Bonne année à toutes ! Happy FrostIron!

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Loki aurait été heureux de pouvoir dormir là, tout de suite, malgré le fait qu'il n'avait ni vêtements de rechange ni affaires de classe. Le lit était chaud et confortable, et il pouvait contempler son professeur heureux et comblé.

Les cheveux d'Anthony était hérissés partout où Loki les avait ébouriffés en les attrapant et en les tirant. Ses joues étaient roses de son récent orgasme et des activités de la soirée. Ses lèvres entrouvertes étaient gonflées et rouges, probablement d'avoir été mordues pour garder le silence. Derrière ses paupières mi-closes, ses pupilles allaient et venaient comme s'il réfléchissait à quelque problème intérieur. Cependant, Loki n'avait pas à s'inquiéter. Son expression était clairement tranquille, bien que pensive.

C'était curieux, tout de même.

« Qu'est-ce qu'on dit, déjà ? Un sou pour vos pensées ? », demanda-t-il d'un ton léger, essayant de bien montrer que c'était une question et pas un ordre.

Anthony ressemblait à un écolier pris en faute et commença immédiatement à s'excuser. « Je suis désolé de vous avoir ignoré, Monsieur- »

Loki posa un doigt sur les belles lèvres de son amant.

« J'aime quand vous êtes comme ça. Quand vous pensez à une chose manifestement importante pour vous. Voyant qu'il n'était pas sur le point de répondre, Loki lui caressa la bouche, appréciant la douceur veloutée sous ses doigts. J'aime que vous soyez assez à l'aise en ma présence pour penser à ce que vous voulez penser et pas seulement à moi. »

Dès que Loki eut terminé son petit laïus, Anthony tourna la tête et lui adressa un regard incrédule. Il était encore plus rouge qu'avant, cette fois sous l'effet de l'embarras. Ce n'était pas ce que Loki voulait. Anthony s'était suffisamment senti gêné pour toute une vie.

Chaque fois qu'il disait quelque chose qui se voulait agréable, Anthony réagissait comme s'il se demandait pourquoi Loki voulait enfoncer une cheville carrée dans un trou rond. Comme si c'était en quelque sorte ridicule que quelqu'un puisse penser quelque chose de positif.

Loki lui sourit d'une manière qu'il espérait que Tony ne trouverait pas condescendante.

« Si vous ne voulez pas me dire-

— Des maths. Je faisais des maths dans ma tête. Le rouge sur ses joues s'intensifia. Ce n'est pas très intéressant. Je calculais juste la quantité d'énergie qui serait nécessaire pour réussir à faire s'élever un corps humain standard. Beaucoup de facteurs sont à considérer, incluant la façon-, il s'interrompit brusquement, fronçant les sourcils. Désolé, Monsieur. Je sais que cela ne vous intéresse pas vraiment.

— Pourquoi cela ne m'intéresserait-il pas ? Loki était réellement curieux. Vous parlez de mobilité à un niveau singulier. Voler ? Comme... Des jetpacks ?

— Non, pas exactement un jetpack. Ce n'est pas vraiment faisable de vous attacher une fusée dans le dos, avec le système d'évacuation juste à côté de-, Anthony rougit et termina par, bon, vous voyez quoi.

— Cela pourrait s'avérer délicat, convint Loki en riant. Depuis combien de temps pensez-vous à cela ? »

La conversation rendait manifestement Anthony un peu nerveux, mais il n'arrivait pas à comprendre pourquoi exactement.

Anthony hésita avant de répondre. « Depuis que j'ai dix ans. J'ai pensé que cela devrait être agréable de voler loin de tout. »

La douleur contenue dans son regard lointain fut comme un coup de poing dans le ventre pour Loki. Il aurait voulu remonter le temps et emmener le petit Tony loin de ce monde terrible.

Anthony fronça les sourcils.

« Je n'ai pas pensé à ça tout le temps, tout de même. Cette précision semblait quelque peu importante. Bien sûr. S'il y avait réfléchi en continu depuis tout ce temps, il aurait dû avoir une réponse maintenant, non ? J'y pense parfois. Ou à la façon d'écrire un programme informatique qui puisse générer des correctifs dans ses propres codes dès qu'ils sont dépassés. Ou comment faire des prothèses qui répondent plus efficacement aux besoins de leurs utilisateurs.

