Note de la traductrice : On arrive vers la fin les amis, plus que le chapitre 8 à poster (qui sera un épilogue). J'en profiterai pour ajouter à la toute fin de la fic un bonus, quelque chose de vraiment chouette ... mais il va falloir être un peu patient. Bonne lecture !
Kyle était le seul résident du Geary Hall qui n'avait pas encore fait son sac pour rentrer à la maison alors qu'ils étaient déjà le dernier vendredi avant Thanksgiving. La résidence universitaire bouillonnait d'une énergie peu habituelle qui le rendait anxieux ; les étudiants célébraient les notes qu'ils venaient d'avoir ou les derniers partiels enfin terminés, impatients de passer la semaine prochaine à s'empiffrer et à glander. On aurait dit que toute la côte est des Etat-Unis se préparait à une évacuation d'urgence et qu'il était le seul laissé de côté, mais il n'était pas question pour lui de retourner à South Park pour les vacances. Il risquerait de croiser Stan s'il y allait.
- Broflovski !
Jacob criait son nom presque à chaque fois qu'il rentrait dans leur chambre, comme si c'était une énorme surprise de voir Kyle là où il était tout le temps : assis à son bureau devant la fenêtre, penché sur le clavier de son ordinateur portable. Kyle s'entendait assez bien avec lui, mais il était ravi que Jacob rentre à Rhode Island pour la semaine. Il était impatient d'avoir la chambre pour lui tout seul, au moins il pourra regarder du porno en paix.
- Tu vas vraiment rester ici ? demanda Jacob pour la millième fois depuis que Kyle affirmait n'avoir aucune intention de partir. Le self-service va fermer tu sais. Comment tu vas faire pour manger ?
- Je suis à peu près sûr qu'ils ne vont pas fermer la ville entière pour Thanksgiving, répliqua Kyle, même s'il n'aurait pas été surpris que la plupart des petits restos pas chers ferment plus tôt. La ville ne n'appelait pas State College pour rien. Ce sera assez désert jusqu'à la rentrée.
- Tes vieux vont pas criser de ne pas t'avoir pour Thanksgiving ? insista Jacob. Il entassait des piles de vêtements crasseux dans son sac à dos en discutant. Kyle se rappelait quand il avait regardé le questionnaire rempli par Jacob pour trouver un camarade de chambre et qu'il lui avait demandé si la propreté était une notion qui entrait dans ses critères de recherches. Il n'avait aucune idée de pourquoi il partageait son dortoir avec ce mec qui n'avait pas lavé une seule fringue depuis l'emménagement. Kyle lavait les siennes chaque mardi.
- Mes parents ne sont pas ravis, dit Kyle. Quel euphémisme : sa mère avait pleuré quand il lui avait dit au téléphone qu'il ne reviendrait pas avant décembre. Il faudra bien sauter le pas un jour, mais pour l'instant l'idée de retourner à South Park ne lui inspirait que colère et tristesse, comme s'il était de retour sur cette plage, les yeux fermés, à se mordre les lèvres et à trembler comme un crétin. Il devenait encore rouge d'embarras et de haine en y repensant.
- Tu ne veux pas revoir tes potes au moins ? interrogea Jacob. Tu – t'as des amis chez toi, hein ?
Kyle renifla en se sentant rougir. Il ne parlait jamais de sa vie à South Park avec Jacob, ni avec aucun de ses amis à Penn State. Jacob lui avait demandé un jour si Kyle avait une copine, et lui avait répondu sans même prendre le temps de réfléchir qu'il n'aimait pas les filles. Jacob avait simplement dit « cool » et de temps en temps il lui demandait s'il un gars lui plaisait à l'école, mais leurs discussions sur la vie de Kyle se limitaient là.
- J'ai des amis, dit Kyle. Mais ils vivent en Californie maintenant. Ils ne reviennent pas non plus pour Thanksgiving.
Ses amis se limitaient exactement au nombre de deux : Butters et Kenny, trop occupés à gérer leurs vies de stars du net pour lui parler régulièrement ces temps-ci. Ils avaient rencontré une étudiante en cinéma à UCLA qui travaillait dans le porno amateur, peu de temps après que Kyle ait brusquement quitté la Californie. Elle les avait convaincu d'utiliser leur jolies bouilles pour en tirer un avantage financier. Cinq mois plus tard, leur site internet générait un peu plus de six mille dollars par mois, et Kenny était convié à une interview dans le journal The Times pour parler du succès de leur site qui mélangeait porno hardcore et recettes de cuisine, impliquant par exemple Butters vêtu uniquement d'un petit tablier à fanfreluches et rien en dessous, en train de faire de jolis cupcakes comme si tout était parfaitement normal. A vrai dire Butters était devenu très célèbre pour ses orgasmes bruyants et sa joliesse naturelle. Les gens étrangers à South Park ne savaient pas vraiment quoi penser de ce jeune homme. Kyle avait lu des articles à propos de leur site internet, certains les pointaient du doigt et se moquaient, d'autres faisaient de vrais analyses pseudo-psychologiques du phénomène. Il était à la fois fier d'eux et horrifié, mais au moins savoir qu'ils ne couchaient avec personne d'autre dans leurs vidéos le rassurait un peu.
- Je vais y aller, dit Jacob. Le dortoir était déjà plus calme, on entendait encore quelques rires dans les autres chambres mais très loin des gloussements surexcités de ces derniers jours. Tu es sûr que ça va aller ? interrogea-t-il, planté devant la porte avec ses sacs de voyage. Parfois Kyle trouvait qu'il ressemblait un peu à Butters, même si physiquement il tenait plus de Cartman, avec ses kilos en trop et ses yeux noirs. Mais Jacob était trop curieux, presque agaçant.
- Tranquille, dit Kyle. Je vais pouvoir bosser tranquillement.
- Tu ne fais que bosser, Broflovski.
- N'importe quoi. Il avait commencé à l'entraînement à la course à pied en courant autour du campus, peut-être dans objectif de participer au marathon de Boston au printemps, et une bonne partie de ses lectures était juste pour le plaisir, même si Jacob pensait que c'était pour le travail. Il s'était mis à lire beaucoup de romans, slaves contemporains ou sur l'histoire de la Guerre de Sécession. La combinaison des deux donnait une sensation de déprime réconfortante. Il n'écoutait presque plus de musique, parce que toutes les chansons parlaient de Stan en train de le repousser, même quand il n'y avait pas de paroles. Surtout quand il n'y avait pas de paroles.
- Bon, d'accord, finit par dire Jacob. Tu peux prendre un de mes sachets de nouilles instantanées si t'as faim et que toutes les boutiques sont fermées. Elles sont dans le tiroir de ma commode.
- Merci, Jacob.
Kyle quitta son bureau pour se traîner jusqu'à son petit lit double dès que Jacob referma la porte. Étendu sur le dos, il posa les mains sur son ventre et écouta le dortoir devenir de plus en plus calme pendant que la nuit tombait dehors. De gros nuages blancs s'annonçaient, il y avait des menaces de blizzard. Kyle savait qu'il ferait mieux de sortir tout de suite pour faire un stock de nourriture, mais une partie de lui aimait la perspective de se retrouver piégé ici pendant des jours avec les provisions de Jacob comme seules vivres. Il se demanda si Stan verrait la tempête au journal télé et s'inquiéterait pour lui. Probablement pas. Stan avait renoncé à le contacter depuis septembre, après trois mois pendant lesquels Kyle avait réussi, pour sa plus grande fierté, à résister à la tentation de lire ou d'écouter un seul de ses nombreux messages. Il ne voulait pas l'entendre se raviser, écouter ses excuses maladroites pour dire qu'il comprenait enfin et qu'il voulait se faire pardonner, le mythique on pourra toujours être amis. Ils ne pouvaient plus être amis. Kyle ne voulait plus. Il voulait être en paix, être fort et froid comme la pierre, le genre de mec qui surprenait tout le monde quand il souriait. Pour l'instant il y était plutôt arrivé à la fac. Peut-être que dans un mois il arrivera à retourner à South Park sans s'effondrer.
Il finit par s'endormir. Quand il se réveilla la pièce était plongée dans le noir. Le silence qui entourait l'étage était presque menaçant, une créature aveugle attendait qu'il bouge pour pouvoir le prendre en chasse. Il se dépêcha d'allumer une lampe. Un peu de neige tombait dehors, rien d'alarmant. Il alla jusqu'à son ordinateur et vérifia les prévisions météo. La tempête n'étais pas prévue avant demain, à son grand soulagement. Elle s'étendait sur la carte comme une blessure ouverte, rose et rouge en son cœur. Boston était déjà recouverte sous presque cinq mètres de neige. Kyle avait vécu entouré de neige toute sa vie et ça ne l'avait jamais effrayé, mais il n'avait jamais été seul pendant une tempête. Il pensa à la nuit dans la montagne avec Stan, au sac de couchage, comme ils s'étaient serrés fort cette nuit-là, désespérément.
Il ne pouvait pas imaginer redevenir aussi intime avec lui, comme à l'époque où ils avaient l'habitude de s'asseoir juste à côté, sur le canapé de Stan, alors qu'ils auraient pu se mettre chacun bien éloignés sans problèmes. C'était dangereux et il était beaucoup mieux loin de tout ça. Il ferma la page météo et ouvrit sa boite mail. Il y en avait un nouveau de Kenny.
hé ma bite alors devine quoi
Kenny ne s'était jamais pris la tête avec truc aussi inutile que la ponctuation.
ma sœur m'a dit que sa copine lui a dit que ike lui a dit que t'as dit à ta mère que tu ne venais pas pour thxgiving
wtf
je veux dire oui oui je sais pourquoi mais écoute tu pourrais venir ici en avion et rester avec moi et buttercup il est vraiment super bon en cuisine mon pote je crois que je suis au paradis ici et il va faire un trop bon repas et toute la prod sera là
je sais tu n'aimes pas trop le monde du porno mais ils sont vraiment sympas comme gens et je pense que tu t'amuseras
peut-être même que tu pourras rencontrer un mec je dis ça comme ça
et non je parle pas d'un acteur porno tu sais la plupart des gens de notre équipe étudie à la fac dont on ne doit pas prononcer le nom
en parlant de ça t'as vu son dernier match
sérieux
enfin bref réponds-moi et dis si tu veux qu'on t'envoie l'argent pour le billet c'est vraiment pas un problème on en a pleins les fouilles
je ne crois pas que butters réalise à quel point il est célèbre c'est juste trop mignon
il dit coucou au fait et que je dois te dire qu'il t'aime
réponds-moi trou du cul
love kenny
Kyle finit le mail en souriant, malgré la petite note sur le match de Stan. Il ne l'avait pas regardé, mais il avait lu des articles qui en parlaient sur le net. Eviter le vrai Stan de chair et d'os était beaucoup plus facile qu'il n'aurait cru, le frisson d'horreur qu'il ressentait à chaque fois qu'il recevait un de ses messages le forçait à appuyer sur SUPPRIMER avant même de réfléchir à ce qu'il pouvait bien lui dire, réflexe de survie, mais il n'avait pas résisté à l'appel d'internet ; c'était trop tentant de chercher des informations sur Stan-le-footballer. Kyle avait un dossier de photos top-secrètes de Stan pendant ses matchs. Il faudra vraiment qu'il pense à l'effacer si un jour cet ordinateur devait retourner avec lui à South Park. Regarder ces photos et en chercher de nouvelles était comme une forme douce d'automutilation, si douloureuse que Kyle avait mal au ventre pendant des heures une fois l'excitation de la curiosité passée, mais il ne pouvait pas s'arrêter. Stan jouait comme quaterback depuis déjà trois matchs, ce qui était rare pour un nouveau. Il était adoré par l'école, et semblait heureux sur les photos, avec ses joues roses et ses cheveux en batailles quand il retirait son casque. Kyle était certain qu'il n'était pas la seule personne de ce super pays à se toucher en regardant les photos de presse de Stan. Mais était probablement le seul à se détester pour ça juste après.
Kyle n'avait aucunement l'intention de partir en Californie ni de passer les vacances avec Kenny Butters et leur entourage, mais il trouvera comment décliner poliment son invitation plus tard. Il éteignit l'ordinateur et s'habilla chaudement, en espérant que les petits commerces pas loin n'aient pas déjà fermé. Ça aurait été plus simple s'il avait pris sa voiture avec lui à la fac, même si la perspective de reprendre le volant en mode road trip était un peu trop pour lui, surtout maintenant qu'il était seul. Il lassa ses bottes et enfila la vieille chapka verte qu'il portait tous les jours quand il était môme. Aujourd'hui elle était réservée uniquement à l'hiver, et généralement il l'enlevait une fois à l'intérieur.
Les couloirs étaient inquiétants, si calmes qu'une seule gouttelette d'eau le fit sursauter quand il passa près de la salle de bain. Il pensa à ce que ça ferait de prendre une douche ici au milieu de l'écho dans ce grand endroit vide, nu et vulnérable. D'habitude il aimait être tout seul dans la salle de bain, mais ça sera différent en sachant que personne ne risquerait de débarquer soudainement pour gâcher sa séance de masturbation ou de le déranger en pleine interprétation d'une vielle chanson pop à la con.
Dehors le campus avait des airs de films de zombie, tout avait fichu le camp, la neige de la veille était recouverte de traces de pas. Il reprit un peu d'aplomb en voyant passer un garçon genre étudiant en grosse veste avec un gobelet de café à la main. Ils se firent vaguement un signe pour se saluer et continuèrent leurs chemins, directions opposées. Kyle piqua un sprint en voyant le petit carton écrit « OUVERT » sur la porte de sa supérette préférée du camus pour être sûr d'arriver à temps. Il mourait de faim, et ce sera beaucoup moins romantique de passer la semaine à bouffer des nouilles instantanées de vieux tiroirs poussiéreux. Il prit un panier et le remplit avec des conneries, chips, sodas. Son ventre gargouillait. Le vendeur était toujours aussi inexpressif. Son asociabilité était une chose que Kyle appréciait habituellement, surtout quand il était pressé après une journée de cours. Il se surprit lui-même à vouloir que ce type lui dise quelque chose.
- Alors, dit Kyle, en ayant l'impression qu'il n'avait pas parlé depuis des jours alors que Jacob était parti il y a tout juste cinq heures. Je crois qu'il y a une grosse tempête de prévue ?
Le vendeur le regarda comme s'il n'avait aucune idée d'où il voulait en venir. Il était petit, vieux, avec de grosses lunettes. Kyle ne l'avait jamais vu porter autre chose que ce vieux polo détint mais propre. C'était l'épicerie préférée de Kyle parce qu'elle était la plus propre du coin.
- La tempête ? insista Kyle en levant les sourcils. La tempête de neige ? Il se sentait comme une merde à fixer ce gars en espérant qu'il comprenne la langue.
- Oh, oui, la tempête, dit l'homme. Il avait un accent, mais Kyle ne savait pas d'où. Vous rentrez à la maison ? demanda-t-il à Kyle, d'une voix soudainement chaleureuse et concernée.
- Non, dit Kyle. J'reste là. C'est pour ça que je fais des stocks.
- Pas de Thanksgiving ? s'étonna le vendeur. Pas de dinde ?
- Non, pas cette année.
Il paya et partit en se traitant d'imbécile. Ce type croyait probablement que Kyle n'avait pas de famille, ou qu'il ne s'entendait pas avec eux. En vérité ses parents et son frère lui manquaient beaucoup, mais il les reverrait en décembre. Il avait besoin de plus de temps pour se préparer à l'interrogatoire : Tu t'es fait des amis ? Tu fréquentes quelqu'un ? Tu as parlé à Stan ? Quand Kyle avait débarqué à la maison après la Californie il avait essayé de tout garder pour lui, mais il avait été foutu à la seconde où il avait ouvert la porte et entendu sa mère l'appeler Bobeleï depuis la cuisine. Il croyait qu'il n'avait plus de larmes après celles versées dans le taxi et les sanglots à l'aéroport qui avaient convaincu l'hôtesse d'avancer son billet sans frais supplémentaires, plus la crise de panique qu'il avait eu une fois dans l'avion après avoir effacé le premier SMS de Stan. Sa mère l'avait prise dans ses bras pour le cajoler comme s'il avait cinq ans. Tout le monde savait quelques heures plus tard, sans avoir eu besoin d'entendre la moindre explication de Kyle : Stan connaissait enfin ses sentiments, et sa réaction n'avait pas été bonne.
Il monta dans sa chambre et retira sa chapka, ses bottes d'hiver, ses chaussettes trempées et son pantalon. Il alluma la télévision et le bruit aida à rendre la pièce un peu plus vivante, surtout qu'il ne mettait jamais le son aussi fort d'habitude pour ne pas déranger les gens qui bossent. Il se fit cuire un sachet de pâte avec le micro-onde du dortoir et les mangea assis sur lit, la couverture relevée sur ses jambes et un oreiller calé derrière lui. C'était sympa d'être seul, à l'abri et tranquille. Il zappa en prenant soin de passer vite sur ESPN la chaîne sportive pour éviter quoi que ce soit qui puisse le faire penser à Stan, qui devait être arrivé à South Park à cette heure-ci, peut-être en train de boire une bière avec son père ou à table avec sa maman. Kyle enroula les nouilles autour de sa fourchette en pensant au premier Thanksgiving juste après que le divorce des parents de Stan. Il l'avait passé chez Kyle pour éviter tout conflit. C'était peu de temps après leur première vraie dispute, celle où ils ne s'étaient plus parlés pendant des semaines. Mais ils étaient plus inséparables que jamais une fois réconciliés. Ils s'étaient couchés tard ce soir de fête pour jouer à Go Fish dans le lit de Kyle, leurs épaules serrées l'une contre l'autre même s'il fallait cacher son jeu de carte.
La télé l'occupa jusqu'à vingt et une heure puis lui tapa sur les nerfs, toutes les chaînes passaient des émissions débiles avec Gordon Ramsey en train de gueuler. Il l'éteignit et posa son ordinateur sur le lit. Il avait reçu un mail de Ike, mais c'était juste un lien vers une B.D en ligne qu'il voulait lui montrer. Un truc très avant-garde, Kyle n'aimait pas trop ça. Il n'avait pas assez de patience pour les blagues de Ike, mais il savait qu'il lui envoyait des messages parce que son grand frère lui manquait, alors il passa une demi-heure à écrire une réponse, en parlant des marshmallows de Pennsylvanie qui n'avaient pas les mêmes goûts que ceux qu'ils faisaient brûler dans le four quand les parents n'étaient pas là. Il enchaîna en critiquant les écharpes de chochottes à la mode chez les gens du campus, puis écrivit un long paragraphe à propos d'un article qu'il avait lu comme quoi les dinosaures auraient été recouverts d'écailles rose bonbon. Il envoya son mail, imagina Ike se taper une barre en lisant les délires de son frère en fumant de l'herbe sur son lit et en regardant Gordon Ramsey faire le show dans la petite télé qu'il avait dans son placard. La solitude l'entoura comme un manteau en s'imaginant là-bas avec Ike, à rigoler à moitié stone en regardant des gens s'embrouiller pour des omelettes. Il ferma la page internet et ouvrit ses images, cliqua sur les très nombreux sous-documents jusqu'à ce qu'il trouve celui qui contenait les photos de Stan.
Parfois il le faisait presque sans y penser, paumé dans le brouillard, et d'autre fois il s'en voulait dès le début, détestait que sa bite devienne dure en pensant aux protections que Stan devait mettre sur ses épaules sous son maillot, à quoi il ressemblait quand il enlevait le haut et ne portait plus que ça et son pantalon aux couleurs de l'équipe, la bosse de son entre-jambe bien visible qui crevait les yeux. Stan avait grandi, juste un petit peu, retenait sa respiration, se tenait mieux que l'an dernier quand il jouait à son ancien poste au lycée. Il avait de l'assurance, l'air de celui qui sait ce qu'il fait. De celui qui sait baiser une fille, même si d'après Cartman que n'était pas le cas. Peut-être qu'une nouvelle le prendra en main, une moins intimidante que Wendy. Jolie et douce, trop submergée par la foule furieuse pour venir le voir jouer. Stan l'emmènerait dîner après et lui ferait revivre le match. Elle écouterait à peine, trop occupée à l'admirer, en posant ses coudes délicats au bord de la table.
Kyle aimait se torturer avec ce genre de connerie avant de passer aux choses sérieuses. C'était encore mieux et ça faisait pitié, mais toute cette histoire faisait pitié de toute façon.
Il imagina un fantasme à mille lieux de la réalité pour le plus de plaisir possible : Stan dans le vestiaire de leur ancien lycée, nu et recouvert de savon, il arrivait derrière Kyle et le poussait doucement contre le mur en carrelage froid, lui écartait les cuisses, le touchait partout. Kyle enleva son boxer sous la couverture en imaginant la queue en érection de Stan contre ses fesses pour le taquiner, le rire discret qu'il ferait quand Kyle poussera un gémissement et se cambrera, pour en avoir plus.
Tu es toujours ma salope à moi ? lui aurait demandé Stan, en connaissant la réponse. Il aurait fait tomber Kyle à genoux sur le sol crade de la douche pour le supplier de le sucer. Il prendrait Kyle par les cheveux – dans son fantasme ils étaient encore assez long pour que ce soit possible. En vrai ça aurait été difficile, même s'ils commençaient un peu à repousser. Il les avait coupé court juste avant la rentrée, et en fin de compte trouvait que ça le rendait encore plus moche, mais c'était trop tard. Au moins il aimait son air faussement plus sérieux et le look de petite brute que ça lui donnait. Maintenant qu'ils avaient un peu repoussé ils étaient plus doux, comme les premières herbes qui repoussent après un incendie. Il leva la main pour les toucher, imagina que c'était la main de Stan à la place, qu'il lui faisait avancer la tête pour que Kyle le prenne plus dans sa bouche.
Le truc habituel ne marchait pas, dix minutes plus tard le frottement commençait à l'irriter. Il mit plus de lubrifiant et entama les mesures qu'il réservait normalement pour les situations d'urgence, quand il devait finir vite au risque de se faire surprendre par Jacob après sa journée de cours. Il se sentit rougir à l'idée, même s'il savait que personne ne risquait de l'interrompre, mais ça marchait à chaque fois. Il vira la couverture et plia ses jambes, s'offrit au Stan imaginaire, se toucha avec une main pendant que l'autre tenait son genoux bien écarté. Il ferma les yeux et laissa la vulnérabilité lui glisser sur la peau. Il savait que jamais il ne pourrait offrir cette sensation à quelqu'un, surtout pas la personne dont il rêvait le plus.
- Prends-moi, chuchota-t-il en offrant les mots au vide, la tête penchée en arrière, paupières fermées, cambré. Prends-moi, Stan, oui.
Il était tout près, sa main allait vite, presque des larmes aux coins des yeux. Il imagina Stan au-dessus de lui, si grand, son sexe aller et venir en lui, si grand, qui l'écartait, le prenait avec force. Il ne manquait plus qu'une petite chose à Kyle, qui gémissait pour de vrai, alors le Stan de son fantasme se pencha vers lui pour lui murmurer à l'oreille :
- Elle ne m'a jamais fait jouir comme toi.
Kyle gémit en allant encore plus fort, profitant que personne ne puisse l'entendre. Il était secoué, vidé, ses jambes tombèrent lourdement sur le matelas. Il s'imaginait toujours que le Stan de son fantasme redevenait gentil et doux après. Il avait vraiment essayé de refouler de genre de délire, mais il n'y arrivait pas, il en avait trop besoin. Il s'enfouit sous les couvertures et se tourna sur le côté en imaginant que Stan le câlinait derrière lui, en cuillère, et l'embrassait tendrement dans le cou pendant que son bras se refermait sur poitrine de Kyle. Ça ne marchait pas, pas comme d'habitude. Kyle savait, à présent, ce que ça faisait d'être allongé avec Stan endormi dans son dos, son bras plus lourd, sa respiration plus lente. Il se planqua sous la couverture et essaya de dormir, il avait l'impression d'être de retour dans l'avion qu'il avait pris en Californie. Il ne se rappelait quasiment pas de son vol. Les passagers lui avaient donné des mouchoirs, les hôtesses des verres d'eau, on l'avait fixé curieusement, Kyle avait bien cru que ses côtes allaient lui tomber dans le ventre. Quand il s'était enfin endormi, il avait rêvé que Stan était assis près de lui dans cet avion, mais qu'il l'ignorait et tapait des trucs sur son téléphone.
