Bonjour à tous ! :)
Un grand merci pour votre soutien, vos follows, vos reviews.
alyana black je suis contente que l'histoire te plaise, et que le côté "réaliste" que j'essaie de suivre soit apprécié. Je trouve aussi que ce n'est pas logique de les mettre en couple après 2 chapitres, je préfère prendre mon temps (bon, pas trop non plus ahah). J'espère que la suite te plaira tout autant :)
Grâce au Nano (défi écriture du mois de novembre pour ceux qui ne connaissent pas) j'ai bien avancé cette fic (j'ai quasiment un chapitre d'avance) + une autre que je compte poster prochainement (Drago Malefoy/Hermione Granger). Je reviens vers vous dès que je prends le temps de finaliser tout ça :) Écrire est le plus facile, ce qui est dur c'est la correction/relecture !
Au passage je rappelle que je suis les évènements du livre et pas du film (du moins autant que possible, mais je ne suis pas à l'abri d'oublier quelque chose !). Ne soyez donc pas surpris par la chronologie si vous êtes plutôt habitués au film.
N'oubliez pas de me laisser un petit mot après votre lecture, je serai curieuse de connaître votre avis sur Nerys :)
Bonne lecture à tous !
CHAPITRE 8 : OCTOBRE (4)
Cher Amadeus,
Je te remercie pour la proposition du dîner de Noël.
Mon père sera absent durant toutes les vacances mais m'a promis d'être de retour ce soir-là pour que nous puissions passer un moment en famille.
Je suis donc dans l'obligation de décliner la proposition, mais je serai ravie d'être des vôtres à une autre occasion.
Avec tous mes sentiments,
Ta dévouée Nerys.
Elle relisait sa lettre d'un air absent. Les mots qui se glissaient sur le parchemin semblaient froids et formels mais étaient tout à fait conformes à une bonne étiquette. Les marques d'affection n'avaient pas lieu d'être, et la forme devait absolument être respectée. Elle soupira. Toutes ces contraintes étaient parfois pesantes et elle regrettait de ne pas pouvoir se montrer aussi proche de lui qu'ils avaient pu l'être dans l'intimité.
- Où va ton père ? Questionna Briséis.
Nerys avait reçu une invitation officielle de la part de son petit-ami, mais elle avait déjà eu l'occasion d'en discuter avec Briséis. Si au départ elle s'était montré enjouée à l'idée de se rendre à ce repas, son enthousiasme diminuait de jour en jour. La lettre de son père la veille était une parfaite raison de décliner l'invitation sans froisser personne. Crimson était un homme occupé et l'avait prévenu qu'il serait absent la quasi-totalité des vacances. Il ne pouvait rien lui promettre de plus que le dîner du réveillon pour passer un moment en famille. Nerys devrait se débrouiller seule le reste du temps mais elle en avait l'habitude. Son père n'avait jamais été intéressé à l'idée de tenir une maison et Nerys avait dû reprendre les choses en mains lorsqu'elle avait à peine dix ans. Leurs deux Elfes personnels lui étaient totalement dévoués et la considérait comme la maîtresse de maison. Même si elle ne perdait jamais de vue qu'ils étaient là pour la servir, elle avait une certaine affection pour eux : ils étaient au service de la famille depuis des dizaines d'années et ils étaient les seuls qui lui parlait bien volontiers de sa mère, Esperanza. Elle était décédée lorsque Nerys était bébé et le sujet était tabou entre elle et son père. Eskil et Iskal, les deux Elfes, parlaient bien volontiers de leur défunte maîtresse qui s'était toujours montrée si douce envers eux. Elle a fait promettre à monsieur votre père de prendre bien soin de vous, lui avaient-ils raconté un jour.
- En voyage pour le travail j'imagine, répondit-elle distraitement.
En vérité le sujet l'intéressait peu : Crimson Avery partait en voyage très régulièrement pour son travail diplomatique lié au Ministère, et elle avait cessé d'en être émerveillée avec les années. Il prenait toujours le soin de lui ramener un souvenir, mais Nerys soupçonnait parfois qu'il ne la tienne pas au courant de tous ses voyages. Leur lien était précieux pour elle, bien qu'elle regrettait parfois le manque de communication. Depuis la rentrée de septembre il s'était montré moins régulier dans ses missives (ils s'écrivaient une fois toutes les semaines) mais elle ne s'en formalisait pas : il estimait sans doute qu'elle devenait assez âgée pour qu'une communication plus irrégulière soit établie.
- Nerys ?
Elle releva la tête de son parchemin pour enfin se concentrer sur son amie. Cette dernière tripotait distraitement sa nourriture (une très sale manie ! qu'elle n'avait qu'à Poudlard fort heureusement !) toute sa concentration étant focalisée sur Nerys.
- Ce sera les vacances. Ton père part sûrement pour une raison personnelle.
Elle n'avait pas vu les choses sous cet angle. Effectivement les employés du Ministère étaient tous tenus (ou presque) de prendre quelques jours de vacances au moment des fêtes de fin d'année. Crimson Avery prenait en général une semaine de repos. C'était la première année où il la laissait seule si longtemps.
- Pour une raison personnelle ?
