Titre : "Queer as Folk"
PDV : Externe
Pairing : Multiples, surtout dans ce chapitre ^^
Rating : T
Longueur : 26 673 mots (hum, hum)
Résumé : "Aomine, Kagami, Kuroko, Kise, Momoi et Midorima vivent une vie paisible et sans problème dans le quartier gay de… Hein, vous y croyez, vous ? Entre problèmes de couples et discrimination, soirées interminables et petit déjeuner chez Alex, gueule de bois et prises de tête, l'histoire d'un groupe d'amis LGBTQ inspirée de la série Queer as Folk"
Note : Salut à tous ! Ce chapitre est un peu long, effectivement, mais il est vraiment chargé et plusieurs sujets différents sont abordés dont un qui me tient à coeur (comme de nombreux autres sujets). J'espère qu'il vous plaira, que les nombreux Flash Backs ne vous perdront pas et que vous aimerez l'OC présent ici ^^
Note 2 : Encore un grand merci à Monkey D. Elena pour son aide et à tous/toutes ceux/celles qui ont laissé des reviews. Ca me motive énormément de discuter avec vous et d'avoir vos impressions.
Réponses aux Réviews Anonymes :
Aki Seto : Le site a coupé ton adresse mais je te réponds quand même. Déjà merci à toi pour ta review, ça me fait super plaisir de voir que tu aimes mes écrits (et c'est vrai que "Space Oddity" est sans doute mon Os le plus triste, je le trouve même plus triste que "Life on Mars?"). Merci beaucoup pour tous tes compliments. J'essaie vraiment de rendre mes écrits aussi réalistes que possible donc le fait que tu penses que j'y arrive me touche énormément ^^ Et puis merci pour la pub, du coup x) J'espère que la suite te plaira.
RIKO & HYUGA
Riko se tenait immobile devant la porte du snack, replaçant nerveusement une mèche de cheveux derrière son oreille.
_ Tout va bien ? demanda la voix inquiète de Kiyoshi dans son dos.
_ On peut attendre que Hyuga soit là, si tu veux.
_ Non. C'est bon. Il travaille et si tu penses que ça peut nous aider… On y va.
Elle lissa les plis de sa jupe d'un geste sec et poussa la porte, décidée. Aussitôt, le bruit l'assaillit. Le bruit commun à tous les restaurants aux heures animées, des couverts qui s'entrechoquent, des assiettes qu'on pose sur les tables, de la machine à café qui coule et des discussions incessantes, bruyantes. Des éclats de rire, aussi, et quelques cris là bas, dans le fond, où deux femmes se disputaient. L'une des deux balança son verre d'eau dans la figure de l'autre avant de s'éloigner d'un pas furieux, les bousculant tous les deux sans s'excuser avant de sortir. Riko regarda autour d'elle. Non, ce n'était pas comme les restau ou les bars auxquels elle était habitué. Quelque chose dans l'ambiance, les couleurs vives. Elle sentit une large main se poser sur son épaule et souffla. Elle faisait confiance à Kiyoshi. Et puis après plusieurs mois à lutter en vain, elle n'avait plus d'autre solution. S'il pensait que ce serait utile.
_ Tu es sûr qu'ils sont là ?
_ Certain. Ils viennent déjeuner ici tous les matins. Et puis la fille que je veux te présenter travaille là. J'ai vérifié avec son collègue hier, elle est de service jusqu'à huit heures. On pourra lui parler après.
Il regarda sa meilleure amie, tendue, et posa sa main sur son épaule dans un geste rassurant :
_ Tu me fais confiance ?
_ Ne pose pas de questions bêtes : évidemment que je te fais confiance.
Flash Back : 16 ans plus tôt
_ Je t'ai dit de me ficher la paix ! gronda un blond aux cheveux mi-longs et à l'air courroucé tout en aspirant le jus de fruit de sa brique.
_ Pas avant que tu aies dit oui.
Le blond fronça encore un peu plus les sourcils et prit une inspiration, tentant sans succès de garder son calme :
_ Je t'ai déjà dit qu'il était hors de question que je fasse partie de ton équipe de basket.
_ Pourquoi ?
_ Parce que… Parce que ! Je n'ai pas d'explication à te donner ! Non, c'est non !
_ Mais tu aimes ça.
_ Non. Je déteste le basket ! gronda Hyuga en se détournant.
_ Et puis ce n'est pas la question. Arrête de me harceler !
_ Bon, d'accord. On se retrouve où ce soir ?
_ J'ai dit arrête !
_ Mais il faut qu'on se réunisse avec les autres membres pour trouver comment convaincre Riko.
_ Je ne fais pas partie de ton équipe, je te… Attends. Riko ? Aida Riko ?
Le châtain lui décocha un sourire lumineux :
_ Oui ! Tu la connais ?
Le blond s'empourpra et se détourna à nouveau.
_ C'est une amie d'enfance.
_ Oh.
Le visage de Kiyoshi s'illumina :
_ Je me demande lequel de vous deux j'arriverais à convaincre en premier de rejoindre l'équipe de basket ! Et si on passait un marché : si j'arrive à la convaincre, tu nous rejoins !
_ C'est hors de question !
_ Allez, quoi ! Et puis c'est pas dit qu'elle dise oui. Elle a refusé chacune de mes propositions.
Hyuga grogna avant de demander d'un ton las :
_ Si j'accepte ce marché ridicule, tu me ficheras la paix ?
_ Promis !
_ Tu ne me suivras plus à la cafétéria et tu ne viendras plus dans ma classe à l'intercours pour tenter de me convaincre ?
_ Non !
_ Et tu arrêteras de m'accompagner le soir ?
_ Juré. Alors ?
Hyuga se massa les tempes. Il connaissait Riko. C'était une entraîneuse douée, elle avait appris avec le meilleur. Mais s'il y avait bien une chose qu'elle ne ferait pas, c'était entraîner une équipe lycéenne de basket. Alors s'il devait en arriver là pour que cet espèce de géant lui fiche la paix…
_ Ca marche.
Teppei lui rendit un grand sourire ravi et se leva pour rejoindre sa propre classe comme la sonnerie retentissait. Environ deux heures plus tard, il était assis dans une autre salle et discutait avec une jeune fille aux cheveux bruns clairs :
_ Et pourquoi j'accepterais un marché pareil ? Les clubs de ce lycée m'énervent, ils ne prennent jamais les choses au sérieux.
_ Mais si on avait Hyuga, tu sais que ce serait différent. C'est plutôt équitable comme proposition, non ? Si j'arrive à le convaincre de faire partie de mon équipe, tu nous rejoins ! Ca marche ?
Le jeune femme se pencha sur son cahier, hésitante.
_ Hyuga-kun n'acceptera jamais de faire partie d'une équipe de basket.
_ Justement, tu ne risques pas grand-chose !
_ Bon. D'accord, ça marche. Si tu arrives à le convaincre de faire partie de ton équipe, j'en suis.
_ Génial ! Ah… Je dois y aller. Mais compte sur moi pour revenir bientôt. Et avec Hyuga, en plus !
Il se leva et s'en alla, son sac sur l'épaule, en sifflotant joyeusement. Bien, maintenant il lui fallait trouver un moyen de faire croire à l'une de ces deux têtes de mules que l'autre avait rejoint l'équipe. Par qui commencer ? Il avançait dans la cour les mains dans les poches, plongé dans ses pensées. Sa première rencontre avec Hyuga avait eu lieu dans un couloir, alors qu'il avait envoyé valser son portable en lui rentrant dedans par accident. Mais le blond n'avait attiré son attention que quelques jours plus tard, quand il s'était interposé entre Hanamiya et le pauvre gamin qu'il martyrisait à ce moment là. Il s'était énervé, avait gesticulé, manqué de le frapper et l'autre ne s'était jamais départi de son petit rictus narquois. Il sourit. Il avait vraiment besoin que Hyuga rejoigne son club ! Il sortit son téléphone de sa poche et fouilla dans sa liste de contacts jusqu'à tomber sur le bon numéro.
_ Izuki ? C'est Teppei ! J'aurais besoin d'aide pour quelque chose… il se passe quelque chose entre Riko et Hyuga ?
Il avait suffi de deux semaines et des bons arguments pour faire craquer Hyuga. Quelques insinuations sur sa coupe de cheveux, un petit match de basket et la chance qui l'accompagnait habituellement avaient finis par les faire plonger tous les deux dans son piège sous le regard amusé de ses coéquipiers qui l'avaient observé orchestrer tout ça d'une main de maître. Hyuga, qui avait retrouvé ses cheveux courts et sa coloration brune habituelle, lui avait dit qu'il le détestait. Kiyoshi avait souri à s'en faire mal aux zygomatiques et le brun s'était encore plus agacé. Ce dernier s'était détourné et était parti discuter avec leur nouvelle manager.
Fin du Flash Back :
Teppei fouilla la pièce des yeux et son regard s'éclaira comme il se posait sur une jeune femme au tablier surchargé de pin's et aux cheveux d'un rose éclatant qui virevoltait entre les clients, s'agaçait sur quelqu'un qui avait laissé traîné son sac au milieu du passage et retournait derrière le bar. Il fronça les sourcils et continua son inspection quand une voix familière s'écria :
_ C'est quand même dingue, non ? J'arrive pas à croire que je suis si près du but ! En plus, ça tombe super proche de mon anniversaire, c'est quasiment le destin !
_ Oui, Kise. C'est génial. Je suis impatient : quelques jours à l'hosto, ça nous fera des vacances à tous !
_ Daiki...
Kiyoshi tapota l'épaule de son amie avant de l'entraîner vers la table du fond où un blond boudait sous l'œil amusé d'un type aux cheveux bleus et l'air désespéré d'un autre aux cheveux écarlates.
_ Viens. C'est eux, là bas.
_ Hein ? Tu veux dire cet énergumène, là, celui qui gesticule depuis tout à l'heure ?
Teppei eut un rire franc :
_ Kise est quelqu'un d'enthousiaste. Viens.
Il l'entraîna vers la table et s'arrêta devant les occupants. Il se racla la gorge assez fort pour attirer l'attention du groupe.
_ Kiyoshi ?! Salut ! Tu sais que Momoi commençait à s'inquiéter ? Ca fait un moment que tu n'es plus venu à l'association. Je crois qu'elle voulait te voir pour te demander si tout allait bien. lança Kagami.
_ Justement, il faut que je lui parle. Ah… Je vous présente Aida Riko.
_ C'est Hyuga, maintenant. Tu devrais t'y être habitué depuis le temps.
_ Riko, je te présente Kise Ryota et Kagami Taiga. Ils sont à l'association avec moi.
Les deux concernés saluèrent l'étrange duo comme le jeune homme continuait :
_Voilà Kuroko Tetsuya que j'ai pu croiser quelques fois. Je suppose que vous êtes Aomine Daiki, j'ai beaucoup entendu parler de vous.
_ Si c'est interdit au mineurs, c'est sans doute vrai. commenta le bleu avec un sourire arrogant, essuyant un coup de coude de son amant.
_ Et j'imagine que vous êtes Midorima Shintaro. Kise parle souvent de vous.
Le vert fusilla son meilleur ami du regard avant de tendre sa main vers le nouveau venu qui la serra avec un grand sourire.
_ Je m'excuse mais je ne vous connais pas. continua Kiyoshi en regardant Kasamatsu et Takao d'un air désolé.
_ Ah ! Lui, c'est Yukiocchi ! C'est mon âme sœur, mon futur ma…
Le brun coupa Kise d'un ton exaspéré :
_ Kasamatsu Yukio. Enchanté.
_ Et moi, c'est Takao Kazunari ! L'âme sœur de Shin-chan !
Le futur médecin leva les yeux au ciel sans pourtant le corriger.
_ Enchanté de vous rencontré Madame Riko Aida-Hyuga ! lança finalement Kise d'un ton enjoué.
_ Riko tout court.
Elle se tourna vers Kiyoshi et lui envoya un air interrogateur.
_ Ah oui. On était venus pour parler avec Momoi. Mais peut-être que Kagami et Kise, vous pouvez nous aider.
Les deux amis échangèrent un regard perplexe.
_ Euh… Bien sûr. Tu sais quoi, tu n'as qu'à l'attendre ici. De toute façon, je comptais ouvrir un peu plus tard. répondit Kise.
_ Moi je dois y aller. Tu peux me déposer en passant, Shin-chan ? Ah, et c'est un plaisir de vous connaître, Teppei, Riko !
Takao se dirigeait déjà vers la sortie et Midorima lui emboîta rapidement le pas. Kuroko les salua à son tour avant de les imiter. Kasamatsu bâilla et embrassa rapidement Kise avant de s'en aller à son tour, épuisé. Aomine prit le temps de terminer tranquillement son petit-déjeuner et de saluer Alex d'un hochement de tête quand cette dernière arriva pour prendre son service avant de se pencher vers Kagami pour l'embrasser langoureusement. Kise fut obligé de tousser pour les rappeler à l'ordre, ne pouvant retenir un ricanement amusé quand il vit la tête qu'arborait Riko. Le bleu se leva, visiblement très fier de lui et alla dire au revoir à sa meilleure amie en train de retirer son tablier. Kagami détourna le regard, un peu gêné, tandis que Kise faisait signe aux deux autres de s'asseoir.
_ C'est une habitude à prendre. Ces deux là sont insatiables ! ajouta-t-il en retenant un éclat de rire.
L'américain grogna en s'enfonçant dans son siège.
_ Hey ! Kiyoshi ! Je savais pas que tu faisais aussi dans les jolies filles ! Je me présente, Momoi Satsuki. Enchantée.
Le garçon lui sourit pendant que la brunette hésitait un peu sur le comportement à adopter. Ces gens étaient étranges.
_ Hum. Riko Hyuga, enchantée également. Je suis une amie de Teppei.
Elle serra la main que la serveuse lui tendait. Momoi se laissa tomber aux côtés de Kagami, face aux trois autres, et prit une mine un peu plus sérieuse :
_ Dai-chan m'a dit que tu voulais me parler. Tout va bien ?
Kiyoshi se racla la gorge et se gratta nerveusement la nuque.
_ Bah en fait, pas vraiment. Mais je pense que tu peux nous aider.
_ Avec plaisir. Qu'est-ce qu'il se passe ?
_ C'est à propos de mon fils. intervint Riko, sourcils froncés.
Flash Back : 14 ans et 6 mois plus tôt
Riko se balançait de droite à gauche, les larmes aux yeux et la tête calée contre le mur. Elle prit une grande inspiration. Puis expira lentement. Et recommença plusieurs fois. Elle fixa alternativement le morceau de plastique dans sa main et son téléphone avant de secouer brutalement la tête et de se lever d'un pas décidé. Elle se planta devant son miroir et fixa son reflet dans les yeux avant de lui lancer un sourire qui sonnait faux. Ce n'était pas grave, elle avait toute la soirée pour apprendre à faire semblant.
Peut-être parce qu'elle n'avait pas réussi à apprendre à sourire pour de faux en une nuit, ou alors à cause de ses cernes, à moins qu'ils ne la connaissent trop bien. Toujours est-il qu'elle ne dupa ni Hyuga ni Kiyoshi le lendemain, le surlendemain ou même la semaine suivante. Ce ne fut pourtant qu'après deux longues semaines qu'elle se disputa vraiment avec Hyuga.
_ J'ai fait quelque chose de mal ? Ou alors j'ai dit un truc ? Tu me fais quand même pas la gueule parce que j'ai refusé de te couper les cheveux ? Parce que si c'est ça, je veux bien essayer mais il ne faudra pas venir te plaindre après !
_ Non, c'est pas ça…
Le garçon s'approcha et tenta de l'embrasser mais elle s'esquiva et il prit quelques pas de recul.
_ Qu'est-ce qui ne va pas ?
_ Tout va bien !
_ Riko, je te connais depuis qu'on a huit ans. Je sais que tu ne vas pas bien. Alors dis moi !
_ …
_ C'est moi ?
_ …
Face à son silence, le brun s'agaça, jura à voix basse, la regarda se mordre la lèvre et baisser la tête et finit par s'en aller d'un pas vif. Il ne savait pas bien s'il était en colère ou s'il se sentait juste impuissant. Mais ce qu'il savait, c'est que cette situation lui mettait les nerfs en pelote. Il passa la soirée au street-park avec Teppei. Le plus grand aussi avait remarqué que quelque chose clochait. Il lui en fit part en visant le panier et en lançant le ballon qui traversa l'arceau métallique sans le toucher.
_ Peut-être… Qu'elle veut qu'on arrête. Je veux dire, nous deux. finit par lancer Hyuga.
_ J'suis sûr que c'est pas ça. affirma celui qui avait fini par devenir son meilleur ami.
_ Et qu'est-ce que t'en sais, hein ?
_ J'en sais que ça fait deux ans que je vous connais et déjà à l'époque où on s'est rencontré, c'était évident que vous en pinciez l'un pour l'autre ! J'arrive toujours pas à croire qu'il a fallu que je m'en mêle pour que vous vous l'avouiez enfin !
Le lunetteux leva les yeux au ciel, réprimant un énième commentaire sur la vie privée et l'espace personnel.
_ Riko t'aime. Tu ne devrais pas en douter.
_ Mouais. Bah dans ce cas là, qu'est-ce qui lui arrive ?
_ C'est peut-être juste le stress. Ou un problème avec son père.
_ J'en sais rien. Elle m'en aurait parlé. Ou à toi.
Le plus grand haussa les épaules .
Deux jours plus tard, il toquait à la porte de la chambre de Riko. Cette dernière, les traits tirés lui ouvrit et soupira.
_ C'est lui qui t'envoie ?
_ Hyuga ? Non. Je me fais juste du souci pour toi.
Il entra sans attendre qu'on l'ait invité et alla ouvrir les rideaux qui empêchaient la lumière de rentrer.
_ Je dois admettre que t'es plutôt douée pour faire semblant que tout va bien. Je crois que je t'ai jamais vue autant sourire que ces deux dernières semaines. Mais là, tu peux plus mentir, alors ?
_ …
_ Si ça peut te rassurer, je ne dirais rien à Hyuga. Promis juré. Vous êtes tous les deux mes amis alors je vous aiderais tous les deux.
_ … C'est compliqué. Je… Je peux pas en parler.
_ Ca le concerne ? demanda Kiyoshi d'une voix douce en venant s'asseoir sur le lit à côté d'elle.
Riko hocha la tête.
_ Et… C'est un truc important ?
Nouveau hochement de tête.
_ Hum… Tu veux pas rompre, pas vrai ? Parce que ça le fait vraiment flipper, tu sais.
_ Non, c'est pas ça.
Elle semblait déterminée à ne rien dire aussi resta-t-il silencieux, pensif, quelques minutes.
_ Et si on faisait un marché ?
_ Tu crois que tu peux m'avoir combien de fois avec cet technique ? se moqua la brunette en esquissant un sourire sincère.
_ Hey, mine de rien ça a plutôt pas mal marché jusque là non ?
Elle perdit son sourire et il décida de reprendre :
_ Je te dis mon secret et en échange, tu me dis le tien, ça te va ?
Elle haussa les épaules sans rien promettre mais l'invitant à continuer. Teppei prit une grande inspiration et commença :
_ En fait, ça fait un moment que je pense à vous en parler à Hyuga et toi. Parce que c'est vrai, vous êtes mes meilleurs amis et je vous fais confiance et d'ailleurs, j'espère que vous savez que vous pouvez me faire confiance aussi !
_ …
_ Hum, ce que j'essaie de te dire c'est que… Je suis gay.
Riko ne put s'empêcher de glousser quand elle releva son regard sur lui.
_ Je le sais, ça.
_ HEIN ?!
_ Quoi, tu croyais vraiment qu'on n'avait rien vu ? Même Junpei s'en doute.
_ Mais vous avez rien dit, alors…
_ Parce que tu ne nous as rien dit non plus. Ca ne change rien, tu sais.
_ Merci. murmura le châtain avant de se pencher vers son amie.
_ A ton tour.