La chambre état froide à son réveil. Il sortit le nez de sous la couverture, une rumeur qu'il avait entendu lui revint en tête, comme quoi on éteignait le chauffage pendant les vacances. Il faisait toujours nuit noir dehors, même pas de neige. Il trébucha en se levant, aveuglé par la lumière du plafond, décida de l'éteindre. De retour dans son lit, il fit de son mieux pour ne pas se laisser impressionner par les ténèbres autour de lui. C'était surtout le silence qui lui faisait peur, il pensa à chercher son lecteur MP3, mais il n'avait aucune envie de passer l'heure suivante à écouter ses vieilles chansons. Sick of myself when I look at you, don't you think I wish I could stay, everybody here wants you. Il entendait ces chansons en boucle dans sa tête de toute façon, caché sous la couverture, encore et encore.
Peut-être que rester tout seul était une mauvaise idée.
Quand il se réveilla à nouveau il savait que c'était le petit matin, même avec la couverture sur la tête. Il la chassa et vit la neige tomber à gros flocons par la fenêtre, comme un grand drap blanc. Il la regarda très longtemps, imagina qu'elle puisse l'enterrer vivant.
Il entendit quelque chose au loin : des pas. Dans la cage d'escalier, puis dans le couloir, ils se rapprochaient. Il s'assit et fixa la porte pour vérifier qu'elle était bien fermée, mais ça ne servit à rien, la personne tapa dessus pour demander à rentrer.
- Qui c'est ? cria Kyle depuis le lit, la couverture relevée jusqu'au menton.
- C'est moi, répondit quelqu'un dont la voix ressemblait tellement à celle de Stan que Kyle fut convaincu qu'il rêvait. Peut-être qu'il avait oublié comment était sa voix en fin de compte, parce que quand il sortit du lit la chambre était gelée, et il ne se souvenait pas avoir déjà eu froid dans un rêve. Il alla jusqu'à la porte, retira la chaîne et ouvrit, juste assez pour s'assurer que vraiment ça ne pouvait pas être Stan de l'autre côté. Quand il le vit, à bout de souffle comme s'il venait juste de monter les cinq étages en courant, le manteau trempé par la neige fondue, Kyle ne put rien faire d'autre que le regarder.
- Tes cheveux, dit Stan. Kyle leva la main pour les toucher. Ils semblaient pareils à dans la vraie vie, si c'était bien la réalité : courts mais en train de repousser, de redevenir bouclés comme avant.
- Je les ai coupé, dit Kyle.
Ils se regardèrent un moment, Kyle à moitié dans le brouillard et tremblant de froid, Stan tenant le sac qu'il avait pris pour ranger la vodka, ce soir-là, à Vegas. Kyle fut le premier à retrouver sa voix, incrédule.
- Qu'est-ce que tu fais là ? souffla-t-il, en se souvenant qu'il était en colère.
- Tu ne répondais pas à mes messages, dit Stan.
- Je ne les ai même pas lu. Il en était très fier, mais dit à voix haute ça faisait juste débile et infantile.
- Je peux rentrer ? demanda Stan.
Kyle baissa les yeux sur lui-même. Il ne portait qu'un caleçon dégueulassé par son activité de tout à l'heure et un T-shirt trop fin, presque transparent. Il ne s'était pas préparer à la possibilité que Stan puisse vouloir rentrer dans sa chambre de dortoir, jamais, pas une fois.
- J'imagine, dit-il, en reculant pour libérer le passage.
Stan rentra dans la chambre, et Kyle le regarda la découvrir : le bureau en bordel de Jacob, celui parfaitement rangé de Kyle, ses draps froissés comme des chiffons. Kyle avait tellement imaginé sa confrontation avec Stan, de mille façons différentes : furieux, tendre, à cinquante ans sur la route désertique. Il ne savait pas quoi faire, ne savait même pas où regarder.
- Alors, dit Stan. Ton coloc est sympa ?
- Sérieusement ? Kyle lui lança un regard noir. Sérieusement, c'est tout ce que t'as à dire?
- J'ai plein de trucs à dire ! Stan eu l'air énervé tout à coup, puis désespéré, debout de l'autre côté de la pièce. Je – J'ai passé dix heures à l'aéroport, mon vol a été annulé à cause de la tempête, j'ai dû les supplier pour avoir un avion jusqu'à Boston, et après j'ai pris un bus jusqu'ici –
- Un bus ?
- Oui, Kyle, un bus ! Parce que tu ne veux plus me parler, et je ne pouvais pas lâcher le football, je suis censé être à Glendale pour ce putain de Fiesta Bowl à la con samedi, mais je n'en ai rien à foutre, j'ai besoin de te parler.
- Tu sais quoi, tu peux reprendre ton bus de merde et partir au Fiesta Bowl, dit Kyle en attrapant son pantalon de pyjama qui traînait par terre pour l'enfiler, enfin assez réveillé pour se rendre compte qu'il était à moitié nu, le cœur battant à cent à l'heure. Parce que je ne veux pas t'écouter. T'es désolé, je suis pathétique, tu ne m'en veux pas, parfait, génial, super –
- Tu crois que tu sais tout sur tout ! dit Stan qui criait déjà. Ça faisait tellement ridicule au milieu de cette pièce vide, comme s'ils étaient sur une scène de théâtre.
- J'en sais assez, répliqua Kyle. Tu – je – je me suis ridiculisé, et –
- Stop ! interrompit San en levant ses mains. Tu vois, c'est comme la dernière fois. Tu t'es mis à hurler, et je ne savais pas quoi faire, et tu – tu m'as planté là –
- Oh – ferme ta gueule ! Kyle serra les dents pour se retenir de crier de frustration, attrapa son oreiller et le balança sur le lit de Jacob. Je t'ai planté ? Tu m'en veux à cause de ça ? C'est ça que t'as écrit dans tes messages de merde, « Pourquoi tu es parti, Kyle, je ne pensais pas que tu réagirais comme ça quand je t'ai demandé ce que tu foutais quand t'as voulu – quand t'as essayé –
- Je suis nul à chier pour ce genre de chose, Ok ? lança Stan violemment. Demande à Wendy ! Je lui ai demandé de t'écrire, mais elle a dit que ça te mettrait encore plus en colère –
- Wendy ? T'en as parlé à Wendy, putain de merde ?
- Avec qui j'aurai pu parler ? J'allais pas en discuter avec Kenny, et mon meilleur ami ne m'adresse plus la parole –
- Arrête de dire que je suis ton meilleur ami ! cria Kyle. Il avait préparé ce moment là, mais n'aurait jamais cru devoir le dire à voix haute. Je ne veux pas être ton meilleur ami ! Je me suis répété pendant des plombes que c'était le plus important, que c'était ce que je voulais pour de vrai, mais c'était faux ! Je voulais être à la place de Wendy, tu comprends ça ? Ça va te faire partir d'ici en courant ? C'est que tu voulais entendre pour être sûr que c'était bien fini ? Je ne sais pas ce que tu fous là, putain, bon Dieu, je ne veux même pas te voir.
Kyle lui tourna le dos et fixa la porte, en se rendant bien compte qu'en faisant ça il bloquait aussi la seule sortie. Il pouvait entendre Stan respirer, marcher vers lui. Stan allait encore lui raconter un tas de conneries, et même lui donner ses sales tapes amicales qui ne voulaient rien dire, qui fonderaient comme du sucre sur sa peau, ces merdes qu'il avait imaginé tout seul dans sa tête.
- Ne me regarde pas alors, dit Stan d'une voix timide. Kyle se demanda si quelqu'un l'avait déjà entendu avec une voix pareille depuis qu'elle avait muée et qu'il était devenu un homme. Ça me va, continua-t-il. Je m'en fous. Mais tu veux bien m'écouter ? Juste une seconde ?
- Je ne veux pas entendre ces trucs, dit Kyle. Il pleurait, il n'avait jamais imaginé pleurer quand ils se reverraient face à face, il se voyait froid et sûr de lui jusqu'à ce que Stan se tire. Je ne veux pas entendre que t'as de la peine pour moi –
- Tu me manques ! lança Stan si fort que Kyle sentit la fenêtre vibrer, mais peut-être qu'il hallucinait. Et je sais pourquoi tu as fait ce que tu as fait.
- Ouais, merveilleux, je me sens vraiment mieux maintenant. Kyle avait les yeux fermés. T'as tout compris. C'est fantastique, Stan, merci.
- J'ai regardé du porno gay, dit Stan d'une voix tout à coup beaucoup plus faible, mais les mots restèrent bloqués dans l'air. Kyle ouvrit les yeux, décortiqua la phrase dans sa tête pour la nier, la rejeter, au moins l'expliquer. Il se retourna vers Stan lentement, juste pour voir s'il se foutait de lui. Stan était tout rouge, le souffle court, les mains serrées.
- Quoi ? dit Kyle.
- Ok, bon – écoute, bégaya Stan en levant les mains. Après que t'aies – après la plage ce jour-là, je voulais absolument que tu me reparles, et puis c'est devenu claire que tu ne voulais plus me voir, alors j'ai décidé que j'allais te détester, parce que tu me rends taré, Kyle, putain, t'es tellement borné. Après je, enfin, tu étais vraiment parti, mais je n'arrêtais pas de penser à ce qui s'était passé –
- Ne me dis pas ça, grinça Kyle, en larme. Je ne veux pas.
- Ecoute-moi ! s'exclama Stan en se rapprochant de lui. Je – je me suis dit, bordel, fais chier. J'aurai dû essayer. Ce n'est pas comme si je n'y avais jamais pensé, Kyle. Je ne suis pas débile.
- Tu savais, dit Kyle en secouant la tête. Tu savais tout, et t'as joué avec moi, tu m'as fait croire –
- Stop ! Stan donna un coup de poing contre la porte, à deux doigts de la tête de Kyle. Il était juste en face de lui, ses yeux noirs de colère. Kyle se tut et se recroquevilla pour se faire tout petit, les mains collées à la porte. Il était pris au piège face à sa plus grande peur, celle qu'il fuyait depuis son départ de Californie : Stan était si proche qu'il pouvait sentir le café dans son halène, et il n'y avait personne à part eux, nul part où se cacher.
- Ne pleure pas, dit Stan en retrouvant sa voix timide et douce. Il essuya les larmes sur la joue de Kyle, et Kyle ferma les yeux, sa poitrine prise de tremblements parce qu'il voulait désespérément refouler tout le reste. Il essaya de parler, mais il n'y arrivait pas, pas sans risquer de s'humilier complètement.
- Tu as dit que tu voulais être à la place de Wendy, dit Stan, toujours tout bas, trop prêt. C'est de ça dont j'avais le plus peur, vieux, plus que tout le reste. Avec elle je foirais tout, je la rendais folle, et plus j'essayais de lui donner ce qu'elle voulait plus je nous foutais dans la merde. On avait ces rendez-vous complètement horribles, et après j'allais chez toi, dans ta chambre, et tu étais si - t'étais – tu trouvais que j'étais génial, avec toi je me sentais bien dans ma peau – Sa voix se brisa à ce moment, il regarda par la fenêtre. Kyle regardait par là, lui aussi. La neige n'avait pas arrêté de tomber, elle lavait le monde avec un blanc propre.
- Je ne suis pas doué, pour. Ce genre de chose, continua Stan. Il leva les yeux vers Kyle et enleva encore quelques larmes de ses joues. Je ne pouvais pas l'embrasser sans vomir, j'étais nul à chier au lit, je ne disais jamais ce qu'il fallait au bon moment et je l'énervais. Et ce n'est pas à cause de Wendy, Wendy est une fille super, merde, c'était moi, et je – je détestais l'idée qu'on puisse devenir comme ça. Je voulais que les choses ne changent pas, parce que c'était tellement simple avec toi, et tu étais – à moi, Kyle, je m'en fous de comment tu veux l'appeler, tu étais à moi.
- Connard, souffla Kyle, incapable d'en dire plus. Stan sembla comprendre que ce n'était pas dit méchamment. Il essayait toujours d'empêcher les larmes de couler, peine perdue.
- C'est devenu de plus en plus difficile, dit Stan. Garder bien en tête que tu étais juste mon meilleur ami. Je sais que j'ai abusé en profitant que tu me laisses te – toucher, et je suis désolé pour ça, mais je n'arrivais pas à m'en empêcher, tu étais si – ça n'avait rien à voir avec Wendy. J'avais pas besoin de crever de honte et de me sentir comme une merde si je ne bandais pas avec toi. C'était bien au contraire, parce que c'était comme si j'avais gagné une espèce de bataille contre moi-même, ou que je te protégeais, ou bien je nous protégeais tous les deux, enfin je ne sais pas trop – Putain, dit Stan en grimaçant. C'est n'importe quoi. Je fais n'importe quoi.
- Ouais, confirma Kyle faiblement. Stan rit.
- Tu ne sais pas à quel point j'ai paniqué ce jour-là, reprit Stan. A la plage, le dernier jour. J'aurai donné les trente mille dollars et tout le fric de ma bourse pour juste une autre nuit avec toi, et j'essayais d'avoir l'air détaché pour ne pas te faire flipper, mais j'avais tellement besoin de toi, Kyle, plus que jamais. Et là, tu m'as. Embrassé, et –
- Je ne t'ai pas embrassé, interrompit Kyle, la voix plus forte à cause de la colère que lui provoquait cette humiliation. J'ai voulu t'embrasser. Tu m'as envoyé chier.
- J'ai paniqué ! C'est arrivé tout à coup au milieu du reste, je – Je ne pouvais pas affronter ça. Que tu prennes la place de Wendy et que tout se casse la gueule, t'aurais découvert que je ne sais même pas embrasser, que je suis tellement mauvais pour ces choses que même Cartman donne plus envie –
- Tu ne t'es jamais dit que peut-être t'aimais pas les filles ? lança Kyle en lui jetant un regard furieux. T'y as jamais pensé ?
- Bien sûr que j'y ai pensé ! C'était ma plus grosse peur au monde !
- Pourquoi ? Parce que t'aurais été comme moi ? Plus aussi parfait, aussi cool –
- Parce que ça aurait voulu dire que j'aurai pu être avec toi ! Stan était au bord du précipice, et Kyle s'était enfin calmé, il commençait à entendre pour de vrai ce que Stan avait à lui dire. Ils se regardèrent un moment, Kyle ne savait pas trop s'il devait l'interrompre et Stan avait du mal à retrouver sa voix.
- Je ne voulais pas te décevoir, dit Stan. T'avais cette idée que j'étais – incroyable – je ne sais pas comment tu pouvais croire ça, mais j'aurai pu foirer tous les matchs de foot devant le lycée réuni, j'aurai pu avoir Wendy que se foutait de moi avec Cartman dans mon dos, j'aurai pu supporter que tout se casse la gueule, mais avec toi. Je ne voulais pas que tu réalises que la plupart du temps je n'ai aucune idée de ce que je fous de ma vie.
- Alors c'est ça ? dit Kyle. J'étais trop précieux pour que tu me touches ? Comme les petits jouets des collectionneurs, bien rangés dans leurs boîtes ?
- J'en sais rien, c'est comme ça que je l'ai justifié, dit Stan. Il renifla et se frotta le visage avec la manche de son manteau. Je suis un lâche, pour résumer. Ou je l'étais. J'ai affronté ma peur de laisser partir Wendy, tu sais, j'ai accepté d'avoir échoué, que je ne la rendrai jamais heureuse. Et j'ai cru que j'allais chier dans mon froc avant mon premier match, mais j'y suis allé, et j'ai gagné, et, hum. Tu as vu mes matchs ?
- J'ai lu des articles dessus. Kyle commença à déboutonner lentement le manteau de Stan. Il était plein de neige fondue, il risquait d'attraper un rhume s'il le gardait trop longtemps.
- D'accord, dit Stan en regardant les mains de Kyle descendre sur les boutons au niveau de la poitrine. J'ai affronté deux de mes trois plus grandes peurs et je suis encore debout. Et je voulais tellement te revoir, Kyle, mais tu faisais le mort.
- C'est moi ta dernière peur ? Kyle avait fini d'ouvrir le manteau, il l'écarta et l'ôta des épaules de Stan. Son duffle-coat tomba par terre, à ses pieds, révélant un T-shirt à manche longue trop léger pour la saison et le Lucky jeans que Stan avait reçu en cadeau par son père pour la remise des diplômes.
- C'est t'embrasser ma plus grande peur, dit Stan. Kyle regardait toujours le jean de Stan, puis ses pieds.
- T'as des nouvelles bottes d'hiver ? demanda-t-il en se sentant plus calme que jamais après le coup de massue qu'il avait reçu en comprenant pourquoi Stan était là, pourquoi il était si pale tout à coup.
- Kyle, dit Stan.
- T'as dit un truc sur du porno gay ? rappela Kyle en le regardant. Il manqua de sursauter en voyant que Stan s'était encore rapproché, il avait collé son coude contre la porte, à coté de la tête de Kyle.
- Oh – ouais. Stan se mordit la lèvre. Hum, je me suis dis, tu sais, que je pourrais. Voir. Mais j'ai détesté. Bordel, ils sont trop moches. Sérieux, maintenant je comprends pourquoi Kenny et Butters sont si populaires, c'est parce qu'ils sont mignons et jeune et tout. Enfin, je ne suis pas allé sur leur site, hein !
- Moi non plus, dit Kyle précipitamment, même s'il avait regardé les recettes de cuisine quelques minutes par curiosité morbide. Butters avait des barrettes dans les cheveux et des gants de four façon animaux en peluche.
- J'ai continué à regarder un peu, quand même, continua Stan. Des vidéos normales, mais la plupart sont trop dégoûtantes. C'est pas la chose qui m'embête, je veux dire, si je continuais à regarder c'était pour le voir, mais ce n'était jamais bien comme il faut, ils ont toujours l'air de faire chier ou ils sont trop violents, ou ils sont juste trop moches pour que je pense à autre chose. Je me suis rendu compte, tu sais, il n'y a pas longtemps, que je cherche quelque chose à chaque fois que je clique sur une vidéo. Quelque chose de très précis.
- Qu'est ce que tu cherchais ? demanda Kyle, même s'il pensait connaître déjà la réponse, d'instinct.
- Quelqu'un qui te ressemble, dit Stan. Il rougit, comme Kyle. Mais si je finissais par trouver quelqu'un avec, par exemple, la bonne couleur de cheveux, ou les bonnes épaules, c'était encore pire en fait, parce qu'il couchait avec un type qui ne ressemblait pas du tout à moi, et ça me rendait jaloux et malade et je me suis mis à t'imaginer avec des mecs à la fac, des mecs qui savent ce qu'ils font -
- Je n'ai été avec personne, dit Kyle, et l'admettre à voix haute lui redonna envie de pleurer. Stan soupira longuement, hocha la tête.
- Je détestais ces vidéos parce que c'était toujours n'importe quoi, dit Stan. J'en cherchais toujours avec le vrai toi et le vrai moi. C'est ça que je voulais. C'est ce que je veux.
Il se rapprocha en touchant les cheveux de Kyle. Kyle avait le souffle coupé, il tremblait et ses joues le brûlaient, il se colla tout seul contre la porte à mesure que Stan s'avançait vers lui en encadrant sa tête avec ses bras. Stan n'avait plus l'air effrayé. Il avait l'air d'une personne qui allait enfin pouvoir manger un plat qu'il avait attendu pendant seize ans. Kyle n'était pas certain qu'il arriverait à tenir le coup sans perdre connaissance à cause de la révélation écrasante que ça arrivait, vraiment, juste maintenant, que le visage de Stan se penchait vers le sien.
- Tu peux me dire si c'est pas bien, dit Stan, la respiration brûlante sur les lèvres de Kyle, la peur venant de refaire surface dans ses yeux.
- Stan, dit Kyle en implorant, et ça arriva, pour de vrai, les lèvres de Stan contre les siennes, sa langue qui lui demandait de venir dans sa bouche. Kyle ne savait pas vraiment embrasser, même si Bebe avait voulu lui apprendre au collège. Il en gardait un souvenir mouillé et malsain, et il n'avait pas beaucoup eu envie de recommencer depuis, même dans ses fantasmes. Il en aurait rêvé s'il avait su que c'était comme ça. La langue de Stan était chaude et douce et parfaite, elle réveillait chaque cellule de son cerveau et excitait Kyle dans son pantalon de pyjama, il ne pouvait pas s'arrêter de la goûter avec sa propre langue, en essayant de se grandir pour avoir un meilleur accès. Stan comprit l'idée et attrapa Kyle par les cuisses pour le surélever et le planquer contre la porte avec son corps, en continuant de l'embrasser, tous les deux gémissaient.
- C'est bien, souffla Kyle en glissant ses mains dans les cheveux de Stan. C'est bien, vraiment bi-mph.
Stan ne semblait avoir autant besoin d'être rassuré que Kyle croyait. Il avait assez de confiance pour lui serrer les fesses en l'embrassant, Kyle bien équilibré en serrant fort ses jambes autant de sa taille. Il voulait qu'il le serre jusqu'à ce qu'il saute comme un bouchon de champagne, il voulait les mains de Stan partout en même temps. Stan était dur, lui aussi, il frottait son sexe contre le pyjama de Kyle.
- Tu m'as embrassé dans le cou, dit Kyle en haletant. A Vegas.
- Je sais, murmura Stan. Il colla son visage contre sa joue. Je repense à ton goût chaque jour. A chaque fois que je me touche.
- Putain, Ok, le lit, pose-moi sur le lit.
Stan le porta en lui mordillant le cou, et quand ses jambes touchèrent le bord du lit ils tombèrent ensemble dessus. Kyle était aveuglé tellement il désirait tout ce qui arrivait, et par son incrédulité, incapable de croire vraiment qu'il allait l'avoir, il voulait ralentir pour en prendre pleinement conscience mais il n'y arrivait pas, surtout quand Stan le retourna sur le dos pour se mettre à califourchon sur lui et l'embrasser comme s'il avait toujours su comment faire. Il glissa ses mains sous le T-shirt de Kyle, qui poussa un gémissement si fort et affamé que ça les surpris tous les deux. Stan recula pour voir si Kyle allait bien, sa main toujours sous son haut, sur une côte.
- Si on avait fait ça quand on avait quinze ans, souffla Kyle en pensant au jour où ils s'étaient réveillés ensemble après la tempête de neige. Si on l'avait fait, j'aurais crevé de peur.
- Tu ne crèves pas de peur maintenant ? demanda Stan. Kyle fit non de la tête.
- T'as pas idée – le nombre de fois – à quel point – j'ai imaginé ce que ça ferait de t'avoir, en moi ?
- Putain de merde, Kyle. Stan se pencha pour l'embrasser, fort et assoiffé, en respirant dans la bouche de Kyle, en cherchant son torse. Ils soupirèrent en même temps quand il trouva le téton droit de Kyle et qu'il passa les doigts dessus.
- Je les voyais sous ton T-shirt, dit Stan en murmurant comme si c'était un secret. Kyle lui fit un sourire amusé, parce que c'était un peu bizarre, et c'était parfait, ça aidait.
- Mets ta bouche dessus, dit Kyle. Et tes dents aussi.