— Laissez-moi vérifier si j'ai bien compris, dit lentement Loki, amusé, vous passez votre temps libre à tenter de trouver des moyens de rendre le monde meilleur ?

— N'est-ce pas ce que tout le monde fait ? Anthony avait l'air vraiment confus. Réfléchir aux projets qu'ils aimeraient réaliser, je veux dire ? »

Les projets qu'ils aimeraient réaliser. Inventer des jetpacks et créer une intelligence artificielle entraient dans les projets qu'il aimerait réaliser. Loki n'allait jamais, jamais lâcher son professeur.

« Eh bien, j'éviterais Skynet si j'étais vous. Mais les autres ont l'air bien.

— Skynet ? C'est sympa comme nom. Quelqu'un y a déjà pensé ? Anthony semblait vraiment confus et même un peu vexé.

— Seulement dans la fiction, mon ange, et cela ne s'est pas bien terminé. Loki lui caressa doucement les cheveux. Mais ne vous inquiétez pas pour ça. Continuez à calculer vos ratios masse - carburant. »

Anthony se tourna complètement dans ses bras jusqu'à ce qu'ils soient correctement placés face à face.

« Cela ne vous dérange pas ?

— Que vous aimiez à réfléchir en termes de science ? Que vous soyez intelligent ? Que vous soyez créatif, passionné et unique ? »

Loki se découvrait de moins en moins surpris par l'incapacité de Anthony à voir ce qu'il y avait de bien en lui, et il n'aimait pas particulièrement ça.

« Non, Anthony. Aucune de ces choses ne me dérange. »

Anthony lui adressa un petit sourire mystérieux et enfouit la tête dans la poitrine de Loki.

« Peut-être qu'un jour je pourrai nous faire voler.

— Je suis impatient de voir ça. » Loki se vit sourire à nouveau, et c'était encore plus satisfaisant qu'avant. Il commençait à rentrer dans la peau du petit ami. Il ne savait pas encore tout, mais il commençait à connaître Anthony assez bien pour réagir de façon à ne pas susciter des excuses et des inquiétudes sans fin pour le reste de la soirée.

Pourquoi cela ne le surprenait-il pas le moins du monde qu'Anthony consacrait son temps libre à faire des calculs dans sa tête ?

Lovés l'un contre l'autre, ils finirent presque par s'assoupir. Du moins, Loki faillit-il s'endormir - il ne pouvait pas dire pour Anthony. Quoi qu'il en soit, c'était agréable et relaxant.

Puis le téléphone sonna. Ce n'était pas une des sonneries de Loki, mais un rock criard qui semblait complètement déplacé dans le cadre élégant de la chambre d'Anthony. Pour sa part, Anthony grinçait des dents.

Loki passa une main encourageante le long de son bras.

« Vous ne répondez pas, Anthony ?

— Inutile. C'est Rhodey, les mots se voulaient dédaigneux, mais le ton était tendu et inquiet.

— Depuis combien de temps est-il votre ami ? demanda Loki.

— Depuis mon entrée au MIT, admit-il, rougissant, c'était mon premier ami. »

Vraiment ? voulut demander Loki, mais il s'abstint. Il soupçonnait qu'il connaissait déjà la réponse.

Quels que soient les efforts qu'il allait devoir déployer pour surmonter sa jalousie mesquine, cela en vaudrait la peine. Il y avait trop peu de choses qu'Anthony aimait dans ce monde. Loki ne pouvait se permettre de lui en retirer même une seule.

« Vous devriez lui parler, Anthony », fut tout ce qu'il dit.

Il y eut un tout petit moment de silence avant qu'Anthony ne tende la main vers le téléphone.

« Vous êtes sûr, Loki ? Voulez-vous que j'aille dans le couloir ? Sa voix était faible et anxieuse.

— Non, restez. Ce ne fut qu'après avoir dit ça que Loki réalisa que ses mots pouvaient être pris comme un ordre. Trop tard pour revenir dessus, mais il pouvait essayer de limiter les dégâts. Si vous voulez. »

Anthony se redressa lentement et saisit son téléphone. La sonnerie hurlait quelque chose à propose d'être « de retour », et Loki espérait que la chanson ait une vraie signification. Forcément, ce bruit ne pouvait pas rentrer dans les goûts musicaux de son professeur ?

