Chapitre 7 : Courrier et gants

Ce premier week end après la rentrée n'était clairement pas à la hauteur des attentes des élèves de l'école de magie Poudlard. S'ils avaient espéré pouvoir profiter du beau temps qui avait sévi durant toute leur première semaine de cours, à une période de l'année où ils n'étaient pas encore surchargés de devoirs et de révisions, ils avaient tous dramatiquement déchanté en jetant un coup d'œil derrière les vitres. Exception faite, bien entendu, des Serpentards qui devaient remonter des cachots pour se confronter à la dure réalité : il pleuvait des torrents d'eau, et les intempéries avaient fait chuter drastiquement la température ambiante. Les élèves se seraient crus plutôt en hiver qu'en fin d'été.

Lewis avait sorti sa superbe écharpe aux couleurs de son équipe de Quidditch préférée, frottant énergiquement ses mains entre elles pendant que leur groupe filait d'un pas rapide en direction de la partie du château où se trouvait la Grande Salle. Lui et Phineas Rogue étaient blottis l'un contre l'autre, suivant à la trace leur préfet préféré, Norman Grey, qui leur avait généreusement proposé de profiter de son sortilège Repousse-pluie pour traverser la cour sans être trop trempés.

Phineas ne portait rien de très chaud, hormis sa cape d'extérieur, puisque la tristesse qui empoignait son cœur le rendait sourd aux protestations de son corps. Ses mains étaient gelées, il sentait à peine ses doigts, et son nez avait ridiculement rougit. Lewis avait eu beau le gronder, le jeune garçon n'en avait fait qu'à son idée.

La Grande Salle était heureusement un havre de réconfort. Les feux allumés dans l'âtre de ses immenses cheminées offraient une chaleur bienvenue, tandis que les tables surchargées de nourritures promettaient un petit déjeuner copieux et savoureux. Les élèves se tenaient serrés les uns contre les autres, et leur sujet de conversation favorite ce matin était le temps qu'il faisait. Tout le monde était d'avis que la météo mettait un sacré coup au moral. Ceux qui devaient passer leurs BUSE ou ASPIC en fin d'année lançaient au plafond magique, qui reflétait le temps dehors, des regards pleins de reproches. C'était leur dernier week end de tranquillité, malgré la quantité de travail qui leur avait déjà été donné par les professeurs.

Sans jeter le moindre regard à la table de sa propre maison, Phineas s'assit lourdement, le moral en berne. Lewis en ignorait la raison, mais il tenta malgré tout de le dérider. Tout le long de leur repas, il n'avait cessé de raconter les anecdotes qu'il avait entendu depuis le début de la reprise des cours. Malheureusement, son ami n'écoutait que d'une oreille. Son regard s'était perdu en direction de la table des Gryffondors où Nathanielle Black était en grande conversation avec Maïa et deux autres filles. Elle riait. Beaucoup. Avait-elle reçu son message anonyme ? Faisait-elle semblant, ce matin, riant de bon cœur, de vivre normalement ? Soupçonnait-elle les dangers qui la guettaient réellement ?

- Courrier, annonça Lewis en le secouant un peu.

Phineas leva la tête, observant le nuage des oiseaux qui descendaient en direction des tables, spectacle dont il avait maintenant l'habitude. Il eut cependant un hoquet de surprise lorsqu'il reconnu la chouette de Harry Potter se poser élégamment devant son bol, déposant une lettre bien épaisse sur sa main. Elle se servi dans le verre du garçon, n'attendit pas de sa part une caresse affectueuse ou des remerciements verbaux, et s'envola une fois qu'elle se fut restaurée.

- Attends, lâcha Lewis dont les yeux venaient de s'écarquiller. L'expéditeur est Harry Potter ?

- Oui, répondit machinalement Phineas.

Lewis siffla d'admiration, très impressionné. D'abord surprit par le comportement de son ami, Phineas se rappela qu'il n'avait jamais dit à personne qu'il connaissait plutôt bien les Potter. Or, Harry Potter était une légende dans le monde de la sorcellerie.

