Salut tout le monde !

Merci à tous pour vos follows et favoris, et merci pour vos reviews, Pilgrim, Julindy, Nagron, Hanae, Hasegawa et L (Mais de rien ! Merci à toi pour les reviews :D Ouiii absolument, maintenant il va pouvoir se faire aider et la situation va s'améliorer. Peut-être. Ou pas. XD Merci beaucoup, je rougis, aah ! Ça me fait hyper plaisir !). Vous êtes des amours, merci infiniment de prendre le temps de laisser un petit mot, ça fait toujours extrêmement plaisir !

Bref, une page de tournée ! Bucky est libre ! Wohohoho !

Le titre de ce chapitre, Song Of I, de Steven Wilson, que vous pourrez trouver sur Youtube en tapant ces mots, est hyper important pour moi parce que c'est cette chanson, plus encore que la fanvid Animals (qui a surtout inspiré les premiers chapitres en fait, jusqu'au kidnapping) qui m'a vraiment donné envie d'écrire cette histoire.

Déjà, l'ambiance de la chanson est particulièrement sombre et tendue et glauque, je trouve que c'est la bande-son parfaite de cette fic hin hin hin, et ensuite, les paroles, ça fait "I'm truly sorry but / This is my addiction / You're deep in my system" (Je suis vraiment désolé mais / Voici mon addiction / Tu fais partie de moi), et "I gave it all up / I gave it up to show you that I care / To show you that I could / But don't you ever ask me to give up you" (J'ai tout abandonné / J'ai tout abandonné pour te montrer que j'y tiens / Pour te montrer que j'en suis capable / Mais ne me demande jamais de t'abandonner, toi") ET BORDEL C'EST TELLEMENT STEEEEEVE ! C'EST TELLEMENT BUCKY ! Quand j'ai écouté cette chanson, je me suis dit, oh fuck oh fuck oh fuck, je DOIS écrire un truc sombre et tordu et malsain où Steve et Bucky auraient une relation toxique mais qu'ils seraient incapables de se laisser mutuellement partir.

Voilà ce que ça a donné !

Bref, je sais que c'est une chanson glauque et déprimante, et que c'est une fic glauque et déprimante, mais j'exulte chaque semaine à l'idée de vous présenter un nouveau chapitre parce que je suis absolument refaite de l'avoir écrite et d'être allée au bout de mon inspiration. Je vous lance toutes les paillettes, la guimauve et l'amour qui manquent cruellement dans cette histoire ! xD

Ce chapitre a été bêta-é par ma géniale Mégara, que tous les superlatifs ne suffisent pas à décrire, qui me fait rougir de plaisir et de bonheur quand je lis ses commentaires, parce qu'elle voit tout, pas juste les fautes, mais aussi ce qui m'est passé par la tête quand j'écrivais, et bon dieu ce que c'est gratifiant ! C'est toujours mon moment feel good de la semaine, alors Meg, MERCI INFINIMENT, MERCI MERCI MERCI !

Sur ce, après cette trop longue note d'auteur, voici le chapitre 7 ! On est presque à mi-chemin, les enfants ! :D


Chapitre 7 – Song of I

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Novembre

Les cauchemars débarquent dès la deuxième nuit. (La première, il est trop épuisé pour ça.) Il rêve que Steve entre chez lui et lui met un sac sur la tête pour le kidnapper. Il rêve qu'il va chez Steve et que celui-ci se tire une balle dans la tête devant lui. Il rêve que le poêle de la maison de Sarah prend feu et qu'ils meurent tous les deux dans l'incendie. Il rêve que Steve l'attache au lit dans la chambre et qu'il s'en va et ne revient plus, et Bucky hurle, il hurle, il hurle.

Il hurle quand il se réveille, et le type qu'il a ramené chez lui ce soir, juste parce qu'il le pouvait, hurle avec lui.

— Ça va pas la tête ? beugle-t-il.

Bucky se frotte les yeux, le cœur tambourinant dans la poitrine.

— Désolé. Un cauchemar.

— J'ai cru comprendre ! Putain, mec, faut te faire soigner !

