Commentaire : Salut ^^ !... et bonne journée ;)
Après une nuit peuplée de rêves étranges où Assline s'était retrouvée, angoissée et perdue, au milieu d'une forêt hostile qui essayait sans cesse de l'agripper du bout de ses branches, retrouver Mike autour d'un petit-déjeuner procura un certain soulagement. Monsieur et madame Newton venaient à peine de les quitter. Ils étaient partis un peu plus tard que d'habitude car ils avaient tenu tout d'abord à dire au revoir à Assline - qui ne serait finalement restée que quelques jours chez eux, mais dont ils avaient tout de même apprécié la compagnie - mais aussi, et surtout, à refaire la leçon aux deux jeunes gens concernant leurs mésaventures forestières. C'est là que Mike se rendit compte qu'il avait bien fait de dédramatiser légèrement les évènements - qu'il n'avait toutefois pu cacher au vu de l'état singulier dans lequel il était rentré chez lui la veille au soir - car autrement, sa mère lui aurait assurément mené une vie infernale durant des semaines entières.
- Toi au moins, tu es tranquille maintenant, dit-il en finissant son bol de chocolat d'un air maussade, tu t'en vas. Mais moi, aux dernières nouvelles, je reste ! Et crois-moi que s'il m'avait pris l'idée de tout lui raconter, elle aurait été fichue de me ficeler à une chaise pour être sûre que plus jamais je ne coure encore un tel danger !
- Un danger, ouais..., songea Assline. Mais lequel ? On n'aura finalement pas su ce qu'il s'est réellement passé, dit-elle en fronçant les sourcils, avant d'ajouter, raisonnable : « Mais c'est peut-être mieux comme ça. Quelle frousse j'ai eue… ».
- Hum… Toi, tu ne crois pas à cette histoire d'ours, hein ?, demanda Mike en la fixant par-dessus son bol.
- Toi si ?
Mike fit la moue et réfléchit un instant.
- Je crois que dans la vie, et plus encore dans la nature sauvage, on peut tout voir - mais vraiment tout !, déclara-t-il. Alors s'ils sont tous persuadés que c'est ça, eh bien je ne vais pas aller chercher à les contredire - parce qu'après tout, c'est plausible.
Assline grogna. Ils avaient tous beau dire et beau faire, cela n'était peut-être pas ce qu'il y avait de plus important vu qu'elle était rentrée saine et sauve et n'avait pas l'intention d'écrire un rapport là-dessus, elle restait cependant sur ses impressions – impressions qui plus est frustrantes, dans la mesure où elle semblait être la seule à penser ainsi et qu'elle ne connaîtrait certainement jamais la vérité. Elle soupira : mieux valait passer à autre chose.
Elle regarda alors à travers la fenêtre de la cuisine pendant que Mike débarrassait la table : le ciel était partiellement dégagé et un rayon de soleil se réfléchissait même sur la carrosserie du break des Newton, stationné devant la maison, dans la malle duquel s'entassait une partie des meubles dont elle avait récemment fait l'acquisition – le reste ayant été casé dans le garage. Les bibelots de décoration dénichés au drugstore se trouvaient quant à eux dans sa chambre, où ses affaires rassemblées attendaient, depuis qu'elle était levée, d'être déménagées.
- Mon père a pensé à te laisser les clefs, au moins ?, demanda Mike, qui s'intéressa à ce qu'observait Assline.
- Oui. Je pense d'ailleurs n'avoir à m'en servir que ce matin. Tant, je les leur ramènerai au magasin dès que j'aurai fini.
- Oh…, fit tout à coup Mike, perturbé. Ça ne sera peut-être pas la peine.
- Qu'est-ce que tu as ? Pourquoi tu dis ça ?
- Parce que si ça se trouve, tu n'auras même pas à t'en servir, dit Mike en se décalant, pour mieux voir ce qu'il se passait dehors.