_ …
_ Si tu veux vraiment pas en parler, c'est pas grave. Mais tu devrais pas tout garder pour toi, tout le temps, c'est mauvais pour…
_ Je suis enceinte.
Kiyoshi s'arrêta, ferma la bouche, cligna plusieurs fois des yeux et regarda enfin la jeune femme qui semblait se recroqueviller sur elle-même.
_ Quoi ? Tu es…
Elle hocha la tête et se mordit la lèvre. Lui, il ne savait pas quoi faire. Alors il se contenta de passer un bras par-dessus son épaule et de la prendre dans ses bras sans rien dire. Et Riko se retenait depuis des jours, depuis des semaines, et quand elle sentit Kiyoshi la serrer contre lui, elle baissa les armes. Elle pleura quelques minutes avant de décider de se reprendre. Elle s'éloigna un peu et se mit à fixer le mur face à elle.
_ Tu… T'es sûre ?
_ Oui. Certaine.
_ Et… Qu'est-ce que tu comptes faire ?
Elle haussa les épaules.
_ Je ne sais pas.
_ Tu devrais commencer par en parler à Hyuga.
La jeune femme se raidit.
_ Je sais même pas si je vais… J'ai pas encore 17 ans, qu'est-ce que je vais faire ?
Elle lui renvoya un regard désemparé et Kiyoshi ne sut pas comment répondre alors il se rapprocha encore un peu plus d'elle et murmura :
_ Je sais pas… Mais tu pourras toujours compter sur moi.
Et elle le put. Quand deux semaines plus tard elle décida enfin de prendre un rendez-vous chez le médecin, c'est à lui qu'elle demanda de l'accompagner. Ce fut aussi Kiyoshi qui s'efforça de trouver des explications capillotractées à ses lubies alimentaires, qui détourna l'attention toutes les fois où elle avait envie de vomir et qui la réconforta quand elle était prise de panique. Jusqu'au jour où Hyuga les surprit, assis dans la chambre de la brunette, en pleine conversation :
_ Tu devrais lui dire. Je sais que je t'ai dit que je garderai le secret mais je déteste lui mentir.
Riko regarda ses doigts puis le visage peiné de son ami puis ses doigts à nouveau.
_ Je sais pas comment lui dire. J'ai peur de sa réaction.
_ Peut-être mais ça va finir par se voir. Et tu n'auras bientôt plus le temps pour…
_ Qu'est-ce qu'il faut me dire ? intervint le brun, les faisant tous les deux sursauter.
Il n'obtint pas de réponse, seulement deux regards gênés et tendus. Il était venu pour parler à la jeune femme. Il ne supportait plus d'être laissé de côté et de ne pas savoir comment il pouvait l'aider.
_ Je vais vous laisser discuter, ok ? lança Teppei en se levant du lit sur lequel il était assis.
_ Non ! Tu restes là ! Vous croyez que je n'ai pas remarqué votre petit jeu, à tous les deux ?
Le plus grand se rassit sous la pressions des deux yeux verts qui luisaient de colère derrière les lunettes.
_ Alors c'es ça ? Vous êtes quoi, ensembles tous les deux ?
_ Quoi ? Non, bien sûr que non ! s'exclama Riko.
_ Dans ce cas quoi ? Vous passez tout votre temps ensembles, vous faites sans cesse des messes basses et vous vous taisez dès que j'entre dans la pièce ! Si ce n'est pas ça, c'est quoi ?
La jeune femme se mordit la lèvre, consulta son meilleur ami du regard et finit par fixer son petit-ami. Elle sentit une vague de larmes monter jusqu'à ses yeux et se maudit : elle détestait pleurer et depuis quelques temps, elle ne pouvait plus s'en empêcher. C'était à en devenir folle.
_ Ecoute, Hyuga… C'est compliqué et… On n'est pas ensembles, c'est tout ce que je peux te dire. s'efforça de le calmer Teppei.
L'autre garçon fronça les sourcils, dubitatif, et l'ignora pour rester concentré sur Riko.
_ Je suis… enceinte. finit-elle par lâcher.
_ Tu…quoi ?!
_ Je suis enceinte. répéta-t-elle à voix basse.
Hyuga se sentit vaciller. Il se laissa tomber sur le lit, à côté de son meilleur ami et face à la jeune femme.
_ Mais… On est au lycée, tu ne peux pas…
Elle arbora un air agacé :
_ Figure toi que ce genre de chose se fiche bien de savoir ce que tu fais dans la vie !
Le brun inspira plusieurs fois. Expira, lentement, comme on lui avait appris pour gérer le stress. Il se mura dans le silence, son cerveau tournant à plein régime. Après quelques minutes, il se tourna vers l'adolescent assis à sa droite :
_ Et toi tu le savais ?!
_ Je lui ai dit il y a quelques semaines. Je ne pouvais plus le garder pour moi.
_ Pourquoi c'est à lui que tu en as parlé en premier ?! Je suis quand même… le premier concerné ! Non ?
_ Je vais vous laisser tous les deux, hein… lança Kiyoshi d'une voix incertaine.
_ NON ! Tu restes là ! s'écrièrent les deux autres en chœur.
_ Evidemment que tu es le premier concerné ! Tu as des doutes ?
_ Non, ce n'est pas ce que je voulais dire ! Pourquoi tu lui en as parlé en premier ?
Le châtain se permit de répondre à sa place :
_ C'est un simple concours de circonstances, Hyuga. Et puis je ne suis pas…directement impliqué, c'était plus facile. C'est bien ça, Riko ?
La jeune fille hocha la tête avant de les regarder tous les deux, raides comme des piquets.
_ Et… Tu as décidé de ce que tu veux faire ? finit par demander Hyuga.
Il comprit au regard perdu de sa petite-amie qu'elle n'avait pas encore décidé, non. Et qu'elle ne savait pas quoi faire.
_ Hum… Je sais que c'est difficile, mais tu ne devrais plus tarder. Tu n'as plus que quelques semaines avant… intervint Teppei en pesant chacun de ses mots.
_ Avant quoi ?
_ Avant qu'il ne soit trop tard pour avorter. termina Riko.
_ Oh. Ah. Oui… Je vois…
Ils restèrent là un long moment, tous les trois, en silence. Puis Kiyoshi se leva et cette fois, ses amis ne le retinrent pas. Il posa sa main sur l'épaule du lunetteux en signe d'encouragement, puis fit un petit signe réconfortant à la jeune fille avant de sortir et de les laisser. Quand ils ne furent plus que tous les deux, Hyuga s'avança pour prendre la brunette dans ses bras et elle se laissa faire. Quand il s'éloigna, il fronça les sourcils et prit une grande inspiration avant de lâcher :
_ Ecoute… Quoi que tu décides, je serais là.
_ Je n'ai pas… Je n'ai pas envie d'avorter. finit par murmurer Riko.
Le garçon se tendit, remonta ses lunettes sur son nez pour se donner contenance et se rassit sur le lit.
_ Je vois… Hum. Ca fait beaucoup à digérer mais ce que j'ai dit tient toujours.
_ T'es sûr ? Parce qu'il faut que tu sois sûr. Si je décide… Si on décide de le garder, on ne pourra pas faire machine arrière. Et j'ai pas envie de me retrouver toute seule.
Elle semblait fragile, à des années lumière de la fille forte et énergique que tout le monde connaissait et respectait pour sa force de caractère et sa détermination farouche. Hyuga déglutit avant de poser une main sur la sienne :
_ J'ai… ma part de responsabilité là dedans.
Sa copine étouffa un rire et hocha la tête.
_ Il te reste combien de temps avant de… avant que ce soit trop tard ?
_ Trois semaines. Mais en comptant les délais d'attentes, il faut que je… qu'on se décide rapidement.
_ Je vois.
_ Tu ne m'as toujours pas dit ce que tu en pensais. finit-elle par dire après un moment.
_ Je suis un peu sous le choc. Est-ce que j'ai déjà pensé à avoir une famille ? Avec toi ? Oui. Mais j'imaginais pas ça avant quelques années. Et j'aurais aimé que tu m'en parles plus tôt. Mais… Mais j'accepterais ta décision, Riko. Parce que je t'aime.
_ Moi aussi.
4 semaines plus tard.
_ Tu es sûre que tu es prête à en parler à ton père ? demanda Hyuga pour la douzième fois de l'après midi.
_ Je suis enceinte de plus de trois mois. Il faut que je lui en parle. Je suis même surprise qu'il n'ait pas fait de commentaire sur ma prise de poids.
_ C'est parce que tu n'as pas pris tant de poids que ça. bougonna le brun.
Sa petite amie rigola et s'appuya sur son épaule :
_ C'est gentil mais complètement faux et tu le sais.
Hyuga lui sourit, toujours tendu. Il lui avait fallu plusieurs jours pour se remettre de la nouvelle. Il se rappelait même avoir passé deux nuits entières à chercher tout ce qu'il pouvait trouver sur internet. Il avait fini par laisser tomber son ordinateur quand il avait compris que cette surcharge d'information ne faisait que l'angoisser davantage. Il avait beaucoup discuté avec Kiyoshi et encore plus avec Riko. De toutes les options, des pours et des contres. Et c'était ce qui avait fini par le mener là, à quelques pas du salon des Aida, prêt à recevoir la condamnation du juge le plus partial de la Terre.
_ Ton père va me tuer.
_ Mais non.
_ Bien sûr que si. Tu te rappelles sa réaction quand il a su qu'on était ensembles ? Il va me tuer pour avoir osé posé ne serais-ce qu'un doigt sur toi.
_ Peut-être. finit-elle par concéder en rongeant le dernier ongle qui restait sur sa main droite.
_ Bon. T'es prêt ?
Kiyoshi leur avait assuré son plein et entier soutien quelques heures plus tôt et avait même proposé de s'introduire en douce chez les Aida pour être à leurs côtés. Ils avaient fini par refuser. C'était quelque chose qu'ils devaient faire tous les deux.
_ Quand faut y aller. grogna Hyuga.
Ils entrèrent dans le salon et y trouvèrent Monsieur Aida en train de travailler sur un programme d'entraînement pour un client de la salle de sport. Et là, tout de suite, Hyuga changea d'avis. Non, il n'était pas prêt. Pas prêt du tout.
1 semaine plus tard.
Hyuga observait le reflet que lui renvoyait la vitre sous toutes les coutures. Le cocard avait presque disparu et sa pommette ne faisait plus mal. Le souvenir, douloureux, de la colère de Monsieur Aida quand ils lui avaient appris la nouvelle refit aussitôt surface dans son esprit. Il avait eu le temps de regarder le plus âgé devenir livide comme il comprenait que sa fille ne plaisantait pas, puis rouge de fureur quand il avait réalisé que le responsable se tenait devant lui. Il se rappelait encore l'éclair de colère qui avait traversé son regard. Le verre, posé sur la table, qui avait valsé et avait fini sa course contre un mur, Riko qui avait sursauté, puis le coup de poing suivi du cri de la jeune femme. Monsieur Aida s'était tout de suite éloigné mais il avait fallu une dizaine de minutes pour qu'il se calme et s'excuse comme si prononcer ces simples trois mots lui arrachait la gorge. Quand Kiyoshi avait vu le bleu de son ami, il les avait bombardés de questions, inquiet. Il avait fallu tout lui expliquer depuis l'annonce jusqu'à la fin de la soirée dans une ambiance glaciale où les deux adolescents avaient subi un véritable interrogatoire doublé d'un sermon dont ils se souviendraient toute leur vie. Monsieur Aida avait eu l'air de se détendre un peu, à peine, imperceptiblement, quand Hyuga lui avait assuré qu'il n'irait nulle part et comptait bien aider Riko. L'adulte avait hoché la tête, d'un air qui semblait dire qu'il avait plutôt intérêt de tenir cette promesse, et chacun était allé se coucher. Le lendemain, et après une nouvelle discussion interminable avec son père, Riko et celui-ci avaient pris rendez-vous avec une gynécologue.
_ Vous êtes inconscients ! Vous auriez dû m'en parler immédiatement ! Et s'il était arrivé quelque chose au bébé ou pire, à Riko ?! Vous ne réfléchissez jamais ? avait-il hurlé la veille au visage des deux plus jeunes qui n'osaient pas lever la tête de leurs mains, posées sur la table.
Hyuga avait insisté pour venir au rendez-vous et Monsieur Aida lui avait répondu qu'il y comptait bien. Puis Riko avait insisté pour que Kiyoshi vienne également et son père avait commencé par refuser jusqu'à ce que sa fille s'énerve et finisse par lâcher qu'il serait probablement le parrain de l'enfant et qu'il avait été d'un soutien indéfectible jusque là. Monsieur Aida avait fini par céder et c'est ainsi qu'ils se retrouvaient tous les quatre dans la pièce en attendant la gynécologue. Cette dernière finit par arriver et commença à préparer ce dont elle aurait besoin. Elle avisa le trio masculin qui arborait un air un peu anxieux et demanda :
_ Qui est le père ?
_ Moi ! répondirent Hyuga et Monsieur Aida d'une même voix.
Ils échangèrent un regard surpris et Riko ne put s'empêcher de rire en chœur avec la gynécologue qui décida de préciser.
_ Je voulais dire le père du bébé.
Elle se retourna vers sa patiente :
_ Ca va être un peu froid.
Elle étala le gel et bientôt une forme blanchâtre un peu indistincte apparut sur l'écran.
_ C'est votre première échographie ?
_ Oui. Est-ce que tout va bien ?
Le médecin lui adressa un sourire avant de confirmer d'une voix chaleureuse que tout allait bien et Riko put voir du coin de l'œil la réaction des trois hommes, visiblement soulagés.
8 semaines plus tard.
Riko se laissa tomber sur sa chaise, au dernier rang de la classe et se massa les tempes. Une camarade s'arrêta à son niveau et la dévisagea.
_ Quoi ? grogna la brune.
L'autre sursauta avant de s'éloigner en lui jetant quelques regards frénétiques. Elle s'était à peine assise avec ses amies qu'elle chuchotait et que le petit groupe riait sous cape. Riko soupira.
_ Les gens continuent de se moquer de toi ? demanda Kiyoshi d'une voix compatissante comme il s'asseyait devant elle.
Elle haussa les épaules et passa une main distraite sur son ventre rebondi.
_ Je savais comment ça allait se passer. Tu sais que la plupart de mes amies ne me parlent plus ? Et leurs parents ont peur que j'aie une mauvaise influence.
_ Ne les écoute pas.
_ Non, en fait je trouve ça injuste. A écouter les discussions dans les vestiaires des filles, beaucoup font pire que moi avec leur copain et pourtant c'est moi qui me retrouve enceinte. Si leurs parents savaient, je me demande ce qu'ils en penseraient.
_ Tu devrais arrêter d'y penser.
_ On voit bien que c'est pas toi qui tombe sur de nouveaux graffitis à ton sujet à chaque fois que tu vas faire pipi. soupira la brune en s'installant plus confortablement.
_ Tu crois que les filles sont les seules à jouer les commères ?
Riko lui jeta un regard perplexe :
_ Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Rien.
_ Si, vas y. Explique.
_ Il y a pas mal de trucs sur Hyuga aussi dans nos toilettes. finit par avouer le garçon en se grattant nerveusement l'arrière du crâne.
Son amie se renfrogna. Hyuga ne lui disait jamais rien sous prétexte de la préserver. Par exemple, quand il avait enfin parlé de leur situation avec ses parents, il avait fallu une semaine à Riko pour l'apprendre. Et deux supplémentaires pour apprendre que son petit-ami vivait chez Teppei. "C'est temporaire" avait-il dit. "En attendant qu'ils se calment et prennent du recul". Toujours était-il que le temporaire durait depuis maintenant un mois et que Hyuga ignorait avec application chacun des appels de ses parents. Ils s'étaient disputés plusieurs fois à ce sujet.
_ Tu as besoin d'eux. On aura besoin d'eux quand le bébé sera là !
_ Et ils ne veulent pas nous aider alors on fera autrement.
La jeune femme poussa un petit gémissement et son meilleur ami se pencha vers elle :
_ Ca va ?
_ Oui, Teppei, tout va bien. C'est juste qu'elle donne des coups.
_ "Elle" ? Je croyais que vous ne sauriez pas le sexe avant le prochain rendez-vous ?
Riko prit le temps d'adresser une grimace peu amène à un garçon qui s'était arrêté dans le couloir pour la fixer depuis la porte et qui déguerpit aussitôt.
_ Oui. Mais je suis sûre que c'est une fille ! Hyuga pense que c'est un garçon.
Kiyoshi eut un petit rire :
_ C'est vrai. Il me l'avait dit. Mais tu sais, je pense qu'il s'en fiche un peu.
_ Je t'avoue que c'est le dernier de mes soucis. finit par soupirer Riko.
_ Qu'est-ce que tu veux dire ?
_ Je veux dire que j'ai 17 ans dans quelques jours, que mes "beaux-parents" nous ont complètement laissés tomber et que le lycée essaie de me pousser à partir pour sauver la face. Alors savoir si je vais avoir une fille ou un garçon…
_ Comment ça le lycée essaie de te pousser à partir.
Riko changea encore de position, incapable de s'installer confortablement sur la chaise en bois, avant de se lever pour aller se dégourdir les jambes dans le couloir.
_ Tu dis rien à Hyuga ?
Le châtain soupira et lui emboîta le pas :
_ Vous êtes incroyables ! Quand est-ce que vous comptez arrêter les secrets ? C'est au moins la quatrième fois cette semaine que l'un de vous me demande de ne rien dire à l'autre.
_ Promets !
_ Ok. Je ne dirais rien à Hyuga.
_ Le directeur nous a convoqué il y a quelques jours avec mon père pour nous expliquer pourquoi il était préférable que je parte de moi-même. Soit disant que je déconcentrerais mes camarades et leur renverrait une mauvaise image. En fait, ils ne veulent pas me renvoyer pour sauver la face mais le directeur a clairement sous entendu qu'il finirait par le faire.
_ Et qu'est-ce que tu vas faire ?
_ J'hésite encore. D'un certain côté, je n'ai pas envie de leur donner satisfaction mais de l'autre, ce serait plus simple de finir l'année chez moi. Je te jure, il y a des jours où je me demande ce qui m'est passé par la tête quand j'ai décidé de le garder.
_ Tu regrettes ?
La jeune femme prit quelques secondes pour y réfléchir, ignorant le gloussement d'une élève de deuxième année qui passait à son niveau.
_ Non. Je ne crois pas.
Deux jours plus tard, elle apprenait que Hyuga avait raison. Ils allaient avoir un garçon. Huit jours après, elle recevait une lettre de la direction de son lycée et réprimait un sourire en se disant qu'ils avaient enfin pris leur décision. Neuf jours après, elle se retenait de pleurer parce que le brun avait également été renvoyé. Onze jours plus tard, elle s'empiffrait de gâteau d'anniversaire, coincée entre Hyuga et Teppei sous l'œil réellement inquiet de son père qui se demandait comme sa fille, si jeune, allait bien pouvoir gérer ça. Quinze jours s'étaient écoulés quand elle décida de finir son année par correspondance. Vingt-six quand Kiyoshi lui demanda s'ils avaient déjà réfléchi à un nom. Trente-et-un quand il lui apprit qu'il avait rompu avec son copain une semaine plus tôt. Et quarante-huit quand elle se rendait à l'hôpital, catastrophée, parce que Teppei venait d'atterrir aux urgences. Cinquante jours avant qu'elle ne lui passe un savon pour lui avoir fait une frayeur pareille. Soixante-sept jours avant qu'elle ne décide de renoncer aux cours d'accouchement sans douleur parce que le regard des autres femmes était trop lourd à supporter. Soixante-huit jours avant que Hyuga lui assure qu'elle n'avait pas à se sentir coupable d'avoir abandonné. Soixante-treize jours avant qu'elle ne se dise qu'elle avait hâte que le bébé soit là parce qu'elle en avait marre de se sentir énorme, encore en train d'enfler. Quatre-vingt-cinq jours avant qu'elle ne se plaigne de la chaleur suffocante. Quatre-vingt-seize jours avant que son père ne la transporte d'urgence à la maternité, qu'elle ne crie que c'était impossible, le bébé ne devait pas arriver avant encore un mois, qu'on lui répondre que le bébé n'avait pas l'air décidé à attendre un mois supplémentaire, qu'elle ne hurle à son père et à Hyuga de sortir de la salle parce qu'ils l'angoissaientt plus qu'autre chose. Quatre-vingt-dix-sept jours avant qu'elle ne tienne son fils dans ses bras et réalise enfin à quel point elle était heureuse d'avoir décidé de le garder.
