Bonjour !
Chapitre matinal, on s'installe tranquillement dans l'histoire :)
Merci pour les reviews, ca me fait plaisir.
Bonne lecture !
Juillet arriva. Hermione était au bord de la crise de nerf. La lettre de Harry et Ron traînait sur son bureau depuis deux jours. Elle l'avait à peine lue, refusait d'y répondre. Elle passait le plus de temps possible dans sa chambre, n'en sortant que pour aider Poppy dans les soins de Rogue. Là encore, elle était murée dans un silence impénétrable. Elle voyait la médisorcière lui lancer des regards inquiets. Elle voyait l'homme l'ignorer de son mieux. Elle entendait le silence gêné lorsqu'elle entrait dans la grande salle dîner avec les quelques professeurs restés. Elle regrettait amèrement son idée de rester à Poudlard. Elle n'imaginait même pas ce que donnerait le retour des élèves à la rentrée... Minerva lui avait annoncé qu'elle pourrait passer son année d'ASPIC, avec Harry, Ron et les autres. Revoir ses amis, ne plus revoir les disparus ? Elle pleurait souvent, la nuit, la tête dans son oreiller de peur que Rogue l'entende.
- Hermione, je vais prendre quelques jours de congé.
La jeune fille manqua s'étouffer en entendant l'annonce de Poppy, pendant le dîner dans la grande salle.
- Et le professeur Rogue, qui va s'en occuper ?
- Mais vous ma chère. Sa plaie est en bonne voie, pour le reste... Il ne faut que du temps. Vous ne serez pas livrée à vous même, j'ai prévenu Sainte Mangouste, un Médicomage passera chaque jour.
- Je ne pourrais pas...
- Mais bien sûr que si Miss ! Tout ce que vous avez à faire, vous l'avez déjà fait et...
- Je ne pourrais pas rester seule avec lui !
Hermione s'était levée, prête à quitter la table.
- Miss Granger, asseyez-vous, l'arrêta Minerva, une main amicalement posée sur son bras.
Elle obéit à contrecœur, et cacha son visage dans ses mains, prête à craquer.
- Hermione, je pense au contraire que ce serait bénéfique pour vous. Et pour Severus.
- Il ne me regarde même pas, il ne me parle pas, professeur. Comment est ce que cela pourrait être bénéfique ? Cracha Hermione, le visage rougi des larmes qui coulaient silencieusement.
- Et n'est ce pas ce que vous voulez ? Qu'on ne vous regarde pas, qu'on ne vous parle pas ? N'est ce pas ce que vous recherchiez ici ? Severus aussi, je pense, ne demande qu'a être tranquille. Il est dans le même état que vous, vous avez dû vous en rendre compte.
Non, Hermione ne s'en était pas rendue compte. Elle resta silencieuse, pendant que Minerva poursuivait :
- Il ne cherche pas à s'en sortir actuellement. Il reste passif. Voyez-vous, il a suivit un but, un seul pendant près de vingt ans. Maintenant, il attend. Et je pense que vous pourriez l'aider à voir les choses autrement.
- Vous voulez dire, que je vais tellement l'agacer qu'il finira bien par se lever et partir en courant ? Répliqua amèrement Hermione.
- Eh bien, ce serait déjà un grand pas en avant.
Hermione hocha la tête d'un air résigné. Après tout, elle ne pouvait pas se permettre de refuser quoi que ce soit à Minerva. Où irait-elle si elle devait quitter Poudlard ?
Elle entra dans la chambre de Rogue, chargée d'un plateau repas. Il ne réagit pas, l'expression indéfinissable. A part le visage et les bras, le reste de son corps restait immobile. Son cou était encombré d'un pansement épais, et son dos et ses jambes étaient paralysés. Hermione imaginait bien que l'homme supportait difficilement cette invalidité, mais elle supportait encore moins son obstination à l'ignorer. Elle posa le plateau sur la table à roulette et l'avança à portée de Severus. Il fixait obstinément le mur droit devant lui. Elle soupira et alla se placer à ses pieds, en plein dans son champ de vision.
- Poppy prend quelques jours de congé, professeur. Et j'ai la charge de m'occuper de vous. Mettons nous d'accord, voulez vous ? Je ne suis pas enchantée de devoir vous servir de nourrice, pas plus que vous ne l'êtes de m'avoir dans les parages. Mais soyons clairs, je ne vous laisserais tranquille que lorsque vous tiendrez sur vos deux jambes.
Severus fronça les sourcils, pinça les lèvres, mais s'abstint de tout commentaire.
- Vous pouvez manger seul ? Demanda Hermione, essayant de masquer l'inquiétude de sa voix. Elle ne se voyait vraiment pas nourrir Rogue à la main.
- Oui, Granger, je peux manger seul. Sa voix était à peine un murmure, mais le ton sarcastique était bien revenu.
- Très bien.
Hermione alla chercher un livre dans sa chambre et revint s'installer sur le bord de fenêtre, baigné de la lumière orangée de soleil couchant. Rogue mangea sans un mot. Seul le tintement des couverts qu'il maniait encore avec difficulté rompait le silence. Lorsqu'il repoussa la table à roulette, Hermione leva les yeux vers lui. Il regardait de nouveau droit devant lui, immobile.
- Vous voulez un livre professeur ? Ou quelque chose ?