Bucky lui adresse un regard venimeux (pff, il ne sait rien, de toute façon, il ne peut pas comprendre), mais le type n'y fait absolument pas attention. Il remet ses fringues et s'en va en claquant la porte. Bucky ne regrette pas son départ. De toute façon, il lui a juste demandé de rester parce qu'il a horreur de dormir seul.

Mais même dormir avec quelqu'un n'arrête pas les cauchemars, apparemment.

Bucky n'arrive pas à se réhabituer à son appartement. Son lit lui paraît immense, le canapé aussi. Il n'ose pas allumer la télé de peur de tomber sur Netflix. Rien que l'idée le fait frémir.

Et malgré tout ce bordel dans sa tête, il faut quand même qu'il aille travailler et qu'il continue à mener une vie normale. Quelque part, il en est content : ça le distrait. Quand il travaille sur un projet, il ne pense pas à Steve, il ne pense pas au canapé, il ne pense pas au tee-shirt licorne, il ne pense pas à Netflix et au pull orange.

— Hey, Barny Bucks, tu fais encore des heures sup' ?

— Tu peux parler, Tony, sourit Bucky.

Tony n'a pas posé de question sur son départ ; il n'a pas posé de question sur son retour. D'une certaine façon, Bucky estime qu'il a de la chance. Chez n'importe quel employeur, après quinze jours de vacances sans prévenir, il aurait été viré. Mais Tony n'est pas comme ça. Il est compréhensif. Et observateur.

— Tu as déjà des cernes de la taille du Texas. Tu devrais rentrer chez toi et dormir.

Comment lui avouer que le sommeil le fuit ? Il a dit à Steve qu'il n'en parlerait à personne, et il tiendra sa promesse. Il n'ose pas imaginer l'effet qu'aurait la bombe, s'il la lançait : Steve m'a kidnappé pendant deux semaines. C'est pour ça que j'ai disparu de la circulation. Il se demande comment réagiraient ses amis. Ce que diraient Tony, Natasha, Maria, Clint, Sam.

Parfois, il se dit qu'il est stupide de ressentir de la pitié et de la compassion envers Steve. Le mec l'a kidnappé, putain. Il devrait être sous les verrous.

Puis il se rappelle que Steve ne lui a pas fait mal, lui a préparé à manger matin, midi et soir, l'a transféré dans le salon quand il a dit qu'il ne supportait pas la chambre, lui a laissé prendre des douches, lui a laissé Netflix. Ne l'a pas touché. Tout aurait pu être tellement pire.

Ça ne rend pas la chose plus facile, bien sûr. Ça la rend peut-être même plus complexe. Bucky oscille constamment entre le ressentiment violent et la pitié profonde. Il a été kidnappé, mais pas maltraité. Il en veut à Steve, mais il l'aime encore. Difficile de savoir comment réagir quand son esprit ne sait même pas quoi ressentir.

Peut-être qu'il devrait voir un psy, lui aussi. Mais il a l'impression que ça aurait un goût de défaite ; que ce serait admettre avoir subi un traumatisme. Il n'est pas encore prêt.

Le deuxième obstacle compliqué, c'est de retrouver ses amis.

Pour eux, il s'est écoulé quinze jours, et c'est rare, c'est vrai, mais pas inhabituel qu'ils ne se voient pas pendant autant de temps. (Après tout, Bucky est parti à Hong Kong pendant trois mois, sans leur dire où il allait.) Leur vie n'a pas changé entretemps.

C'est différent pour Bucky. Pendant ces quinze jours, son monde à lui a explosé, et il a l'impression d'avoir atterri dans une sorte d'univers parallèle, où tout est semblable mais légèrement différent. Décalé, comme sur les images rouges et bleues qui forment une photo en 3D quand on met les bonnes lunettes, sauf que Bucky a perdu ces foutues lunettes en cours de route.

Lorsque Natasha l'invite pour Thanksgiving et qu'il débarque chez elle, pendant un instant, il a envie de se mettre à pleurer, à sangloter comme un bébé, comme Steve dans les bois, et il ne se rappelle pas avoir autant pris sur lui un jour pour contenir ses émotions.

Natasha le remarque, bien sûr. Elle remarque toujours tout, c'est épuisant.

— Ça va, Bucky ?