Stan releva le haut de Kyle en exposant son torse à la froideur de la chambre. Kyle plongea la main dans son pyjama pour se toucher pendant que Stan l'embrassait et le mordait là où il avait dit. Il allait venir, et il le voulait, comme ça il redeviendra dur et il pourra jouir encore, et encore, toute la journée, plaqué sous Stan.
- Tu as froid ? demanda Stan en levant la tête. Sa bouche était rose et un peu gonflée, Kyle ne résista pas et lui toucha les lèvres. Stan lui embrassa le bout des doigts. Tu trembles, dit-il.
- On pourrait aller sous la couverture, dit Kyle. Tu pourras enlever tes bottes. En disant ça il se demanda tout à coup combien de temps Stan pourra rester. Il repoussa l'idée très loin, il ne voulait pas gâcher le moment, tout ce qu'il voulait c'était rester allongé là, les jambes écartées et le T-shirt levé, la poitrine rouge et mordue. Stan regardait Kyle en défaisant ses chaussures, et Kyle se rendit compte qu'il avait toujours la main plongé dans son pantalon. Il se toucha, lentement. Stan gémit.
- Je me suis toujours demandé, dit Stan. A quoi tu ressemblais.
- Quand je me branle ?
- Oui.
- Je t'aurai montré si tu avais demandé.
- J'aurai explosé si tu m'avais montré.
- C'est le but, non ? dit Kyle. Il avait envie de baisser son pyjama, de montrer sa queue à Stan, mais c'était terrifiant. Il continua à se toucher pendant que Stan se déshabillait, s'humidifia les lèvres en voyant son torse nu, son boxer à rayure qui avait du mal à contenir son érection.
- Tu te rappelles dans la voiture, dit Stan alors qu'ils se mettaient sous la couverture. Quand on parlait parce que tu ne l'avais jamais fait ?
- Je ne l'ai toujours pas fait, rectifia Kyle. Il retira son T-shirt, les mains de Stan retournèrent aussitôt sur ses tétons.
- Je crois que ça ne m'était jamais venu en tête qu'une autre personne puisse te le faire, dit Stan. Jusqu'à ce que ça devienne clair que t'allais partir à la fac sans moi. Ça me rendait fou, j'en pouvais plus. Je ne voulais pas que quelqu'un d'autre puisse te toucher.
- Je t'ai attendu, dit Kyle. Il attrapa la main de Stan sous la couette, la fit descendre sur son entrejambe. Personne ne m'a jamais touché ici.
- Tant mieux, dit Stan. Ses yeux s'assombrirent. Il passa la main sous le pantalon de Kyle, ils arrêtèrent de respirer tous les deux quand elle s'enroula autour de son sexe. Parce que ça m'appartient.
Kyle jouit en poussant un cri moins d'une seconde après, en attrapant les bras de Stan pour les serrer, ses hanches prient de sursauts. Il ne savait pas qu'il avait attendu toute sa vie que Stan dise ça, mais il se souvenait bien avoir rêver du reste : un orgasme plongé dans l'odeur de Stan, son corps, ses baisers à présent lents, en serrant toujours sa bite.
- Pardon, lança Kyle à bout de souffle. L'excuse était peut-être adressée à lui-même, pour avoir attendu si longtemps d'affronter une situation humiliante qui se transformait finalement en un putain de moment absolument parfait. Stan haussa les sourcils.
- Pardon ? répéta-t-il. Tu te fous de moi ? Il se baissa pour poser un baiser sur l'oreille de Kyle, et soupira comme s'il ne savait pas qu'ils avaient élu domicile dans leur petit château en sucre glacé rien qu'à eux. Je veux te voir le refaire pleins de fois, dit-il. Kyle sourit au plafond, il délirait de joie. Il chercha le sexe de Stan, frotta son boxer pour le toucher.
- Vieux, tu es énorme, chuchota-t-il. Peut-être qu'ils chuchoteront toute la journée, pour contrebalancer avec les cris de leur dispute de tout à l'heure. Stan eu un sourire en coin.
- Ça ne plaisait pas à Wendy, dit-il.
- Que ta bite soit grosse ?
- Ouais.
Kyle eu son plus grand sourire depuis des mois.
- On sait pourquoi elle aime Cartman, dit-il, et ils éclatèrent de rire. Stan embrassa Kyle sur les joues, gémit comme si ça le rendait trop heureux de voir Kyle ainsi, aussi joyeux.
- Tu veux que je l'enlève ? demanda Stan quand Kyle glissa ses doigts sur l'élastique du boxer.
- Oui, dit Kyle. Il devait retirer son pantalon et son boxer aussi, vu qu'ils étaient mouillés. Ils envoyèrent promener le reste de leurs vêtements, bien cachés sous la couverture qui semblait encore plus chaude une fois dénudés. Kyle toucha le torse de Stan, du bout de ses doigts, tremblant, il parcouru les muscles qui s'étaient encore développés depuis la dernière fois qu'il les avait vu. Stan le prit dans ses bras et l'embrassa le long de sa mâchoire, il y avait quelque chose de tellement rassurant dans la façon dont il manipulait Kyle comme pour lui dire : N'aie pas peur, Kyle, elle ne te fera pas mal. Kyle se remit à rire nerveusement, la main sur le ventre de Stan. Il sentait la chaleur qui montait chez Stan en bas, et il n'avait pas peur, il voulait juste savourer ce moment, mais c'était Stan qui avait l'air inquiet quand il croisa ses yeux. Kyle l'embrassa et fit un mémo mental pour se souvenir de ne plus rire, parce que Stan était une petite fleur sensible à propos de certains sujets.
- Tu aimes cette grosse bite de goy ? demanda Stan avec un petit sourire bête, mais Kyle n'en profita pas pour rigoler. Il hocha la tête et frotta son pouce contre le bout du gland, étala la première goutte, regarda Stan battre des paupières.
- Je veux te sucer mais je ne sais pas comment on fait, dit Kyle. Stan grogna et bougea les hanches pour que Kyle fasse de même avec ses doigts.
- Tu pourrais t'exercer sur moi, dit-il. Je te donnerai des conseils
- Wendy était bonne à ça ? interrogea Kyle d'une voix triste. Il savait qu'il ferait mieux d'éviter ce genre de questions, mais ça le tracassait alors autant demander. Stan fit non de la tête.
- Elle ne le faisait pas, dit-il. Ça ne lui plaisait pas.
- Elle trouvait ça antiféministe ? demanda Kyle, surpris. Il avait le sexe de Stan dans la main depuis moins d'une minute et il le voulait déjà dans sa bouche.
- Non, elle – hun, Kyle – elle, heu, a essayé une fois, mais elle s'est fâchée parce que je lui ai dis de ne pas me morde. C'était pour rire, mais elle, ah, elle l'a pris personnellement. Ok, j'vais, j'vais jouir si tu continues de faire ça avec ton pouce.
- Jouis alors, dit Kyle. Stan le fit en se mordant la bouche comme si ça lui faisait mal, puis se lâcha complètement en gémissant, la tête penchée en arrière. Kyle lui lécha le cou en respirant contre lui, il aurait voulu une photo à ce moment précis. Stan avait l'air si heureux, conquis, si adulte et fragile à la fois.
- Viens-là, dit Stan, même si Kyle était déjà pratiquement allongé sur lui. Ils roulèrent sous la couverture et échangèrent un baiser endormi, en se touchant à des zones érogènes encore mystérieuses. Kyle traça le contour de l'oreille de Stan et Stan frotta son pouce dans le creux de son bassin en le chatouillant. Le monde était silencieux, excepté le bruit de leurs baisers, le murmure de la neige et le léger ronronnement de la chaudière. Elle avait du être mise en marche finalement.
- Tu as vraiment pris un bus depuis Boston ? demanda Kyle.
- Onze heures, répondit Stan. Mais la neige a commencé à immobiliser la route quand on arrivait en Pennsylvanie, alors il y a eu une annonce pour dire qu'ils ne redémarreraient pas si le temps empirait. J'ai tellement prié. Il embrassa Kyle sur le bout du nez, nerveux en repensant à ça.
- Onze heures, bon Dieu – t'es parti quand de Californie ?
- Mercredi.
- Bordel de merde, vieux !
- Ouais. On est la semaine avant Thanksgiving, mon pote. L'aéroport était encore pire que le trajet de bus. Tu voulais vraiment rester ici toute la semaine ?
- Je crois. Je veux dire, à la base je le faisais juste pour éviter de te voir. Comment t'as deviné, au fait ?
- Kenny, dit Stan. Kyle sourit.
- Bien sûr. Tu lui as dit que tu venais ?
- Non. Putain, je ne savais même pas que je viendrais ici avant mercredi après-midi, après mon dernier cours. J'avais mon billet pour Denver et tout.
- Attends, dit Kyle. Attends. T'as terminé les cours mercredi après-midi ?
- Non, juste la journée. J'ai séché le jeudi et le vendredi. Il haussa les épaules. Je joue dans l'équipe de foot, vieux. On s'en sort pour ce genre de connerie.
- Quel con, dit Kyle en souriant jusqu'aux oreilles. Il embrassa Stan dans le cou, incapable de tenir une minute sans goûter sa peau. Tu es tout salé, dit-il. C'était quand ta dernière douche ?
- Heu. Mercredi matin ?
- Putain, Stanley. Tu sens quand même trop bon. Kyle gémit et se blottit contre lui.
- Peut-être que tu aimes quand je suis sale, dit Stan, et Kyle renifla, amusé. Comme ça tu peux être horrifié et te sentir super propre en comparaison.
- Ouais, c'est ça. Alors, qu'est-ce que tu vas faire maintenant ? Il y a la tempête. Tu es coincé ici. Kyle plongea ses yeux dans ceux de Stan, timide.
- J'avais prévu de rester squatter ici de toute façon. Pour la semaine. Jusqu'à ce que tu me laisses t'embrasser.
- Tu savais que je voudrais.
- Non, vraiment pas, Kyle, ça fait cinq mois que je ne t'ai pas vu. Merde, j'ai tellement de trucs à te dire.
- Comme quoi ? demanda Kyle en souriant.
- Je ne sais même pas par quoi commencer. Il s'assit et Kyle l'admira dans la lumière froide. Il se félicita de ne pas avoir allumé quand il avait laissé Stan rentrer, parce que cette ambiance naturelle était juste parfaite pour leur premier baiser, pure et douce à travers la fenêtre.
- Tu as faim ? dit Kyle. J'ai fait les course hier.
- C'est des Chips Ahoy ? demanda Stan d'une voix presque émue en les voyant posées sur le bureau de Kyle.
Ils prirent des cookies et burent du Gatorade pour le déjeuner, nus, en laissant des miettes sur le drap. Stan raconta à Kyle comment se passait le football, que la taille du stade lui donnait parfois l'impression qu'il allait mourir étouffé, qu'apparemment coucher avec une cheerleader n'influençait pas tant que ça sur la popularité et qu'il préférait sortir avec les gens du club de danse qui faisaient des chorées pendant les matchs de basket. Il y avait un coach qui crachait des vieux chewing-gum goût piment dans les casiers des joueurs qui n'avaient pas joué assez bien pour lui, mais Stan n'avait pas encore eu droit à ce traitement de faveur. Même s'il avait peur que ça finisse par lui arriver.
- Ça t'arrive d'aller à des vrais cours parfois ? plaisanta Kyle. Stan lui donna une tape sur le torse.
- Oui. J'ai pris hébreux.
- Tu déconnes ! Dis un truc.
- Arrête, j'ai honte ! Mon accent est horrible.
- Vieux, tu te souviens de ma Bar Mitzvah ? J'avais un accent tout pourri aussi.
Kyle lui parla des cours, sans doute un peu trop, mais il était allongé contre le ventre le Stan, les doigts de Stan passaient lentement le long de son dos pendant qu'il bavardait, et il avait vraiment besoin de le tenir au courant du moindre détail à propos des gros cons du cours de sémantique, comme cette idiote d'Emily qui l'avait accusé de prendre un accent du New Jersey quand il essayait d'exposer les critiques de Barthes.
- Tu t'es fait des amis ? demanda Stan après que Kyle se soit plaint de ses camarades pendant une demie-heure.
- Pas vraiment. J'ai jamais réussi à me faire des amis sans toi à coté pour donner envie aux gens.
- Pour donner envie ?
- Ouais, j'étais ton ami geek hystérique trop maigre au milieu de tes potes baraqués. C'était spécial, j'aimais bien. Mais je crois que j'ai quelques amis, je veux dire, il y a Jacob.
- Qui c'est Jacob ?
- Mon coloc, dit Kyle. Stan regarda le lit de Jacob comme s'il allait se téléporter tout à coup.
- Oh, d'accord, dit Stan. Il a l'air d'un gros porc.
- Vieux, ta chambre était exactement pareille.
- Pas tout le temps. Tu crois qu'on pourrait vivre ensemble ? demanda Stan en le regardant dans les yeux. Kyle l'imagina dans le bus, en train de prier pour arriver le plus vite possible.
- Tu veux vivre avec moi ? dit Kyle.
- J'aimerais avoir tes fesses comme coussin pour toute l'éternité, dit Stan. Kyle ria. C'était un vieille blague qu'ils se disaient parfois, le premier indice que leurs camarades d'école avaient eu pour se demander si leur relation était bien juste amicale, même si à l'époque c'était plutôt Bebe qui voulait lui toucher le cul.
- Sans rire, dit Kyle en le poussant gentiment.
- Je ne rigole pas, dit Stan. Sauf si tu me harcèles pour faire le lit au carré tous les matin.
- On va déjà se prendre le bec pour savoir comment faire le lit ? Ta sauce n'a même pas refroidi, vieux.
- Oh que si, dit Stan. J'en ai plein dans mon slip, et je veux te garantir que ça a bien refroidi.
- C'était une métaphore, Stanley.
- Tu vas m'appeler Stanley maintenant qu'on a couché ? Stan sourit comme si en fait ça lui plaisait. Ça marche comme ça ?
- Peut-être. Kyle lui pinça les fesses. Alors, on baise, on s'installe ensemble, ou on continue à parler de mon incapacité à me faire des amis sans toi ?
- Les deux. Ou les trois. Je ne me suis pas vraiment fait de potes, moi non plus. Alors tu tiens peut-être un truc avec ta théorie, on a besoin l'un de l'autre pour avoir une vie sociale.
Kyle sourit et se cacha le visage sous un coussin. Les doigts de Stan le chatouillaient le long de sa colonne vertébrale en lui donnant la chaire de poule. On a besoin l'un de l'autre. C'était vrai, de toute évidence. Kyle était branché en mode pilote automatique avant que Stan apparaisse, et une fois parti il redeviendra un zombie. Mais il ne voulait pas y penser pour le moment.
- Je n'arrive pas à croire que tu ne sois devenu ami avec personne, dit Kyle.
- Les gens ont pleins d'idée sur moi, des attentes, grimaça Stan. Comme si – Ok, je suis plutôt fier de cette image, alors ne rigole pas.
- D'ac.
- C'est comme si t'étais dans un pays étranger. Tu ressembles à tous les autres gens, alors une serveuse vient à te voir pour prendre la commande et elle sourit et tout, elle te parle avec sa langue de son pays et tu dois décider s'il faut dire « Je ne comprends pas, désolé », ou si tu dois essayer de cracher les cinq pauvres mots de vocabulaire sur la bouffe que t'as appris par cœur dans l'avion. Dans tous les cas, tu sais qu'elle va te regarder comme un abruti dés que t'ouvriras la bouche.
- Est-ce que le genre à une importance ? demanda Kyle en sentant son cœur s'accélérer.
- Hein ?
- Tu parles d'une femme, Stan. C'est un stress lié spécifiquement aux filles ?
- Pas vraiment. C'est juste que j'imaginais une serveuse. C'est sexiste ?
- Sans doute.
- Et aussi, j'ai pensé, enfin, à comment j'ai grandi. Avec mes parents et leur attitude. J'ai toujours voulu faire bien pour ma mère, et si elle était fâchée contre moi ça m'embêtait, mais mon père, bon. Tu connais mon père.
- Un peu que je le connais.
- Il est complètement perché. Je l'aime, mais je me forçais à l'ignorer quand il partait en couilles. Je crois que c'est pour ça que je suis devenu bon pour snober Cartman quand on était petit, et pourquoi j'en avais pratiquement rien à foutre de ce que les autres mecs pouvaient penser de moi. A part toi, parce que t'es, enfin. Tu sais. Il fit une pause, ses doigts toujours sur son dos.
- Je suis quoi ? demanda Kyle.
- Le seul qui compte, dit Stan.
Kyle se tourna pour lui sourire, en ne sachant pas trop s'il devait être déçu ou soulagé que Stan n'ai pas dit tu es mon petit-copain. C'était impossible que ce soit vrai, pas déjà, en aucun cas. Peut-être jamais, puisque Stan était une toute jeune star du football.
- Oh, nom de Dieu, dit Kyle se redressant tout d'un coup.
- Quoi ? Stan avait l'air paniqué. Kyle lui fit un grand sourire, marqua un temps pour le suspense.
- Tu sais de quoi on n'a pas encore parlé ?
- Non ?
- Vieux ! Kyle sauta sur place. Kenny et Butters ! Les porn stars ?
- Oh, merde, je sais ! Stan s'assit à son tour, attrapa les bras de Kyle. Espèce de chieur, j'avais tellement envie de t'en parler, c'est trop choquant -
- Moi aussi, bordel de merde, j'arrive même pas à croire -
- Je sais, c'est dingue, et la fille qui filme, ils t'ont parlé d'elle ?
- L'étudiante ?
- Ouais, elle est genre – bon, allez, Kenny, l'a rencontré en vendant de l'herbe.
- Normal. Attends, où il a trouvé de l'herbe ?
- Tu connais Kenny. J'essayais de lui chercher un job à la bibliothèque du campus, ce genre de machin, mais ça a dû le vexer alors il a voulu faire le gros dur et il dire que c'était bon il gérait, alors il s'est mis à vendre de la drogue derrière mon dos et il a rencontré cette fille -
- Elle est jolie ?
- Pas vraiment – enfin, elle ressemble à Johnny Depp s'il était une femme d'un mètre vingt.
- Heu – Wow.
- Ouais. Bref, elle les a convaincu de lancer ensemble un site porno, elle disait que ce serait une idée brillante qui respectera leur amour sincère.
- Oh, putain.
- Je sais. Et j'ai passé des heures à essayer de le convaincre de ne pas le faire, je croyais que miss Johnny Depp voulait juste les voir baiser -
- C'est clair.
- T'as vu ? Et Kenny hésitait, parce que Butters a quand même été déjà exploité méchamment par le passé, mais Butters était vraiment motivé par l'idée, tu vois, je crois qu'en fait il voulait qu'on l'entende dans la douche le matin à l'hôtel quand ils baisaient, vieux, il doit être un peu perturbé.
- Trop.
- Voilà, carrément. Donc, ils se sont lancés dans ce truc, Kenny me disait que ça pourrait lancer Butters qui a toujours rêvé de devenir chef cuisinier -
- Ouais, j'en ai entendu parler. Kyle roula ses yeux. Je, hum. J'ai regardé un de ces machins de pâtisserie.
- Moi aussi, dit Stan. C'est hallucinant.
- C'est rien de le dire.
- J'ai vu le cul de Butters sans faire exprès.
- Pareil.
Ils se regardèrent un instant avec gravité, puis Stan sourit et ils éclatèrent de rire en même temps. Il plaqua Kyle sur le dos, contre le matelas, sous lui, et ils riaient toujours quand ils s'embrassèrent, les joues rouges en se frottant.
- J'ai harcelé Kenny pour savoir ce que t'en pensais, dit Stan.
- Du cul de Butters ?
- Ouais, Kyle, le cul de Butters. J'avais des insomnies en crevant d'envie de connaître ton opinion là-dessus.
- Le tien est mieux. Kyle l'attrapa avec ces deux mains, en rougissant encore plus.
- Merci, dit Stan. Non sérieusement, qu'est-ce que t'en penses ? Kenny est super fier de lui parce qu'il gagne de l'argent, et Butters adore faire des cupcakes, mais ça me donne toujours un peu la gerbe d'y penser.
- Je te comprends, acquiesça Kyle. C'est parce que Kenny est notre œuf.
- Notre quoi ?
- Notre œuf. Tu te rappelles pas, en CM1 ? L'œuf qu'on devait garder pendant une semaine ?
- Oh, c'est vrai. Stan sourit jusqu'aux oreilles. On était le couple gay.
- Le premier de l'école primaire.
- On était révolutionnaire, quasiment.
- Même si c'était contre notre volonté.
- Totalement, approuva Stan. Ça compte quand même. Mais c'est quoi l'idée ? Je n'aime pas que Kenny se prostitue parce que c'est mon œuf ?
- Notre œuf, Stanley. Et il ne se prostitue pas. Bon, peut-être un peu, mais il couche seulement avec Butters, non ?
- D'après ce que je sais, oui.
- Alors tant mieux pour eux, continua Kyle. Je veux dire, ça me choque quand même un peu, c'est sûr. Mais ils ont l'air heureux. Ils sont heureux ?
- Je crois bien, dit Stan. Je ne les vois pas très souvent. Je leur ai donné des billets pour un match où je n'ai pas joué finalement, et je voulais les amener dîner après, mais Kenny a dit « Tu ne peux pas te montrer avec nous pendant un match, on est des stars du porno. ». Et ça m'a donné envie de quitter l'équipe, parce qu'il a raison.
- Tu n'as pas à démissionner, intervint Kyle, parce qu'il ne voulait pas être la bonne conscience de Stan. Il faut juste que tu sois discret.
Stan haussa les épaules. Il était accoudé et regardait le visage de Kyle comme pour l'étudier. Kyle se prépara pour avoir une conversation sérieuse, ce qui serait difficile avec leurs sexes pressés comme ça, en érection.
- Hé, dit Stan. Kyle ?
- Oui ?
- J'aimerais te sucer mais je ne sais pas comment on fait.
- Fais pas le con avec moi.
- Je ne fais pas le con. Stan se pencha pour lui embrasser l'oreille, lui sucer le lobe, c'était assez agréable pour que Kyle bouge ses hanches sans s'en rendre compte, en frottant encore plus près sa queue contre celle de Stan. Ils gémirent tous les deux, Stan remua ses hanches pour plus de contact.
- Tu n'as pas besoin de savoir comment faire, dit Kyle quand Stan descendit lentement en lui embrassant le cou. Fais juste des trucs avec ta bouche.
- Comme mordre ?
- Tu veux vraiment me mordre ?
- Pas question, vieux. Stan continua de descendre, embrassa le torse de Kyle. T'es mon œuf.
- Dis pas ça ! L'œuf c'est notre bébé !
Stan rigola, leva les yeux vers lui, et Kyle eut peur de jouir juste à la vue de Stan aussi près de son sexe.
- Parfois je me fais du soucis pour toi, Kyle, dit Stan.
- Te fais pas de soucis pour moi. Suce-moi.
A vrai dire l'idée d'avoir la bouche de Stan autour de lui était franchement flippante et bizarre, parce que pour des raisons mystérieuses il avait toujours imaginé l'inverse, mais dès qu'il commença Kyle accepta l'arrangement. Il attrapa les cheveux de Stan et se cambra autour de sa tête douce et moite. La sensation d'avoir la langue de Stan qui glisse entre ses lèvres était trop écrasante, extrasensorielle, Kyle jouit beaucoup trop vite, Stan avala tout.
- Laisse-moi te le faire, dit Kyle avant même d'avoir repris son souffle. Stan se redressait, la mine fatiguée, pour voir mieux son visage après l'orgasme. Et je veux, hum. Me mettre par terre. Entre tes jambes.
- Tu ne vas pas avoir froid ? demanda Stan. Il embrassa le visage de Kyle, et Kyle était à la fois curieux et terrifié de découvrir le genre de goût qu'il pouvait avoir dans la bouche de Stan. Il passa un petit coup de langue juste pour voir, pas sûr d'aimer ça jusqu'à ce qu'il recommence encore une fois, et encore, et oui, il aimait ça.