Curieuse, Assline se penchant sur sa chaise et découvrit à son tour, à travers la fenêtre, un vieux pick-up qui venait de se garer de l'autre côté de la route, juste en face la maison. Les portières de la cabine s'ouvrirent pour se refermer aussitôt dans un bruit de tôle déformée sur Jacob et Embry - Seth et Quil ayant fait le trajet dans le plateau du véhicule, d'où ils sautèrent sitôt arrivés. Mike se raidit. Au total, c'est donc quatre indiens qui débarquaient à l'improviste chez lui de bon matin.
Instinctivement, il consulta sa montre et décida qu'il était grand temps de partir au lycée sous peine d'arriver en retard, alors qu'il avait une demi-heure d'avance sur son horaire habituel. Assline ne dit rien et le regarda seulement s'agiter en se retenant de rire, songeant qu'il n'aurait guère été charitable de se moquer de la crainte infondée que Mike nourrissait pour les habitants de la Push. Elle le regarda donc enfiler sa veste avec précipitation, attraper son sac posé en bas des marches, pour l'entendre finalement crier : « Fais comme ça t'arrange pour la voiture ! J'espère qu'on se reverra bientôt au lycée ! Désolé, mais faut qu'je file ! », en s'échappant par la porte de derrière. Au même moment, la sonnette retentissait à la porte d'entrée.
Forcément, quand des gros bras entreprennent de déménager des meubles – même s'ils sont lourds – ça ne prend pas beaucoup de temps.
- On s'est dit que ça irait plus vite comme ça, expliqua Quil, qui terminait de sangler les chaises sur la table retournée à l'arrière du pick-up.
- En plus, en prenant la voiture de mon père, ajouta Jacob, on n'aura pas besoin de faire trente-six allers retours. Tu vois, en un voyage, c'est bon : t'es parée pour venir vivre à la Push !
- Alors, heureuse ?, plaisanta Quil en faisant un sourire affreusement charmeur – qui lui valut un coup sur la tête de la part d'Embry.
Seth regarda Assline en haussant les épaules.
- Qu'est-ce que tu veux, ils sont irrécupérables...
- Ah oui, parce que toi, t'es irréprochable, hein ?, railla Jacob.
Mais Assline ne répondit pas et fronça plutôt les sourcils en réalisant soudain la présence de Seth à cet endroit, à cette heure-là.
- Dis donc toi : tu ne devrais pas être en cours, là ?, demanda-t-elle, provoquant l'étonnement puis l'embarras de Seth.
- Ben… C'est-à-dire, commença-t-il en cherchant de l'aide auprès de ses camarades, je... euh...
- L'école traditionnelle ne lui convenait plus vraiment, expliqua alors Embry sur le ton de la conversation, en posant le dernier carton sur le plateau. Du coup, ses parents ont préféré lui faire suivre des cours par correspondance.
- Ah… Un peu comme toi ?, remarqua Assline.
- Euh... ouais : comme moi, confirma Embry en grimaçant.
- Allez, en route !, lança soudain Jacob en montant derrière le volant. Assline, dis au revoir à cette jolie petite maison et monte avec moi dans la cabine – sur le plateau, ça bouge trop. En plus, je ne suis pas certain que tu survives aux blagues à dix balles de Quil, confia-t-il avec un grand sourire, tandis qu'Assline accrochait sa ceinture après s'être assurée qu'Embry avait bien rejoint Quil et Seth à l'arrière.
Un quart d'heure plus tard, ils arrivaient à la Push. Ils y croisèrent d'abord Harry et Charlie, qui partaient à la pêche (« Ces deux-là, un de ces quatre, ils vont ouvrir une poissonnerie ! »), puis Billy, qui s'était installé devant sa maison et discutait avec une jeune femme et Paul (« C'est Rachel, ma sœur… Elle sort pour mon plus grand malheur avec Paul. Autant dire que le frigo est toujours vide… »), et enfin, devant sa maison, se tenait Sue qui les attendait.
- Ca y est ?, dit-elle une fois le pick-up garé. Vous avez réussi à ne rien casser ?