Fin du Flash Back :
_ C'est à propos de mon fils. Il va bientôt avoir quatorze ans et…
Kise manqua de s'étrangler avec son thé.
_ Quatorze ans ? Ouah, tu fais jeune pourtant, t'as quel âge ?
_ Ki-chan ! C'est très impoli de demander ça à une femme !
_ Non, c'est bon. J'ai bientôt 31 ans. J'ai eu Rei quand j'étais encore au lycée.
_ Oh. Je vois. Ca n'a pas dû être facile.
_ Vous avez entendu parler des problèmes à Teiko, on a même été manifester là bas il y a quelques mois. intervint Kiyoshi, soucieux de rester concentré sur le sujet initial.
Kagami se referma aussitôt et Momoi posa un regard désolé sur lui.
_ Oh, pardon. Je ne voulais pas ramener de mauvais souvenirs. s'excusa aussitôt le châtain.
_ Ce n'est rien. Continue, c'est quoi le problème avec Teiko ?
_ C'est là bas qu'étudie Rei. reprit Riko, intriguée par leur réaction.
Momoi sembla faire le lien presque aussitôt :
_ Attendez, les plaintes contre la direction, ça vient de vous ?
Les deux autres hochèrent la tête.
_ Pourquoi tu ne nous as rien dit ? demanda la rose à Kiyoshi en écarquillant les yeux.
_ C'est mon mari et moi qui lui avons demandé. Nous préférions éviter d'exposer Rei.
_ Mais quelque chose a changé ? devina Kise qui finissait sa tasse.
_ L'autre soir, il est rentré avec un cocard. Teppei et nous deux avons eu notre lot au lycée, je ne veux pas que Rei subisse la même chose. On a déjà essayé de le changer d'établissement mais les transferts sont compliqués en cours d'année et comme vous le savez, la direction ne compte pas intervenir.
_ Oui, j'étais aussi à Teiko, ce sont de vrais abrutis. Je pensais qu'en changeant de directeur, les choses iraient mieux mais son remplaçant est fait du même bois et l'administration n'a pas changé non plus. Soupira Momoi.
Riko hocha la tête. Alex arriva avec plusieurs tasses qu'elle déposa devant eux et la jeune femme se saisit de la sienne. Elle en but une gorgée avant de reprendre :
_ On a reçu une réponse d'une école qui serait prête à accepter un transfert pour la prochaine rentrée et on comptait là-dessus, en espérant que les choses iraient mieux ailleurs mais quand on lui a dit, Rei s'est énervé et cela fait une semaine qu'il refuse de nous parler. Il ne veut pas changer d'école. Je crois qu'il a réussi à se faire quelques amis et qu'il a peur de se retrouver seul si les choses se répètent. On lui a promis qu'on ferait notre possible pour qu'il puisse rester à Teiko mais je… on ne sait plus quoi faire.
Momoi hocha la tête et leur adressa un regard un peu perdu :
_ D'accord mais… en quoi je peux vous aider ?
_ Teppei nous a dit que vous étiez dans cette association qui fait pression sur la direction et que vous essayiez de faire avancer les choses.
_ Si quelqu'un peut nous aider, Momoi, c'est toi ! renchérit le châtain.
La rose déglutit et contempla ses doigts, incertaine de la réponse qu'elle pouvait donner. Elle n'était pas bien sûre de pouvoir gérer la pression du regard plein d'espoir de Riko.
_ Vous devriez peut-être commencer par une association de parents. proposa Kagami.
_ J'y ai pensé. Mais ils ne peuvent rien faire tant que la direction refuse d'autoriser leurs interventions.
_ J'y suis allée quelques fois. Certains membres m'ont aussi conseillé de m'adresser à vous et Teppei à l'air d'accord.
_ C'est vrai que personne ne sait faire pression sur les gens comme Momoicchi. se moqua Kise.
La rose leva les yeux au ciel avant de reporter son attention sur ses mains. Elle sembla réfléchir un moment et finit par soupirer.
_ Je veux bien essayer mais… Ca fait des mois qu'on essaie de faire plier la direction et même convoquer la presse n'a pas fonctionné. On a tenté de mobiliser les parents d'élèves mais beaucoup ne veulent pas être impliqués de peur que leurs enfants en souffrent. Si on arrive à avoir un nombre de parents suffisant avec nous, peut-être que ça peut marcher. Ou au moins les faire réfléchir.
Riko hocha la tête et finit sa boisson.
_ Dites moi ce qu'on doit faire.
_ Votre mari…
_ Tutoyez moi, ce sera plus simple.
_ Ca va dans les deux sens ! lança joyeusement Momoi avant de reprendre :
_ Ton mari, il en pense quoi ?
_ Hyuga aurait voulu venir mais il n'a pas pu se libérer. Tout est bon de son côté. assura Kiyoshi.
_ Bon. Ce serait bien que je le rencontre aussi. Et ton fils. Ah, mais si tu préfères qu'il reste à l'écart, je comprendrais.
_ Il faut que j'en parle à Junpei mais je ne pense pas que ça posera de problèmes tant que son nom n'est cité nulle part.
_ Ok. En attendant, tu peux me raconter comment ça a commencé ?
Flash Back :
Rei s'arrêta devant la porte de chez lui et ferma les yeux. Il prit une grande inspiration et poussa le battant avant de s'engouffrer dans le couloir à toute vitesse, se dirigeant vers l'escalier qui menait à sa chambre d'un pas pressé.
_ Rei ? Une minute jeune homme ! Viens ici. l'interpella sa mère d'une voix stricte.
Le garçon s'arrêta, jura dans sa tête et fit demi-tour, tête basse.
_ Oui ? demanda-t-il d'une voix un peu trop enjouée.
Son père, assis à table et sa mère, debout près de lui, l'attendaient visiblement depuis un moment.
_ Pourquoi tu portes les chaussons de l'école ? demanda son père.
L'adolescent baissa les yeux sur ses pieds et manqua de laisser échapper un juron. Il était tellement pressé qu'il avait oublié de les cacher dans son sac.
_ J'ai… perdu mes chaussures ! Alors je suis rentré avec ça. Je peux y aller ? J'ai des devoirs et…
_ Le collège nous a appelé. Il paraît que tes notes ont beaucoup chuté et ton professeur principal voulait nous voir. Quand ta mère lui a expliqué à quel point elle trouvait ça étonnant, il nous a répondu qu'il avait reçu tous les contrôles avec notre signature. Une idée de comment ça a pu arriver ?
Le plus jeune retourna à ses orteils, dansant d'un pieds sur l'autre.
_ Que tu aies de mauvaises notes, c'est un chose. Mais que tu imites notre signature ? s'agaça Riko, les bras croisés.
_ J'ai juste du mal à suivre et j'avais peur de votre réaction. chuchota Rei.
_ Qu'est-ce qu'il t'arrive ? Teppei nous a dit que tu ne parlais presque plus, tu ne nous dit plus rien, tu perds sans arrêt tes affaires. Rien que ce mois-ci, il a fallu de racheter deux paires de chaussures, trois livres et une veste d'uniforme. Ton professeur a dit que tu avais cessé d'aller aux entraînements de basket, tes notes chutent. énuméra Hyuga, l'air tendu.
_ On n'est pas en colère, on est juste inquiets. intervint Riko en posant une main sur l'épaule de son mari.
_ C'est rien, vraiment ! J'ai juste… un peu de mal à me concentrer. assura leur fils.
_ Vous pouvez me dire ma punition pour que je puisse aller dans ma chambre ?
Ses parents se concertèrent du regard, perdus, et sa mère s'approcha. Elle se pencha vers lui et posa ses mains sur ses épaules, lui arrachant une grimace de douleur. Aussitôt, la brunette lui retira la veste et tira sur la chemise pour dévoiler un bleu qui s'étalait sur la peau de son bras.
_ Qu'est-ce que c'est ? gronda-t-elle, alarmée.
_ R…Rien ?
_ Rei ! Tu dois nous le dire si quelque chose se passe mal au collège. On ne pourra pas t'aider si tu ne nous dis rien. tenta vainement son père qui s'était approché.
Le plus jeune s'échappa de la poigne solide de sa mère et récupéra son sac avant de crier, les larmes aux yeux :
_ Vous pouvez pas m'aider de toute façon !
Il quitta la pièce en courant et gravit les marches quatre à quatre avant de claquer la porte de sa chambre, laissant ses parents dans le salon. Tous deux échangèrent un regard perdu et alors que Hyuga faisait mine de lui emboîter le pas, sa femme l'en empêcha.
_ Il faut qu'il nous dise ce qu'il se passe.
_ Tu n'obtiendras rien en le forçant à parler.
Le brun souffla et se rassit à table.
_ Qu'est-ce qu'on fait ? Tu crois qu'il est harcelé ? Il nous en aurait parlé !
_ Parce qu'on a tout dit à nos parents, nous à son âge. Tu ne voulais même pas me dire à moi ce que racontaient les autres à ton sujet. Et je pense qu'il ressemble beaucoup à son père.
Hyuga remonta ses lunettes et hocha la tête.
_ Bon. Mais il va falloir qu'il nous parle.
_ Peut-être qu'on devrait demander à Teppei. Ils ont toujours été très proches. Et on devrait le garder à la maison demain. Je n'ai que deux rendez-vous, je pourrais rester avec lui et Teppei lui parlera pendant que je serais à la salle de sport. proposa Riko d'une voix tremblante.
Son mari hocha la tête. Ce fut elle qui monta jusqu'à la chambre de leur fils et lui annonça qu'il était dispensé de cours le lendemain.
Quand son parrain entra dans sa chambre, il le trouva sur son lit, les rideaux fermés, et ignora la désagréable sensation de déjà vu qui menaçait d'éclore dans son estomac.
_ Salut.
_ C'est mes parents qui t'envoient ?
L'adulte pensa un instant à nier avant d'y renoncer :
_ Ils sont inquiets, tu sais.
_ …
_ Mais on peut parler d'autre chose, si tu préfères.
_ J'ai pas envie de parler.
_ Ok. Alors on peut juste rester et ne rien se dire ensembles. Ou jouer à un jeu vidéo. Ou alors tu peux…
_ Tu leur a dit ?
Son parrain sembla comprendre tout de suite et vint le rejoindre sur son lit :
_ Non ! Bien sûr que non ! Je t'ai promis que je ne leur dirait rien. C'est à cause de ça que tu as arrêté le basket et que tes notes chutent ?
Rei se mordit la lèvre et détourna le regard avant de secouer la tête dans un signe négatif.
_ Ecoute, tu n'es pas obligé de m'en parler. Mais tu devrais le dire à tes parents, ils veulent et peuvent t'aider.
_ Qu'est-ce que t'en sais, toi !?
_ Parce que j'ai été ado avant toi ! rit Kiyoshi, arrachant un sourire à son filleul.
_ Je déteste quand les adultes disent ça.
_ Pourtant c'est vrai.
L'adolescent renifla et leva la tête vers son parrain :
_ Tu préfères quel jeu ?
Ils firent une partie sur la console et quelques heures plus tard, Kiyoshi descendait et retrouvait Riko pour lui annoncer qu'il n'avait rien appris mais qu'il ne voulait pas brusquer le plus jeune.
_ Il va se refermer sinon.
Elle hocha la tête. Pourtant, le soir venu, alors qu'elle avait réussi à convaincre leur fils de venir manger avec eux, elle ne put empêcher Hyuga de s'exclamer :
_ Il faut que tu nous parles !
_ Junpei…
_ On ne peut rien faire pour toi si tu ne parles pas ! Qui est-ce qui t'a fait ce bleu ?
_ Personne.
_ Rei… gronda son père d'une voix tendue.
_ C'est juste un gars avec qui je m'entends pas. C'est rien.
_ Les chaussures et les cahiers, c'est lui aussi ? demanda Riko d'une voix qu'elle força à rester à rester calme.
Rei hocha la tête.
_ Il t'a souvent frappé ? insista Hyuga.
_ N-Non.
_ Rei…
La voix menaçante à nouveau. Et l'adolescent sentait que les derniers mois le rattrapaient.
_ Il m'a poussé contre le mur une fois. Et quelques uns ont essayé de m'enfermer dans les vestiaires.
Ses parents échangèrent un regard très inquiet.
_ Depuis combien de temps ça dure ? soupira le lunetteux.
_ Je sais pas… Quelques mois ?
_ Pourquoi tu ne nous l'as pas dit plus tôt ? demanda sa mère en contournant la table pour passer un bras par-dessus ses épaules.
_ Parce que !
_ Et ce "gars", il a un nom ? finit par demander Hyuga en décidant de ne pas insister pour le moment.
_ C'est Jun.
_ Jun Kobayashi ?
Les deux adultes échangèrent un regard perplexe.
_ Mais vous vous entendez bien pourtant.
_ Plus maintenant. grogna Rei en se dégageant finalement de l'étreinte de sa mère.
_ Qu'est-ce qu'il s'est passé ?
_ …
_ Rei, s'il te plaît.
Et il ignorait si c'était la voix tremblante de sa mère si protectrice et forte, ou bien le regard désemparé de son père qu'il n'avait jamais vu dans cet état, ou peut-être l'affirmation de son parrain quelques mois auparavant. Mais il murmura quelque chose trop bas pour être entendu et on lui demanda de répéter.
_ Parce que je lui ai dit que je l'aimais bien… enfin peut-être un peu plus que bien, et ça lui a pas plu.
Il capta le regard interloqué qu'échangèrent ses parents et se leva d'un bond, l'air effrayé, avant de prendre la fuite à nouveau, ignorant sa mère qui lui demandait de rester là. Il entendit ses parents parler quelques minutes avant que quelqu'un ne monte et toque à la porte de sa chambre. Il sursauta quand il entendit la voix de son père. Si on lui avait demandé, il aurait parié sur sa mère.
_ Rei, ouvre moi.
_ Non.
_ S'il te plaît ?
_ …
_ Rei.
Il se leva et déverrouilla la porte.
_ Vous me détestez ? murmura-t-il, tête basse.
Son père fronça les sourcils :
_ Bien sûr que non ! Comment tu as pu croire qu'on allait te détester ? Ou même moins t'aimer ?!
_ …
_ Tu sais pourtant qu'on n'a aucun problème avec ça ! Teppei est là pour en témoigner.
L'adolescent se rua sur lui et se colla contre son torse en reniflant et Hyuga hésita un instant avant de refermer ses bras dans son dos, peu habitué aux étreintes.
_ Hey, t'en fais pas. Ca va aller, d'accord ? On va parler avec les Kobayashi et…
_ NON !
_ Comment ça ?
Rei s'éloigna et se tortilla.
_ Quoi ?
_ Jun il est… il s'est excusé l'autre jour. Il m'a même aidé à chercher mes chaussures.
Hyuga lui adressa un regard perdu.
_ Je croyais que…
_ Oui. C'est lui qui a commencé et qui a dit à toute l'école que… Enfin… Mais c'est plus lui. Et je veux pas que t'en parles avec ses parents. Sinon, ils vont lui interdire de me voir et c'est le seul qui… S'il te plait !
_ Ok, ok. On n'ira pas les voir pour l'instant. Mais il va bien falloir qu'on fasse quelque chose. Ca ne peut pas continuer.
Rei hocha timidement la tête.
_ Vous n'osez quand même pas faire un câlin sans moi ! s'indigna une voix dans le couloir.
Les deux garçons se tournèrent vers elle et elle s'avança vers eux. S'il y pensait sérieusement, c'était le premier câlin groupé que Hyuga s'autorisait depuis plusieurs années.
Fin du Flash Back :
Momoi se laissa tomber sur le canapé. Elle était tout simplement éreintée. Elle arrivait presque au bout de la semaine et s'en félicitait : elle n'avait jamais eu de problème avec le service de nuit, au contraire, mais pour une fois elle avait hâte de reprendre des horaires diurnes. Elle bâilla et reposa la tête contre le dossier, se forçant à rester assise. Si elle s'allongeait ici, elle finirait par s'endormir, aurait des courbatures pendant deux jours, attraperait peut-être froid, et surtout, n'avancerait pas dans ses réflexions. Elle s'étira, se leva et fit quelques pas en direction de la cafetière qu'elle fixa plusieurs minutes. Elle avait passé la matinée et une partie de la nuit à servir des cafés et l'odeur elle-même lui donnait une légère nausée. Elle buvait du café. Souvent. Trop. Et travailler au snack n'était même pas une raison suffisante pour arrêter. Elle n'avait jamais particulièrement apprécié le café. Elle était simplement sensible à la caféine et rester éveillée devenait parfois une priorité qui battait largement le goût amer et désagréable qui lui restait accroché à la gorge.
_ Tu ne devrais pas. Tu as passé la nuit debout, tu devrais dormir.
Elle sursauta. Kise lui adressa un sourire désolé, s'excusant tacitement de lui avoir fait peur, et disparut dans sa chambre. Il en sortit quelques minutes et deux jurons plus tard en tenant triomphalement son classeur de comptabilité qu'il avait oublié en travaillant dessus la veille. Il s'apprêtait à partir quand il remarqua que sa colocataire n'avait toujours pas bougé d'un pli. Il la rejoignit et s'efforça de la convaincre :
_ L'histoire de Riko t'a touchée, je sais. Et tu veux les aider. Mais tu ne penseras à aucune solution si tu ne dors pas. Tu es debout depuis quoi ? Cinq heures de l'après midi hier ?
_ Quatre.
_ Voilà. Ca fait presque dix-huit heures. Et tu as besoin de te reposer. On y réfléchira ensembles quand je rentrerais si tu veux.
Elle hocha la tête et décida de renoncer à son café pour aller se coucher. Elle retira ses chaussures, lâcha ses cheveux, retira son T-shirt, déboutonna son jean et se laissa tomber sur le matelas. Il fallait vraiment qu'elle trouve une solution. Teppei était un ami. Et elle voulait aider Riko. Et puis ce Rei, il avait… elle s'endormit sans parvenir à se détendre, épuisée.
Flash Back :
Rei était retourné au collège. Il n'avait pas le choix, lui avait-on dit. Il avait grimacé : il avait naïvement pensé que maintenant que ses parents étaient au courant, ils le laisseraient échapper à ce qui était devenu un calvaire quotidien. Quand il avait compris que ce n'était pas le cas, il avait ravalé les remarques qui lui étaient venues en tête, la bouffée de larmes que sa fierté l'empêchait de verser à nouveau et avait quitté la maison d'un air digne mais renfermé. Quelques heures plus tard, Teppei était assis sur le canapé, une tasse de thé à la main.
_ Ah… il vous l'a dit, alors.
Hyuga lui jeta un regard dur :
_ Parce que tu le savais ?
_ …
_ Evidemment que tu le savais, ce gosse te dit tout !
_ Je…
_ Pourquoi tu ne nous l'as pas dit ? Ce n'est pas comme si tu doutais de notre réaction, tu savais très bien que nous l'accepterions !
_ Hyuga…
_ Je devrais même plus m'étonner. Déjà à l'époque quand Riko était enceinte tu..
_ J'ai fait ce que je devais faire ! Rei me parle parce qu'il a confiance en moi pour garder ses secrets, je n'allais pas risquer de perdre cette confiance. Et puis si tu veux mon avis, ce n'était pas à moi de te dire que ton fils aimait un camarade de classe comme ce n'était pas à moi de te dire que ta copine était enceinte il y a quatorze ans !
_ C'est bon, t'as fini ? grogna le brun, à court d'argument.
_ Oui… Je crois.
Le lunetteux prit une grande inspiration et se laissa tomber aux côtés de son meilleur ami.
