Titre : Gladiator

Rating : M

Warning : Lemon.

Résumé : Dans l'Empire Romain, alors que les citoyens ne vivent que de vin et de jeux de cirque, les gladiateurs sont les stars de la ville. Et lorsqu'un fils d'une très noble et riche famille romaine fête son anniversaire, son père lui offre l'un des meilleurs combattants de l'arène...

Note : Ce One-Shot se déroule dans l'Empire romain, donc oui je suis bien consciente qu'Ichigo et ses acolytes sont japonais. Les noms n'ont donc rien de romain. Mais si vous lisez cette fiction, vous acceptez de jouer le jeu... ^^


Gladiator

Le vin coulait à flot dans les coupes d'or et d'argent, la nourriture regorgeait de parfums gourmands et enivrants vous donnant l'eau à la bouche, et les rires des femmes et des hommes ponctuaient les incessants bavardages.

La grande demeure du riche seigneur Isshin était pleine à craquer cette après-midi là, remplie de convives venues de toutes parts, des quatre coins de Rome pour fêter l'anniversaire de son unique fils : Ichigo. Les dix-sept ans étaient un cap important dans la famille, puisque ce fut à ce même âge que le grand-père d'Isshin fit fortune dans le vin des dizaines d'années plus tôt et apporta prospérité et honneur à la famille Kurosaki. Devenu fournisseur officiel de l'Empereur, Isshin officiait à présent auprès de la cour Impériale en tant qu'organisateur des jeux de l'Empereur, et autres évènements donnés en l'honneur de Sa majesté.

_S'il vous plait ! Allons, allons un peu de calme ! S'exclama le chef de famille en soulevant sa coupe à moitié vide pour la centième fois ce soir-là, s'adressant à la foule depuis la petite estrade montée dans le jardin, accolée au péristyle*. J'ai une annonce à faire !

Les murmures de la foule retombèrent peu à peu lentement tels des drapeaux en berne et le père fier et souriant se tourna vers son fils, trônant à l'autre bout de l'estrade sur un magnifique siège curule* pourpre et teinté d'or, siège d'habitude réservé aux romains les plus éminents. Le jeune homme brandit sa coupe vers son père, trinquant silencieusement sans doute avec son paternel, accompagnant son geste d'un sourire large et joyeux.

_Mon fils a aujourd'hui dix-sept années ! Reprit Isshin, les yeux brillants d'émotion et le port de tête hautain. Aujourd'hui... il est un homme. Car chez les Kurosaki, nul âge n'est plus significatif que celui-ci.

Il y eut quelques applaudissements dans la foule et Ichigo sembla absent quelques instants, baissant son regard, son sourire s'effaçant.

_A partir de ce jour mon fils, tu es mon associé, poursuivit le chef de famille ne remarquant nullement l'attitude son fils. Tu es mon héritier, mon digne successeur, ma fierté dans cette vie. Et pour te féliciter, pour t'encourager à perpétuer notre nom à Rome, je souhaite te faire un cadeau.

Le paternel éleva son bras en direction de la foule et quelques murmures surpris purent se faire entendre. Intrigué par le groupe d'invités qui se scindait alors en deux, laissant un passage en son sein tel un chemin tout tracé, Ichigo se leva et chercha des yeux sa surprise.

Alors, au milieu de la populace présente, avança un groupe d'hommes. Les gardes de la villa entouraient un homme à demi-nu, dont les poignets enchainés par des fers épais reposaient sur ses cuisses. Le regard droit devant lui et le corps brillant de sueur à la lumière du soleil, la musculature de l'être n'échappa à personne. Sur son passage déjà, les chuchotements allaient bon train, chacun reconnaissant la vive chevelure bleutée et la mâchoire carrée, la large cicatrice barrant le torse masculin.

Échappant sa coupe de vin encore pleine à la vue de cette créature idolâtrée, Ichigo ouvrit la bouche, estomaqué, pour n'en laisser sortir qu'un cri de joie non dissimulé.

_Père ! S'écria-t-il alors en accourant vers Isshin, un large sourire fendant son visage. Vous m'offrez un gladiateur ? Un gladiateur !

Il hocha la tête en signe d'affirmation, créant chez son fils un sourire encore bien plus large si c'était possible. Ichigo retourna son attention vers l'homme qui s'immobilisa aux pieds de l'estrade, relevant son visage lentement pour croiser le regard ambre du jeune noble. Les pupilles brillantes étaient dures et emplies de rage, mais ce bleu céleste, si enivrant et éblouissant le rendait plus humain. Ou humain tout simplement.

Ichigo ne pouvait à peine croire en la surprise que son père venait de lui faire, il s'agissait là du plus beau cadeau qu'il n'ait reçu. Bien plus beau que tous les somptueux bijoux qu'il avait reçus de sa famille, bien plus excitant que ces femmes esclaves qu'il s'était vu offrir pour combler sa solitude et encore bien plus magnifique que cette villa romaine que sa mère avait eu l'idée de lui construire.

Il aimait les jeux. Il les adorait ! Il ne manquait pas une festivité, aucun jeu ne le laissait plus en transe et plus divertit que les gladiateurs, ces monstres de muscles, ces colosses, se battant avec bravoure et courage pour défendre leurs vies. Il les admirait, il ne les quittait pas des yeux une fois dans l'arène, tels des Dieux sanguinaires. Il en avait déjà rencontrés beaucoup, mais son gladiateur favori restai une lointaine vision, il ne l'avait jamais approché. Malgré le fait qu'il se soit rendu aux jeux de l'Empereur l'an dernier, et que son favori y ait fait un spectacle remarquable, il n'avait pas été autorisé à le rencontrer. Le seigneur Aizen, premier entraineur de gladiateurs de l'Empire n'autorisait personne à approcher ses féroces guerriers. Il les gardait enfermés à l'abri des regards, et il vous fallait débourser une somme d'argent très rondelette pour espérer ne serait-ce que les voir se battre dans l'arène pour vos jeux.

Mais là, Isshin Kurosaki avait fait très fort ! Il avait dépensé une immense fortune et promis au seigneur Aizen monts et merveilles – notamment un domaine entier dans le sud de la Gaule, des vignes prolifiques et un nombre faramineux de coffres remplis d'or - pour offrir à son fils le meilleur gladiateur du moment celui que l'on surnommait "La Féroce Panthère" ou encore – entre autres noms farfelues – "Le Dragon Céleste".

_Père… Vous…Vous m'offrez Grimmjow ? Le Dragon Céleste ? La Féroce Panthère pour mon anniversaire ? S'écria Ichigo, trépignant d'impatience de pouvoir rencontrer son présent, attrapant le bras de son père en le secouant vivement. Mais c'est un merveilleux présent !

_Et il est à toi !

_Par tous les Dieux ! S'exclama le jeune homme de plus belle en sautant à bas de l'estrade pour atterrir en face de son héros. Il est plus grand que je ne l'imaginais !

Les deux hommes se faisaient à présent face, et le jeune rouquin était moins grand de plus d'une tête, appréciant la large cicatrice rosée sur le torse de son gladiateur. Le silence se fit parmi l'audience, alors que le tout jeune seigneur découvrait son présent. Il le contourna, appréciant les épaules larges et son dos ciselé de cicatrices lui aussi, enroulant ses doigts autour des biceps musclés, tâtant comme s'il appréciait du bétail à acquérir.

Grimmjow ne bougea pas d'un cil, se laissant manipuler comme il en avait l'habitude avec Aizen. Les riches seigneurs qui l'avaient maintes fois choisis pour faire partie de leurs jeux avaient toujours aimés tâter ses muscles, compter ses cicatrices, ses coupures et autres blessures prouvant son expérience. Il avait l'habitude de ces étapes désagréables, essuyant les regards des hommes qui évaluaient sa valeur dans une arène et détournant les yeux face aux incessantes œillades de leurs femmes ou maitresses, qui l'appréciaient, elles, d'un tout autre œil. Mais il y avait là autre chose… Ce jeune riche mêlait à la fois le regard des hommes et ceux des femmes, le tâtant comme du bétail, mais le dévorant des yeux comme un jouet appréciable.

_Tu es tellement plus impressionnant dans l'arène, un glaive à la main et une armure sur les épaules. C'est comme ça que je te préfère, énonça-t-il en reprenant sa place face au gladiateur, leurs regards se croisant à nouveau.

Mais une lueur espiègle, qu'il n'avait que rarement vu chez son ancien maître, naquit soudain dans les yeux d'Ichigo et le gladiateur fut surpris des mots qu'il prononça alors :

_Je veux te voir te battre… Qu'on lui donne un glaive !

L'ordre donné déclencha quelques murmures parmi l'assistance, mais un garde s'exécuta immédiatement et se précipita pour tendre son glaive à son jeune seigneur. Ichigo s'en saisit et fit signe au gladiateur de se reculer.

_Tends tes poignets, ordonna-t-il à nouveau, ce que le guerrier fit sans demander quoique ce soit.

Le fer s'abattit sur les chaines du prisonnier, libérant ses poignets dans un coup clair et précis, arrachant quelques cris chez les invités qui reculèrent de plusieurs pas maintenant que Grimmjow était libéré de ses fers. Parfaitement libre de ses mouvements et maintenant armé d'un glaive que le jeune homme venait de lui donner, il aurait aisément pu prendre un otage, deux otages même, ou bien tenter de massacrer tout le monde et s'enfuir. Mais il n'en fit rien.

Il était certes un tueur dans l'arène et un guerrier totalement fou et violent pour donner du spectacle, mais il n'était pas cinglé au point de vouloir massacrer tout un tas de nobles. On l'aurait égorgé avant qu'il n'ait pu mettre un pied en dehors de cette villa et sa dépouille, serait pendue à un arbre non loin de la ville en guise d'avertissement.

Ce n'était pas ainsi qu'il allait gagner sa liberté.

_Montre-moi comment tu défends ta vie, reprit Kurosaki en se munissant de la même arme que son imposant présent.