- Bien sûr, m'man !, répondit fièrement Seth en se dirigeant vers le studio. Viens voir, Assline ! Embry a vachement bien travaillé – il y a passé toute la nuit, mais ça en valait la peine.
- Toute la nuit ?, s'exclama Assline en se tournant vers Embry avec un air mécontent - auquel le garçon répondit par un clin d'œil espiègle.
Il n'était décidément pas raisonnable. Assline soupira et leva les yeux au ciel puis suivit Seth. Mais une fois à l'intérieur du studio, sa contrariété disparut rapidement.
- Waouh…, souffla-t-elle émerveillée en découvrant le résultat. C'est… C'est… Merci beaucoup, Embry !
Le jeune homme rayonnait : la voir heureuse était sa plus belle récompense.
- T'as vu, c'est pas mal, hein ?, dit Seth. Je me demande si je ne vais pas venir squatter chez toi quand j'en aurai marre de Leah, plaisanta-t-il.
Réflexion qui lui valut les représailles en bonnes et dues formes des autres, durant lesquelles Assline en profita pour aller retrouver Sue sur son balcon.
- Je te souhaite bien du courage avec une bande pareille, soupira alors cette dernière en regardant les garçons se chamailler.
- Oh... C'est vrai que ça fait un peu drôle au départ, quand on n'y est pas habitué, reconnut Assline. Mais finalement, on s'y fait assez vite. Et puis, mieux vaut les voir comme ça que grincheux, non ?
Elles entendirent soudain le grincement des planches de bois derrière elles et se retournèrent pour découvrir Leah, qui venait de sortir de la maison. La mine revêche, elle jeta un regard blasé vers les garçons et disparut dans la forêt sans le moindre mot. Assline resta stupéfaite, tandis que Sue, embarrassée.
- Ce n'est pas très évident pour elle, en ce moment. J'espère que ça lui passera…
Assline préféra ne pas relever - les commentaires de Sue lui ayant donné l'impression d'être davantage des pensées extériorisées que des informations qui lui étaient destinées. Tout à coup :
- Assline ! Où est-ce qu'on met ça ?
Elle ne s'était pas aperçue que les quatre garçons avaient fini de se bagarrer et commençaient à décharger ses affaires.
- Où est-ce que vous mettez ça ?, répéta Assline en allant les rejoindre, laissant Sue à ses tourments. Je n'en ai pas la moindre idée ! Attendez un peu que je réfléchisse…
Il fallut tout de même trois essais avant de trouver le meilleur agencement – la pièce n'étant pas grande, tout placer en gardant un maximum d'espace libre demanda un peu de temps. Mais une fois chose faite, Assline fut enchantée du résultat. Son petit nid en était devenu un. A l'entrée, sur la droite, se trouvait une cuisinière à laquelle un évier était attenant - le tout étant surplombé par la fenêtre sans volet où un rideau serait prochainement suspendu. Au milieu de la pièce, ils avaient disposé la table et ses quatre chaises dépareillées dans le fond à gauche, étaient installés le lit et un meuble qui servirait de rangement et enfin, derrière une porte en bois brut qui était apparue suite aux travaux d'Embry, sur la gauche en entrant, se trouvait la salle d'eau qui avait donc été installée en l'espace d'une journée. C'était aussi petit que le reste, mais largement suffisant. En réalisant tout ce qui avait été accompli en si peu de temps, et surtout grâce à l'aide d'Embry, Assline ressentit une émotion particulière qui lui fit briller les yeux. Elle se tourna vers Embry pour le remercier, mais les mots restèrent coincés dans sa gorge. Compréhensif, le jeune homme lui sourit et,
- De rien, dit-il seulement.
- Hé oh ! Moi aussi, j'ai encore aidé, hein ! Faudrait pas qu'on m'oublie, quand même !, protesta Seth.
- Mais bien sûr, Seth ! Viens un peu par ici que je t'embrasse, lui proposa alors Embry avec un rictus dangereux, tandis qu'Assline pouffa.