_ Et… Tout va bien, pas vrai ? finit par demander ce dernier, les yeux ancrés au mur d'en face.
_ Non, tout ne va pas bien ! Je viens d'apprendre que mon fils est martyrisé par ses camarades de classe ! Evidemment que tout ne va pas bien.
Le plus grand ricana nerveusement.
_ Oui. Mais ce n'est pas ce que je voulais dire…
_ Oh. Ca. Oui, ça va. Je n'irais pas jusqu'à dire que c'est un plaisir, mais j'ai du mal à voir pourquoi ce serait un réel problème. Et puis il a quatorze ans. A quatorze ans, tu regardais bien les nanas dans les magazines cochons, toi ! Regarde où tu en es aujourd'hui.
Le châtain s'empourpra violemment et dévisagea son ami :
_ HEIN ?! Non ! Je n'ai jamais fait ça ! Je n'ai jamais eu de magazine… Et puis comment tu sais qu'à quatorze ans, je regardais les filles d'abord, on s'est connus un an plus tard ?!
Hyuga eu un petit sourire mêlé d'amusement et de sournoiserie, visiblement satisfait d'embarrasser l'autre.
_ J'ai mes sources !
_ Hum. Donc… il n'y a pas de problème entre nous ?
_ Je peux savoir où tu cherches à en venir depuis tout à l'heure ?
Kiyoshi se ratatina sur son siège et c'était en soi une image assez étrange de ce grand gaillard souriant.
_ C'est juste que j'avais peur que vous m'en vouliez. Comme je suis proche de Rei et que… je ne voulais pas que vous croyiez que c'était ma faute.
Hyuga le dévisagea quelques minutes, stupéfait, et finit par lui donner un petit coup derrière la tête :
_ T'en as d'autres des conneries comme ça ?
_ …
_ Pour qui tu nous prends, crétin ? Il faudrait être complètement débile pour croire ça ! Ca ne nous est même pas venu à l'esprit.
Le châtain eut un grand sourire soulagé et un peu idiot qui disparut presque aussi vite qu'il était apparu.
_ Qu'est-ce que vous allez faire pour Rei ?
Le plus petit se leva et commença à marcher le long de la pièce.
_ Je ne sais pas. Je… Quand on était au lycée, on en a bavé. Je ne veux pas que ça lui arrive aussi. Riko et moi avons passé la nuit à nous renseigner sur internet.
_ Et qu'est-ce que vous avez trouvé ?
_ Qu'apparemment ce n'est pas la première fois que ça arrive à Teiko. Ca arrive probablement dans beaucoup de collèges mais…
Il secoua la tête.
_ Quand je pense qu'on l'avait inscrit dans un établissement différent du notre à cause de la direction…
Hyuga se rassit et leva les yeux au plafond comme si le lustre allait lui donner une réponse.
_ Je pense que vous devriez d'abord contacter le directeur et le professeur principal de Rei pour voir comment gérer ça. Et en attendant, vous devriez garder un œil sur lui. Je suis là si vous avez le moindre problème.
Le brun hocha la tête et ferma les yeux. Il se sentait très fatigué et beaucoup plus vieux qu'il ne l'était. Ses souvenirs le ramenaient quatorze ans en arrière. A l'époque, il était loin de se douter de tout ce qui les attendait Riko et lui. Et Teppei aussi, qui avait toujours été là, avait assumé le rôle de babysitter, de soutien moral et physique, de compagnon de beuverie, de partenaire de bêtises de leur fils et de parrain attentionné.
_ Je sais. Merci.
Fin du Flash Back :
Cela faisait huit fois que Momoi regardait l'horloge murale accrochée au dessus des étagères du snack. Elle essuyait frénétiquement un verre tout en se concentrant sur la porte d'entrée. Une cliente l'interpella et elle abandonna son chiffon pour aller prendre sa commande. Elle devait rencontrer Hyuga et Riko cet après midi et semblait tourner en rond comme un fauve en cage. Alex était descendue et faisait semblant de lire un journal posé sur le comptoir tout en observant son amie du coin de l'œil. A une table, Aomine et Kagami discutaient, Kasamatsu s'efforçait de lire un article par-dessus l'épaule de Kuroko et Himuro parlait basket avec Kise. Il n'était pas loin de dix-huit heures et Kise les avait tous invités en affirmant que ce serait sa tourné - rapidement contredit par Kasamatsu qui lui avait rappelé le nombre de fois où il se plaignait d'être trop juste niveau budget - et avait fini par convaincre tout le monde de venir. Midorima avait échappé à l'obligation en prétextant une garde à l'hôpital et personne n'aurait su dire si ce n'était qu'une excuse ou si c'était la vérité, tandis que Takao avait simple décliné avec un smiley clin d'œil, ajoutant que ce serait pour une prochaine fois. L'ancien mannequin avait pensé à insister mais avait fini par y renoncer. Akashi quand à lui n'avait même pas eu besoin de trouver une excuse. Kuroko était simplement arrivé seul et personne n'avait posé de question. Kise avait même eu un petit sourire soulagé et une voix qui transpirait la mauvaise foi quand il avait lâché que c'était "dommage. Il est toujours le bienvenu".
Quand Riko et Hyuga débarquèrent, accompagnés de Kiyoshi et d'un adolescent aux cheveux bruns, l'air renfrogné, il sembla à Alex que Momoi avait bondi comme si elle avait été montée sur ressort. Elle s'était approchée, leur avait indiqué une table un peu à l'écart en s'excusant. Il y avait encore trop de clients et Jack, qui avait le service de nuit et partageait une partie de son service, ne semblait pas vouloir revenir de sa pause. Elle s'excusa encore comme les trois adultes lui faisaient signe que ce n'était rien et revint prendre sa place derrière le bar où elle se saisit avec empressement d'une bouteille d'alcool qu'elle faillit laisser tomber.
_ Tu sais quoi ? Je vais te remplacer. finit par lancer Alex en remontant ses lunettes.
_ C'est bon. Je peux attendre que Jack revienne.
Elle jeta un coup d'œil à l'horloge :
_ Il est parti il y a déjà cinq minutes, il ne devrait plus tarder.
_ Satsuki, tu es peut-être très douée mais tu n'arriveras pas à les aider en un quart d'heure.
_ C'est le seul jour où ils étaient disponibles tous les trois en même temps. Je suis vraiment désolée de devoir faire ça pendant le service.
_ Ce n'est pas ce que je voulais dire. Donne moi ton tablier et va les aider. Je vais prendre ta place le temps que tu aies fini.
La rose la regarda, hésitante, avant de détourner le regard pour fuir celui de sa patronne :
_ C'est pas super correct.
_ Je trouve ce que tu fais pour eux et leur gamin admirable !
_ Je n'ai encore rien fait.
_ Oui. Mais tu finiras par trouver une solution : tu es la personne la plus intelligente et déterminée que je connaisse ! Et pourtant, crois moi, quand Taiga veut quelque chose… T'as bien vu avec Daiki !
Momoi esquissa un sourire.
_ T'es sûre que ça ne te dérange pas ?
_ Sûre.
_ Je te le revaudrais ! Promis.
Alex lui adressa un clin d'œil et la plus jeune s'empressa de regarder ailleurs tout en enlevant son tablier et en le lui tendant.
_ Ah… Fais attention de ne pas te piquer. Parfois certains pin's se décrochent.
L'autre hocha la tête avec un sourire et la regarda s'éloigner en direction de la famille Hyuga, un sourire flottant sur ses lèvres.
Momoi s'approcha et les salua.
_ Enchantée, monsieur Hyuga.
L'autre fronça les sourcils.
_ Hyuga tout court, je préfère.
_ Bien. Et tu dois être Rei. supposa la rose en souriant à l'adolescent qui détourna le regard en l'ignorant.
_ Rei, s'il te plaît. soupira Riko.
Le garçon fronça encore un peu plus les sourcils et Momoi trouva qu'il ressemblait à son père.
_ Tu veux boire quelque chose ? proposa-t-elle.
_ Non.
_ D'accord…
Elle lança un regard aux trois adultes.
_ Ce serait peut-être plus simple si on discutait tous les quatre.
_ C'est bon j'ai compris ! grogna Rei en se levant et en enjambant les pieds étendus de son parrain pour se diriger vers la sortie.
_ Rei ! Reste ici, s'il te plaît ! s'écria Riko qui s'apprêtait à lui emboîter le pas.
Depuis quelques mois, elle n'était plus à l'aise avec l'idée de laisser son fils seul. Peut-être étais-ce les marques douteuses qu'elle avait entraperçues sur un de ses bras, ou le nombre alarmants de témoignages qu'elle avait lu sur le net.
_ Et où est-ce que je dois me mettre ? finit par grommeler l'adolescent.
Riko cligna des yeux et jeta un coup d'œil circulaire à la pièce.
_ J'ai peut-être une idée.
Teppei se leva et s'approcha de son filleul. Quelques secondes plus tard, il demandait :
_ Dites… Ca vous dérange de garder un œil sur lui ?
Aomine les regarda, lui et Rei, tour à tour :
_ C'est qui ce môme ?
_ Daiki ! Hum, excuse le, ce mec n'a aucune manière. Il n'y a pas de problème, Teppei.
Le châtain lui décocha un grand sourire un peu forcé avant de rejoindre ses amis quelques tables plus loin. Riko le regardait d'un air dubitatif :
_ D'ici, tu peux garder un œil sur lui et crois moi, il y a peu de chances qu'il échappe à la surveillance de Kise ou Kagami. Et puis peut-être que ce sera plus simples avec des gens qu'il ne connaît pas.
La jeune femme jeta un dernier regard à son fils avant de hocher la tête et de reporter son attention sur Momoi.
A deux tables de là, Rei pianotait sur son téléphone sans prêter attention aux chuchotements d'Aomine.
_ Non mais sérieux, c'est qui ce gosse ?
_ C'est le filleul de Kiyoshi.
_ Et c'est qui Kiyoshi ?
Kagami lui jeta un regard sévère :
_ Tu ne m'écoutes JAMAIS quand je parle, pas vrai ?
Le bleu se tut, sembla fouiller dans ses souvenirs et finit par tenter :
_ Le type de l'association, celui dont le fils est harcelé ?
_ Pas le fils, le filleul. Oui, c'est lui.
_ Et pourquoi c'est à nous de jouer les babysitters ?
_ Aominecchi, parle moins fort. Je suis sûr que tout le snack peut t'entendre !
_ Si on m'avait dit qu'un jour je recevrai des conseils de discrétion de ta part, j'aurais bien rigolé ! répliqua l'autre, vexé.
_ Je n'ai pas besoin qu'on me surveille. finit par lâcher Rei, coupant Kagami dans son élan alors qu'il allait lancer une réplique acerbe à son amant.
_ C'est juste que ça les rassure.
_ Il parle ! constata Aomine avec un rictus moqueur.
_ Daiki, ça suffit ! Tu es vraiment impossible !
_ Vous sortez ensembles ? demanda Rei en les dévisageant.
_ Dis donc, morveux, c'est quoi ces questions ?
_ Daiki arrête ! gronda Kagami, agacé, en lui donnant un coup de coude.
_ Oui, ils sortent ensembles ! répondit Kise avec un sourire.
_ Ils passent leur temps à se chamailler, c'est très divertissant.
L'adolescent dissimula un sourire devant l'air conspirateur du blond.
_ Et toi ?
L'ancien mannequin coula un regard vers Kasamatsu assis face à lui :
_ Moi, je sors avec le beau brun. Celui qui a les sourcils froncés.
Le concerné releva la tête juste à ce moment là et le regarda quelques secondes droit dans les yeux avant de retourner comme si de rien n'était à la lecture du journal que Kuroko lui avait cédé, arrachant un sourire attendri à son petit-ami. L'attention de Rei se porta vers le petit bleu, qu'il venait tout juste de remarquer, et l'autre brun.
_ Eux aussi ils sont ensembles ?
_ Non. Lui c'est Himuro, le frère de Kagami. Et à côté, c'est Kuroko. Ils sont tous les deux en couple mais pas l'un avec l'autre.
Le plus jeune hocha la tête une nouvelle fois.
_ T'es bien curieux pour un gamin.
Kagami leva les yeux au ciel : il ignorait si c'était la sœur d'Aomine qui l'avait poussé à détester les ados ou bien s'il s'était juste levé du mauvais pied mais il était insupportable.
_ T'as posé plus de questions que moi. J'ai compté, depuis que je suis là t'en as posé sept… vieillard.
Kise manqua de s'étouffer avec sa salive comme Kagami explosait de rire devant l'air stupéfait et vexé de son amant.
_ Alors celle là, tu l'as pas volée, mon vieux !
_ Ha, ha, ha, très drôle. grommela Aomine.
Kuroko, qui suivait l'échange d'une oreille depuis quelques temps ne put réprimer un léger sourire. Himuro contint un ricanement et finit par aviser l'heure.
_ Je dois y aller. On se voit toujours demain, Taiga ?
_ Yep. Et les boissons sont pour moi cette fois-ci. Tu devrais rappeler à Alex qu'elle doit s'occuper du repas.
Pendant ce temps, l'adolescent avait récupéré son téléphone et pianotait dessus, visiblement très concentré. Kise se pencha par-dessus son épaule pour tenter d'apercevoir quelque chose mais n'eut le temps d'apercevoir qu'un prénom avant que Rei n'éteigne l'écran et ne le fusille du regard.
_ Ah… Je voulais pas être indiscret.
_ …
_ Bon, d'accord, peut-être un peu indiscret. Mais je suis d'un naturel curieux.
L'adolescent leva les yeux au ciel et jeta un coup d'œil à son mobile qui vibrait, renonçant à répondre tant que le blond avait ce regard diabolique.
_ Jun… C'est ton copain ?
Rei se détourna sans répondre. Il se leva et Kise le retint par la manche :
_ Une minute ! Je ne pense pas que tes parents aient fini avec Momoicchi. Et il est hors de question que tu fugues sous ma surveillance.
_ Je veux juste aller chercher un soda.
Kise lâcha sa manche en balbutiant un "Oh" contrit et observa le garçon aller passer sa commande au bar, profitant d'être loin des yeux indiscrets pour répondre au message. Il revint deux minutes plus tard avec sa boisson et se laissa tomber aux côtés de Kuroko. Celui là avait l'air moins bavard et surtout, moins curieux.
Deux tables plus loin, Momoi, Teppei et le couple Hyuga discutaient :
_ C'est le gros du problème, ils ne veulent rien entendre. Ils ont peur de choquer l'administration. soupira la rose avec un air fataliste.
_ Alors qu'est-ce qu'on peut faire ? demanda le lunetteux d'un air désemparé.
Flash Back :
Un verre vola au travers de la pièce et vint s'écraser contre un mur, éclatant en mille morceaux qui s'éparpillèrent au sol. Riko avait poussé un petit cri de surprise et Teppei s'était approché pour tenter de calmer son meilleur ami. Cela faisait longtemps qu'il ne l'avait plus vu perdre le contrôle comme ça.
_ Hyuga, calme toi, écoute…
_ Comment veux tu que je me calme ?! répliqua l'autre en tentant de ne pas hausser le ton.
Il jeta à son ami un regard perdu et soupira. Il quitta la pièce et revint avec un balai. Il s'efforça de ramasser les débris de vaisselle au sol, comme si ce geste l'aidait à éclaircir ses pensées, et quand il eut terminé personne n'avait bougé. Rei était toujours dans sa chambre, Riko avait seulement retiré sa main de devant la bouche et Kiyoshi épiait chacun de ses mouvements.
_ Il ne veut pas changer d'école. Après tout ça, il ne veut pas changer d'école, je ne comprends pas. finit par lâcher la jeune femme.
_ Vous lui avez demandé pourquoi ?
_ Il s'est tout de suite braqué et s'est enfermé dans sa chambre. C'est à peine s'il nous a adressé la parole depuis.
_ Je vois.
_ Toi tu as une idée de ce qu'il se passe. devina Hyuga, la voix tendue.
_ Je n'en suis pas sûr et puis j'ai promis de ne rien dire.
_ Teppei ! Arrête de faire ça ! C'est mon fils !
_ Je sais mais…
_ Il faut que tu nous aides là. Parce que moi je suis paumé ! Alors si tu sais quelque chose…
Kiyoshi sembla hésiter puis soupira et hocha la tête plusieurs fois en signe de reddition.
_ Je crois, mais je n'en suis pas sûr, qu'il se passe quelque chose entre lui et Jun.
_ Jun Kobayashi ? Celui qui a commencé tout ça ? demanda Riko, surprise.
Le châtain opina du chef et les invita à s'asseoir sur le canapé d'un geste. La jeune femme obtempéra mais son mari resta debout.
_ J'ai un peu discuté avec Rei l'autre jour et il m'a dit que Jun s'était excusé il y a déjà un bon moment et qu'ils s'entendaient bien de nouveau.
_ Tu veux dire que Rei est toujours ami avec le garçon qui a tout déclenché ? gronda Hyuga d'une voix dangereusement basse.
_ Je pense que le gamin n'avait pas prévu que les choses iraient si loin. D'après ce que j'ai compris, il prend plutôt la défense de Rei.
_ Et qu'est-ce qui te fait croire qu'il se passe quelque chose entre eux ?
Kiyoshi haussa les épaules :
_ Je sais pas. Rei est toujours pendu à son téléphone et j'ai remarqué que Jun revenait souvent dans la conversation. Tout ce que je dis, c'est que c'est peut-être pour ça qu'il ne veut pas changer d'école.
Riko semblait perplexe, Hyuga en colère. Il allait dire quelque chose quand Kiyoshi intervint :
_ Si tu es sur le point d'envisager d'interdire à ton fils de voir le seul ami qui compte pour lui parce qu'il a fait une erreur et que ça a dégénéré, je te conseille de réfléchir encore.
La jeune femme jeta un coup d'œil à son mari :
_ Teppei a raison. On ne peut pas interdire à Rei de voir Jun.
_ Je sais. finit par grommeler Hyuga.
_ Et ce n'était pas ce que j'allais dire. J'allais proposer d'en parler avec Rei. Ca ne peut pas continuer comme ça. Et c'est la seule solution qu'il nous reste.
_ En fait… commença Teppei.
Il se rattrapa et s'empêcha de terminer.
_ Quoi ?! Crache le morceau !
_ Vous avez pensé aux associations ?
Hyuga se raidit. Il n'était pas sûr d'être confortable avec cette idée. C'est pourquoi Riko était celle qui avait exploré cette piste. Elle en parla quelques minutes mais leur ami finit par l'interrompre.
_ Non, je ne parlais pas des associations de parents. En fait… Je connais quelqu'un qui pourrait peut-être nous aider mais…
_ Mais quoi ? Tu vas arrêter de tourner autour du pot, oui ?!
_ Mais c'est pas dit qu'elle y arrive, Hyuga. Ca fait des mois qu'elle essaie d'obtenir un rendez-vous avec le directeur et la seule fois où elle a réussi à lui parler en tête à tête, il l'a envoyée bouler.
_ Tu lui as dit pour Rei ? demanda Riko d'une voix éreintée.
_ Non. On avait convenu ensembles que je ne parlais pas de lui à l'association et qu'il devait rester anonyme. Mais je pense vraiment qu'elle pourrait nous aider. C'est quelqu'un… de très déterminé.
_ Pourquoi tu n'en as pas parlé plus tôt, idiot ?
_ Parce que ! C'est toi qui n'était pas emballé à l'idée d'impliquer des associations, tu refusais d'en entendre parler au début ! Je comprends que vous essayiez de protéger Rei, mais on peut lui faire confiance et ensembles, on arrivera peut-être à quelque chose.
Les deux autres se consultèrent du regard.
_ Ok. Pourquoi pas ? Si tu penses qu'elle peut nous aider…
Fin du Flash Back :
_ Alors qu'est-ce qu'on peut faire ?
Momoi le regarda et se massa les tempes. Elle leur fit signe de ne pas bouger et s'éclipsa dans l'arrière salle. Elle en revint quelques instants plus tard avec une feuille froissée couverte d'inscriptions et un stylo bille.