- J'ai eu le plaisir de passer quelques semaines chez eux, en vacances cet été, ajouta-t-il sobrement les joues légèrement roses.

Plaisir était un grand mot, mais il se serait montré ingrat de ne pas formuler la chose avec autant de courtoisie. Il avait conscience qu'un grand nombre d'enfants, dans cette salle, aurait donné n'importe quoi pour passer ne serait-ce que quelques heures avec une pareille sommité et sa famille. Même Ginny Potter jouissait d'une notoriété bien à elle en raison de son talent au Quidditch et de ses articles sportifs énergiques qui paraissaient régulièrement dans les journaux et les magazines.

- Je ne savais pas que tu avais de telles fréquentations, insista Lewis qui tartinait distraitement sa tranche de brioche. Quel cachotier !

- Oh, je ne connais les Potter que depuis cet été, tempéra Phineas. Et suite à un curieux concours de circonstances. Si tu veux savoir, c'est aussi cet été que j'ai croisé Princesse Calamité.

Son regard fusa directement vers Nathanielle qui écoutait à présent les discussions d'un groupe de Gryffondors de quatrième année. Il ne savait pas de quoi ils pouvaient bien parler, mais cela semblait particulièrement intéressant. Lewis avait suivi son regard, et après quelques minutes de silence à étudier Black, il donna son avis :

- Franchement, évites de tomber amoureux d'elle. Elle est très jolie, là dessus tu as un goût très sûr.

Le regard de son ami se mit à pétiller d'intérêt et de malice, qui fut bientôt remplacé par une pointe d'inquiétude et de sérieux.

- Mais Black a une réputation terrible de fille à problèmes. Elle possède un talent surnaturel pour s'attirer les ennuis. Dans le train, j'ai entendu un élève de sixième ou septième année affirmer qu'un jour, son père, qui travaille au Ministère de la magie au Département des Accidents et Catastrophes Magiques, a été envoyé en urgence chez la tutrice de Black pour une affaire délicate. Bien que tenu à la discrétion, il a tout de même affirmé à ses proches qu'il s'était produit dans le voisinage de la vieille dame un incident provoqué par Black. Une journaliste a affirmé dans la gazette que trois jeunes moldus entre 9 et 14 ans se sont retrouvés à Ste Mangouste pour soigner des blessures causés par la magie, et que leur état de santé physique était aussi préoccupant que leur état psychologique. Soit disant que Black a eu un "léger" accident de magie. Elle avait cinq ou six ans alors.

- A cet âge, les jeunes sorciers sont encore incapables de maîtriser leurs pouvoirs, argua Phineas.

- Oui, d'accord, concéda Lewis. Mais le père de l'élève qui nous a raconté ça affirmait qu'il était possible qu'elle ai, au contraire, sciemment attaqué ces jeunes moldus. Le calme qu'elle avait manifesté pendant l'enquête du Ministère l'avait effrayé.

En silence, Phineas médita ses paroles. Il était un fait que Nathanielle Black manifestait régulièrement un manque d'empathie envers les autres, provoquant souvent des moments de gêne qu'elle ignorait superbement. Si Phineas avait d'abord placé cette indifférence sur le compte de l'inconscience de la jeune fille, il se demandait tout à coup, à la lumière d'une telle anecdote, si elle n'occultait pas délibérément les sentiments des autres. De plus, la question de son statut de Chapeauflou lui revenait à l'esprit : Vers quelle maison exactement le Choixpeau avait-il hésité à l'envoyer ? Mais il comprit mieux la méfiance naturelle des autres élèves à son égard. Bien que très agréable à regarder et débordante de vie, la jeune Gryffondor possédait une part d'ombre qui terrifiait toute personne qui la connaissait de réputation. Pas étonnant que la tutrice de Black n'appréciait pas autant qu'elle le devrait sa protégée.

- Oh, Lewis ?

Lewis se tourna vers Phineas, un regard plein de charme et de mystère s'affichait sur son jeune visage. Un regard, n'en doutait pas Phineas, qui ferait tourner bien des têtes féminines dans quelques années, mais qui avait le don de l'agacer. Lewis le savait très bien et faisait exprès de le lui servir pour le seul plaisir de l'embêter.