Anthony appuya plusieurs fois sur l'écran avant de répondre tranquillement.

« Allô ?

— Tony ? Tout va bien ? Suis-je sur haut-parleur ? »

L'interlocuteur devint réel, et Loki dut prendre sur lui pour ne pas grimacer. Anthony avait vraiment pensé qu'il voulait ça ?

Encore une fois, Anthony hésita.

« Oui, tout va bien, Rhodey. Et tu es sur haut-parleur.

— Ne me dis rien. Tu corriges des copies. Loki pourrait presque l'entendre lever les yeux au ciel à l'autre bout de la ligne. Tu dois avoir une vie, mon pote. Qu'est-il arrivé à Monsieur Grand, Brun-

— Il est ici, Rhodey », l'interrompit Anthony.

Il y eut un silence sur la ligne. Loki soupira et décida de se manifester.

« Et il ne voit aucune raison d'intervenir dans une conversation privée. Je vais prendre un verre, Anthony. Voulez-vous quelque chose ? »

Anthony leva les yeux vers lui, visiblement surpris. « Non, Monsieur. Je vous remercie. »

Loki descendit du lit, regrettant le bonheur tranquille qu'il connaissait cinq minutes plus tôt, et se dirigea vers l'escalier. La voix de Rhodes le suivit jusqu'à la porte.

« Qu'est-ce que je te disais? T'attacher et te mettre une raclée.

— Ce n'est pas tout à fait ça, Rhodey, répondit immédiatement la voix de Tony, sur la défensive. Pas de raclée. »

Leurs voix s'estompèrent tandis qu'il descendait, seul le ton surpris de Rhodes était encore perceptible et même cela disparut quand il arriva devant la cuisine.

La cuisine était bien organisée, et Loki avait vu Anthony sortir assez de vaisselle pour avoir une idée générale d'où les choses se trouvaient. Il sortit un verre de l'armoire la plus proche de l'évier et le remplit d'eau glacée. Ensuite, il traîna un moment dans la cuisine. Il ne voulait pas vraiment remonter et interrompre la conversation.

Et pourtant si, c'était exactement ce qu'il voulait.

Penser à Rhodes disant des obscénités à son professeur le hérissait. Son professeur était à lui, bon sang. Il n'appartenait plus à Rhodes. Anthony n'avait pas besoin de Rhodes, il avait besoin de Loki. D'accord ?

Il se vit se diriger vers les escaliers beaucoup trop rapidement pour qu'Anthony ait fini sa conversation mais n'arrêta pas, même en réalisant ce qu'il faisait. Du calme, Loki, lui dit la voix sarcastique dans sa tête. Cela va lui prouver que tu lui fais confiance.

À mi-chemin dans le couloir, la voix d'Anthony s'éleva, irritée, « La ferme, Rhodes. »

C'était un peu étrange, mais Loki souhaitait à moitié qu'Anthony utilise ce ton avec lui de temps en temps. Pas que se disputer soit une bonne chose, mais il saurait ainsi que quand ils étaient d'accord, ils étaient vraiment d'accord, et qu'Anthony n'était pas juste en train de s'incliner devant sa volonté.

La réponse de Rhodes, toujours sur le haut-parleur, le fit se sentir un peu mieux.

« Merde. Ouah, Tony. Bon, ce n'est pas pour ça que j'appelais, de toute façon. C'est bon à savoir et c'est bon d'entendre que tu ne te laisses pas faire, pour une fois, mais j'appelais pour Noël. »

Le sang de Loki se figea. Non pas parce que l'idée qu'Anthony voie son vieil ami le dérangeait — même si cela ne le réjouissait pas non plus — mais en raison d'une conversation qu'ils avaient eue au lit il n'y avait pas si longtemps.

« Dites-moi que Rhodes ne reviendra pas pour Noël. »

Anthony s'apprêtait à —

« Je ne fais pas Noël, Rhodey. Je suis occupé », répondit sèchement Tony avant que Loki ait seulement fini de penser.

Rhodes semblait confus.