— Ça va, sourit-il.

Sa voix sonne faux, un peu trop aiguë, et Natasha fronce les sourcils.

— Quinze jours avec Steve, hein ?

Le cœur de Bucky s'arrête dans sa poitrine, puis il réalise que c'est l'excuse qu'il a donnée, ils sont partis en voyage, et c'est à ça qu'elle fait allusion.

— Oui, dit-il d'une voix nouée. C'était… pas simple.

L'euphémisme du siècle.

— Comment ça s'est passé ?

Mal. Très mal.

Il hausse les épaules.

— Il fallait qu'on s'explique. Je lui ai dit qu'il avait besoin d'aide. Il a eu du mal à comprendre, mais je crois que c'est bon, maintenant.

Au moins, il a arrêté de le stalker. Ça fait quatre jours que Bucky est rentré, et quatre jours qu'il n'a pas aperçu Steve. Il sait qu'il ne s'est pas suicidé (Sam lui donne des nouvelles), mais en dehors de ça, rien. Et là encore, son cerveau ne sait pas ce qu'il doit ressentir. Il devrait exulter de joie de s'être débarrassé de Steve, il devrait savourer le fait de pouvoir marcher dans la rue sans être suivi ou pris en photo, et c'est le cas, quelque part ; mais une autre partie de son cerveau ressent aussi un grand vide. Ça y est. Steve a vraiment quitté sa vie. Steve, son meilleur ami depuis près de vingt ans, son amant, son ravisseur, a disparu.

Il suppose qu'il lui faudra un peu de temps pour se faire à l'idée. Que c'est logique de ne pas réussir à s'habituer tout de suite. Il essaie de se convaincre que ce n'est pas son esprit qui est malade, que c'est une réaction normale (comme l'a dit un vieux sage, une réaction anormale à une situation anormale est un comportement tout à fait normal. Et si le vieux sage était en fait Hannibal Lecter, peu importe. Il prend les conseils là où il peut).

— Bucky ?

Bucky cligne des yeux. Il a oublié qu'il était en train de discuter avec Natasha. Troisième problème : il déconnecte sans cesse de la réalité. C'était parfois le cas avant, mais c'est nettement plus fréquent maintenant. Il se demande si ça ne vient pas de ces nuits qu'il a passées attaché au lit, à regarder le plafond et à se projeter dans une réalité alternative pour oublier où il se trouvait.

— Pardon, marmonne-t-il. Je suis un peu distrait.

— Je trouve que tu as mauvaise mine, dit-elle doucement.

Sans blague. Et pourtant, il a raccourci sa barbe. (Il se demande si Steve s'est coupé les cheveux.)

(Il se demande pourquoi il est incapable d'arrêter de penser à Steve. Combien de temps ça prendra avant qu'il n'y arrive.)

Il sourit à Natasha.

— J'essaie de repartir de zéro. C'est compliqué.

— C'est fini entre vous, alors ?

— Oh oui. Bien fini.

Ça, au moins, aucune des parties de son cerveau ne peut le contester.

— Si tu as besoin d'aide, on est là pour toi, tu le sais, hein ? demande Natasha.

Bucky lui sourit. Toute l'aide qu'elle lui propose ne lui sera probablement d'aucune utilité face à ses démons. Mais il hoche la tête quand même.

— Merci.

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Décembre

Les décorations de Noël sont partout. Si ça s'était passé comme l'année dernière, Bucky aurait choisi un sapin avec Steve, qu'ils auraient ramené chez eux et décoré avec leurs ornements. Steve aurait voulu mettre les boules bleues, blanches et rouges qu'il veut toujours mettre, Bucky aurait préféré que le sapin soit rouge et argenté, parce que c'est plus classe. Ils se seraient disputés, puis Steve aurait dit, d'accord Bucky, c'est moi qui ai décoré le sapin l'année dernière, à ton tour, cette fois. Et Bucky aurait triomphé, puis il aurait quand même mis des boules bleues dans le sapin pour Steve.