Là-dessus, Jared arriva, l'air complètement endormi.
- Non !, se moqua Quil en le voyant. Ne nous dis pas que tu te lèves à peine ?
- Hé ! J'ai pas fermé l'œil de la nuit, moi, j'vous signale !, râla Jared.
En l'entendant, Embry, Seth et Assline sortirent du studio.
- Insomnie ?, demanda aussitôt Assline.
Les autres se regardèrent, hésitants.
- Non, répondit Jared du tac au tac. Mon père ronfle...
- Ah… Dommage...
- Ouais, comme tu dis, ricana Jared avec mauvaise humeur. Bon, c'est pas tout ça, mais on est tous attendus chez Emily… et toi aussi, précisa-t-il en regardant Assline. Sam voudrait que tu fasses la connaissance de tout le monde, maintenant que tu es installée à la réserve.
Chose qui aurait normalement dû faire plaisir à Assline – puisque témoignant d'une bonne intégration à la tribu – si ce n'est que l'idée venait de Sam et que plutôt que ressembler à une invitation, ça avait davantage l'air d'une convocation. Mais Sam semblant occuper une place importante dans la hiérarchie de la tribu, Assline songea que décliner l'offre serait une très mauvaise idée.
Ils laissèrent donc le studio, passèrent chez Jacob pour récupérer Paul et Rachel (à qui Assline fut présentée), puis longèrent la forêt pour rejoindre la maison d'Emily qui se situait à la lisière, côté ouest. Quelques minutes plus tard, Assline découvrit une petite maison toute de bois montée. Elle était simple, sobre, mais accueillante. Sur le devant, dans un jardin sans barrière ni frontière, étaient installés un barbecue et une grande table avec plein de chaises autour. Par terre, contre les murs de la maison, des jardinières apportaient de fragiles notes florales et colorées qui ne tarderaient pas à disparaitre au profit d'un repos hivernal. Lorsqu'ils arrivèrent, les garçons imitèrent brusquement des hurlements de loups pour signaler leur présence.
- Vous n'en avez pas assez de risquer de les croiser dans la forêt à tout bout de champs pour encore vous prendre pour eux ?, demanda Assline à Embry, abasourdie.
- Bah… Ce sont nos petites habitudes, sourit-il. Allez, viens ! Je vais te présenter Emily. Euh… Juste, fais gaffe s'il te plaît, ajouta-t-il, un peu mal-à-l'aise. Elle a une cicatrice au visage, donc si tu pouvais éviter de la fixer, ça serait bien.
- Pas de problème, assura Assline. Je sais bien me tenir, tu sais.
- Je n'en doute pas.
Et tandis que Seth, Jared, Quil, Paul et Jacob prenaient leurs aises dehors - Rachel se retrouvant du coup à surveiller le feu du barbecue en houspillant son frère et son petit-ami parce qu'ils ne l'aidaient pas - Embry et Assline rentrèrent dans la maison où Sam préparait des boissons, pendant qu'Emily sortait un énorme plat du four.
- Ah ? Bonjour, dit Emily, sitôt qu'elle les vit, contournant son plan de travail pour venir saluer la nouvelle venue. Je suis Emily, enchantée.
Assline se retrouva alors face à une jeune femme, indienne, qui avait effectivement une balafre impressionnante sur toute la partie droite du visage – balafre, que son sourire et sa beauté parvenaient presque à faire oublier. Elle fit un grand sourire à Assline, qui se présenta à son tour, puis l'invita à venir l'aider à la cuisine. La pièce n'étant pas très grande, lorsqu'elles croisèrent Sam qui sortait avec un plateau sur lequel les verres étaient en équilibre précaire, il y eut un petit moment de flottement – surtout lorsque les verres menacèrent de se renverser.
- Laisse, ça va aller, dit Sam de sa voix grave quand Assline tendit une main pour l'aider.