« Occupé ? À quoi ? Tu n'auras plus rien à faire à la fin du trimestre. Il se tut juste un instant avant de ricaner. Ne me dis pas que ton nouveau Daddy* t'a invité chez lui pour Noël ? »

Loki avait beau ne pas vouloir qu'Anthony voie Rhodes, il devait régler cela. Sa jalousie ne devait pas empêcher son professeur de faire ce dont il avait envie. Ne voulant pas avoir l'air d'espionner, intentionnellement ou non, Loki s'obligea à continuer de marcher quand il atteignit le seuil de la chambre. Quand il rentra finalement, la réponse d'Anthony le prit complètement au dépourvu.

« Ne l'appelle pas comme ça. » Anthony avait l'air horrifié, ou en colère, peut-être les deux.

Daddy. Il essaya farouchement de ne pas s'interroger sur la réaction d'Anthony au surnom déplacé de Rhodes. Franchement, il était heureux que son professeur ne veuille pas l'appeler ainsi. C'était étrange et effrayant. Cela aurait été la chose la moins sexy qu'il pouvait imaginer, compte tenu des nombreux problèmes que Loki connaissait avec son père.

Loki posa sans ménagement son verre sur la table à côté de la porte, ne se souciant pas particulièrement d'en renverser une partie, et se rendit à côté de son professeur.

« Anthony ?

— Loki. »

Anthony leva les yeux vers lui. Leurs yeux se rivèrent dans ceux de l'autre, d'une manière que Loki pouvait presque sentir physiquement.

— Oui. Loki. Il prit le téléphone des mains d'Anthony et le posa sur le lit, puis s'assit et passa les bras autour de son professeur. Le Colonel va venir dîner avec nous pendant les vacances ?

— Loki ? Anthony répéta son nom, comme s'il ne pouvait rien dire d'autre, mais Loki comprit sa signification.

— À part son nom, je n'en ai guère appris sur lui la dernière fois que nous nous sommes rencontrés. Il amena Anthony sur ses genoux, souriant de manière rassurante. Et c'est un de vos amis proches, n'est-ce pas ? Je suis sûr que vous pouvez trouver du temps pour lui pendant les vacances, non ?

— Hé, si vous êtes occupés tous les deux... », la voix du colonel s'éleva de l'oreiller où le téléphone était posé. Le ton était hésitant et plus que dépité.

Loki prit le téléphone et le mit dans la main d'Anthony, son sourire ne tremblant pas.

Les yeux d'Anthony le dévisagèrent longtemps avant de secouer la tête.

« Non, dit-il dans le téléphone, nous pourrions dîner, ou quelque chose comme ça. Mais tu devras te trouver une chambre d'hôtel. »

Le rire de Rhodes s'éleva immédiatement.

« Sans déc, Tony. »

Loki commençait à l'apprécier un peu plus.

« Quand comptes-tu venir ?

— Vers le 22, si cela vous va, les gars », répondit aimablement Rhodes, incluant tout naturellement Loki dans la conversation.

Posant la tête dans le cou d'Anthony, Loki embrassa la peau à cet endroit tout en réfléchissant aux dates. Puis il hocha la tête.

« Je pense que nous pourrons trouver un jour pour nous voir, à l'exception du jour de Noël. Nous avons quelque chose de prévu ce jour-là, évidemment. »

Anthony se recula pour regarder Loki et murmura, quelque chose de prévu ?

Loki se contenta de lui faire un clin d'œil, arborant un gentil petit sourire.

« Bien sûr, dit Rhodes. Eh bien, je vais voir pour réserver un hôtel, et je vous recontacte ensuite ?

— Cela me paraît bien, Rhodey, dit Anthony, regardant Loki pour obtenir une nouvelle confirmation. Mais nous étions un peu au milieu d'un truc, donc si il n'y a rien d'important... , il s'abstint délibérément de terminer sa phrase, permettant à Rhodes de prendre la parole. Ils savaient tous que ce ne serait pas le cas, puisqu'il avait déjà dû aborder les sujets importants, mais c'était la chose à faire.

— Nan. Retournez à votre « truc », de toute façon, je dois me remettre au travail. On se voit bientôt, hein ? »

Rhodes n'avait pas l'air surpris, gêné ou hypocrite. Il devait être un menteur incroyable, un bon ami ou les deux — en dépit des choses beaucoup moins gentilles que Loki avait pensé à son propos.

Loki décida de s'en rappeler la prochaine fois que la simple existence de Rhodes le rendrait irrationnellement jaloux.