Elle avait beau se creuser la tête elle ne voyait pas bien quel voyage personnel son père pourrait effectuer. Le seul qui avait été fait était en sa compagnie, en direction du Mexique, pour rencontrer la famille de feu son épouse. Il n'avait aucune raison de se rendre à l'étranger sur son temps libre. La question de Briséis était pertinente et Nerys se sentait soudain idiote de ne pas avoir réfléchit à ça. Son esprit avait tendance à divaguer ces derniers temps.
- Bien sûr que non, le Ministère est en effervescence cette année. Crimson doit avoir une bonne raison de se rendre à l'étranger et ce n'est pas la peine de lancer des fausses rumeurs et de procéder à des interrogatoires, siffla Gale en direction de Briséis.
Les sourcils froncés et la bouche pincée prouvaient son fort mécontentement. Nerys s'attendait à voir Briséis répliquer comme elle en avait pris l'habitude depuis quelques semaines mais cette dernière préféra rester silencieuse pour une fois. Quelque chose dans le regard de Gale devait vraiment la dissuader de riposter. Il était rare qu'il montre un visage si dur.
Le sujet fut finalement écarté pour revenir à des préoccupations plus quotidiennes : le cours de sortilèges qui les attendait et qui allait se montrer épuisant (le professeur Flitwick les avait prévenu que les sorts plus puissants entraînaient une fatigue plus forte). Elle avait beau participer à la conversation, Nerys gardait son esprit fixé sur une question : quel mystère entourait son père et Gale ? Elle était distraite mais pas idiote et sentait que ces deux-là partageaient un secret commun. Ce qu'elle n'arrivait pas à comprendre et deviner, c'était quoi.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Sans grande surprise, Fred était déjà aux cages lorsqu'elle arriva ce soir-là, l'ayant devancé dans sa tâche du soir. Contrairement à la semaine passée, il avait allumé sa baguette d'un Lumos pour y voir plus clair, l'obscurité étant quasi-totale. Il était penché sur la cage de Cadmus et avait un air concentré qu'elle lui connaissait peu. Sa présence lui provoqua un petit pincement au cœur et elle tâcha de retenir du mieux qu'elle pouvait le sourire qui voulait venir se poser sur ses lèvres.
Il ne pris pas la peine de la saluer mais elle ne s'en formalisa pas. Elle éteignit sa propre baguette et les ténèbres l'entourèrent. Fred resta dans sa lumière. Pour la première fois, la petite créature ne prenait plus la peine de revêtir son invisibilité alors qu'il ne jouait pas : il mangeait. Fred Weasley avait visiblement un don certain pour apprivoiser ce qui se trouvait autour de lui.
- Est-ce que ça vaut cher, les poils de Demiguise ? Dit-il sans prendre la peine de la regarder.
Nerys venait d'un monde où elle n'avait pas à se soucier du prix des choses. "Cher" ou "bon marché" ne représentaient rien pour elle. A partir de quel montant un objet était-il qualifié de cher ? 10 Gallions ? 100 Gallions ? Elle ne savait pas. Ce manque de conscience monétaire pouvait être perçu comme un luxe (et en pratique il l'était, elle ne regardait jamais le prix des choses lorsqu'elle achetait) mais il témoignait aussi de sa différence. L'argent ne l'avait jamais intéressée. C'était un sujet duquel les femmes étaient toujours exclues et Nerys l'acceptait bien volontiers. Son père lui fournissait une enveloppe mensuelle pour ses dépenses de la vie courante, mais elle en dépensait rarement la totalité. Elle s'était constitué une jolie réserve dans sa valise mais ne savait pas très bien à quoi toutes ces pièces allaient lui servir un jour.
Son incapacité à répondre la faisait se sentir idiote.
- Je ne sais pas ce que tu entends par cher... Je pense que ça coûte à peu près 100 Gallions la poignée.
Il se tourna vers elle. Elle avait peur de lire du mépris dans ses yeux (son Lumos le rendait bien visible) mais finalement il souriait comme à son habitude. Cela la détendit légèrement.
- Ah, j'oubliais que l'argent coule à flots pour toi.
Ce n'était un secret pour personne que les Weasley avaient peu de moyens. Toute la famille portait des vêtements rapiécés et semblant tout droit sortis du siècle dernier. Nerys savait que son entourage se faisait un malin plaisir de les critiquer et les rabaisser à ce sujet. La pauvreté semblait avoir été la sanction pour s'être détourné du droit chemin. Mrs Weasley aurait pu devenir la maîtresse de maison d'un sublime manoir de campagne; au lieu de ça on prétendait qu'elle avait en charge un taudis qui menaçait de s'effondrer à chaque seconde. Nerys ne savait pas très bien dans quelle mesure toutes ces rumeurs étaient fondées ou non.
- Dommage, ça aurait été un un ingrédient utile, rajouta t-il dans un soupir.
Et il murmura un "Nox", faisant surgir les ténèbres par la même occasion. Fred ne devint plus qu'une silhouette dans l'obscurité.
- Un ingrédient utile pour quoi ?
Sa curiosité était piquée. Les poils de Demiguise étaient un ingrédient puissant, le seul capable de créer une illusion d'invisibilité. Que Fred s'y intéresse était intriguant et Nerys se demandait bien quel usage il comptait en faire. Voulait-il se créer sa propre cape d'invisibilité ? Ca ne semblait pourtant pas être dans les habitudes des Weasley de se faire discrets : la farce était d'autant plus drôle si elle était totalement assumée. Et qu'importe les conséquences ! Nerys pensa en rougissant à la manière dont elle s'était défilée au moment d'affronter Lee Jordan. Fred la trouvait-il ridicule de lui avoir menti en prétendant que l'affaire des vers n'était pas de son fait ? Aurait-elle dû assumer son geste ?
