'ici.
-Mais vous êtes une sorcière, cracha la femme.
-Oui ! Mais je ne suis pas votre ennemie, s'il-vous-plaît faîtes-moi confiance !
-Mensonge ! Vociféra l'autre. Ce sont les monstres de votre espèce qui nous ont torturés et réduits en esclavage !
-Je suis aussi leur esclave ! Tempêta-t-elle encore plus fort. Mes parents étaient dentistes, croyez-moi. »
Elle avait presque traversée entièrement la ruelle qui la séparait d'eux et leur tendait la main. Cependant l'onde ne cessait de se faire plus impétueuse, elle savait qu'elle ne pourrait plus tenir très longtemps, malgré son sortilège. Voyant qu'ils ne se décidaient toujours pas, bloqués par l'effroi que leur causait la simple vue d'une baguette magique, à tout hasard, elle leur balança directement:
« Décidez-vous ! Je ne peux rester là éternellement. Je ne tiendrai pas très longtemps ! »
Et alors qu'elle disait cela, elle aperçut brusquement avec horreur une armoire qui fonçait droit sur elle, entraînée le courant. Et d'instinct, la jeune fille sut qu'elle ne pourrait pas l'éviter. Mais au moment où le meuble devait la percuter, une main l'attrapa par le bras et la tira violemment pour l'écarter du chemin. Éperdue de reconnaissance, Hermione remercia son sauveur, le moldu qui lui avait sauvé la vie. Puis, sans perdre de temps, elle leva sa baguette sous les regards méfiants des moldus et dit simplement :
« Pointe au Nord ! »
La baguette tourna sur elle-même avant de pointer dans la direction exacte du Nord. Hermione intima à la famille d'une voix claironnante :
« Suivez-moi, nous devons marcher vers le nord pour rejoindre l'intérieur des terres, c'est la seule façon de s'en sortir. Vous connaissez un peu la ville ?
-Non pas du tout, répondit la jeune femme qui s'était opposée à elle.
-Moi non plus. Alors on va suivre la boussole, c'est parti ! »
Hermione leur jeta discrètement le sortilège d'impervius pour qu'ils n'aient pas de difficultés à avancer. Elle prit également le plus jeune enfant par la main sous les yeux à la fois soulagés et un peu inquiet des parents. Ils marchèrent ainsi en direction du Nord, traversant ainsi plusieurs ruelles L'eau leur arrivait presque à mi-cuisse à présent, il était de plus en plus difficile de progresser. Le père avait pris son fils sur les épaules et Hermione en avait fait de même pour l'autre. Tous s'accrochaient aux murs pour ne pas tomber.
Ils croisèrent plusieurs gens qui tentaient comme eux de fuir le danger. Hermione tâchait d'en rameuter le plus possible. Il furent bientôt un peu plus d'une quinzaine à marcher, hagards, accordant une confiance absolue à la sorcière qui les guidait vers le salut.
Mais bientôt, à la grande consternation de tous, ils débouchèrent finalement sur un cul-de-sac.
Sans perdre son sang-froid, la jeune réfléchit à toute vitesse pour trouver une solution. Une idée germa rapidement dans son esprit. Elle annonça aux autres d'une voix claire et distincte :
« Que tout le monde recule, je vais détruire ce mur.
Sans se faire prier, les moldus obéirent obtempérèrent, certains poussèrent le zèle jusqu'à cacher leurs enfants derrière eux. Pointant sa baguette vers l'obstacle de brique, Hermione articula :
« Reducto ! »
Le maléfice frappa le mur. Il y eut une mini explosion sous un nuage de poussière et de gravats qui leur piqua les eux et les fit tousser. Enfin, quand la vue se dégagea, ils virant d'autres maisons et d'autre rues, mais cette fois beaucoup plus espacées. Ils virent même enfin les premières collines, ces terres qu'ils espéraient tant atteindre pour échapper à la mort.
Des murmures de joie et de soulagement parcoururent les rangs des rescapés. « Les collines enfin ! Nous sommes sauvés. » psalmodia une femme qui tenait un bébé dans ses bras.
Ce fut à ce moment qu'ils remarquèrent que leur mystérieux sauveur avait disparu. Quelques uns demandèrent sourdement : « Tiens ? Mais où est-elle passée ? Vous l'avez vue » Un vieux affirma que c'était une fée qui était venue à leur secours.
Car seules les fées pouvaient changer de visage et d'apparence en un claquement de doigt, puis disparaître en un souffle sans laisser de trace.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Perchée sur un toit, Hermione guettait les environs, pour voir s'il y avait d'autres personnes en détresse à sauver. Malheureusement, elle n'avait pas l'œil exercé pour tout voir dans les moindres détails, et elle était plus que consciente qu'elle ne pourrait pas tous les sauver. Cette idée pourtant la révoltait. Toutefois, elle n'eut guère le temps de se lamenter car elle aperçut tout à coup une silhouette qui se battait contre la marée.
Le niveau de l'eau avait beaucoup monté et atteignait la moitié des maisons. L'homme n'avait plus pied visiblement.
Hermione se leva aussitôt et se glissa à l'intérieur de la maison par une lucarne située sur un des murs latéraux. Elle atterrit dans une pièce couverte de puissière qui s'apparentait à un grenier. Mais elle dut également se rendre à l'évidence que si elle se lançait ainsi, elle aurait de fortes chances d'être emportée et de mourir noyée, elle aussi. Frustrée, elle pesta : « Ah ! Si j'avais un balai ! »
Une drôle de voix la fit soudain sursauter : « Mais c'est chose faite ma mignonne.
Haletant, elle se retourna. Personne. D'une voix incertaine, elle glapit:
-Qui est là ? »
Aucune réponse évidemment. Mais comme si par magie la pièce répondait à ses besoin, son regard se posa justement sur un vieux balai qui semblait rongé par les mites.
Prenant une profonde inspiration, elle s'encouragea mentalement : « Allez Hermione ! C'est le moment ou jamais d'apprendre, n'est-ce pas ? » D'une main qui ne tremblait pas, elle empoigna l'engin, l'enfourcha et donna un léger coup de pied pour décoller. Les quelques leçons de vol qu'elle avait prises en première année lui permirent au moins de ne pas tomber à bas de son balai et d'avancer.