- J'aurai pas froid, dit Kyle. Je veux juste essayer. Agenouillé. Je sais que c'est bizarre. Il se rendit compte que pour le faire il devra sortir de sous la couverture et laisser Stan le voir nu, mais Stan serait exposé lui-aussi.
- Je ne trouve pas ça bizarre, dit Stan. C'est carrément excitant.
- Ah ouais ? Kyle était déconcerté d'entendre ça. Il fronça les sourcils. Tu me trouves excitant ?
- Kyle, t'es sérieux ?
- Je, enfin. J'ai jamais pensé que je pouvais l'être.
- C'est pour ça que t'es aussi excitant. Je trouve. Plein de gens doivent le penser.
- N'importe quoi. Attends, pourquoi ?
- Parce que t'es tellement innocent, tu t'en rends pas compte ! T'es genre, boudeur et sur la défensive et c'est trop mignon putain, et tes épaules. Regarde-les.
Kyle les regarda, confus.
- Qu'est-ce qu'elles ont ?
- Elles sont – Stan grogna et en embrassa une du bout des lèvres, puis l'autre. Parfaites. Tu n'as jamais remarqué que je n'arrivais pas à m'empêcher de mettre mes mains dessus ? Je te prenais par les épaules tout le temps, comme excuse. Elles sont faites pour être sous mes mains, sous mon bras – et elles sont à la fois solides et délicates -
- Ne dis pas que je suis délicat !
- Tu vois, j'adore comment tu te vexes dès qu'on parle de ton physique ou de ta taille, dit Stan toujours avec un grand sourire, en le regardant d'en haut. Ça me plaît que tu ne sois pas devenu trop grand.
- Arrête ! T'abuses ! Je ne suis pas petit, pas comme Butters.
- Je sais. T'es parfait. C'est comme Boucle d'or. Parfaite taille en tout.
- Je peux te sucer la bite en paix je te pris ? interrompit Kyle, en se sachant pas trop s'il était agacé ou flatté par ces remarques.
- D'accord, c'est bon, répondit Stan. Mais je vais te toucher les épaules tout le temps que tu le feras. Ou bien tes cheveux. Bon Dieu, j'aime tellement tes cheveux, merde. Il les toucha d'une main ferme en disant ça, Kyle eut un sourire radieux, parce qu'il avait attendu un temps fou d'entendre quelqu'un dire ça, et il n'y avait que l'avis de Stan qui contait vraiment. Ils sont bien comme ça, reprit-il. Ça les a rendu doux. Ça me manque de tirer sur tes boucles, par contre.
- J'adorais quand tu ne faisais, dit Kyle. Je crois que la première fois que j'ai bandé c'était parce que tu jouais avec mes cheveux.
- J'arrive pas à me rappeler de la première que j'ai été excité à cause d'une pensée directement lié à toi, dit Stan en regardant à côté, les yeux plissés, pour réfléchir. Oh, je sais. On avait treize ans, tu passais la nuit chez moi, t'avais fait des bruit en dormant.
- Des bruits ?
- Ouais, dans ton sommeil. Ça m'a rendu fou.
- J'étais sûrement en train de faire un rêve érotique sur toi.
- A treize ans ?
- Putain, oui, Stan. C'était l'étape du processus où je te voyais quand je faisais des rêves cochons. Tu me plaquais toujours contre un truc pour te frotter sur moi. Dans mes rêves.
- Et parfois dans la vrai vie, dit Stan. Il faisait maintenant, ondulait ses hanches doucement, rendait Kyle fou à nouveau.
- D'accord, dit Kyle en prenant Stan par les épaules pour le faire reculer. J'ai besoin de ta queue dans ma bouche, genre, tout de suite.
- Oh, putain de merde, dit Stan en se dépêchant de se dégager. Ok – mais – dépêche-toi, avant que je vienne en pensant à ce que tu viens de dire.
Kyle était bien trop nerveux pour se rappeler d'être timide en sortant de la couverture protectrice, mais le froid de la chambre le frappa et il se rendit compte que Stan pouvait tout voir. Très bientôt, Kyle pourra, lui aussi. Stan était en train de virer la couette et la balança en boule au pied du lit, posa ses pieds par terre. Ils se regardèrent et se sourirent en rougissant, aucun d'eux ne regardaient ce qu'il y avait à voir en bas. Stan posa ses mains sur les épaules de Kyle et tira tout doucement vers l'avant, gentiment, jusqu'à ce qu'il n'y ai vraiment plus nul part où regarder à part bien en face. Kyle avala sa salive, son cœur tambourinait dans sa poitrine.
- Prêt ? demanda Stan comme si ils étaient sur le point de descendre une énorme montagne en luge. Sa voix était un peu aiguë. Kyle répondit en ouvrant la bouche et en le prenant, titilla le bout, soupira de soulagement en goûtant. Stan poussa un juron, en glissant une main dans les cheveux de Kyle.
- Oh, dit-il quand Kyle le prit plus profondément. Putain, merde. Kyle. Kyle, oh Kyle, merde.
Ce n'était pas la première fois que Kyle trouvait la façon dont Stan prononçait son prénom particulièrement intimidante, mais c'était bien la première fois que ça lui faisait attraper son propre sexe pour se toucher. Il écarta ses jambes en prenant Stan le plus possible, le tenait par la base. C'était complètement impossible qu'il arrive à mettre même la moitié de ce monstre en bouche, mais il sentait que Stan se durcissait quand même sous sa langue, il n'en avait plus pour longtemps. Quand il commença à faire des petits bruits désespérés Kyle sut qu'il devait se préparer à avaler, mais il était déjà trop occuper avec sa propre affaire sur le tapis, tremblant et gémissant autour du sexe de Stan. Stan jouit en criant, et Kyle arriva juste à en supporter un peu avant de la virer, en toussant et en s'en prenant un peu sur le visage sans faire exprès.
- Merde, pardon, pardon, dit Stan précipitamment en redressant Kyle pour l'assoire sur ses genoux. J'aurai dû te prévenir.
- Comme si c'est facile, dit Kyle. Il toussa encore, s'essuya sur son torse, accepta le T-shirt de Stan quand lui offrit pour se nettoyer. Une fois le visage bien propre, il se pencha par dessus Stan pour attraper le Gatorade, qu'il but cul-sec.
- C'est censé me vexer que tu te précipites pour te rincer la bouche ? demanda Stan faussement sérieux, avec un sourire amusé.
- J'vais pas mentir, expliqua Kyle. C'est pas mon goût préféré. T'en envoies toujours autant ? Il embrassa Stan pour qu'il sache qu'il ne trouvait pas ça dégoûtant mais juste surprenant.
- Non, répondit Stan. Je dois vraiment te rappeler que c'est la première fois de ma vie que je me fais sucer ?
- Ah bon, le club de danse ne t'a pas proposé ?
- J'avais pas confiance, ces malades m'auraient mordu.
- Non mais sans rire, dit Kyle. Il baissant les yeux et fixa la clavicule de Stan, joua avec ses cheveux à la base de sa nuque. Ils étaient assez long pour qu'il les enroule un peu autour du doigt. T'as jamais. Hum.
- Non, dit Stan en poussant un peu Kyle par le torse pour croiser ses yeux. J'ai jamais rien fait avec un mec, et j'avais pas du tout envie non plus de le refaire avec une fille. Tu veux savoir ce que je faisais à la place ? C'est vraiment crade.
- Hum. Vas-si ?
- Je mettais une vidéo porno gay d'un côté d'écran de mon ordi, et de l'autre coté des photos de nos vacances. Les meilleures photos, de toi, tu vois.
- Oh, sans déconner, je me branlais en regardant des photos de toi, moi aussi, dit Kyle en roulant les yeux. Tu m'as fait flipper pendant deux secondes.
- Mais je me sentais tellement sale ! dit Stan qui avait l'air sincèrement désolé. Ces trucs porno étaient horribles comparé à tes photos. Je me détestais vraiment quand je le faisais, t'as pas idée.
- Au contraire, j'imagine bien.
- J'avais trop honte après, confia Stan. Il pencha Kyle vers lui pour l'embrasser tendrement en lui frottant le dos, comme une tentative d'excuse pour avoir sali les sacro-saintes photos de leurs vacances d'été. Kyle l'accepta de bon cœur, en lui caressant les cheveux.
- J'ai enregistré toutes les photos que j'ai pu trouver de toi, chuchota Kyle. Stan devait être le seul à savoir, pour toujours. J'étais super excité quand j'en trouvais une nouvelle, mais je les détestais aussi, un peu, parce que c'était des photos de ta vie sans moi. T'étais comme un étranger, rien à voir avec mon ami de South Park.
- Et l'étranger rentrait chez lui après ses matchs pour se branler en regardant des photos de toi, rigola Stan.
- Au lieu de sortir flâner dans les ruelles au risque d'être vu avec des porn' stars.
- Sortir flâner ? Dans des ruelles ? Tu vois, je savais que tu finirais par parler comme un snob de la côte est sans moi.
- Penn State n'est pas une fac de bourge comme celles de la Ivy League, rectifia Kyle. C'est la Public Ivy. On fait tous genre que c'est une fierté.
- Et Berkeley, c'est quoi son genre ? demanda Stan.
- Capitale mondiale des hippies, dit Kyle. Tant pis si Penn State était classée en dessous de Berkeley dans la liste des meilleures fac du pays. Ce n'est pas comme si Kyle n'avait pas pu entrer dans celle-ci, et ce n'était pas comme si Wendy avait eu droit à beaucoup d'argent avec sa bourse d'étude. Elle avait sûrement touché juste assez pour acheter ses livres de cours. Et la liste des meilleures facs du pays était une grosse connerie, de toute façon. UCLA était classée bien avant Penn State, elle aussi.
- On croirait entendre Cartman, dit Stan. Tu sais qu'il l'a suivi dans cette école ?
- Ouais, il me l'a dit.
- Ne me dit pas que vous vous parlez toujours.
- Putain non. Parfois je regarde sa page Facebook pour voir s'il a notifié Wendy comme sa petite copine, c'est tout.
- T'as vu, il ne l'a pas fait, dit Stan. Tu devrais entendre comment elle parle de lui. Elle n'arrête pas de dire qu'il est trop énervant, que ce genre de gars est nocif pour la société, qu'il va devenir le plus grand dictateur du monde si elle ne l'arrête pas. Parfois je pose le téléphone pour jouer aux jeux vidéos quand elle parle toute seule.
- Tu crois qu'ils sont - toujours ?
- Oh, ouais. Je connais très bien Wendy. Je l'entends dans sa voix. Elle a l'air heureuse, en tout cas. J'aurais dû la laisser lui courir après il y a bien longtemps.
- Elle ne te manque pas du tout ? demanda Kyle. Il quitta les genoux de Stan et plongea sous la couverture en se sentant bien plus exposé par cette conversation que par sa nudité. Stan l'imita, haussa les épaules.
- Je pense qu'on restera toujours ami, dit-il. On a beaucoup parlé pour comprendre pourquoi on était autant accroché à rester ensemble alors qu'on était malheureux. Cartman avait raison, j'étais un gros challenge pour elle. Tu sais à quel point elle a besoin de gagner. Et je pensais que j'arriverai à être avec elle si je m'en donnais les moyens. J'en voulais à mes parents d'avoir baissés bras comme ça. Tu te souviens.
- Oui, acquiesça Kyle. Il se blottit contre le torse de Stan, son stress s'évapora complètement quand Stan le serra contre lui avec son bras. Je n'arrive pas à croire que tu es ici depuis juste quelques heures.
- Quatre tu veux dire, rectifia Stan.
- Quoi ? Sérieusement ? Il est quelle heure ?
- Treize heure je crois.
Kyle s'assit et regarda la pendule, incrédule.
- Pourquoi on est encore au lit ? dit-il en se retournant vers Stan.
- Où tu veux qu'on soit ? répliqua Stan.
- Pas faux. Kyle replongea dans ses bras, se rapprocha sous la couverture, doucement. Il faisait semblant de vouloir dormir, cachait son sourire contre la poitrine de Stan pendant qu'il lui touchait les cheveux, les joues, les épaules.
- Bordel, murmura Stan. Tu m'as manqué.
- Tu ne peux pas partir, dit Kyle. Il embrassa Stan dans le cou, effrayé de le regarder. Je t'ai trop manqué. Pas vrai ?
- Vrai. Stan soupira. Tu veux dormir un peu ?
- Non, ça va.
- Tu veux me faire une visite guidée ?
- Hum, tu vois presque tout, dit Kyle en levant la tête pour jeter un coup d'œil à la chambre. La-bas c'est le coin de Jacob, tu le sais déjà.
- Je voulais dire autour du campus, vieux. Avant qu'on ait de la neige jusqu'au ventre.
Ils s'habillèrent pour affronter le froid. Stan rayonna de bonheur quand Kyle mit sa vieille chapka avant de sortir. Le dortoir n'avait plus du tout l'air effrayant et désert, même si c'était clair qu'ils étaient les seuls ici. Leurs voix habitaient tout le bâtiment, ils riaient pendant que le bruit des pas raisonnait dans l'escalier. La neige tombait toujours à gros flocons dans la cour de l'immeuble, mais c'était un peu moins pire qu'avant. Stan marchait maladroitement dans la poudreuse, il n'était plus habitué.
Kyle lui montra les alentours en lui tenant la main parce qu'ils étaient tout seuls. Ils portaient tous les deux des gants, la laine épaisse les faisait serrer leurs doigts bien trop fort, en se frayant avec difficulté un chemin jusqu'au portail. Stan ria en lisant les noms des batiments les plus proches : Centre d'Étude des Champignons, Laboratoire d'Utilisation du Charbon, Le Complexe Laitier. Sans surprise, c'est le Stade du Castor qui le fit rire le plus.
- Il faut qu'on aille dedans pour foutre le bordel, dit-il. Je te paries que je peux trouver comment rentrer en douce. C'est une blague qu'on fait, avec les gars de l'équipe, on se ramène pour faire les cons et jouer dans le stade quand on voyage.
- Je croyais que tu n'embêtais plus les castors, dit Kyle en tirant Stan loin du stade.
- De toute façon il faut que je trouve un ballon de foot, dit Stan. Il avait une flamme dans les yeux comme s'il était sérieusement en train d'envisager de faire une blague. Il ria quand il vit que Kyle le regardait avec des yeux inquiets.
Kyle lui montra les endroits chiants où il allait tous les jours, pas certain de vraiment comprendre pourquoi Stan voulait faire cette promenade. Il resta sage et calme dans la grande cantine et dans le bâtiment des arts libéraux où Kyle avait la plus part de ses cours, avant de passer à côté de sa supérette préférée encore ouverte.
- On devrait y aller pour acheter un truc, dit Kyle. Le cassier se faisait du soucis pour moi hier.
- Pourquoi ?
- Parce que j'allais passer Thanksgiving seul.
Stan lui fit un bisous sur la joue en l'entraînant dans l'épicerie. Il lâcha sa main avant de rentrer. Kyle fit un salut au vendeur, il mourait d'envie de lui montrer Stan pour se venter, façon Cartman : Ce garçon est venu jusqu'ici pour moi, il est à moi, il me laisse l'embrasser, c'est merveilleux. Il rougit en suivant Stan dans la boutique, le regarda examiner des machins divers.
- Je me disais qu'on aurait besoin de capotes, chuchota Stan quand ils passèrent près d'une petite étagère. Mais je ne pense pas qu'on en ait besoin. C'est pas comme si j'allais te mettre en cloque, et on m'a fait passer des tests pour l'entraînement. J'ai rien.
- T'avais peur du contraire ? demanda Kyle en ayant honte de parler bas, il avait peur que le vendeur pense qu'ils se moquaient de lui en cachette, ou qu'ils soient en train de planifier un braquage.
- Un peu, répondit Stan. Elle m'a trompé pour Cartman, quand même. Ma confiance en elle n'était pas au top.
- Si elle t'avait refilé un truc je lui aurait cassé la gueule avec une massue, dit Kyle en rougissant de colère à l'idée qu'elle ait pu faire une chose pareille. Et le gros cul de Cartman, aussi.
- Vieux, du calme, dit Stan en touchant gentiment le haut de sa chapka. On se protégeait toujours, elle et moi. Je crois qu'elle ne me faisait pas confiance non plus.
- Elle croyait que tu couchais avec une autre fille ?
Stan renifla, amusé.
- Non, vieux. Elle croyait que je couchais avec toi.
- Et – quoi – Je suis une niche à MST pour elle ? s'indigna Kyle, en faisait semblant d'être offensé. En vérité il était flatté que Wendy ait pu lui accordé autant d'importance, et qu'elle ait sûrement passé autant de temps à rager mentalement contre lui que lui contre elle.
- Elle avait une théorie complètement folle comme quoi toi et Kenny étaient des sex-friends, dit Stan en examinant une boite de grains de maïs.
- Quoi ?
- Chut ! Je sais, c'est dingue. Stan était tout rouge. Kyle voulait balancer les boitent par terre pour les exploser. Wendy était vraiment une folle machiavélique pour mettre des idées pareilles dans la tête de Stan. Décidément elle et Cartman étaient fait pour s'entendre.
- Tu n'y as jamais cru, n'est-ce pas ? demanda Kyle en suivant Stan qui partait vers les congelés.
- Beurk, non, répondit Stan. Ses joues étaient toujours rose. Mais j'aurais cassé la gueule de Kenny avec une massue si j'y avais cru. Pour que tu saches.
- Enfin, ça n'aurait pas tout à fait été un mensonge, dit Kyle qui commençait à aimer voir Stan aussi touché par cette histoire même longtemps après.
- Si, c'était n'importe quoi.
- Comment tu sais ?
- Parce que je lui ai demandé !
- Tu as quoi ?
- Kyle, arrête de crier. Ce type va nous virer dehors.
- T'as demandé à Kenny si on était sex-friends lui et moi ? T'es sérieux ? Putain, j'arrive pas à croire que tu ne me l'aies pas dit !
- Il ne s'en souvient sûrement pas. J'avais bu, et il était explosé.
- Mais où j'étais, moi ?
- J'en sais rien, en train de réviser ? Je faisais toujours gaffe de ne rien dire sur toi quand j'étais bourré. Tu comprends pourquoi j'imagine. En tout cas, il a explosé de rire. Kenny. A l'idée.
- Tu m'étonnes !
Kyle resta silencieux pendant le reste des courses, il regarda Stan payer un sac de Cheesy Poofs et une bouteille de champagne, en montrant une fausse carte d'identité californienne au caissier. Ça inquiéta Kyle, mais le vendeur y jeta à peine un coup d'œil et rendit la monnaie sans plus de formalités.
- J'arrive pas à croire que t'ai pu penser qu'on avait déjà coucher ensemble, Kenny et moi, répéta Kyle pendant le chemin retour vers la fac.
- Te fâche pas, vieux, dit Stan en mettant un bras autour des épaules de Kyle pour le rapprocher de lui. Je n'y ai jamais cru pour de vrai, j'étais juste bourré et à moitié paumé quand j'ai demandé. Je voulais que Kenny me le demande aussi, tu sais. Qu'il me demande si je voulais être le tien.
- Ah ouais ? Kyle voulu retirer le bras de Stan, mais il était trop lourd. C'est ce que tu voulais ? C'est ça qu'on est maintenant, amis avec supplément ?
- Kyle. Stan arrêta de marcher, et Kyle se tourna vers lui, lentement, effrayé de devoir le regarder. Quand il croisa ses yeux, Stan le fixait avec tellement d'intensité et de sérieux qu'il en fût même paniqué, il voulu balayer la question pour faire semblant que c'était une blague.
- Quoi ? marmonna Kyle. Stan posa le sac de nourriture dans la neige et attrapa Kyle par les épaules, en le regardant bien en face.
- Je t'aime, dit Stan. Je t'aime, Kyle. Il était tout rouge, peut-être que c'était juste à cause du vent gelé.
- Et alors ? dit Kyle d'une voix moins forte qu'il l'aurait voulu. Tu vas encore partir. Il y aura toujours un Fiesta Bowl, Stan.
- Oh, bon Dieu, dit Stan en fermant les yeux.
- Quoi ?
- Rien, rien. C'est juste que j'ai imaginé ce moment de pleins de façon différente, depuis, quoi ? Cinq mois ? Dans ma tête tu ne disais jamais « Il y aura toujours un Fiesta Bowl, Stan » comme réponse.
- Je t'aime aussi, évidemment ! s'exclama Kylen qui se sentait mal, pas sûr d'être en colère ou sur le point de fondre en larme. Mais – c'est – je vais devoir vivre sans toi, non ? Au bout du compte ?
- Avec toi c'est toujours tout ou rien ! dit Stan, dont la voix semblait encore plus puissante au milieu de cet endroit vide. C'est comme si – j'en sais rien , Kyle, j'en sais rien. Je pourrai te décrocher la lune que tu me dirais, « Merci bien, mais elles sont où les étoiles ? ».
- Je t'emmerde ! Je ne suis pas comme ça !
- Si, tu es comme ça, et j'aime ça chez toi ! J'aime tout chez toi, et je ne veux pas te laisser, moi non plus. Ni pour le Fiesta Bowl, ni pour aucune autre connerie à la con, jamais, merde.
- Alors pourquoi on se dispute ? demanda Kyle, qui ne voulait pas être celui qui mettrait fin à leur règlement de compte.
- J'en sais rien ! dit Stan, désemparé, en lâchant Kyle. Il regarda autour de lui, les bras pliés en l'air, comme s'il voulait qu'un public imaginaire ait pitié de lui. Les arbres recouverts de neige le snobaient, indifférents. Il releva les yeux sur Kyle, en laissant tomber ses bras le long de son corps. Qu'est-ce qu'il faut que je fasse pour que tu comprennes que j'ai pensé toute ma vie que t'étais la seule personne qui vaille la peine dans ce putain de monde de merde ?
Kyle aurait pu répondre de bien des façons. Il était le chef du club de débat, il aimait presque cette dispute, ou il l'aurait aimé si Stan ne devait pas partir en Arizona dans trois jours et en Californie pour les trois prochaines années. S'ils avaient été des petit-copains normaux en train d'avoir une dispute normale dans la cour de l'université où ils étaient tous deux inscrits, Kyle aurait dit qu'il avait tous les droits de manquer de confiance en lui après ce que Stan lui avait fait subir. Tous ces signaux pas clairs et ces doutes. Et il aurait pu pointer du doigt que ça n'avait aucun sens que Stan puisse aimer la personnalité toujours en demande de Kyle, alors que ça le rendait fou à l'époque où il sortait avec Wendy. Il aurait aussi pu dire que Stan ne voyait pas le vrai problème ici, c'est à dire celui de son départ qui rendrait Kyle fou de tristesse à en crever, et évidemment Kyle ne dit aucune de ces observations. Il se jeta sur Stan et l'embrassa, en lui tenant le visage, se réchauffa la bouche avec sa langue, soupira dans ses lèvres.
- Je suis désolé, dit Kyle alors que Stan le serrait dans ses bras. Je fais pas exprès d'être aussi difficile.
- J'aime que tu sois difficile, dit Stan en le serrant gentiment. Je t'aime parce que tu es difficile. Je veux vraiment que le sache, Kyle, j'ai besoin que tu saches – où que je sois, je veux toujours être avec toi. C'est comme ça depuis toujours, et pour toujours. Ça me faisait mal, je te jure, toutes ces fois où on était séparé. Je regardais ma montre tout le temps, Wendy me cuisinait pour savoir ce qui me préoccupait. C'est normal, bien sur. J'étais un tel lâche, je la laissais tomber, j'évitais de penser à ce que je voulais vraiment, toi. Je suis un peu plus courageux, je crois. Quand je suis arrivé ici j'étais vraiment certain que tu me claquerais la porte au nez.
