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C'est quand le soleil commence à disparaître à l'horizon que je me décide à ressortir de mon bureau. Même si ce midi nous avons « triplé » notre nombre de couverts : de une table, nous sommes passés à trois, la situation n'est décidément pas glorieuse et nombre de factures en sont à leur dernière relance. Je ne sais vraiment pas comment nous pourrons nous en sortir. Alors que je sors pour aller m'en griller une petite, je tombe sur Peeta, appuyé contre le mur, les mains enfoncés dans ses poches avec… une cigarette au bec ! Le voir atténue un peu le nœud qui enserre mon estomac. Les frissons qui remontent le long de ma colonne vertébrale me fait esquisser une ombre de sourire.

_ Hé bien, je croyais que c'était une sale habitude ?, je souris en me rapprochant de lui.

Il se retourne vers moi et, sortant la main de sa poche, retire sa cigarette de sa poche. Il expire la fumée par les narines en me lançant un coup d'œil séducteur à souhaits.

_ C'est justement ça qui est bon, me rétorque-t-il en me faisant un clin d'œil.

Je lui pique sa cigarette d'un geste taquin et en prends une longue taffe que je souffle à son visage aussi vite. Il m'attire à lui en s'emparant de mes hanches. Je ferme les yeux en savourant l'instant. J'entends tout à coup un bruit de voitures qui s'engage dans l'allée de graviers. Je sais avant même de le voir que gale est de retour. J'entends Peeta jurer entre ses dents en me relâchant. Quand la voiture arrive à notre hauteur, je lisse par reflexe mon chemisier. Gale nous dévisage derrière le pare-brise avant de sortir. Je me force à sourire et à lui adresser un petit signe de la main.

_ Qu'est-ce que vous faites ?, nous lance-t-il en guise de salut.

J'avale la boule qui s'est formée dans ma gorge.

_ Hey Gale ! Tu as passé une bonne journée, j'essaie de faire d'un ton enjoué.

Gale fronce les sourcils en nous rejoignant.

_ Qu'est-ce que vous faites, répète-t-il en regardant tour à tour Peeta, sa clope et moi.

_ Pause clope, lui explique Peeta en lui montrant sa cigarette.

_ Une clope pour deux ?, s'étonne Gale.

Je lève malgré moi les yeux au ciel. Je sors de ma poche mon paquet que je secoue vers lui.

_ Non, une clope chacun.

_ Katniss n'avait pas de briquet, elle est donc venue me demander le mien, énonce tranquillement Peeta.

Il ne semble pas le moins du monde gêné et tire avec nonchalance sur la fin de sa cigarette. Un silence s'installe, me rendant très mal à l'aise. Peeta finit par toussoter légèrement devant son poing.

_ Bon, ayant terminé la mienne, je m'éclipse.

Il écrase son mégot sous sa semelle de basket avant de le remettre dans son paquet.

Gale ne pipe toujours pas un mot, je ne sais pas vraiment comment me comporter. Peeta me tend son briquet en me lançant un clin d'œil. Je le prends et je sens ses doigts s'agripper fugacement aux miens. Un nuage de papillons s'envole dans mon ventre et assèche aussitôt ma bouche. J'espère que je n'ai pas piqué de fard.

_ Ouais, salut, rétorque Gale sèchement.

Peeta me fait un dernier sourire et s'éloigne. Je reporte mon attention tant bien que mal vers Gale que je vois fulminer. Une veine bat sur sa tempe et son regard s'est assombri.

_ Quoi !?, je lui lance assez sèchement.

_ Il t'a fait un clin d'œil, pourquoi ?

J'hausse un sourcil en soupirant. Je prends une cigarette dans mon paquet avant de répondre

_ Parce qu'il est aimable ? Poli ? Tu comprends difficilement le concept je crois…

_ Qu'est-ce que tu veux dire ?

Je glisse ma cigarette entre mes lèvres avant de lui répondre, parfois, j'ai vraiment l'impression de parler avec un gosse jaloux et possessif. Je ne le regarde même pas en allumant ma cigarette, je le laisse mariner le temps que je prenne ma première taffe. Je le vois qui commence à s'agacer que je ne lui réponde pas de suite. J'avoue que j'adore faire ça.