- Oui cher ami ?

- Sois gentil, ôtes-toi cette stupide idée selon laquelle j'aurais des sentiments pour cette idiote de Black. Si tu venais à persévérer dans cette voie, je serais obligé de te jeter un sort.

Il avait proféré cette menace avec calme et une pointe de sympathie. Lewis lui sourit de bon cœur.

- Tout le monde le pense pourtant.

Phineas lui lança un regard flamboyant et appuyé, un petit rictus railleur sur le coin des lèvres.

- Mais Lewis, rassures-moi, tu n'es quand même pas tout le monde ?

- Non, bien sûr que non, répondit son ami sur un ton faussement outré. Je suis au dessus du commun des mortels, tu le sais très bien. C'est choquant que tu puisses en douter.

Ils se toisèrent un court moment, avant d'éclater de rire. Ce genre de plaisanteries leur venait tout naturellement, et les Gryffondors appelaient cela "l'humour à la Serpentard", soit disant d'une stupidité navrante, mais dont ils ne percevaient guère la subtile autodérision qui se cachait derrière. De toute manière, un Gryffondor ne pourrait jamais comprendre un Serpentard.


" Cher Phiphi".

C'était l'écriture en pattes de mouche de James qui dominait la première partie de la lettre. La familiarité avec laquelle il l'avait gratifié de ce surnom ridicule manqua de l'étrangler d'indignation.

"Avant toute chose, sache qu'Albus et moi sommes très en colère. Tu avais promis de nous écrire souvent quand tu serais à Poudlard, et au final, après une semaine, nous attendons toujours des nouvelles de toi."

En vérité, ce paragraphe plein de reproches était truffé de fautes, et déchiffrer en parallèle l'écriture hasardeuse du petit garçon fit sévèrement froncer les sourcils de Phineas. Qui plus est, il prenait très mal le fait de se faire sermonner par deux gosses salement pourris gâtés. Heureusement, la suite du courrier lui apporta davantage de satisfaction.

"Maman nous a disputé à ce sujet, car elle en avait assez de nous entendre nous plaindre de ton manque de considération à notre égard. Elle a dit que tu avais certainement eu beaucoup à faire pendant ta première semaine d'école et que tu n'avais probablement pas eu tout le temps souhaité pour nous écrire. "

Brave femme. Phineas espérait qu'elle les avait bien puni.

"Nous espérons, tout comme papa et maman, que tu auras le temps ce week end de nous envoyer de tes nouvelles. Ils s'inquiètent beaucoup pour toi, ils espèrent que tu te plais à Poudlard et que tu es en parfaite sécurité."

Ensuite, James avait écrit quelques mots illisibles qu'il avait aussitôt raturé de manière rageuse. De l'encre avait même bavé sur le parchemin. Il enchaina derrière sur les activités de la famille durant toute la semaine écoulée, d'un intérêt très limité, que Phineas parcourut rapidement et distraitement avant de reprendre sur un paragraphe plaisant :

"Voilà pour nous. Comme tu le constates, nous allons bien. Mais tu nous manques. Albus voudrait bien des nouvelles de Severus également. Je ne vois pas pourquoi mais je fais passer son message."

Le brave chat avait tout particulièrement martyrisé le jeune James, le faisant pleurer à chaque coup de griffes, ce qui se produisait une à deux fois par jour. De même, le félin affectionnait détruire les jouets de James, ayant déjà réduit à l'état d'immonde détritus deux souaffles-jouets de James, ainsi qu'un nombre honorable de peluches que James laissait trainer par terre dans sa chambre. Après la perte de Monsieur Tobby (un chien hideux offert par une des trop nombreuses tantes du sale mioche), l'ainé des fils Potter s'était convaincu de l'utilité d'obéir aux injonctions de sa mère concernant la propreté de sa chambre. Etrangement (Phineas eut un rictus méprisant et ravi), le chat Severus avait inculqué une certaine discipline chez James et Albus concernant la nécessité d'avoir toujours ses affaires soigneusement rangées. Albus avait eut la mauvaise surprise d'enfiler un polo couvert des poils du chat, polo qui avait trainé au pied de son lit pendant deux jours. Pareil pour le goûter qu'il avait laissé trainer une heure durant sur sa table de chevet et qui avait été retrouvé par terre, à moitié dévoré par un chat gourmet. Ginny avait jeté le reste du goûter pour des questions d'hygiène, et avait refusé de le remplacer, estimant que c'était à Albus de faire attention.

