Me revoilà, comme promis :)
Je remercie ceux qui m'ont laissé une review, en passant ! C'est sympa de votre part.
J'aime bien ce chapitre, alors j'espère qu'il en ira de même pour vous.
Je ne m'étends pas plus, bonne lecture !
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Chapitre 7 : Une lueur au fond des ténèbres
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« Le destin bat les cartes mais c'est nous qui les jouerons…»
{Bernard Moitessier}
Hermione était sous le choc. Les concepts passé, présent, futur se mélangeaient dans sa tête avec ceux de justice, bien et mal. Avalant difficilement sa salive, elle articula :
« Mais professeur… Vous dites vous-même que si je n'avais pas été là, vous n'auriez pas pris cette décision, n'est-ce pas dangereux ? Cela signifie que j'ai une influence sur le passé… »
Dumbledore joignit ses mains devant lui et la regarda gravement.
« J'ai bien peur que oui, miss Jean… Mais nous, qui ne disposons pas de votre connaissance du futur, quel choix avons-nous ? Nous ne savons pas ce qui influe ou non sur le futur. Et je me suis même demandé… Peut-être que vous êtes déjà venue.
- Vous voulez dire, que quand j'étais élève à Poudlard, et même avant ma naissance… j'avais déjà changé les choses ?
- Exactement, miss Jean. »
Hermione était loin d'être convaincue. Bien qu'il existe des boucles temporelles, comme ce dont elle avait fait l'expérience avec Harry lorsqu'ils avaient sauvé Sirius et Buck, elle sentait qu'il y avait quelque chose de différent cette fois. Nous étions toujours en 1944 et Dumbledore ne devait prendre la décision d'arrêter Grindelwald seulement à la fin de l'année 1945. A moins qu'il y ait des complications et que Dumbledore mette un terme aux agissements du mage noir à la date prévue, il était trop tôt.
Seulement, Dumbledore avait raison. Ils n'avaient pas sa connaissance du futur. Et pour eux, l'important était le présent, et arrêter l'ascension de Grindelwald pour mettre un terme à son œuvre destructrice. Hermione se contenta donc d'acquiescer, accepta de prendre en charge les cours de métamorphose et prit congé du professeur Dumbledore. En sortant, une idée s'imposa à elle. Le changement était déjà en marche. L'option « ne rien faire » n'était désormais plus valable et s'apparenterait à de la lâcheté. Son erreur de manipulation avec le sablier avait déjà tout chamboulé. Il fallait qu'elle le voie du côté positif. On lui offrait une chance de tout changer, en bien. Il fallait simplement qu'elle n'échoue pas. Et elle sentait confusément que tout se jouerait dans ce choix entre la vie et la mort de Voldemort. Si elle le laissait en vie, elle tenterait de le détourner du Mal. Comment ? Elle ne le savait pas encore. L'idée de devenir amie avec cet assassin lui donnait la nausée. Pourtant, ce serait sans doute le meilleur moyen. Le socialiser un peu plus aussi. Hermione faillit éclater de rire rien qu'en y pensant, mais cette envie disparut aussitôt lorsqu'elle pensa à l'autre solution. Le meurtre. Elle avait sans doute déjà tué, indirectement, dans le feu de l'action, au cours d'une des batailles qu'elle avait déjà menées, mais de là à préparer un meurtre de sang-froid… L'ex-Gryffondor ignorait si elle en serait capable. Qu'elle décide l'un ou l'autre, ce ne serait pas facile, elle le savait, et elle y avait songé tellement souvent depuis qu'elle était arrivée. Cela la torturait. C'est pour cela aussi qu'elle estimait que Dumbledore n'était pas un lâche parce qu'elle savait très bien au devant de quoi il devait aller, en affrontant Grindelwald. Il y avait le risque de savoir qui avait réellement tué sa petite sœur. Du côté d'Hermione, elle savait que son choix affecterait le futur, et rien de ce que pouvait dire Dumbledore ne changerait cette certitude.