« À bientôt, Rhodey, répondit Anthony, avant de mettre fin à l'appel, puis de désactiver le téléphone, désolé d'avoir laissé mon téléphone allumé, Monsieur. Cela n'arrivera plus.

— Mais si je ne vous avais pas entendu envoyer promener M. Rhodes, nous n'aurions pas eu l'opportunité de discuter de ce que nous allons faire à Noël. » Loki se pencha pour déposer le téléphone sur la table de chevet, puis l'attira dans dans une étreinte protectrice.

Anthony hésita, mais décida apparemment que ce qu'il avait à dire en valait la peine.

« En êtes-vous sûr ? Vous savez que rien ne vous oblige à le fréquenter, n'est-ce pas ?

— Je sais ce que je fais et ce que je n'ai pas à faire, Anthony. Cependant, M. Rhodes est votre ami, et je ne veux pas vous éloigner de lui, Loki lui adressa un sourire carnassier et ajouta, mais, dans l'immédiat, je n'ai aucune intention de vous laisser seul avec lui. »

Cela suscita un sourire.

« Je ne serai pas tenté, Loki.

— Ce n'est pas vous qui m'inquiétez, mon gentil petit professeur. Je ne comprends juste pas comment quiconque arrive à garder les mains loin de vous. » Comme s'il voulait illustrer ses propos, Loki passa les mains sur les flancs d'Anthony, se penchant pour embrasser son cou dans le même temps.

La discussion de Rhodes à propos de Noël lui avait cependant remis une chose en tête. Sa mère voulait qu'il invite Tony à la maison. Aucun moment ne serait aussi bien choisi, supposa-t-il. Comment tourner ça sans que cela ressemble une demande en mariage ?

« Mmmmm... Loki, si vous continuez à faire ça, je vais devoir vous demander de me baiser une fois encore. » Anthony se frottait les fesses sur les genoux de Loki.

Son cul brûlait encore sous l'effet des coups reçus et Loki dut retenir un gémissement en sentant son professeur se tortiller. Si le professeur continuait comme ça, il n'aurait même pas à demander à être baisé. Attendez, qu'est-ce qu'il devait demander, déjà ? Ah, oui.

« Sans vouloir détourner la conversation, car j'aimerais vraiment vous prendre une nouvelle fois, mais je dois faire cela tant que j'y pense : ma mère m'a demandé de vous inviter chez nous pour Noël. »

Malheureusement, le tortillement s'arrêta. Ce qui était à prévoir, vu le changement de sujet. Anthony se tourna à moitié pour lui faire face, lui adressa un sourire contrit qui alla droit au cœur de Loki et acquiesça. Acceptait-il réellement de venir à la maison avec Loki pour Noël ? Était-ce une nouvelle excellente, ou terrifiante ?

Ce qui sortit de la bouche d'Anthony, cependant, n'était pas du tout ce que Loki avait prévu, ni souhaité.

« Je comprends. Vous avez promis, alors, c'est l'obligé, « Oui, j'ai demandé mais il ne peut pas venir », n'est ce pas ? »

Il y avait quelque chose d'atroce et de résigné dans les yeux de Tony quand il dit ça. C'était comme s'il s'était attendu à être poignardé, mais que, lorsque Loki avait abattu le couteau, il avait réalisé qu'il avait beau s'y être préparé, être poignardé faisait sacrément mal.

Loki fronça les sourcils. « Non. »

Posant la main sur son épaule, il tenta de reprendre le contrôle de la situation. « Ce n'est pas ça du tout ».

En entendant cela, son pauvre professeur parut perdu.

« Monsieur ? », dit-il, perplexe.

« Ce dont il s'agit, mon cher professeur, c'est que je vous invite à la maison pour Noël. » Obligeant Anthony à lui faire face, il le regarda bien en face. « Et, à moins que vous souhaitiez réellement aller ailleurs, j'attends que vous veniez. »

Qu'Odin, les autres et leurs opinions, et tout ce qui n'était pas Anthony et ses sentiments, aillent se faire voir. Tout ce que Loki voulait à cet instant précis était que son amant se sente comme une personne appréciée et estimée. Rien à foutre du reste. Son professeur était une personne appréciée et estimée. En outre, Loki ne pouvait rien imaginer qui soit plus à même d'atténuer le désagrément d'avoir à passer une journée complète avec Odin, que d'avoir Anthony à ses côtés.