- T'as pas pu croire ça. Kyle embrassa Stan sur les joues, en détestant l'idée que ça aurait pu arriver, même si le matin même il aurait adoré savoir que Stan était capable de mourir de peur de se faire rejeter par lui.
- Si, je te jure, dit Stan. T'as pas idée du nombre de scénarios catastrophes que je me suis imaginé. Je me disais que t'étais resté au campus pendant les vacances à cause d'un mec, et qu'il serait avec toi dans le dortoir, à poil, à vous foutre de ma gueule.
- Oh, merde ! Pauvre Stan. Kyle le cajola, il voulait juste prendre soin de lui pour l'instant, aussi longtemps possible. J'ai imaginé des trucs affreux sur toi, moi aussi. Je croyais que t'allais acheter un appartement pour vivre avec une cheerleader.
- C'est le truc le plus affreux possible ? demanda Stan en se retenant de rire.
- Si on veut. On ferait bien de ramasser le sac avant qu'il soit enseveli.
Il n'était que quinze heure, mais le soleil commençait déjà à se coucher alors qu'ils rentraient vers le dortoir de Kyle. Il eu peur pendant deux secondes que le froid ait gelé le portique et les enferme dehors quand il passa sa carte, mais elle s'ouvrit comme à l'accoutumé. Il régnait une chaleur habituelle à l'intérieur du bâtiment. Un papier était collé à l'accueil pour prévenir les étudiants qui restaient pendant les vacances que la sécurité sera limitée jusqu'à la rentrée.
- Heureusement que j'ai mon petit-copain quaterback près de moi, dit Kyle en montrant le papier d'un signe de tête. Il se sentit idiot d'avoir appelé Stan son petit-copain, mais Stan est amoureux de lui, il l'aime, alors peut-être que Kyle pouvait l'appeler comme il en avait envie.
- Je n'arrive pas à croire que t'allais rester ici tout seul, dit Stan. Ils montaient les escaliers lentement, fatigués après leur expédition de l'après-midi.
- C'est marrant, je n'ai plus l'impression que c'était vraiment mon plan, à présent, dit Kyle.
- Au fond de toi tu savais que je viendrais te voir ?
- Je savais que quelque chose arriverait. Mais je crois que je pensais plutôt à mourir d'hypothermie .
- Kyle ! Stan s'arrêta au milieu du palier et le prit dans ses bras. Ne fais de blague comme ça. Rappelle-toi, quand on est allé camper -
- Oui, Stan, dit Kyle qui n'avait pas bougé. Il mourrait d'envie de retourner dans le lit. La cage d'escalier n'était pas chauffée et il voulait un peu de ce champagne. Pourquoi tu ne m'as pas embrassé ce matin-là ? A un moment, pendant quelques secondes, j'étais sûr que t'allais le faire.
- Je voulais, dit Stan. Mais ça ne semblait ne pas être le bon moment. Et je pensais qui tu me détesterais, peut-être, si j'essayais.
- Oh, pitié. Tout le monde à South Park savait que je t'aimais. J'aurai aussi bien pu me promener avec un panneau de signalisation sur la tête.
- C'est possible. Mais j'ai été le dernier à m'en rendre compte.
- Quand tu as su ?
- Hum, réfléchit Stan. A Vegas, je crois ?
- Vegas ? Pas avant ? Bon Dieu, qu'est-ce qui t'as fait ouvrir les yeux ? Quand je t'ai tenu les main complètement ivre ?
- T'as fais ça ? Non, c'était à la piscine. Avant d'être vraiment déchiré, quand j'étais juste, tu sais, au meilleur moment de la gueule de bois, quand tout semble aller parfaitement bien dans le meilleur des mondes et que t'ai prêt à pardonner la Terre entière d'être aussi horrible ? T'étais tellement. Mignon, et sympa, et tu me faisais tant confiance. Et ton torse, ça faisait comme des stalagmites contre mon dos.
- Merde. Je me souviens, j'étais à moitié conscient de ça. Alors c'est comme ça que tu as su que je voulais être avec toi ? A cause de mes tétons en érection ?
Stan poussa un petit gémissement et poussa un peu Kyle sur la marche du dessus, pour le grandir.
- Tes tétons était un énorme problème pour moi, dit-il. Ils m'ont excité cette nuit-là, si tu savais – enfin, tout, toi à moitié à poil en train de me serrer pour rester sur moi aussi, mais. Tu avais remarqué ?
- Non. Pour un gars avec une aussi grosse queue, tu sais très bien la cacher quand tu te mets à bander. Raconte-moi toutes les fois ou tu t'es mis à devenir dur pour moi et que je n'ai rien remarqué. Je veux une liste.
- Heu, plus tard peut-être. Mais écoute, Ok – le moment où j'ai su, enfin où j'ai cru, que tu, tu sais. Que tu me voulais, toi aussi. C'était dans la piscine, à cause de la façon dont tu étais, tout calme, tu n'avais besoin de rien. T'as toujours besoin de faire quelque chose, Kyle, même quand t'as bu, tu pars dans des délires ou tu veux savoir ce qu'on va faire après. Cette nuit, je voulais rester aussi longtemps possible là ou on était, tant que je le pouvais, et j'ai réalisé que toi aussi, tu le voulais. On n'avait même pas besoin de parler. C'était tellement bien, putain. Bordel, et après t'as failli mourir.
- Pas vraiment.
- Ouais, mais j'étais assez bourré pour croire que c'était possible. Je me souviens à peine de ce qui s'est passé. C'était, genre, j'ai cligné des yeux et on était à l'hôpital, et Kenny me secouait pour savoir c'était quoi ce bordel. Je ne savais pas quoi lui dire. Je croyais que c'était ma faute, avec cette sale crème glacée de merde, et Kenny croyait que c'était la sienne, avec la vodka. Je suis sûr que Butters a trouvé un moyen de se blâmer, lui-aussi.
- C'est la première que je bois de l'alcool depuis, dit Kyle après avoir fermé la porte à clef, en montrant la bouteille de champagne.
- Tu te fous de moi ? J'ai l'impression d'être tout le temps torché à la fac.
- C'est toujours bon signe.
- Ouais enfin, pas vraiment non plus. Bon, si tu es devenu trop snob pour le champagne je le bois moi-même.
- Hé ! Non ! J'adore le champagne ! Et en plus, c'est la fête.
- Oui, carrément, dit Stan. Il sourit jusqu'aux oreilles et sortit le champagne du sac plastique, s'assit au bord du lit de Kyle. Il laissait de la neige fondue partout sur son passage, mais Kyle s'en fichait complètement, même si les flaques d'eau l'énerveraient plus tard. Ils retirèrent leurs vêtements trempés, Stan balança ses affaires en tas à coté de son sac de voyage, Kyle pendit les siennes proprement aux endroits stratégiques.
- Je vais prendre une douche, dit Kyle. Je pue la sexe-sueur.
- La sexe-sueur ?
- Tu sais, cette odeur de sueur qui reste dans les draps après que tu te sois pompé ? Cette merde infeste mon manteau et le reste.
- Laisse-moi sentir, dit Stan en marchant vers lui. Kyle se laissa être reniflé, les bras ballants. Stan lui fit un sourire amusé. Je viens avec toi, dit-il.
- Dans la douche ?
- Ouais, si ça ne te gêne pas. Je veux voir de mes yeux tous le processus de nettoyage façon Kyle Broflovski. Je suis sûr que ça dure des heures. Il toucha la poitrine de Kyle sous son T-shirt. Et te savonner de partout.
- Putain, marmonna Kyle en reculant pour se plaquer contre la porte, emportant Stan avec lui. C'est – j'ai pensé à ça. Il avala sa salive et plongea dans les bras de Stan, se rappela qu'il avait besoin de diverses choses pour se laver, du savon par exemple. Laisse-moi juste prendre mes affaires. Tu peux prendre une de mes paires de tongs. Mais je crois que tes pieds seront trop grands pour elles.
- Je vais me débrouiller, dit Stan.
Ça faisait bizarre de laisser rentrer un garçon étranger à la fac dans la douche avec lui, mais il n'y avait personne pour cafter. Cette salle de bain n'était pas du tout assez propre pour les standards de Kyle et elle l'avait souvent horrifié, mais elle avait été nettoyée exceptionnellement après l'Exode des étudiants, et de toute façon Kyle ne pensait que très vaguement à l'état de propreté des carreaux en regardant Stan se déshabiller. Ils étaient devant le premier rideau de la cabine, le deuxième séparait la pièce de la douche elle-même. Kyle avait déjà vu Stan nu, mais il était prêt à rester face à lui pendant qu'il le faisait, et à se déshabiller.
- Après-toi, dit Stan en ouvrant le deuxième rideau. Kyle hocha la tête, désorienté en rentrant le premier, pas certain de savoir que faire maintenant. Bon, premièrement, ouvrir le jet d'eau. Il frissonna et sauta sur le côté pour laisser le temps à l'eau de se réchauffer pendant que Stan était encore caché dernière le rideau.
- Vous vous matez la bite dans les vestiaires avec les autres gars ? demanda Kyle. Stan eu un petit rire étouffé. L'eau commençait à devenir plus tiède, Kyle la testa avec la main.
- Ils ne regardent pas, dit Stan. J'ai eu des remarques, par compte. Il rentra sous le jet d'eau, et Kyle fit de même. Ils se prirent les mains avec prudence, comme s'ils s'étaient tout à coup transformés en élèves de collège pendant un cours de danse.
- Des remarques ? Kyle se sentit très possessif tout à coup, l'idée que quiconque puisse penser avoir le droit de faire des remarques à ce qui lui appartenait lui déplaisait énormément.
- Ouais, genre, ils se foutaient de moi comme si je le méritais. Stan rapprocha Kyle de lui jusqu'à ce que leurs érections se touchent, puis leurs hanches. Celles de Stan étaient trop belles et bronzées comparé à Kyle, mais leur peaux faisaient jolies ensemble dans la pièce sombre à peine éclairée. Stan avait un teint un peu mat, bien plus que la dernière fois que Kyle l'avait vu. La peau de Kyle était pale, et elle rosissait sous l'eau chaude.
- Ils se foutent de toi ? répéta Kyle. C'est à dire ?
- Ils disent des trucs. Du style, pourquoi tu ne couches jamais avec tes groupies, Marsh ? C'est parce qu'elles partent en hurlant quand elles voient ce monstre ?
- Tu as des groupies ?
- Non ! C'est juste ce que les mecs disent.
- Hum. Kyle ne le croyait pas. Il ne s'était pas préparé à avoir un petit-ami célèbre. Il se serra contre Stan, posa la tête sur son épaule et gémit quand sa peau sembla se fondre dans celle de Stan sous l'eau chaude. La main de Stan descendit le long du dos de Kyle, il se pencha par dessus lui pour attraper le savon. Kyle resta contre Stan en se laissant faire et ferma les yeux quand Stan frotta le savon avec tendresse sur ses épaules, pendant que son autre main massait la nuque de Kyle, les bulles glissaient entre les épaules de Kyle et tombaient sur le carrelage comme un poids dont il se débarrassait.
- Je peux te laver les cheveux ? demanda Stan une fois le savon descendu au niveau de la fesse gauche de Kyle.
- Oui, répondit Kyle. C'est vraiment super méga gay, je crois.
- Ça te pose un problème que je sois vraiment super méga gay ?
- Nan. Ferme ta bouche.
Kyle ferma ses paupières et afficha un sourire idiot pendant que Stan lui massait le crane avec le shampoing, derrière lui, en prenant son temps, ses doigts passaient dans ses cheveux avec une maladresse adorable, ce qui était la meilleure façon de décrire Stan en général, maintenant que Kyle y pensait.
- Je crois que ma tête est ma deuxième plus grande zone érogène, dit Kyle. La première c'est ma bide, forcément.
- Et tes tétons ? demanda Stan avec une voix un peu triste ou déçue.
- Oh, ouais. Je les avais oublié. Pourquoi tu es obsédé par eux ? C'est pas que ça me dérange. Est-ce que c'est une espèce de truc de transition, parce qu'ils te rappellent quand t'étais avec des filles ?
- Une fille, au singulier, corrigea Stan. Il mit Kyle bien sous le jet d'eau et lui pencha la tête en arrière pour lui rincer ses cheveux. Et je crois que j'aime les tiens parce que je n'aimais pas les siens.
- C'est vrai ?
- Oui, ils étaient, tout – enfin, normaux, pour une fille ? Ils sont plus gros que chez les garçons ? Les tiens sont petits et mignons, et – viens.
Il retourna Kyle face à lui et se pencha pour lui embrasser le torse comme preuve, en faisait souhaiter à Kyle qu'ils puissent être de retour dans le lit, où il pourra le regarder faire. Il profita de l'occasion pour mettre un peu de shampoing sur la tête de Stan, ses cheveux habituellement soyeux étaient tout gras à cause du voyage, Kyle fit travailler le gel sous ses doigts. C'était une sensation agréable de rendre Stan propre à nouveau, même si il y aura très bientôt de la sexe-sueur dans les draps à nouveau. Stan se redressa pour rincer ses cheveux et Kyle l'admira, excité comme jamais mais pas spécialement impatient de se débarrasser et d'en être à son troisième orgasme de la journée.
- Notre vie serait tout le temps comme ça si on vivait ensemble, dit Kyle, peut-être stupidement. Stan s'essuya les yeux et battit des paupières en le regardant.
- Ma douche est cent fois mieux, dit-il. Tu devrais voir les dortoirs des sportifs. T'hallucinerais, vieux.
- Tu m'étonnes, dit Kyle en pensant à tous ces gros pleins de muscles huilés réunis dans la même résidence. C'est partagé ? La salle de bain ?
- Juste le vestiaire. On a chacun notre chambre, notre salle de bain, et j'ai une petite cuisine que je n'utilise jamais. Tu pourrais t'installer que personne n'en saurait rien.
- Mais bien sûr. Cette remarque lui sapa considérablement le moral. Il prit le savon et se nettoya rapidement aux endroits que Stan avait oublié ou n'avait pas assez insisté. Je suis certain que tes activités homosexuelles leur passeront au dessus de la tête.
Stan laissa la conversation mourir, et Kyle ne savait trop s'il devait en être rassuré ou agacé. Il hésitait entre en parler – Stan devrait retourner dans son monde, Kyle devrait s'enterrer vivant dans le sien – et faire comme s'il pouvait prétendre qu' aucun des deux n'y pensait. Il essaya d'éviter le regard de Stan, mais Stan ne le lâchait pas des yeux, et ce serait plus coupable de continuer à le fuir. Kyle regarda Stan en posant ses mains sur son torse.
- Prêt à sortir ? demanda Kyle en faisant semblant d'aller bien. Il voulait aller bien, il avait besoin de ces cinq jours, ces six nuits. Stan devrait sûrement dégager le plancher le lendemain matin après Thanksgiving. Peut-être même qu'il partira la nuit de Thanksgiving, si la route jusqu'à l'aéroport est assez dégagée. Ils voudront qu'il s'entraîne avant le grand match.
- Laisse-moi juste te regarder encore une seconde, dit Stan. Il posa les mains sur les épaules de Kyle et prit une grande expiration. Son expression à la fois sérieuse et admirative rendit Kyle anxieux tout à coup, il avait peur qu'il ne le demande en mariage, ou qu'il suggère que ce serait mieux pour eux de couper les ponts pour toujours.
- Kyle, dit Stan, en faisant une pause inquiétante. Kyle se prépara.
- Oui ?
- Tout est nul sans toi, nul à chier. C'est comme si j'étais dans un film et que je devais jouer un rôle pour faire genre que tout est vrai sinon je perds ma place. Mais c'est un putain de film de merde et je ne peux jamais arrêter de tourner.
Kyle ne savait pas quoi dire. Il ne pouvait pas encourager Stan à démissionner de l'équipe. C'était évident qu'il aimait ça quand on l'entendait en parler, même s'il aimait Kyle encore plus. Kyle se rappelait comment c'était de le voir jouer. Il n'avait jamais eu d'intérêt pour le football américain jusqu'à ce qu'il réalise à quel point Stan était doué, et il avait remarqué la façon donc les autres joueurs, plus grands plus forts, avaient le souffle coupé quand ils le regardaient courir, la façon dont il lançait le ballon comme un artiste, le monde entier semblait se figer jusqu'à ce que la balle se fasse rattraper. Kyle l'avait seulement expérimenté depuis les gradins, il n'avait pas joué au foot depuis ses huit ans, mais il essayait d'imaginer ce que ça pouvait être pour Stan : respirer fort dans son casque, être capable de retenir une stratégie en tête pendant qu'il devait évoluer dans le chaos autour de lui, pas le temps d'y repenser après s'être jeter à plein corps dans le jeu, il devait juste courir le plus vite possible, et puis tout à coup savoir qu'il devait lancer, alors que l'autre, le mec plus gros, le balancera sur le sol à la seconde ou la balle sera partie, tous attentifs à la réaction de la foule. Kyle n'avait jamais voulu que Stan se perde ainsi, parce qu'il valait beaucoup, beaucoup plus que ce qu'il pourrait jamais montrer sur un terrain de foot, mais il ne voulait pas non plus que Stan tourne le dos à sa passion.
- Tu sais ce que je n'ai toujours pas vu, interrogea Kyle.
- Quoi ?
- Les photos du road trip.
Il était convaincu qu'il n'aurait pas dû dire ça, que Stan voulait parler, ou entendre Kyle dire quelque chose d'aussi triste que ce qu'il venait de confesser, qu'il dise qu'il ne se sentait mme pas comme dans un film quand Stan n'était pas là, il se sentait juste étranger à lui-même et mort, inconnu. Stan avait le coin des yeux un peu humide, mais il souriait.
- J'ai pris mon appareil, dit-il. Elles sont toujours dedans. Certaines sont vraiment top.
Ils sortirent de la douche et retournèrent dans la chambre de Kyle trempés, mirent encore plus d'eau sur le tapis déjà plein de neige qu'ils étendirent sur le lit de Kyle puis celui de Jacob. Ils se blottirent sous la couverture une fois secs, au chaud dans des sous-vêtements propres, le sexe de Kyle toujours un peu excité mais pas en demande d'attention. Ils calèrent les oreillers contre la tête du lit et Kyle se blottit contre le bras de Stan, ouvrit son ordinateur portable pour y brancher le câble de l'appareil-photo. Ils éclatèrent de rire ensemble à la première image, l'énorme tas de nourriture de Cartman.
- J'avais oublié que t'avais photographié ça, dit Kyle.
- Il fallait que ce soit documenté.
Leurs inquiétudes sur le futur furent balayées en deux secondes une fois la rétrospective lancée. Ils riaient devant la plupart d'entre-elles : les moineaux qui mangeaient des frites dans la main de Kenny, Cartman qui fusillait du regard le panneau BIENVENUE EN UTAH, Kyle qui regardait l'objectif avec une moue agacée parce qu'il venait de se réveiller, la tête sur la jambe de Stan. Il sentit sa poitrine se serrer d'embarras et de joie à mesure que les photos défilaient, parce qu'il y en avait beaucoup plus de lui que de personne d'autre : Kyle en train de dormir, Kyle assis sur un banc au Denny's, Kyle qui riait à cause d'un truc que venait de dire Kenny, de manger de la glace en boxer, et plein d'autre où il souriait simplement à l'appareil, pour Stan.
- J'ai l'impression d'être plus vieux d'au moins cinq ans depuis ces photos, dit Kyle.
- Tu n'as pas changé. T'étais juste bronzé. Et plus chevelu.
- Il n'y en a pas assez de toi, dit Kyle pendant que Stan passait rapidement sur les images panoramiques et les paysages qu'il avait pris depuis la fenêtre de la voiture. J'aurais dû en prendre plus de toi.
- Tu peux en prendre quelques une maintenant, dit Stan en faisant semblant de taper la pause. Fais juste gaffe de ne pas les envoyer à Deadspin, ajouta-il. C'était un site web sportif très connu.
- Ah. Maintenant Kyle ne pouvait plus s'empêcher de penser au foot, à l'avenir. Il voulait rester plongé dans le passé encore un plus longtemps, surtout à présent qu'il savait comment cette aventure d'été s'était terminée. Il avait perdu Stan, ou avait essayé de le faire disparaître, mais il l'avait récupéré et il était si chaud contre lui sous la couette comme s'il avait déjà recommencé à transpirer, juste un tout petit peu.
Le portable de Kyle sonna. Il voulait l'ignorer, mais c'était peut-être sa mère et ses principales excuses pour lui raccrocher au nez n'étaient plus viables, elle savait parfaitement bien qu'il n'était ni en cours ni en train de travailler à la bibliothèque. Il attrapa le téléphone et ria en voyant que ce n'était pas du tout sa mère.
- Hé, Kenny, dit-il en regardant Stan, qui souriait.
- T'as reçu mon mail ? demanda directement Kenny.
- Ouais, je l'ai lu. Désolé, je -
- Alors il part quand ton avion ? Ce soir ? Demain ? Faut vraiment trop que tu viennes, Kyle. Je ne te laisserai pas rester là-bas tout seul. C'est non-négociable.
- Je ne suis pas tout seul, dit Kyle. Il replongea sous le bras de Stan, se câlina contre lui.
- Oh, dit Kenny. T'es rentré chez toi finalement ?
- Non, je suis dans mon dortoir.
- Ok. Kenny avait l'air abattu. Kyle adorait ça, il passa un doigt autour du nombril de Stan avec sa main libre. Qui est avec toi ?
- Un grand mec tout nu avec qui je suis resté au lit toute la journée.
- Hilarant, Kyle quel humour. Sans déconner, écoute, je – Il entendit Stan rire et fit une pause. Attends, qui – que -
- Salut Kenny, dit Stan en prenant la main de Kyle pour rapprocher le téléphone de sa bouche. Kyle craqua, éclata de rire et mis le portable au milieu pour qu'ils entendent tous les deux la réaction de Kenny. Il resta silencieux un moment, même si Kyle pouvait l'entendre souffler sous le choc.
- La partie sur le mec tout nu, c'était du premier degré ? Bien sûr, c'était ce qui inquiétait Kenny. Les mois de tortures inutiles, c'est terminé ? Vous avez enfin baisé, les mecs ?
- On est juste en train, dit Stan. Parfait timing, Kenny.
- Comment gâcher les bons moments, ajouta Kyle , en regardant Stan, radieux. Il adorait ça, partager le téléphone, être découvert avec lui, pouvoir faire une blague qui parlait d'être nu avec Stan.
Kenny bafouilla, puis se mit à rire. Kyle l'entendit alerter Butters.
- Ils l'ont fait ! cria Kenny. Stan et Kyle ! Ça y est ! Oh, putain de merde, bon Dieu, c'est le miracle de Thanksgiving. Je vous mets en haut-parleur.
- Coucou les amis ! dit Butters avec une voix qui exprimait le bonheur de vivre, mais ça ne sonnait faux et forcé comme du temps où il vivait à South Park. Félicitation !
- Vous devez nous envoyer des photos, dit Kenny. Ça fait depuis l'école primaire que je me fracasse la tête contre un mur parce que je croyais vous n'y arriverez jamais, j'exige des preuves !
- D'accord, dit Stan. Attends une seconde.
Il tendit son téléphone au dessus d'eux pour se prendre avec Kyle sur les gros oreillers. Kyle remonta la couverture et posa sa tête sur l'épaule de Stan, en souriant. Stan envoya la photo à Kenny, et quelques secondes plus tard Butters hurla de joie, ou peut-être que c'était Kenny tout compte fait.