_ Déjà, j'avais pensé à faire une pétition. C'est assez classique mais si le directeur se rend compte que l'opinion des parents d'élèves est en votre faveur, il sera sans doute plus enclin à nous écouter. Et s'il refuse toujours d'aller dans notre sens, on peut le menacer de diffuser cette pétition à un niveau plus large que les parents d'élèves.
_ Je croyais que tu avais déjà appelé la presse.
La rose grimaça et se gratta la tête avec le bout de son stylo.
_ Je n'ai pu avoir que la presse locale et quelques journaux en ligne. Mais on peut utiliser l'avantage que nous donne internet par rapport à l'info.
Hyuga et Riko échangèrent un regard.
_ Pourquoi ne pas l'avoir fait plus tôt ?
_ Je sais qu'il est hors de question de dévoiler l'identité de Rei et de le faire témoigner. D'ailleurs je partage votre avis à ce sujet, il faut à tout prix le protéger. Mais un témoignage serait tout de même d'une grande aide.
_ Tu veux qu'on parle…aux journalistes ?
_ Non ! Pas dans un premier temps en tout cas. Disons que ce sera notre ultime recours. S'il refuse de céder, on peut menacer le directeur de diffuser votre témoignage via les réseaux sociaux. Si on obtient assez de signatures, on le menace de lancer une pétition en ligne pour voir combien on peut en ajouter, de diffuser tout ça sur internet jusqu'à atteindre des organismes de presse plus importants et de pourrir la réputation de son bahut !
Les deux autres se regardèrent, interloqués.
_ Je vous l'avais dit. Momoi est quelqu'un de très déterminé. plaisanta Kiyoshi avec un rire un peu jaune dans l'espoir de détendre l'atmosphère.
_ Mais on ne devrait pas en arriver là. soupira la serveuse en mordillant son stylo.
_ On va déjà commencer par la pétition.
_ Je croyais que vous aviez déjà tenté de lancer une pétition. s'étonna Riko en observant tour à tour Teppei et Momoi.
_ Oui… La plupart de ceux qui sont d'accord avec nous ont peur qu'on puisse associer leurs enfants à leur signature. Je pense qu'il faudrait peut-être organiser une réunion de parents pour en parler. Si on ne peut pas sensibiliser les élèves à cause du refus de la direction, rien ne nous empêche d'essayer de sensibiliser les parents.
Le couple échangea un regard perdu.
_ Vous avez combien d'adresses mails d'autres parents ?
_ Euh… Je ne sais pas, une douzaine, peut-être. Les parents d'amis de Rei, quelques connaissances.
_ Vous pensez pouvoir leur envoyer un mail et leur demander de faire passer l'information ?
Les trois autres la regardèrent quelques secondes avant d'échanger un regard. Ils discutèrent encore quelques instants avant de se lever et de rejoindre Rei qui se chamaillait avec Aomine sous le regard hilare de Kagami et Kise. Riko le regarda quelques instants avant de murmurer avec un sourire à l'attention de Hyuga et Kiyoshi :
_ Ca faisait longtemps que je ne l'avais pas vu comme ça.
Le châtain eut un rictus amusé et répondit sur le même ton :
_ J'ignore ce qu'il en est pour les autres mais Kise est le genre de personne qui vous mets naturellement de bonne humeur.
Ils s'approchèrent du groupe juste à temps pour entendre le blond lancer :
_ Qu'est-ce que tu crois, bien sûr que j'ai des T-shirts sur le basket ! Tu devrais venir voir à la boutique un de ces quatre ! Je te ferais même une réduction.
_ Alors comme ça, t'aimes le basket, gamin ?
_ Arrête de l'appeler comme ça, papy. plaisanta Kagami avant de rire à nouveau quand il capta le regard furieux de son amant :
_ C'est ça, rigole ! On verra si ça te fait toujours autant rire ce soir !
Comme l'américain continuait de rire, il finit par lancer, énervé :
_ Il est possible que le vieillard que je suis ait des problèmes de prostate ce soir !
_ Hey ! Y a des enfants qui écoutent ! gronda Kise d'une voix qui s'efforçait d'être sérieuse mais contenait difficilement le fou rire qui menaçait d'exploser.
_ Je peux savoir de quoi vous parlez ? lança Hyuga que cela de faisait pas rire du tout.
_ Rien ! répondirent Rei, Kise et Kagami d'une seule voix, tandis que Kuroko souriait toujours et qu'Aomine pestait dans son coin.
Kasamatsu leva les yeux au ciel et donna un coup de pied dans le tibia de Kise dans l'espoir de le faire retrouver son sérieux mais n'obtint qu'un petit cri indigné.
Plus loin, Momoi récupérait son tablier auprès d'Alex et s'excusait d'avoir abandonné son poste :
_ Désolée. Ca a pris un peu plus de temps que prévu.
_ T'en fais pas. C'était pour la bonne cause. Vous avez trouvé une solution ?
La rose haussa les épaules et fronça les sourcils :
_ J'espère. Regarde le, ce gosse est trop mignon !
_ Il a quatorze ans, s'il t'entendait le traite de "gosse", il serait probablement en colère.
Momoi rit doucement.
_ Sans doute.
_ Si tu as besoin d'aide… Avec Kise qui entre bientôt à l'hosto, tu auras peut-être besoin d'un nouveau bras droit.
La plus jeune ne put s'empêcher de sourire et baissa la tête pour dissimuler la vague rougeur qui pointait. Elle se détestait. Qui était-elle pour appeler "gosse" un garçon qui osait tenir tête à Aomine et arrivait à discuter sérieusement avec Kise quand elle réagissait comme une adolescente face à son premier béguin ?
_ J'y penserais ! finit-elle néanmoins par lâcher.
Elle prit quelques secondes pour renouer sa queue de cheval correctement, fit signe à Jack qu'elle était de retour et récupéra plateau et carnet de commande sur le bar avant de se diriger vers la table où les autres riaient, visiblement aux dépens d'un Aomine qui boudait.
_ Puisque c'est comme ça, j'me casse ! finit-il par s'énerver en se levant.
Il bouscula Kise et Kagami en s'extirpant de la banquette et passa près de sa meilleure amie sans lui accorder un regard.
_ Qu'est-ce que vous lui avez fait ?
Elle récolta quelques gloussements et regards à peine gênés en réponse et ce fut Kagami qui se chargea de dire :
_ Je sors juste avec un mec incroyablement susceptible… Quoique, on a peut-être été un peu loin, tout le monde sait qu'il est complexé par son âge même s'il refuse de l'admettre.
Il retrouva un visage sérieux et soupira :
_ Je ferais bien de le rattraper avant qu'il ne décide de vraiment faire la gueule.
Il se leva, enjamba Kise et suivit le même chemin qu'Aomine.
_ Je peux savoir ce qu'il se passe ? insista Momoi en posant une main sur sa hanche, l'autre tenant toujours le plateau vide.
Elle se tourna vers Kuroko qui secoua doucement la tête, puis vers Kasamatsu, visiblement le seul à même de lui fournir une réponse sérieuse. Le brun leva les yeux au ciel et entreprit de lui expliquer en quelques mots que Kise ponctua de regards larmoyants et de "espèce de traitre". Kiyoshi fit un clin d'œil à son filleul pendant que Riko et Hyuga échangeaient un regard incertain.
_ Rei ! Ce n'est pas…
_ Non, laisse va. Daiki a toujours tendance à se vexer facilement. Ca va lui passer et d'ici demain, il sera aussi insupportable que d'habitude. finit par soupirer la serveuse.
_ Je peux vous servir quelque chose avant de partir ? C'est pour moi.
_ On t'a déjà dérangée pendant ton travail, tu ne vas pas en plus nous offrir à boire ! prostesta Riko.
_ J'insiste !
La jeune femme jeta un coup d'œil à son fils qui tentait de dissimuler son téléphone à Kise sans pouvoir retenir un sourire.
_ Bon… Alors pourquoi pas ?
Quelques minutes plus tard, ils étaient tous assis à la même table et Momoi revenait avec les commandes de chacun. Riko écoutait son fils lui raconter une histoire entendue quelques minutes plus tôt de Kise qui s'occupait en faisant les yeux doux à un Kasamatsu qui faisait semblant de l'ignorer et discutait avec Kiyoshi de quelque chose à propos du travail de nuit.
_ Arrête ça ! Tu m'empêches de me concentrer sur ce que je dis ! finit par s'agacer le brun.
_ C'est exactement le but recherché ! répondit Kise sans honte en lui faisant un clin d'œil.
Hyuga semblait mal à l'aise. Il les observait, tous, sans trop savoir quoi dire quand la personne à sa gauche lui lança :
_ Ils ne sont pas toujours comme ça, vous savez. Il leur arrive d'être sérieux. Kise-kun et Kagami-kun, qui est parti tout à l'heure, sont très investis dans l'association.
Il sursauta et dévisagea le jeune homme qu'il n'avait pas remarqué jusque là, remonta ses lunettes pour se donner une contenance et finit par répondre :
_ On dirait des enfants, pourtant.
Kuroko sourit à cette idée :
_ C'est vrai. Mais ils vous aideront de leur mieux. Et puis je pense que Kise-kun aime bien votre fils, ils se sont tout de suite entendus.
_ Qu'est-ce que vous faites avec eux ?
_ Vous pouvez me tutoyer. Et c'est une longue histoire. J'ai rencontré Aomine-kun et Momoi-san au lycée. A Teiko, le lycée affilié au collège de votre fils.
_ Je vois. Momoi, elle est…
Le brun sembla chercher le mot adéquat sans y parvenir arrachant un sourire à demi-voilé à son interlocuteur :
_ Elle fera tout ce qu'elle peut pour vous aider.
Hyuga laissa couler son regard sur sa femme et son fils de l'autre côté de la table et hocha la tête. Il espérait que Kuroko disait vrai.
~ Queer as Folk ~
Takao s'assit en terrasse et prit une grande inspiration en se laissant tomber sur une chaise. Il n'aurait jamais cru que les choses s'enchaîneraient aussi vite. La première fois qu'il avait appelé, sa mère et lui étaient restés près d'une heure au téléphone, s'écoutant pleurer la plupart du temps. A peine avait-il raccroché qu'il s'était rué chez Midorima pour lui raconter et le remercier. Quelques jours plus tard, c'était sa mère qui avait appelé, presque inquiète à l'idée qu'il ait disparu dans la nature. Il avait dû lui assurer une bonne douzaine de fois qu'il n'irait nulle part et qu'il en avait fini avec la drogue. Il comprenait ses doutes mais trouvait ça blessant qu'elle ait du mal à le croire. Il secoua la tête : c'était de sa faute, il allait devoir faire avec et tenter de réparer ce qui pouvait l'être, à commencer par la confiance.
C'était la première fois qu'il allait la voir depuis des années et son cœur battait la chamade. Il souffla pour évacuer la tension et demanda un thé à la serveuse qui s'approchait de lui.
Son père n'avait toujours pas accepté de lui parler. Sa mère lui avait raconté qu'il était inquiet à l'idée qu'il replonge et qu'il doutait encore trop. Elle lui avait assuré que ce n'était qu'une question de temps, qu'elle arriverait à le convaincre. Il avait accepté d'une voix faussement enjouée et avait passé une heure à se morfondre à l'idée de l'avoir peut être perdu. C'était Midorima qui avait maladroitement tenté de lui remonter le moral en lui lançant d'une voix faussement assurée qu'il lui suffisait de prouver à son père qu'il était digne de confiance.
Il sourit en portant sa tasse à ses lèvres. Il allait revoir sa mère. Il avait tant de choses à lui raconter. Il lui avait déjà dit beaucoup au téléphone mais ce n'était pas pareil. Il se rembrunit un peu en se demandant comment diable il allait pouvoir lui expliquer qu'il était séropositif. Il n'eut pas le temps d'y réfléchir trop longtemps puisqu'une voix dans son dos l'appela, tremblante :
_ Kazunari ?
Il se tourna sur sa chaise et sourit à la femme qui se tenait debout et s'accrochait à son sac à main de peur de le lâcher. Il se leva précipitamment, manquant de renverser sa chaise, et se jeta dans ses bras.
_ Maman... Tu m'as tellement manqué.
_ Toi aussi mon chéri.
Ils restèrent dans cette position encore un moment avant de se séparer et de s'asseoir face à face. Sa mère commanda un café au lait et commença la discussion :
_ Cela fait si longtemps. Tu as l'air en forme. Ça fait du bien de te voir comme ça.
Il lui sourit avant de la complimenter à son tour sur son apparence et de lui demander des nouvelles de son père et du reste de la famille, de lui raconter tout ce qu'il s'était passé ces dernières années.
_ J'avais peur que tu changes d'avis. finit par avouer sa mère après plusieurs dizaines de minutes, détournant le regard.
_ Aucun risque. Tu sais, j'avais votre numéro dans mon téléphone depuis longtemps et je passais parfois dans le quartier pour vérifier que vous habitiez toujours au même endroit et que vous alliez bien. Et puis mon copain m'aurait tué si j'étais pas venu. ricana Takao.
Shin-chan avait proposé de l'accompagner quand il avait vu que l'autre était angoissé au point de nettoyer son appartement de fond en combles. Il avait failli accepter avant de décliner la proposition. C'était quelque chose qu'il devait faire seul.
_ Tu m'avais dit que tu étais avec quelqu'un. Comment il s'appelle ?
_ Midorima Shintaro. Il est vraiment incroyable. Il est super mignon, c'est un vrai tsundere et il ne dit pas vraiment ce qu'il ressent mais il est plein de petites attentions, tu vois ? Il me prépare des tisanes quand je me sens pas bien, il m'achète parfois des cookies en rentrant du travail et il a même fait son coming out à ses parents pour moi, même s'il jure que ce n'était pas pour cette raison. C'est vraiment un mec bien.
_ Il a l'air adorable.
Takao rit avant de répondre :
_ Il l'est. Mais ne lui dit pas, ça le vexerait.
Sa mère rit à son tour et Takao sortit son téléphone de sa poche :
_ J'ai des photos, tu veux les voir ?
Sa mère hocha la tête. Elle voulait tout savoir et ce garçon avait l'air important pour son fils alors il l'était pour elle.
_ J'ai prise celle là quand il dormait, il n'aime pas trop que je le prenne en photo alors j'suis obligé de le faire quand il ne regarde pas. Il est trop chou sans ses lunettes, avec cet air paisible. Sur celle là, il travaillait sur sa thèse et il était tellement concentré que c'était hyper mignon. Et celle là... Oups, t'es pas censée voir celle là ! On venait de... BREF ! Je lui avais promis de l'effacer mais je nous trouve beaux dessus, alors...
_ Vous avez l'air heureux. commenta sa mère en retenant un rire.
Elle avait l'impression de retrouver son fils comme il était avant. Avant que tout ne dérape, quand il était avec eux et que tout allait bien.
_ On l'est.
_ C'est lui qui t'a aidé à sortir de...
Elle hésita mais Takao comprit et secoua la tête sans perdre son sourire :
_ Non. On s'est rencontrés après. Ça fait un peu plus de six mois qu'on est ensembles.
_ Il fait quoi dans la vie ?
_ Il est médecin ! T'y crois, toi ?! Je sors avec un docteur !
Sa mère rit doucement et continua :
_ Comment vous vous êtes rencontrés ?
Le sourire de Takao se fana un peu comme il répondait :
_ À l'hôpital où il finissait son internat.
_ Tu as été hospitalisé?
Elle semblait inquiète et il baissa le regard. Il savait depuis le premier appel qu'il devait leur en parler. Sans doute. Probablement. C'était mieux s'ils savaient. Après toutes ses erreurs, il ne voulait plus rien leur cacher.
_ Oui. Une semaine.
Sa mère, tendue, le regardait :
_ Que t'es-t-il arrivé?
_ Mon organisme avait du mal à supporter mon traitement. Il a fallu le changer.
_ Ton traitement ?
Il prit une grande inspiration. Et si sa mère refusait de l'accepter ? Et si c'était trop ? Et si elle pensait qu'il l'avait bien cherché? Et si... Il ne savait pas s'il pourrait supporter de la perdre à nouveau après avoir eu l'espoir de la retrouver. Il se racla la gorge, ferma les yeux et lâcha comme on relâche une grenade qu'on a retenu dans sa main jusqu'à l'instant fatal :
_ Je suis séropositif.
Le silence s'abattit entre eux et il vit sa mère porter une main à sa bouche, les yeux soudain embués.
_ Tu...
_ Ah ! Mon traitement fonctionne très bien maintenant, j'ai eu des analyses récemment pour vérifier que tout allait bien et ma charge virale baisse rapidement. Je..
Il fut interrompu par sa mère qui se pencha par dessus la table pour le serrer contre elle en retenant ses larmes. Il se détendit un peu. Elle se leva pour se rapprocher et il fit de même pour se réfugier dans ses bras.
_ Mon bébé... Je suis...
Elle ne savait même plus ce qu'elle avait voulu dire mais cela n'avait pas vraiment d'importance. Ils restèrent un moment comme ça avant que le brun remarque que tout le bar les dévisageait. Ils se rassirent et hésitèrent sans savoir de quoi ils devaient parler aussi Takao décida de raconter comment il avait retrouvé Midorima après sa sortie de l'hôpital et comment ils avaient fini ensembles. Lentement, l'ambiance se détendit et ils reprirent la discussion. Il savait que sa mère allait faire ses propres recherches aussitôt qu'elle serait chez elle afin d'éviter de lui poser trop de questions. Il était prêt à répondre à chacune de celles qui suivraient, ou du moins l'espérait-il. Ils se séparèrent bientôt après une nouvelle étreinte et la promesse de se revoir bientôt.
~ Queer as Folk ~
Riko était assise, droite comme un piquet sur sa chaise, et fixait la salle encore vide pendant que Hyuga faisait les cent pas. Momoi avait pris appui contre une table sur laquelle elle avait installé plusieurs papiers. Kagami les passait justement en revue : les témoignages que la rose avait trouvé sur internet concernant les précédents cas de harcèlement à Teiko, une feuille manuscrite sur laquelle elle avait pris soin d'écrire un résumé rapide de ce qu'elle, Aomine et Kuroko avaient parfois subi quand ils étaient au lycée ("On s'en fout, c'est Teiko aussi, que ce soit un collège ou un lycée. L'administration est la même, le harcèlement aussi, tu le mets" avait-elle dit quand l'américain avait eu le malheur de lui faire remarquer que Rei n'était qu'au collège). Elle avait également imprimé plusieurs témoignages de parents dont les enfants avaient été harcelés jusqu'à commettre l'irréparable. Elle avait passé toute une journée à la bibliothèque du coin à photocopier chaque article de ces derniers mois sur ce qu'elle appelait "l'affaire Teiko" parus dans les journaux locaux ainsi que plusieurs autres, plus anciens, qu'on s'était parfois donné la peine de publier. Sur un coin de la table, plusieurs photocopies des lettres qu'elle avait envoyé à la direction pour se plaindre de ce qu'il se passait dans ce collège et les réponses qu'elle avait chaque fois obtenues, refusant net toute idée d'entretien.
_ Tu n'as pas dormi depuis quand ? demanda Kagami à voix basse en observant les feuilles.
La rose lui lança un regard agacé :
_ Je dors ! Un peu…
_ Arrête, t'as y dû passer des nuits entières pour récupérer tout ça en si peu de temps.
_ Tout ce que je peux te dire, c'est que la bibliothécaire m'a interdit de revenir pour faire des photocopies. Elle m'a menacé de m'envoyer la facture d'encre et de papier.
Le rouge ricana.
_ Vous croyez qu'ils seront nombreux ?
Ils se tournèrent vers Riko qui venait de parler.
_ Je ne sais pas. On a organisé ça très vite, peut-être que beaucoup n'auront pas eu le temps de se libérer.
_ Vous pensez qu'ils seront intéressé par ce qui arrive à notre fils ?