Elle franchit facilement la fenêtre pour voler littéralement au secours de l'être humain en danger. Elle ne put voir, derrière elle dans l'ombre de la pièce, le sourire grimaçant du génie qui la regardait de ses yeux morts.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Au bord de l'évanouissement, Drago Malefoy tentait tant bien que mal de survivre parmi les courants furieux qui jaillissaient toute part et qui l'avaient pris au piège à la seconde même où il était apparu à Folkestone. Une lame d'une violence inouï l'avait presque englouti. Durant quelques minutes particulièrement atroces pour lui, où il avait été balloté au gré de la fantaisie des flots tumultueux, sa tête avait cogné sur quelque chose de dur. Inconscient aux trois quarts, incapable de transplaner, il s'était accroché comme il avait pu sur tous les remparts qui s'étaient présentés devant ses bras.
Mais la douleur dans sa tête se faisait de plus en plus lancinante et il avait du mal à rester conscient. Avant de sombrer tout à fait des les ténèbres accueillants, il crut apercevoir une silhouette volant vers lui.
Paniquée à l'idée de le perdre, Hermione accéléra la cadence par réflexe inné. Plus que quelques centimètres, elle tendit le bras…
Épuisé, Drago lâcha le rebord de fenêtre, prêt à se laisser définitivement emporter par la tourmente. Mais aussitôt après, comme par miracle, une main attrapa la sienne.
De son côté, Hermione tâchait à la fois de ne pas tomber et de ne pas lâcher le corps qui était bien trop lourd pour elle. Ce ne fut qu'à ce moment-là qu'elle reconnut enfin le mystérieux inconnu qu'elle essayait de sauver. « Malefoy ! » s'exclama-t-elle les yeux écarquilles.
Sous l'effet de la surprise, elle faillit tomber de son balai. Cependant un bruit d'éclaboussure claqua à côté d'elle, et tournant la tête, elle s'aperçut avec horreur que son miroir à double-sens était tombé à l'eau, et elle ne pouvait absolument pas le récupérer. Comprenant qu'elle allait devoir faire un choix, elle hésita deux secondes, puis, s'apercevant qu'elle tenait toujours le poignet de l'homme, elle fit une tentative de magie sans baguette. Elle murmura calmement en pensant à sa main gauche :
« Wingardium Leviosa. »
Paisiblement, l'homme évanoui s'éleva dans les airs sous l'impulsion de la main qui le retenait. Hermione s'éleva à son tour et ils se posèrent en douceur sur le toit de l'habitation. Elle remarqua confusément que la tempête semblait se calmer du côté de la mer.
Sans perdre une seconde, elle sortit sa baguette et la pointa sans grand espoir vers les profondeurs aquatiques.
« Accio miroir ! » Essaya-t-elle.
Rien ne se passa. Hermione songea alors avec désespoir à son ami. Comment pourrait-elle savoir désormais s'il était encore en vie ? Elle ne put s'apitoyer bien longtemps sur ce problème : Drago Malefoy commençait à donner des signes de réveil.
Allongé par terre, l'homme ne sentait plus ses membres. Il demeurait encore perdu dans les limbes de l'inconscient quand il papillonna des yeux. Il se sentait étrangement bien. Une voix douce et féminine l'enveloppait et l'appelait par son nom : « Malefoy ! Malefoy réveille-toi ! » Dès qu'il put les maintenir ouverts, ses yeux furent aussitôt capturés par un regard doux comme le miel et lumineux comme le soleil. Il tentait de percer la vison floue qu'il avait de son sauveur, de cette sirène qui l'avait arraché des griffes mortelles de l'océan. Sur son visage, des sillons minuscules émettaient de légers reflets nacrés. Il crut qu'elle pleurait, alors il comprit son erreur : elle ne pouvait être une sirène.
Car les sirènes n'ont point de larmes. Pleurer leur était impossible.
Bientôt, ses traits se dessinèrent plus nettement et il ne fut pas étonné en la reconnaissant.
« C'est toi, souffla-t-il. Je le savais. Je savais que tu viendrais. »
Et il leva les bras pour l'étreindre de toutes ses forces, respirant passionnément contre la chair tiède de son cou. Il se délectait de sa peau, sa merveilleuse peau si fine et si douce, emprunte d'un léger parfum d'océan. Troublée, Hermione le repoussa sans difficulté, puis, apercevant ses cheveux poissés d'eau de mer sur ses épaules, elle comprit tout à coup… que le polynectar ne faisait plus effet.
Sans perdre de temps, elle s'éloigna de Malefoy, sortit une fiole de son sac et but cul sec une rasade de la précieuse potion tout en maudissant sa négligence. Toutefois, alors qu'elle retournait vers lui, elle constata avec soulagement qu'il s'était de nouveau évanoui. Avec un peu de chance, le délire et la fièvre se chargerait du sale travail à sa place pour lui faire oublier l'incident gênant.
Mais pour l'heure, elle avait d'autres soucis plus urgent à régler. « Bon, ce n'est pas tout ça, mais comment je fais pour rentrer, moi ? Maugréa-t-elle à voix haute. Pas de transplanage, pas de portoloin, pas de cheminette et pas de balai non plus puisque je ne sais même pas où le manoir se trouve. Quelle galère ! Ah, si seulement Sidy était là ! »
Aussitôt dit, aussitôt fait : l'elfe de maison apparut devant elle, le front dans la poussière.
« La noble maîtresse a appelé Sidy. Que peut faire Sidy pour aider la noble maîtresse ?
Soulagée d'un seul coup, Hermione bredouilla à la petite créature :
-Ramène-nous à la maison Sidy, tout de suite.
-Comme la noble maîtresse voudra. »
L'elfe claqua des doigts et ils furent transportés directement dans le hall du manoir. Sans perdre de temps, Hermione ordonna à la créature :
« Transporte mon mari dans sa chambre et vois si tu peux faire quelque chose pour sa tête, je crois qu'il s'est blessé à la suite d'un mauvais coup.
-Tout de suite madame. Il n'y aura pas besoin de soigneur sorcier, Sidy a l'habitude.
-Très bien, alors j'attendrai dans la chambre avec toi. »
L'elfe disparut avec Malefoy et elle illico. Sans perdre de temps, elle allongea son maître sur son lit. Et tandis qu'Hermione s'asseyait sur un siège en attendant, l'elfe s'affaira, fit plusieurs allers-retour entre la chambre et la salle de bains, les bras chargés de potions de soin. Elle déshabilla Malefoy, appliqua plusieurs baumes à différents endroits de son crâne, puis le revêtit de vêtement secs. Durant tout cet intermède, la jeune fille repensa à ce qui s'était passé sur le toit.