Rien que de l'entendre, Assline se figea. Elle retira alors sa main d'un mouvement si brusque que les trois autres restèrent interdits. Sam haussa un sourcil en direction d'Embry qui n'en savait pas plus que lui, puis les deux sortirent rejoindre les autres dans le jardin.
- Il ne te fait pas peur, quand même ?, demanda Emily à Assline, quand elles se retrouvèrent seules.
- Euh… C'est ton petit-ami, non ?, demanda prudemment Assline.
- Fiancé, précisa Emily en souriant.
- Bon. Dans ce cas, si je te réponds que oui, tu me feras quoi ?
Emily se mit à rire.
- Ne t'en fais donc pas. Sam fait parfois cet effet-là de prime abord, mais quand on le connait un peu mieux, on se rend compte qu'il est surtout une sorte... de grand frère pour les autres. Du coup, il ne peut pas se permettre d'avoir le même comportement qu'eux ou de rigoler aussi souvent. Mais je t'assure qu'il est très gentil et ferait n'importe quoi pour venir en aide aux siens.
Assline n'était pas encore totalement convaincue – de même qu'elle craignait qu'en tant que fiancée de Sam, Emily ne soit pas des plus objectives. Ceci-dit, ses paroles produisirent leur petit effet et à partir de là, Assline cessa de sursauter chaque fois Sam s'adressa à elle.
- Allez, viens !, dit Emily en attrapant le plat chaud. Je crois qu'ils ont faim : mieux vaut ne pas les faire attendre.
- C'est vrai que s'ils ont tous le même appétit, ça pourrait devenir dangereux, ajouta Assline en songeant à Embry, tout en attrapant un saladier rempli à ras bord de pommes de terre.
Ils avaient commencé à manger depuis un moment lorsque Leah arriva. Elle salua du bout des lèvres les autres et alla se placer à l'écart du groupe. Durant le repas, Assline nota qu'elle lançait régulièrement d'étranges regards furieux et amers en direction de Sam ou d'Emily – elle n'aurait su dire lequel des deux était visé et se garda bien de poser la question à cet instant.
Une fois que tous les plats furent vidés – ce qui ne prit pas beaucoup de temps – et que la vaisselle fut faite, mis à part Sam qui resta avec Emily, tout le monde s'en alla.
- Au revoir et merci !, lança Assline en repartant escortée d'Embry, Quil et Jacob.
- Il va bientôt le lui dire ?, demanda alors doucement Emily à Sam, en regardant Embry et Assline s'éloigner.
- Je ne sais pas, répondit Sam avec un air soucieux. Il semble avoir un problème avec ça.
- Pourtant, s'ils se mettent ensemble, il faudra bien qu'elle le sache un jour… Et au plus tôt ça sera, au mieux ça vaudra.
- Sans doute...
De retour au village, Jacob partit voir son père et Quil prétexta avoir aussi à faire. Embry et Assline retournèrent alors au studio.
- Tu veux qu'on finisse de déballer le reste de tes affaires ?, proposa Embry. Ou tu as peut-être envie de te reposer un peu, de rester seule… ?
- Oh, non… Non, ça ira, assura Assline d'une soudaine petite voix en recommençant à tricoter avec ses doigts. En fait, je me demandais au contraire si, au cas où tu n'aies rien de prévu, bien entendu, eh bien... si ça te disait de m'accompagner... pour visiter les environs. Ce coup-ci, si tu es là, il ne devrait rien m'arriver, non ?
Incroyable ! Elle n'était même pas fichue d'aligner deux mots en sa seule compagnie sans bafouiller ou avoir l'impression de prendre feu ! Assline était tellement embarrassée qu'elle n'osa même pas regarder la tête que faisait Embry. Pourtant, loin de se moquer, le jeune homme apprécia particulièrement sa demande. Il ne répondit cependant pas de suite et se rapprocha plutôt d'Assline, affichant ce petit air timide qui le rendait si séduisant. À seulement quelques centimètres l'un de l'autre, elle ressentit tout à coup la chaleur que dégageait son corps... et qui lui rappela cette douce couverture qui l'avait déjà enveloppée. Sauf qu'après réflexion, dégager autant de chaleur, ce n'était pas normal !