Kagami haussa les épaules avant de répondre :
_ Je pense que oui. Ce qui arrive aux élèves qui vont dans la même école intéresse toujours les parents, à fortiori quand ce sont de mauvaises choses. Votre mail a dû interpeller plusieurs parents inquiets pour la sécurité de leurs enfants.
Riko hocha la tête et garda le silence quelques minutes avant de demander :
_ Vous croyez que c'est parce que j'étais trop jeune ? Que j'ai fait quelque chose qu'il ne fallait pas ?
_ Hey ! Non, dis pas ça ! Ca va pas ? Les seuls responsables, ce sont les gosses qui s'amusent à le martyriser. Rei ou vous deux ou Kiyoshi n'ont rien à voir là dedans. Il faut que tu t'enlèves cette idée de la tête tout de suite, compris ?! s'empressa de lancer Momoi.
La brunette acquiesça et Hyuga vint poser une main sur son épaule.
_ Excusez moi ? C'est ici la réunion de parents d'élèves ? demanda une voix presque timide.
Le groupe se tourna vers la porte et la rose s'empressa d'aller accueillir le couple qui venait d'arriver. Elle les invita à s'asseoir et leur tendit un papier qui résumait le sujet de la réunion. Après une dizaine de minute, la salle s'était peu à peu remplie et Momoi commençait à stresser.
_ Il faut qu'on récolte ces maudites signatures ! grommela-t-elle à l'attention de Kagami, le regard posé sur Riko et Hyuga qui discutaient avec d'autres parents un peu plus loin.
_ On peut pas les laisser tomber.
Ils attendirent encore un peu puis Momoi s'avança :
_ On devrait commencer. Bon. Déjà, merci d'être venus et…
La porte s'ouvrit avec fracas sur Kiyoshi, essoufflé, faisant sursauter le reste de la salle qui se tourna dans sa direction.
_ Désolé du retard ! Monsieur Aida est arrivé un peu plus tard que prévu.
La petite assemblée le regarda et Hyuga soupira, exaspéré. La rose hocha la tête et reprit :
_ J'imagine que beaucoup d'entre vous se demandent pourquoi on leur a demandé de venir ici et…
_ Le mail des Hyuga disait que c'était à propos du harcèlement scolaire. De quoi s'agit-il exactement ?
Momoi fit un signe au couple qui se tenait un peu en retrait et Riko hocha la tête avant de se lever et de s'avancer :
_ Peut-être certains en ont-ils entendu parler. Cela concerne notre fils, Rei. Cela fait maintenant plusieurs mois qu'il est harcelés par plusieurs camarades.
_ Vous ne devriez pas plutôt en discuter avec les professeurs ? demanda une mère de famille, l'air un peu perdue.
_ Nous avons déjà essayé. On nous a répondu que c'était fréquent pour les adolescents de cet âge de se disputer et que cela allait se tasser, il suffirait de faire profil bas quelques temps, les enfants finiraient par se lasser.
Plusieurs parents échangèrent des regards et quelqu'un demanda :
_ Cela ne s'est pas arrangé ?
_ Non. Ca a même empiré. répondit la brunette.
_ On lui vole ses affaires, on l'insulte, on le frappe. Certains se sont même amusés à le harceler sur internet. énuméra Kiyoshi.
Il y eut quelques murmures et des regards interloqués.
_ Excusez moi mais en quoi cela nous concerne-t-il ? s'enquit un homme que le couple et Kiyoshi identifièrent comme Monsieur Kobayashi, le père de Jun.
Hyuga fronça les sourcils et s'avança à son tour, notant l'ironie de la situation et fusilla l'homme du regard :
_ Vos enfants font peut-être partie de ceux qui harcèlent mon fils.
_ Hey ! Je ne vous permet pas ! s'emporta l'homme.
_ Ou alors, ils pourraient être les suivants et vous savez d'avance que la direction ne fera rien pour les aider ! continua le brun sans se formaliser de l'intervention.
Kagami attrapa un papier sur la table et le présenta :
_ On a trouvé des témoignages d'anciens élèves victimes de harcèlement à Teiko qui racontent comment le corps professoral a ignoré leur situation, quelques témoignages de parents dont les enfants ont été poussés au suicide par des camarades, ainsi que les réponses de la direction aux nombreuses demande d'entretien qui ont été formulées.
Il s'avança pour distribuer les feuilles, secondé par Kiyoshi pendant que Momoi demandait :
_ Est-ce que vous voulez vraiment que vos enfants étudient dans un collège ou un lycée qui ne les protègera pas s'ils en ont besoin et où ils peuvent être persécutés sans que les responsables soient inquiétés ?
Le silence s'abattit quelques secondes dans la pièce comme l'assemblée consultait les pages, puis des chuchotements s'élevèrent avant qu'une femme dans le fond demande :
_ Je comprends ce que vous voulez dire mais qu'est-ce que nous sommes censés faire ?
La rose passa derrière la table et ouvrit une sacoche dont elle tira un ordinateur portable. Elle pianota quelques secondes et tourna l'écran vers la foule.
_ Vous pouvez commencer par signer cette pétition. Nous la présenteront au directeur pour lui montrer que les parents d'élèves sont inquiets et demandent des garanties quand à la sécurité de leurs enfants.
_ Est-ce que cela ne risque pas d'avoir des répercussions sur nos enfants ? Si les professeurs ont le nom de nos enfants, ne risquent-ils pas d'être ostracisés ? s'enquit une femme au premier rang.
_ Je ne pense pas qu'ils prennent ce risque. De plus, si nous avons assez de signatures, ils ne pourront pas écarter autant d'élèves. répondit Kagami.
Une chaise racla le sol et Madame Kobayashi s'avança. Elle fixa les cinq amis et s'approcha des Hyuga :
_ Je suis vraiment désolée de ce qui arrive à votre fils. Où est-ce qu'il faut signer ?
_ Chérie…
Elle se retourna et regarda son mari :
_ Rei est le… elle sembla réfléchir et se reprit :
_ … meilleur ami de Jun. Si l'un est concerné, l'autre finira forcément par l'être également. Que tu l'admette ou non, il faut agir maintenant.
L'homme se renfrogna et regarda sa femme pianoter sur l'ordinateur tendu par Momoi et se leva, presque à contre cœur, pour signer à son tour. Quelques personnes l'imitèrent :
_ J'ai deux enfants plus jeunes. Je suis d'accord avec vous, il faut agir avant que nos enfants soient touchés à leur tour. J'espère que les choses vont s'arranger pour votre fils.
Riko et Hyuga hochèrent la tête et Kiyoshi la remercia.
_ N'hésitez pas à parler de cette pétition autour de vous. L'adresse est inscrite au dos des feuilles que nous vous avons données.
Quelques parents acquiescèrent et récupérèrent quelques pages supplémentaires sur la table. Ils discutèrent encore les uns avec les autres, s'enquérant de la situation personnelle de chacun ou récoltant des informations pratiques auprès de Momoi et Kagami. Peu à peu la salle se vida.
_ Vous pensez que ça va marcher ?
_ On a déjà pas mal de signatures pour un début. Maintenant, il faut attendre.
_ C'est tout ? On ne peut rien faire d'autre ? s'agaça Hyuga.
_ Je sais que c'est dur mais il faut laisser aux gens le temps de parler de cette pétition autour d'eux. Quand on aura la preuve que le soutien des parents d'élève est important, il faudra prendre rendez-vous avec le directeur.
_ Et une fois qu'on y sera, qu'est-ce qu'on doit faire ? continua Kiyoshi.
_ Justement. Je voulais vous demander si vous seriez d'accord pour que je vous accompagne lors de ce rendez-vous. La direction ne refusera pas de vous voir en tant que parents d'élève et il faut vraiment que j'ai une discussion avec Monsieur le directeur. Evidemment, je comprendrais si vous préfériez que je ne sois pas là, c'est à vous de voir. Quelle que soit votre décision, je m'y tiendrais.
Le couple Hyuga se consulta du regard.
_ Bien sûr. On comptait te demander d'être là, de toute façon. Tu nous as beaucoup aidé jusqu'ici et on aimerait vraiment que tu sois là.
La rose leur adressa un grand sourire en hochant la tête. Elle se retourna vers la table pour ce qu'il restait de papiers.
_ Vous devriez rentrer voir Rei. Kagamin et moi nous occuperons de vider la salle.
~ Queer as Folk ~
_ Me dis pas que tu fais encore la tête !
Aomine fusilla son petit-ami du regard.
_ Ca fait plus d'une semaine, Daiki. Si ça peut te consoler, tu es très bien conservé pour ton âge !
_ AH ! Tu vois, c'est à cause de ça que tu m'énerves ! Tu n'arrêtes pas de ramener le sujet sur le tapis !
_ Avoue que c'est drôle de te voir partir au quart de tour ! ricana Kagami en tentant de l'embrasser.
Boudeur, le bleu s'esquiva et n'obtint qu'un sourire amusé :
_ T'es sûr que tu veux jouer à ça ? Parce qu'on sait tous les deux que tu craqueras avant moi… Tu es trop accro au sexe pour tenir longtemps.
_ C'est un défi ? demanda Aomine, prêt à le relever si c'en était un.
Kagami leva les yeux au ciel, incapable de dire s'il trouvait ce comportement drôle ou puéril. Sans doute un peu des deux. Il reporta son attention sur son petit-déjeuner quand quelqu'un s'approcha de leur table et les salua.
_ Oh, Kiyoshi ! Comment vont Rei et ses parents ?
_ Rei va un peu mieux, je crois que ça lui a fait du bien de discuter avec vous. Riko et Hyuga sont épuisés. Merci encore d'avoir accompagné Momoi l'autre soir. Votre discours a fait forte impression auprès des parents.
_ Ce n'est rien. Kise aurait voulu être là mais…
_ Non, je comprends.
_ Vous avez beaucoup de signatures ?
Le châtain eut un sourire franc et se laissa tomber à côté de lui.
_ Plus que je ne l'aurais cru après seulement quelques jours. Et ça continue d'arriver. Je ne pensais pas qu'autant de parents d'élèves se sentiraient concernés.
_ Le harcèlement scolaire concerne tous les parents.
_ Justement, à propos de la pétition. Riko et Hyuga ont décidé de prendre rendez-vous la semaine prochaine avec le directeur. Momoi leur avait conseillé d'attendre encore un peu d'avoir plus de signatures mais ils ont peur que le directeur refuse s'ils attendent d'être trop proches des vacances d'été, puisqu'il est au courant de la demande de transfert. Ils voulaient savoir quand vous étiez libres pour les accompagner. Je comptais en parler à Momoi mais elle n'a pas l'air d'être là.
Le rouge hocha la tête en avalant sa dernière bouchée de gâteau :
_ Elle commence à treize heures.
_ Oh je vois. Tant pis, je repasserais.
_ T'as déjà déjeuné ? finit par demander Kagami.
Il jeta un coup d'œil distrait à Aomine qui les ignorait royalement et regardait quelque chose sur son téléphone.
_ Non. Je suis venu tôt en espérant la trouver.
L'américain fit un signe à Yukino qui lui signifia qu'elle l'avait vu et arriva quelques instants plus tard pour prendre la commande. Alors qu'il attendait, Kiyoshi prit des nouvelles de Kise et des autres.
_ L'opération est prévue quand ?
_ En début de semaine prochaine.
_ Il n'est pas trop stressé ?
Kagami rit et répondit :
_ Un peu, si. Mais Kasamatsu semble encore plus stressé que lui. Il est doué pour le cacher mais Kise le répète à qui veut l'entendre depuis trois jours.
Teppei l'imita et rit doucement. Sa commande arriva et il demanda à la serveuse brune combien il lui devait. Il attrapa son portefeuille, régla le petit-déjeuner et tenta de remettre le portefeuille sans sa poche. A la place, l'objet tomba aux pieds de Kagami qui se pencha pour le ramasser et regarda un moment la photo qui y trônait, protégée par un morceau de plastique. Les trois visages jeunes et radieux de Riko qui souriait, de Hyuga qui faisait la tête et de Kiyoshi qui avait passé ses bras au dessus de leurs épaules. Il sourit, ils avaient l'air heureux sur cette photo. Puis Kagami écarquilla les yeux et se raidit. Il se leva d'un bond, manquant de renverser la tasse de Kiyoshi et rapprocha l'image de son visage, comme pour l'observer plus en détail. Ses mains tremblaient et il fut prit d'une violente nausée.
_ Taiga ? Mais qu'est-ce que tu fous ? grogna Aomine que son geste avait fait sursauter.
Il ne répondit pas et abattit le portefeuille sur la table devant Teppei.
_ Taiga ? Tu vas bien ? Eh, Taiga ! le bleu commençait à s'inquiéter.
_ Qui… Qui c'est ?!
_ Euh… Riko, Hyuga et moi. On était au lycée, en deuxième année.
_ Non ! Le type en arrière plan. Celui avec le sourire bizarre !
_ Taiga, qu'est-ce qu'il se passe ?
Aomine s'était levé à son tour et fixait son amant d'un air alarmé. Il n'avait plus vu ce regard depuis quelques mois, quand Kagami se réveillait parfois en sursaut la nuit après un cauchemar et hurlait qu'on le laisse tranquille.
_ C'est qui ?!
Kiyoshi regarda plus attentivement la photo.
_ Lui ? C'est Makoto Hanamiya. On était au lycée ensembles. Il était…
_ C'est lui !
Les deux autres le regardèrent sans comprendre puis la lumière se fit dans l'esprit d'Aomine qui récupéra la photo et la regarda à son tour.
_ Taiga…
_ C'est lui ! J'en suis sûr. Je me rappelle de son visage !
Il fut prit de tremblements et se retint à la table pour ne pas tomber. Il leva la tête vers Aomine, livide, et lui jeta un regard douloureux :
_ Je suis sûr que c'est lui, Daiki. C'était lui dans la ruelle. C'était lui !
Kiyoshi semblait commencer à comprendre. Plusieurs personnes les fixaient, intriguées, et Alex arriva dans leur direction.
_ Taiga, ça va ? Qu'est-ce qu'il se passe ?
Le rouge ne répondit pas et se redressa. Il jeta un regard effrayé à Aomine, puis à Alex, avant de s'éloigner en direction de l'arrière salle.
_ Daiki, qu'est-ce qu'il se passe ? insista la blonde.
Aomine lui tendit la photo.
_ Tu vois le gars dans le fond ? Il dit que c'est lui.
_ Lui qui ?
_ Lui, le type qui l'a passé à tabac. Celui qui lui disait quelque chose.
Il préféra ne rien ajouter et s'éloigna à son tour pour rejoindre l'américain, les dents serrées et les mains qui tremblaient un peu.
Alex souffla profondément et se tourna vers Kiyoshi :
_ C'est qui ce gars ? Comment ça se fait qu'il soit en photo dans ton portefeuille ?
_ C'est Makoto Hanamiya. On était ensembles au lycée. C'est l'une des rares photos que Hyuga ait accepté de prendre avec nous à l'époque, c'est pour ça qu'elle est dans mon portefeuille… Sinon, je n'aurais sans doute pas choisi une image sur laquelle il était…
Flash Back :
Kioyoshi entra dans la grande salle et avisa la foule qui se pressait devant le comptoir, attendant son sandwich. Il soupira et s'ajouta à la file de lycéens. Il changea d'appui en grimaçant. Il savait qu'il en faisait trop, il commençait à avoir des douleurs musculaires un peu partout. Il porta un regard concerné sur son genou avant de soupirer : il faudrait qu'il tienne le coup au moins jusqu'après le championnat. Il reporta son attention sur la queue qui avançait quand quelqu'un le bouscula. Il leva les yeux et tomba sur le regard amusé et un peu tordu d'Hanamiya. Il lui lança un sourire qui fit grincer des dents son vis-à-vis. Il avança dans la file et trébucha. Il se rattrapa in extremis aux épaules d'une lycéenne devant lui qui se retourna pour le fusiller du regard mais se calma aussitôt qu'elle avisa le regard satisfait et sadique du brun. Elle aida Kiyoshi à se redresser avant de reporter son attention sur la discussion qu'il avait interrompu dans sa chute.
_ J'ai pas fait exprès. lança Hanamiya en lui adressant un sourire qui disait le contraire.
Teppei rendit son sourire en répondant :
_ C'est pas grave, t'en fais pas.
L'autre grimaça, agacé par le manque de réaction du châtain.
_ Comment vont le binoclard et sa copine ? finit par demander l'autre garçon d'un ton faussement badin.
_ Ils vont bien. Merci. répondit Kiyoshi en se tendant un peu.
Cela faisait presque trois ans qu'il connaissait Makoto Hanamiya et cela faisait autant de temps qu'il le voyait s'en prendre à différents élèves qu'il semblait choisir au gré de ses humeurs dès que les professeurs avaient le dos tourné. En autant de temps, il avait été l'une des victimes préférées de celui que le reste de leur promotion avait fini par surnommer le "bad boy". Il ignorait s'il y avait un rapport avec les nombreuses rumeurs sur sa sexualité, ou s'il avait une tête que l'autre n'aimait pas, ou bien peut-être étais-ce parce que le brun ne lui faisait pas peur, qu'il continuait de lui sourire quand il l'abordait et qu'il ne s'énervait jamais franchement face à ses insultes. A vrai dire, il se fichait pas mal des insultes. Il y était préparé et ne se préoccupait pas assez de l'avis des inconnus pour se laisser atteindre. Riko et Hyuga, en revanche, c'était une autre histoire. Il était conscient que tous deux savaient se défendre et ne comptaient pas sur lui pour les protéger. Mais c'était plus fort que lui. Il était hyper-conscient de ce que dissimulaient chacun de leurs silences, des regards qu'ils détournaient et des sourires qu'ils forçaient. Il avait décidé qu'il serait leur soutien moral, leur rock, celui sur qui ils pourraient s'appuyer quand ils se sentiraient faiblir et qui les protégeraient, avec ou sans leur accord. Il fronça les sourcils et fixa Hanamiya, comme pour le mettre au défi d'ajouter quoi que ce soit. Le brun fit claquer sa langue contre son palais avant d'enfoncer ses mains dans ses poches et de sortir de la file d'attente.
Plus tard, Kiyoshi discutait avec Hyuga et ce dernier lui lançait d'une voix exaspérée :
_ Tu dois être un peu maso pour toujours essayer de devenir pote avec cet enfoiré.
_ Je n'essaie pas de devenir ami avec Hanamiya.
_ Tu parles. J'suis sûr que t'espères toujours secrètement qu'un jour il changera. Comme quand on était en première année.
Le châtain ne démentit pas et haussa les épaules.
Quelques jours plus tard, Kiyoshi serrait les dents. Il posa une main sur son genou gauche et se fit la réflexion qu'il devrait probablement mettre de la glace avant que ce ne soit vraiment douloureux. Il soupira. Il n'avait vraiment pas besoin de se blesser maintenant. Depuis que Hyuga et Riko avaient été renvoyés, privés de leur meilleur shooter et de leur entraîneuse, l'équipe de Seirin peinait à se maintenir au niveau des autres écoles. Il releva brusquement la tête quand il entendit un petit couinement effrayé. Quelques marches plus haut Hanamiya semblait exiger quelque chose d'un première année terrifié. Flanqué de deux autres élèves qui les observaient sans réagir, le brun ricanait comme sa victime tentait de se fondre dans le mur.
_ Hanamiya ?
Le brun se tourna dans sa direction et eut un petit rictus malsain. Il s'éloigna du garçon qui en profita pour détaler.
_ Kiyoshi.
Ce dernier ne broncha pas, il eut même l'audace de soutenir son regard d'un air impassible. Hanamiya grinça des dents. Il dévala les quelques marches qui le séparaient de Teppei et ce dernier poussa un long soupir et se gratta la nuque, perplexe :
_ Je ne te comprends pas. Pourquoi tu martyrises les autres ? Ca t'amuse de faire souffrir les gens ?
Le brun le fixa quelques secondes avant de détourner le regard et de serrer les poings.
_ Bien sûr que non, qu'est-ce que tu crois ?! C'est juste que… personne ne fait attention à moi autrement. J'en ai marre d'être seul.