Isshin jeta un œil surpris à la scène, et ouvrit la bouche pour stopper l'initiative de son fils lorsque la main de Masaki se posa délicatement sur son bras nu. Le paternel tourna ses yeux dans sa direction :

_Il est un homme aujourd'hui. Il doit prendre ses propres décisions et en assumer les conséquences, lui glissa-t-elle avec un air grave. N'est-ce pas ce que tu souhaitais ?

Il étira un faible sourire, se devant d'admettre qu'elle avait raison, et qu'il était l'heure pour Ichigo de comprendre ce que signifiait « être un homme ». Sans rien dire de plus, il se contenta d'observer son jeune fils brandir son glaive devant lui et se mettre en position d'attaque. Si seulement Ichigo avait un peu moins la passion du combat et des jeux, et un peu plus celle du commerce, il n'aurait aucun soucis à se faire… Mais il savait qu'il serait dur pour son enfant de reprendre son commerce florissant. Ichigo n'était pas un homme d'affaires et encore moins un fin calculateur, comme Isshin l'était. A part les jeux, le jeune homme ne s'intéressait à rien.

_En garde, Panthère ! S'exclama Kurosaki, menaçant de son arme le gladiateur qui s'exécuta alors.

L'assistance retint son souffle quand le premier coup qu'Ichigo porta à son adversaire se perdit dans le vide, et que Grimmjow esquiva avec une aisance peu commune. Le second coup eut le même résultat et la Panthère ne semblait porter que peu d'intérêt à ce combat ennuyeux. Ichigo au contraire, ne cessait de fendre le vent de sa lame, essoufflé et colérique de paraître si ridicule.

_Allez, Panthère ! Attaque-moi ! Finit-il par hurler, le visage rougit et ses yeux écarquillés. Attaque-moi comme si tu voulais tuer un gladiateur !

Le guerrier aux cheveux bleus s'immobilisa un instant, jetant un œil calculateur aux gardes qui entouraient à présent la scène de leur combat. Son regard dévia enfin sur le père de son jeune maître, Isshin lui lança un regard assassin lui promettant une mort longue et douloureuse si toutefois il touchait à son fils. Mais cela, le gladiateur l'avait bien compris et il n'avait pas l'intention de gâcher ses chances de retrouver sa liberté maintenant qu'il était enfin sorti de chez Aizen.

D'un coup maîtrisé mais sans conviction, Grimmjow passa à l'attaque, son glaive manquant de peu l'épaule du jeune rouquin qui esquissa un pas de côté pour l'éviter. La foule retint sa respiration, alors que les murmures indignés commençaient à s'élever de toutes parts. Abattre un glaive sur un jeune seigneur était passible de pendaison, ou même pire comme mort. Le gladiateur le savait également pertinemment.

_Quel était ce coup minable ? Lui lança un Ichigo provocateur, le sourire aux lèvres. Je sais que tu vaux mieux que ça, Dragon !

Le roux avança d'un pas, tentant de frapper à son tour son esclave, mais celui-ci para son coup et les lames des glaives s'entrechoquèrent bruyamment. Pendant quelques secondes, ils échangèrent des coups similaires, frappant leurs armes l'une contre l'autre dans des coups stériles qui ne mèneraient nulle part. Lorsqu'Ichigo se baissa soudainement et abattit son glaive en direction du flanc gauche du gladiateur, ce dernier sembla surpris. Il se lança sur le côté, retombant sur son épaule au sol sur laquelle il roula, pour revenir à la charge. Il percuta violemment le jeune noble qui tomba au sol dans un souffle douloureux.

Masaki échappa un cri et plaqua sa main contre sa bouche, alors que les gardes n'attendirent pas les ordres du seigneur Kurosaki. Ils se ruèrent sur le gladiateur et le saisirent pour l'immobiliser.

_Attendez ! S'écria Ichigo en se relevant, sa toge recouverte de poussière. Père ! Attendez, ce…

_Qu'on le mette en cellule ! Ordonna Isshin en pointant son doigt sur l'esclave turquoise.

_Père !

_Te donner en spectacle, te ridiculiser de la sorte le jour de ton anniversaire, as-tu la moindre idée de la honte que tu viens de jeter sur notre famille ! Hurla le paternel en sautant à bas de l'estrade, le visage furieux, se plantant devant son fils. Humilié par un esclave ! Je le jetterai dans une arène en pâture aux lions, fais-moi confiance !

_Non, père !

_Isshin !

Masaki se précipita à la suite de son mari, qui s'éloignait maintenant à grands pas en direction de la villa.

_La fête est terminée, rentrez tous chez vous ! Grogna-t-il accompagnant son ordre de grands gestes.

Quelques servantes accoururent en direction d'Ichigo, époussetant sa toge, étendant un linge mouillé sur son visage souillé par la poussière. Il les chassa d'un revers de main, comme on chasse un vulgaire insecte, ses yeux suivant son père disparaître au coin du jardin. Il serra ses poings avec rage, l'amer goût de ce cadeau piquant sa langue et le laissant nauséeux. Il n'avait que faire des regards posés sur lui et des commérages qui allaient s'étendre dans tout Rome suite à cet incident, on lui avait offert un gladiateur et il avait bien l'intention de le garder ! Furieusement, il tourna les talons, résigné : son père n'avait pas le droit de le priver de son cadeau !

Quelques heures plus tard, à la nuit tombée –

S'il y avait une qualité que chacun des membres de la famille Kurosaki reconnaissait à Ichigo, c'était bien sa persévérance et sa férocité à toujours défendre ce qui lui appartenait. Et il allait le démontrer encore une fois, que cela plaise à son père ou non.

Il avançait dans le jardin derrière le domaine, débouchant sur une cour de sable au fond de laquelle des bâtiments modestes s'élevaient. Les résidences des esclaves, gardées par les guerriers travaillant pour la famille n'étaient que rarement visités par leur propriétaire, pour ainsi dire jamais. Et lui, Ichigo n'y avait jamais mis les pieds. Jusqu'à aujourd'hui.

_Emmène-moi jusqu'à la cellule de la Panthère.

Le garde se trouvant assis là aux portes de la résidence des esclaves sous clefs s'inclina puis obéit aux ordres de son jeune maître. Ils pénétrèrent dans le bâtiment sombre et humide, dans lequel régnait une odeur nauséabonde, un mélange étrange entre sueur, sexe et excréments. Le jeune Kurosaki plaqua une main devant son nez, dépassant les cellules dans lesquelles vivaient les esclaves de sa famille, servantes, cuisiniers, jardiniers et autres.

Ces derniers l'observaient passer avec curiosité, échangeant de-ci de-là des commentaires sur sa présence en ces murs.

_Il est ici, jeune Maître, finit par dire le garde en désignant une cellule sombre au bout de l'interminable couloir de pierres.

_Tu peux t'en aller, répondit Ichigo en hochant la tête.

Le garde s'inclina à nouveau face au fils de son seigneur et fit demi-tour, ses pas se faisant de plus en plus lointains à mesure que les secondes défilaient. Ichigo se retrouva bientôt seul et étudia avec attention les cellules aux alentours ; il n'avait pas l'intention de discuter avec son gladiateur si d'autres esclaves étaient là pour rapporter ses mots. Mais derrière les barreaux autour de lui, tout semblait vide. Grimmjow avait été éloigné des autres « habitants » en guise de punition, histoire d'accentuer un peu plus son isolement.

Il retourna alors son attention sur la cellule sombre et minuscule désignée par son guide. Il s'en approcha, plissant ses yeux pour apercevoir dans la pénombre le dos de Grimmjow au fond de celle-ci. Le gladiateur était debout face au mur et semblait occupé à retirer les bandes de lin qui recouvraient ses poignets. Lentement, il les dés-enroulait, ces longues bandes tombant peu à peu au sol dans un silence assourdissant.

Le jeune seigneur agrippa les barreaux de fer à pleines mains, fronçant les sourcils à la vue du dos rougeâtre de son esclave. Il pencha sa tête de côté et arbora un air choqué :

_Ils t'ont fouetté n'est-ce pas ? Demanda-t-il, seul le silence répondant à sa question rhétorique. Je ferai égorger ceux qui ont osé faire ça !

Il serra ses dents et resserra sa poigne autour des barreaux glacials de la prison, ses nerfs maintenant passablement agacés – un peu plus encore qu'avant – à la vision des coups de fouets douloureux sur la peau de Grimmjow. Personne n'avait le droit de punir son esclave ni de l'abimer sans son consentement !

_Tu es à moi, tu m'appartiens ! Reprit-il. Mon père n'a pas le droit de faire ça ! Il n'a pas le droit de me priver de ce qui m'appartient !

Ichigo avait conscience qu'il sonnait comme un enfant pourri gâté, mais après tout, c'était bien ce qu'il était. Et puis, son père lui avait toujours appris à défendre avec vigueur ce qui était sien, alors pourquoi ne le ferait-il pas avec son esclave ?

Le gladiateur restait silencieux, n'esquissant pas un geste pour démontrer qu'il écoutait ou qu'il était un tant soit peu intéressé par les mots de son maître.

_Père dit qu'il va te jeter dans une arène pleine de lions, mais je ne le laisserai pas faire, énonça-t-il, ses yeux ambrés toujours rivés sur le dos meurtrie de son guerrier. En fait, je lui couperai l'herbe sous le pied j'organiserai des jeux, peu importe l'évènement, et tu seras mon gladiateur ! Tu combattras pour moi et tu gagneras ! Et tu montreras à tout le monde qui tu es vraiment ! Car moi je le sais…

Grimmjow tourna son profil dans sa direction, lui jetant un regard haineux, sans toutefois dire un mot. Ichigo s'approcha un peu plus des barreaux, déposant son front contre le fer :

_Je sais qui tu es vraiment, souffla-t-il en tentant de capter le regard de la Panthère. Lorsque tu es au milieu de ces gladiateurs, quand tu brandis ton glaive et que tu fais jaillir le sang de leurs gorges, que tu transperces leurs cœurs, et quand tu pousses ce cri de victoire… bestial et… violent… Il résonne encore en moi. Tu es tel un Dieu que nul homme ne peut arrêter. Les Dieux t'ont donné cette force, Jupiter t'a doté d'un talent incroyable et je ne laisserai personne insulter les Dieux et ce qu'ils t'ont donné.