Elle prit néanmoins une décision. Pendant une semaine – non, disons deux –, elle testerait Tom Jedusor. Pendant une semaine, elle l'observerait et si elle jugeait qu'il était irrécupérable, son choix serait beaucoup plus simple. Simple… façon de parler. Disons simplement qu'elle n'aurait plus de choix à faire. Cette idée lui donnait la nausée. Comment pouvait-elle juger arbitrairement de la vie ou de la mort d'un individu ? Elle se reprit. Ce n'était pas n'importe quel individu. Il s'agissait de Lord Voldemort, le plus grand mage noir de tous les temps, et il n'avait eu aucun scrupule, lui, à tuer des centaines et des milliers d'innocents, victimes collatérales de ses actes ? Elle ne devait pas perdre cela de vue.
Hermione retourna alors à la bibliothèque, afin de continuer ses révisions. Elle s'accordait deux semaines, cela repoussait le moment du choix. Voldemort devait déjà être parti déjeuner, et il avait sans doute cours juste après. En fait, elle n'en savait rien. De toute façon, il était clair qu'elle ne pourrait pas l'éviter éternellement. La Réserve était vide lorsqu'elle y parvint, ce qui lui arracha tout de même un léger soupir de soulagement. Cependant, elle ne resta seule qu'une heure et demie. En effet, à trois heures, une étudiante s'approcha d'Hermione.
« Bonjour Miss Jean. Pardonnez-moi si je vous dérange, mais il y a quelque chose dont j'aimerais vous parler. »
Roselyn Tillman s'assit face à elle, sans sortir ses affaires, signe qu'elle ne comptait pas rester. Hermione ne répondit pas, mais lui fit signe de poursuivre, d'un air encourageant.
« Eh bien… Je ne sais pas si vous êtes au courant, mais j'ai tenté de faire approuver par le professeur Dippet mon projet de bal pour Noël. »
La stagiaire hocha la tête en signe de dénégation. Elle n'était pas au courant de cette histoire de bal, qui d'ailleurs ne lui plaisait pas tellement.
« Non ? Bon ce n'est pas grave. En fait, je trouvais que c'était une bonne idée d'organiser une fête dansante pour Noël dans le château. D'une part, cela encouragerait les élèves à rester pour les vacances, ce qui signifierait également qu'ils travailleraient plus, puisqu'ils auraient la bibliothèque à disposition. D'autre part, cela serait amusant de marquer le coup pour… »
Elle s'interrompit et rosit légèrement. Cela piqua la curiosité d'Hermione.
« Pour ?
- Non, c'est idiot, laissez tomber.
- Roselyn… Est-ce que vous voulez parler de la fin de la guerre qui approche chez les Moldus ? »
La jeune Serdaigle ne s'attendait manifestement pas à cela. Elle tritura nerveusement ses doigts et se pencha vers Hermione, pour poursuivre sur un ton de confidence.
« En fait, oui. Les Allemands sont maintenant en déroute, et je pense que ce n'est plus qu'une question de temps avant que cette guerre se termine. Je sais bien que tout le monde ne verra pas ce bal de cette manière, mais cela aurait cette symbolique pour moi et tous ceux qui ont des Moldus dans leur famille.
- Avez-vous parlé de cela au professeur Dippet ? »
Roselyn fit la moue.
« En fait… ce n'est pas que le professeur Dippet n'aime pas les Nés-Moldus ou les Sang-Mêlé comme moi, mais… il y a encore beaucoup de préjugés, Miss Jean. Pourtant, je pense que cette guerre nous concerne tous, et je ne comprends pas pourquoi les sorciers n'interviendraient pas. Enfin, si, je comprends, le secret, tout ça… Mais est-ce que cela vaut la peine de laisser des millions d'humains mourir ? Je m'égare. Non, je n'ai pas explicité cette raison au professeur, je pense que cela n'aurait pas grande incidence. Il estime que c'est trop dangereux pour les élèves, à cause des dérives, de l'alcool… Si vous voulez mon avis, je pense simplement qu'il ne s'est pas remis de la mort de la fille dans les toilettes, alors il ne veut rien faire pour entacher sa carrière une nouvelle fois. »
Elle marqua une pause, les yeux perdus dans le vague. Hermione savait parfaitement à qui elle faisait allusion, et n'insista pas. Elle ne voyait pas très bien pourquoi Roselyn lui parlait de tout cela.