Elle dut admettre non sans effroi que le regard étrange du jeune homme l'avait légèrement émue. Jamais elle ne lui avait connu de telles expressions : fièvre, passion et même…amour ? Elle s'en voulut d'éprouver de la faiblesse pour cet homme qui lui avait fait tant de mal. Tout cela parce qu'il était lui apparu par deux fois sous un jour vulnérable.
Hermione fut tirée de ces songes par la voix de l'elfe qui l'informa respectueusement :
« Voilà madame. Sidy a fini avec Mr Malefoy, il va bientôt se réveiller.
-Merci Sidy. Et avant que tu partes, j'aimerais savoir un chose : la mudain sur laquelle tu as veillé avec Jika et Elgie, se porte-t-elle bien ? »
L'elfe pépia et affirma qu'elle avait parfaitement rempli sa mission et exécuté scrupuleusement ses ordres. Mais quand Hermione lui demanda s'il ne s'était rien passé d'anormal, Sidy détourna les yeux et demeura comme gênée. Fronçant les sourcils, la fausse Deborah la somma de tout avouer. Alors, courageusement, la créature se lança :
« Un drôle de sorcier est venu ce matin pendant votre absence.
-Un drôle de sorcier ? Répéta-t-elle soudainement inquiète. Comment ça ?
-Un homme tout pâle, vêtu entièrement de noir et au nez plat.
L'elfe rougit, puis ajouta du bout des lèvres :
-Il ressemblait étrangement à un serpent.
Hermione pâlit sensiblement, puis pressa l'elfe :
-Et bien, qu'est-ce qu'il voulait ?
-Il voulait seulement voir Hermione Granger.
La jeune femme ne put réprimer un sursaut, mais l'elfe ne s'en formalisa point. La véritable Hermione l'interrogea encore d'un ton étranglé :
-Et il t'as dit pourquoi il voulait la voir ?
-Il ne l'a pas dit à Sidy, couina-t-elle.
-Et tu l'as laissé entrer ? » Questionna-t-elle d'une voix altérée par l'angoisse.
Si Voldemort avait découvert son secret, elle pouvait commencer à creuser sa tombe. Mais l'elfe s'enflamma aussitôt, protestant de sa fidélité et jurant ses grands dieux qu'elle aurait préféré mourir plutôt que désobéir à sa maîtresse. Et lorsque Hermione insista pour savoir ce que l'homme avait fait exactement, l'elfe répondit avec fierté :
« Le sorcier a bien vu que Sidy, Jika et Elgie ne céderaient pas, alors il a simplement posé une question et puis il est parti.
-Quelle question ?
-Il a demandé si la mudain était souffrante, et Sidy lui a répondu en effet que la mudain était très malade et que la noble lady Malefoy avait ordonné à Sidy de garder la chambre pour empêcher quiconque d'entrer. Alors il a juste souri et il est parti en disant qu'il reviendrait plus tard. »
Hermione soupira, oppressée par la perspective de cette nouvelle menace sur son dos. Fatiguée, elle renvoya l'elfe après l'avoir machinalement remercié. Une fois seule, elle passa une main sur son front pour en essuyer la sueur, sentant un début de mal de tête poindre, suite au besoin de dormir dont elle souffrait cruellement depuis son départ. Tout à coup, elle fut arrachée à sa rêverie par une voix traînante qui provint du lit :
« Quelle est cette histoire avec Granger ? Elle est malade ?
Hermione réprima un sursaut et répondit avec tout le sang-froid dont elle était capable :
-Tiens ! Vous êtes réveillé depuis longtemps ?
-Depuis à peine cinq minutes, admit Malefoy en se redressant. Et sinon je vous prie de ne pas éluder ma question à propos de ma mudain personnelle.
-Et bien… hésita-t-elle. Et bien oui, elle est effectivement tombée malade peu de temps avant notre départ.
-Et où se trouve-t-elle en ce moment ? Interrogea-t-il avec suspicion.
-Dans sa chambre.
Le jeune homme parut réfléchir, puis la pria d'un ton ton glacial :
« Voulez-vous bien me conduire à elle je vous prie ?
-Oh !… euh, maintenant ? Bégaya-t-elle. C'est peut-être… un peu tôt… Vous avez besoin de repos.
-Tout le contraire, je ne me suis jamais senti aussi forme. Conduisez-moi auprès d'elle immédiatement madame, et ne m'obligez pas à me répéter. »
La mort dans l'âme, Hermione se leva et marcha lentement vers sa chambre, Malefoy la suivant trois pas derrière elle. Arrivés devant la porte, elle ne put se résoudre cependant à actionner la poignée. Elle manqua de haleter de terreur lorsqu'elle sentit une baguette pointer dans son dos. « Non ! Pensa-t-elle au bord de la panique. Il n'oserait pas. » Mais d'une voix menaçante, Malefoy lui intima :
« Ouvrez cette porte madame, tout de suite ! »
N'ayant plus d'autre choix que d'obéir, elle s'exécuta en tremblant et pria pour que le polynectar fît encore effet. Dans la chambre, le corps de Hermione Granger reposait toujours sur le lit, les yeux clos et le teint blafard. Doucement, la fausse Deborah s'écarta pour laisser passer son « époux ». Celui-ci s'avança lentement jusqu'au lit.
Et tandis qu'il se penchait sur la forme endormie, comme il lui tournait le dos, elle ne pouvait voir son visage et se demanda non sans curiosité quelle expression il pouvait avoir.
Enfin, après de quelques minutes qui parurent interminables à Hermione, Malefoy se redressa et se tourna vers elle. Elle haleta légèrement en voyant l'expression de fureur folle qui déformait ses traits. Avant qu'elle ne pût réagir, il la saisit à la gorge et vociféra à ses tempes :
« Malade, hein ! Vous me prenez vraiment pour un moldu attardé, ma parole ! Vous croyez vraiment que je ne le remarquerais pas, la Goutte du Mort-Vivant ?
-Argh… lâchez-moi ! Suffoqua-t-elle. Je… je peux… tout expliquer.
-J'y compte bien, maudite garce ! Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
À demi-évanouie, elle supplia :
-Je vous en prie… lâchez-moi… j'étouffe…
Contre toute attente, il la relâcha et elle retomba par terre en respirant pitoyablement. D'un ton métallique, il lui déclara durement :
-Je vous vous préviens tout de suite que ma patience à ses limites ma chère. Et j'espère que vous avez une bonne explication à fournir, autrement il vous en cuira.