Cette fois-ci, la Panthère se tourna vers lui, abandonnant son activité précédente, et observant d'un œil visiblement surpris son visiteur. Le discours du noble, passionné et enjoué, venait d'accaparer son attention.

_Viens, approche, lui souffla Ichigo d'un geste de la main.

Le champion hésita un instant, observant le visage juvénile et propre de toute cicatrice arborant un air grave qui l'interloqua, puis se décida à avancer en direction des grilles. Il rejoignit son jeune maître, déposant ses poignets sur les barreaux de fer horizontaux qui croisaient ceux verticaux. Les deux hommes étaient face à face, seulement séparés par ces barrières de fer qui semblaient infranchissables. Le regard du roux, ivre de jeunesse et de vigueur, percuta encore une fois le prisonnier de plein fouet, au moment où il s'y attendait le moins. Il y avait dans ce regard comme une touche familière, comme un miroir remontant dans le passé Grimmjow pouvait se voir à travers ces yeux. Cette fougue, cette vitalité et cette envie elles étaient toutes siennes avant… Avant qu'il ne devienne esclave.

_La première fois que je t'ai vu combattre, la première fois que je t'ai vu dans l'arène, trois années plus tôt, au Colisée, tu étais magnifique, reprit-il ses yeux brillants d'excitation. Majestueux, conquérant, si fort, si puissant… C'est à ce moment qu'on t'a comparé à ce héros grec dont je ne me rappelle jamais le nom. Puis, victoires après victoires j'ai assisté à tous tes combats, t'ai encouragé plus fort que n'importe quel citoyen, ai prié pour toi, pour ta vie et ta victoire chaque jour.

Le gladiateur soupira, croisant ses bras sur son torse comme si cette conversation l'ennuyait fermement. Son visage se baissa mais il ne bougea pas, écoutant toujours les éloges d'Ichigo.

_Et puis lors des derniers jeux, pour célébrer la nouvelle année tu as encore combattu. Tu as été admirable, absolument fantastique la foule scandait ton nom, tout Rome murmurait ta grande force et son amour pour toi ! Mais nul ne t'aimait comme moi. Je t'ai acclamé bien plus fort que ces milliers de personnes réunis…

Sa main s'éleva pour toucher de la pulpe de ses doigts l'objet de son admiration, laissant son index se poser contre la joue sale et froide du gladiateur. Grimmjow ignorait pourquoi il le laissait faire, c'était bien la première fois qu'un noble, et son maître qui plus est, avait envers lui de tels gestes doux. Mêmes les maîtresses qu'il avait eues n'avaient tenté un tel mouvement vers sa personne. Un moment désarçonné, il détourna rapidement son visage coupant net l'élan de douceur qu'il n'avait jamais connu.

_Et aujourd'hui, tu es là face à moi, reprit Kurosaki, ramenant sa main sur les barreaux de la cellule. Et tu es à moi ! Je peux faire ce que je veux de toi !

_Vraiment ? Alors fais-moi sortir de cette cellule, petit seigneur, grommela Grimmjow avec un sourire narquois tournant enfin les talons pour reprendre sa place au fond de sa cellule.

Un moment perturbé par ce timbre de voix si grave et si velouté, qui lui donna des frissons, Ichigo resta muet, ne trouvant réponse à ses mots. Il se rendit compte qu'il n'avait pas tort s'il n'était pas capable de le faire sortir de cette cellule, il n'était bien qu'un « petit » seigneur… Personne ne l'avait encore appelé ainsi.

_Je te ferai sortir, je parlerai à mon père. Désires-tu autre chose ? Du vin ? De la nourriture ? Une femme ?

Grimmjow haussa les épaules et eut un petit rire narquois que Ichigo ne parvint pas à décrypter, et bien sûr il omit de lui répondre. L'homme était peu bavard, constata avec amertume Ichigo, mais d'un côté cela accentuait la part de mystère en lui. Et c'était ce qu'il avait toujours admiré chez ce gladiateur il voulait tout savoir de lui, tout ! Mais il était certain qu'il n'y parviendrait pas ce soir.

Constatant qu'il n'obtiendrait rien de plus de son gladiateur ce soir, Ichigo décida de se retirer.


Isshin était en fait plus que furieux. Pendant une semaine, il avait puni son fils de sortie et l'avait sommé de rester cloitré dans ses appartements, au plus grand désespoir d'Ichigo. Ses journées n'étaient rythmées que de bains, de déjeuners et collations et de leçons avec son précepteur.

Ce jour-là cependant, les jeux de l'Empereur commençaient, et contre l'avis de son père, Ichigo avait bien l'intention de s'y rendre et de faire concourir son gladiateur. Cependant, Isshin restait introuvable, alors que le fils errait dans la demeure de marbre blanc depuis plusieurs minutes déjà.

_Mère, où est père ? Je veux aller aux jeux, et rien ne m'y empêchera !

Masaki sirotait une coupe de vin à l'ombre d'un olivier gigantesque dans l'un de ses jardins, ses dames de compagnie piaillant tout autour d'elle.

A la vue de son fils unique si borné et visiblement en colère, Masaki lui lança un doux sourire :

_Ton père est déjà au Colisée, mon fils. Il y a emmené ton gladiateur pour combattre en notre nom. Il espère gagner beaucoup d'or grâce à lui.

Le sang du jeune homme ne fit qu'un tour et il sentit ses nerfs se tendre tant il était en colère. Son père avait tout simplement décidé de lui voler son gladiateur et de le faire combattre dans l'arène ?

_Oh ! S'exclama alors Ichigo en sautant sur ses pieds, le regard s'enflammant soudain de rage et sortant de la pièce à vives enjambées. Je n'arrive pas à le croire !

_Ichigo !

Mais il n'y avait plus rien maintenant qui puisse empêcher Ichigo de reprendre son bien ; il était au-delà de colérique et traversait déjà le patio en courant pour rejoindre l'autre bout de la villa. Il n'avait que faire de la punition de son paternel à présent, il s'était joué de lui pour faire combattre Grimmjow en son nom dans l'arène. Or, ce n'était pas pour Isshin Kurosaki que la Panthère se battait, mais bien pour Ichigo Kurosaki !

Se battre pour ce que l'on possédait, c'était bien ce qu'on lui avait appris. Il allait donc prouver qu'il avait compris la leçon, et à son père en premier !s

_Devons-nous l'arrêter, Maîtresse? Interrogea un garde, faisant face à Masaki qui s'était levée pour observer son fils fuir.

_Non, laissez-le se rendre aux arènes et assister aux jeux. Il doit comprendre par lui-même qu'il n'a plus l'âge de faire des caprices. Il doit agir en homme et prendre sa vie en mains.

Le garde s'inclina face à elle et disparut de sa vue, laissant la mère d'Ichigo soupirer doucement avec une pointe d'inquiétude au fond des yeux. Elle espérait tant voir son fils devenir responsable et adulte, et emprunter enfin le chemin de la raison, prendre des décisions importantes pour sa vie. Elle voulait le voir grandir et devenir fort, pour qu'à son tour il puisse prendre femme et lui donner des petits-enfants. Ô oui, elle rêvait de ce jour depuis si longtemps...


La foule grondait tel le tonnerre lors d'un été aride, tapant des mains et des pieds, faisant trembler le sol et s'élever la poussière un peu partout. Le géant Colisée était plein à craquer et les rues bondées, empestaient le vin et le sexe. Les citoyens se précipitaient dans les rues pavées, courant vers l'immense bâtisse circulaire, espérant jeter un œil au combat de gladiateurs.

Ichigo se fraya un chemin entre la populace, atteignant l'entrée du Colisée et s'empressant de grimper les marches de pierres pour rejoindre la loge de son père. Il ignorait si Grimmjow avait déjà combattu ou pas, et il regrettait amèrement de ne pas avoir vu son premier combat pour les Kurosaki, mais peu importait. Son père devrait lui donner quelques explications avant toute chose.

La loge du paternel était remplie de nobles bien accoutrés, sirotant leur riche boisson par petites lapées et triturant les rondes fesses des filles de joie de bon goût les ayant rejoint pour plus de divertissement encore. Isshin était au premier rang de la loge, les coudes déposés sur ses genoux et les yeux rivés sur le sable de l'arène. Il avait l'air concentré, murmurant des paroles inaudibles comme s'il priait et implorait les Dieux de l'aider.

Le jeune homme avança prudemment, entendant les coups de glaive résonner plus bas entre les gladiateurs, slalomant entre les fauteuils des hommes riches installés là. Lorsqu'il atteignit le fond du balcon, qui donnait directement sur l'arène, il ne put s'empêcher d'y jeter un œil. Et ce fut à cet instant qu'il le vit.

Au beau milieu de cadavres ensanglantés, à côté d'un tigre fraichement tué, Grimmjow était debout, glaive en main. Et face à lui un géant d'une quelconque contrée lointaine qui abattait sur lui toute sa fureur de vivre. Accaparé par le corps à demi-nu qui bougeait si rapidement, de manière si féline, avec une telle aisance, Ichigo en oublia le but de sa venue et resta immobile, les yeux rivés sur son combattant. Sa peau était pratiquement entièrement recouverte de sang, et il ignorait s'il s'agissait du sien ou de celui d'autres combattants à présent morts. Son corps brillait de sueur, mais pour le jeune homme c'était la lumière du soleil qui se reflétait sur sa peau de Dieu, ce corps puissant, chaque muscle étiré était une pure merveille. De ses cuisses jusqu'à ses biceps merveilleusement formés, ses grandes mains férocement enroulées autour de la garde de ce glaive...