Anthony eut une sorte de demi-sourire et s'humecta les lèvres. « Eh bien, si vous voulez de moi là-bas, comment pourrais-je dire non ? » Il semblait nerveux et plein d'espoir, comme s'il s'attendait à ce que Loki revienne sur ses paroles et se moque de lui pour avoir été assez bête pour penser que la proposition était réelle.

« Bien », répondit immédiatement Loki. « Je vais lui dire que vous venez. Je pense que vous allez vous adorer tous les deux. »

« Vous croyez ? » Le regard d'Anthony se fit encore plus perdu. Comme si n'importe quelle mère ne serait pas ravie que son enfant ramène à la maison une personne intelligente et aimable, ayant un emploi stable et qui occupait son temps libre à penser à des moyens d'améliorer la vie des êtres humains.

Loki sourit malicieusement. « Je pense qu'elle a toujours secrètement redouté que je ramène à la maison un membre d'un gang de motards. Vous savez : quelqu'un qui boirait comme un trou, fumerait comme un pompier, jurerait, qui serait toujours vêtu de cuir et qui m'aurait encouragé à quitter l'université et à prendre de la drogue. »

« Votre mère a une vision intéressante de l'homosexualité », dit Tony en haussant les sourcils.

Leurs rires remplirent la chambre à coucher, puis ils se fondirent l'un dans l'autre d'une manière qui était presque aussi intime que les précédentes activités de la soirée.


Le lendemain soir, lors d'un pesant dîner de famille, Loki décida de lâcher la bombe.

Eh bien, non, « décida » n'était pas le bon mot. Cela ne commença pas comme une décision consciente de sa part.

Il avait toujours été plutôt satisfait des relations superficielles qu'il entretenait avec sa famille. Il aimait Frigg, et parfois Thor, mais s'ils pensaient qu'ils l'aimaient, lui, c'était parce qu'ils ne le connaissaient pas très bien. Loki continuait d'être convaincu qu'aucun de ceux qui le connaissaient bien pouvait continuer à l'aimer.

En ce qui concernait Odin, moins ils se parlaient, mieux c'était. Surtout ces dernières années, où ils avaient laissé Odin penser qu'il était hétéro. Loki ne pensait pas qu'Odin y croyait réellement, mais ils se comportaient tous comme si c'était le cas, et personne ne parlait de la vie amoureuse de Loki. Cela n'avait jamais été important avant, parce que toutes ses relations avaient été brèves et sans importance.

Ce soir, Thor relatait son rendez-vous avec « la petite Jane » d'à côté et passa quinze bonnes minutes à vanter ses nombreuses vertus. Elle était si belle. Elle adorait les enfants. Elle était si gentille. Oh oui, et elle était intelligente, aussi. Loki essaya de ne pas lever les yeux au ciel en entendant où allaient les priorités de son frère. Assurément, Anthony était beau, mais encore plus, son intellect était incroyable.

En seulement treize petits mots, Odin fit surgir chaque élément de tension qui couvait jusque là sous la surface.

« Pourquoi ne peux-tu pas te trouver une gentille fille comme Jane, Loki ? », demanda-t-il, apparemment mortellement sérieux.

Frigg elle-même sembla surprise par la question. « Chéri ? », demanda-t-elle doucement, comme si elle essayait de lui remettre en tête quelque chose qu'il devait avoir oublié.

« Je le pense, Frigg. Odin fronça les sourcils, ignorant l'interruption. Il passe tout son temps à essayer de rivaliser avec Thor en cours, alors il n'a même jamais eu de vraie petite amie. Il ne nous en a jamais présenté une seule. Thor va inviter Jane pour Noël. Odin s'arrêta, se rendant compte que la question de Noël n'avait pas vraiment été évoquée. N'est-ce pas, Thor ?

— Je... Je peux lui demander, Père. Thor semblait perdu. Je n'y ai pas réfléchi. Nous commençons tout juste à nous fréquenter. »

Magnifique. Tout à coup, cela devenait une compétition, une fois de plus.