Elle lui jeta un regard noir qui n'eut même pas l'air de le toucher. Alors, essoufflée par le manque d'air, elle improvisa :
-Après tout, pourquoi vous cacher la vérité ! C'est vrai que tout ce que j'ai fait, je l'ai fait pour des raisons bien précises et des plus sérieuses. Vous verrez, je vais tout vous expliquer.
-Et bien, dépêchez-vous ! Gronda-t-il.
-Hum… alors voilà… la Goutte du Mort-Vivant… euh…, fit-elle piteusement à court d'imagination.
-Parlez ! Commanda-t-il avec brutalité.
-C'est moi qui… qui lui ai fait boire… peu avant notre départ pour Folkestone.
-Oui, merci, j'avais cru comprendre, riposta-t-il avec sarcasme. Mais ce que j'aimerais savoir, c'est pourquoi vous avez fait cela.
-Parce que… parce que je savais que Vol… que le Maître allait venir, débita-t-elle très vite.
-Pardon ?
-Oui, s'anima-t-elle en exposant ses idées comme elles venaient. Je voulais la protéger… non ! Enfin je veux dire, je ne voulais pas vous ennuyer avec ces histoires, alors j'ai chargé trois elfes de sa protection. Et si je l'ai endormie, c'est pour éviter qu'elle ne panique et ne commette quelque geste irréparable qui eût pu irriter le Maître et le pousser à nous l'enlever.
-Nous l'enlever ? La singea-t-il. Je ne vous savais pas si attachée à elle.
Hermione se souvint miraculeusement de ce que lui avait raconté Padma à propos des anciennes mudains passées avant elle qui avaient toutes disparu les unes après les autres. Elle rétorqua perfidement :
-Détrompez-vous mon ami, si sa présence m'évite simplement de nouveaux allers-retours mortifiants chez Mr Barjow sur le Chemin de Traverse, croyez bien que j'y trouve mon compte.
Il hocha la tête froidement à cette explication. Et, sans prévenir, il passa carrément à un autre sujet :
-Pendant que j'y pense, puisque vous êtes là, pouvez-vous m'expliquez ce qu'il s'est passé après l'explosion du tunnel, car à mon souvenir, j'ai failli mourir noyé et je me demande encore j'ai pu atterrir ici. »
Hermione lui raconta par le menu son aventure en passant sous silence certains détails qui eussent pu être gênants voire dangereux pour elle. Elle lui fit croire qu'elle se trouvait simplement sur le toit de l'hôtel lorsqu'elle l'avait aperçu à moitié assommé dans l'eau. Drago afficha un air surpris à l'écoute de ce détail car il n'imaginait pas que le courant eût pu l'entraîner jusqu'à l'hôtel. Enfin, elle acheva le récit avec l'arrivée de l'elfe qui les avaient ramenés sains et saufs au manoir.
Heureusement pour elle, l'homme parut accepter ces explications. D'une voix sombre, il déclara :
« En tous cas, il y a quelque chose de louche dans cette affaire. J'espère que notre mission n'a pas échoué.
-Échoué ! Se récria-t-elle d'un ton faussement décontenancé. Comment cela ? Le tunnel n'a pas été détruit ?
-Si, mais les bombes ont explosé plus tôt que prévu, beaucoup trop tôt, et ça ce n'est pas normal.
« Deborah » cacha habilement son malaise et haussa les épaules en feintant la nonchalance. Mais Malefoy n'avait pas terminé : toujours sur sa lancée, il ajouta une dernière remarque qui la glaça de tout son être :
-D'ailleurs puisqu'on en est là, ce n'est pas la seule chose d'anormale qui s'est passée aujourd'hui. Tout-à-l'heure alors que je me débattais contre l'océan, il m'est arrivé une aventure bizarre. Mais je suppose que vous n'avez rien remarqué d'inhabituel, n'est-ce pas ?
Bien que son cœur fut à deux doigts de lâcher sous le stress, elle parvint admirablement à garder son calme. Ne sachant pas trop où il voulait l'amener, dans le doute, elle préféra jouer les idiotes et demanda d'un ton qu'elle espérait candide :
-Quelque chose d'inhabituel ? Non. Pourquoi ? J'aurais dû ?
-Et bien en fait, au moment où l'on m'a sauvé de la noyade, j'ai cru voir une personne que je connaissais, dit-il d'un ton songeur.
Prudente, elle marmonna :
-Mmh, pourquoi pas ? Ce sont des choses qui arrivent lorsqu'on s'est pris un choc violent sur la tête.
-Sauf qu'à la différence d'une hallucination, l'interrompit-il, cette personne, j'ai pu la toucher, la sentir et la prendre dans mes bras. Et je l'ai aussi entendu m'appeler par mon nom.
« Vous déliriez, voilà tout », faillit répondre Hermione mais elle se contint à temps. À la place, elle eut une meilleure idée. D'une voix moqueuse, elle siffla :
-Ah ! C'était donc cela ! Oui, ça me revient maintenant.
Il la regarda avec des yeux plissés. Elle s'interrompit dans son discours pour le ponctuer d'un petit rire qui ne pouvait que le rendre plus crédible. Enfin il continua :
-Je me disais bien que vous ne deviez pas être dans votre état normal. Désormais je comprends mieux : vous m'avez serrée dans vos bras en me prenant pour une autre ! Haha ! Je ne sais pas si je dois me sentir insultée ou amusée.
Fulminant, il s'avança vers elle à grands pas et lui balança au visage :
-Ricanez autant que vous voulez ma chère ! Je n'étais peut-être pas dans mon état normal, mais la seule personne qui se retrouve vraiment insultée, c'est cette femme avec laquelle je vous ai confondue.
-Ciel ! Dit-elle d'une petite voix sarcastique. Me voilà confondue en effet.
Mais alors qu'elle parlait, elle sentit des picotements sur son visage, signe que les effets du polynectar touchaient à leur fin. Mais elle n'eut pas le temps de s'affoler que Malefoy annonça soudain avec inquiétude :
-Ah ! Ça devait arriver : le Maître m'appelle. Vous m'excuserez ma chère, mais sur ces entrefaites, je vais devoir vous laisser. Ne m'attendez pas ce soir, je ne pourrai sûrement pas venir pour le dîner. »
Là-dessus, sans attendre de réponse, il transplana. « Et bien, se dit-elle. Sauvée par le gond ! Enfin, au moins je ne l'aurai pas dans les pattes. » Sur ces pensées réjouissantes, elle sortit de la pièce, n'ayant plus rien à faire là. Elle prit alors la direction des appartements de Deborah. Sur le chemin, elle croisa quelques mudains, mais ceux-ci n'osèrent pas croiser son regard en général, on la fuyait plutôt.