Il était sale et son visage arborait une expression bestiale, inspirant la terreur, donnant la chair de poule à Ichigo, mais c'était ainsi qu'il l'admirait, tel le guerrier qu'il était, ce masque de rage et de violence sur le visage, il paraissait invincible. C'était ainsi qu'il l'aimait, dans toute sa splendeur de combattant, ses muscles s'étirant à chacun de ses coups, ses grognements bestiaux se répercutant dans l'enceinte et ses yeux de bête féroce enflammant le sol de sable. Son regard perçant, comme celui d'un aigle terrifiant et sauvage guettant sa proie pour s'abattre sur elle toutes griffes dehors renversait son corps et son cœur. Il transperçait sa peau et transportait son esprit vers les cieux, là où se trouvaient les Dieux.

Lorsqu'enfin le murmure grondant s'éleva, tel un tourbillon vous hérissant les cheveux et accélérant votre cœur, le géant tomba au sol, le sang giclant de sa jugulaire pour terminer sa course sur les bras du vainqueur. Le corps tout entier d'Ichigo trembla aux acclamations de la foule et Grimmjow leva fièrement son glaive dans les airs en signe de victoire, arrachant de plus vifs cris de joie dans l'assistance.

_Après t'avoir manqué de respect, l'esclave devait faire ses preuves.

Isshin rejoignit son fils au-devant du balcon, observant lui aussi l'homme au milieu de l'arène, se pavaner tel un paon cherchant à séduire.

_Et il a fait ses preuves aujourd'hui. Grâce à lui j'ai gagné une somme plus que confortable et l'Empereur me fera ses félicitations. J'estime qu'il est temps de lui pardonner.

Ichigo resta muet, se trouvant incapable de dire le moindre mot après ce qu'il venait de voir. Il était à chaque fois ébranlé par sa vision dans l'arène, c'était comme si le monde cessait de respirer lorsqu'il était là, montrant sa puissance. Il était ce Dieu vivant que chacun rêvait de voir pour se conforter dans sa foi.

_ Je l'ai soumis à un test et il l'a brillamment relevé. Il aurait dû mourir mais il a survécu face à tous ces adversaires. Les Dieux le protègent, et en étant près de lui, les Dieux te protègeront aussi, expliqua-t-il en déposant une main sur l'épaule de son fils. Et c'est ce que je souhaite : que tu sois en sécurité. Tu n'y seras jamais mieux qu'auprès de lui. Alors, bon anniversaire fils.

Le paternel s'éloigna, laissant son fils dans sa loge, observer le monticule de cadavres que Grimmjow avait créée. Qui d'autre qu'un Dieu pouvait donc tuer tous ces hommes sans en sortir blessé ou même mort ?

Qui était capable, si ce n'était un Dieu, de manier le glaive comme il le faisait ? Cet homme était plus qu'une Panthère, plus qu'un Dragon, il était le Dieu de l'arène incarné et méritait les éloges qui étaient siens.

Et il le possédait à nouveau….


De retour au domaine Kurosaki après avoir salué maints seigneurs importants, quelques sénateurs et avoir présenté ses respects à l'Empereur, Ichigo se précipita dans ses appartements, ordonnant à ses serviteurs que le gladiateur soit amené tout de suite dans ses appartements privés.

Son ordre fut exécuté, et ce fut un Grimmjow encore en armure, dont la peau était recouverte de sable, de sang et d'hématomes qui pénétra la chambre du jeune seigneur. Il s'inclina lentement, le genou quelque peu tremblant et se redressa pour faire face à Ichigo qui ne le quittait pas des yeux.

_Peux-tu tenir debout ? L'interrogea le rouquin. Sinon je te fais apporter un siège.

_Merci, mais je ne suis pas encore mort.

_Tes jambes tremblent, gladiateur.

_La fatigue, rien de plus.

Le jeune seigneur ne pouvait s'empêcher de souffrir pour la Panthère. Le voir ainsi, la peau écorchée en tant d'endroits, des blessures suintantes aux cuisses, son visage recouvert de poussière et ses mains salies par le sang de tant d'ennemis… Tout cela était sa faute, et il en avait bien conscience.

_Mon père n'aurait pas dû te faire participer. Tu aurais pu mourir, soupira-t-il en détournant les yeux.

_Peut-être. Mais l'arène est le seul endroit où je suis vivant. C'est le seul endroit où je suis libre. Là je peux décider de ce que je veux faire, quelle arme porter, je peux choisir qui combattre, comment le combattre et quand le tuer. Je ne suis plus un esclave une fois les pieds dans le sable du Colisée.

Ichigo étira un sourire, l'écoutant parler avec attention. Ces mots sortaient de sa bouche avec une passion débordante, une excitation sans précédent et d'une certaine manière son attitude fascinait le jeune homme. Tout comme ses mots l'enivraient.

_C'est ma seule façon d'être libre. Alors même si je risque ma vie, c'est justement ce risque que je dois prendre pour parvenir à sentir que je suis libre, que j'ai le choix. Car j'ai beau être prisonnier, être privé de ma liberté, je peux au moins choisir comment mourir, quand mourir et par quelle main mourir. C'est un luxe que peu d'esclaves ont, mais que les gladiateurs ont le privilège de posséder.

_J'aimerais avoir ça.

Le murmure que prononça Ichigo surpris un instant Grimmjow et ce dernier le fixa avec étonnement :

_Pardon ?

_J'aimerais, comme toi, avoir le choix, répéta-t-il, ses yeux se tournant vers le plafond comme s'il rêvait. Être libéré de mes obligations, ne plus sentir le poids de l'avenir de mon père sur mes épaules. Parfois… je me sens aussi tel un esclave de ses rêves, de son commerce. Et je souhaiterai également, comme toi, avoir une arène où me sentir libre. Et choisir que faire de ma vie, ou de ma mort.

_Mais, tu…

_Oh tu penses sans doute que je n'ai pas à me plaindre ? Non, je ne suis pas un esclave et je ne manque de rien. Mais mes allées et venues sont contrôlées, je ne peux pas voir qui je veux quand je veux, ni sortir de chez moi quand il me plait. Je ne peux manger ce que je souhaite, ni choisir quoi faire de mes journées. Je vis certes, dans une prison dorée, mais elle reste une prison. Je suis né pour reprendre le commerce de mon père, j'avais déjà des fers aux poignets lorsque je suis sorti du ventre de ma mère, et je ne pourrais jamais m'en défaire. Contrairement à toi.

Le gladiateur haussa ses sourcils, surpris encore une fois d'entendre les malheurs d'un jeune noble, et surtout comprendre qu'il en souffrait. Il n'avait jamais imaginé que l'on puisse être malheureux avec tant d'or, tant de nourriture et une telle demeure. Et pourtant, il lui apparaissait maintenant que l'on pouvait être désespéré en de telles circonstances.

Et égoïstement, il s'en trouvait soulagé.

Son regard se fit alors plus doux en observant le jeune noble passer devant lui et il lui sembla remarquer une pointe de désespoir dans son regard, chose à laquelle il n'avait pas faite attention depuis qu'ils s'étaient rencontrés.

_Apportez de l'eau et des linges propres !

Aussitôt ordonné, deux servantes accoururent dans la chambre, une grande bassine d'eau en main et la déposèrent sur la table de marbre proche de leur jeune seigneur. Puis, elles s'inclinèrent et se retirèrent aussi vite qu'elles furent entrées. Le silence regagna la pièce à nouveau, et Ichigo plongea ses mains dans l'eau fraîche à la surface de laquelle flottaient quelques brins de lavande. Le liquide, agrémenté de ces quelques fleurs, embaumait maintenant la pièce de douces odeurs agréables.

_Approche, lui lança-t-il, délaissant le linge mouillé dans la bassine d'argent.

Grimmjow avança jusqu'à son maître, se plantant face à lui l'air attentiste. Il pensait sans doute qu'Ichigo allait lui dire de se nettoyer et qu'ensuite il pourrait aller se reposer dans sa cellule mais il n'en fut rien.

Ichigo agrippa les lanières de cuir de son armure, tirant sur les bouts pour dénouer les nœuds et les faire glisser des trous lentement. Puis, il souleva le tout et fit passer la protection par-dessus la tête de son champion qui se laissa faire, docile. Il était, à vrai dire, rare que l'on prenne soin de lui de la sorte, sauf lorsqu'il était blessé et ne pouvait plus se mouvoir. Mais les soigneurs qui s'occupaient alors de son cas n'étaient pas aussi… doux.

Ses pupilles turquoise ne perdaient aucune miette des mouvements d'Ichigo, imprégnant le linge propre d'eau, puis l'égouttant en le serrant entre ses mains et enfin le posant sur sa peau. L'eau fraîche parfumée était une véritable libération pour le gladiateur, et les gestes lents et appliqués du jeune seigneur le détendaient.

Le rouquin commença par les bras, descendant des épaules jusqu'aux mains, il frottait délicatement la peau blessée ou juste maculée du sang d'étrangers à présent morts dans l'arène. Il s'appliquait d'ailleurs plus qu'il n'aurait dû, ses yeux attachés à la peau brune, comme s'il eut poli un bijou d'une grande valeur.

Il fit le tour de l'homme à moitié nu, passant le linge mouillé sur ses omoplates puis le long de sa colonne vertébrale pour terminer sur ses reins. De temps à autre, Grimmjow tournait un œil curieux dans sa direction, haussant un sourcil, mais il ne rencontra pas le regard ambré, celui-ci était bien trop concentré à sa tâche. Les pupilles du jeune noble lui brûlaient la peau mais il ne put se résoudre à lui demander d'arrêter. Il y avait là dans ce geste et dans cette intention de le nettoyer, une démonstration de possession. Ichigo lui montrait qu'il n'appartenait qu'à lui – et non à son père – et qu'il serait le seul à prendre soin de lui comme il était en train de le faire.

Soudain, le jeune Kurosaki se baissa, tombant à genoux devant l'être musclé et entreprit de défaire ses sandales. Sans un bruit, celles-ci furent bientôt mises de côté et les doigts agiles s'attaquèrent au dernier rempart de cuir qui couvrait encore le corps bronzé mutilé. Les lanières furent elles aussi dénouées et le slip du gladiateur jeté de côté.