- C'est un secret Avery. Peut-être qu'un jour je te le dirais.
Il faisait trop sombre pour le voir mais elle était sûre qu'il souriait. Le mystère qui l'entourait était particulièrement intriguant mais Nerys avait été élevée à ne pas se montrer trop curieuse : c'était déplacé et contre-productif. Si les gens avaient des secrets, peut-être était-ce justifié, et mieux valait ne pas trop creuser... Elle n'insista pas.
Ils restèrent silencieux quelques instants. Nerys avait les yeux rivés sur la silhouette de Fred, tentant de deviner les traits de son visage. Elle savait qu'il était inconvenant de fixer quelqu'un de la sorte mais elle n'arrivait pas à détacher ses yeux de lui et l'obscurité jouait en sa faveur.
Un bruit la fit finalement sursauter.
- Tiens, mais qu'est-ce qu'on a par ici ?
La voix glaçante de Rusard résonna dans l'obscurité. Il fallut quelques minutes à Nerys pour repérer la forme sombre qui s'avançait vers eux, accompagné d'une petite silhouette mouvante à ses pieds. Comme Miss Teigne, le concierge semblait avoir l'étrange capacité de voir dans le noir comme en plein jour. Nerys soupçonnait que cela était dû à des années d'entraînement pour débusquer les élèves fautifs.
Bien qu'ils n'aient rien à se reprocher, Nerys se sentit rougir.
- Deux élèves hors du château en pleine nuit, et dans le noir en plus ! Qu'est-ce que vous faites par ici ?
Elle était sûre que Fred ne prendrait pas la peine de répondre. Il était habitué aux retenues et punitions en tout genre mais elle-même ne voulait pas se laisser faire. Elle avait déjà écopé d'une retenue par sa faute et ne voulait pas que Rusard trouve une excuse pour lui en ajouter une autre. Sans compter que, très vite dans Poudlard, se répandrait la nouvelle que Weasley et elle avaient été collés ensemble... Si Gale apprenait ça, elle avait intérêt à trouver un alibi solide ! Il n'allait certainement pas se contenter d'un "on a un devoir ensemble" ni accepter un "on s'entend bien". Qu'elle puisse apprécier passer du temps en compagnie d'un Weasley serait une raison suffisante pour la rayer de la carte et elle ne voulait pas prendre ce risque.
- Nous avons un devoir à effectuer Monsieur Rusard. Nous devons nous occuper d'une Demiguise.
Elle attrapa sa baguette et lança un "Lumos" sonore. La lumière qui surgit était presque éblouissante. Elle se tourna vers la cage pour que Rusard puisse voir, mais Cadmus s'était de nouveau rendu invisible à cause de l'agitation. Fred recula d'un pas pour se mettre hors de portée de la lumière. Elle se serait peut-être souciée de l'image d'élève modèle qu'elle renvoyait si elle n'avait pas été si inquiète que cette rencontre nocturne mette toute sa vie en péril.
- Cette cage est vide, remarqua le concierge.
Visiblement il n'était pas renseigné au sujet des créatures magiques et n'avait jamais entendu parler des Demiguises. Il était délicat de lui faire remarquer son ignorance en se lançant dans un tas d'explication, mais Nerys était reine dans l'art d'utiliser les mots quand il le fallait, sans paraître prétentieuse.
- Cadmus aime se rendre invisible. Sa fourrure fera une belle cape d'invisibilité un jour.
Rusard grogna mais ne posa pas davantage de questions. Nerys voyait déjà la victoire venir. Mais c'était sans compter sur la mauvaise foi du concierge et sa volonté sans limite de trouver des élèves en faute. Il ne comptait pas se laisser faire si facilement.
- Le professeur Ombrage sera informée, dit-il d'un air sombre.
Évidemment, Rusard (qui était la seule personne de tout Poudlard à apprécier Ombrage) ne laissait rien passer, alors même qu'ils n'avaient rien fait de mal. C'était la nuit, et ils étaient effectivement dans le noir mais le couvre-feu n'était pas encore passé. La nuit tombait tôt mais cela n'interdisait pas une petite balade dans le parc. Elle était agacée qu'il cherche la moindre petite bête de la sorte, effrayée que cela se retourne contre elle, mais en même temps soulagée que Ombrage soit mêlée à l'affaire. Elles ne s'étaient pas reparlés depuis leur petite entrevue (en dehors des cours) où Ombrage avait évoqué une brigade mais Nerys était persuadée que Ombrage pourrait l'aider. Elle tâcha de ne pas envenimer les choses et resta silencieuse.
- Rentrez maintenant !
Nerys ne se fit pas prier et, à son grand soulagement, Fred non plus. Rusard ne pris pas la peine de les raccompagner et Nerys était certaine qu'il était resté derrière pour examiner les cages de plus près. Il ne risquait pas d'y voir grand chose mais son absence n'était pas désagréable.
- Quel sale gnome, grommela t-elle une fois qu'il fut hors de portée.