Arrivée dans sa chambre, elle s'autorisa à pousser un soupir de soulagement, tout en songeant aux étranges paroles que Drago avait lâchées en parlant d'elle sans le savoir. Qu'avait-il voulu signifier ?
Hochant la tête, elle remit cette question à plus tard et s'attela à son dernier devoir : elle se dirigea vers la coiffeuse et sortit une fiole remplie d'un liquide transparent qui était des « souvenirs blancs », c'est-à-dire des souvenirs vierges de tout contenu. Tranquillement, Hermione posa la baguette sur sa tempe pour en extraire les souvenirs de ces deux jours qu'elle devait transmettre à Mrs Malefoy afin que celle-ci ne se pût jamais se rendre compte de la substitution dont elle avait été victime. Elle garda évidemment ceux concernant Harry et elle-même lorsqu'elle avalait régulièrement le polynectar ou partait en mission, mais il en restait suffisamment pour forger une trace à peu près durable dans la mémoire de Deborah. Bien entendu, elle n'agirait que le soir au moment de se coucher, puisque la maîtresse de maison ne se réveillerait que le lendemain.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
En France, sur les côtes de Sangatte, les dégâts causés par l'explosion étaient à peu près similaires. La délégation ministérielle avait quitté la gare de Lille sous le choc, lorsque les médias les informèrent sur ce qui se passait. En très peu de temps, on vit un nombre conséquent de pompiers, de médecins, d'infirmiers et d'ingénieurs accourir sur place. À présent, les forces de l'ordre passaient les plages et la ville au peigne fin, dans l'espoir de retrouver quelques survivants au terrible attentat.
À la mairie de Lille, c'était l'effervescence : les politiciens s'étant regroupés pour discuter entre eux afin d'essayer de déterminer où ils avaient pu faire une erreur, un capharnaüm régnait dans la salle de réunion. On en était à s'accuser presque ouvertement d'espionnage militaire, lorsque tout à coup, trois coups frappèrent timidement à la porte.
« Entrez, ordonna sèchement le maire de Lille.
Une dame âgée et boulote entra, impressionnée par toutes ces personnalités qui se trouvaient devant elle. C'était la secrétaire de la mairie.
-Oui, mademoiselle Doucette, de quoi s'agit-il ?
-Excusez-moi de vous dérangez Messieurs-Dames, s'amenda-t-elle d'une voix chevrotante, mais il y a ici un jeune homme qui insiste pour vous voir. Il affirme que c'est une affaire de la plus haute importance, à propos de ce qui s'est passé ce matin dans le tunnel.
-Comment s'appelle-t-il ?
-Vernon Dudley. Dois-je le faire entrer ?
L'homme réfléchit, puis haussa les épaules.
-Bah, pourquoi pas après tout. Peut-être détient-il des informations capitales. »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Plus loin, dans le repère de Voldemort, le Seigneur des Ténèbres passaient sa rage sur ses serviteurs.
« Pourquoi ne suis entouré que d'incapables et d'imbéciles ? Endoloris !
Le malheureux Baddock se tortilla sur le sol en hurlant, sous les regards horrifiés de ses camarades qui n'osaient intervenir, de peur que leur Maître ne s'en prît à eux. D'un ton vibrant de fureur, l'homme-serpent reprit :
-Et les dix Mangemorts chargés de surveiller les wagons, où sont-ils passés ?
-Je… je ne sais pas M-maître, bredouilla le malheureux. Ils sont sûrement m-morts.
-Endoloris ! »
En voyant le pauvre homme se tortiller sur le sol, Malefoy soupira intérieurement. Il sentait déjà que la nuit allait être longue.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
À vingt-trois heures, Drago n'était toujours pas rentré. Reléguant à l'arrière plan l'inquiétude ridicule qu'elle éprouvait pour lui, Hermione passa à l'action à la dernière manœuvre. Assise sur son lit, elle but la dernière flasque de polynectar et pointa sa baguette en direction de Deborah toujours endormie sous son autre apparence et marmotta :
« Levicorpus. »
Comme pour Malefoy, le corps lévita au-dessus du lit. Elle le transporta sans encombre jusque dans la chambre de la dame et la laissa retomber mollement sur son lit aux dimensions impériales. Rapidement, elle se coucha, puis se releva, prit le dernier souvenir dont elle avait besoin dans sa tête qu'elle entreposa dans la fiole de « souvenirs blancs ». Enfin, elle n'eut aucune difficulté à faire ingurgiter la potion à la dame.
Une fois cela fait, elle retourna tranquillement dans sa chambre. L'inconscient de la jeune femme se chargerait du reste pour assimiler tout cet apport de souvenirs et de les digérer à sa manière. Ainsi, Deborah posséderait des morceaux de la mémoire de Hermione, mais elle les interprèterait de son point de vue personnel sans même s'en rendre compte.
Harassée par toutes ses émotions, Hermione n'eut plus le courage de prendre sa douche et se coucha directement. Curieusement, un fait lui revint tout à coup en mémoire et elle s'étonna de ne pas s'être interrogée avant. À moment, sa seule pensée était : « Pourquoi ai-je sauvé la vie de Drago Malefoy aujourd'hui ? »
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Deux plus tard, Malefoy revint enfin au manoir, les muscles raides et le corps endolori. Dire que Voldemort n'avait pas très bien encaissé la nouvelle de son échec était un euphémisme déplacé. Pour sa part, Drago n'en revenait toujours pas d'avoir pu quitter, la réunion à la fin en un seul morceau. Bizarrement, le Lord ne lui avait pas touché un mot de sa visite mystérieuse de la matinée. Naturellement, ce n'était pas lui, Drago Malefoy, qui allait ramener ce sujet sur le tapis, mais il était tout de même intrigué par l'attitude du sorcier.
Clairement, il y avait quelque chose entre lui et Hermione Granger. Bien qu'il ne pût deviner quoi exactement, Malefoy pouvait le sentir. Mais cela restait incompréhensible car le seul intérêt politique que sa mudain présentait, c'étaient les liens qu'elle avait noués avec feu le Survivant dans sa jeunesse. Or, celui-ci était trépassé depuis presque deux ans. Alors pourquoi le Seigneur des Ténèbres s'acharnait-il sur elle ?
Arrivé à ce point de ses réflexions, il se prit la tête entre les mains en laissant échapper un rire nerveux.