Grimmjow détourna les yeux, inspirant silencieusement tout en se demandant si tout cela était bien approprié. Si le père d'Ichigo les trouvait ainsi… il serait décapité sur le champ. Mais mieux valait ne pas y penser. Surtout que maintenant, le seigneur s'attaquait à nettoyer ses tibias et ses cuisses, pansant les quelques blessures ensanglantées qui parsemaient sa peau. L'esclave nu et le maître à ses genoux nettoyant ses blessures, il y avait dans cette scène quelque chose d'inédit et d'unique.

Il se releva ensuite, d'une main s'appuyant sur l'épaule large et musclée de l'esclave et passant le linge sur ses pectoraux. Il s'appliqua à y retirer la poussière, nettoyant et égouttant à plusieurs reprises le linge dans sa bassine afin qu'il soit propre à nouveau. Grimmjow ignorait pourquoi il se sentait tant détendu, mais ce nouveau bien être de se sentir frais et propre, et à juste titre, de se sentir choyé était tout nouveau pour lui, et il oublia pendant ce temps sa condition d'esclave.

Ichigo entreprit de nettoyer les abdominaux durs comme le fer, le linge s'insinuant entre les muscles si bien dessinés, pour en récolter la poussière et le sang séché s'y étant logé. Le gladiateur ferma les yeux un instant, déglutissant avec difficulté et basculant sa tête en arrière à mesure que le linge et les mouvements circulaires de son maître approchaient de la partie de son anatomie la plus intime totalement mise à nue. Et le silence que gardait religieusement son maître ne le rendait que plus mal à l'aise.

Ichigo lui, au contraire, était loin d'être mal à l'aise. D'ailleurs, il s'amusait presque, ayant l'habitude de traiter ses esclaves comme il le souhaitait et n'ayant aucune honte à faire ce qu'il voulait, et il se trouva évidemment ravie de voir qu'il était parvenu à ses fins aussi rapidement…

_Tu sais que tu es mien, Grimmjow, souffla-t-il. Et quand je dis que tu es mien, c'est que toute ta personne l'est. Ton esprit et ton corps. Ton corps tout entier m'appartient. Ce qui signifie que… je devrais également laver ceci, n'est-ce pas ?

Le linge frais s'enroula autour du sexe érigé et tremblant d'excitation du gladiateur. Celui-ci laissa échapper un soupir de satisfaction alors que la main du rouquin s'enroulait à son tour autour du fier membre pour y imprimer de lents et sensuels mouvements de va et viens. Enfouissant son visage dans le cou du guerrier, Ichigo y planta quelques baisers puis étira un sourire satisfait avant de stopper ses douces caresses et de jeter le linge dans la bassine d'eau.

La gladiateur était en fait surpris, même s'il ne le laissait pas paraître. Car il n'avait pas l'habitude d'une telle attitude, et pourtant il en avait eu des centaines d'avances de jeunes filles nobles, cherchant à se faire posséder par un gladiateur, mais pas de cette façon. Pas si sensuellement, pas avec tant de douceur ni tant de conviction. Et c'était la première fois qu'il était si excité face à quelqu'un.

Sous les yeux humides de désir de son esclave, Ichigo rejoignit l'autre coin de la pièce là où sa couche se trouvait, et se tourna en direction de Grimmjow, l'air enjoué :

_Mon père t'a acheté pour me satisfaire. Et pour m'obéir. Mais… j'ai compris que tu aimais avoir le choix alors…

Le noble laissa tomber sa toge au sol, dévoilant un corps finement musclé, bien proportionné, à la peau si laiteuse et velouté que le gladiateur s'en délectait d'avance. Puis, il grimpa sur le lit, s'y laissant tomber sur le dos, seul le haut de son corps relevé sur ses avant-bras.

_Je te laisse le choix, Grimmjow. Tu as le choix de me satisfaire ou bien de tourner les talons et me dire non. Fais ton choix.

Figé par la grande surprise qui l'avait saisi, et immobilisé par la vision de désir qui s'offrait sous ses yeux, Grimmjow sentit ses narines frémir, mais fut incapable de former le moindre mot. Son cœur battait contre sa poitrine alors qu'il observait le corps juvénile et irrésistible se mouvoir entre les draps de soie de cette couche d'ébène. Ses doigts bougèrent sans qu'il ne s'en rende compte, atteignant sa colonne de chair qui pulsait, dans un même mouvement avec son seigneur, lorsque celui-ci entreprit de se donner quelques caresses indécentes, ses yeux plantés dans les pupilles turquoise.

Puis, il se mit en marche avant que son cerveau n'ait pu le lui ordonner, conduit par son cœur et ses désirs tiraillants. Il atteignit la couche, ses genoux buttant contre le bois du sommier et le jeune noble se redressa rapidement, glissant jusqu'à lui. Il agrippa ses hanches de ses mains et attira son abdomen jusqu'à lui où il planta quelques baisers avant de descendre plus bas. Ses lèvres douces et chaudes rencontrèrent le sommet du sexe du gladiateur et les yeux ambrés se plantèrent dans ceux de l'esclave.

Grimmjow se mordit la lèvre avec délectation tandis que plus bas, son maître prenait à pleine bouche son membre excité. Il passa sa langue sur ses lèvres, se sentant soudain partir alors que le doux plaisir de cette bouche le rendait fou. Il ferma les yeux, une main se glissant dans les cheveux orange, se rendant à peine compte qu'il poussait des soupirs excités. Lorsqu'Ichigo relâcha enfin son sexe, l'esclave rouvrit les yeux et observa un sourire espiègle naître sur les lèvres du rouquin.

_Est-ce un fantasme des nobles que de sucer un gladiateur ?

_Tu n'as pas idée, lui répondit-il. L'interdit est excitant.

Retombant en arrière sur la couche, Ichigo fit signe au gladiateur de l'y rejoindre, celui-ci s'allongeant de tout son long sur le corps nu de son maître, lentement, son poids se répartissant proportionnellement sur le corps du plus jeune. Les mains du rouquin agrippèrent la nuque musclée et il plaqua son torse contre celui de son héros dans un coup de hanche si brutal que Grimmjow échappa un soupir d'excitation.

_Mais… il y a encore plus excitant que de sucer un gladiateur, tu sais.

_Vraiment ?

_Mmm, affirma-t-il. Se faire posséder par un Dieu.

Et sur ces mots, il attira le visage du combattant jusqu'au sien. Les lèvres se frôlèrent, plusieurs fois, se cherchant, jouant à celles qui craqueraient les premières. Ichigo ne cessait de remuer avec impatience, ou bien avec excitation, Grimmjow l'ignorait. Ses jambes s'étaient enroulées autour de son corps, le maintenant en place, collant leurs sexes excités et moites l'un contre l'autre. Les mains du gladiateur avaient attrapé les draps de soie, les froissant et les déchirant presque, sous l'emprise de la tentation se faisant de plus en plus vigoureuse.

_Touche-moi, chuchota Ichigo, léchant du bout de sa langue les lèvres entrouvertes à sa portée.

Les doigts délaissèrent alors les draps de soie, pour rencontrer la peau laiteuse et Grimmjow déposa sa bouche dans le cou du jeune homme, inspirant le parfum de cette peau délectable et en expérimentant la douceur. Lentement, ses mains descendirent le long de son abdomen jusqu'à ses flancs, caressant un court instant le membre exalté suintant déjà de son nectar appétissant. Puis, il se redressa, se plaçant à genoux pour prendre à pleines mains les cuisses ouvertes devant lui et chatouiller l'intérieur de ses jambes jusqu'à atteindre ses fesses.

Ichigo laissa échapper un rire mutin, se redressant à son tour pour s'asseoir sur la couche, ses bras entourant à nouveau le cou de son gladiateur.

_C'est la première fois que je laisse le choix à un esclave, susurra-t-il, s'insinuant un peu plus entre les jambes du gladiateur, ses mains atteignant sa nuque pour s'y agripper.

_Et moi la première fois que je fais ça avec un noble.

_Mph ! Et moi avec un Dieu…

_Je ne suis pas un Dieu, commenta-t-il, son visage s'abaissant pour fondre sur les tétons rosés du roux.

_Peut-être. En tout cas pour moi tu l'es ! Et j'ai assez d'argent pour acheter un Dieu et me donner l'illusion que je couche avec un Dieu.

_Si j'étais un Dieu, tu devrais m'honorer, pas me posséder comme un vulgaire esclave, reprit-il sa bouche entrant en contact avec l'intérieur des cuisses velouté.

_Je t'honore. Je t'offre mon corps pour te vénérer.

_Mph ! Et quel corps ! Jeta-t-il en donnant un coup de langue sur l'anneau de chair rosé déjà palpitant. Ta peau est si douce, et si velouté. Et elle sent si bon… ma tête tourne.

_J'imagine que ce n'est pas tous les jours que tu couches avec des partenaires qui sentent la lavande, même aux endroits les plus intimes.

_En effet. C'est la première fois. Méfie-toi je risquerai d'y prendre goût…

_Je ferai tout pour mon Dieu…, échappa Ichigo dans un râle de luxure alors que le bout de la langue de son esclave s'insinuait en lui.

Leurs yeux s'accrochèrent à nouveau et l'orangé recula, se plaçant alors au milieu des coussins moelleux au bout de la couche, invitant de son index l'autre à le rejoindre. De nouveau entre ses jambes, Grimmjow le surplomba, tandis que les lèvres rosées fondaient sur les siennes sans qu'il ne puisse les voir venir. Il se laissa embrasser, docilement, sa langue jouant le jeu autour de celle d'Ichigo, les deux paires de lèvres laissant les baisers éclater dans le silence relatif de leur étreinte.

Les cuisses frottaient les unes contre les autres, de même que leurs torses, une fine pellicule de sueur recouvrait le dos de Grimmjow qu'Ichigo se chargea bientôt d'essuyer de ses mains qui ne cessaient de parcourir son corps de guerrier. Il palpait chaque muscle, tâtait chaque partie de son corps, comme s'il voulait s'en imprégner ou bien les arracher pour mieux les posséder. Il était passionné, bien plus passionné que toutes les femmes que le gladiateur avait connues.