Mais cette année, il n'y a pas de boules bleues, pas de sapin, pas de Steve. C'est la première fois depuis une éternité qu'il passe Noël sans lui. Depuis la mort de sa mère, il a toujours trouvé un moyen d'échapper à son père ce jour-là pour venir s'incruster à la table des Rogers. Ce qui n'était pas très dur ; de toute façon, George Barnes passait la journée assis devant la télévision (comme toutes les autres journées) et se souciait peu de l'endroit où était son fils.

Lorsqu'il pense à Noël, il pense à Sarah, et lorsqu'il pense à Sarah, ses souvenirs le ramènent automatiquement à la maison dans les bois, près du lac de Clearwater. Et son estomac se noue, ses mains se mettent à trembler, et il doit mettre en pause ce qu'il est en train de faire pour se reprendre.

Il a toujours aimé Noël. Cette année, il aimerait pouvoir s'endormir au cours du mois de décembre et ne se réveiller qu'à la mi-janvier.

Il assiste à l'opération commando de ses amis. Il sait qu'ils le surveillent de près, depuis son retour, surtout Natasha, et qu'ils savent qu'il y a anguille sous roche. Ils mettent ça sur le compte de la rupture, du premier Noël qu'il passera sans Steve, et ce n'est pas entièrement faux, au fond. C'est juste une petite partie du problème.

— Tu vas chez ton père pour les fêtes, Bucky ? demande Maria un matin, dans les couloirs de la tour Stark.

Bucky sourit. Il n'a pas vu son père depuis au moins deux ans. La dernière fois qu'ils se sont parlé au téléphone, près de neuf mois plus tôt, Bucky a dit : salut papa, c'est Bucky, et George a dit : qui ça ? Bucky ? …Ah, oui, salut, fiston. Et le pire, c'est que Bucky n'était même pas surpris que son père l'ait oublié.

— Non, répond-il simplement sans entrer dans les détails. Je reste chez moi.

— Si tu ne veux pas être seul ce jour-là, tu peux venir chez moi. Mes parents seront là, mais ça ne les embêtera pas.

Les parents de Maria Hill sont les gens les plus terrifiants que Bucky connaisse (à part Natasha) – sauf que Maria n'en est absolument pas consciente.

— Merci, dit-il en secouant la tête. C'est gentil, mais non.

— Et pour le Nouvel An ? Tu vas chez Tony ?

Le Nouvel An. C'est ce qu'il redoute le plus, à vrai dire. Tous les ans, Tony fait une grande fête chez lui, et il invite la moitié de la population mondiale. Bucky ne voit pas comment Steve pourrait ne pas y être. L'idée de le revoir lui fait courir des frissons glacés dans les veines.

— Je verrai, dit-il d'un ton faible.

Quelques jours plus tard, c'est Natasha qui lui tombe dessus.

— Tu n'es pas obligé de venir à la fête de Tony. Je suis sûr qu'il comprendra.

Ce qui veut dire qu'elle a parlé à Steve, et qu'il sera là. Bucky sourit. (C'est presque un automatisme, maintenant. Chaque fois que quelque chose le trouble ou le contrarie, il sourit. Il se rend bien compte que c'est un mécanisme de défense qui ne trompe personne, et Natasha fronce les sourcils dès qu'il le fait, mais c'est plus fort que lui. Il préfère se cacher derrière son sourire que derrière ses larmes.)

— Je verrai, répond-il à nouveau d'un ton évasif.

— Et pour Noël ?

— J'ai un rendez-vous en tête-à-tête avec une pizza dans mon appart.

Natasha n'insiste pas.

Le lendemain, c'est Clint qui essaie.

— Bucky, tu veux venir passer Noël chez moi ? Je n'ai rien de prévu, on pourrait jouer à des jeux vidéos et regarder Netflix.

Bucky se fige. Il lui faut un très long moment avant de reprendre suffisamment de contrôle sur lui-même pour répondre :

— Ok pour les jeux vidéos.

Clint lui adresse un regard un peu perplexe, mais il ne fait aucune remarque, heureusement.

Et c'est comme ça que le 25 décembre, il se retrouve chez Clint, en chaussettes, à jouer à Black Ops, une bière à côté de lui. (Il n'a toujours pas osé avouer à ses amis qu'il ne supporte plus le goût de la bière depuis celles que Steve achetait pour lui dans la maison dans les bois.)