Ils marchaient côte à côte mais Nerys prenait bien soin de laisser une certaine distance entre eux pour ne pas paraître trop proches si quelqu'un d'autre surgissait.
- Ce sera pire avec Ombrage.
Effectivement Dolorès Ombrage ne semblait pas être une grande admiratrice de Harry Potter et tous ses amis, et le lien d'amitié qui liait Fred avec le Survivant risquait d'être un gros désavantage pour lui. Mais Nerys avait un atout qu'il ignorait.
- Je ne crois pas. Elle m'aime bien.
Il lui tenait la porte du Hall pour qu'elle puisse entrer.
- Elle t'aime bien ?
- Elle trouve que nous nous ressemblons. Je lui fais penser à elle au même âge.
Elle eut un espèce de sourire moqueur pour illustrer combien le compliment la touchait (dans le mauvais sens) et Fred ricana.
- Je ne crois pas non, la rassura t-il.
Elle haussa les épaules et avança dans la direction opposée à celle qu'il prenait pour rejoindre sa salle commune. Elle n'était pas certaine de vouloir se passer de sa compagnie tout de suite, mais il n'y avait aucun raison de le retenir.
- Je le prends comme un compliment. Bye ! Dit-elle en agitant sa main, un salut fort peu distingué mais qu'elle avait toujours eut envie d'imiter.
Elle l'entendit à peine à cause de l'éloignement mais il lui répondit :
- Bonne nuit Nerys.
Et cette fois elle ne pouvait pas nier le pincement si douloureux et chaud qui agitait son cœur.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le cours de défense contre les forces du mal était encore pire qu'à l'accoutumée. Ombrage, qui d'ordinaire tâchait de se montrer si joviale (même si son hypocrisie ne trompait personne), ne cachait pas sa mauvaise humeur. Elle leur avait intimé l'ordre de lire leurs livres et de ne pas poser de questions. Elle s'était réfugiée derrière une pile de parchemins (sans doute des devoirs) et ne prenait même pas la peine de lever les yeux vers eux.
Au départ les élèves restèrent silencieux puis, les chuchotements de certains entrainèrent les autres à discuter entre eux, et bientôt un vacarme se fit entendre dans la salle de classe. Nerys, penchée vers Gale, s'attendait à voir Ombrage s'énerver mais elle resta calmement assise en silence sans même les regarder. Visiblement quelque chose la tracassait assez pour qu'elle ne prenne pas la peine de les réprimander. La seule élève silencieuse et penchée sur un livre était Briséis, mais l'ouvrage qu'elle lisait traitait de l'étude des runes et non de la défense contre les forces du mal. Nerys songea qu'elle n'était sûrement pas la seule à avoir une passion secrète.
- Il paraît que les Rowle envisagent de marier Dylan et Evey.
Nerys regarda Gale, un peu surprise de l'information glissée au milieu de leur conversation. Dylan lui avait effectivement confié que ses parents envisageaient une union avec sa cousine mais elle avait gardé le secret. Ce genre d'arrangement devait être discret et il ne lui appartenait pas de propager la nouvelle. Si Gale était au courant, cela signifiait que d'autres langues s'étaient déliées, mais qui ?
- Comment tu sais ça ?
Le visage de Gale pris une violente teinte rougeâtre qu'elle ne lui avait jamais vue. Il eut l'expression de quelqu'un se sentant idiot et resta incapable de lui répondre pendant plusieurs secondes ce qui ne fit qu'accentuer sa gêne. Nerys ne pensait pourtant pas qu'une simple question pouvait déclencher toute cette émotion, et encore moins chez quelqu'un comme Gale qui était toujours maître de lui-même. Il n'était donc pas compliqué de deviner que quelque chose se tramait.
- Je l'ai compris, dans une conversation.
La réponse était évidemment fausse mais son regard fuyant indiquait qu'il ne fallait pas pousser davantage. Nerys compris qu'elle avait mis le doigt sur un secret qui ne devait pas être divulgué. Son regard glissa malgré elle jusqu'à la chaise où était installée Evey. Le dos bien droit, les cheveux impeccablement ramenés dans un chignon, il n'était pas difficile de comprendre ce que Gale lui trouvait. A n'en pas douter il se passait quelque chose entre ces deux-là mais ça n'avait rien d'étonnant : Gale n'allait sûrement pas attendre que sa jeune fiancée devienne assez âgée pour découvrir les joies du monde adulte, et Evey devait se sentir piégée dans une future union incestueuse et malsaine. La seule chose qui l'étonnait c'était que le pas de travers provienne de Gale, toujours si soucieux des apparences respectées. Il n'y avait aucune doute que lui se permettait des choses qu'il n'aurait pas supporté chez ses amis.
- J'espère que ça ne se fera pas mais...
- Bien sûr que ça se fera. Evey a dix-sept ans, il est temps de lui trouver un fiancé. Elle ne va pas rester chez ses parents jusqu'à ses trente ans, la coupa Gale.
Il semblait soudain agacé et Nerys sentait qu'il était furieux contre lui-même pour avoir fait une telle gaffe. Nerys savait qu'il ne s'inquiétait pas de voir l'information propagée, il lui faisait confiance, mais qu'il devait se sentir idiot qu'elle ait compris son petit manège. Ces choses-là étaient trop secrètes, on ne les confiait à personne.