Anthony n'était pas une compétition. Il n'allait pas l'exhiber comme un cheval à la parade pour qu'il soit comparé à Jane et jugés tous deux sur leurs mérites respectifs. Mais il l'avait déjà invité. Comment pouvait-il régler ça, sans revenir sur son invitation, ce qui blesserait sûrement son professeur ?

« En parlant de cela, intervint-il. J'ai fait comme vous me l'aviez demandé, Mère. »

Frigga se ragaillardit sensiblement. « Vraiment ?

— Oui, dit-il d'un ton sec. Puisque vous aviez demandé que je le fasse, j'ai invité mon petit ami au dîner de Noël. »

Très délibérément, Loki s'abstint de regarder Odin.

Il n'avait pas besoin de l'approbation d'Odin. Anthony valait plus que son approbation. Si Odin ne l'aimait pas, Odin était celui qui avait tort. Ce n'était pas comme lorsqu'il remettait en cause les choix de Loki en matière de vêtements, de coupes de cheveux ou de matières étudiées à l'université. Loki n'avait aucun doute là-dessus. Il ne trouverait jamais mieux qu'Anthony. Personne ne le pourrait. Nul n'était parfait, évidemment, son professeur inclus. Mais Anthony était l'être le plus proche de la perfection que Loki ait jamais croisé, et il ne laisserait personne le rabaisser.

Alors Loki fixa son attention sur la personne assise en face de lui — Thor. Qui souriait comme un idiot.

« Je croyais que tu n'avais pas de petit ami, mon frère ! tonna-t-il. Du moins, c'est ce que tu n'arrêtais pas de me dire.

— Oui, eh bien, je mentais, répliqua Loki. Je n'avais aucune envie que tu te mêles de ma vie amoureuse, comme lorsque que tu as débarqué en plein milieu d'un de mes rendez-vous. »

Thor haussa les épaules sans le moindre complexe. « Je ne pouvais pas croire que tu voudrais fréquenter un homme aussi repoussant. Étant donné ma discussion avec Jane, il semble qu'Anthony te convienne beaucoup mieux.

— Jane le connaît, Thor ? Frigg rayonnait. Parfait ! Tout le monde sera donc déjà amis à Noël. »

— Elle le connaît uniquement de réputation, Mère, répondit Thor en secouant la tête. Puis son visage arbora un air calculateur. Parfois, il était évident qu'il avait été élevé aux côtés de Loki. Mais j'espérais que, peut-être, Loki et Anthony pourraient dîner avec nous pour célébrer la fin du semestre dans deux semaines. C'est le premier trimestre de Jane à l'université, vous savez. »

Le sourire de Frigg se fit encore plus éclatant. « Quelle merveilleuse idée, Thor ! Tu ne penses pas que c'est une idée merveilleuse, Loki ? » Elle lui adressa son sourire le plus radieux, celui qui lui donnait davantage envie de lui plaire que de vouloir être heureux.

Aller dîner avec Thor et Jane ne pouvait pas être si terrible, si ?

« Je vais devoir voir avec Anthony s'il a un moment de libre », répondit-il évasivement. C'était vrai. Les corrections de fin de trimestre prenaient du temps. Et être prêt à mettre de côté ses envies pour sa mère était une chose, être disposé à oublier les envies d'Anthony en était une autre.

Pendant ce temps, Odin avait gardé le silence.

C'était un peu comme être à l'intérieur d'une bouilloire sur le point de bouillir. La pression pouvait à tout moment amener son contenu à déborder, et ce sentiment grandissant encore et encore était presque douloureux.

Lorsque cela déborda pour de bon, pourtant, cela tomba complètement à plat.

« Loki fréquente un garçon ? » Odin semblait totalement perplexe.

Frigg poussa un soupir de soulagement, et Thor eut l'air stupéfait.

« Bien sûr, Père. Loki ne fréquente que des garçons. Il dit cela d'un ton qui aurait pu faire croire que lui-même n'avait pas été surpris de le découvrir, quelques mois plus tôt.

— Je vois, répondit Odin, plus perdu qu'irrité. Cela expliquerait pourquoi il n'a jamais amené de fille à la maison.