- Mais tu es brûlant, dit Assline, l'air brusquement inquiète, en posant instinctivement une main sur le torse nu d'Embry. Tu as de la fièvre ?
Embry lui sourit et la détrompa d'un mouvement de tête.
- C'est pour ça qu'on n'a pas souvent froid, par ici, dit-il. C'est... typique de notre tribu : on a une température un peu plus élevée que la moyenne...
- Oh ?
Assline le fixa avec des yeux ronds. Embry prit une profonde inspiration : le moment de lui parler était peut-être venu... ou pas. Car :
- Ah ! C'est un peu comme le gène du dauphin, alors ?, dit tout à coup Assline, décidément trop pragmatique quand elle s'y mettait.
- Le quoi ?, s'exclama Embry, ahuri.
- Eh bien… Il s'agirait de personnes qui, à force de vivre dans un habitat particulier, auraient fini par développer des aptitudes - et même des caractéristiques génétiques - que l'on ne retrouve pas ailleurs : ils craindraient beaucoup moins le froid que les autres humains, expliqua Assline. Preuve que l'homme poursuit son évolution...
- Ah... Oui, dit Embry qui en un instant, vit s'envoler l'opportunité de tout lui avouer. Oui, je pense qu'on pourrait dire ça...
Comment lui parler de loup-garou quand elle pensait à des dauphins ? Embry sourit pour lui-même et la regarda : en fin de compte, c'était elle qui le surprenait, pas l'inverse.
Son regard demeura ensuite posé sur elle... Et maintenant que le côté scientifique de l'affaire s'était envolé, Assline se rendit compte de la vitesse à laquelle son propre cœur battait… et sa main restée posée sur la poitrine d'Embry put sentir ô combien le sien battait fort aussi. Timidement, elle replia sa main sur la peau brûlante, se détourna légèrement et n'osa plus bouger. Embry ne sut comment il avait réussi à se maîtriser et ne pas répondre à cette caresse. Peut-être était-ce parce qu'il ne pouvait pas… parce qu'il ne devait pas. Il refusait de trop s'engager si c'était pour risquer de la décevoir ou la blesser de quelque manière que ce soit par la suite. Alors, péniblement, il prit la main d'Assline dans la sienne, la serra tendrement et lui adressa un sourire douloureux en ayant du mal à contrôler sa voix.
- Alors… tu as envie d'aller visiter notre territoire ?, demanda-t-il comme si rien n'était venu perturber leur discussion.
Assline mit quelques secondes à répondre. C'était l'un de ces moments où elle avait l'impression que quelque chose allait se passer – quelque chose de beau, de fort, autant désiré que redouté. Pourtant… Elle retint un profond soupir et se plia à sa décision - elle n'avait de toute façon pas le choix : apparemment, malgré l'attention et l'affection qu'il lui témoignait, Embry n'était pas prêt à aller plus loin. Ou alors, c'était-là une jolie marque de respect dont il faisait preuve vis-à-vis d'elle - du moins, c'est ce qu'Assline se dit pour trouver le courage de patienter jusqu'à ce qu'il se décide.
- Oui, dit-elle enfin avec un entrain qu'elle força un peu au début. Si tu es d'accord…
- Volontiers, affirma Embry qui était prêt à tout accepter pourvu que ça limite les dégâts.
Ils partirent de suite. En chemin, ils croisèrent Seth et Jacob qui allaient rejoindre Quil, chez lui.
- Soyez prudents, recommanda tout de même Jacob.
- De toute façon, on reste à l'écoute, ajouta Seth – qui se prit aussitôt une claque derrière la tête.