La fin du cours libéra Gale et Nerys de cette conversation pesante. Nerys attrapa son sac et se dirigea vers la sortie.
- Miss Avery, un instant s'il vous plait.
La voix d'Ombrage sonna comme un avertissement sinistre. Un instant elle avait espéré échappé à cette confrontation. A bien y réfléchir, alors qu'elle s'était montrée si assurée devant Fred, elle n'était plus si sûre que Ombrage serait encore son alliée. La haine qu'elle vouait à Potter et tous ses amis, y compris Fred Weasley, risquait bien de déteindre sur elle. Nerys savait qu'elle allait devoir se montrer convaincante.
Gale et Briséis lui firent signe qu'ils l'attendraient dehors et la classe se vida tranquillement. Les jumeaux Weasley furent les derniers à sortir et Nerys se concentra de toutes ses forces pour ne pas laisser son regard dériver vers Fred. Elle savait qu'un seul regard pourrait la trahir. Finalement la salle se vida et Ombrage se tourna vers Nerys.
- Miss Avery, notre concierge M. Rusard m'a informé que vous aviez des rendez-vous nocturnes avec un des Weasley, votre partenaire de cours.
Nerys avait envie de protester et de rétablir la vérité (en partie) mais elle savait qu'elle devait laisser Ombrage continuer, pour savoir où elle voulait en venir.
- J'aimerais m'assurer, Miss Avery, de votre loyauté. Je ne mets pas en cause votre intégrité mais je sais que les Weasley sont des mauvaises herbes, et les mauvaises herbes poussent dans tous les jardins, même les plus entretenus.
Ombrage n'était pas tout à fait de leur monde mais elle en connaissait parfaitement les codes. Les accusations n'étaient jamais directes, les interrogations toujours enrobées dans la politesse et les bonnes manières. Son ton était cordial mais Nerys savait très bien ce qu'elle voulait dire : elle soupçonnait que Nerys se fasse influencer par Weasley et craignait qu'elle ne lui tourne le dos. Malheureusement pour Ombrage, tout ça était un jeu qu'elle maîtrisait beaucoup mieux qu'elle.
- Oh je vous assure professeur que je ne suis pas du genre à fréquenter de la racaille. Mais j'ai à cœur d'effectuer correctement mon devoir de soins aux créatures magiques et cela implique, malheureusement, de travailler avec Fred Weasley. Le professeur Gobe-Planche a formé les groupes et je n'aimerais pas que ce partenariat forcé vienne entacher ma réputation.
Ombrage sembla satisfaite. Nerys avait bien compris que le meilleur moyen de s'en sortir était de souligner l'implication qu'elle mettait dans son devoir et l'envie de bien faire. Ombrage était une femme de pouvoir, sensible à l'envie de réussite des jeunes femmes. C'était là son principal impair pour être considérée comme l'une des leurs : elle aurait dû savoir que la place des femmes ne se situait pas derrière un bureau.
- Bien Miss Avery, je suis ravie de vous entendre dire ça. Le professeur Gobe-Planche n'a pas été du meilleur goût pour la répartition, mais peut-être pourriez-vous tirer un avantage de cette collaboration... J'aimerais beaucoup savoir où se trouve l'ancien garde-chasse Hagrid, et si il n'y aurait pas quelques nouvelles au sujet du fugitif appelé Sirius Black.
La question pourquoi ? brûlait les lèvres de Nerys mais elle se retenait. Elle ne comprenait pas très bien quel lien il pouvait exister entre Fred Weasley, Rubeus Hagrid et Sirius Black mais il n'était pas question de contredire Ombrage ni de témoigner d'une curiosité mal placée. Il n'y avait entre elles qu'un regard entendu mais Nerys avait très bien compris le message : Ombrage espérait qu'elle se serve de Fred Weasley pour obtenir des informations. Et si c'était la seule façon de la garder dans la poche et de préserver sa réputation, elle pouvait bien faire un petit effort.
- C'est noté professeur. Si j'entends quelque chose à ce sujet, je viendrai vous en faire part. Laissez-moi le temps d'aborder le sujet correctement.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Gale et Briséis s'étaient montrés curieux toute la journée de savoir pourquoi Ombrage l'avait retenue après le cours mais Nerys ne voulait rien leur dire. Elle avait prétendu que Ombrage voulait faire le point sur son activité de préfète, et également savoir si elle avait entendu des choses intéressantes. Et puis ils finirent par se désintéresser du sujet lorsque vint le moment du dîner. Briséis, Gale et Nerys prirent place à la table des Serpentards et Nerys se sentit rougir lorsqu'elle réalisa que Gale et Evey étaient assis côte-à-côte. Ils ne laissaient rien paraître, échangeant quelques paroles polies et des regards froids. Nerys se sentait presque en faute maintenant qu'elle avait deviné leur vilain petit secret. Elle aurait préféré ne rien savoir.
Malgré la scène à la bibliothèque de la semaine passée, Briséis et Dylan semblaient de nouveau bien s'entendre. Mais Nerys se demandait maintenant dans quelle mesure les apparences reflétaient la vérité : si Gale et Evey avaient l'air si distants et in-intéressés, peut-être que les grands sourires de Briséis trahissaient plutôt une furieuse envie d'arracher la tête de Dylan. Elle n'avait jamais remarqué à quel point elle vivait dans un monde de faux-semblants.