— Exactement, mon chéri, rétorqua Frigg, rayonnante. Mais maintenant il voit quelqu'un, et il l'a invité à la maison pour les vacances. »

Odin sembla y réfléchir un moment, et finit par hocher la tête. « Eh bien, nous verrons si ce garçon est assez bien pour mon fils. »

Se retenant à grand peine de lever les yeux au ciel et de préciser qu'Anthony n'était pas du tout un garçon, Loki sourit faiblement et laissa tomber. Se montrer obstiné et sur la défensive ne réussirait qu'à le faire passer encore plus pour un enfant, c'était tout.

Heureusement, Frigg sembla saisir la gêne de Loki. Ou alors avait-elle juste supposé qu'il se sentirait gêné et faisait-elle tout pour dissiper le malaise. Elle orienta la conversation sur les achats de Noël qu'elle comptait terminer la semaine prochaine, et précisa qu'Odin ferait bien d'en faire autant.

Elle regarda ostensiblement Loki avant de sourire de nouveau à Odin. « Il y aura un peu plus à faire, après tout, puisque nos garçons seront tous les deux accompagnés. »

Une fois de plus, un Odin au calme impressionnant signifia son acquiescement. « Tu as raison, bien sûr. »

Loki se sentait étrangement impassible. Il aurait probablement dû être ravi par cette acceptation tacite. C'était une des choses les plus paternelles Qu'Odin lui ait jamais dites.

Il avait pourtant passé des années à se préparer à une explosion quand Odin devrait se confronter à la vérité. Il avait passé des années à croire qu'Odin savait, mais faisait semblant de l'ignorer. Avait-il vraiment été si aveugle au sujet d'Odin ? Odin avait-il vraiment été si aveugle ? Était-il étrange qu'une partie de lui ait souhaité l'explosion ? Ait souhaité sortir de la maison en claquant la porte, pris d'une vertueuse indignation à l'idée d'être jugé pour quelque chose qu'il ne pouvait pas contrôler ?

Il ne dirait pas c'était désagréable, mais cela ne semblait pas normal, en quelque sorte.

Ils reprirent leur dîner comme s'ils ne venaient pas de discuter de choses qui déchiraient très souvent les autres familles. Frigg les obligea à rester pour manger la tarte aux pommes et les interrogea sur les préférences culinaires d'Anthony et de Jane.

Thor, bien sûr, n'en avait aucune idée. « Elle semblait apprécier son hamburger hier soir », dit-il d'un ton hésitant que Loki lui avait rarement entendu. Quelques rendez-vous ne suffisaient pas pour se faire une idée précise sur ce genre de choses, alors Loki ne pouvait guère le lui reprocher.

Frigga se tourna vers Loki, « Et pour Anthony, chéri ? »

Il n'avait nul besoin d'y réfléchir. « Il a un faible pour le sucré. » Il n'allait pas évoquer le tiramisu, c'était leur jardin privé. Mais cela ne le dérangeait pas d'évoquer le reste. Il n'aime pas beaucoup les tomates crues, et il est allergique aux huîtres. »

Odin hocha gravement la tête, semblant curieusement content. « On abandonne cette absurdité de farce aux huîtres, alors. » Il eut une petite grimace.

Ah oui, ça.

Frigg avait essayé différentes choses au cours des Noëls précédents, et la farce aux huîtres avait été un franc succès auprès de tous, excepté Odin. Amusant. Anthony avait déjà accidentellement réussi à se faire apprécier d'Odin. Loki était heureux d'avoir appris pour l'allergie, quelques jours plus tôt, lors d'une discussion à propos des restaurants locaux.

Il fronça les sourcils à cette pensée. Il était vraiment impossible de changer sa façon d'être, n'est-ce pas ? Il voulait tellement que tout le monde aime Anthony comme lui l'aimait. Apprécie. Apprécie Anthony comme il l'appréciait. Tienne à Anthony comme il tenait à lui ?

Oh, peu importe. Les pensées d'un homme lui appartenaient, après tout. Anthony ne pouvait pas être gêné par ce que Loki pensait intérieurement.

Il voulait que tout le monde aime Anthony comme lui l'aimait.

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* J'ai laissé Daddy car je n'ai entendu ce mot utilisé dans ce contexte que chez des anglophones. Il désigne le petit copain ou le mari d'une femme, qui la dorlote, prend soin d'elle... un peu comme le ferait un papa. En contexte, ce n'est pas forcément dégoûtant, même si je trouve ça plutôt limite.