Entre autres facéties du chat, Severus avait une fois vomi dans les chaussons de James (le scandale que le garçon avait fait ce matin là restait délicieusement mémorable), caché dans un arbre des chaussettes du garçon, et uriné un nombre conséquent de fois sur les meubles des chambres des garçons. Seule la menace de faire castrer l'animal avait convaincu ce dernier de se calmer sur l'abus de marquer son territoire.

Malgré les défauts du chat, Albus adorait jouer avec. Pas James. Et chose étrange, la petite Lily était très souvent épargnée par les lubies du félin.

Assis en tailleur sur son lit, Phineas lisait la lettre à voix haute, autant pour lui, que pour l'animal qui écoutait en ronronnant sous les caresses affectueuses de son maître. L'animal paraissait flatté de l'attention dont il faisait l'objet, et se délectait du mépris de James à son encontre.

- Tu as laissé une forte impression, dis-moi, ricanait le garçon à l'adresse de Phineas.

Le chat lui lança un regard rempli de fierté, parfaitement conscient d'être à ce moment précis le centre de l'attention.

La seconde partie de la lettre était écrite de la main de Harry Potter. Elle était bien plus intéressante car il lui parlait du déroulement de son enquête sur l'enlèvement de sa mère, et lui donnait des nouvelles de "tante Heather".

" Phineas,

nous tenions à te féliciter pour ta Répartition. Nous n'avons pas été étonné de te voir aller à Serpentard, et nous espérons que cette maison te convient bien. Le professeur Mcgonagall a la bonté de nous envoyer régulièrement de tes nouvelles. Même si elle n'en donne pas l'impression, elle te surveille et veille personnellement à ton bien-être. Une autre personne nous donne de tes nouvelles, et souhaite d'ailleurs faire plus amplement ta connaissance. D'après lui, un garçon du nom de Nero Selwyn te cherche des ennuis. J'ai entendu parler de sa famille, pas en bien, et nous ne pouvons que te conseiller de faire très attention chaque fois que tu es obligé de l'approcher. S'il te cause trop d'ennuis, n'hésites pas à nous écrire tout comme à aller voir un professeur.

J'ai entendu dire qu'une jeune fille du nom de Nathanielle Black t'avait approché. Je suis surpris. J'ignorai son existence jusqu'ici. Pourtant je pensais bien connaître la famille Black, car mon parrain était l'un d'eux et m'avait montré l'arbre généalogique de sa famille. J'ai été vérifier, mais le nom de la jeune fille n'apparait pas. En même temps, il a à présent tellement de noms qui ont été effacés de l'arbre, que je ne serais pas étonné qu'elle appartienne à une branche de la famille qui a été renié. Toutefois, par acquis de conscience, j'ai été questionner les membres survivants de la famille, et chacun s'est montré surprit d'apprendre l'existence de cette parente. Ils sont actuellement en train de se renseigner sur la question. Je pourrai peut être t'en apprendre plus dans quelques temps.