- Avec plaisir, répondit Briséis à l'invitation de Dylan.
Il proposait, comme l'année passée, de faire une soirée dans le manoir familial, entre eux et leurs plus proches amis. Il aimait beaucoup organiser des petites retrouvailles entre eux en dehors du château : pendant quelques heures ils donnaient l'impression de se laisser aller et d'oublier les convenances. Mais Nerys savait qu'aucune soirée au monde n'aurait pu les mettre assez à l'aise pour faire tomber les masques. Les langues se déliaient un peu et les postures étaient moins droites mais il n'y avait pas de changement significatif.
Le repas se termina et Dylan et Evey décidèrent d'abandonner leurs camarades habituels pour se joindre à eux. Nerys n'était pas particulièrement ravie, et ni Briséis à en juger par la grimace qu'elle fit en pensant que personne ne regardait.
En arrivant aux portes de la Grande Salle qui donnaient sur le hall, ils croisèrent les jumeaux Weasley. Nerys sentit son regarder s'attarder plus que de raison sur Fred, puis se diriger vers George. Il était son double parfait (ou presque) mais elle avait l'impression d'avoir affaire à une personne totalement différente qui ne déclenchait qu'indifférence ou mépris chez elle. Ce n'était maintenant plus une observation physique qui lui permettait de faire la différence entre eux mais le sentiment qu'ils suscitaient chez elle. Sans compter que l'expression de George n'avait rien à voir avec celle de Fred lorsqu'il la regardait.
- Alors Avery, Ombrage t'as malmenée ? Lui lança Fred.
Le malaise général qui suivit sembla atteindre même les jumeaux d'ordinaire si imperturbables. Nerys se sentit paralysée par l'effroi. Qu'il l'apostrophe comme si ils étaient de vieux amis en public était la pire chose à laquelle elle pouvait s'attendre de sa part. N'avait-il pas compris qu'ils n'étaient pas censés s'entendre aux yeux des autres ? Visiblement pas, à en juger par son air perdu. Il chercha à accrocher son regard mais elle se détourna, trop consciente combien il serait difficile pour elle de se montrer désagréable en le regardant droit dans les yeux.
- Mêle-toi de tes affaires Weasley.
Le ton sec ne laissait pas de place à la réplique et elle espérait que Fred ne chercherait pas la petite bête. Mais c'était sans compter sur Dylan et son amour pour la provocation et sa haine pour les jumeaux.
- Pour qui tu te prends ? Tu crois que Nerys est ton amie ?
Il s'esclaffa. Autour d'eux les autres restaient silencieux. Nerys se sentait prise au piège : prendre la parole c'était se trahir. Ses amis ne devaient pas savoir que le devoir se passait mieux que prévu, et qu'elle s'entendait bien avec Fred. Elle était coupable de bien l'aimer, elle le savait, alors le meilleur moyen d'assurer sa défense était de ne rien dire et de jouer l'indifférence.
Dylan passa un bras possessif autour de ses épaules, comme si elle lui appartenait. Elle se laissa faire docilement. C'était presque un soulagement de voir qu'il ne s'interrogeait pas davantage et prenait sa défense : les apparences étaient sauves.
- Je ne crois pas non, ajouta Dylan.
Et il l'entraîna avec elle, laissant derrière eux un Fred Weasley bien silencieux.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
- Nerys, ça va ?
Elle sentit la main réconfortante d'Adrian se poser sur sa cuisse. Elle avait la regard fixé depuis une bonne dizaine de minutes sur un petit groupe de Gryffondors composés des jumeaux Weasley et de leurs amis : Lee Jordan, Angelina Johnson, Alicia Spinnet. Fred ne lui avait pas jeté un seul regard depuis qu'il était entré dans la bibliothèque (elle ne l'avait pas souvent vu par ici). Son estomac se contractait douloureusement et elle était finalement consciente que Fred Weasley avait pris une drôle de place dans son quotidien en l'espace de quelques semaines. Si il disparaissait elle serait de nouveau confronté à la froideur de sa vie, à ses choix qu'elle n'assumait plus. Elle aurait dû se sentir coupable en songeant à Amadeus (auquel elle ne pensait plus très souvent) mais elle n'arrivait même plus à se concentrer sur lui.
- Je suis fatiguée Adrian, souffla t-elle.
Il accentua la pression de sa main sur sa cuisse en signe de réconfort.
Elle entendit finalement glousser derrière elle. Quand elle se retourna elle vit que Lavande Brown et Parvati Patil, deux petites pestes de Gryffondor, regardaient dans leur direction. Elles avaient dû mal interpréter le geste d'Adrian; elle se dégagea par un léger mouvement de jambe. Elle n'avait aucune envie de voir des rumeurs courir à son sujet.
- Tu devrais aller te reposer.
- J'ai un devoir de botanique à faire.
Le dit devoir était d'une complexité qu'elle n'avait jamais vu dans cette matière. Si les années précédentes ils s'étaient contentés d'observer les plantes et de rédiger des lignes de devoir sur leurs propriétés, Chourave exigeait maintenant qu'ils aillent plus loin : elle voulait de la réflexion. Nerys était censé se souvenir de toutes les plantes étudiées pour sortir du lot celles qui avaient des propriétés de guérison. Elle en était incapable... Elle pensait pouvoir s'aider d'un livre mais regarder les pages l'une après l'autre pour examiner les propriétés de chaque plante était beaucoup trop long. Elle soupira.