Le châtain arbora une mine stupéfaite et fit un pas dans sa direction, effrayé par le tremblement qui s'était mis à agiter les épaules de l'autre adolescent. Ce dernier resta la tête basse quelques instants avant de se redresser, hilare.
_ Quoi ? Tu croyais vraiment que j'allais dire ça ? Crétin ! Si tu veux tout savoir, oui, ça m'amuse. Le malheur des uns fait le bonheur des autres, c'est bien ce qu'on dit ? La vérité, c'est que je m'ennuie et qu'il me faut une occupation. Voir les gens se briser entre mes mains, c'est juste un bonus distrayant.
_ Hanamiya…
_ Toi par contre, c'est autre chose. Tu m'énerves. Je ne supporte pas les types dans ton genre, qui se croient toujours mieux que les autres parce qu'ils refusent d'écraser une simple une mouche. Tu m'horripiles.
Le brun n'avoua pas que ce qui l'agaçait le plus était le manque de réaction de Teppei face à ses insultes. Il détestait simplement quand les choses ne se passaient pas comme il le voulait. Il fit quelques pas dans la direction du châtain, suivi par les deux autres.
_ Tu n'es pas obligé d'être comme ça.
_ Tu ne comprends pas ? J'aime être comme ça.
Il était maintenant si proche qu'il pouvait sentir le souffle trop calme de Kiyoshi contre sa joue et cela l'agaçait encore un peu plus. Il abandonna cependant son regard assassin pour une moue amusée comme il frappait son genou contre celui de Teppei qui grimaça.
_ Oh… J'avais vu juste ?
Il donna un nouveau coup, un peu plus violent, et Kiyoshi recula, les jambes tremblante. Il fit un pas de plus en arrière et se sentit basculer. Il ne put retenir un cri de surprise quand il tomba à la renverse et ferma les yeux quand la première marche entra en contact avec son dos. Il roula et hurla quand son genou heurta violemment le mur. Il serrait les dents pour s'empêcher de pousser un nouveau cri quand un professeur et quelques élèves arrivèrent dans le couloir. Déjà Hanamiya se précipitait sur lui.
_ Tu vas bien ? C'était un accident, je t'assure !
Et sa voix qui mimait la sincérité à la perfection contrastait drastiquement avec le sourire amusé et tordu que les professeurs ne pouvaient pas voir de là où ils étaient. Kiyoshi lui lança un regard plein de douleur et de colère quand l'autre ajouta à voix basse :
_ Dommage que le binoclard ne soit plus là, on aurait pu s'amuser tous les trois.
Fin du Flash Back :
Dans l'arrière salle, Kagami était assis sur le canapé qu'Alex avait installé peu après son arrivée soit disant parce que c'était plus confortable pour faire sa pause. Les coudes appuyés sur les genoux, il fixait ses chaussures sans les voir et eut un violent sursaut quand il sentit une main se poser sur son avant-bras. Il eut un moment de recul, comme au tout début, après l'agression, quand il manquait d'éborgner Aomine s'il le prenait par surprise.
_ Hey… C'est moi.
_ …
_ Tu vas bien ?
L'américain lui lança un regard désemparé :
_ Ok, question stupide. Evidemment que tu vas pas bien.
Aomine leva lentement le bras pour le passer au dessus de son épaule, lui laissant le temps de s'esquiver s'il le voulait. Kagami ne bougea pas et se laissa faire. Quelques minutes plus tard et sans qu'aucun des deux n'ait vraiment compris comment ils en étaient arrivés là, sa tête reposait contre le torse d'Aomine qui passait une main dans ses cheveux, comme pour le calmer. Kagami eut un faible sourire sans joie quand il pensa à l'incongruité de la situation. Si on lui avait dit un an plus tôt que le bleu le prendrait ainsi dans ses bras sans arrière pensée, il aurait probablement piqué un fou rire monumental. Il souffla un grand coup, comme pour faire sortir la boule qui obstruait sa trachée et se redressa pour croiser le regard inquiet de son petit-ami.
_ Ca va aller.
_ Non.
_ Hein ?
_ Dis pas de conneries. Je te connais et là, t'as pas la gueule de quelqu'un pour qui "ça va aller", même si t'essaies.
Le rouge ne démentit pas et ne se déroba pas quand il sentit la poigne d'Aomine se raffermir autour de ses épaules.
_ C'est juste… Je commençais à ne plus y penser du tout. J'ai enfin pu reprendre ma formation, tout allait bien… Je crois qu'en fait, je m'en foutais un peu de les retrouver, j'avais juste envie de passer à autre chose.
D'une certaine façon, Aomine comprenait ce qu'il voulait dire. Lui aussi avait fait des cauchemars. Des rêves teintés de rouge, où trois types sans visages partaient en courant, où Kagami était étendu au sol dans une flaque de sang. Lui aussi arrivait enfin à ne plus y penser. Il hésita quelques secondes avant de finir par lâcher :
_ Maintenant, tu vas vraiment pouvoir. On va retrouver ce salaud et ses potes et on pourra définitivement les laisser derrière.
Kagami fronça les sourcils, comme s'il se retenait de le contredire, mais finit seulement par demander :
_ On peut rentrer ? S'il te plaît.
_ Ouais, bien sûr. J'imagine que tu veux pas voir Alex ?
_ …
_ Je m'en doutais. T'as qu'à sortir par la porte de service, Satsuki m'a dit qu'elle était presque toujours ouverte. Sinon, la clé est sur le haut des casiers. Je vais chercher la voiture.
_ Momoi a toujours été trop bavarde. marmonna Kagami, comme pour se changer les idées.
Aomine ricana et acquiesça. Quand il entra dans la salle principale, une grande blonde se jeta aussitôt sur lui :
_ Comment il va ? Teppei m'a raconté !
Le bleu soupira.
_ J'en sais rien. Ca lui a fait un choc.
_ Il va aller voir les flics ?
_ Je pense pas qu'il soit en état tout de suite mais j'essaierais de lui en parler.
Il avait l'air un peu perdu, pas bien sûr de ce qu'il pouvait ou devait faire. Quand Alex fit mine d'aller rejoindre son amant, il la retint par la manche :
_ Eh, attends ! Je sais que ça va te plaire mais il a pas envie de parler.
_ Mais je… Je suis…
_ Je sais, Alex.
Et il devait avoir l'air suffisamment convaincant ou alors suffisamment paumé parce que la plus âgée ne le fusilla du regard que quelques secondes avant de rendre les armes.
_ T'as intérêt de me tenir au courant, Ahomine !
Il hocha la tête et s'éloigna.
_ Je suis vraiment désolé. s'excusa Kiyoshi qui regardait de manière presque compulsive la photo dans son portefeuille.
_ Dis pas de conneries, c'est pas de ta faute. Grâce à toi, on va peut-être pouvoir faire quelque chose. soupira Alex, les yeux rivés sur la porte de l'arrière salle.
~ Queer as Folk ~
_ Vraiment merci d'être venue ! répéta Momoi pour la quinzième fois.
_ De rien.
_ Entre ce qu'il se passe avec Kagamin et Ki-chan qui entre ce soir à l'hôpital, je sais pas ce que j'aurais fait.
_ J'suis sûre que tu te serais débrouillée comme une chef. assura Alex en s'appuyant contre le mur.
Elle fusilla du regard le panneau "interdit de fumer" comme elle tripotait nerveusement son briquet.
_ Tu fumes ? demanda la rose pour meubler la conversation.
_ Non. Pas vraiment. Juste en période de stress. Taiga ne veut toujours pas prendre mes appels ni ceux de Tatsuya. Tu as parlé avec Daiki ?
_ Oui mais il m'a raccroché au nez après m'avoir dit de ne pas m'inquiéter. Apparemment, Kagami a cassé son téléphone en le jetant contre un mur, j'imagine que c'est pour ça qu'il ne répond pas. Tu devrais essayer le téléphone fixe.
La blonde hocha la tête, continuant d'allumer la flamme du briquet qu'elle laissait s'éteindre presque aussitôt avant de rallumer.
_ J'ai besoin de me changer les idées. Tu voudrais pas venir boire un coup avec moi ce soir ?
Momoi se mordit la lèvre en maudissant dans l'ordre tous les Dieux qu'elle connaissait :
_ J'aurais accepté avec joie mais j'ai le service de nuit.
_ Viens quand même. T'auras pas besoin de boire et je te promets de te libérer pour minuit.
La rose accepta presque malgré elle (c'était une très mauvaise idée et ça n'allait certainement pas l'aider à ne pas se faire trop d'espoirs) avant d'étouffer un rire.
_ Quoi ? Qu'est-ce qui est si drôle ?
_ Cendrillon ! La permission de minuit, on dirait Cendrillon !
La blonde sourit avant de se laisser contaminer par le rire, plus nerveux que vraiment amusé, de son amie.
_ Je te ramènerais ta pantoufle de verre si tu la perds, promis.
Leur rire redoubla et c'est ainsi que les trouvèrent Riko et Hyuga quand ils arrivèrent. Les deux jeunes femmes se ressaisirent presque aussitôt.
_ Vous êtes prêts ? demanda Momoi, redevenue tout à fait sérieuse.
_ On aurait peut-être dû attendre comme tu nous l'avais conseillé ! Et s'il ne nous écoute pas ? Rei est persuadé qu'on va réussir à améliorer les choses, il sera inconsolable si on doit le changer d'école. débita Riko, inquiète.
_ On a déjà pas mal de signatures, de bons arguments et j'ai reçu un mail d'un journal national qui s'est proposé de suivre l'affaire.
_ Hein ?! Un… Un journal national ?
Momoi leur fit un clin d'œil :
_ J'ai des amis influents.
Alex demanda, incrédule :
_ Tu crois que ça vient d'Akashi ?
_ Je ne vois pas d'autre explication. C'est bien son genre d'agir dans l'ombre. Et Tetsu-kun sait se montrer très persuasif.
_ Je ne veux pas en savoir plus. grommela Hyuga.
Les deux jeunes femmes échangèrent un regard avant de se remettre à rire :
_ Non, pas comme ça… Enfin si, sans doute aussi. Tetsu-kun a toujours eu un certain talent pour obtenir ce qu'il voulait, il amène la technique des yeux de chien battu à un tout autre niveau. Akashi résiste plutôt bien mais avec lui, il se fait avoir.
L'ambiance semblait s'être un peu détendue aussi décidèrent-ils d'entrer et de s'annoncer à la secrétaire qui leur répondit que le directeur arriverait dans quelques minutes. Ils pouvaient attendre là, sur les chaises dans le couloir. Alex s'assit, rapidement imitée par Momoi qui expirait bruyamment et semblait très concentrée sur ce qu'elle allait dire. Hyuga resta debout, appuyé contre le mur. Riko, elle, décida de faire les cent pas pour s'occuper sous l'œil tendu du reste du groupe. Son mari failli lui demander d'arrêter, elle le rendait nerveux, mais le directeur ouvrit la porte du bureau pour les accueillir. Aussitôt qu'il les vit tous les quatre, il s'immobilisa et les détailla.
_ Pas vous… murmura-t-il comme son regard croisait celui, plein de défi, de la rose.
_ Eh si. Fallait bien qu'on y arrive.
_ C'est un traquenard ? s'enquit-il auprès des deux parents qui s'étaient rapprochés l'un de l'autre, prêts à faire front ensembles.
_ Non. Nous sommes là pour notre fils et elles sont les seules à nous avoir écoutés. annonça platement Hyuga.
Le directeur soupira, fatigué d'avance, et leur fit signe d'entrer. Il s'installa derrière son bureau et désigna les deux chaises libre de l'autre côté du meuble. D'un commun accord, Riko et Hyuga y prirent place pendant que les deux femmes restaient en retrait.
_ Bien. Monsieur et Madame Hyuga. Quel est le problème avec Rei cette fois ? Si c'est à propos de ses notes en chute libre…
_ Oh, ne faites pas semblant de… commença Momoi, interrompue par la main d'Alex sur son bras.
_ Monsieur Yamamoto, comme vous le savez nous sommes inquiets pour notre fils. Il est rentré blessé il y a quelques semaines. lança Riko.
_ Je sais que les enfants peuvent être un peu violents entre eux mais vous ne devriez pas vous en faire. Ce genre d'incidents arrive souvent mais cela se tasse toujours. D'ici quelques…
_ Nous vous avons parlé du harcèlement dont Rei est victime il y a plusieurs mois mais rien n'a changé. Les choses semblent au contraire empirer et je remarque que vous tenez le même discours que lors de notre dernier rendez-vous. Je ne veux pas que le nom de mon fils s'ajoute à la longue liste des enfants qui commettent l'irréparable parce que l'on n'a pas réagi de la bonne manière. gronda Hyuga d'une voix basse presque menaçante.
_ C'est avec lui que vous devriez en discuter. Nos professeurs font de leur mieux pour gérer les élèves mais ils ne peuvent pas être partout.
Riko posa sa main sur celle de son mari, comme pour l'empêcher d'exploser, et se tourna vers Momoi comme pour lui donner l'autorisation d'intervenir. Cette dernière hocha la tête et le directeur poussa un long soupir pendant qu'elle sortait une feuille de la pochette qu'elle avait gardée dans son sac.
_ Monsieur Yamamoto, je suis ravie d'avoir enfin l'occasion de vous parler.
_ Plaisir partagé, croyez le.
_ Oh. J'imagine que vous devriez changer de secrétaire alors, parce qu'elle m'a assuré que vous ne vouliez pas me recevoir.
L'homme se retourna vers le couple assis face à lui :
_ Vous m'excuserez mais j'ai un peu de mal à saisir le rapport entre la présence de cette jeune femme ici et le cas de votre fils…
_ Monsieur Yamamoto, vous connaissez la raison pour laquelle Rei est harcelé. expliqua Hyuga en faisant craquer sa nuque.
_ A cet âge là, mieux vaut faire profil bas, je vous l'ai déjà dit à vous et à lui.
_ Je ne demanderais pas à mon fils de se cacher parce que vous ne voulez pas prendre les mesures nécessaires. s'agaça Riko.
Momoi s'avança et posa plusieurs papiers sur le bureau pendant que le directeur chaussait ses lunettes et se saisissait d'une feuille.
_ De quoi s'agit-il ?
_ Voici la pétition que nous avons fait signer aux parents d'élèves. Vous disiez qu'ils n'approuveraient jamais des mesures contre l'homophobie, voilà la preuve du contraire. Cette pétition n'a été lancée qu'il y a une quinzaine de jours, cependant, vous vous doutez bien que nous n'avons eu le temps que de parler à une infime minorité des parents. Et voici ici…
Elle tira une autre feuille qu'elle posa sur le bureau :
_ …un mail d'une agence de presse dont vous connaissez probablement le nom, qui propose de suivre l'affaire des Hyuga si elle se poursuit. J'ai également là plusieurs articles publiés au cours des derniers mois sur notre action et votre refus de nous recevoir pour un entretien, ainsi qu'un nombre accablants de témoignages d'élèves et d'anciens élèves qui parlent de leur scolarité à Teiko. Notez bien que je compte ajouter le mien à cette liste. Il serait fâcheux que ce grand journal, réputé et estimé, tombe sur ces documents, vous serez d'accord avec moi.
Le directeur lut le mail en question, pâlit un peu avant de froncer les sourcils, énervé :
_ Mademoiselle, je déteste que l'on me fasse du chantage.
_ Vous ne nous laissez pas le choix.
L'homme se redressa, prenant appui sur les accoudoirs de son fauteuil, et lui jeta un regard assassin alors qu'il s'écria :
_ Sachez que je ne cède jamais à ce genre de pressions et de menaces, ni aux gens qui sont assez bas et mesquins pour en faire usage, et je ne vais certainement pas faire d'exception pour une espèce de petite…
_ Hey ! Ne lui parlez pas sur ce ton ! Et je vous conseille de faire gaffe à votre langage si vous ne voulez pas que ça dégénère ! s'emporta Alex en faisant un pas en avant, l'air furieuse.
Momoi serra les dents et se pencha sur le bureau jusqu'à être à quelques dizaines de centimètre du visage de Monsieur Yamamoto :
_ C'est bien simple, si vous refusez de faire le nécessaire, je vous jure que cette pétition ne se confinera pas aux seuls parents d'élève, je l'enverrais à tous les médias qui voudront bien m'écouter, avec un témoignage signé et un compte rendu de cet entretien. J'accepterais l'offre de ce journal qui diffusera les photos des blessures de Rei quand il rentre de votre école, je mobiliserais les associations de tout le pays s'il le faut et avec les conséquences du harcèlement de nos jours, le pays entier finira par se retourner contre vous. Je vous collerais un procès au cul pour non assistance à personne en danger et pour discrimination envers vos étudiants. Je vous assure que je vous détruirais, vous et votre collège.
Monsieur Yamamoto se rassit correctement et la fixa, incertain de ce qu'il devait prendre au sérieux ou pas.
_ Vous ne gagnerez jamais. Ce genre de procès dure des années et aboutit rarement même quand les enfants se suicident, il n'y a aucun moyen que vous gagniez dans ces conditions.
_ C'est que vous sous-estimez l'importance de l'opinion publique. Vous voulez tenter le coup ? Je dois appeler mon avocat maintenant ?
Alex s'avança encore un peu et lâcha :
_ Je crois qu'Akashi est en rendez-vous, tu devrais attendre de le voir ce soir pour lui en parler.
_ A-Akashi ? Le fils Akashi ?
_ Même si je perdais, les retombées médiatiques seraient désastreuses, le nombre d'inscriptions chuterait et vous perdriez tous vos soutiens. Dans le cas où Teiko y survivrait, ils se débarrasseraient de vous comme un malpropre, sans y réfléchir à deux fois. Le tribunal voudra faire de vous un exemple de la lutte contre le harcèlement scolaire et si je gagnais, les dommages et intérêts que l'établissement devrait verser aux Hyuga et à toutes les familles de victimes de harcèlement finiraient de vous mettre à terre. Et ne croyez pas que je ne suis pas prête à faire absolument tout ce que je viens de dire, ce serait une grave erreur.
Le directeur s'enfonça dans son fauteuil et la fusilla du regard. Il soupira et enleva ses lunettes d'une main tremblante :
_ Qu'est-ce que vous voulez ?
_ Des interventions d'associations dans vos classes pour sensibiliser les élèves aux discriminations LGBT et au harcèlement scolaire, la signature d'une charte anti-discrimination, la promesse écrite que vous et l'ensemble du corps professoral vous engagez à protéger les victimes de harcèlement quelle qu'en soit la raison et que des sanctions soient prises contre les harceleurs, ceux de Rei et des autres, sous la forme de renvois - temporaires ou définitifs - ou de travaux d'intérêt général ainsi qu'une meilleure protection des élèves vulnérables. Et vous pourriez également penser à faire suivre aux professeurs une formation sur la lutte anti-harcèlement, ce n'est pas leur faute mais ils ne sont pas armés pour réagir à ce genre de situations.
_ C'est tout ? ironisa le directeur.
_ Aménager des toilettes spéciales serait également une bonne idée, j'ai entendu dire que ce collège n'était pas aux normes concernant les infrastructures pour les élèves en situation de handicap… encore un truc que je pourrais ajouter à la liste si je décidais de porter tout ça à un niveau qui vous dépasse.
L'homme semblait avoir pris une année de plus pour chaque menace proférée par Momoi et la dévisageait d'un air qui oscillait entre la crainte et la résignation.
_ Bien. J'imagine que vous avez des suggestions à faire concernant les intervenants de ces associations ?
_ Naturellement.
_ Vous laisserez les numéros correspondants à ma secrétaire, je les appellerais dans la semaine. Nous devrions également prendre rendez-vous pour discuter de cette charte "anti-discrimination" que vous voulez me faire signer.
Il se tourna vers Hyuga et Riko, l'air proprement éreinté :
_ Quand à votre fils, vous avez ma parole que les professeurs et moi-même feront le nécessaire.
_ C'est tout ce que nous demandions. affirma Riko.