Il tourna les yeux vers elle, et desserra légèrement les lèvres. Mais il sembla stoppé dans son élan, et appuya sa tête contre les oreillers en soupirant. Hermione se tourna dans sa direction.
- Professeur ? Quelque chose ne va pas ?
Leurs regards se croisèrent un instant, et Hermione comprit. Il n'avait sans doute pas encore la force pour tenir un livre, qu'il devrait tenir haut pour compenser la rigidité de son cou.
- D'accord... Une préférence pour le titre ?
- La Gazette, si vous l'avez. Répondit-il, amer.
Hermione hocha la tête et se leva. Elle continuait à recevoir la Gazette du Sorcier, depuis qu'elle s'était abonnée en 5eme année. Lorsqu'elle récupéra les quelques numéros sur sa table de nuit, la lettre abandonnée de Harry lui revint en mémoire. Elle l'attrapa rapidement et revint auprès de Rogue, en approchant une chaise.
- Harry m'a laissé un message à votre attention, voulez vous l'entendre ?
Rogue leva les yeux au ciel, mais fit un léger mouvement de la main pour l'encourager à lire.
- « Dis à Rogue que je le remercie. Qu'autant que lui, je ne souhaite évoquer les souvenirs qu'il m'a montré. Ce serait ridicule de m'excuser sans doute, mais malgré tout, dis lui bien que je suis désolé. J'espère qu'il va se remettre. »
- Ridicule, commenta Rogue.
- Il n'a jamais été doué pour l'écriture. Mais je sais qu'il est sincère.
- Je ne veux pas d'excuses, ni de remerciements, Granger.
- Ah oui ? Eh bien, vos allez être servi. La gazette vous a dédié une éloge mortuaire, répondit Hermione d'un ton sec.
Elle attrapa le numéro du lendemain de la bataille qui titrait « LA FIN DE CELUI DONT ON PEUT ENFIN PRONONCER LE NOM ! »
- Voulez-vous entendre le résumé de votre vie de héros ? Voulez-vous voir ? Elle se leva brusquement et ouvrit en grand la double page qui le concernait. Sa queue fouetta nerveusement l'air, mais elle l'ignora.
Rogue affichait un regard oscillant entre la colère et l'étonnement, mais fronça les sourcils lorsqu'elle lui exhiba les photos de lui. Où la gazette avait-elle pu trouver une image de lui datant de plus de 20 ans ?
- Granger, est ce que vous allez finir par vous calmer ? Murmura Severus, une pointe de menace dans la voix.
- Me calmer, vous plaisantez ?
Elle jeta le journal sur la chaise, et fit face à l'homme, les poings sur les hanches, dans une parfaite imitation de Molly Weasley.
- Est ce que vous vous rendez compte que vous ne m'avez même pas remerciée de vous avoir sorti de là ? Savez-vous que si Harry n'avait pas révélé votre secret devant tout le monde, vous y seriez encore, ou pire, à Azkaban avec les autres ?
- Granger...
- On me laisse seule avec vous, qu'est ce qui arriverait si vous aviez un problème ?
- Granger, il ne m'arrivera rien.
- Comment pouvez-vous en être sûr ? Elle fit un geste d'agacement de la main, avant de lui tourner le dos. Vous auriez préféré que je ne vous sorte pas de là bas, n'est ce pas?
- Allez-vous m'écouter, Granger ? Allez vous finir par cesser cette crise d'adolescente ? Étrangement, le ton de Rogue s'était légèrement adouci.
- Adolescente ? J'ai l'impression d'avoir vieilli de 20 ans, lâcha Hermione en se laissant tomber sans grâce sur la chaise.
- Granger, il ne m'arrivera rien. Minerva et Poppy savent parfaitement ce qu'elles font. Avez vous lu quelque chose concernant... Votre état nouveau ?
- Non. Je... je ne me sens pas prête à … à accepter la chose.
- C'est dommage. Pour une fois votre exécrable manie de vouloir tout savoir sur tout aurait pu vous servir. Ce n'est pas pour rien, que mon sort vous est paru soudainement intéressant. Votre état semi draconien modifie votre comportement. C'est léger, mais à voir vos crises de nerf, vous battre contre ces changements ne fait qu'aggraver les choses.
Il s'interrompit, fatigué par cette longue phrase. Il respirait rapidement, presque comme un chien qui halète.
Hermione le regarda, inquiète. Il transpirait, quelques gouttes de sueur perlaient à son front. Elle pinça les lèvres , et se leva chercher une bassine d'eau propre et une éponge. Lorsqu'elle revint à ses côté, il la défia du regard, un sourcil levé. Elle soupira, et trempa l'éponge dans l'eau fraîche. Lorsqu'elle commença à passer délicatement l'éponge sur son visage, il ferma les yeux, penchant légèrement la tête en arrière, les lèvres entrouvertes. Hermione sourit de le voir se laisser un peu aller, lâcher prise.
- Je suis désolée Professeur. Je devrais vous aider, pas risquer d'aggraver vos problèmes avec les miens. Après tout, je suis vivante, je vais bien, je n'ai pas à me plaindre. Oubliez tout ça.
Elle l'essuya délicatement avec une serviette et resta quelques instants à le regarder en silence. Lorsqu'il rouvrit les yeux, leurs regards se croisèrent, mais ni Rogue ni Hermione ne fuit.
- Informez vous, Granger. Comprenez, acceptez. Et filez, maintenant.
- Bonne nuit, monsieur.