C'était incroyable de constater que depuis l'arrivée de Hermione Granger au manoir, sa vie n'avait cessé de s'entremêler à la sienne, au point que même en son absence, elle le hantait à présent. S'il avait su qu'un jour, la venue de Granger l'aurait conduit lui, à avoir des hallucinations à tout bout de champ et à s'humilier devant sa mordante épouse, il aurait réfléchi à deux fois avant de la garder chez lui. En outre, si elle commençait à attirer un peu trop l'attention de Voldemort sur elle, sa présence pouvait devenir une menace pour eux.
Pour la centième fois au moins, Drago Malefoy songea à l'éventualité de se débarasser d'elle une fois pour toutes.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Le temps du feu
Les premiers jours qui suivirent le fiasco de l'attentat contre le gouvernement français furent relativement calmes au manoir Malefoy. Deborah et Hermione étaient toutes les deux très fatiguées : la première en raison de ses deux jours de sommeil forcé, la seconde à cause de ses nuits blanches. Mais comme Drago avait une explication pour chacune d'elle, il ne s'en étonna pas. Il laissa même Hermione tranquille le temps qu'elle récupérât, ne voulant sans doute pas reprendre sa mudain aux trois quarts endormie. Quant à Deborah, elle ne remarqua jamais l'échange dont elle avait été l'objet. Persuadée que les souvenirs qui emplissaient sa tête étaient bien les siens, elle les avait interprètes à sa manière.
Au bout d'une semaine, tout le monde finit par se remettre de ces deux journées de folie. La vie avait repris son cours normal au manoir. Une sourde inquiétude planait cependant au-dessus de leurs têtes : Voldemort ne leur avait toujours pas parlé de sa « visite » anonyme, ce qui n'était pas forcément très bon signe.
Mais le temps passait toujours, et comme le Seigneur des Ténèbres ne semblait jamais décidé à leur réclamer des comptes, chacun finit par penser à autre chose.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
La veille du premier septembre, Hermione cueillait des framboises sur des pieds sauvages à la lisière de la forêt, accompagnée de deux garçons de onze ans. Tout en évitant au maximum de se piquer les doigts avec les tiges épineuses, elle songeait avec mélancolie aux années heureuses où, comme beaucoup d'autres, elle attendait avec impatience le premier septembre, date où elle retournait Poudlard, retrouvait ses cours, son dortoir et ses amis. Aujourd'hui, Poudlard n'existait plus et Voldemort, débordé par la gestion d'un pays qui le dépassait, n'avait toujours pas reconstruit d'école. À la place, les enfants recevaient leur éducation chez les Mangemort pour devenir soit de futurs soldats vigoureux et obéissants pour les garçons, soit de parfaites épouses et mères pour les filles.
Et comme à chaque fois qu'elle repensait à ce gâchis, une fureur froide envahit la jeune fille. Une fois encore, elle avait la preuve que l'Histoire se complaisait à se répéter en boucle chez les hommes : il y avait eu les jeunesses communistes en URSS, les jeunesses hitlériennes en Allemagne, les enfants-soldats en Afrique, et maintenant, il y avait les jeunes aspirants Mangemort en Angleterre.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Dans ce qui avait été autrefois le hall d'accueil de Gringotts, une femme était penchée sur une fillette d'environ douze ans qui tenait maladroitement sa baguette. D'une voix douce, elle donnait des instructions :
« Tiens-la plus fermement, comme ça… voilà, parfait. Et ton index, tu l'enroules comme les autres, tu ne le pose pas à plat sur la baguette car sinon tu peux te brûler… oui, bien. Maintenant, tu recommences comme je t'ai dit.
Quelqu'un poussa alors un faible gémissement. Aucune des deux n'y fit attention. La dame poursuivit :
-Tu fais un mouvement circulaire comme ça avec ton poignet, puis tu abats ton bras d'un coup comme si tu voulais le frapper. Mais évidemment tu ne le frappes car tu es une noble sorcière de sang-pur et que tu ne t'abaisse pas à agir comme une vulgaire moldue sauvage. Et au moment tu abaisse ta baguette, tu prononce la formule en articulant bien et surtout avec volonté. Tu as compris.
À la fin de son discours, le ton de la femme s'était enflammé et elle avait saisi l'enfant par les épaules. Docilement, celle-ci hocha la tête et acquiesça :
-Oui madame. Est-ce que j'y vais madame?
-Vas-y.
Lentement, la petite fille se tourna vers sa cible et se concentra en levant sa baguette. Sans prêter garde au regard implorant, elle exécuta le geste prononça avec énergie :
-Endoloris ! »
Elle eut alors une moue déçue : il n'y eut qu'un faible petit éclair rouge qui jaillit de sa baguette. Mais lorsqu'il frappa l'enfant moldu qu'on avait attaché solidement pour les besoins du cours, celui-ci fut pris d'une convulsion et poussa un couinement de souris à travers son bâillon. C'était un jeune garçon dont le visage barbouillé de larmes et de morve suppliait silencieusement ses bourreaux en vains. Bien cela fît plus d'une heure qu'il subissait ces tortures et ces humiliations, le petit garçon se retenait de sangloter tout haut de peur d'être à nouveau puni par la méchante dame.
Celle-ci parut satisfaite, complimenta la jeune sorcière et la renvoya à sa place parmi les autres élèves attablés qui prenaient des notes de temps en temps en attendant leur tour. Ils étaient environ une quinzaine. D'une voix sonore, la Mangemort fit son matraquage habituel :
« C'est ainsi qu'il s'y procéder avec les moldus, sachez-le. Vous ne devez pas hésiter à les punir de cette façon s'ils ont commis une faute, car c'est ainsi que se fait le dressage des animaux. N'hésitez pas non plus à le faire très souvent : vous ne les punirez jamais trop. Et si vous ne savez même pas pourquoi vous les corrigez, ne vous en souciez pas : eux, ils le sauront. »
Elle ricana toute seule à son propre cynisme mais peu d'élèves saisirent le sens profond de cette dernière phase.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
« Lorsque vous faîtes face à un sorcier qui brandit sa baguette vers vous, ce qui est primordial, c'est de ne pas vous laisser surprendre. Ce sera un réflexe à avoir désormais : dès que vous en voyez un, vous ne vous posez pas de question, vous tirez, traduisit l'interprète à l'assemblée de soldats et de généraux moldus qui se tenait devant le Survivant et lui.