_ A ton avis ?, je finis par lâcher en expirant la fumée. Ca te dit quelque chose le concept de « bonjour » quand des gens te saluent.

Il hausse les épaules, boudeur. Nous ne nous adressons plus la parole, il se contente de rester à côté de moi, ruminant dans sa barbe.

_ Tu manges avec moi ce soir ?, quémande-t-il au bout de quelques secondes.

Je n'en ai absolument pas envie mais son air de clébard qui vient de se faire gronder me fait culpabiliser.

_ Si tu veux, j'accepte à regret.

Je n'ai même plus envie de fumer, et le voir à côté de moi comme si il attendait sa caresse m'agace. Je soupire en écrasant ma cigarette sur le dos de ma bottine, imitant instinctivement Peeta. Le visage de Gale s'éclaire tout à coup, c'est la première fois depuis bien longtemps que je le vois comme ça, comme quand nous nous sommes rencontrés. Son visage perd pendant quelques instants son air renfrogné.

_ Je vais demander à Peeta de nous faire le repas, s'anime-t-il en me tenant la porte pour entrer.

_ Peeta ? Pourquoi ?, je tique soudain en m'arrêtant sur le seuil.

_ Ben c'est ton cuistot nan ? Tu le paies pour faire la bouffe.

_ Pour le restaurant oui, pas pour moi !

_ Et alors ? Quelle différence ?, m'interroge-t-il en haussant les épaules. Il fera à manger pour une fois, il attendra pas que des clients apparaissent comme par magie dans le restaurant.

Prends toi ça dans ta face Katniss.

_ J'apprécie vraiment tout le soutien que tu me manifestes, je lui rétorque, acide, entre mes dents.

Gale ne semble pas avoir relevé ma pique, tout à sa joie de notre dîner en tête à tête.

_ Il en est hors de questions, je tranche en m'engouffrant dans l'escalier.

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Je retrouve Peeta dans la cuisine quelques minutes plus tard, accoudé sur le plan de travail, un crayon à la main, penché sur des feuilles de papier.

_ Qu'est-ce que tu fais ?, je lui demande en me rapprochant de lui.

Il lève la tête et me sourit.

_ Je suis en train de réfléchir à la prochaine carte.

Je me rapproche de lui en faisant courir mon doigt sur l'inox du plan de travail.

_ Si tu es sage, je peux te faire tester ce soir, après le service, me glisse-t-il, coquin.

Il me prend dans ses bras et me fait m'asseoir sur le comptoir devant lui. J'ai une petite appréhension que quelqu'un entre à ce moment-là mais à part Gale, il n'y a personne dans le bâtiment : Saé ne travaille plus l'après-midi, Delly est partie acheter avec Madge quelques produits indispensables qui nous manque pour ce soir. Je me mets à jouer avec le cordon de son sweat, un peu gênée. Il fronce les sourcils en posant son front sur le mien.

_ Que se passe-t-il Katniss ?, s'inquiète-t-il en jouant avec une mèche de mes cheveux.

Je soupire.

_ Ce serait génial mais…

Le cœur battant, je me dégage de son étreinte, et redescend du comptoir. Peeta fronce un peu plus les sourcils.

_ Je dîne avec Gale ce soir, juste avant le service, dans l'appartement.

_ Et donc ?, continue-t-il en me caressant le visage. Ca t'empêche de me voir une fois que le service sera terminé ?

Je souris malgré moi en secouant la tête. Peeta commence à me mordiller le lobe de l'oreille, j'en frisonne de plaisir. La chair de poule recouvre mes bras, il arrive vraiment à me faire oublier la moindre once de culpabilité. Je suis une véritable garce de préférer me retrouver dans les bras de mon amant que de dîner avec mon compagnon. Et là, ça me frappe soudain : j'ai un amant – je n'avais jamais vraiment réaliser ça avant mais c'est pourtant le cas : Peeta est mon amant. Pourtant, j'ai plus le sentiment que je suis à ma place quand je retrouve Peeta que quand je retrouve Gale, c'est dans ces moments-là que je ressens le plus de culpabilité. Je suis horrible…

_ Katniss, ça va ?, se trouble Peeta.