En attendant, limites tes interactions avec elle. "

En voilà, une curieuse histoire ! Décidément, même au sein des Black, Nathanielle posait un sérieux problème. Le mystère qui entourait cette fille s'épaississait. Mais comment se faisait-il que Selwyn connaissait déjà l'existence et la réputation de la jeune fille, si la propre famille de cette dernière ignorait tout d'elle ? Quelque chose échappait à la logique. D'ailleurs, un certain nombre de gens, la connaissait bien avant même sa montée dans le train. Pourquoi les Black prétendaient-ils ne pas la connaître ? Et si c'était réellement le cas, par quel moyen cette enfant avait pu passer inaperçue au regard de sa propre famille ? Sa tutrice avait peut être la réponse à cette énigme. Mais force était de constater que les anomalies s'accumulaient autour de Nathanielle Black, et le Serpentard ne doutait plus que la peu flatteuse réputation de la jeune fille était quelque part justifiée. Mais que savait exactement Selwyn ? Et pourquoi tenait-il à la faire renvoyer ? Quelle était l'origine de sa haine envers elle et se connaissaient-ils d'avant ?

Phineas soupira. Il ne pouvait questionner ni l'un ni l'autre, car il savait qu'aucun des deux ne lui fournirait de réponse. Pas de leur plein gré en tout cas. Il ne plaça pas non plus de grand espoir dans Harry Potter. Lui-même pataugeait dans la mélasse.

" Tu seras heureux d'apprendre que Heather Greenwood est désormais hors de danger. Elle ne s'est pas encore réveillée, mais les guérisseurs sont désormais très optimistes sur son rétablissement. Ta protectrice est rudement solide, j'espère pouvoir t'annoncer prochainement son réveil."

Phineas l'espérait aussi. La nouvelle l'avait profondément réjouit, car il considérait cette femme comme un membre de sa famille malgré l'absence de lien du sang. Elle protégeait sa mère depuis qu'elle était enceinte de lui, et avait activement participé à son éducation ensuite. Aussi l'appelait-il affectueusement "tante".

" L'enquête sur l'enlèvement de ta mère avance également. Même si nous n'avons pas pu déterminer à quel genre de groupe vos agresseurs appartiennent, nous connaissons maintenant leurs revendications. Il semblerait qu'ils cherchent à mettre en place un nouvel ordre politique dans le monde de la magie, récupérant et arrangeant certains préceptes de Grindelwald et de Lord Voldemort. Ils se prétendent être les successeurs du mouvement que ces deux mages noirs ont inité, et s'ils ne se sont pas encore fait connaître officiellement, c'est dans un pur soucis de discrétion. Leur but actuellement est de trouver ce qu'ils appellent les "Héritiers des Ténèbres". Nous ne savons pas ce qu'ils entendent par là, mais tant qu'ils n'ont pas trouvé ceux qu'ils cherchent, leurs actions doivent rester secrets.

Ces renseignements nous ont été fourni par des enquêteurs de la communauté magique internationale, puisque ce groupe anonyme sévit de plus en plus souvent et un peu partout en Europe. Mais le Ministre est assez furieux qu'ils n'aient pas souhaité nous en informer plus tôt et qu'il ai fallut l'enlèvement de ta mère pour qu'ils daignent nous éclairer.

Pourquoi s'en prendre à ta mère et à toi ? Visiblement, vos noms étaient sur une liste que les enquêteurs en question viennent de trouver. Ils ont réussi à capturer l'un des membres du groupe en Espagne, mais l'homme en question reste hermétique à nos questions. Notre priorité reste de retrouver ta mère, mais nous devons également protéger toutes les familles dont le nom se trouve sur cette liste. Ce qui représente, pour la communauté britannique, un total de quatre familles à protéger (en plus de toi). Je ne te dirais pas qui, cette information sensible doit rester secrète. "

Phineas trouva qu'il n'avait pas grand chose à envier à Nathanielle Black. Figurer sur une liste d'un groupe de dangereux individus qui sévissait un peu partout en Europe avait quelque chose de proprement effrayant. Que l'en-tête de la liste en question mentionne les "Héritiers des Ténèbres" rendait l'anecdote encore plus lugubre et dangereuse. Le garçon était rassuré que cette affreuse histoire n'ai pas encore atteint les oreilles de ses camarades. En tout cas, Selwyn en ignorait tout, et ce n'était pas plus mal. Il avait déjà assez d'ennuis comme ça, pas la peine que des terroristes en herbe en rajoutent.