- Les mecs, vous avez l'air heureux. On aura dit que Kenny allait pleurer. Ok, les potes. Venez ici pour Thanksgiving. Butters va préparer sa dinde au romarin, une vrai tuerie, on fait toute une série de vidéos spéciales vacances sur notre site, ça va être génial -
- Désolé, il y a du blizzard, s'excusa Kyle, qui ne voulait pas passer ses quelques jours avec Stan envahi par Kenny, Butters, et tout leur petit monde. Mais merci pour l'invitation.
- Oh, bon. Vous devrez rester seul un moment, de toute façon, j'imagine. Bordel, Kyle tu peux admettre que j'avais raison, maintenant ? Que t'aurais dû arrêter de lui faire la gueule il y a des mois ?
- Ouais, Kyle, approuva Stan.
- J'en sais rien, dit Kyle. C'était tellement – Il regarda Stan. Parfait. Comment tu – il est apparu et – Il posa le téléphone pour que Kenny ne l'entende pas embrasser Stan. Kenny criait un truc, probablement pour qu'ils envoient une autre photo.
- C'est ça, tu ne veux pas l'avouer, mais j'avais raison, dit Kenny quand Kyle reprit le portable à son oreille. Sans déconner, ça va faire bizarre pour moi de vivre dans un monde où vous êtes honnête l'un avec l'autre. Qu'est-ce qui va me rendre dingue, maintenant ?
- Le réchauffement climatique, suggéra Stan. Ou sinon, tu sais, faire gaffe de ne pas laisser le porno vous faire péter un câble.
- Péter un cable ? Stan, t'es sérieux ? C'est une révolution culturel. Dis-leur, Butters.
- Oh, on s'amuse beaucoup, dit Butters. Et on a acheté une voiture !
- Une Cadillac Deville 1970, en parfait état, ajouta Kenny.
- Combien vous l'avez payé ? demanda Stan.
- Ne tracasse pas ta jolie petite tête pour ça, dit Kenny. On a tout bien en main, vraiment. On a pensé adresser un message personnel pour nos parents sur le site, maintenant qu'on devient pas mal connu.
- Vous diriez quoi dans ce message ? demanda Kyle en échangeant un regard inquiet avec Stan.
- « Allez vous faire foutre ». Écrit en majuscule, sur tout l'écran, lettres noirs qui clognottent sur fond blanc. Qu'est-ce que vous en pensez ?
- Hum, dit Stan.
- En tant que parents spirituels, nous sommes blessés par ces mots, dit Kyle.
- Oh, vous savez que ce n'est pas adressé à vous, les potes. Putain, comment je vais faire ? Maman et Papa se sont remis ensemble ! C'est le cauchemar de tous les gosses !
- Ça devient carrément chelou, dit Stan.
- C'est le mec qui a dit qu'il était en train de baiser quand j'ai appelé qui dit ça.
- Ça va aller pour vous avec la tempête ? s'inquiéta Butters. Kyle l'avait presque oublié. L'idée que Kenny et Butters vivent ensemble en tant que couple dans un endroit de rêve comme la Californie était presque aussi dur à digérer que leur situation de star du porno sur internet.
- On va s'en sortir, dit Kyle. On vient du Colorado, vieux. On peut supporter un blizzard.
- Tu serais surpris d'à quel point on s'habitue vite à vivre au soleil, dit Kenny.
- Ouais, répondit Kyle. Il chercha la cuisse de Stan sous la couverture pour mettre la main dessus. Il s'était déjà habitué, ne pouvait pas imaginer passer des jours, des semaines, des mois sans.
- Allez, je vais vous laisser retourner à vos amusements, dit Kenny. Appelez-moi demain pour me dire ça s'est passé.
- Ouais, dit Kyle. Compte là dessus.
- Demain, mais pourquoi attendre, on devrait t'appeler juste après, dit Stan.
- On organisera une vidéo-conférence, ajouta Kenny.
Un ange passa, et Kyle eu l'impression que Butters était parti, parce que s'il avait été là il aurait fait une petite remarque sur la météo ou bien sa recette de dinde pour détendre atmosphère, juste par politesse. C'était une chose était inutile entre eux trois, même maintenant alors qu'ils se parlaient sur les côtes opposées du pays. Kyle savait que Kenny souriat, qu'il était dans son appartement par un bel après-midi ensoleillé avec la chaleur qui rentrait par les fenêtres ouvertes, Butters qui chantonnait dans la cuisine, pendant que Stan et Kyle étaient bien à l'abri de la tempête. Kenny était heureux. Kyle le sentait, et il savait que Stan le savait lui-aussi.
- Bon, dit Kenny. Vous devriez au moins venir pour le Nouvel An. On va faire une énorme fête.
- Oui, tu devrais venir, dit Stan à Kyle. Je pourrai te montrer, tu sais. Ma vie.
- Ouais, dit Kyle. L'idée de passer ses vacances comme un touriste dans la vie de Stan était trop déprimante, leur romance sera réduite à des visites dont le début et la fin se feront à l'aéroport devant la zone d'embarquement.
- Ok, je vous laisse, dit Kennt, et Kyle eu tout à coup le sentiment que c'était lui, l'œuf de Kenny, depuis toujours.
Ils se dirent au revoir et raccrochèrent. Dehors le ciel était complètement assombri à présent, la neige se faisait plus lourde à mesure que la température baissait. Kyle roula contre Stan et ils s'embrassèrent un moment, la couverture relevée jusqu'au torse, les jambes emmêlées.
- Tu crois que ça aller pour eux ? demanda Kyle.
- Butters et Kenny ?
- Oui.
- Je sais pas, vieux, mais je suis sur et certain que Kenny a demandé la même chose à Butters à la seconde où il a raccroché.
- Tu crois ? Kyle s'assit et attrapa le champagne, déchira le petit papier autour du bouchon.
- Oui, j'en met ma main à couper. Stan massa le dos de Kyle du bout des doigts. Vous êtes marrants avec Kenny. Vous vous faites tellement de soucis l'un pour l'autre, tout le temps.
- C'est pas vrai. Ou – toi aussi, alors. Pour Kenny, tu t'inquiétais à cause de ses affaires dans le porno.
- Ouais, je me fais de soucis pour lui, mais pas pour sa vie amoureuse.
- Tu m'accuses d'être trop intrusif ? Kyle ne pouvait pas dire si Stan était jaloux ou charmé.
- Non. Stan s'assit à son tour et embrassa Kyle sur les joues. Je trouve ça mignon. Tu sais comment l'ouvrir ?
- Oui. En fait Kyle n'en savait rien. Il tripota le bouchon, grogna d'énervement, et donna un coup de coude à Stan quand il se moqua de lui.
- Laisse-moi faire, dit Stan en prenant la bouteille. Regarde, tu dois la pencher, loin des fenêtres si possible, et puis tu prends une serviette – une couverture, ici – et tu tournes, t'as vu ?
Kyle sauta en l'air quand le bouchon parti avec un « pop ». Stan sourit et empêcha le champagne de couler partout. Ils burent au lit, dans des verres pas assortis, en regardant des conneries à la télé. Les images sur l'écran donnaient presque l'impression d'être devant un feu de cheminée qui les réchauffait de l'hiver sombre étouffant le dehors, et Kyle commença à se sentir un peu pompette après son deuxième gobelet en plastique. A dix-huit heures ils mirent le journal télévisé pour voir avoir des informations sur la tempête. Depuis leur grotte de couverture, blotti contre Stan, le blizzard semblait n'être rien de moins qu'un divertissement inoffensif, un dragon qu'ils avaient déjà terrassé.
- Tu as faim ? demanda Kyle quand Stan lui tendit une troisième coupe de champagne.
- Oui, dit Stan. Il se réinstalla confortablement contre les coussins, en rapprochant Kyle de lui. Ils sirotèrent leurs verres en regardant un pub pour Subway.
- Tu veux me baiser ? demanda Kyle. Il ne savait pas vraiment pourquoi la question semblait logique, mais maintenant qu'il l'avait dit à voix haute il avait peur, caché dans le cou de Stan.
- Je – tu – tu veux ? bégaya Stan. Il baissa les yeux sur Kyle, et ça aurait dû le rassurer de se rendre compte que Stan avait peur, lui aussi, mais Kyle ne voulait le laisser hésiter. Je veux dire, continua Stan. Tu es, enfin. Prêt, pour ça ?
- Oui, répondit Kyle. Il n'avait pas peur d'avoir Stan en lui, c'était tout ce qu'il y avait avant qui l'inquiétait. Ça allait faire mal, et ni l'un ni l'autre ne savait vraiment comment faire. Il écouta le pouls de Stan s'emballer, leva les yeux pour croiser les siens. Moins apeurés, plus curieux.
- On devrait dîner d'abord, fit remarquer Stan. Kyle ria, et Stan eu un sourire timide, presque nauséeux, poussa Kyle pour qu'il s'allonge sur lui. Ton ventre gargouille, dit-il. Il posa ses mains sur les fesses de Kyle, qui se raidit en pensant à ce que devrait faire ces parties de leurs corps avant que le sexe de Stan puisse venir en lui. Il se redressa, se mit à califourchon sur les hanches de Stan, le regarda devenir dur dans son sous-vêtement.
- Plutôt Easy Mac ou nouilles instantanées ? proposa Kyle. Stan se contenta de le fixer un moment, comme si c'était une question extrêmement importante, ou comme s'il réfléchissait à la dernière que Kyle avait posé.
- Je veux une photo de toi, dit Stan. Comme ça. Juste comme ça.
- Arrête, dit Kyle en se cachant sous la couverture. Ne me pas penser à – tu sais.
- A quoi ?
- A quand tu seras parti et que tu regarderas ces photos.
Il se dégagea de Stan et alla se laver les mains dans le petit évier au coin de la pièce. Stan le regarda, la tête affalée sur les coussins. Il était beau, perdu et un peu ivre, Kyle voulait faire une photo de lui, lui aussi. Il prit l'appareil de Stan et en prit une.
- Pardon, dit Kyle.
- Pourquoi ? T'as le droit de me prendre en photo, je m'en fiche.
- Non, je veux dire – de remettre ça sur le tapis. N'y pensons pas.
- Au Fiesta Bowl ?
- Ouais, dit Kyle, parce que ce truc était l'incarnation de toutes leurs séparations. Donc ? Mac au fromage ou pâtes ?
- Le mac au fromage c'est des sortes de pâtes.
- Ok, petit malin, tu veux que je choisisse pour toi ?
- Oui, c'est ce que je veux.
- Ça te plaît de me voir te préparer à manger ? demanda Kyle en ouvrant le sachet de nouilles.
- Peut-être. Stan leva son appareil-photo. Kyle lui fit signe de dégager. C'est juste parce que tout ce que tu fais me plait, expliqua-t-il en prenant une photo de Kyle de dos quand il se tourna. Tu me plais quand tu laces tes chaussures. Merde, t'aurais dû m'entendre au camp cet été, j'arrivais pas à fermer ma sale gueule, tout ce que je disais c'était « mon pote Kyle a fait ça » « une fois, mon pote Kyle est allé à machin », « mon pote Kyle a dit ».
- Tu rigoles, dit Kyle. Il se tourna, ignorant le micro-onde, radieux. Ils t'ont accusé d'être amoureux de moi ?
- Bien sur. Et mon surnom c'était « Mon pote Kyle ». Ils l'avaient tagué sur mon casier. Mais après, genre un mois plus tard, quand j'ai vraiment compris que tu ne voulais plus me parler pour toujours, j'ai fais une sorte de bonne résolution pour arrêter de parler de toi, et ils me demandaient tous comment mon pote Kyle allait, qu'est-ce qu'il devenait et tout, mais putain, c'était. Une torture. Parce que je ne savais pas. Ou je savais, mais juste des vagues infos que me donnait Kenny.
- Tu comprends, aujourd'hui, n'est-ce pas ? Le micro-onde réchauffait leurs nouilles, Kyle était planté devant dans son boxer, coupable ou vindicatif. Tu sais pourquoi je ne voulais plus te parler.
- Je crois, hésita Stan. Kenny disait que t'avais besoin de temps. Il disait qu'on avait besoin de temps, tous les deux. Mais moi je lui disais que j'avais besoin de toi. Et Kenny voulait me faire avouer pourquoi, alors je lui ai dit d'aller se faire foutre. Il ne voulait plus me parler, lui non plus, mais on s'est réconcilié une semaine plus tard.
- On était acharné, dit Kyle. Il avait imaginé qu'il aurait besoin de s'expliquer pendant des heures quand, et si, ils se reparlaient un jour, mais à présent ça semblait absurde.
- J'ai la tête qui tourne, dit Stan en se servant encore un peu de champagne. Je crois que c'est parce que j'ai pas assez mangé.
- Tiens, dit Kyle. Il servit à Stan son bol en plastique, enroulé autour d'une serviette en papier pour qu'il ne se brûle pas les mains. Stan s'assit pour lui prendre, et Kyle l'embrassa sur le front avant de retourner au micro-onde prendre son bol à lui.
- Kyle ?
- Oui ? Il tripotait les nouilles avec des baguettes en bois, en espérant que Stan soit impressionné de voir qu'il avait appris à les utiliser comme un vrai chinois.
- Je veux que tu te fasses transférer à UCLA, dit Stan. Sa voix était aiguë, inquiète. Non, je. J'ai besoin que tu le fasses. Je sais que je te demande beaucoup -
- S'il te plaît, on peut ne pas en parler ? Kyle tournait le dos à Stan. Ça sera juste encore plus dur, dit-il. Ils ne me laisseront pas être transférer au milieu de l'année, et même s'ils acceptent, je ne peux pas payer l'inscription, je ne peux même pas acheter un billet d'avion en ce moment -
- On pourrait y aller en voiture. Stan avait l'air désespéré, son visage était déconfi quand Kyle le regarda, en serrant son bol dans ses deux mains. Et je payerais pour tout. Ton inscription. Je veux le faire, Kyle, ils me donnent du fric sans arrêt, c'est -
- C'est dingue, finit Kyle. C'est ton argent, ton futur, tu n'as aucune garantie que ça va continuer comme ça, tu pourrais être blesser ou -
- C'est toi mon futur, dit Stan. Et je ne peux pas – je ne peux pas partir après ça. Je ne peux pas partir sans toi, pas question.
- Mange quelque chose, dit Kyle précipitamment, en secouant la tête. T'es bourré, tu l'as dit.
- Et ? J'y ai pensé toute la journée. Putain de merde, Kyle, je savas que tu dirais non.
- Ah ouais ? C'est probablement pour ça que tu l'as proposé. Je ne te laisserai pas payer pour ma fac, Stan. Bon Dieu. C'est beaucoup trop.
Ils mangèrent leur nouilles dans un silence pesant, les yeux fixés sur la télé. Kyle n'arrivait pas à se concentrer, et il savait que Stan ne regardait pas vraiment, lui non-plus. Stan était un crétin s'il était capable de croire que Kyle allait accepter sa proposition. Cet argent s'écoulera vite, et Kyle n'aura pas droit à l'erreur pour se montrer à la hauteur de ce que Stan avait investi. Il devrait vivre dans le secret, sinon il risquerait de se faire couper les vivres.
- Devine quoi ? dit Stan, la dernière bouchée avalée et le bol posé sur l'étagère incrustée dans le mur le long du lit de Kyle.
- Quoi ? répliqua Kyle, énervé par sa voix.
- Je refuse de te baiser à moins que tu promettes de réfléchir au déménagement en Californie.
Kyle leva les yeux au ciel.
- T'as cinq ans, c'est ça ? Je ne le ferai pas, Stan. Je veux être avec toi, mais c'est un prix trop cher à payer, ça va amener tellement de tensions -
- Pourquoi ? Pourquoi ça amènera de la tension ? Tu fais parti de ma famille, Kyle, et c'est parce que tu as racheté les dettes de mes parents que tu n'as pas eu le droit d'avoir de prêt et que t'as pas pu venir avec moi là-bas.
- Tu rois sérieusement que l'administration ne trouvera pas ça bizarre que tu payes pour moi ? Et on ne pourra pas vivre ensemble sinon les gens vont avoir des soupçons. Tu – tu devras sortir avec une fille, avoir une fausse copine. Putain, et je vais te détester -
- Qu'est-ce que tu racontes ? interrompit Stan en fronçant les sourcils. Pourquoi je devrais avoir une fausse copine ?
- T'es juste en première année mais tout le monde a les yeux rivés sur toi ! Ça ne va faire qu'empirer, personne n'acceptera que tu sois gay, pas toi, les sponsors seront en colère.
- T'en sais rien, dit Stan, mais il rougissait, les épaules tremblantes.
- Regarde les choses en face, puisque t'es borné et décidé à gâcher la soirée pour parler de ça. Ce qu'on vit, c'est une parenthèse. Une petite parenthèse gay dont personne en Californie ne sera au courant. Quand elle se referma, tu pourras partir et redevenir Superman, et tu n'auras même pas à culpabiliser, parce que tu m'as proposé de payer pour m'inscrire, en sachant très bien que je dirai non.
- C'est bon. Stan sortit du lit. Je retire mon offre.
- Parfait ! Où tu vas ?
- M'habiller.
- Pourquoi ? Le cœur de Kyle battait la chamade, il voulait retourner trois secondes en arrière pour s'empêcher de dire ce qu'il avait dit, mais il savait que c'était la vérité, et que ça fera tellement de mal quand Stan repartira se consacrer à sa vie normale, adulé des autres.
- Je ne sais pas, dit Stan. Je crois que je vais marcher un peu.
- Non, pas question ! Stan, arrête. C'est dangereux dehors, tu ne connais même pas la ville.
- Ça ira, lança Stan. J'ai grandi au Colorado, tu te souviens ? C'est juste de la neige à la con, je vais survivre.
- Stan, non ! S'il te plaît, je suis désolé, j'ai parlé comme un connard, mais tu ne peux pas -
- Je quitterai l'équipe de foot pour toi ! cria Stan en balança ses bottes par terre avant d'avoir pu les mettre à ses pieds. Je le ferai, si tu me le demandes, j'en ai rien à faire, tout ce que je fais est tellement nul à chier – tu vois, je savais que ce serait la merde, c'est pour ça que je n'ai jamais voulu faire le premier pas vers toi.
- Parce que tu devrais arrêter le foot ? dit Kyle, les larmes aux yeux.
- Non ! Parce que je savais que je foirerais tout !
- T'as rien foiré – arrête, ne vas pas dehors !
- J'ai besoin d'air, dit Stan en s'asseyant par terre pour lacer ses bottes.
- Je ne sais pas ce que tu veux que je dise, souffla Kyle. Sa voix bégayait mais elle n'était pas encore tout à fait brisée. J'ai essayé de ne pas y penser, mais je n'arrive pas en m'en empêcher, quand tu vas partir, quand je ne pourrai pas venir avec toi.
- Je te l'ai dis il y a pas cinq minutes, tu peux venir avoir moi ! Stan se leva et fouetta l'air avec ses bras. Pourquoi tu ne me dis pas franchement que tu ne veux pas ?
- Quoi ? Bien sur que je veux, mais je ne peux pas -
- Si tu voulais, tu le ferais, répliqua Stan en attrapant son manteau. Ce n'est pas compliqué.
- Si, c'est compliqué ! Comment tu peux ne pas le voir ? C'est compliqué à cause de l'argent, du football, du – du -
- De toi, Kyle ! C'est toi qui complique tout. Crois-moi, je sais. J'ai passé des années à faire la même connerie, cette connerie que tu fais exactement maintenant, parce que j'avais peur. Il y avait toujours une bonne raison pour que je puisse ne pas être avec toi. J'ai gâché tout ce temps à l'époque où je vivais à deux pas de chez toi, et peut-être qu'on avait besoin d'être séparé, peut-être qu'on avait besoin de temps, putain de merde, mais j'ai pris mon temps, et aujourd'hui je sais ce que je veux. Stan était devant la porte, emmitouflé dans son manteau, Kyle devrait courir après lui, mais il ne pouvait pas bouger.
- Qu'est ce que tu veux ? demanda Kyle. Il se sentait petit et sans défense, il ne portait qu'un boxer alors que Stan était en armure d'acier.
- Je t'ai dis ce que je voulais, dit Stan. Si il faut choisir entre toi et le football, je te choisis toi. Si il faut choisir entre toi et l'argent, je te choisis toi. Merde, si je pouvais être pris dans ta fac, je me ferai transférer ici. Si c'est ce que tu veux, je le ferai. Alors démerde-toi pour savoir ce que tu veux, Ok ?
Stan avait quitté la pièce et claqué la porte comme une tornade avant que Kyle ne puisse retrouver le contrôle de sa bouche. Kyle l'écouta marcher dans le couloir, puis descendre les escaliers. Il avait l'impression que le monde tournait à l'envers, que ce qui s'était passé ce matin avait été effacé de la galaxie. Il s'essuya les yeux et attrapa le champagne, bu à la bouteille. Stan avait tord ; il n'inventait pas de problèmes, il n'était pas juste effrayé. La vérité, c'est qu'ils devraient cacher ce qu'ils étaient vraiment l'un pour l'autre si Kyle partait en Californie, et ce sera dur, douloureux, dangereux. Kyle ne pouvait pas déménager, de tout façon, ne pouvait pas prendre l'argent de Stan et faire face à un Randy Marsh furieux quand il aura tout dépenser. Et après il y aura les parents de Kyle, ils seront humiliés en apprenant que Stan avait financé l'éducation de Kyle parce qu'ils en avaient été incapables. Il pouvait demander à Stan de se faire transférer, mais ce sera la fin de sa carrière dans le football, et Stan finira par haïr Kyle un jour. Kyle se haïssait lui-même, dans chacun de ses scénarios, mais la raison pour laquelle il se haïssait le plus, c'était d'avoir laisser Stan sortir de la chambre.
Kyle descendit le champagne cul-sec et regarda la pendule, attendant que Stan revienne. Il faisait noir dehors, la télévisons diffusait un reportage météo mais le son était coupé, apparemment une seconde vague de neige était prévue pour ce soir, les gens devaient s'attendre à vingt-cinq cimentière de plus sur les trottoirs. Kyle tomba endormi, sonné par la force de l'alcool. Il fit un rêve horrible, Stan se perdait dans la tempête, enseveli sous une avalanche, parti pour toujours. Il se réveilla avec l'impression que le lit s'effondrait, il suffoqua, se débattait, jusqu'à ce que Stan pose une main sur son dos et lui chuchote chuuut.
- Tout va bien, murmura-t-il. C'est moi. Sa main était froide ; il sentait la neige et les aiguilles de pin. Kyle roula sur le dos, se frotta les yeux, assez désorienté pour croire qu'ils étaient de nouveau au lycée, que Stan revenait d'un rendez-vous avec Wendy. Stan glissa sous la couverture comme il faisait toujours avant, mais cette fois il prit Kyle contre lui, dans ses bras. Ils s'embrassèrent, et Kyle se laissa flotter dans le passé juste quelques secondes de plus, imagina que c'était la nuit où Stan avait enfin décidé qu'il voulait plus avec lui et qu'il passait à l'acte, sans mot, sans hésitation. Il portait un T-shirt et son boxer, laissa Kyle lui enlever son haut, descendit le bas avant de faire pareil avec celui de Kyle. Ils soupirèrent contre leurs bouches, collés de la cheville à l'épaule, entièrement nus.
- Je suis désolé, chuchota Kyle en levant les yeux vers Stan quand il s'arrêta pour lui toucher le visage, les cheveux. La pièce était plongée dans le noir, Stan avait dû éteindre la télé. Les yeux de Kyle s'habituèrent à la lumière de la lune qui passait à travers la fenêtre, prit conscience du monde qui l'entourait, de Stan, toujours tremblant à cause de ses cauchemars tandis que ses mains trouvaient leur chemin le long du dos de Stan, derrière ses jambes, autours de ses épaules. Il frissonnait un peu. Il avait dû avoir si froid, dehors.
- Ne sois pas désolé, protesta Stan. Tu te fais déjà la vie assez dure.