_ Tout va bien, je le rassure.

Parce que c'est exactement ce que je ressens quand je suis avec lui.

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Quand je sors de la salle de bains après avoir pris une douche – bien trop courte à mon goût – je retrouve Gale dans la cuisine : il a dressé la table avec une jolie nappe – une des seules que l'on ait d'ailleurs – une bougie, notre plus belle vaisselle et même une rose qui vient de je ne sais où. Il sifflote même tandis qu'il est devant les fourneaux. Je me tresse rapidement mes cheveux humides en le rejoignant. Il semble vraiment content de préparer le repas et que je mange avec lui. Un sentiment désagréable m'envahit que j'essaie de chasser rapidement. Pour une fois qu'il n'est pas d'une humeur exécrable. Il est en train de plonger des pâtes dans de l'eau bouillante. Sur un autre brûleur, une casserole de sauce tomate frémit.

_ On mange dans combien de temps ?, je demande.

Non pas parce que j'ai faim mais parce que j'ai qu'une envie, retourner au restaurant.

_ Cinq minutes, répond-t-il en touillant lesdites pâtes.

Alors que je m'apprête à aller dans la chambre, il me retient en s'emparant de mes hanches.

_ Je suis content que tu manges avec moi.

Il enfouit son visage dans ma nuque et là, je revois Peeta me faire la même chose quelques instants plus tôt. Sa bouche se pose là où celle de Peeta s'est posée… J'en ai des frissons et me dégage promptement. Pour ne pas qu'il en prenne ombrage, je me retourne vivement vers lui en esquissant, je l'espère, ma mine la plus engageante.

_ Je vais me préparer, j'arrive de suite !

Gale ne semble pas se vexer – à mon plus grand soulagement – et retourne devant ses casseroles. Pourvu que cette soirée se passe vite.

Je m'installe à table une fois changée et préparée pour le service du soir. Gale semble ravi que je me sois apprêtée avec plus de soin, alors qu'inconsciemment, je l'ai fait pour Peeta. Gale se place en face de moi, toujours plus détendu que d'habitude. Nous commençons à manger, Gale fait la conversation, j'essaie de participer mais mon esprit ne cesse de partir ailleurs. Je ne sens même pas le goût de ce qu'il a préparé.

_ Tu aimes ?, s'enquiert-il soudain.

Je focalise mon attention sur lui et hoche la tête en reprenant une bouchée.

_ Oui c'est très bon, je me force à sourire.

Maintenant que je me focalise sur ce que je mange, je trouve ça un tantinet trop salé. Je continue à manger en silence quand je vois les doigts de Gale claquer devant mon visage.

_ Hé oh ! Tu m'écoutes ?

Je tente de masquer mon trouble en piochant à nouveau dans mon assiette.

_ T'es chiante Katniss, s'énerve-t-il.

Je sens mes joues s'empourprer sous la culpabilité.

_ Quoi ?, je m'offusque.

Il se lève brusquement et prend son assiette pour balancer la moitié de son repas dans l'évier.

_ Putain, tu pourrais faire un effort merde !, s'emporte-t-il.

Je me lève à mon tour.

_ Qu'est-ce qui as encore ?, je fais en jetant à mon tour le reste de mon assiette.

_ Tu peux pas passer juste un repas avec moi en étant vraiment avec moi ?

Il plante son regard rageur dans le mien, je peux voir une veine battre sur sa tempe. Je ne comprends pas trop ce qu'il lui prend en fait. Il doit voir que je ne comprends pas tout parce qu'il continue.

_ Tu n'étais pas avec moi là ! Tes pensées se tournaient encore vers ton putain de foutu restaurant !

S'il savait… Je me sens quand même en faute et porte mon ongle de pouce à la bouche.

_ J'en peux plus Catnip, poursuit-il, je suis là et toi, tu n'y es jamais, j'ai l'impression de vivre avec ton ombre.