_Qu'est-ce que tu attends ? Lança soudain Ichigo en prenant sa virilité en main pour la conduire à l'endroit approprié.

_Mais…

_Je suis tellement excité que ça ne sera pas nécessaire, le coupa-t-il avec un sourire espiègle.

Grimmjow forma un « oh » muet sur ses lèvres lorsque le sommet de son membre entra en contact avec l'entrée brûlante du postérieur du rouquin. Pour être excité, il l'était ! se dit-il avec un sourire satisfait et de plus en plus impatient.

Lentement, sous l'impulsion de son jeune maître il commença à s'insinuer en lui, doucement, sans le brusquer. Ce fut à cet instant que le noble saisit son visage entre ses mains et braqua ses yeux dans les siens :

_Fais comme si ce lit était une arène et que je suis ton adversaire. Tu dois me combattre à coup de glaive… Enfonce ton féroce glaive en moi, gladiateur ! D'un seul coup pour me vaincre !

Grimmjow fronça les sourcils, ne s'attendant pas à entendre cela de la bouche d'un fils de bonne famille. Mais après tout pourquoi s'en formalisait-il tant ? Les riches avaient besoin de ce genre de choses, il avait besoin de s'enfuir de leur prison dorée et utilisaient les esclaves pour se faire prendre ainsi. Il avait entendu quelques légendes sur les femmes de nobles qui achetaient des gladiateurs pour leurs désirs sexuels, mais il ne l'avait jamais vraiment vécu. Maintenant il comprenait… ce qu'était d'être un objet sexuel.

_Tu hésites encore ? Lui demanda Ichigo, le sortant de ses songes. Fais-le !

Grimmjow s'exécuta alors soudain, sans réfléchir outre mesure, enfonçant son membre durcit à l'intérieur du jeune seigneur. Celui-ci laissa échapper un cri aiguë à son coup de bassin, ses ongles s'enfonçant dans la peau du gladiateur telle une bête féroce.

_Je suis loin d'être vaincu, gladiateur, reprit-il en rouvrant ses yeux, un sourire satisfait sur les lèvres. Ravage-moi avec ton épée ! Ah !

Je devrais définitivement prendre plus de nobles, pensa Grimmjow alors que chacun des mots d'Ichigo touchait irrémédiablement sa libido déjà à son summum en ce moment. Son bassin commença à se balancer d'avant en arrière tranquillement, pour s'enfoncer – à chaque coup – un peu plus loin à l'intérieur de son partenaire. En baissant les yeux cependant il s'aperçut que l'endroit où ils étaient connectés devenait de plus en plus humide et… rouge.

_Tu saignes ? S'étonna-t-il soudain en stoppant ses mouvements, ses yeux passant des fesses d'Ichigo jusqu'à son visage.

Mais à sa surprise, le roux se contenta d'échapper un rire et de poser un doigt sur ses lèvres pour l'interdire de parler :

_A cause de moi tu as saigné aujourd'hui dans l'arène. Et à cause de toi je saigne aujourd'hui dans ce lit. Ne sommes-nous pas égaux à présent ?

Le guerrier fronça les sourcils tentant de comprendre le sens de sa phrase mais le noble s'élançait déjà d'un coup de bassin contre le pénis offert et l'homme aux cheveux bleus ne put contenir un hoquet de surprise. Reprenant sa besogne, il s'appliqua à se calquer sur le rythme imposé par Ichigo, ondulant son bassin en même temps que lui, attentif aux réactions sur son visage. Peut-être que s'il parvenait à le satisfaire complètement le libérerait-il ? Pensa-t-il alors que ses lèvres étaient capturées dans un brûlant baiser.

Ou peut-être pas. Personne ne libérait un esclave ainsi, surtout lorsqu'on venait tout juste de l'acquérir.

_Mmmm…. Oui, comme ça…, commentait-il dans un soupir extatique. Montre-moi que tu peux donner autant de plaisir que tu peux infliger de douleur avec ton épée. Montre-moi !

Jamais il n'avait fait l'amour ainsi ! C'était complètement fou ! Ce type était complètement fou ! Il n'avait visiblement aucune pudeur, en tout cas aucune comparé aux maîtresses modestes qu'il avait eues, ne se souciant pas d'écarter ses jambes en grand, ne se souciant pas des cris qu'il poussait ou encore des mots qu'il énonçait. Sous ses impulsions, Grimmjow perdit peu à peu de son hésitation, oubliant à nouveau qu'il n'était qu'un esclave et que cet homme était un riche noble qui le possédait.

A cet instant, dans ce lit, l'inverse se produisait : il était celui qui le possédait et Ichigo n'était rien de plus qu'un homme à sa merci, l'implorant de lui donner du plaisir. Il se sentit plus fort, plus puissant ainsi, à chaque coup de bassin ressentant une fierté dissimulée de produire de tels cris chez un homme. Il se sentait vivant, de cette façon si particulière qu'il ressentait lorsqu'il était dans l'arène et qu'il combattait pour sa vie. Il se sentait pousser des ailes lorsque ces yeux enflammés par le désir se plongeaient dans les siens, réclamant silencieusement plus de vitesse, plus d'ardeur, plus de friction.

Il s'enfonçait en lui de plus en plus profondément, comme s'il rouait de coups de glaive un adversaire tenace. Il accélérait le rythme encore et encore, comme il aurait accéléré ses gestes face à un adversaire rapide et leste. Et à travers ses coups répétés il espérait bien venir à bout de ce combattant inattendu, qui tenait formidablement la distance et en redemandait.

Il demandait plus de violence, plus de rage dans ses coups, il voulait être achevé durement, toucher du doigt la délivrance qu'il allait lui donner de son épée tranchante.

_Oh continue !

Entrant dans une transe surprenante, Ichigo avait la sensation d'appartenir à un Dieu en cet instant. Sentir Grimmjow en lui était comme être possédé par ce Dieu qu'il priait tant. Il l'avait tant attendu, tant espéré, tant désiré, il lui appartenait enfin ! Tout entier !

_J'ai… une demande particulière…

_Oh oui, tout ce que tu veux, mais ne t'arrête pas !

Il n'en avait pas l'intention. Mais Grimmjow venait de comprendre qu'un homme n'était pas si différent d'une femme, et que lorsqu'il était à l'intérieur de l'un d'eux il pouvait obtenir tout ce qu'il désirait. Il suffisait de leur faire atteindre le septième ciel.

_Je veux… être libre. Je veux que tu me libères…

_Oui, oui ! Oui !

_Promets-le !

_Je…Ah oui ! Aaah !

Et d'un dernier coup, il l'avait achevé. Un coup franc et inévitable, comme il l'avait toujours fait dans l'arène, comme il aimait les donner. Il venait d'achever Ichigo qui se raidit de la tête aux pieds, le liquide blanc s'étalant sur son ventre en de longues traces inégales.

Victorieux, Grimmjow se retira, sa propre semence s'écoulant lentement de la fournaise à l'intérieur de laquelle il se trouvait encore une seconde plus tôt. Il poussa un soupir et descendit de la couche, laissant Ichigo rouler sur lui-même et lui tourner le dos, attrapant un épais coussin qu'il sera dans ses bras, un large sourire s'étalant sur ses lèvres et poussant un soupir d'extase.

_Satisfait ? Demanda le gladiateur en enfilant son slip de cuir. Je crois que tu l'es…

_Mmm…, affirma le plus jeune en se redressant lentement. Où vas-tu ? Tu pourrais te reposer ici puis… d'ici une heure ou deux on remettrait ça.

Il se plaça à genoux sur la couche, observant son amant remettre ses sandales en place, une main parcourant son torse souillé. Il semblait encore sur une autre planète, pensa Grimmjow en scrutant la pièce de ses yeux de lynx.

_Alors ? Comptes-tu me libérer ? Tu as dit que tu le ferais, dit-il en lassant sa seconde sandale.

_Te libérer ? Répéta Ichigo en riant. Pourquoi ferais-je ça ? Après ce qu'on vient de faire tous les deux, je ne te libérerai jamais. Panthère !

Il passa sa langue sur ses lèvres en lançant un regard coquin à son gladiateur, se cambrant l'air mutin pour laisser ressortir son postérieur appétissant. L'esclave se racla la gorge bruyamment, détournant son regard de cette scène qu'il n'aurait jamais cru vivre.

_Tu as pourtant promis que tu le ferais, pendant…

_Qui, moi ? Je t'ai promis de te libérer ? Demanda Ichigo avec un énième rire. Voyons, Grimmjow. Tu peux me demander n'importe quoi pendant l'amour je te dis dirai toujours « oui ! » avec plus de conviction qu'une putain.

Le bleuté étira une grimace alors qu'il rejoignait l'autre côté de la pièce, le jeune noble toujours agenouillé au bord de la couche, bien trop accaparé par son monologue pour le suivre des yeux ou se rendre compte de ses déplacements.

_Tu pourrais même me demander si je veux mourir, je dirai toujours « oui », Grimmjow. Et puis… pourquoi aurais-je seulement l'idée de te laisser partir ? Tu n'es pas né pour être un gladiateur, tu es définitivement né pour m'amener au septième ciel jusqu'à la fin de ma vie ! Ou de la tienne. Mais ce n'est… Ah !

_Tu disais ?

Ichigo sentit soudain un métal froid se poser contre sa gorge et interrompit son flot de paroles, se figeant alors qu'il comprenait que son amant s'était tout simplement joué de lui. Grimmjow avait remarqué le beau glaive à l'autre bout de la pièce, posé dans un coin et le tenait maintenant sous la gorge de son propriétaire, menaçant sa vie.

_Tu vas me libérer maintenant.

L'orangé se retourna lentement dans sa direction pour lui faire face, un sourire sur le visage, nullement apeuré.