« Il a simplement dit que si Tom était d'accord, il reconsidérerait la question. Donc je suis venue vous voir pour… enfin… parce que Tom ne veut même pas m'écouter, et donc j'ai pensé que si vous pouviez parler avec le professeur Dippet… Ce ne serait même pas la peine d'essayer de convaincre Tom Jedusor. »
L'ex-Gryffondor maudit le sort de toujours lui rappeler l'existence de ce Jedusor qu'elle haïssait tant, mais ne laissa rien voir. Elle trouvait l'idée de Roselyn pas mauvaise, bien qu'un peu puérile à son goût, mais elle avait de gros doutes quant à sa capacité de convaincre Dippet de quelque chose dont elle n'avait même pas envie. Cela lui rappela son premier et seul bal à Poudlard, le Bal de Noël du tournoi des Trois Sorciers.
« Vous savez, je pense que le professeur Dippet trouve que cette histoire de bal donnerait une mauvaise image à l'école. Cela nuirait à la réputation de Poudlard dans le sens où cela coûterait cher à l'école et ce pourquoi ? Pour s'amuser. Je pense que le directeur veut mettre en avant d'autres qualités de Poudlard, comme le sérieux et l'excellence.
- J'entends bien, Miss. Mais en quoi un bal bien organisé et somptueux donnerait une mauvaise image ?
- Il n'y aurait personne d'autre que les élèves de Poudlard pour le voir… A moins que… »
Une idée avait jailli dans son esprit. C'était quelque chose auquel elle songeait depuis sa quatrième année, depuis le tournoi des Trois Sorciers.
« A moins que … ? l'encouragea Roselyn.
- A moins que justement, il n'y ait pas que des élèves de Poudlard. »
Roselyn ne répondit pas tout de suite, les sourcils froncés de réflexion.
« Je ne saisis pas bien, Miss Jean.
- Je…, commença Hermione.
- Miss Jean veut simplement dire que l'on devrait inviter d'autres écoles à se joindre à nous, et ce bal pourrait être un prétexte de bienvenue. Ai-je bien compris, Miss ? »
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Le Serpentard écoutait toute la conversation depuis qu'il était arrivé devant la Réserve, afin de savoir ce qui se disait et d'en apprendre peut-être même un peu plus sur l'étrange stagiaire qui avait encore pris la fuite en le voyant le midi même. Tom avait manqué le début de la conversation, il était arrivé seulement au moment où Miss Jean demandait à Tillman si elle avait parlé de « cela » au professeur Dippet. Mais la suite était suffisamment éclairante pour comprendre de quoi il était sujet. Le fichu bal. Il était aussi question d'une guerre qui concernerait aussi les sorciers. Bien entendu, Tom savait de quoi il s'agissait puisqu'il retournait dans le monde moldu l'été, et il serait un imbécile complet s'il n'avait pas été au courant de la Seconde Guerre Mondiale qui faisait éclater aux yeux des sorciers combien les Moldus sont barbares. Il vit qu'Hermione Jean levait lentement les yeux vers lui, avant de lui répondre, le visage impénétrable.
« C'est bien cela Tom. »
Celui-ci prit une chaise et s'assit entre les deux femmes, du côté de la table qui se trouvait face à la fenêtre. De là, il pouvait décrypter les expressions de ses interlocutrices.
« Eh bien, ma chère homologue, tu aurais dû me prévenir que tu comptais parler du bal avec Miss Jean. C'est censé être un secret, non ? »
En fait, il savait très bien que la moitié de l'école était au courant, mais il feignait de l'ignorer. Tillman rougit aussitôt et ne sut quoi répondre. Ce fut la stagiaire qui répondit à sa place, d'un ton détaché.
« A moins que vous ne me considériez comme une élève de Poudlard, je ne vois pas en quoi elle aurait dû te prévenir. De plus, j'étais déjà au courant. »
N'y voyant rien à redire, Voldemort fit un bref signe de tête en direction de la jeune femme.