- Je ne veux pas te perdre, dit Kyle, les mots lui crevaient la gorge et faisaient venir les larmes dans sa voix. Stan secoua la tête.
- Tu ne peux pas me perde, dit-il. Je suis à toi. Quoi que tu choisisses, quoi que ce soit, ça sera toujours comme ça.
Kyle l'embrassa, enroula ses jambes autour des hanches de Stan, les bras autour de son dos. Rien de ce que dira Stan ne pourra convaincre Kyle, ni le rendre assez confiant pour croire qu'il arriverait à le garder, que rien de plus grand, plus fort et meilleur ne viendra l'arracher de ses bras. Mais il y avait une chose, peut-être, qu'il pouvait faire.
- S'il te plaît, dit Kyle, en bougeant pour ses fesses puissent être contre le sexe de Stan, qui s'excita rapidement. J'en ai besoin, s'il te plaît, je veux que tu sois en moi.
Stan le regarda avec des yeux si tristes que pendant un moment Kyle pensa qu'il lui refuser, mais Stan l'embrassa, la respiration coupée, et quand il prit Kyle par les épaules il sut qu'il aurait ce qu'il avait demandé.
- J'en ai tellement eu envie, chuchota Stan à l'oreille de Kyle. Tellement. Tellement, Kyle. Merde, je me dégoûtais. Je croyais que – même si - même si tu voulais bien me laisser t'embrasser, tu ne voudrais pas ça.
- Pourquoi ? Kyle lui caressait les cheveux.
- Je ne sais pas. Stan baissa ses mains sur la poitrine de Kyle, les releva, lui toucha les tétons avec la paume de la main gentiment. Parce que j'aurai été incapable de faire aussi bien.
- Que quoi ?
- Que dans ma tête. Je veux savoir ce que ça fait, à un point, t'imagines même pas, dit Stan en tombant sur le lit, emportant le visage de Kyle contre le sien, pour lui faire un bisous esquimau. D'être en toi. Que tu m'offres, que – que tu me laisses le faire.
Kyle gémit et l'embrassa, frotta son sexe contre le ventre de Stan en se répétant ce qu'il venait de dire, il voulait le laisser faire, petit à petit, être pris. Il avait vu du porno et avait lu des trucs sur la baise entre mecs, il avait un peu essayé tout seul en bas deux ou trois fois, mais rien ne l'avait préparé à supporter à quel point il le voulait tout de suite, tout son corps suppliait Stan de le débarrasser de son innocence.
Ils utilisèrent la crème pour le corps de Kyle pour aider, la même bouteille que Kyle avait prise la nuit dernière pour se branler devant les photos de Stan. Ça avait l'air tellement loin, et si pauvre, si insignifiant, le fantasme de Kyle n'avait été qu'une vague approximation de ce que ça faisait vraiment d'avoir Stan tout autour de lui, en train de lui ouvrir les jambes avec une main, sous la couverture, pendant que l'autre le préparait avec un doigt doux.
- T'es serré, chuchota Stan quand il commença à entrer. Kyle acquiesça, en sueur, faisant de son mieux pour se détendre. Il avait l'impression d'être somnambule et ça l'aidait, la neige tombait comme des petites notes de musique contre la fenêtre. Il avait lu qu'on été censé aider, alors il le fit, le doigt de Stan vint plus profondément, ils gémirent en même temps.
- Bordel, dit Kyle. Il ne pouvait pas croire que ça arrivait enfin, et ne pouvait pas imaginer vivre dans un monde où il en aurait était privé, vivre sans faire autant confiance à Stan, à ce point.
- Ça va ? demanda Stan en l'embrassant sur les deux joues. Kyle hocha la tête.
- C'est bien, dit-il, le visage brûlant. Ça – uh. Tu aimes ça ?
- Oui. La respiration de Stan était agitée, stressée. Il sortit presque tout son doigt et le remit, doucement. Kyle battit des paupières puis ferma les yeux, Stan se pencha pour lui embrasser le cou quand il balança sa tête en arrière.
-Putain de merde, t'es tellement beau, dit-il en faisant rire Kyle, qui se serra encore plus autour de doigt de Stan.
- T'u dis ça parce que c'est vrai ou pour me détendre ? plaisanta-t-il.
- Les deux. Je crève de – chaud, Kyle, merde, t'es tellement serré.
- Ngh. Oui. Continue. C'est trop bon.
Ils s'allongèrent sur le côté, Kyle enroula ses jambes autour de Stan pour lui donner un meilleur accès, Stan tendit son bras libre autour des deux épaules de Kyle. Kyle pensait que ce moment serait le plus embarrassant, mais il sentait si bien, à l'abri, à embrasser Stan pendant que son doigt allait et venait en agitant ses hanches pour avoir plus et gémissant de joie quand il l'eut.
- Kyle, dit Stan, dans un souffle, contre la bouche de Kyle.
- Hmm ?
- Tu – ah. Je ne sais pas. Je n'arrive pas à croire que c'est toi. Pour de bon.
Kyle agrippa son sexe et celui de Stan, les toucha en même temps, à la même cadence que le doigt de Stan. Stan comprit, et l'imita quand Kyle se mit à aller plus vite.
- Je te veux, dit Kyle en mordillant la lèvre. Stan gémit, mais pas de plaisir.
- N-non. Pas déjà. Putain, t'es tellement petit. T'es pas prêt. Je ne veux pas te faire mal.
- Ça ne fera pas mal, répondit Kyle, même s'il était sûr du contraire, en tout cas pour le début. Pense – pense juste à quel point je vais être bon autour de ta queue.
- Je suis en train d'y penser, marmonna Stan. En essayant de ne pas jouir.
- Tu ne peux pas jouir tout de suite. Kyle jouait avec la lèvre de Stan, agitait ses hanches vers l'avant pour que le doigt de Stan le prenne plus vite, plus profond, pas encore assez. Pas avant que tu ne sois en moi.
- Tu y as déjà pensé ? Ils étaient si proches, connectés, Kyle entendit quand Stan avala sa salive. A ce que je vienne en toi ?
- En moi, sur moi, partout après que je t'ai servi -
- Putain, Kyle, bordel.
Stan retira son doigt lentement, Kyle se contracta quand il fut parti, il sentait le manque, il savait qu'il était ouvert même sans rien, juste un petit peu. Il roula sur le dos et regarda Stan se verser de la crème dans la paume de sa main.
- Tu es sûr que t'es prêt ? demanda Stan en se préparant.
- Oui, dit Kyle en pensant « Non ». Il n'y avait qu'un moyen de le savoir. Kyle prit appui sur ses chevilles, offert, écarta les jambes comme quand il avait besoin de jouir de toute urgence toutes les fois où il avait été terrifié que quelqu'un le surprenne ainsi, soumis et sans défense. Stan poussa un juron étouffé, lui caressa les jambes.
- Tu veux que je mette un coussin en dessous de toi ? demanda-t-il. J'en entendu, heu, je veux dire, j'ai lu que ça aidait.
- Ok, dit Kyle, surtout pour que Stan se sente utile. Sous cet angle, Kyle était encore plus vulnérable, évidemment disponible, ouvert à ce qui allait lui arriver. Il prit une grande respiration et expira, les yeux plongés dans ceux de Stan.
- Dis-moi d'arrêter si ça fait mal, dit Stan. Il se touchait tout seul, l'air mort de peur, comme s'il prenant ses dimensions et se demandait comment ça pourrait bien pouvoir marcher.
- Va juste doucement, dit Kyle qui commençait à se sentir assez éveiller pour s'inquiéter, mais sa queue était excitée contre son ventre et il le voulait, il en avait besoin. Vraiment très doucement, ajouta-t-il.
Stan réarrangea la couverture sur eux avant de se mettre en position. Kyle était content d'être dans une sorte de tente, même si sa peau transpirait déjà assez. Il gémit avec une voix très rauque, trop, quand il sentit le bout du sexe de Stan contre lui, timide et trop gros, vraiment gros. Kyle attrapa la couette avec ses deux mains et essaya de garder une respiration calme.
- Hé, dit Stan qui avait remarqué sa panique. Il se pencha pour l'embrasser, lui caresser le visage avec ses pouces. Tu veux que je te détende encore ?
- Oui, dit Kyle en faisait semblant d'être agacé. Avec ta queue. Viens, s'il te plait. Je suis prêt, allez. Fais-le.
C'était une brûlure longue et lente, Kyle en sentit chaque millimètre, le sexe de Stan changeait son corps en venant en lui, lui faisait se rendre compte avec précision d'endroits qui n'avaient jamais été touchés auparavant, ses nerfs crièrent de couleur une seconde puis de curiosité juste après, tout tombait comme des dominos. Stan lui touchait le sexe, mettait son pouce dans son nombril, mais Kyle avait du mal à enregistrer les sensations, toutes ses pensées étaient fixées pour garder Stan en lui, ses hanches étaient chaudes à présent.
- Je suis à moitié dedans, dit Stan en le regardant. Kyle ria un peu follement, lui toucha la poitrine avec des mains tremblantes.
- A moitié ? répéta-t-il, ahuri.
- Tu veux que j'arrête ? Ou bien on pourrait -
- Non, bon Dieu, on en est déjà là. C-Continue.
Kyle ne savait pas très bien au bout de combien de temps Stan se mit en lui, mais ils soupirèrent de soulagement quand il fut entièrement à sa place, le corps de Kyle tremblait comme une feuille quand Stan l'embrassa. Il enroula ses jambes autour du dos de Stan, hoqueta à cause de cette sensation, pouvoir bouger pendant que Stan le pénétrait, profondément. Ils s'embrassèrent un long moment, Kyle n'arrivait pas à décider quel cœur palpitait le plus fort.
- Tu vas bien ? chuchota Stan contre la lèvre inférieure de Kyle. Il hocha la tête au ralenti, et c'était vrai, il allait bien.
- Tellement, dit-il. Stan gémit.
- J'ai l'impression d'être au paradis.
- C'est juste mon cul mais merci quand même.
Stan lui fit un grand sourire, un peu timide.
- Ne me fais pas rire, prévint-il.
- Pourquoi pas ?
- Parce que je vais jouir dés que je vais commencer à bouger, et rire n'arrangera rien.
Ils s'embrassèrent encore, paresseusement, tous les deux tentaient de rester sérieux. Kyle avant les mains sur la taille de Stan, le tenait sans forcer, ses doigts glissaient le long d'une fine goutte de sueur qui descendait sur sa peau bronzée.
- C'était pareil avec elle ? interrogea Kyle. Il ne pouvait pas s'empêcher de se le demander, même si ce n'était pas le moment. Stan secoua la tête, la pencha pour lécher du bout de la langue la mâchoire en sueur de Kyle.
- Non. Pas pareil.
- Il y avait quoi de différent ? A part le truc évident.
- Je ne l'aimais pas comme je t'aime, dit Stan en tournant la tête pour le regarder dans les yeux.
- C'est à dire ? répliqua Kyle gentiment. Il donna à Stan une petite tape, regarda ses yeux changer.
- Plus que tout. Tout au monde.
Avec Stan en lui, tout autour de lui, plus proche qu'il ne l'avait jamais été, Kyle le crut sur parole. Il savait que c'était vrai pour lui aussi, que jamais il ne connaîtrait une chose aussi importante dans sa vie que ses sentiments pour Stan. Il bougea ses hanches timidement, Stan poussa un grognement.
- Tu peux bouger, toi aussi, dit Kyle.
- Je ne veux pas que ça finisse, dit Stan qui semblait au bord des larmes.
- On pourra recommencer, consola Kyle, parce qu'il voulait apprendre à le faire comme une brute, à tout essayer.
- Oui, mais - Stan l'embrassa, Kyle réalisa à quel point sa bouche était humide, sa langue bougeait doucement, comme si elle pesait deux tonnes sur la sienne. Mais c'est notre première fois, finit par dire Stan quand il recula la tête et lui donna un petit coup de nez.
- Tu veux prendre une photo ? demanda Kyle, en faisant rire Stan nerveusement. Ça ne le fit pas jouir, mais il commença à bouger ses hanches juste après, il le prenant sans doucement, par des coups légers, jusqu'à ce qu'il se fasse supplier d'en donner plus, en appuyant sur ses cuisses, et alors Stan jouit en poussant d'un coup brusque. Kyle se toucha rapidement tout en regardant le visage de Stan, ses yeux qui se fermaient et se rouvraient lentement en haletant comme s'il allait s'évanouir, paupières agitées, lèvres affamées. Kyle jouit en lui attrapant la bouche, ravala son gémissement.
Il n'était pas encore changé pour toujours avant que Stan se dégage doucement, prudemment. Il sentait que Stan l'abandonnait le cœur brisé par la perte, même si c'était également un soulagement, le corps détendu mais agité, poisseux. Il plongea dans les bras de Stan et se colla à sa poitrine, laissa Stan le dorloter comme une petite chose fragile. Il l'était, c'est vrai, et il se foutait que Stan le sache.
- Ça t'a plu, murmura Stan, ou plutôt constata, en dessinant sur son échine du bout des doigts, de haut en bas. Encore et encore.
- Bien sur, dit Kyle en l'embrassant sous le menton, à son niveau. Tu étais si bon.
- Vraiment ? Stan se recroquevilla pour qu'ils soient face à face. Pas trop - gros ?
- Non. Enfin, peut-être un peu trop fort au début ? Oui. Mais je veux comme ça. Pour apprendre. Je veux devenir super bon pour la prendre.
- Kyle, bordel. Stan souriait, heureux. Je vais rebander à cause de toi.
Ils s'embrassèrent un moment, tous les deux un peu endormis mais luttant pour ne pas fermer les yeux. Les paupières de Kyle étaient lourdes, il baillait contre les lèvres de Stan en le faisant rire.
- T'es trop mignon, dit Stan. Tu couines quand tu bailles.
- La ferme, répliqua Kyle, sous le charme. Il roula sur le côté, son dos contre le torse de Stan. Il pouvait sentir la jouissance de Stan sur lui, c'était le genre de chose qui aurait dû lui faire péter un câble normalement – les fluides corporels, le lit sale, la sensation que les choses n'étaient pas là où elles devaient être. Il adorait ça, partout, bizarrement, et il flottait sur un nuage d'accomplissement. Il avait fait du bien à Stan et en avait la preuve. C'était peut-être stupide d'en être fier, mais il ne pouvait pas s'en empêcher. Il se sentait orgueilleux, bien au chaud dans les bras de Stan.
- J'ai fais une bonne marche, tout à l'heure, dit Stan. C'était sympa dehors, très paisible. Ça faisait un peu mystérieux, aussi.
- Je me suis inquiété pour toi. Combien de temps tu es parti ?
- J'en sais rien, une heure ? J'avais besoin de réfléchir.
- Mouais. Réfléchir à quoi ?
- A toi. A quel point je t'aime.
- Putain, Stan. Kyle se tourna pour l'embrasser. Je t'aime aussi. Je ne te mérite pas,pas du tout. Je suis un connard ingrat.
- Non. C'était injuste, ce que je t'ai dit avant. Je t'ai foutu toute la pression pour que tu fasses un choix. Je veux juste qu'on reste ensemble tout le temps. Il serra Kyle un peu plus fort, laissa ses lèvres sur son front. C'est tout ce que je veux.
- C'est tout ce que je veux moi aussi, dit Kyle. Mais je ne veux pas que tu gâches tout avec le foot. Imagine qu'ils découvrent que t'es gay ?
- J'y ai pensé aussi, dit Stan. Je me disais que je pourrais leur dire, tout simplement.
- Quoi ? Kyle se redressa sur son coude, tout à coup parfaitement réveillé. Non ! Impossible. Ce sera l'enfer. Tu ne te rappelles pas de ces types à la station service ? Cartman ne sera pas toujours là avec son flingue.
- Ouais, bah, je n'aurai peut-être pas besoin de Cartman toute ma vie pour prendre ma défense. Je pourrai faire face. J'aurai des gens de mon coté si je le disais, tu sais. Il n'y aura pas que des connards.
- Ok, tes amis seront là pour te soutenir, pendant que tes ennemis te tireront dessus depuis les gradins.
- Je crois que t'exagères un peu.
- Les gars de ton équipe vont te rejeter ! Ils diront que tu les mates dans les vestiaires !
- Je suis sûr que certain s'en foutent, dit Stan d'un ton hésitant.
- Ouais, juste un ou deux. Et pour les coachs ? Ils cracheront dans ton casier tous les jours et ne te laisserons pas recommencer la saison comme quaterback. Ils trouveront une excuse de merde pour qu'un mec bien sous tout rapport le fasse à ta place.
- C'est bon, laisse tomber, interrompit Stan. T'as de bons arguments, Maître Broflovski.
- Je ne suis pas ton avocat, je suis ton – Il s'arrêta, en se demandant s'il devait le dire.
- Petit-ami, finit Stan. Il remit Kyle dos à lui, gentiment. Mon petit-ami très inquiet. Ou mon petit-ami paranoïaque, ça sonne mieux.
- Oui, bon, dit Kyle, tellement heureux qu'il voulait sauter en l'air dans un pyjama-lapin. C'était enfin le matin de Noël. N'en parle à personne, implora-t-il Sauf, tes parents ? Si tu veux ?
- Ça ne sera pas une grosse surprise pour ma mère. Quand elle apprit qu'on ne se parlait plus depuis juin elle a dit « Stanley, qu'est-ce que tu as fait ? ». Je pense qu'elle a dû croire que je t'avais fait flipper en tentant un truc.
- En essayant de me prendre par surprise pour m'embrasser ? Je trouve ça plutôt flatteur qu'elle ait cru que c'était toi et pas l'inverse.
- Mon père doit s'en douter un peu aussi. Tes parents savent déjà pour toi ?
- Stan, tous les glands de South Park savent que je suis amoureux de toi depuis le collège. Oui, mes parents le savent, et Ike aussi. Ils étaient là, tu sais, quand je suis rentré de Californie. J'étais une loque.
- J'étais une loque moi-aussi, dit Stan en le pinçant un peu. Putain, quelle journée. J'étais tellement inquiet, et après j'étais furieux quand Kenny t'a envoyé un message et que tu lui as dit que t'étais parti. J'avais encore tellement de choses à te dire. Je croyais qu'on avait le temps.
- Le temps, répéta Kyle, prêt à s'endormir. Cinq jours. Sauf si tu dois partir à Thanksgiving ?
- Non, on part tous vendredi, dit Stan. Tous le monde reste avec sa famille pour Thanksgiving.
- Alors c'est cinq jours, soupira Kyle. Il frotta son visage contre la poitrine de Stan. Ça va passer trop vite. Comme la semaine de vacances en été.
- Oui, mais cette fois on n'aura pas à subir le blabla à la con de Cartan, ni à se faire pourchasser par des péquenauds, ni à t'amener à l'hôpital en pleine nuit -
- Dis plus rien, ça va nous porter la poisse.
Kyle dormit d'un sommeil de plomb, épuisé et bien au chaud, en se rendant vaguement compte qu'il était à nouveau au lit avec Stan et qu'ils n'avaient jamais été aussi proches. Une partie de Stan était toujours en lui et le sera pour toujours, peu importe la distance. Il se réveilla à l'aube et roula en boule, pressa son dos contre Stan pour chercher une positon confortable. Stan soupira et se réinstalla contre Kyle, l'attrapa pour le serrer contre lui comme son jouet adoré. Aucun d'eux n'avaient l'habitude de dormir avec des peluches quand ils étaient petits. Pour Kyle c'était parce qu'il ne voulait pas avoir l'air d'un bébé comparé à Stan, déjà à l'époque. C'était drôle, aujourd'hui, parce que Stan l'avait vu de la façon la plus vulnérable qui soit, allongé sur le dos les jambes écartées, et c'était Stan qui avait eu l'air effrayé, pas lui. Quand Kyle se rendormit il rêva qu'il était au stade de South Park High, il regardait les joueurs sur le terrain de foot et cherchait Stan, qui apparu à ses cotés, il portait son maillot mais pas son casque ni le reste de équipement.
- Qu'est-ce que tu fais là ? demanda Kyle, confus. Tu devrais être en train de jouer.
- Non, je ne joue pas, dit Stan. Il posait son bras autour de Kyle et l'embrassait, devant tout le monde, pour que tout le monde les voient, il n'avait pas peur. Il souriait après, calme devant le visage déconfit de Kyle.
- C'est Kenny qui t'a dit de le faire ? bégayait Kyle, parce que dans son rêve la question tombait sous le sens. Stan riait et secouait la tête.
- Personne ne m'a dit de le faire. J'en avais envie, c'est tout.
- Mais Stan, le match -
- On l'emmerde le match, Kyle, on lui pisse à la raie. C'est ici que je veux être.
Ils s'embrassèrent encore, Kyle était fou de joie, parce que la voilà la solution à tous leurs problèmes : Stan voulait être avec lui. C'est ce qu'il s'était donné tant de mal à fourrer dans la tête de Kyle, et il le comprenait enfin dans le rêve, en lui offrant ses lèvres aux yeux de tous.
Stan dormait toujours quand il se réveilla, il ronflait très légèrement et bavait un peu. Kyle se déplaça et Stan grogna comme pour le prévenir de ne pas recommencer, mais il s'assit quand même et regarda par la fenêtre. La neige avait cessé de tomber mais il ne faisait aucun doute que c'était tout récent. Kyle avait vu sur le portail d'entrée, il était complètement bloqué par la neige.
- Kyle ? appela Stan en le cherchant avec une main hésitante, les yeux clos.
- Je suis là, dit Kyle en retournant sous la couette pour se blottir contre lui et embrasser ses cheveux en bataille. Je crois qu'on est enseveli.
Stan grommela.
- Parfait.
La journée passa vite. Un mélange léthargique de sexe et de grignotage, dans les couvertures chaudes qui sentaient leurs odeurs après l'acte. Ils s'amusèrent en regardant du porno sur le portable de Kyle et essayèrent de nouvelles choses à la tombée de la nuit. Stan le baisait un peu plus fort chaque nuit, jusqu'à ce que ça fasse assez perdre la tête à Kyle pour que ce soit le dernier mot qu'il comprenne et qu'il attrape Stan par les fesses pour lui ordonner d'y aller, plus fort, plus fort, plus fort. Quand Kyle avait enfin terminé, quand il le câlinait après l'action, ils restaient de longues minutes à reprendre leur souffle tous les deux, Kyle avait l'impression de voler hors de son corps tellement il était comblé, épuisé à la perfection, utilisé avec soin et bouillonnant. Il voulait une photo de lui comme ça, une invisible, ou peut-être une que seulement Stan pourrait voir. Il sentait que Stan en voulait une lui aussi, qu'il aimerait garder en mémoire les yeux de Kyle quant il était tout calme et sur le point de tomber endormi, d'être séparé de Stan encore une fois.
Ils s'aventurèrent un peu dehors en se frayant un chemin dans la neige épaisse. Kyle arriva à convaincre Stan de ne pas entrer par effraction dans le stade de football, mais consentit à lui lancer le ballon qu'il avait trouvé dans le foyer des élèves. Il laissait Stan imaginer des scénarios délirant et le plaquer dans la neige. C'était plus drôle que Kyle aurait cru, il éclatait de rire à chaque fois que Stan lui sautait dessus pour l'écraser, en sachant qu'il l'embrasserait une fois au sol. Ils firent les idiot dans les dortoirs vides quand ils en eurent assez de la neige, manquèrent d'exploser de rire en se retrouvant nez à nez avec un des rares étudiants qui restait à la fac pendant les vacances. Il était petit avec des lunettes, grandement soulagé en se rendant compte qu'ils le lui casseraient pas la gueule. De retour dans la chambre de Kyle, les vêtements envoyés dans tous les sens à la seconde où ils franchirent la porte d'entrée, Kyle se demanda s'il devait faire un effort pour rester silencieux ce soir, juste au cas où. Il décida que c'était probablement la meilleur chose à faire, mais il se rappela qu'il n'en avait rien à foutre d'être discret quand il s'allongea sur le lit avec Stan qui s'occupait de lui, alors il cria le prénom de Stan en prenant son pied.