_ Bien, Monsieur et Madame Hyuga, Mesdames, ce fut un entretien…
_ Productif ? proposa Alex, l'air toujours énervée.
La bouche de l'homme se tordit dans un rictus sarcastique. Il se leva et les accompagna jusqu'à la porte.
_ Réjouissez vous, vous allez être un pionnier dans la lutte contre l'homophobie en milieu scolaire.
_ Madame Momoi, au plaisir. N'oubliez pas de laisser les numéros à ma secrétaire.
Le petit groupe sortit du bureau, la rose s'arrêta près d'une jeune femme en tailleur qui se raidit en la voyant approcher. Nul doute qu'elle avait entendu la majeure partie de la réunion houleuse qui venait d'avoir lieu. Quelques minutes plus tard, Momoi rejoignit les trois autres et ce ne fut que quand ils furent tous hors du collège qu'elle se jeta dans les bras d'Alex, euphorique :
_ J'y crois pas ! Mon dieu, t'as vu ça ! Il a cédé ! J'ai même réussi à lui faire accepter plus de trucs que prévu ! C'est dingue !
Alex frissonna et alors qu'elle pensait…
"Putain, t'es sexy quand tu t'énerves"
…elle se mordit la lèvre et répondit à la place :
_ C'est énorme ! Et cette histoire de procès, c'était vraiment osé.
_ Surtout qu'il a raison : on aurait JAMAIS gagné, même avec Akashi comme avocat. D'ailleurs, merci d'être entrée dans mon jeu, son seul nom l'a rendu livide !
_ Attend, tu veux dire que tout ça, c'était du bluff ?! s'exclama la blonde.
_ Eh bien pas tout… J'aurais effectivement envoyé la pétition et des témoignages aux journaux, démarché des associations et aurais essayé de faire réagir l'opinion… Mais ça aurait pris des mois et publier des photos de Rei a toujours été hors de question. Je sais même pas s'il y a des photos de ses blessures.
Elle sembla se rappeler de la présence du couple à quelques mètres et dans le même temps, réaliser qu'elle était toujours dans les bras d'Alex. Elle s'empourpra violemment et s'écarta d'un bond, aussitôt assaillie par Riko qui la serra dans ses bras à l'en étouffer.
_ Merci ! Merci ! Je ne sais pas ce qu'on aurait fait sans toi… Merci ! Merci pour tout. Si l'on peut faire quoi que ce soit, n'importe quoi, surtout n'hésite pas.
Elle s'éloigna, le regard humide.
_ Ne me remerciez pas. Ça fait des mois que j'essaie d'obtenir un rendez-vous et ce genre de mesures. Je suis juste vraiment heureuse d'avoir pu y arriver et de pouvoir aider Rei.
_ Ah ! Il faut qu'on prévienne Teppei. Il va être tellement soulagé ! Et Rei sera content de pouvoir rester avec Jun.
Hyuga détourna le regard, toujours pas emballé à l'idée que son fils ait une relation quelconque avec ce garçon en particulier. Alors que sa femme s'éloignait pour téléphoner à leur meilleur ami, il s'avança à son tour :
_ Elle a raison. Sans toi et les autres, on n'aurait jamais pu faire tout ça.
_ Oh… De rien, vraiment. Ah si, il y a un truc que vous pouvez faire : passez nous voir de temps en temps avec Rei ! Kise sera ravi de pouvoir discuter avec lui et Daiki a besoin de copains de son âge…mental !
Alex rit, imitée par Hyuga. Riko revint à leur niveau, un gigantesque sourire aux lèvres :
_ Il te remercie également. Il m'a dit qu'il était au snack, il nous attend.
Elle se pencha vers son mari et l'embrassa. Ils se regardèrent quelques instants, comme si le poids du monde venait de leur être ôté des épaules et commencèrent à marcher.
_ Ils ont raison, tu sais. Ce que t'as fait là, c'est incroyable.
_ Arrête. Il a craqué parce que le nom d'Akashi a fini de lui faire peur.
_ Je l'ai bien regardé et c'est pas d'Akashi qu'il avait peur. T'es vraiment quelqu'un d'extraordinaire, arrête de te sous estimer et prends le crédit que tu mérites !
Momoi rougit un peu et se détourna dans l'espoir de se cacher avant de murmurer :
_ Merci.
~ Queer as Folk ~
Aomine entra dans la chambre, sombre, et soupira. Il se rapprocha du lit, se déchaussa, écarta les couvertures et vint se serrer contre Kagami.
_ Hey…
_ …
_ Je sais que c'est dur mais… ça fait une semaine, Taiga.
_ Et alors ? Toi, t'as bien passé une semaine à être vexé par les réflexions d'un môme de quatorze ans, je peux bien me sentir mal à cause de mon agression, non ?
Aomine grogna et se serra un peu plus contre le rouge.
_ Mais moi, je suis un gosse, Satsuki te le dira ! Toi t'es… Toi, t'es fort.
_ …
Le bleu se rapprocha encore un peu, à tel point qu'il aurait eu du mal à dire si cette jambe, là, était la sienne ou celle de l'américain. Il embrassa doucement la nuque de Kagami avant de chuchoter :
_ Je t'aime. Je l'ai pas dit souvent depuis l'hosto, et je me sens vraiment nul de le dire que quand tu vas pas bien. Mais c'est vrai.
_ Je sais, crétin. murmura son amant.
_ Moi aussi, je t'aime.
Ils restèrent en silence.
_ Tu veux que j'appelle Tetsu ? Il serait sans doute plus utile que moi dans cette situation. Ou ton frère ?
Kagami ne répondit rien.
_ Tu dois parler aux flics, Taiga. Je sais que tu veux pas y penser et que ça fait une semaine que t'essaies, mais tu dois y retourner et faire cette putain de confrontation. Ils t'ont dit que c'était obligé.
Le silence revint et le bleu décida de ne pas insister. Après de longues minutes, Kagami finit par lâcher :
_ Tatsuya.
_ Quoi ?
_ Appelle Tatsuya plutôt que Kuroko. Je veux pas y aller seul.
_ Ok.
Il l'embrassa, encore, comme pour s'excuser de toutes les fois où il ne le faisait pas, et se leva. Il allait sortir du lit quand l'autre le retint par le poignet :
_ Toi aussi, je veux que tu sois là.
Aomine lui adressa un sourire un peu forcé :
_ Evidemment que je serais là, qu'est-ce que tu croyais ?
Il se leva et sortit de la chambre. Il récupéra son portable qu'il avait abandonné quelque part sur le canapé quand il était arrivé et fouilla machinalement la liste de contact. Après l'agression, il avait jugé utile de demander son numéro à Himuro. Ce dernier décrocha après quelques tonalités :
_ Aomine ?
_ Ouais.
_ Comment il va ?
L'autre soupira :
_ Un peu mieux.
Au début, Kagami avait été en colère. Il avait jeté son téléphone contre un mur, laissant l'objet inutilisable, puis avait décidé de se venger dudit mur et y avait écrasé son poing tellement fort que le bleu avait eu peur qu'il l'ait cassé lui aussi. Il avait ensuite décidé de passer ses nerfs sur les coussins, c'était déjà nettement moins risqué. Puis, comme vidé de son énergie, il avait fini par s'endormir d'un seul coup et était resté au lit pendant deux jours avant d'aller au commissariat, traîné par Aomine. Là bas, il avait expliqué pourquoi il était là et ils avaient reçu un appel le surlendemain pour leur annoncer qu'Hanamiya était au poste et qu'il faudrait prendre un rendez-vous pour organiser une confrontation.
Aomine avait vu Teppei, presque par hasard, quand il était allé informer Alex. Il savait que cette dernière ne supportait pas de ne pas être tenue au courant et ne pouvait pas lui en vouloir. S'il s'était agi de Satsuki, il aurait probablement déjà défoncé la porte. Kiyoshi lui avait dit qu'il témoignerait, si nécessaire, s'ils avaient besoin de quelqu'un pour parler du passé violent et homophobe d'Hanamiya. Il avait vu Tetsu aussi, qui avait pris des nouvelles d'un air très inquiet avant d'annoncer qu'Akashi avait déjà accepté de représenter Kagami lors de l'éventuel procès qui allait s'ensuivre.
_ Il a décidé d'y aller. A la confrontation, je veux dire.
_ Ah ouais !? Tu me rassures.
_ Il voudrait que tu viennes.
_ Oh. Pas de problème. Je serais là, dis lui.
_ Ca te dérange de contacter Akashi ? Je t'avoue que là, j'ai vraiment pas le courage de passer un coup de fil supplémentaire.
Momoi l'avait harcelé une partie de la journée, il avait reçu un appel de Kise à l'hôpital qui voulait prendre des nouvelles et lui annoncer que tout s'était bien passé de son côté, avait parlé avec Alex qui avait refusé de le laisser raccrocher et avait même dû inventer une excuse pour expliquer à Monsieur Kagami pourquoi son fils ne pouvait (voulait) pas lui parler.
_ Non, je m'en occupe, t'inquiètes.
_ Merci.
Aomine se fit la réflexion que c'était bizarre de dire ça à Himuro. Ils ne s'étaient jamais entendu. Les seules choses qu'ils avaient en commun étaient le basket et Taiga et ça les éloignait plus qu'autre chose. Déjà, ils n'aimaient pas les mêmes équipes et surtout, le brun avait toujours eu une dent contre lui depuis qu'il sortait avec son frère (pas qu'il puisse réellement lui en vouloir). Leurs relations s'étaient apaisées quelques mois plus tôt et Aomine était incapable de dire si c'était à cause des heures passées côtes à côtes dans cette affreuse salle d'attente à prier des dieux dans lesquels aucun d'eux de croyait pour que Kagami aille bien ou bien parce que sa relation avec Taiga avait changé. Toujours était-il qu'ils se parlaient peu, même aujourd'hui, et s'il y réfléchissait bien il était presque sûr que c'était la première fois qu'il disait "merci" à Himuro. Il soupira et raccrocha avant de rejoindre la cuisine. Il se gratta le sommet du crâne : que pouvait-il préparer sans risquer d'incendier, d'inonder ou de faire sauter l'appartement ?
_ Je vais le faire. lança une voix dans son dos.
_ T'es sûr ?
_ Ca fait une semaine que tu cuisines, j'ai envie d'autre chose que de pizza ou de sushi. le taquina Kagami.
En temps normal, le bleu se serait probablement (certainement) vexé. Mais là, il se contenta de sourire et de hocher la tête.
_ Ok. J'te laisse faire.
~ Queer as Folk ~
On toqua à la porte et Kasamatsu et Kise sursautèrent dans un seul et même mouvement. Le visage du blond s'éclaira quand il reconnut la tignasse rose de sa colocataire de l'autre de la vitre. Elle entra, des ballons à la main.
_ Elle trouvait que les fleurs, c'était trop commun ! lança Alex en riant, entrant à sa suite.
_ Vous êtes venues ensembles ? demanda aussitôt Kise en jetant un regard éloquent à Momoi.
_ Non. On s'est croisées sur le parking.
_ Alors ça, pour une coïncidence. Ces parkings sont immenses ! Pour un peu, je dirais que c'est le destin.
Momoi se tourna vers la blonde en esquissant un sourire gêné :
_ On dirait que les médicaments sont forts ! Peut-être qu'on devrait repasser plus tard.
L'ancien mannequin ricana et gémit de douleur.
_ Hey, fais attention.
Il jeta un regard attendri à Kasamatsu qui fronçait les sourcils dès qu'il faisait mine de grimacer.
_ Je vois que la chambre est déjà surchargée. Je reviendrais plus tard dans l'après midi. lança une voix depuis l'entrée.
_ Non, entre.
_ Tu devrais te reposer, pas recevoir tout ce monde dans ta chambre d'hôpital. affirma Midorima en remontant ses lunettes sur son nez.
_ D'accord, Docteur ! Mais en attendant, c'est génial de tous vous voir ici !
_ Takao a dit qu'il passerait après son travail pour te voir.
_ Dac !
_ Oh. Tout le monde s'est donné rendez-vous ici, je vois.
_ Kurokocchi ! C'est trop drôle que vous ayez tous décidé de venir au même moment.
_ Ah, j'oubliais ! Taiga m'a dit de t'amener ça. Il devait aller au commissariat aujourd'hui et s'excuse de ne pas pouvoir venir.
_ Non, je comprends ! Comment il va ? Mieux ?
_ Oui. Il devait revoir Hanamiya aujourd'hui. Seijuro y est allé avec Himuro-kun et Aomine-kun. expliqua Kuroko.
Alex tendit une boîte en carton qu'elle tenait à la main et qui contenait une grosse part de gâteau :
_ Il a dit que c'était pour ton anniversaire, puisqu'on n'a rien pu organiser cette année.
_ Ah non ! On en a déjà parlé, vous n'avez plutôt pas intérêt à m'offrir quoi que ce soit ! C'est déjà grâce à vous que j'ai pu faire l'opération avant la fin de l'année, je n'accepterais même pas une boîte de trombones !
La blonde ricana et posa la boîte sur la petite table de chevet :
_ Il était sûr que tu dirais ça. C'est pour ça qu'il m'a demandé d'ajouter "ce sont les restes d'un gâteau que j'ai fait".
_ Hum… Et le "bon anniversaire", c'était aussi sur le gâteau original ? marmonna Kise, dubitatif.
_ Si tu le veux pas, je le mangerais ! Je mange la même chose que toi depuis trois jours, je suis pas contre quelque chose qui a du goût. grommela Kasamatsu.
Il avait décidé de poser ses congés pour rester avec Kise. Même si cet imbécile refusait de l'admettre, il savait qu'il était inquiet à cause de l'anesthésie et de la douleur éventuelle. Et puis s'il était tout à fait honnête, il n'avait pas envie de le laisser seul, il savait combien ce moment comptait à ses yeux.
_ Arrêtez de vous plaindre ! La nourriture n'est pas si mauvaise ici, j'ai déjà fait des stages dans des hôpitaux où c'était bien plus mauvais ! intervint Midorima en levant les yeux au ciel.
Kise releva ses lèvres dans un rictus dégoûté.
_ Au fait, le rendez-vous avec le directeur ?
Les deux filles lui adressèrent un sourire rayonnant et fier :
_ On a obtenu ce qu'on voulait et même plus ! lança Momoi.
_ T'aurais dû la voir, elle était incroyable ! renchérit Alex.
_ Je vous l'avais dit : personne ne sait mettre la pression aux gens comme elle… quoiqu'en y réfléchissant, Akashicchi n'est pas mal dans son genre.
_ Maintenant, je vois ce que tu veux dire ! assura la blonde, ignorant le sourire et les joues roses de la plus jeune derrière elle.
Kise rigola à cette vue et se fit la réflexion que ça n'allait peut-être plus tarder à démarrer sérieusement entre elles.
_ Bon. Maintenant, tout le monde dehors ! Il a besoin de se reposer ! intervint Midorima.
_ C'est le meilleur anniversaire de ma vie ! Et c'est même pas aujourd'hui pile ! lança le patient comme les autres se dirigeaient vers la sortie sous le regard sévère du vert.
Les autres rirent et le saluèrent, puis Midorima adressa un regard lourd de sous entendus à Kasamatsu resté dans la chambre.
_ Ca va, j'ai compris, j'arrive.
Le lunetteux eut un sourire amusé et s'éclipsa pour les laisser seuls.
_ Merci d'être resté tout ce temps !
_ C'est normal.
_ Je t'aime !
Kasamatsu s'empourpra et détourna le regard :
_ Moi aussi… J'y vais avant que Midorima rapplique et me traîne dehors de force !
Kise le retint par la manche et quand le brun reporta son attention sur lui, il découvrit deux grands yeux larmoyants et des lèvres tremblotantes. Il eut un sourire :
_ Si tu veux que je t'embrasse, dis le clairement !
_ Mais après tu te fâches parce que je dis des trucs gênants…
Le plus petit leva les yeux au ciel et se pencha pour l'embrasser.
~ Queer as Folk ~
Tout le monde avait décidé de se retrouver au snack. Quand Momoi récupéra son verre, elle poussa un long soupir et se laissa tomber sur une banquette en soupirant :
_ Eh bien quelle semaine ! Entre Kagamin, Ki-chan et cette réunion, on peut dire que c'était une semaines très agitée !
Teppei rit et Rei s'approcha :
_ Ils sont pas là Kise et Aomine ?
_ Ah, non. Désolée. Kise est à l'hôpital. T'en fais pas, rien de grave. Et Aomine… Il est… Derrière toi ? Dai-chan ?! Qu'est-ce que vous faites là tous les quatre ?
L'adolescent se retourna et tomba sur le regard exténué et un peu vide de Kagami, celui épuisé d'Aomine et Himuro et celui impassible d'Akashi.
_ Il voulait rentrer broyer du noir. J'me suis dit que ce serait mieux de venir ici. Tetsu m'a dit que vous organisiez une espèce de fête ?
_ Yep. Mais Kise ne doit rien savoir, il nous reprocherait d'avoir fêté son anniversaire sans sa permission.
_ Donc vous le fêtez…sans lui ? Tu sais que ça n'a aucun sens, pas vrai ?
Sa meilleure ami lui décocha un sourire fier et ravi.
_ Je sais même pas pourquoi ça m'étonne. Alors gamin, comme ça tu me cherchais ?
Rei se renfrogna :
_ Non. Au contraire, je me disais que c'était très bien si tu n'étais pas là.
_ QUOI ?
Aomine allait lui renvoyer une réplique cinglante, indigne de l'adulte de bientôt 27 ans qu'il était censé être, quand Kagami laissa échapper un gloussement dans son dos qui l'arrêta tout simplement.
_ Désolé… Mais c'est trop drôle ! Il te provoque et tu tombes dans le panneau à chaque fois ! C'est pas croyable !
Le bleu ronchonna pour la forme sans pour autant réussir à se départir du sourire qui naissait sur ses lèvres. Cela faisait des jours que Kagami n'avait plus rit de cette façon et s'il devait se faire humilier par un ado de quatorze ans… Bon, d'accord, hors de question de se laisser humilier par un ado de quatorze ans, mais il était prêt à résister encore quelques minutes. Le temps qu'il décide de reprendre la bataille, Rei était déjà parti et discutait avec Kuroko sous l'œil d'Akashi et… Merde, c'était quoi cette lueur bizarre dans ses yeux ? S'il s'était agi de quelqu'un d'autre, Aomine aurait juré que c'était de la tendresse. Il haussa les épaules et s'approcha du bar. Quand Alex lui demanda ce qu'il boirait il poussa un long, très long soupir et répondit :
_ Quelque chose de fort.
La blonde hocha la tête et revint quelques secondes plus tard avec une énorme tasse de café.
_ Je pensais pas fort dans ce sens là. bougonna le jeune homme.
_ J'y ai ajouté du whisky.
Il la dévisagea quelques instants et ils échangèrent un sourire en coin comme le bleu saisissait sa tasse.
Plus loin, Riko parlait avec Momoi et Teppei d'un obscur sujet militant, il semblait que la brunette envisageait sérieusement de les rejoindre. Hyuga et Kagami discutaient et semblaient s'apprécier mutuellement tandis que Rei et Kuroko riaient toujours ensembles. Alex détailla le tableau avec un sourire et quand son regard se posa sur la rose, elle se fit silencieusement la réflexion qu'elle était foutue.
Note d'Après Propos : Plusieurs d'entre vous se doutaient que ce serait en rapport avec un personnage qui n'était pas ou peu apparu jusqu'ici et c'est le cas ^^ J'avais très envie de parler de harcèlement scolaire (je pense que j'en reparlerais dans un OS à part un jour) et de diversifier un peu la nature de mes personnages. J'espère que le fait qu'un OC soit au centre du chapitre ne vous a pas trop dérangé (j'avoue avoir un peu de mal avec les OC d'habitude) :/ et que vous avez apprécié ce chapitre (je pense que c'est un de ceux que j'ai préféré écrire parce que tout est venu assez naturellement et qu'il parle de la plupart des personnages) et que vous me pardonnerez pour ce que je fais subir à Kagami ^^"