« Toutes mes excuses miss, je n'avais pas pour intention de vous blesser. Je voulais simplement dire que si bal il y avait, je dois être au courant de toutes les démarches. Personnellement, je pense que le professeur Dippet a raison de considérer que c'est une mauvaise idée. »
Il fit un autre signe de tête en direction de Tillman qui n'osait toujours pas lever les yeux vers lui, au contraire de la stagiaire qui semblait le jauger du regard.
« D'ailleurs, puisque vous êtes là, ne trouveriez-vous pas que ce serait enrichissant de faire des échanges inter-académies de sorcellerie ? Quelques élèves partiraient à Beauxbâtons ou à Durmstrang – entre autres – tandis que ces écoles nous enverraient quelques uns de leurs élèves ? Je pense que la plus-value serait énorme. Si nous envoyions tous nos sixièmes années, ou une partie d'entre eux, ce n'est pas à moi de décider, six mois à l'étranger, ils auraient l'occasion de découvrir une autre culture, une autre langue, un autre modèle d'enseignement. Et le bal que proposait Roselyn serait l'occasion de faire connaissance avec les nouveaux arrivants. D'ailleurs, nul besoin de proposer des places supplémentaires, puisqu'un élève partant serait ainsi remplacé par un élève arrivant. »
Tom fut surpris de l'idée. A vrai dire, elle n'était pas si mauvaise. De son côté, il ne voudrait pas quitter Poudlard, mais s'il avait eu l'occasion de consulter la bibliothèque et de suivre les cours de magie noire qui se faisaient à Durmstrang, il aurait pu accroître son talent. Quoique… Non, il n'avait pas eu besoin de suivre de stupides cours, son intelligence, les livres et les expériences personnelles suffisaient. Mais pour ses disciples autrement moins doués, les envoyer quelques mois à Durmstrang leur offrirait une formation de choix. Dans ce cas, oui, ce serait une excellente idée.
« Oh Miss Jean, vous devriez absolument en parler au professeur Dippet ! Est-ce San Francisco qui vous a inspiré ceci ? »
Tandis qu'Hermione acquiesçait, il donna son propre avis.
« Je trouve que ce serait une bonne chose à faire pour accroître la réputation de Poudlard… Mais il faudrait tout de même veiller à ce que les élèves correspondent aux critères de l'école. Nous sommes la meilleure école de magie au monde, et accueillir de mauvais éléments serait un gâchis. Et comment est-ce que l'on ferait pour les maisons ? »
La jeune femme sembla réfléchir sérieusement. Il n'avait bien entendu pas fait la bêtise de donner son vrai sentiment : que les enfants de Moldus devaient être privés de cette admissibilité à Poudlard. Il doutait que cela fût apprécié.
« Ce sont de bonnes questions, Tom. Pour ma part, je pense que les écoles peuvent nous envoyer d'eux-mêmes leurs meilleurs étudiants qui auraient fait le choix de Poudlard. Quant aux maisons, je pense que le Choixpeau pourrait suffire. Si nous faisions un test cette année avec quelques élèves de sixième année volontaires, on pourrait programmer les départs pour Noël. »
Les yeux d'Hermione semblaient pétiller tellement elle était excitée à cette idée. C'était surprenant de voir la rapidité avec laquelle la jeune femme avait changé son attitude, toute à son projet. Elle n'avait cependant pas fini.
« Mais je pense que ce n'est pas mon rôle de parler de cela au professeur Dippet. Ce serait plutôt celui des deux préfets-en-chef, n'est-ce pas ? »
Cela aussi, c'était surprenant. Elle refusait, en clair, d'assumer la paternité de ce projet, comme si elle avait peur d'essuyer un échec. Pourtant, si cela était accepté, elle n'en récolterait pas les fruits non plus. Tillman semblait véritablement emballée aussi, et elle osa enfin se tourner vers lui.
« Tom, êtes-vous d'accord ? Bien sûr, s'il vous faut de l'aide à tous les deux, je m'y prêterai avec plaisir, mais ce ne doit pas être une tâche officielle. Je ne suis qu'une ancienne élève, après tout. Alors, à vous de voir si vous en parlez. »
Elle le regarda intensément, comme pour analyser ce qu'il allait faire. La passion s'estompait peu à peu de ses prunelles, pour laisser place à un calme presque… calculateur.