Ainsi Harry tenait sa harangue dans le hangar d'une caserne à Paris. À côté de lui, le traducteur reprenait son discours, et derrière lui, un tableau blanc sur trois pieds avait été installé, muni d'un feutre effaçable.
Après avoir été reçu par les politiciens français, il avait été nommé instructeur d'office pour apprendre à l'armée comment se battre contre les sorciers. Cette décision n'avait pas été sans faire des dents les officiers qui n'appréciaient pas tellement de recevoir d'un blanc-bec. Un blanc-bec qui en outre, avait plus le physique effilé d'un adolescent que la carrure trapue d'un guerrier.
Mais après une ou deux séances où ils avaient vu de quoi le sorcier était capable, et quel monde ils allaient devoir affronter, ils avaient oublié leur morgue et leur jalousie envers le jeune homme. En outre, bien malgré eux, ils étaient impressionnés par l'énergie et le charisme dégagé chez cet homme si sec d'apparence.
« S'il n'était pas aussi maigre, on en ferait un bon général », songea un vieil officier à la retraite qui était venu pour encourager les jeunes soldats.
Mais de son côté, le garçon poursuivait :
« Nous allons commencer tout de suite l'entraînement. Le gouvernement a promis de nous aider si on avait besoin. Alors j'ai demandé à ce qu'une annonce soit faite pour les sorciers et ayant un minimum d'entraînement au combat viennent nous aider. En attendant qu'ils arrivent, je vais faire une liste des sortilèges ainsi que leurs effets, qu'ils risquent de vous lancer le plus souvent. »
Il prit le feutre et inscrivit sur le tableau les trois sortilèges impardonnables et les autres sorts d'attaque les plus courants. Et tandis que le traducteur expliquait leurs effets à la foule, plusieurs soldats sentirent leurs tripes se nouer en entendant certains maléfices particulièrement vicieux.
Tous ici avaient conscience que la guerre qui les attendait serait bien plus sombre et plus meurtrière que tout ce qu'il avaient jamais affronté.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Les jours passaient, longs et uniformes. Dehors, les arbres commençaient à revêtir leur parure d'or et de rouge. Les quelques jours ensoleillés projetaient leur dernier éclat, couronnant cette parure de feuillage chatoyante. L'air même paraissait baigné constamment d'une douce clarté légèrement orangée. La période de l'été était courte, très courte, mais c'était le moment de l'année que Hermione aimait le plus.
Elle ne lassait pas d'admirer la nature paisible et belle, qui offrait à ses yeux une palette de couleurs riches et vivantes.
Un soir, alors la saison des framboises n'étant pas terminée, Hermione était descendue dans le jardin pour en cueillir au bord de la forêt. Il ne lui avait fallu pas plus d'une heure pour en venir à bout. Alors qu'elle franchissait l'entrée du manoir avec un nouveau saladier bien rempli, elle entendit soudain un long hurlement aigu qui résonna dans le couloir tournant à sa droite.
C'est la voix d'une enfant.
Sans hésiter, Hermione posa son plat et courut à toutes jambes vers l'endroit d'où provenaient les cris. À mesure qu'elle avançait dans le couloir, elle entendait distinctement des supplications entrecoupées sanglots déchirants, ainsi qu'une voix furieuse qui aboyait des choses incompréhensibles.
« Non ! S'il-vous-plaît ! Pitié ! »
Arrivé à un tournant, la jeune fille dut ralentir sa course. Mais lorsqu'elle eût franchi le virage, elle aperçu tout d'un coup ce qui se passait. Et ce qu'elle vit lui glaça le sang : à terre, était étendue la petite Ruth, tremblant de tous ses membres et gémissant faiblement comme un animal blessé. Pour avoir subi elle-même maintes fois le même traitement, Hermione reconnut aussitôt les symptômes du Doloris. Devant elle, droite et implacable comme la mort, se tenait Deborah Malefoy, la baguette pointée sur la petite forme pitoyable recroquevillée sur le sol.
Incapable de se contrôler, Hermione rugit brutalement :
« Mais qu'est-ce que vous faîtes ? »
À sa grande surprise, la dame n'eut aucune réaction. Elle semblait n'avoir même pas remarqué sa présence. L'ancienne Griffondor s'apprêtait à la héler de nouveau quand soudain, lentement, Deborah Malefoy se tourna vers elle. Hermione fut alors légèrement effrayée par l'expression de son visage : aucune fureur, aucun énervement, juste une sorte de masque figé, un tendre sourire qui aggravait au lieu d'atténuer le sadisme qui brûlait dans ses yeux.
D'une voix caressante, la jeune femme l'accueillit :
« Tiens ! Mais qui vois-je donc ? Vous ! Quelle délicieuse surprise. Granger, chère Granger… »
Et, sans plus s'occuper de sa victime, Deborah marcha d'un pas aérien pour s'approcher de la jeune fille qui, malgré elle, ne put réprimer un vague mouvement de recul. Arrivée juste devant elle, la maîtresse de maison eut un geste auquel Hermione ne s'attendait absolument pas : elle la prit vivement par les épaules, presque avec affection, et se mit à la palper dans tous les sens. Toujours de cette même voix onctueuse, elle reprit :
« Comment vas-tu Granger ? Bien, j'espère. La santé ? Le sommeil ? Tout va bien ? Oui, je vois bien que tu ne sembles pas fatiguée, excellent. Ta santé et ton bien-être sont très importants pour moi, l'idée que tu tombes malade… m'est insupportable. Alors sois gentille, ne te fatigue pas. Reste en pleine forme et ne fais pas de bêtise. C'est compris ? Est-ce que c'est compris ? »
Stupéfaite par ce comportement maternel qui ne ressemblait pas du tout à l'épouse Malefoy, Hermione avait été tout d'abord incapable de réagir, statufiée. Cependant lorsque la main de l'autre femme pressa son ventre avant de remonter dangereusement vers sa poitrine, elle la repoussa brutalement en glapissant :
« Lâchez-moi ! Qu'est-ce qui vous prend ?
Elle la fixa, l'air stupide et les yeux exorbités. Mais Deborah ne se formalisa pas de sa brusquerie. Au contraire, elle eut un petit rire amusé, puis ricana :
« Comme tu es farouche… et innocente. C'est remarquable quand on voit tout ce que tu as affronté.
-Que lui avez-vous fait ? Rétorqua hargneusement Hermione en désignant Ruth d'un signe de tête.