Le reste de la lettre était moins sombre. Elle parlait de Ginny et de son inquiétude pour lui, et Harry transmettait toutes les recommandations dictées par sa femme. L'attention de cette mère dévouée pour lui l'irritait vraiment.

Phineas prit un parchemin, une plume et choisit une encre bleu nuit pour rédiger sa réponse. Il prit soin de ne pas tâcher les draps de son lit, et s'appliqua à fournir une écriture parfaitement lisible.

" Chère famille Potter,

la rentrée s'est bien passée. Comme vous le savez déjà, j'ai été envoyé à Serpentard. Je m'entends bien avec ceux de ma maison, exception faite d'un idiot qui n'a rien comprit à la vie. Mais le préfet m'est d'une aide précieuse et sait comment le tenir à distance de moi. Ne vous inquiétez donc pas.

j'ai eu une semaine chargée, mais je suis heureux de vous assurer que j'ai réussi à briller dans tous les domaines, ou presque. Seul le cours de vol avec les balais a été un désastre. Madame Bibine m'a confirmé que je n'ai aucun avenir dans le Quidditch. Vu mes piètres résultats dans ce domaine, je me vois obligé de décliner la proposition de James et Albus de disputer un mini match de Quidditch avec eux lors de prochaines vacances. Je n'ai nullement le désir de passer une nouvelle soirée à panser mes blessures et à ramasser ma fierté brisée.

S'il a fait beau toute la semaine, le week end est absolument horrible. J'en profite du coup pour rattraper le moindre retard cumulé dans la semaine, et espérer prendre une avance profitable dans mes devoirs.

Severus se porte remarquablement bien. Il s'est bien adapté à son nouvel environnement, et rempli à merveille son rôle de compagnon/chat de garde/curiosité/bouillote pour le lit. Il laisse les hiboux tranquille, mais n'aime pas du tout les bêtes qui s'apparentent à des rongeurs. Il est revenu d'une de ses promenades nocturnes avec une jolie petite collection de souris, et mes camarades de dortoir ont peu goûté au plaisir de contempler de si bonne heure le matin l'ensemble de ses trophées de chasse. Les mains intruses courent toujours le danger d'une mutilation sans pitié si par malheur elles trainaient trop près de mes affaires, et du coup, je passe mes journées sans la crainte de voir mes effets personnels fouillés ou saccagés.

J'ai réussi à me faire des amis, et parviens relativement bien à garder de saines distances avec Nathanielle Black. Cette fille me parait sacrément folle, à mon avis, sa famille ne tient pas à reconnaître un quelconque lien honteux avec elle.

Je vous remercie de me donner des nouvelles de Heather, et de me tenir informé de l'avancée de l'enquête. Votre sollicitude me touche beaucoup et m'empêche de me morfondre dans une inquiétude inutile.

N'en déplaise à James et Albus, je préfère vous écrire seulement le week end, et réserver le courrier en semaine pour les cas d'urgence. Ecrire tous les jours est franchement trop contraignant pour mon emploi du temps, et je suis convaincu que la patience est une vertu remarquable. Sans parler que les pauvres hiboux n'ont pas à subir de longs aller-retour quotidien pour finalement délivrer un pauvre petit mot. Vous écrire une longue lettre procure bien plus de satisfaction. "

Il fit très attention à ses tournures de politesse, puis cacheta sa lettre et monta à la volière pour envoyer ses nouvelles.

Lorsqu'il revint dans sa chambre, il surprit Laird en train d'essayer de dresser Severus selon la célèbre méthode de l'élevage Mcfarlane ("réputé dans toute l'Europe"). Mais Severus n'entendait rien à la dite méthode, et se démena à user la patience du garçon. Lewis en plaisantait ensuite en affirmant que c'était le chat qui avait dressé Laird.