« Je ne suis pas contre. »
Tillman exulta littéralement et sortit en trombe de la bibliothèque en direction du bureau de Dippet. Quant à Tom, il prit sa place, face à Jean et sortit ses affaires. Il avait essuyé un affront tout à l'heure quand elle était partie alors qu'il tentait de lui parler. Cette fois, elle n'avait aucune excuse. Et ce sourire désolé n'apparaîtrait pas à nouveau sur ce visage, sourire qui lui donnait envie de l'étriper.
« Je suis contente que vous n'ayez pas catégoriquement refusé, vous savez. »
Tom fut pris au dépourvu. Etait-ce réellement l'image qu'elle avait de lui ?
« Pourquoi aurais-je catégoriquement refusé ? »
Son interlocutrice haussa les épaules d'un air absent, tandis qu'elle prenait des notes.
« C'est facile à imaginer… Je suppose que vous avez entendu au moins la moitié de notre conversation avec Roselyn. D'après elle, Dippet accepterait de revoir ses positions au sujet du bal si vous étiez d'accord. Je ne sais pas ce qu'il en est réellement. Pour moi, cela signifie deux choses : soit il est pratiquement sûr que vous n'accepterez pas, soit il a tellement confiance en vous que votre jugement est le sien. Et j'imagine que pour vous, cela vous place dans une position de pouvoir discrétionnaire. »
Elle mit un point final à la phrase qu'elle écrivait et le regarda dans les yeux. Il tenta d'en profiter pour entrer dans ses pensées, si discrètement qu'elle ne pouvait s'en rendre compte, mais il se heurta à des murs. Il avait encore des progrès à faire… En attendant, sa tirade l'avait plutôt impressionné. Il avait rarement vu un tel esprit d'analyse chez quelqu'un… peut-être était-ce la raison pour laquelle Dumbledore lui faisait tant confiance, peut-être pensait-il la même chose à son sujet ?
Mais d'un autre côté, cela faisait d'elle quelqu'un de dangereux. Il devait redoubler d'attention, et ne pas la sous-estimer comme il était tenté de le faire au début. Il ouvrit son livre de métamorphose à la page de la métamorphose transsubstantielle et commença également son devoir. Puis, il répondit :
« Votre analyse est très pertinente, mais je crains que vous surestimiez mon pouvoir, comme vous dites. »
Il observa sa réaction. Elle fit un sourire en coin, amusé ou narquois, il ne saurait dire, avant de rétorquer, plongée dans son livre.
« Allons, un élève aussi brillant que vous ? Cela m'étonnerait. Au moins, je ne peux pas nier que vous soyez modeste. Je dois avouer que je me suis méfiée de vous depuis le début, pour cette raison. »
La curiosité de Tom fut alors piquée au vif et il ne put retenir son excitation. Il releva la tête aussitôt et ne put s'empêcher de demander :
« Pour quelle raison ? »
Enfin, il allait savoir pourquoi elle semblait le détester tant, sans même le connaître. Il en brûlait d'impatience, mais se contint et se contenta de la dévisager. Elle avait les sourcils froncés tandis qu'elle lisait et deux petites taches d'encre noire lui salissaient le coin de l'œil. Ses cheveux désordonnés complétaient le tableau. S'il fallait une allégorie pour désigner une jeune femme qui vivait pour ses études, ce serait sans doute Hermione Jean. Même McGonagall n'était pas comme elle. Il en vint même à se demander comment elle avait pu trouver un fiancé. Peut-être était-il particulièrement masochiste… ou qu'il ne la connaissait pas assez. Elle ne semblait pas être la femme idéale dont rêvaient tant d'hommes. Il ne jugeait pas, c'était un simple constat.
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Hermione tentait de désamorcer les soupçons qu'il pouvait avoir à son égard, en le menant sur une fausse piste. Elle lui montrait l'image qu'il pouvait renvoyer aux yeux de certaines personnes, et ainsi, tout en lui montrant qu'elle n'était pas totalement dupe, elle le détournait des véritables raisons de sa haine. La jeune femme avait réussi à attirer son attention en lâchant ce qui semblait être un aveu. Elle n'ignorait pas qu'elle s'aventurait dans un terrain glissant.