Tout compte fait, la journée ne se passe pas trop mal. C'est le soir, lorsqu'il rentre chez lui, l'estomac bourré de dinde achetée toute prête, que commencent les ennuis. Il allume la télé et tombe sur les bêtisiers que lui et Steve regardaient chaque année. L'émotion qui le submerge est si violente que pendant un instant, il a l'impression que son corps lui-même s'est déconnecté. Il reste là, les bras ballants, à regarder un présentateur essayer de maîtriser son fou rire au journal TV, et brutalement, il remet ses chaussures, son écharpe, son manteau, il sort dans la rue, se précipite chez le premier magasin chinois qu'il voit, et achète un petit sapin en plastique et des boules bleues, blanches et rouges.

Merde, merde, merde, merde, merde, pense-t-il sur tout le trajet du retour. Mais ça ne l'empêche pas, une fois rentré, d'installer l'horrible chose de plastique vert pétant sur une commode dans le salon.

Un peu plus d'un mois depuis son retour à la civilisation, et il n'arrive toujours pas à oublier Steve. C'est ridicule.

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Le sapin en plastique trouve son chemin vers la poubelle le lendemain à peine. Bucky fixe son portable pendant un long moment, en se demandant s'il devrait lui envoyer un message, ne serait-ce que pour savoir comment il va (d'après Sam, il est toujours en vie et semble vouloir le rester, mais c'est tout ce qu'il sait), puis il soupire et laisse tomber l'idée.

Il hésite très longtemps à aller à la fête de Stark. S'il n'arrive déjà pas à oublier Steve quand il ne le voit pas, qu'est-ce que ce sera en étant dans la même pièce que lui ?

Et d'un autre côté… il a envie de le voir. L'idée fait froid dans le dos : Steve lui manque. Bucky ne comprend même pas comment c'est possible, après tout ce qui s'est passé entre eux, il ne comprend pas comment son cerveau peut continuer à éprouver des sentiments envers ce type alors même que la simple mention de Netflix et de licornes lui donne envie de vomir.

Il doit être tordu, lui aussi. Il décide de prendre rendez-vous avec un psychologue. Il a trop retardé l'inévitable.

Le 31 décembre, il se met en smoking, il s'attache les cheveux, il soigne sa barbe, il noue sa cravate, il polit ses chaussures. (Il se met du fond de teint pour cacher les cernes.) Quand il se regarde dans le miroir, il se dit qu'il est sacrément canon, et que ça faisait longtemps qu'il n'avait pas eu cette impression (malgré la facilité impressionnante dont il fait preuve pour trouver des types sur Tinder et Grindr et les convaincre de venir chez lui quand il en a envie).

Il débarque chez Tony avec un sourire de vainqueur sur les lèvres et les mains tremblantes dans les poches de son pantalon.

Et Steve n'est pas là. Il passe sa nuit à chercher, au cas où il aurait raté la tête blonde (voire châtain selon le degré de propreté de ses cheveux), mais il sait que c'est peu probable. Son radar à Steve n'émet pas un seul ping de toute la soirée.

Finalement, il aperçoit Sam, et c'est lui qui transforme son estomac en sac de nœuds par procuration. Sam s'approche de lui avec un sourire. Ils ne se sont pas revus depuis le jour où Bucky a déposé Steve chez lui, parce que Sam est plus l'ami de Steve que le sien, mais ils sont restés régulièrement en contact par messages.

— Hey, Sam.

Il n'ose pas poser immédiatement de question sur Steve, et la discussion qui suit met ses nerfs au supplice (oui, je vais bien, bah, le boulot, normal, et toi alors, ah oui, super), puis finalement, il arrive à trouver un fond de courage au milieu du néant caché dans son ventre.

— Comment va Steve ?

Sa voix a baissé d'un ton sans qu'il ne s'en rende compte. Comme si le sujet Steve ne pouvait pas être abordé à un volume normal. Sam penche la tête.

— Ça va, ça va.

Vraiment ?

Sam l'entraîne vers un coin un peu moins fréquenté (même si ce n'est pas vraiment nécessaire ; tous les yeux sont posés sur Tony qui fait le pitre à l'autre bout de la pièce).