Ils dormirent mal, bizarrement, en se réveillant souvent, ils finirent par rester éveillés pour parler toute la nuit en gardant la voix basse comme si leurs parents pouvaient venir tambouriner à la porte et dire qu'ils faisaient trop de bruit. Parfois ils étaient sérieux et se tenaient les mains en parlant de l'avenir, mais la plupart du temps ils rigolaient comme des gamins en se demandant s'ils se rappelaient ci ou ça de quand ils étaient petits ou se racontaient toutes les histoires qu'ils avaient accumulées pendant les mois de la séparation. Kyle chantonna pour Stan, redécouvrit toutes les chansons qui seront sienne pour toujours. Leurs paroles semblaient très différentes à présent, même « The Rainbow Connection » que Stan chanta en imitant Kermit la grenouille. Kyle ria à en chialer, assis entre les jambes de Stan avec juste ses sous-vêtement et sa chapka que Stan aimait de façon presque fétichiste. Il adorait que Kyle la porte pendant l'amour, donc Kyle la portait tout le temps.
Ils restèrent au lit en résistant à la tentation de se lever au matin de Thanksgiving, mais la lumière grisâtre qui traversait la fenêtre les inquiétait. Ils étaient restés éveillé jusqu'à tard la nuit précédente, Stan avait prit Kyle lentement pour voir combien de temps il pouvait tenir avant de venir. Ils refirent de même cette nuit là, leur toute dernière nuit, en voulant qu'elle ne finisse jamais, mais au matin ils ne pourraient pas rester cacher dans leur lit comme ça, parce que Stan aura un avion à prendre. Les routes avaient été salés, l'aéroport réouvert, bientôt le monde recommencera à tourner dans le bon sens.
- Je devrais appeler ma mère, dit Kyle alors qu'ils savouraient le silence, les doigts de Stan coincés sous sa chapka, avec son pouce qui lui caressait la joue.
- Pareil, dit Stan, mais il ne bougea pas pour chercher son téléphone. Il se rapprocha, demanda un baiser. Kyle pouvait sentir à quel point Stan était triste sur ses lèvres, il savait qu'il pensait au peu de temps qu'ils leur restaient. Il voulait que Stan se sente mieux, qu'il se sente bien, alors il le poussa sur le dos et s'allongea sur lui, lui embrassa le torse, l'estomac, le bout du sexe. Ils avaient décidé la veille de faire une pause avec la baise parce que Kyle commençait à avoir mal, mais il se sentait parfaitement bien à présent, il en voulait plus.
- Tu ne veux vraiment pas me le faire ? demanda Stan quand Kyle se pencha sur l'étagère pour attraper la crème.
- Pas pour l'instant. Un jour, peut-être. Il était vraiment stressé à l'idée, alors que l'inverse ne l'avait jamais rebuté. Il aimait être celui dont on s'occupait, et il aimait se mouvoir autour du sexe de Stan pendant qu'il le regardait, les mains sur ses hanches maigrichonnes.
- Putain de merde, dit Stan dont les doigts tremblaient à mesure que Kyle descendait. Tu es – ah. S-sûr que ça va ?
- Mhm – hmm, marmonna Kyle en penchant sa tête en arrière, les yeux fermés en s'installant tout seul pour prendre Stan complètement. Il était encore un peu endolori, mais pas assez pour l'empêcher de le faire, ou lui faire subir une journée sans l'avoir. Il baissa les yeux sur Stan qui le touchait l'air absent. Il regardait le visage de Kyle alors que ses mains lui caressaient le torse, puis le sexe.
- Tu es tellement beau, dit Stan. On aurait dit qu'il allait pleurer, et Kyle ne voulait pas, pas si vite.
- C'est la chapka, dit-il en la réajustant. Stan sourit, mais ses yeux étaient toujours tristes, alors Kyle bougea sur lui, et toute expression disparue du visage de Stan à part le plaisir.
Ils dormirent encore, puis se douchèrent. Kyle téléphona à sa mère qui le cuisina jusqu'à ce qu'il admette qu'il n'était pas tout seul et que Stan était venu pour rester avec lui. Elle eut immédiatement des soupçons sur la situation, et Kyle entra dans une colère noir quand elle sous-entendit de façon pas du tout subtile que Stan allait encore lui briser le cœur. Il était d'une humeur massacrante en raccrochant, retourna dans sa chambre où Stan était avachi sur le lit pour parler à sa mère lui aussi.
- Ouais, dit-il au téléphone en écartant le bras pour que Kyle vienne se blottir dedans. Maman, sérieux. Il y a pas de problèmes. Parce que tout va bien, Ok, tu peux me croire deux minutes ? Écoute, je dois y aller. Ouais, Ok. On se voit vendredi. A quelle heure tu arrives ? D'accord. Ouais. J'arrive à midi. Oui Oui. D'accord, Maman ! Stop pitié. Bisous. Je t'aime aussi. Bye.
- Elle va au Fiesta Bowl ? demanda Kyle en tripotant le torse de Stan sous son T-shirt.
- Oui. Elle te dit coucou.
- Tu lui as dit pour moi ? Kyle lui fit un grand sourire.
- Bien sûr. Tu ne l'as pas dit à ta mère ?
- Si. Je ne voulais pas vraiment en parler au téléphone, mais elle m'a harcelé.
- Elle était contente ? interrogea Stan. Ma mère est ravie. Elle a même dit « Dis coucou à mon futur gendre ».
- Ah. Kyle rougit. Heu, oui. Elle est contente.
Ils firent un saut en ville pour s'acheter à manger, et finirent par dîner tôt dans un restaurant Thaï où ils étaient les seuls clients. Les serveurs les traitèrent comme des membres de la famille royale, pour combler l'ennuie, et ils firent un vrai repas de Thanksgiving, avec des bougies aux chandelles et des assiettes pleines de bouffe. Kyle n'en revenait pas de tout ce que Stan pouvait manger, tous les rouleaux de printemps, les brochettes de poulet sauce satay, les raviolis chinois, la soupe de lait de coco et un énorme tas de curry Massaman. Le serveur apporta un nouveau bol de riz, sur lequel Stan se jeta.
- Quoi ? demanda Stan en remarquant la façon dont Kyle le regardait, la fourchette plantée sur une crevette au gingembre.
- Rien, dit Kyle à voix basse, en se penchant vers lui. Ça m'excite carrément.
- De quoi ? dit Stan en prenant une grosse bouchée de riz.
- Te voir manger.
- Wow, sérieux ? Stan se redressa, fier de lui. J'ai pris sept kilo. T'as remarqué ?
- Ouaip. C'est pas juste, vieux. J'en ai juste pris deux.
- Je t'aime comme tu es, dit Stan en se penchant pour lui chatouiller rapidement la taille. Kyle aurait pu l'envoyer promener avec une pique à la con, du genre que Stan aimait son physique parce qu'il ressemblait à une fille avec sa taille de crevette. Il préféra l'embrasser sur la joue. Il avait peur que Stan rougisse et tourne la tête pour vérifier que personne n'ai rien vu, mais il ne regarda même pas son bol de riz, en revanche il chercha la main de Kyle sous la table pour la prendre.
Il faisait nuit sur le chemin de retour pour rentrer au dortoir, Kyle commençait à sentir la panique monter en lui, il comptait les heures. Stan devra se lever tôt pour faire une longue route jusqu'à Philadelphie. Son avion partait à treize heure.
- Tu devrais venir avec moi, dit Stan alors que Kyle était muet et renfermé sur la route enneigé.
- Hein ?
- Au match. Viens avec moi. Je te prendrai une chambre d'hôtel et tout ce qu'il faut. On pourra passer une nuit de plus ensemble.
- Non, je – ça me fait peur, ça sera trop bizarre. On devra tout le faire attention à – à tout. Je ne pourrai même pas te toucher. Ils se tenaient les mains en marchant tout près pour lutter contre le vent glacé autour d'eux. De toute façon ta mère sera là – elle nous posera pleins de questions pour savoir comment on fera pour vivre à distance -
- Ma mère ne se fait pas du soucis à ce sujet, coupa Stan sèchement. Et moi non plus. Toi par contre tu t'en fais, j'imagine.
- Tu ne t'inquiètes vraiment pas ? Kyle lui jeta un coup d'œil septique. Tu me manques dès que tu quittes le lit pour aller pisser. Je – quand tu n'es pas là – ça va me tuer.
- C'est pour ça que je veux que tu partes avec moi. Au match, je veux dire – même si ce n'est pas le voyage le plus romantique du monde, au moins tu ne seras pas tout seul. Tu regarderas le match avec ma mère depuis les gradins, et on dînera tous ensemble -
- Et après, Stan ? Ça ne change rien, je devrai quand même te quitter à un moment !
- Je sais Kyle, merde, mais qu'est ce que tu veux que j'y fasse ? Je te l'ai dis, je veux que tu déménages. Je sais que c'est égoïste et que je te demande beaucoup, mais je ne crois pas que tu m'en voudras d'être parti alors que tu en as tellement envie, tu veux partir avec moi et je peux faire en sorte que ça soit possible.
- Putain, stop ! Kyle lâcha la main de Stan et se plaqua les poings sur le front. Tu me rends taré avec ça.
- Tu pourras voir Kenny tout le temps.
- Stan, t'es sérieux ? Tu crois vraiment que ça me faire changer d'avis ?
- C'est ton meilleur ami !
- C'est toi mon meilleur ami, rectifia Kyle en s'arrêtant sous le néon jaune d'un lampadaire.
- Je pensais que tu n'aimerais plus être appelé comme ça, dit Stan. Il lui reprit la main. Tu es mon copain maintenant. Je veux – bordel de merde, je veux le dire aux gens. Ça ne me plaît pas de devoir le cacher, c'est des conneries.
- Moi non plus ça ne me plaît pas, confessa Kyle. Dès que tu en auras fini avec le football on pourra le dire à tout le monde. On se baladera avec des petits chihuahuas et des débardeurs transparents dégueulasses si tu veux. Mais pas avant – Je veux juste ce qu'il y a de mieux pour toi ! Je veux te protéger.
- Je n'ai pas besoin de protection, dit Stan d'une voix ferme. Je ne me suiciderai pas si les gens découvrent.
- Oui, mais tu vas être étiqueté, tu comprends ? Tu seras le sportif de la fac qui a fait son coming-out. Les gens ne penseront qu'à ça et plus du tout à comment tu joues, on va te foutre la pression – Je crois que ce n'est pas une bonne idée du tout, Ok ?
- Ok, très bien. Stan lâcha la main de Kyle et recommença à marcher en abandonnant le rayon de l'ampoule jaunâtre. Kyle le suivit. Ils passèrent le reste du chemin à marcher en silence. Ils se déshabillèrent dans la chambre, Kyle se jeta sur le lit en sweat et boxer, retira sa chapka pour la poser sur la table de nuit près du lit. Il alluma son ordinateur portable en gardant Stan en vue du coin de l'œil. Il était toujours habillé avec son jeans, les yeux rivés sur son téléphone.
- Je vais voir le site de Kenny et Butters, annonça Kyle. Faut que je mate leur épisode spéciale de Thanksgiving. Prions pour que ce ne soit que de la bouffe.
- Ouais, dit Stan qui n'écoutait rien.
- T'as reçu un SMS ou quelque chose ? demanda Kyle, irrité.
- Ouaip.
- De qui ?
- Wendy.
- Oh. Qu'est ce qu'elle veut ?
- Elle me demande comment ça se passe.
- Comment ça se passe ? Kyle fronça les sourcils, se tourna pour le regarder. T'es resté en contact avec elle toute la semaine ?
- Je lui ai dit que je venais ici, répondit Stan. Dans le bus, quand je commençais à paniquer. J'avais besoin de parler à quelqu'un.
- Et alors, tu lui dis quoi ? interrogea Kyle. Il retourna à son écran d'ordinateur, trop en colère pour comprendre vraiment ce qu'il regardait : Butters massait les épaules de Kenny devant une grande table recouverte de nourriture, avec juste un petit tablier blanc et un chapeau en forme de dinde aux petites papattes orange qui pendouillaient contre ses oreilles comment une coiffure tribale.
- Je lui dis que tout va bien mais tu es un vrai con, dit Stan.
- Tu veux que je te tue ou quoi ? dit Kyle en le fusillant du regard. Pourquoi tu me dis ça ?
- Parce que t'as demandé.
- En quoi je suis un con, je te pris ?
- Parce que tu ne veux pas venir en Californie avec moi. Stan posa enfin son portable, retira son T-shirt et son jeans.
- Peut-être que je me plais ici.
- Alors je me ferai transféré, dit Stan en venant vers le lit.
- Non ! Tu ne quitteras pas l'équipe à cause de moi. Pas question, merde.
- Kyle ? dit Stan en marchant à quatre pattes sur le lit pour se mettre au dessus de lui et de l'ordinateur.
- Quoi ?
Stan le regarda quelques secondes, comme s'il pesait le pour et le contre sur ce qu'il s'apprêtait à faire. Il se pencha pour fermer le portable.
- Si tu veux que j'arrête de te demander de venir, alors j'arrête, dit-il. Mais tu dois savoir que tu me brises le cœur.
- Ne dis pas ça. Kyle posa l'ordinateur par terre et attrapa Stan pour le prendre dans ses bras. Je veux pas te faire de la peine, je suis juste réaliste. Il serrait Stan contre sa poitrine, le caressait, soupirait.
- J'ai besoin de toi, dit Stan doucement. Kyle gémit et le serra encore plus fort.
- J'ai besoin de toi moi aussi. Oh, putain, peut-être que je devrai juste envoyer chier la fac.
Stan rigola.
- Ouais, pareil. On pourrait profiter du piston et participer au nouveau phénomène porno-cours de cuisine. J'espère que tu n'as pas d'objections à être celui qui porte le tablier à froufrou.
- Et toi qu'est-ce que tu porteras ? demanda Kyle en posant sa joue sur le front le Stan. Un jock strap ?
- Bien sûr. Un truc de vrai mâle dominant.
Ils passèrent la plus grande partie de la soirée à s'embrasser paresseusement, et Kyle se surprit à prier pour une nouvelle tempête en maudissant le Fiesta Bowl sur dix générations. Les gros nuages ne firent pas le plus petit flocon, et son projet de rester éveillé toute la nuit tomba à l'eau vers vingt-deux heures quand Stan commença à lui toucher le dos pour le masser dans un câlin épuisé. Il se réveilla dans le néant, Stan profondément endormi à côté de lui. Il eut les larmes aux yeux en vérifiant l'heure sur l'horloge. Trois heures du matin, plus que deux heures avant que le réveille sonne. Le taxi de Stan sera là à six heures.
- Hé, chuchota Kyle en secouant l'épaule de Stan. Il savait qu'il aurait dû le laisser dormir, que demain sera une dure journée, mais il ne pouvait pas rester là en silence et regarder les secondes défiler. Stan se réveilla en grognant et tira Kyle vers lui.
- On s'est endormi, dit Kyle qui pleurait pour de bon à présent.
- Tout va bien, dit Stan. Il était toujours à moitié endormi. Il caressait les cheveux de Kyle d'une main lourde.
- Je devrais mettre mon chapeau, dit Kyle en l'attrapant. Tu – tu aimes mon chapeau.
- J'aime bien tes cheveux, aussi, dit Stan. Viens, allez, recouche-toi. Tout va bien. Pleure pas.
- Pleure pas ? Kyle avala un hoquet dans son sanglot. Stan. Tu seras parti dans trois heures.
- Tu peux toujours venir avec moi si tu veux.
- Non, je ne peux pas ! Je veux dire, j'imagine que je pourrais, mais – mais -
- Kyle, la ferme, interrompit Stan. Je veux que tu viennes. Dans le taxi, dans l'avion, dans le stade. En tant que petit-ami, je trouve que tu devrais faire tout ce que je veux.
Kyle renifla en s'essuyant les yeux.
- Ah ouais ? C'est comme ça que ça marche ?
- Je crois, ouais. On arrête avec ces conneries, d'accord ? Tu es toujours mon meilleur ami. Si les gens nous voient ensemble et qu'ils pensent qu'on couche, alors parfait. Je ne vais pas sortir d'un placard à la con – tu as raison, c'est pas le bon moment. Ça fera pleins d'histoires. Mais je ne vais pas non plus me prendre la tête à cause de ce que les autres pensent de moi. Je n'aurai jamais de fausse petite-copine. Alors tu peux venir en Californie. Si tu veux bien.
- Bien sûr que je veux ! dit Kyle qui avait du mal à respirer à cause des larmes, parce que c'est impossible, ça ne pouvait pas être aussi facile. Stan ne pouvait pas prendre ces décisions comme cela, à peine réveillé. Tout ne pouvait pas devenir clair comme de l'eau de roche au milieu de la nuit, mais c'était pourtant le cas, et il soupirait de soulagement à présent, parce qu'il pourra partir avec Stan demain matin, il le voulait, il le ferait.
- Shh, tu es tellement fatigué, dit Stan gentiment, en lui essuyant les joues avec ses pouces. Kyle ne pouvait pas s'arrêter de pleurer, mais il en avait besoin, car il avait besoin de dire à Stan qu'il avait eu raison, qu'ils ne pouvaient pas vivre séparé. Les cinq derniers mois avaient été tellement durs sans lui.
- Pardon, dit Kyle dans un hoquet, en inspirant une grande bouffée d'air. Je suis désolé, je suis trop bête.
- Tu n'es pas bête, dit Stan. Il embrassa Kyle sur les deux joues, accoudé sur le côté. Tu es le gars le plus intelligent que je connaisse.
- Je viens avec toi, arriva à dire Kyle d'une voix tremblante, en hochant la tête. Je viens avec toi, demain, et – et quand le semestre sera fini -
- Génial, chuchota Stan contre les lèvres de Kyle. Ils s'embrassèrent, le cœur de Kyle battait toujours la chamade en laissant Stan jouer avec sa langue, avec son souffle doux et sa bouche si chaude. Il prit Stan par le cou et enroula une jambe autour de lui, pour le tenir bien serré.
- Je ne te laisserai plus jamais partir, souffla Kyle en reniflant et en secouant la tête. C'est trop dur. Je ne peux pas y arriver, je ne peux même pas exister sans toi. Ça ne marche pas.
- Je sais, approuva Stan. Sa voix tremblait aussi. Il embrassa Kyle une nouvelle fois, monta sur lui. Je sais, Kyle, bon Dieu, je comprends tout à fait ce que tu veux dire. Le monde est un foutage de gueule quand je suis loin de toi.
Ils s'endormirent ainsi, entre deux baisers, Stan sur Kyle. L'alarme les réveilla en sursaut quand il fut l'heure, Stan la secoua pour l'éteindre. La chambre était plongée dans le noir. Kyle avait peur que lâcher Stan des yeux le fasse disparaître dans les limbes, mais quand Stan se retourna c'était bel et bien toujours lui, nerveux et manifestement angoissé.
- J'ai rêvé ? demanda Stan. Ou tu as vraiment -
- J'ai dis oui, dit Kyle. Il lui fit un grand sourire et rougit en se rendant compte de ce qu'il disait. Ça sonnait comme si Stan l'avait demandé en mariage. Stan sourit, lentement, comme s'il lui fallait un peu de temps pour accepter que tout était bien réel. Il se pencha sur Kyle et l'embrassa, les bras enroulés contre le bas du dos de Kyle.
- Alors, on y va, dit Stan le visage rayonnant.
Kyle se lava les dents, fit son sac, écrivit un petit mot pour Jacob. Je reviens dimanche. J'ai bouffé toutes tes provisions, désolé. En fait c'était Stan qui avait tout mangé, deux boites de junk food par jour jusqu'à ce qu'il ne reste plus rien, mais Kyle pourra expliquer plus en détails un autre jour.
Le taxi les attendait devant le bâtiment, et Kyle avait l'impression que le chauffeur était leur ange gardien attitré, même s'il n'était rien de plus qu'un vieil homme trapu avec une oreillette. Kyle se retourna pour regarder son dortoir en s'éloignant. Sa poitrine se serra en pensant qu'il aurait pu être de l'autre côté de la fenêtre, à ce moment précis, pour regarder le taxi arracher Stan loin de lui.
- Je n'arrive pas à croire que j'ai pensé rester, dit-il en marchant plus près de Stan, qui sourit.
- On va bien s'amuser. Vous aurez des supers bonnes places. Ma mère sera trop contente de te voir.
- Et après ? Kyle posa la main sur le genoux de Stan, le chauffeur ne faisait pas du tout attention, absorbé par une conversation avec son oreillette dans une langue que Kyle ne reconnaissait pas.
- J'ai pensé à un truc, dit Stan.
- Ok.
- Un road trip.
- Road trip ? Kyle eut un sourire amusé en pensant à l'été dernier, Kenny et Butters qui blottis sur la banquette arrière, Cartman et ses Cheesy Poofs, Stan qui chantait par dessus la radio, l'air sec du désert qui rentrait dans les fenêtres grandes ouvertes.
- Quand on déménagera tes affaires pour la Californie, dit Stan. On prendra l'avion ensemble pour rentrer à South Park faire la visite familiale et t'acheter une voiture, t'en auras besoin d'une à L.A., et on sera en vacances de toute façon alors on pourra prendre une semaine et conduire sur le même chemin qu'on a pris l'été dernier, sauf qu'on dormira à l'hôtel cette fois, il fera trop froid pour camper.
- Putain, Stan, c'est du délire – et s'ils refusent de me prendre, ou de me laisser partir ?
- UCLA le fera pour mes beaux yeux. Du moment qu'on gagne le Fiesta Bowl.
- Bordel de merde, alors t'as intérêt à gagner !
- Je vais gagner ! Alors ? T'aimes mon idée, ou pas ? Un road trip mais juste toi et moi cette fois ?
- Juste toi et moi, répéta Kyle, un sourire jusqu'aux oreilles. Ouais. J'adore l'idée.
Le chemin était long jusqu'à l'aéroport, Kyle tomba endormi sur l'épaule de Stan au bout d'un moment, en rêvant du désert qu'ils traverseraient dans quelques heures, du ciel clair et du soleil brûlant, les cris de joie de la foule d'étudiants. Il se réveilla en croyant qu'une autre alarme avait sonné, la peur au ventre en pensant qu'il avait juste rêvé de son happy ending, mais ce n'était que la sonnerie de son téléphone. Nouveau message. Stan était toujours bien à ses côtés, endormit la tête penché contre la sienne.
Kyle fit attention de ne pas réveiller en prenant son portable. Il ouvrit le SMS envoyé par Kenny.
ça va ?
C'était la première fois que Kyle voyait un message de Kenny avec une vrai ponctuation ; il devait être vraiment très inquiet. Kyle écrivit en souriant, il aurait donné n'importe quoi pour voir la tête de Kenny en recevant sa réponse.
Je vais très bien. On va vers l'ouest avec Stan. Et très bientôt ce sera pour de bon, je crois.
La réponse de Kenny ne se fit pas attendre, elle rendit Kyle encore plus heureux :
c'est pas trop tôt brofloski
Seize ans d'amitié et Kenny ne savait pas toujours pas écrire son nom de famille correctement. C'était assez rassurant, mine de rien, une des rares choses qui ne changera jamais. Kyle posa le téléphone sur sa cuisse et regarda par la fenêtre, la joue contre le front de Stan en regardant passer le paysage enneigé. La Californie ressemblera à ça quand il emménagera avec Stan le mois prochain, si tout se passait bien, mais, qui sait, le froid sera peut-être déjà derrière eux ; et le jour où ils traverseront la frontière ne sera pas celui de la fin de leur voyage, mais du commencement.