Cela lui semblait tellement plus facile quand Roselyn était là, Jedusor avait un peu alourdi l'atmosphère, mais cela ne l'avait pas affectée tant que ça. Elle se trouvait alors en position de force, ou du moins, il n'avait rien sur elle qui puisse la déstabiliser face à la préfète-en-chef.
« J'ai déjà connu quelqu'un comme vous, quand je suis arrivée à San Francisco. Quelqu'un qui attirait tous les regards et qui en jouait. Il était d'une arrogance insupportable, très intelligent, mais d'une étroitesse d'esprit incroyable. Je n'avais jamais rencontré quelqu'un d'aussi borné. Et pourtant, il considérait tout comme acquis, et les gens lui donnaient raison, parce qu'ils n'osaient pas le contredire. »
Elle le regarda enfin, pour voir ce qu'il allait répondre à cela. Il avait déjà baissé les yeux. Elle avait le sentiment de se trouver devant une partie d'échecs où chacun tentait de déstabiliser l'autre, sans se l'avouer. Cela l'amusait un peu, paradoxalement. C'est cet amusement que l'on a aux enterrements, quand on se met à rire pour un petit rien, afin d'évacuer toute la pression accumulée.
« Je reste néanmoins surpris que quelqu'un d'intelligent comme vous l'êtes se permette de juger sans connaître. »
Hermione ne se laissa pas monter par cette attaque qui visait à éviter de répondre à ce qu'elle venait de dire. C'était bien une tactique de politicien, elle avait l'expérience du Ministère derrière elle.
« A vrai dire, je n'avais jamais vraiment eu de preuve du contraire. Vous êtes tellement secret, Tom. Je me demande si quelqu'un peut prétendre vous connaître. »
Jedusor avait à présent complètement arrêté d'écrire et la scrutait du regard. Elle jouait vraiment avec le feu, mais que disait-elle qui puisse la trahir ? Ce qui lui faisait peur, ce n'était pas de dire ce qu'elle pensait à Voldemort, mais plutôt qu'il devine qu'elle en sait bien plus qu'on pourrait le croire. Et là, elle ne faisait qu'énoncer des constats qu'elle avait faits ici.
« Est-ce un défaut d'être secret ? Je pensais que vous cultiviez également le mystère autour de vous. »
Encore une fois, il se dérobait. Il lui faisait penser à un serpent qui contournait tous les obstacles afin de s'approcher inexorablement de sa victime, pour tenter de la coincer. Elle décida de ne pas pousser plus loin sa chance pour aujourd'hui. L'insolence n'est jamais de très bon goût.
« Pour être sincère, c'est faux. Simplement, je ne m'ouvre pas à n'importe qui. Mais à mes amis, je ne cache rien. Je suis d'accord avec vous, être secret n'est pas un défaut lorsqu'il est distillé avec modération. Mais si personne ne me connaissait vraiment… Je trouverais cela triste.
- Triste ? répéta Jedusor, un sourcil levé. Vous concevez que le secret est un moyen de protection, mais vous préconisez qu'il faut le lever auprès de certaines personnes ? Il y a quelque chose que je ne comprends pas, sauf votre respect, dans votre logique. A partir du moment où l'on s'ouvre à certaines personnes, on n'est jamais à l'abri d'une trahison.
- Bien sûr, mais je pense que cela fait partie des risques à prendre. Le jeu en vaut la chandelle, à mon sens. Bien entendu, il ne faut pas faire confiance au premier venu, mais il y a des personnes qui en valent vraiment la peine.
- C'est vrai, j'oubliais. Vous êtes une ancienne Gryffondor… et accessoirement, fiancée, est-ce que je me trompe ? »
Hermione marqua une pause. Il avait fait des recherches sur elle, apparemment. Cela ne la surprenait pas, mais ce qui était étonnant, c'est que cela ne le gênait pas de le dire. Ils s'étaient lancés dans un véritable débat intellectuel, et elle ne percevait pas de mépris derrière ses propos, il était simplement persuadé qu'il avait raison. Et pour faire admettre cela, il jouait sur sa sensibilité.