Cette éternelle discussion encore et encore… Je commence à en avoir ras le bol, vraiment.

_ Je dois aller travailler, je le coupe. Je ne suis pas d'humeur à me disputer avec toi là, maintenant, pas alors que je dois préparer mon service.

Gale renifle durement et son air affiche un air méprisant.

_ Préparer ton service ? Si tu as des clients !

Je serre les poings, je suis à deux doigts de lui coller ma main dans la figure. Si je ne veux pas que les choses s'enveniment, je tourne les talons et claque vivement la porte derrière moi. Même quand je fais des efforts, il trouve le moyen de me faire des reproches. Il me fait sans arrêt des reproches. J'en peux plus des reproches. Quand je suis avec Peeta, je me sens pour la première fois de ma vie en paix. Je suis sereine…

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Après cette énième dispute, mes rendez-vous clandestins avec Peeta se multiplient alors que le temps que je passe avec Gale se réduit de plus en plus. Je cherche le moindre prétexte pour éviter de rester avec lui. Le matin j'attends qu'il parte pour me lever et partir au restaurant. Je retrouve alors Peeta et ma journée s'éclaire. Le soir, je reste avec lui le plus longtemps possible avant de revenir chez moi et espérer que Gale dorme à poings fermés. Je fais tout pour ne plus avoir à rester avec lui plus que nécessaire si je dois me lever ou rentrer quand il est encore là. Avec Peeta, je me sens revivre. Madge ne fait plus aucun commentaire sur mon comportement mais je sens régulièrement ses coups d'œil insistants vers Peeta et moi quand nous sommes ensemble, même si nous essayons d'être le plus discret possible.

Saé, qui a de moins en moins besoin d'être présente, pose parfois de drôles de regards sur moi. Elle ne dit rien mais je pense qu'elle doit sentir qu'il se passe quelque chose parce qu'elle ne me couve plus autant qu'avant. Elle se préoccupe encore de savoir si je mange bien ou si je dors bien, on ne change pas sa deuxième maman, mais elle ne semble plus si inquiète quand elle m'interroge. Elle n'est plus présente que le midi et laisse Peeta seul le soir aux commandes. Ils ont changé la carte ensemble. Les clients sont un peu plus nombreux le midi et le soir, et il y en a même qui reviennent d'une semaine sur l'autre ! Ce qui n'arrivait plus depuis des lustres. Les échos qui en ressortent sont plus que positifs. Néanmoins, les finances ne sont toujours pas revenues au beau fixe et je passe encore beaucoup de temps à m'inquiéter. Peeta, à l'inverse de Gale, ne cesse de me booster et de me rassurer.

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Le soleil pointe juste son nez à l'horizon quand je sors en catimini ce matin. Je dois rejoindre Peeta sur la plage puisqu'il m'a convaincu que de surfer, aux aurores, était l'idée du siècle. A la fois sceptique et excitée, j'ai donc décidé de le rejoindre sur la plage, à l'endroit même où je l'ai vu pour la première fois. Et la première fois aussi dans le plus simple appareil. En me remémorant ce souvenir, je ne peux retenir le petit sourire que je sens poindre sur mon visage. Je frissonne quand même en m'engageant sur le petit sentier qui mène à la plage. L'air se rafraîchit de plus en plus, l'automne commence à s'installer pour de bon, même si la journée il fait encore « bon », à la pointe du jour ou à la tombée de la nuit, le thermomètre dégringole vraiment. Je remonte la fermeture de ma veste jusqu'en haut et rabats la capuche sur ma tête. Je réajuste la lanière de ma besace contenant une maigre serviette avant de porter mes doigts contre mes lèvres afin de les réchauffer avec mon souffle. Je remarque d'ailleurs qu'un faible nuage de condensation sort de ma bouche à chaque expiration maintenant. Je fourre ensuite mes poings au fond de mes poches et accélère l'allure. Je me demande encore ce qui m'a pris d'accepter cette aventure – je n'ai jamais surfer de ma vie bon sang ! -mais quand j'arrive à notre lieu de rendez-vous et que je vois Peeta qui m'attend, ses boucles dégoulinantes d'eau – on est aux aurores et il a déjà été goûté l'eau ! -, je sens un nuage de papillons virevolter au creux de mon estomac et je me sens instantanément bien. En combinaison de néoprène, je le trouve encore plus sexy : elle lui moule chaque partie de son corps de façon exquise. Je me mords les lèvres en le rejoignant. Le froid ne semble n'avoir aucune emprise sur lui puisque je le vois dézipper sa combinaison et la ramener sur ses hanches tranquillement, sans même une grimace vu la fraîcheur de l'air. Il plante sa planche de surf dans le sable et ouvre ses bras pour m'accueillir. Je me blottis contre son torse humide sans plus me soucier de la température. Il enfonce son nez dans mes cheveux.