La végétation qui entourait le village des Quileutes était semblable à celle qu'Assline avait découvert la veille. Elle reconnut les mêmes arbres, qui étaient toutefois plus clairsemés par ici et permettaient ainsi à la lumière de filtrer davantage à travers les branches, offrant une douce clarté autour d'eux. Ils continuaient également à avancer sur un tapis de feuilles aux teintes automnales recouvrant une mousse moelleuse et épaisse. Oui, tout semblait identique à ce détail près : Assline savait désormais que ces bois en apparence enchanteurs pouvaient se révéler ténébreux. Pourtant, malgré sa récente expérience, elle s'y sentait sereine. Elle ne se demanda pas pourquoi, persuadée que c'était dû à la seule présence d'Embry.
- C'est vraiment beau et reposant quand on n'y fait pas de mauvaises rencontres, déclara-t-elle en respirant à pleins poumons la délicate odeur d'humus qui se dégageait des lieux.
- Oui. Mais garde toujours à l'esprit qu'elles restent possibles où que l'on se trouve, signala Embry qui avait recouvré son assurance et, en l'occurrence, son sérieux. Après, l'avantage qu'i se promener par ici, c'est qu'en étant un endroit où l'on se rend régulièrement, ça dissuade les nuisibles d'y venir.
Mais à peine eut-il terminé sa phrase qu'un bruissement se fit entendre à une vingtaine de mètres devant eux. Ils stoppèrent net leur marche, Embry brandissant un bras devant Assline pour la garder derrière lui, et restèrent immobiles, attendant de voir ce qui allait apparaître.
- Les nuisibles… mais pas les gentilles bébêtes, souffla alors Assline en souriant.
Attendris, ils observèrent sans un mouvement un troupeau de daims qui venait d'émerger d'un fourré, pour traverser lentement les bois et disparaitre un peu plus loin, entre les arbres. Embry se retourna vers Assline, persuadé de la réaction que pareille vision provoquerait chez elle.
- C'est sympa, hein ?, dit-il.
Assline approuva d'un mouvement de tête avec, en prime, un large sourire.
- On en a vus deux, hier, avec Mike et Eric, commença-t-elle enthousiaste, avant que son regard ne s'assombrisse tout à coup. Non… c'était des cerfs…, dit-elle dans un murmure. Mais on en a quand-même vu un…
Embry fronça les sourcils et la regarda attentivement.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, demanda-t-il, intrigué par son brusque changement de comportement.
Mais Assline ne répondit pas.
Les images lui revinrent brusquement en mémoire comme des flashes violents et incontrôlés. Devant elle, apparurent soudain le corps inerte de la bête couchée à terre, le sang, la fumée qui s'élevait de sa gorge béante, ses yeux vides et humides dépourvus de vie… Puis tout s'enchaîna. La nausée, son sang qui pulsait trop fort, qui lui faisait mal, les images qui se mirent à tourner autour d'elle à lui en donner le vertige, la peur, la frustration, la colère, l'incompréhension. Elle n'entendit pas les cris d'Embry, affolé, quand elle se plaqua les mains contre les oreilles et tomba à genou, incapable d'en supporter d'avantage. Un fourmillement désagréable lui parcourut le corps et soudain, ce fut le trou noir. Sa tête lui tourna si fort qu'elle en perdit l'équilibre et s'effondra sur le côté, inconsciente.
Elle reprit lentement connaissance la tête posée sur une imposante racine d'arbre, le corps allongée sur une épaisse plaque de mousse, là où Embry l'avait portée. Elle était toujours pâle et des gouttes de sueur perlaient sur son visage. Embry attendit un moment, anxieux, que sa respiration reprenne un rythme régulier, que son visage regagne quelques couleurs. Et quand Assline ouvrit enfin les yeux en poussant un léger soupir, Embry en poussa un plus gros encore, de soulagement.
- Que s'est-il passé ?, demanda-t-il doucement, en épongeant délicatement le visage moite d'Assline.
- Ce sont les daims…, dit-elle tout bas, dans un souffle.
- Les daims ?
Assline se releva alors péniblement sur ses coudes, puis s'adossa avec l'aide d'Embry contre l'arbre.
