Dragon d'argent.


Les mains de Sakura se crispèrent convulsivement sur la garde du dragon d'argent, tandis qu'elle attendait le coup de gourdin du serviteur. Elle ne voulait pas se laisser faire. Le même frisson qu'elle avait eu en saisissant l'arme la première fois parcouru son échine, mais beaucoup plus fort, cette fois.

Naoko, sidérée, vit alors sa délicate maîtresse se dresser résolument face à son agresseur, bloquant le gourdin avec une facilité déconcertante. D'un souple mouvement du poignet, elle fit tourner l'arme et désarma le serviteur, avant de le blesser sévèrement à l'épaule, visiblement sans aucun état d'âme.

Sakura se retourna alors pour saisir sa servante par le bras, et l'entraîner de nouveau à sa suite jusqu'au mur du fond, derrière lequel Neko devait les attendre. En un bond agile, elle se suspendit à bout de bras au sommet du mur, avant de se rétablir d'un coup de rein, et de tendre les mains à sa compagne.

Neko ouvrit de grands yeux de l'autre côté en voyant Sakura si à l'aise, brusquement, plus rien à voir avec la jeune fille inexpérimentée qu'elle commençait à connaître…

La petite taboo tenait deux chevaux par la bride, qu'elle avait pris le temps d'emprunter à deux poivrots, non loin de là, qui n'étaient plus vraiment en état de s'en rendre compte.

Elle les lâcha, le temps d'aider Naoko à descendre, tout en jetant à droite et à gauche des regards inquiets, au vu de la pagaille qui régnait dans l'okiya et alentours.

-Sakura Hime, regardez !

Naoko désignait effarée le groupe d'hommes qui s'avançait au bout de la ruelle, lourdement armés et peu amènes… Certainement la milice du quartier, qui intervenait en retard, comme à son habitude.

Neko regarda elle aussi Sakura, indécise, en soutenant Naoko, paniqué et épuisée…

-Neko, grimpe derrière moi, Naoko, tu profites de la pagaille pour partir de l'autre côté, et tu te rends à cette adresse, ajouta-t-elle en lui glissant dans sa main crispée le morceau de papier qu'elle avait conservé. Si tu revois mon frère et mon père avant moi, dis leur que je les aime…

Elle la poussa ensuite à l'opposé, avant de monter en selle devant Neko, Kero bien calé dans son kimono, et le dragon d'argent en main. Pendant un instant, elle la regarda courir, pour s'assurer qu'elle serait à l'abri, puis elle fit face aux miliciens, et les chargea sans hésiter.


Shaolan déboucha de l'autre côté, juste à temps pour voir les deux cavalières passer les miliciens furieux, les entraînant ainsi à leur suite pour laisser à Naoko le temps de s'enfuir.

-Raté… Ils ne me sèmeront pas comme ça.

Mais au moment où il allait s'élancer, Naoko lui tomba littéralement dans les bras, incapable de faire un pas de plus dans son état.

-Mais que…

Une voix grondant derrière lui le fit sursauter.

-Lâches-là tout de suite si tu veux vivre…

-Toya Sama, gémit Naoko, enfin soulagée.

-Hé, je n'y suis pour rien, moi, je ne la connais pas, cette fille, répliqua Shaolan, en la remettant sur pieds, plus doucement que son ton ne le laissait présager.

Mais le samouraï brun n'en baissa pas sa garde pour autant.

-Tu n'es pas n'importes qui, mais ça ne change rien, en garde ! Dit Toya tout en tendant la main à Naoko pour qu'elle vienne se mettre à l'abri auprès de Yukito.

Shaolan jeta un bref coup d'œil autour de lui, gardant toujours le bras de la jeune fille dans sa main. Il brûlait également de se mesurer à un adversaire de sa trempe, mais il n'avait plus de temps à perdre. Il repoussa brusquement Naoko sur Toya, le prenant ainsi de court, puis se précipita sur le cheval que Sakura et Neko avaient abandonné dans la ruelle, et parti aussitôt au galop, dans l'espoir de rattraper les fugitifs.

-Qu'est-ce que ? Il ne manque pas d'air, ce morveux, on se retrouvera, crois-moi !

-Toya Sama ! Sanglotait Naoko, cramponnée à son armure.

-Naoko, la rassura Yukito de sa voix douce, tout en la soutenant à la taille, sais-tu ce qu'il est advenu de Sakura Chan ? Les pillards que nous avons capturés nous ont dit qu'ils l'avaient vendue avec toi à cette okiya…

-Elle s'est enfuie, lorsqu'elle s'en est rendue compte, la patronne m'a fait fouetter pour se venger, elle était dans une rage folle, mais Sakura Hime était en sécurité, au moins. Je croyais que j'allais finir ma vie ici, mais elle est revenue pour moi, et elle m'a tiré de là, et maintenant, elle est partie à cheval pour occuper les miliciens…

Ayant tout débité d'une traite, la jeune fille prit un moment pour retrouver sa respiration, se calmant peu à peu.

-Ma sœur ? Elle s'est enfuie seule dans Edo et a attaqué une okiya seule ?

-Elle n'était pas seule, il y avait cette petite taboo avec elle, et elle était armée, et habillée en homme. Sakura Hime sait même se battre avec un katana, elle n'a fait qu'une bouchée du serviteur de Yui !

-Je ne suis pas sûr qu'on parle bien de la même Sakura, reprit Toya avec une pointe de son humour habituel. Où est-ce qu'elle a bien pu aller… Elle ne connaît rien à part notre domaine.

-Nous avons encore du travail, si nous voulons retrouver la trace de Sakura Chan, Toya, mais je suis un peu rassuré, ajouta Yukito avec sa sagesse habituelle. Il semble que notre petite fleur ait plus de ressources que nous le pensions.

-Mouais. Et ce morveux à un rapport avec tout ça, j'en suis sûr. Il a prit la même direction qu'elles, non, Naoko ?

-Oui, c'est bien ça, Toya Sama.

-Il ne perd rien pour attendre, celui-là…