Le début de semaine se révéla aussi maussade que le week end passé. Pourtant, Selwyn avait laissé Phineas en paix. Lewis (qui connaissait décidément toutes les rumeurs de l'école avant qu'elles n'aient eu le temps d'en faire le tour complet) l'avait informé que ce calme provisoire était certainement à attribuer au compte du professeur Mcgonagall qui avait eu vent que le deuxième année s'amusait à utiliser des moyens de pression douteux sur ses camarades dans le but d'obtenir des privilèges. Un élève de Poufsouffle de première année avait peu apprécié de se voir menacé par Selwyn et sa bande.

- Et pourquoi ont-ils fait cela ?

Phineas manqua de recracher un morceau de son orange en lâchant sa question. Il trouvait extraordinaire que le chantage odieux de Nero Selwyn s'étende également à d'autres élèves de première année, et des autres maisons en plus. Le regard de Lewis s'étréci, signe que ce qu'il s'apprêtait à dire était sujet à précaution :

- Le Poufsouffle est resté vague sur le sujet. Il a simplement dit que Selwyn tentait d'obtenir des informations compromettantes sur certains élèves pour les faire chanter. S'il a été le voir, c'est parce qu'apparemment, il est assez proche d'une de ses probables futures victimes. Mais derrière le dos des professeurs, il se raconte que notre bourreau préféré essaye de soudoyer ou d'effrayer des élèves pour glaner des choses intéressantes sur Black.

- Encore ? Mais il lui veut quoi exactement ? Tu m'accuses parfois d'avoir le béguin pour elle...

Phineas fit tout son possible pour ne pas sembler être affecté par cette affirmation. Il faisait tout pour que l'idée paraisse totalement stupide.

- ... mais avoues que pour Selwyn, ça tourne à l'obsession. C'est franchement bizarre.

D'un signe de tête, Lewis approuva la remarque. Il se mit à dévisager Nathanielle Black, tout comme Phineas. La jeune fille était plongée dans un manuel scolaire tout en dévorant son petit déjeuner.

- Elle mange vraiment comme quatre.

Phineas ne pouvait que constater aussi que la jeune fille avait un appétit d'ogre. Les filles de Serpentards (mais pas seulement elles), ne cessaient de se demander comment elle faisait pour ne pas devenir obèse avec tout ce qu'elle engloutissait.

- Tu sais, il serait peut être bon de savoir pourquoi Selwyn cherche autant à nuire à Black, fit Lewis le plus sérieusement du monde. Non pas que sauver la peau de cette folle furieuse m'intéresse particulièrement, mais je trouve l'acharnement de Selwyn de plus en plus dangereux. Je n'ai pas envie que cela se retourne contre toi, puisque visiblement, c'est à toi qu'il cherche le plus d'ennui.

Malheureusement, Lewis avait raison. Les trois soirs de retenue avait émoussé l'opiniâtreté de son ennemi à l'encontre de Black, mais ce n'était que momentané. Phineas redoutait qu'il ne se montre encore plus dangereux une fois son désir de nuire revenu.


Le lundi débutait avec double cours de potions avec les Gryffondors. Nathanielle Black était assise juste à côté de Phineas Rogue, et chacun supportait dignement la proximité du meilleur ami de l'autre. Maïa toisait hargneusement Lewis, et Lewis renifla dédaigneusement en fixant Maïa. La guerre des clans reprenait pour une nouvelle semaine de compétition et les parties rivales avaient fait le choix de se surveiller et de s'affronter sur un terrain réduit et à découvert. Ce qui rendait les "matches" particulièrement palpitants. Dans le plus grand secret, l'ensemble des élèves espérait qu'à un moment, un incident viendrait pimenter un peu plus ce duel magistral. Un peu comme ce qui s'était produit durant le premier cours de vol. Phineas avait cru comprendre que c'était même le sujet favori des paris entre élèves.

Le vieil Horace Slughorn était un sympathique bonhomme bedonnant, et Phineas aimait bien l'avoir également comme directeur de maison. Il avait entendu dire que c'était l'un des meilleurs maîtres de potions au monde et il était avide d'absorber la moindre parcelle de connaissance que le vieil homme jugerait bon de leur dispenser.

Le cours du jour portait sur une potion curative simple, destinée à soigner des petits maux comme des rhumes.