« Je ne vois pas le rapport, Tom. Écoutez. Sincèrement, je pense que vous êtes capables de grandes choses, je sens que vous avez un potentiel énorme. Mais je ne vous vois jamais étudier avec d'autres élèves, et il est rare que je vous voie parler à quelqu'un. Pourtant, je suis sûre que beaucoup seraient intéressés par vos connaissances. Par exemple, quand vous êtes venus hier soir, j'ai été vraiment épatée par ce que vous m'avez montré, et je n'aurais pas pensé à cela. De même, les autres pourraient vous apporter beaucoup. »
Hermione marqua une pause. Elle se souvint alors de sa première année, quand Harry était parti affronter Quirell et Voldemort, tandis qu'elle avait résolu l'énigme du poison.
« Etre un grand sorcier ne s'apprend pas que par les livres. Il y a d'autres valeurs qui s'acquièrent avec des expériences collectives. »
Tom Jedusor semblait également stimulé par cette conversation, bien qu'il tentât de ne pas le montrer. Aux yeux d'Hermione, cela le rendait plus humain. Elle le comprenait également mieux, bien qu'elle désapprouve toujours ce qu'il était devenu.
« Certes, mais cela, les expériences personnelles peuvent aussi nous les apprendre. Nul besoin d'être à plusieurs. Et quand vous me dites que beaucoup seraient intéressés par mon savoir, je pense que peu ont l'intelligence nécessaire pour en réaliser la portée. La plupart des gens sont malheureusement… trop étroits d'esprit. Et pour hier soir, j'avoue que je voulais mesurer l'étendue de votre compréhension, ou si vous resteriez… scolaire. »
Ce fut au tour d'Hermione d'être piquée par la curiosité.
« Et qu'en avez-vous conclu ?
- Que je vous avez mal jugée au départ. Et que je ne comprenais absolument ce que faisait quelqu'un comme vous à Poudlard, alors que vous pourriez être facilement au Ministère de la Magie. »
La jeune femme fut touchée par le compliment, même provenant de celui qui avait provoqué tant de ravages. C'était comme une reconnaissance. Elle aurait peut-être pu faire semblant de ne pas être elle-même, mais elle savait parfaitement qu'elle n'aurait pas tenu et qu'elle aurait fini par craquer.
« Je vous remercie, mais je crains que vous me surestimiez. Je suis bien à Poudlard, c'est la raison pour laquelle je suis revenue. Et j'ai toujours admiré le professeur Dumbledore, c'est un grand honneur de l'assister. Mais c'est également un grand plaisir d'avoir des classes aussi compétentes en face de moi. Je crois que vous vous trompez au sujet des autres étudiants. A commencer par Abraxas Malefoy ou Roselyn Tillman…
- Miss Jean, je ne remets pas leur capacité à absorber ce que disent les professeurs en cause. Je pense simplement qu'ils sont incapables d'imaginer plus grand que ce que l'on apprend à Poudlard. »
Cela dépendait de la définition de la grandeur… Hermione fit semblant de ne pas savoir de quoi il parlait, et d'un ton étonné, elle lui demanda :
« Grand ? Qu'est-ce que vous entendez par là ? »
Jedusor ouvrit la bouche pour répondre, et pour la première fois, elle vit une lueur apparaître au fond de ses yeux noirs. Celle-ci s'éteignit cependant lorsque la cloche sonna quatre heures.
« Je dois vous quitter à présent, Miss Jean, j'ai cours. Ce fut un plaisir. Bon après-midi.
- Ce fut également un plaisir. Bon après-midi, Tom. »
La jeune femme était un peu déçue de s'arrêter en si bon chemin, mais elle estimait qu'elle n'aurait jamais cru tenir aussi longtemps une conversation avec Voldemort. Il s'était révélé beaucoup plus intéressant qu'elle ne l'avait imaginé et la lueur au fond de ses yeux l'obsédait. Il y avait encore un humain au fond de lui, elle en était certaine à présent. Elle se laissait encore deux semaines pour juger s'il était récupérable ou trop profondément enfoui.
Voilà ! J'espère que j'ai suffisamment gardé la vraisemblance des personnages, et que ce chapitre vous a plu :) N'hésitez pas à me faire part de vos critiiques, s'il y a ;)