— C'est pas simple, dit-il à voix basse également. Il se sent vraiment mal par rapport à ce qu'il a fait.

Le cœur de Bucky tombe en chute libre de quarante étages.

— Ce qu'il a fait ? demande-t-il d'une voix étranglée.

Steve lui aurait tout raconté ?

— Tu sais, l'infidélité, l'espionnage, les nounours sur le palier, tout ça.

Oh. Oh, ça. Bon dieu. Ça paraît presque dérisoire, maintenant. Comparé à Netflix.

— Ah… Oui…

— Il s'en veut énormément, mais il a commencé à se faire suivre de près. Il voit un psy et il prend des antidépresseurs. Ça va mieux, il s'est coupé les cheveux et il s'est remis à chercher du travail, mais il y a des rechutes.

— Pourquoi il n'est pas là ce soir ?

— Parce qu'il s'est dit que tu viendrais, et il ne voulait pas te faire subir sa présence, d'après ce qu'il a dit.

Bucky a envie de pleurer, et il ne comprend pas pourquoi. Mais il ne comprend pas non plus pourquoi il s'est fait beau pour Steve et pourquoi il est incapable d'arrêter de penser à lui. Presque tout dans sa vie échappe à sa compréhension, en ce moment, et c'est terrifiant.

— Et toi, ça va ? demande Sam. Steve me demande souvent de tes nouvelles, mais si tu ne veux pas que je lui parle de toi, ça ne me dérange pas.

— Ça m'est égal, dit Bucky. Il a arrêté de me stalker, il peut bien prendre des nouvelles de moi. Dis-lui que ça va. Que tout va bien. Que je suis content qu'il commence à aller mieux. Tu lui diras, ok ?

— Ok, répond Sam. Mais tu es vraiment sûr que ça va ?

— Oui, sourit Bucky.

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Janvier

Bucky n'a jamais aimé le mois de janvier. Déjà, parce que c'est le cinq de ce mois que sa mère est morte, quand il avait douze ans. Un accident de la route, une plaque de verglas invisible. C'est la première fois depuis sa mort que Bucky va au cimetière sans Steve, et lorsqu'il s'arrête devant la grille de l'entrée, il se demande s'il sera de taille à supporter l'épreuve, cette année.

Finalement, après un long moment, il parvient à se convaincre de mettre un pied devant l'autre et arrive devant la tombe. Un petit bouquet de fleurs blanches dont Bucky ne connaît pas le nom attend déjà dans un vase. Les fleurs sont fraîches du jour. Il est huit heures du matin, le soleil vient à peine de se lever ; Steve a dû passer très tôt pour que Bucky ne le voie pas.

La vision des fleurs provoque un véritable tsunami dans l'esprit de Bucky, un raz-de-marée sur ses joues. Il n'a plus pleuré comme ça depuis l'ascenseur, chez Sam, le jour de sa libération. Ses larmes coulent dans son écharpe noire.

— Maman, je sais pas quoi faire, hoquette-t-il entre deux sanglots. J'ai perdu le contrôle de ma vie.

La tombe, malheureusement, ne lui offre pas de conseil salvateur.

Après un long, très long moment, il essuie ses joues, pose son bouquet à lui à côté de celui de Steve, et sort du cimetière, les yeux bouffis.

Une fois rentré chez lui, il sort son portable et décide d'envoyer un message à Steve.

Merci pour les fleurs.

Bucky ne s'attend pas à recevoir de réponse, mais elle arrive tout de même, une dizaine de minutes plus tard.

De rien.

Il fixe le texto comme s'il contenait le message le plus important du monde.

Finalement, il décide de se coucher et de passer la journée au lit. Son esprit l'épuise.

Il a rendez-vous avec la psychologue le lendemain. C'est un moment qu'il attend avec beaucoup de terreur et d'impatience. Lorsque la porte s'ouvre, dans la salle d'attente, il en lâche son magazine.

Le début est compliqué.

— Je ne sais pas ce que je suis censé dire, avoue Bucky.