_Non, tu ne me tueras pas Grimmjow. Sais-tu pourquoi ? Demanda-t-il en haussant les sourcils. Parce que tu serais égorgé avant même d'avoir fait un pas en dehors de cette pièce. Mon père te tuera… de ses propres mains.

_Ça serait bien trop d'honneur pour un esclave, petit seigneur. Mais qui a dit que je voulais te tuer ?

_Alors pourquoi me planter une lame sous la gorge ? Tu risquerais ta vie pour avoir une chance d'être libre ?

_J'ai risqué ma vie bien trop souvent. Je risquais déjà ma vie avant que tu ne viennes au monde ! Une fois de plus ou de moins…

_Pour la liberté ? Pour être libre ? Libre de quoi ? Je pourrais te donner la liberté, bien sûr elle serait différente de ce que tu en attends mais… tu aurais toutes les femmes que tu voudrais, toute la nourriture de Rome, tout le vin de nos vignes, un appartement, des esclaves, tu pourrais prendre des bains et…

_Ce n'est pas ça la liberté, le coupa-t-il en secouant la tête. N'as-tu pas dit toi-même que tu souhaiterais être libre ?

_C'est vrai, admit Ichigo en baissant les yeux. Je souhaite être libéré des obligations liées à mon nom. Mais... j'ai tout de même trouvé une autre forme de liberté. Sais-tu ou je la trouve ?

Grimmjow sembla intéressé par ses paroles, l'observant avec curiosité, dodelinant de la tête.

_Le sexe est ma liberté. Je suis libre d'avoir n'importe qui n'importe quand. Je suis libre de choisir qui recevoir en moi, et c'est ma seule façon d'être libre. Le sexe, Grimmjow !

_Tout comme moi, tuer est ma seule liberté. Nous ne sommes pas tant différents, petit seigneur.

Ichigo cligna plusieurs fois des yeux, hochant la tête :

_J'imagine que non. Sauf que tu as gagné aujourd'hui, et tu vas m'ôter la vie pour te venger d'avoir eu cette vie de servitude, n'est-ce pas ?

_Je t'ai dit que je ne te tuerai pas.

_Alors que comptes-tu faire ? T'enfuir comme cela ?

_Non, je me ferai décapiter avant même d'avoir atteint les jardins, tu l'as dit toi-même. Mais avec toi… si je t'emmène avec moi, c'est différent.

Le visage d'Ichigo se décomposa à vue d'œil alors qu'il comprenait ce qui l'attendait. Comment avait-il pu être aussi bête ? Cet homme était un gladiateur ! Personne dans cette demeure ne parviendrait à l'arrêter, otage ou non ! Rien ne pouvait plus stopper Grimmjow désormais et le rouquin ne pouvait s'empêcher de sentir un pincement au cœur à cette pensée. S'il s'enfuyait, s'il n'était plus qu'une lointaine illusion dans ses pensées il préférait mourir ici et maintenant.

_Tue-moi ! Tue-moi ! S'écria-t-il en agrippant la lame sous sa gorge pour l'appuyer contre sa pomme d'Adam, faisant couler le sang le long de sa peau.

_Arrête !

_Je préfère être mort que te voir t'enfuir ! Cracha-t-il. Je préfère mourir que de vivre en sachant que tu es parti !

Grimmjow sembla réagir à cette phrase, relevant son visage et ses pupilles se dilatant. Défiant l'ambre des yeux rageurs d'Ichigo il se laissa quelques instants pour comprendre ce qu'il voulait dire. Mais il avait beau y réfléchir il ne comprenait pas. Il n'était qu'un esclave….

_Je ne te laisserai jamais partir, tu m'entends ? Je passerai des mois, des années et tout l'or du monde pour te retrouver ! Et je te tuerai de mes propres mains plutôt que de savoir que tu vagabondes je ne sais ou avec je ne sais quelle putain ! Plutôt crever !

_Par tous les Dieux, vous les nobles et votre notion de possession. Un jour ça vous perdra…, grogna entre ses dents, saisissant le bras du roux et plaquant une main sur sa bouche pour le faire taire. Maintenant sois tranquille. Tu vas m'aider à m'enfuir…. Et tu vas venir avec moi, si tu y tiens tant. Dis adieu à ton opulente richesse !

_Mmmmm…., tentait d'articuler le seigneur sans pouvoir énoncer clairement ses protestations.

Se dirigeant vers le patio, il attrapa au passage la toge du jeune homme qu'il plaqua contre son corps nu. Ensemble, ils sortirent dans le patio par la cour arrière, puis traversèrent le….. Serrant Ichigo contre son torse, Grimmjow appuya un peu plus la lame contre la gorge alors que les gardes affluaient autour d'eux.

_Reculez ou je le tue ! Menaça-t-il, faisant gémir un peu plus le jeune homme entre ses mains.

Les gardes restèrent tranquilles, observant les gouttes de sang s'écouler de la gorge de leur jeune maître. Dans des pas prudents, le gladiateur se rapprochait des écuries, tenant à bonne distance tout garde qui aurait tenté un acte de bravoure. Mais Ichigo était un merveilleux rempart, dissuadant les gardes de tenter quoique ce soit de dangereux contre lui.

_Le jeune maître va lentement attraper les rennes d'un cheval et vous allez rester ici. Si vous tentez un geste, je l'embroche.

Grimmjow desserra l'étreinte autour d'Ichigo, qui sentit son corps se relâcher étrangement, un courant d'air glacial s'insinuant en lui, désagréable et le faisant trembler. Il y avait une chose en cet homme qui le réchauffait, qui le réconfortait et il n'osait avouer que c'était sa seule présence, ou bien la sensation de sa peau contre la sienne.

Menacé directement par l'épée du gladiateur, Ichigo s'exécuta, dénouant les rennes d'un cheval pour le libérer :

_Monte, lui ordonna-t-il de sa voix grave et masculine.

Le rouquin grimpa sur la monture avec grâce et rapidité, observant avec inquiétude l'attitude menaçante de son nouveau geôlier qui le rejoignit bientôt, plantant son arme encore une fois sur la gorge de sa victime. Prenant place derrière le jeune homme, sur la croupe du cheval, il s'efforça d'attraper les rennes lui aussi et de coller son bassin contre les reins d'Ichigo.

_Dis Adieu, petit seigneur, chuchota-t-il au creux de son oreille, déclenchant une suite de frissons violents chez le fils Kurosaki.

Et sur ces mots, il lança l'animal au galop qui fusa à toute vitesse à travers la cour puis dépassant le territoire des Kurosaki. L'orangé plissa ses yeux, les paupières recouvrant l'ambré de ses pupilles lorsque la poussière vola sur leur visage et partout sur leur corps, une larme s'échappant sur sa joue droite, s'écoulant lentement sur sa joue sèche et salie.

Le paysage défilait comme dans un rêve, ou peut-être un cauchemar, des plaines arides dans lesquelles le sable et la poussière se mêlaient asséchant la bouche toute entière. Des villages de nomades colorés, des caravanes de marchands par centaines, des caravanes de gladiateurs par dizaines, des chevaux sauvages puis de demeures, des cultures et des champs.

Il était évident qu'ils fuyaient vers le nord, Ichigo le comprit clairement. Et après des heures de chevauchée, le cheval montra des signes évidents de faiblesses, ralentissant pour revenir au pas à l'orée de ce qui semblait être une forêt éparse.

Observant derrière lui, puis partout autour d'eux, le gladiateur s'assura qu'il n'y avait pas un être humain, pas une construction aux alentours. Il savait qu'ils étaient encore recherchés, Isshin n'abandonnerait pas son fils aussi facilement. Mais après avoir été poursuivis à la sortie de la ville de Rome, les routes empruntées par Grimmjow, ainsi que leur dissimulation dans une caravane de marchand leur avait permis de les semer complètement.

Et à présent ils étaient seuls. Complètement seuls.

Ichigo était sonné par le voyage, son corps qui tenait à peine assis sur le cheval ne cessait de se balancer de droite à gauche sans raisons, se cognant à chaque mouvement contre le torse de son kidnappeur. Ce dernier l'avait alors maintenu fermement contre sa poitrine, un bras autour de son torse de jeune noble. Puis il s'était endormi, ou bien s'était-il évanouit, le visage recouvert de poussière et de sable, le corps meurtri par la fatigue de cette chevauchée infernale.

Lorsque Grimmjow stoppa le cheval prêt d'un petit lac au milieu de la forêt dans laquelle ils se trouvaient, il descendit de la monture prenant garde à maintenir le corps du jeune homme en place. Les yeux ambrés semblèrent s'ouvrir à la sensation de ne plus être bringuebaler de gauche à droite et il se redressa trouvant la force de contrôler son corps mis à mal.

Grimmjow attrapa le jeune homme par les hanches et le descendit de la monture. Puis, tirant sur les liens avec lesquels il avait attaché ses poignets, il libéra ses mains. Ichigo se massa douloureusement la peau à l'endroit où la corde avait frotté, laissant apparaître de vilaines marques rouges, ses yeux interrogeant ceux du gladiateur qui arborait une expression attentiste. Il était néanmoins bien trop fatigué et bien trop furieux contre lui pour dire quoique ce soit. Ses yeux étaient telles des lances enflammées transperçant la peau du guerrier qui aurait certainement préféré ne jamais voir cette expression dans ces pupilles brillantes.

_C'est à moi de te laisser le choix, expliqua-t-il, nouant la bride du cheval autour d'un arbre tout proche. Tu as le choix de partir. Tu as le choix de rester. Tu es libre !

Lui répondant par un silence méprisant, Ichigo lui lança un nouveau regard assassin, étirant une grimace douloureuse à la vue de ses poignets rougis. Quel intérêt ? Quel intérêt que celui de le capturer pour s'enfuir et ensuite le laisser il ne savait où, à des lieux de chez lui, pour lui demander s'il souhaitait la liberté ? S'il décidait d'être libre et de rester seul il mourrait. Assurément. Ou bien il se ferait capturer par un marchand d'esclave et finirait sa vie comme la putain d'un quelconque chef nomade ! Non, il en était hors de question.