-Elle ? Fit-elle avec une odieuse désinvolture. Oh, voyons ! Ne t'occupe pas de cette brindille. Occupe-toi plutôt de toi, de ton avenir. Reste forte et vaillante et tu verras, tout se passera très bien, c'est tout ce que je te demande. Sur ce, je te souhaite une agréable soirée.
Après un salut ironique, la jeune femme se dirigea ses quartiers, sans un regard en arrière. Elle ne fut pas sitôt partie que Hermione se précipita vers Ruth qui geignait et tremblotait toujours. Posant une main réconfortante sur son visage, la plus âgée l'appela d'une voix douce :
-Ruth ! Ruth, est-ce que tu m'entends ? C'est moi, Hermione.
-J'ai… mal, sanglota la pauvre fillette.
-C'est fini, la rassura-t-elle. Elle est partie maintenant. Je vais te ramener dans ta chambre. Ça va aller, tu verras. »
Précautionneusement, elle prit le corps martyrisé dans ses bras et rejoignit les communs qui se trouvaient au sous-sol. Le dortoir réservé aux enfants était rempli de trois rangées de dix lits, comme dans des vieux pensionnats. Hermione posa Ruth sur son lit, lui enleva les chaussures et la borda. Une fois que l'enfant fut bien emmitouflé dans la couverture, la jeune fille lui dit :
« Bon, ne bouge pas, je reviens d'ici dix minutes.
Bouger ? Elle en eût été incapable. Hermione quitta la salle à petits pressés. L'œil vide et sec d'avoir trop pleuré, Ruth se remémora l'épreuve spectaculaire qu'elle n'aurait imaginé avoir à subir un jour. Chargée de faire le ménage dans cette section de couloir, elle avait épousseté consciencieusement les meubles, les chandeliers et les statues de marbre. C'était un travail ennuyeux mais facile qu'elle avait l'habitude de faire.
Et puis vint le moment où elle voulut nettoyer un vase de chine d'une rare finesse. Elle se revoyait très bien tendre la main pour saisir l'objet délicat par l'anse, se hausser sur la pointe des pieds pour l'atteindre par-dessus le guéridon sur lequel il était posé.
Ce fut à cet instant précis que tout bascula, dans tous les sens du terme.
Venant par derrière au pas de charge, Deborah lui rentra dedans sans le faire exprès. Ruth avait alors perdu l'équilibre et était tombée en projetant instinctivement ses bras vers l'avant. Ses mains heurtèrent le guéridon qui se renversa à son tour, emportant dans sa chute le magnifique vase dont il ne restait désormais que des éclats brisés.
Terrifiée, Ruth s'attendait à être punie évidement mais jamais, jamais elle n'aurait pu imaginer une telle explosion de démence noire et de magie. Deborah avait enchaîné les sorts de tortures qui l'avait brûlée de l'intérieur, tiraillée par mille aiguilles acérées et chauffées à blanc. Plongée dans un monde de souffrance comme qu'elle n'en avait jamais connue, Ruth avait oublié jusqu'à son prénom et n'était plus que suppliques et paroles implorantes.
Jusqu'à ce qu'elle arriva.
À ce moment, Hermione rentra dans la chambre, une tasse qu'elle apporta en souriant à la petite malade. Celle-ci la regarda d'un air épuisé. Alors la jeune fille l'enjoignit d'un ton joyeux un peu forcé :
« Tiens, bois ça. C'est de la tisane au miel, je pense que tu vas aimer. Tu peux y aller sans crainte, ce n'est pas brûlant.
Docilement, l'enfant but une gorge qui lui fit étrangement du bien. D'une voix ensommeillée, elle assura que c'était très bon. Hermione sourit encore, sans rien dire. Et lorsque la gamine eut fini, elle lui demanda d'un ton hésitant :
-Est-ce que… tu peux me dire ce qui s'est passé tout-à-l'heure ? »
Ruth la regarda d'un air indécis. Après quelques secondes de silence, elle souffla, puis inspira profondément, avant d'entamer son récit.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
Le soir même, Hermione retourna dans sa chambre, complètement vidée. Consoler Ruth s'était révélé plus ardu qu'elle ne l'avait pensé au départ. Traumatisée par son effroyable mésaventure, elle avait supplié son sauveur de ne pas la laisser toute seule. Renonçant à la calmer par des paroles apaisantes, la jeune femme était simplement restée auprès d'elle en lui tenant la main jusqu'à ce qu'elle s'endorme.
Et pendant ce temps, elle n'avait cessé de ressasser ce qu'elle avait appris. La seule question qu'elle se posait n'était pas de comprendre comment Deborah Malefoy avait pu faire une chose pareille, mais de plutôt de savoir comment devrait-elle s'organiser pour permettre aux enfants de croiser sa route le moins souvent possible désormais.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
L'équinoxe d'automne
C'était le milieu de la nuit, la veille du premier jour d'automne. Dehors, le ciel conservait son voile noir d'encre de la nuit. Au sein du manoir endormi, une silhouette se déplaçait furtivement, se coulant dans l'ombre des galeries. Marchant sur les pointes des pieds, elle mit quelques minutes à atteindre sa destination. Tâchant de se faire aussi discrète qu'une souris, elle ouvrit la porte qui menait à la chambre d'Hermione. Comme prévu, la pièce était vide : la fille était avec son maître. Au centre, trônait une sorte de berceau improvisé: un grand panier en osier rembourré dans lequel le nourrisson dormait. Silencieusement, l'inconnu s'approcha et attrapa le bébé.
Celui-ci, percevant sans doute le danger, se réveilla en sursauta, gigota un peu et se mit brusquement à geindre dans les bras de son ravisseur.
Prise par surprise, la personne fourra aussitôt sa main contre sa bouche pour étouffer ses cris et se sauva sans demander son reste, emportant la petite Lisbeth dans les ténèbres.
_.•'°'•._.•'°'•._.•'°'•._
*Extrait de l'Apocalypse selon Saint-Jean.
Avant de vous quitter, il faut que je vous signale une chose importante : vous l'avez sans doute compris depuis le temps, que j'écris toujours un chapitre à l'avance avant de le mettre en ligne. Or, cette semaine, j'ai dû rédiger un rapport de stage, ce qui m'a pris énormément de temps. En d'autres termes, à l'heure où je publie ce chapitre, je n'ai pas encore entamé le suivant.
Tout cela pour vous dire que je ne sais pas quand la suite arrivera la prochaine fois : peut-être dans quinze jours, peut-être dans un mois. Tout dépendra de mon inspiration, et aussi de ma motivation. Voilà, j'espère que sinon ça vous a plu.
Bisous et bonne semaine.