- Vous apprendrez plus tard à concocter de la Pimentine, promit le professeur Slughorn en leur lançant un clin d'œil taquin. Mais en attendant, celle-ci reste quand même très utile, surtout pour cet hiver. Bon nombre de vos ainés m'avouent régulièrement que cette petite potion les a bien aidé pour affronter les rudesses de l'hiver, surtout pendant les périodes de révisions intensives...

La liste des ingrédients était au tableau, et le professeur ne tarda pas à les laisser concocter la petite mixture. Phineas guettait le moindre conseil de préparation dans son manuel scolaire, tout en sollicitant sa remarquable mémoire. Sa mère l'avait laissé étudier les vieux carnets d'étude de son père, qui avait été lui-même un génial maître de potions. Même si sa réputation générale n'était pas toujours glorieuse.

Alors qu'il ajoutait des racines de marguerites finement hachées, il remarqua un détail surprenant chez Nathanielle. D'abord, il n'y avait pas prêté attention, car le tissu était de couleur chair, mais à force de travailler à quelques centimètres d'elle, il s'aperçut que ses mains étaient gantées. Il dû d'ailleurs y regarder plusieurs fois pour être certain que ses yeux ne lui jouaient pas un drôle de tour. Mais non, la terrible demoiselle portait bien une paire de gants, et lorsqu'elle surprit son regard inquisiteur, une légère rougeur teinta sa peau de porcelaine.

- Allergie à certains ingrédients de potions, murmura-t-elle avec irritabilité. Simple mesure de précaution.

- Oui, oui, répondit machinalement Phineas qui n'en croyait pas un traitre mot.

Il préféra ne pas l'assaillir de questions, sachant que de toute manière, soit elle ne lui répondrait pas, soit elle lui mentirait encore sans vergogne. Malgré l'élaboration de la potion, son esprit était capable d'analyser ce qu'il venait de voir tout en réalisant correctement la mixture. C'était un peu comme si ses mains travaillaient indépendamment de son cerveau. Un don qu'il avait développé grâce aux travaux de son père, mais également grâce à son propre sérieux. Il avait passé assez de temps dans son enfance à lire et relire des manuels de potions dans le seul but de briller dans la discipline reine de son géniteur. Enfin, il devait tout de même avouer qu'il aimait bien les potions, tout autant qu'il aimait cuisiner. Mélanger des ingrédients, couper, piler, chauffer, touiller... tout cela le détendait.

Sa conscience lui soufflait toutefois que le mystère qui entourait Nathanielle Black s'épaississait, et qu'elle cachait bien trop de choses à tout le monde. Une partie de lui rabâchait de ne surtout pas se mêler des affaires de la Gryffondor (et même de celles de Selwyn), tandis qu'une autre lui intimait d'enquêter sur elle, ne serait-ce que pour le plaisir d'avoir une légère emprise sur elle.

- Merveilleux, splendide !

Les éloges de Slughorn ne tarissaient pas. Phineas en aurait rougit d'aise si sa dignité ne lui avait dicté de rester droit et impassible. La potion du Serpentard était d'une inégalable perfection, et Slughorn avait demandé à tous de venir voir le chaudron pour admirer la merveilleuse mixture.

- C'est exactement ce genre de résultat que j'attends de mes élèves, expliqua le professeur d'un œil malicieux. Et Miss Black n'est pas en reste. Sa potion est également d'une grande qualité. Quasi-parfaite !

Quasi-parfaite, mais pas aussi bien que celle de Phineas. Le garçon se redressa fièrement en lançant un regard éloquent à la jeune fille. Elle lui rendit son regard d'un air pincé mais semblait admettre sa défaite. Maïa paraissait plus affectée par la victoire du Serpentard, ne desserrant pas la mâchoire. Elle sortit en trombe de la salle de potion, le nez en l'air et le regard froid. Nathanielle la suivit en silence, plus amusée par sa demi-défaite que vexée. Une bonne tape de Lewis sur son épaule lui rappela qu'il était imprudent de la suivre du regard lorsqu'il était au milieu de tant de monde.