Gratifiant celui qui l'avait enlevé d'un regard à nouveau noir et assassin, Ichigo se contenta de grogner légèrement montrant sa désapprobation puis retira sa toge, sous les yeux amusés du gladiateur affranchi. Lorsqu'il se retrouva nu, le tissu long et onéreux au sol, il étira un sourire pincé :

_Je vais commencer par prendre un bain.

Il tourna les talons, s'éloignant lentement complètement nu pour entrer dans le lac. Grimmjow observa son corps laiteux disparaître dans l'eau, alors que la pénombre commençait à tomber, ses pupilles accrochées à la croupe qui ondulait à chaque pas.

Le rouquin disparut de la surface de l'eau plongeant pour réapparaître plus loin, secouant ses cheveux mouillés., pendant que Grimmjow l'observait encore et toujours, retirant ses sandales puis son slip de cuir. Il pénétra lui aussi dans le bassin, silencieusement se glissant sous l'eau dans de grands mouvements pour nager jusqu'à lui et surprendre le noble.

Ichigo poussa un cri lorsque de grandes mains se saisirent de ses épaules et y prirent appui pour s'élancer hors de l'eau et atteindre à nouveau la surface. Les cheveux mouillés cachant la moitié de son visage, le gladiateur laissa sa bouche immergée faisant face au jeune seigneur qui ne l'était plus à présent. Ils s'observèrent un long instant, les yeux ambrés sondant le bleu turquoise des pupilles lumineuses face à lui. Que devait-il dire, que devait-il faire pour faire comprendre à cet homme ce qu'il voulait à présent ? Lui-même n'en était pas sûr mais il se devait de l'énoncer.

_Même si ce n'est pas la meilleure façon d'être libre, je crois que je le suis aujourd'hui, dit-il enroulant ses bras autour de lui-même comme s'il avait froid. La liberté ne signifie rien si je ne la vis pas avec toi…

Grimmjow laissa sa bouche regagner la surface du lac, ses yeux n'exprimant rien de plus qu'un profond questionnement intérieur. Ichigo savait que ce qu'il lui proposait était loin d'être ce que le gladiateur désirait vraiment. Il souhaitait rentrer chez lui, être libre de toute oppression, cela ne voulait pas dire emporter avec lui un jeune noble qui ne ferait que lui causer des soucis, le roux le savait pertinemment.

_Je ne t'ai pas proposé de partir avec moi, se contenta de répondre durement l'esclave affranchis, sortant son corps de l'eau pour regagner la rive, l'attitude froide et grave.

Ichigo sentit son cœur s'accélérer et suivit des yeux le dos musculeux qui s'éloignait de lui. Il savait ce qu'il avait à faire, il ne restait plus qu'à le convaincre, mais à quoi bon ? Cet homme semblait borné et sans pitié, pourquoi irait-il s'encombrer d'un poids tel que lui ?

_Attends ! s'écria-t-il en le poursuivant, courant dans l'eau en créant de grandes vagues, le rattrapant par le bras pour le stopper. Si tu décides de me laisser seul, je mourrai assurément. Ou… ou je serai capturé pour devenir l'esclave de je-ne-sais-quel marchand et vendu pour devenir la putain d'un quelconque chef nomade !

Grimmjow fronça les sourcils, comme s'il n'avait pas pris le temps de penser à cela.

_Je désire être libre tout autant que toi Grimmjow et… et tu as entendu mes souhaits ! Maintenant je… maintenant je n'ai aucune idée de ce que je dois faire, ni où je dois aller. Tu es… mon guide à présent.

Mais le guerrier resta silencieux, se dégageant de la poigne du jeune homme il regagna la rive sans un mot. Au milieu de l'eau, les genoux immergés et le corps tremblant de froid, Ichigo ferma ses yeux lentement, le silence du gladiateur sonnant le glas, synonyme de la fin de sa vie. Comment survivrait-il lui qui n'avait connu que palais et serviteurs ? Il était bien incapable de se débrouiller.

Il croyait tout espoir perdu, qu'il resterait prisonnier de ses rêves et des souvenirs cet homme toute sa vie, un homme dont il ne pouvait vraisemblablement plus se passer. Il se pensait vraiment perdu quand l'inattendu se produisit; Grimmjow se tourna vers lui, poussant un soupir, son corps nu sur lequel ruisselait encore les gouttes d'eau planté sur la rive face au jeune homme :

_Es-tu prêt à abandonner toutes les richesses du monde ? Es-tu prêt à comprendre que tu ne reverras plus jamais ta famille, ni tes amis ? Voudras-tu accepter que tout ce qui était tiens n'est plus et qu'aujourd'hui tu ne possèdes plus rien de valeur ni ce n'est… ta propre vie ?

Ses mots étaient durs, la réalité qui prenait soudain vie dans sa bouche au son de sa voix choqua un instant le jeune homme qui cilla et se sentit déséquilibré. La liberté était rude, la vérité de conduire sa propre existence était une épreuve et tout le monde n'en était pas capable, mais... Cela voulait-il dire qu'il l'emmenait avec lui ?

Il se précipita sur la rive jusqu'à lui, lui faisant face et soutenant son regard plein de gravité et d'une puissance inégalée. Il hocha la tête, sa voix définitivement coincée dans sa gorge par l'émotion qui le saisissait. Il savait qu'il ne pourrait plus faire demi-tour à partir de maintenant, la décision qu'il prenait était lourde de conséquence et impacterait toute sa vie future. Il disait Adieu à tout ce qu'il avait connu, pour se jeter dans le monde mystérieux de la liberté, déposant au creux des mains de Grimmjow sa vie.

_Ta seule richesse à présent sera… ta liberté. Mais elle n'est pas de tout repos, il faut la protéger, se battre pour la conserver, à chaque seconde du jour et de la nuit. Ta vie ne sera plus tranquille, mais en compensation tu seras libre d'aller où tu veux, de faire ce que tu souhaites la plupart du temps.

Le jeune homme hocha la tête à nouveau, le regard avec lequel le couvait son compagnon de fuite l'empêchait de parler, coupant ses mots et son souffle dans sa gorge. Et il était bien incapable de lui dire non à présent ; il avait bien compris que son choix était définitif.

_Ma seule richesse, parvint enfin à articuler Ichigo en baissant les yeux, échappant au terrible étau du regard bleu azur, c'est toi. Je décide de choisir la liberté, et ma première décision d'homme libre est de m'enchainer à nouveau. A toi.

_Pourquoi posséder la liberté et vouloir la quitter à nouveau ? Demanda-t-il, fronçant les sourcils. Je ne comprends pas.

Le rouquin haussa les épaules, lui montrant que ça n'avait que peu d'importance.

_Promets-tu de m'emmener avec toi ? De m'aider dans cette nouvelle vie et de me protéger ? L'interrogea-t-il d'une voix plus douce.

_Tch ! Tu n'y parviendras sûrement pas tout seul alors… il te faudra certainement un ange gardien.

_Bien. Donne-moi toute ta puissance pour protéger ma vie, en retour, je te donnerai tout mon amour pour la rendre plus belle.

Grimmjow ne put que rester muet, ses pupilles brillantes ne cessant de scruter le visage juvénile face à lui. Quelque part, il ne comprenait pas cet homme, il ne savait pas ce qu'il voulait réellement, mais d'un autre côté il respectait ses décisions et surtout celle de vouloir être libre. Être son propre maître et en même temps, remettre sa vie entre les mains de celui qui fut votre esclave… Était-ce une forme de courage ? Grimmjow n'en doutait pas. Il fallait avoir une sacrée confiance en soi et en l'autre pour désirer une telle chose.

_Quand je te regarde je ne sais pas ce que tu veux vraiment, ni qui tu es vraiment. Je n'irai pas jusqu'à dire que tu m'effraies, mais tes réactions sont indéniablement imprévisibles.

_Pensais-tu que parce que j'étais noble je ne pouvais pas être spontané et surprenant ? L'interrogea-t-il, un sourire aux lèvres.

_Peut-être bien.

De sa large main chaude, il cajola la joue douce et fraiche de la jeune personne, son regard empreint d'une tendresse qui venait subitement de s'inviter entre eux. Ce n'était pas tous les jours que l'on décidait de faire sa vie avec quelqu'un, de s'enfuir avec quelqu'un et de lui faire confiance pour toujours. Il avait beau ne jamais avoir eu d'éducation, ne pas savoir écrire le latin, et ne pas avoir été élevé dans l'opulence, Grimmjow connaissait la chose la plus importante et qui aux yeux de Kurosaki avait le plus de valeur : l'expérience de la liberté.

_Je décide de te protéger, Ichigo Kurosaki, énonça-t-il en relevant son menton d'un air hautain, parce que tu es unique.

_Et je décide de t'aimer, Grimmjow, lui répondit l'orangé avec une conviction non dissimulée, parce que tu es unique.

Étaient-ce des vœux ? Étaient-ce des promesses ? Des promesses solennelles pour la vie qui s'offrait à eux, tel un chemin tout neuf, non encore foulé par les sandales crasseuses des grands de ce monde, la corruption de Rome et les valeurs d'un monde superficiel. Le chemin qu'ils avaient choisi et qu'ils emprunteraient ensemble, main dans la main, aux grés des aléas de la vie et de cette liberté qu'ils goûtaient enfin, était

Et Ichigo savait qu'il ne s'était jamais senti à sa place dans la palais de son père. Mais en cet instant, il comprit qu'être avec cet homme était sa place. Il ne s'était jamais senti aussi vivant.

FIN


*Un péristyle est une galerie de colonnes faisant le tour extérieur ou intérieur d'un édifice, en dehors de son mur d'enceinte.

*Le siège Curule est un symbole du pouvoir en Rome antique, sur lequel pouvaient s'asseoir les magistrats et promagistrats romains possédant l'Imperium (pouvoir du roi et de certains magistrats), il est utilisé ici pour marquer l'arrivée d'Ichigo dans l'âge adulte synonyme de pouvoir et de futurs succès.