— On peut commencer par apprendre à se connaître, sourit la psychologue. Je m'appelle Helen Cho, j'ai 35 ans. J'étais chirurgienne avant, mais je me suis reconvertie dans la psychologie il y a quatre ans. Je fais de la gymnastique et j'ai deux chats. J'aime essayer de comprendre ce qui bloque quelqu'un et j'espère pouvoir vous aider à surmonter ces blocages. À votre tour.

— Je m'appelle Bucky. J'ai 26 ans. Je suis ingénieur en informatique pour Stark Industries.

Il ne sait pas quoi ajouter d'autre sans entrer dans le vif du sujet. Helen hoche la tête d'un air encourageant.

— Qu'est-ce qui vous amène ici, Bucky ?

J'ai été séquestré par mon ex-petit ami.

Il ouvre la bouche.

Puis la referme.

Puis la rouvre.

Puis la referme.

Helen le regarde d'un air patient, avec un sourire bienveillant au coin des lèvres. Est-ce qu'elle continuera à le regarder comme ça lorsqu'il lui dira qu'il n'arrive pas à oublier un homme qui lui a pourtant causé beaucoup de souffrance ?

— Je suis perdu, finit-il par lâcher d'une voix faible.

Helen hoche la tête.

— C'est une sensation tout à fait normale. Qu'est-ce qui vous donne cette impression ?

Bucky fixe ses mains.

— Je n'arrive pas à me réhabituer à ma vie. Après… avoir été séquestré.

Un silence de mort tombe sur la pièce.

— Pardon ? demande Helen. Vous…

— Vous ne pouvez rien dire, pas vrai ? coupe Bucky. Tout ce que je raconte ici. Vous ne pouvez en parler à personne. Éthiquement parlant.

— C'est vrai, mais…

— Je ne veux pas que les autres le sachent. Que la police le sache.

— Vous n'en avez pas parlé à la police ?

Helen est visiblement en train de lutter pour ne pas laisser la surprise prendre le pas sur son professionnalisme.

— Vous connaissiez votre agresseur ?

Agresseur. C'est la première fois qu'il voit Steve sous cette lumière. Ravisseur, d'accord. Détraqué, sans aucun doute. Mais agresseur implique de la souffrance physique, et Steve ne l'a jamais fait physiquement souffrir. C'est bien pour ça que son esprit, tout en n'arrivant pas à passer par-dessus, lui en veut de rester bloqué sur cet événement.

Mais maintenant que Bucky y réfléchit, il y a bien eu agression. Psychologique. Il n'a pas les marques pour le prouver, mais il a reçu une blessure. Et quoi qu'en pense son cerveau, elle prendra du temps à guérir.

— Bucky ?

Bucky sursaute. Il s'est perdu dans ses pensées, une fois de plus.

— C'était mon petit ami, avoue-t-il.

— Votre petit ami vous a séquestré ?

— Après notre rupture. Il m'avait trompé. Ça paraît tellement ridicule, maintenant.

Helen reste silencieuse, pensive. Attentive.

— Il a mis un somnifère dans mon thé. Il m'a emmené dans la maison de sa mère. Il ne voulait pas que je le quitte. Il a probablement fait ça sous le coup du stress et de la dépression. Il n'est pas comme ça, en vrai.

— Vous le connaissiez bien ?

— C'est mon meilleur ami depuis que je suis enfant.

— Et c'est pour ça que vous ne voulez pas en parler à la police. Vous ne voulez pas qu'il soit incriminé.

— Non.

— Quand vous êtes-vous échappé ?

— Je ne me suis pas échappé. J'ai raté ma tentative. J'ai pleuré, et il a pleuré, et il a accepté de me libérer, et je lui ai demandé de se faire soigner. C'était en novembre. Il m'a libéré le 19 novembre, quinze jours après m'avoir enlevé.

— Pourquoi n'avoir pas cherché de l'aide plus tôt ?

— Parce que je croyais que je n'en aurais pas besoin. Je me disais que ce n'était pas si terrible. J'étais attaché au canapé, à regarder Netflix sans arrêt. Il me donnait à manger, à boire, il me laissait prendre des douches et aller aux toilettes chaque fois que je demandais. Il ne m'a… jamais touché une seule fois. Il y a pire, comme séquestration.

— Je crains que votre esprit ne fasse pas vraiment la différence.