- Crois-moi, tu n'avanceras à rien dans cet état. Tu devrais te reposer et t'y remettre demain.
Nerys soupira; le conseil n'était pas idiot. Elle avait l'esprit beaucoup trop embrouillé pour se concentrer sur autre chose que Fred. Elle préféra donc refermer ses livres et ranger ses affaires. Briséis la regarda faire en silence, les sourcils froncés. Finn Podmore lui adressa un petit sourire compatissant.
- Bonne chance pour vos devoirs, lança t-elle sans trop d'enthousiasme.
En passant devant la table des Gryffondors, elle s'aperçut que les jumeaux Weasley avaient disparus.
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Chère Nerys,
Je suis ta famille maintenant. J'ai contacté ton père : nous ferons le dîner de Noël tous ensemble.
Ton bien-aimé Amadeus.
Dans un geste las elle froissa le morceau de parchemin. Elle n'était pas ravie que Amadeus ignore ses envies pour que les choses se passent exactement comme il le souhaitait. Nerys aurait aimé pouvoir apprécier la compagnie de son père en tête-à-tête pour une dernière fois, comme ils l'avaient fait des années durant. Mais elle savait qu'elle ne pouvait pas le contredire. Elle devait accepter qu'elle avait perdu la bataille et que dorénavant Amadeus était le maître de son existence. Tout ceci lui apparaissait drôlement injuste.
- De mauvaises nouvelles ? On ne froisse pas une lettre comme ça, souffla Gale.
Pour la première fois de sa vie, Nerys regarda Gale dans les yeux avec l'envie de rébellion. Elle savait que sa colère et sa frustration n'étaient pas dirigées contre son meilleur ami mais quelque part il illustrait mieux que quiconque ce monde dans lequel ils évoluaient et la pression qu'ils avaient sur les épaules. Il ne ratait jamais une occasion pour lui faire remarquer un pas de travers, et elle réalisait que d'une certaine façon lui aussi se montrait dirigiste avec elle. N'avait-elle pas le droit d'être en colère ? Il lui semblait que froisser un morceau de parchemin n'était pas si grave et ne devait pas remettre en question toute sa personne. Il y eut un instant d'hésitation, puis la tension pris le dessus.
- Pardonne-moi d'être imparfaite alors, lança t-elle ironiquement.
Briséis reposa son journal à une telle vitesse que Nerys se demanda un instant si elle était vraiment si concentrée dans sa lecture chaque matin. Visiblement leur échange ne lui avait pas échappé. Gale garda une expression neutre mais Nerys le connaissait assez pour voir briller dans ses yeux une lueur de colère. Sa remarque l'avait agacé. Pour la première fois de sa vie, Nerys le contredisait. Et il n'y était pas habitué.
- Je t'en prie Nerys, ne te montre pas aussi sauvage. Je sais que tu es la plus parfaite d'entre nous.
Il gardait un ton calme malgré tout, tentant d'apaiser les tensions. L'effort n'échappa pas à Nerys mais la lettre d'Amadeus l'avait trop agacée pour qu'elle soit touchée.
- Mais peut-être que c'est fatiguant d'être parfaite Gale.
Elle se leva et pris la fuite pour ne pas se confronter davantage à lui. Elle pensait ce qu'elle disait. Depuis leur entrée à Poudlard, Nerys n'avait rien fait d'autre que d'essayer d'être parfaite, de ressembler au modèle de l'épouse et de la fille idéale. Elle contenait sa colère, modérait ses envies, réfléchissait avant de parler. Mais toutes ces habitudes lui paraissaient d'un coup bien pesantes. Était-ce la fatigue ? L'agacement ? Elle ne savait pas très bien, mais la journée s'annonçait compliquée.
Son regard dériva malgré elle sur la table des Gryffondors située à l'autre bout de la salle. Il y avait bien quelques têtes rousses, mais pas de trace de Fred. Elle soupira. Par Merlin, que lui arrivait-il ?
. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Lee Jordan s'était montré bien silencieux en cours de botanique ce vendredi-là ce qui avait rendu l'ambiance particulièrement morne. Nerys n'avait pas pu s'empêcher de jeter quelques coups d'œil à Fred mais il semblait avoir complètement oublié sa présence. Qu'il soit encore vexé lui semblait un peu exagéré. Elle s'était montré désagréable avec lui, mais ne comprenait-il pas qu'elle n'avait pas le choix ? Elle ne l'avait pas insulté, elle l'avait juste rejeté. Mais la situation l'exigeait.
Le cours de botanique toucha finalement à sa fin et Nerys était à la fois inquiète du cours qui s'annonçait, et soulagée car il lui donnerait une bonne occasion pour fournir des explications. Fred ne pourrait pas l'ignorer en cours de Soins et ce serait l'occasion idéale pour aborder le sujet.
- Hé, ça va ? Lui demanda Olivia, en se joignant à elle pour effectuer le trajet depuis le château en direction des cages.
Nerys se tourna vers elle. Olivia avait l'air sincèrement inquiète.
- Je me demande quelle tête je dois avoir pour que tout le monde me pose la question.
Olivia eut un petit rire.