_ Tu m'as manqué, souffle-t-il en frottant ses mains sur mon buste.

Je ne réponds rien, me contentant de soupirer d'aise. Il me lâche soudain et plonge son regard azur dans le mien.

_ Prête pour le fun ?

Je fais la moue en observant les vagues.

_ Pas vraiment, j'avoue.

Je regarde avec insistance le va et vient de l'eau.

_ Je n'avais jamais fait attention mais… qu'est-ce qu'il y a comme vague !

Peeta éclate de rire.

_ Ne t'inquiète pas, tout va bien se passer !

_ J'ai froid…, je me plains pour essayer de reculer le moment fatidique.

_ Justement !, s'anime Peeta, remue-toi, tu auras moins froid !

Original comme argument.

Je le suis jusqu'à son vieux pick-up d'où il finit par extirper une combinaison pour moi. Il me la tend, fièrement.

_ Tiens, ça te permettra d'avoir moins froid.

Sceptique, je la prends et la regarde longuement.

_ Elle ne va pas se mettre toute seule !, s'esclaffe-t-il.

_ Je sais c'est juste que… comment on enfile ce truc ?

Peeta plisse les yeux et se rapproche de moi. Il fait remonter ses doigts le long de la fermeture éclaire de ma veste et la descend ensuite doucement.

_ Suffit d'enlever tes vêtements, commence-t-il.

Je sens mes poils se hérisser : je ne sais pas si c'est l'effet du froid ou son effet à lui.

_ Et de mettre la combinaison à la place, s'esclaffe-t-il en me repoussant gentiment.

Je marmonne des insultes en retirant prestement le reste de mes vêtements : je ne suis plus qu'en maillot de bains quand je me mets à me tortiller pour passer la fameuse combinaison. Je croyais que j'allais être serrer comme tout dedans, néanmoins, je me sens étonnamment à l'aise en fait. Je fais des mouvements de bras et de jambes pour me sentir vraiment à l'aise alors que Peeta sort une autre planche de surf pour moi de son coffre. Je frissonne encore un peu et me demande pourquoi on ne pouvait pas faire ça en journée quand je me rappelle la clandestinité de notre relation. Je me renfrogne un peu à cette pensée en suivant Peeta sur la plage. Il se tourne soudain vers moi et me sourit pour m'inviter à le rejoindre, chassant aussi vite cette pensée. C'est l'effet qu'à Peeta sur moi : il me fait oublier tous mes soucis grâce à son seul sourire.

_ Tu es prête ?, me demande-t-il soudain plus sérieux.

Je hoche la tête.

_ Puisque je n'ai pas le choix, je fais semblant de râler.

Il se met alors à m'expliquer les positions à prendre d'abord sur la plage : comment m'allonger dessus, me tenir droite, appréhender les mouvements des vagues. Je me concentre et essaie de me montrer appliquer. L'animation qu'il y met le rend encore plus désirable à mes yeux. Je commence à sentir une douce sensation dans le creux de mes reins, j'ai de plus en plus de mal à me concentrer, une seule idée commence à m'obnubiler : un sport qui ne nécessite aucune combinaison et aucune planche de surf. Mais Peeta est tellement dans son rôle que j'essaie de maîtriser mes ardeurs. J'ai beaucoup moins de mal quand nous pénétrons dans l'eau gelée.