— C'est bien pour ça que je suis là. Parce que j'ai fini par m'en rendre compte.

Je veux juste aller mieux, pense-t-il.

— Bon, dit Helen. Je pense que nous aurons besoin de plusieurs séances de travail.

Bucky hoche la tête. Plusieurs dizaines, même. Il ne lui a même pas encore avoué que Steve lui manque toujours.

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Février

Ils décident de se voir une fois par semaine. Mais lorsqu'il rentre chez lui après une séance de psychothérapie, Bucky est toujours frustré. Il a l'impression que les progrès ne viennent pas, qu'il ne trouve pas les bons mots, qu'Helen ne comprend pas. Il commence à croire qu'il a pris la thérapie comme un médicament qui le ferait aller mieux d'un seul coup, magiquement, et qu'il s'est sacrément planté.

L'avantage, c'est qu'il rencontre quelqu'un. Lorsque Bucky entre dans la salle d'attente, chaque semaine, l'homme est là, assis sur la chaise d'en face. La première fois, Bucky lui adresse un simple salut que l'homme lui rend, puis il se plonge dans un magazine sans plus lui prêter attention. La salle d'attente d'un cabinet de psychologues n'est pas vraiment l'endroit où on s'attend à trouver l'amour.

La deuxième semaine, l'homme lui sourit et lui tend un autre magazine.

— La BD de celui-ci est sympa.

Bucky hausse un sourcil, mais il prend le magazine et lit la petite BD de fin. C'est vrai, elle est rigolote. Lorsqu'il sourit, l'homme lui adresse un clin d'œil et retourne à son propre magazine.

La troisième semaine, ils se mettent à discuter ensemble. L'homme, qui s'appelle Matt, a rendez-vous avec le docteur Banner, un autre psychologue du cabinet. Bucky a vu sa plaque sur la porte, et il s'est rendu compte qu'il s'agissait de Bruce Banner, un des amis de Tony. Il était même là lors de sa fête de Nouvel An.

La quatrième semaine, Matt l'invite au restaurant. Ils passent une bonne soirée. Bucky ne se souvient même plus de son dernier rendez-vous amoureux (et ils étaient tous avant Steve, alors ça ne compte pas vraiment), mais l'ambiance est détendue. Il évite soigneusement le sujet de son enlèvement et de son ex-petit ami. Lorsqu'ils se baladent en ville sur le chemin du retour, ils longent des vitrines décorées de fond en comble de rose et de blanc.

— Je déteste la St Valentin, dit Matt. C'est tellement commercial. Pas vrai ?

Bucky hausse les épaules. Il n'est pas fan non plus de la célébration, mais chaque année, lorsqu'il revenait du travail (ou de la fac, avant ça), Steve lui offrait une rose, un cadeau, et ils faisaient l'amour toute la nuit ensuite.

Il ne sait pas si le souvenir l'attendrit ou l'écœure.

— Mince, j'aurais dû me taire ? demande Matt. Tu fais partie des défenseurs de la fête ?

— Non, sourit Bucky.

Il ne se passe rien, ce soir-là. Ce n'est peut-être pas plus mal.

Matt l'invite une nouvelle fois le 14 février, sous prétexte d'exorciser la St-Valentin. Bucky refuse, sous prétexte qu'il a du travail. Le 14 février, c'est une journée qu'il doit passer avec Netflix, une bière dans la main. Matt ne se décourage pas et programme ça au quinze.

C'est quelqu'un de gentil. Il est châtain, il a les yeux marron, il est grand mais pas trop, musclé mais pas trop. Intelligent sans être snob, amical, agréable.

Il aurait tout pour plaire, et Bucky lutte très fort pour lui donner une chance. Il ne pourra jamais l'aimer comme il aime Steve, c'est un fait, mais comme Steve n'est plus là, il faut bien qu'il fasse avec ce qu'il a.

Alors, soit. Il n'y a pas de surprise, pas de ferveur, et même au lit, c'est un peu plat. Peut-être que c'est pas mal, plat. Peut-être que ça a une chance de marcher là où la passion a échoué. Il espère.

Mais même quand il se réveille dans son grand lit et que Matt est à côté de lui, il se sent terriblement seul.