- Tu as juste l'air fatiguée. Je crois que tout le monde commence à en avoir marre des cours.
Le deuxième mois de l'année scolaire allait bientôt s'achever et la fatigue commençait effectivement à se faire ressentir. La septième année était particulièrement éprouvante avec la masse de devoirs à faire, mais également le soin et le temps qu'ils devaient leur consacrer : Nerys passait le double de temps sur presque chacun des devoirs demandés par rapport aux années précédentes. Mais ce n'était pourtant pas ça qui expliquait sa fatigue et sa mauvaise humeur. Jamais auparavant sa vie ne lui avait parut aussi pesante. Elle avait enfin l'impression, ou plutôt elle se rendait compte, de la pression qu'elle avait sur les épaules et de la façon dont son éducation entrait en contradiction avec ses envies profondes. Elle s'était montré désagréable avec Fred alors qu'elle ne voulait pas, elle faisait mine d'adorer Dylan alors qu'elle rêvait de le mettre face à son comportement déplacé, elle acceptait sans broncher les volontés imposées de son fiancé... Ces éléments n'étaient pas nouveaux; elle les voyait simplement d'un nouvel œil. Il y avait au fond d'elle une envie de liberté qui commençait à grogner.
Olivia ne risquait pas de comprendre tout ça.
- Oui c'est ça, ça devient pesant. J'espère avoir une bonne note en soins, s'occuper de la Demiguise est prenant.
- Tu as de la chance, Fred est impliqué. Si tu étais tombée sur George, tu aurais autant souffert que Calloway.
La petite Poufsouffle se laissa même aller à un petit rire moqueur envers sa camarade. Visiblement elle ne portait pas vraiment Wendy Calloway dans son cœur.
Le regard de Nerys dévia vers les jumeaux qui était arrivés aux cages. Elle se demanda un instant ce qu'aurait donné une collaboration forcée entre elle et George. Aurait-elle fini par l'apprécier lui aussi ? Sans doute pas. Même si les gens aimaient les voir comme des copies conformes, Nerys était persuadée que George se serait montré froid et sur la défensive avec elle. Il aurait été difficile de construire une entente. Fred s'était montré presque collant avec elle mais la technique avait été efficace : elle avait finit par se dérider en sa présence. Jusqu'à apprécier sa compagnie d'une façon qu'elle n'aurait pas cru possible.
- Bonjour à tous ! Aujourd'hui nous allons faire un exercice un peu particulier.
Gobe-Planche se lança dans des explications que Nerys écouta à peine. Elle avait finit par s'approcher de la cage de Cadmus, et donc de Fred, et ne cessait de lui jeter des regards curieux. Son indifférence était presque violente. Elle regrettait soudain toutes ces fois où il s'était montré amical plus que de raison avec elle. Son comportement l'avait agacé à l'époque, mais elle réalisait maintenant que sa familiarité était agréable.
Finalement la consigne leur fut donnée d'aller chercher en lisière de forêt les éléments sauvages qui pourraient servir d'alimentation à la Demiguise. Gobe-Planche leur avait rappelé que ces créatures sauvages n'avaient normalement pas à disposition toute la nourriture qu'elle fournissait, et qu'il serait intéressant de voir ce qui pouvait leur servir de repas dans leur état sauvage.
- A la lisière, je vous rappelle ! Pas plus de cinq mètres, je veux pouvoir garder un œil sur vous !
Nerys songea qu'il n'y avait aucune risque qu'elle s'avance plus de cinq mètres dans cette forêt sombre. Toutes les histoires qu'elle avait entendu sur le sujet n'étaient sûrement pas vraies, mais il n'y avait aucune doute sur le fait que cette forêt devait être le repaire de créatures dangereuses. Plus ou moins motivés, les groupes finirent par obéir au professeur. Nerys se dirigea vers la forêt, Fred sur ses talons.
- On ferait mieux de se séparer, suggéra t-il en arrivant à proximité des premiers arbres.
Les autres élèves et Gobe-Planche étaient assez loin pour être hors de portée de voix. Nerys préféra saisir l'occasion avant que Fred ne prenne la fuite.
- Je suis désolée pour...
Elle ne savait pas très bien quels mots mettre sur tout ça. Elle avait l'impression d'avoir attendu et pensé à ce moment plusieurs fois au cours des deux derniers jours, mais maintenant qu'elle y était confrontée elle était presque paralysée.
- ... pour avoir été désagréable.
- Mais il n'y a pas de mal Avery, tu ne me dois rien.
L'indifférence qu'elle lu dans ses yeux était blessante. Elle n'avait pas à s'excuser, parce qu'il n'y avait pas eu de mal pour lui. Il se fichait éperdument du comportement qu'elle pouvait avoir à son égard. Elle acquiesça en silence face à la vérité, et lui tourna le dos pour aller fouiller dans son coin. Fred Weasley et elle n'avaient jamais été amis, et visiblement la petite entente qu'ils y avaient eu entre eux était seulement dû à son imagination. Il se fichait d'elle et du comportement qu'elle pouvait avoir. Tout n'était qu'un jeu pour lui, elle aurait dû garder à l'esprit que rien n'atteignait les jumeaux Weasley. Les choses étaient claires, elle aurait dû être soulagée. Alors pourquoi diable avait-elle envie de pleurer ?