- Tu te souviens quand tu m'as dit, l'autre jour, qu'il vous arrivait de retrouver des animaux morts ?, demanda-t-elle.
- Oui, répondit Embry en s'accroupissant à ses côtés.
- Eh bien, hier, dans la forêt, on en a découvert un. Un daim... Il venait à peine d'être saigné.
Un mélange de désolation et de colère troubla à nouveau les traits d'Assline et l'empêcha de remarquer l'expression qu'afficha Embry.
- Tu l'aurais vu... c'était horrible. Il venait à peine de mourir, Embry. On venait à peine de lui voler sa vie. C'était tellement triste… et injuste. Il avait été tué – juste tué, rien d'autre. Tué et laissé là…
Elle releva vers lui deux grands yeux larmoyants.
- Qui a pu faire une chose aussi cruelle ?
Mais il était évidemment impossible à Embry de lui expliquer que la bête n'avait pas simplement été tuée pour le plaisir par un être sadique qui aimait semer la mort derrière lui, mais plutôt pour fournir un sang frais à ceux qui s'en abreuvaient - ça aurait été lui avouer l'existence et la présence de vampires... et de tout le reste. Une nouvelle fois, et en très peu de temps, Embry se retrouva confronté aux obstacles que lui causait sa condition. Mais aller parler maintenant de tout ce qui le tracassait à Assline, quand il voyait à quel point elle était sensible, et qui plus est, juste après qu'elle ait fait un malaise, n'aurait pas été une bonne idée.
- Je ne sais pas, soupira-t-il alors en se relevant. Je ne sais pas...
- C'est monstrueux, répéta Assline en se redressant lentement, prenant appui contre l'arbre. Comment peut-on manquer à ce point de respect pour des êtres vivants ?
Embry remarqua alors la colère froide que contenaient ses paroles.
- Viens, dit-il plutôt en lui tendant son bras, sans chercher à répondre à sa question. Appuie-toi sur moi : on va rentrer, maintenant.
- Non, ça va aller, assura Assline avec un petit sourire gêné. Je me sens mieux. C'est vrai, tu sais, insista-t-elle devant le regard sceptique d'Embry.
Embry, qui ne put la croire quand il la vit soudain blêmir et perdre l'équilibre en se cramponnant comme elle le put à l'arbre pour ne pas retomber. Il la souleva aussitôt dans ses bras et l'informa qu'elle ne poserait plus un pied par terre tant qu'elle ne serait pas rentrée chez elle.
- Tu as dû un peu trop présumer de tes forces, ces derniers jours, commenta Embry en regagnant le village. Après une bonne nuit de sommeil, ça devrait aller mieux, dit-il confiant.
Mais les premières habitations dépassées, sa confiance disparut pour laisser place à la crainte de croiser un membre de la meute avec Assline dans les bras. Si cela arrivait, il savait qu'il l'entendrait chanter sur tous les tons pendant des jours entiers. Et bien évidemment, alors qu'ils arrivaient devant la maison des Clearwater, quelqu'un les interpella soudain – mais par chance, il s'agissait seulement de Sam.
- Qu'est-ce qu'il se passe ?, demanda-t-il, inquiet, en les voyant ainsi.
- Rien de méchant, répondit Embry – Assline lui ayant bien volontiers laissé la parole. Un petit malaise… Certainement la fatigue mélangée aux émotions… Je la ramène chez elle.
Sam considéra alors Assline quelques instants, puis :
- Très bien, dit-il. Je vais rejoindre les autres chez Billy : viens dès que tu le pourras.
- Ok, pas de problème.
Sauf que les problèmes n'annonçaient bel et bien…
- Jasper ! Oh mon dieu ! Mais qu'est-ce qu'il s'est passé ?!
Commentaire :
Et un p'tit mot pour "Guest ":
Un grand merci pour ton commentaire :) !
Je suis ravie que tu aies aimé la scène de la forêt - et j'espère que la suite de l'histoire continuera à te plaire.
Bonne fin de week-end et à bientôt,
ewanna.