_ Si tu as trop froid, fait pipi dans ta combinaison, se marre-t-il tandis que nous nous enfonçons dans l'eau glacée.

Je lui adresse un regard choqué.

_ Pardon ?, je m'offusque en arquant un sourcil.

Il ne me répond pas, se contentant de me lancer un clin d'œil rieur.

Nous glissons sur les flots quelques minutes avant que Peeta ne se mette à califourchon sur sa planche et se mette à flotter tranquillement, n'étant toujours pas à l'aise, je reste agrippée à la mienne. Une des boucles blondes de Peeta reste collée sur son front, de fines goutelettes d'eau coulent sur son visage et son nez. Il est absolument craquant. Comme s'il devinait mes pensées, il secoue la tête pour chasser l'eau et sa mèche de son visage.

_ Détends-toi Katniss, commence-t-il tandis qu'il se rapproche de moi d'un moulinet des bras.

_ Facile à dire !, je m'agace quand la houle ne cesse de manquer de me mettre à l'eau.

J'ai régulièrement de l'eau salée dans la bouche, ce qui est loin de permettre de me détendre.

Peeta arrive à ma hauteur et se glisse à côté de moi. Il se penche un peu vers moi, sa planche restant stable grâce à la pression de ses cuisses autour. Il glisse ses mains le long de mon dos pour tenter de m'aider à me redresser. Ce geste pourrait électriser mes sens d'habitude, mais là, trempée, frigorifiée et lasse, je n'apprécie nullement ce contact à sa juste valeur.

_ Qu'est-ce que tu fais ?, je m'offusque quand il commence à essayer de me relever.

_ J'essaie de t'apprendre à te relever, me répond-t-il sans aucune once d'énervement dans la voix.

Cette douceur me rassure et me permet de me détendre un peu. Je songe fugacement que quand Gale essaie de m'apprendre quelque chose que je n'arrive pas à faire, nous nous énervons rapidement tous les deux, se terminant toujours de la même manière, lui ou moi lâchant l'affaire dans un claquement de porte.

Je me redresse doucement et finis par imiter la même posture que Peeta, en nettement moins à l'aise.

_ Dès que tu vois une vague qui te paraît abordable, tu te rallonges sur ta planche et tu rames le plus possible avec tes mains pour aller la chercher. Ensuite, tu essaies de te relever comme je t'ai montrer sur la plage.

Dans sa bouche, ça paraît si simple, et à le regarder aussi d'ailleurs. Il se lance presque aussi vite à l'abordage d'une vague qui me paraît immense et je le vois se redresser si facilement que j'en reste bouche bée. Je le vois ensuite glisser avec dextérité le long du rouleau jusqu'à ce que je ne le vois plus, happé à l'intérieur. Une légère angoisse m'étreint quand je le vois disparaître qui est aussi chasser quand il ressort la tête de l'eau, la mine enchantée. J'avale avec difficulté la boule qui s'est formée dans ma gorge. Le goût salé qui l'imprègne me donne une légère nausée. Peeta me fait de grands signes pour que je le rejoigne. Je lève les yeux au ciel et remarque qu'il s'est un peu brouillé depuis que je suis partie de la maison : les couleurs pasteles de l'aube se sont changées en nuage grisâtre à mesure que le soleil s'est levé. Je n'avais pas remarqué mais une fine pluie s'est mise à tomber, renforçant de ce fait mon humeur maussade. Je n'ai jamais aimé barboter dans l'eau, et cette activité n'arrange pas mon avis. Je deteste être mouillée comme ça. Je grelotte et je commence à avoir faim. La voix lointaine de Peeta qui me crie de le rejoindre me remémore les raisons de ma présence dans les flots : découvrir de nouvelles sensations et partager avec lui sa passion. Je soupire et prends mon courage à deux mains en observant les vagues qui se forment. Je ne suis toujours pas à l'aise sur ma planche quand je me rallonge sur cette dernière après avoir entr'aperçu une « petite » vague qui pourrait me convenir. Je me lance donc à sa hauteur et ensuite… le trou noir.