10.
Pour se détendre, Aldéran était allé mettre quelques paniers sur l'un des terrains de sport du Collège.
Le soleil tapant dur, il avait rapidement tombé la chemise, ce qui avait ravi les quelques collégiennes encore dans les murs et la première l'ayant observé depuis l'intérieur ayant rameuté ses copines !
Jarvyl et Talvérya l'avaient cependant rapidement rejoint, ayant parfaitement compris que l'endroit était exempt d'écoutes indiscrètes.
Aldéran cligna de l'œil à l'adresse de la Sylvidre qui en soutien-gorge de sport et petit short, affichait elle aussi des formes parfaites !
- Et maintenant, tu vas affoler les mâles ici présents !
- A chacun son fan club ! gloussa-t-elle en attrapant le ballon envoyée par Jarvyl et en effectuant un panier magistral.
- Deux contre un ? C'est injuste ! se plaignit Aldéran.
- Tu es notre Colonel, nous ne pouvons pas te tacler comme nous le voudrions ! plaisanta Jarvyl. Il nous faut donc un avantage, et un handicap à toi.
- Je peux demander à être dégradé pour rétablir l'équilibre ?
- Non ! fut la réponse du duo.
Aldéran tira la langue à ses équipiers et amis, frappant dans ses mains pour qu'ils reprennent leurs positions, rejetant en arrière sa crinière incandescente trempée de sueur.
Récupérant le ballon d'un bond magistral, il l'envoya vers le panier avant même de retomber au sol et marqua les points pour son compte personnel.
Il allait repartir pour s'approcher du panneau adverse quand Talvérya l'arrêta, et cela sans torpiller l'amicale partie.
- J'ai vu un reflet, plusieurs fois, Aldéran. Sur la lentille d'un appareil, d'observation ou de tir. Nous sommes surveillés, de loin !
- Oui, le vrai plan du Colonel Balkalange. Nous attirons sur nous l'attention des « terroristes » qui effrayent le Collège, et ça permet à ses équipes de poursuivre leurs investigations !
- C'était donc ça…
- Oui, fit encore Aldéran en faisant tournoyer le ballon au bout de son doigt.
Il se tourna dos au reflet afin que – au cas où – on ne puisse lire sur ses lèvres.
- Le groupuscule qui tente de provoquer des troubles, voire pire en cas de décès, en faisant mine de menacer les collégiens illustres – qui comme par hasard sont presque les seuls à ne pas avoir pu rentrer chez eux vu la distance et le temps de voyage – croit bel et bien que nous sommes là pour leur protection. Mais nous faisons juste diversion, reposante la mission finalement.
- Quoi, on se contente de faire mine de sécuriser les lieux ? s'étonna Talvérya.
- Exactement !
- Mais, c'est faire injure à la réputation dont tu nous gratifiais dans l'avion, Colonel…
- Le boulot avant tout, siffla Aldéran et je m'y conforme.
Il allait atteindre le panneau de basket quand il vit Yélyne s'avancer, la mine décomposée et il s'arrêta, tout comme Jarvyl et Talvérya.
- Yélyne ?
- La sœur de Numiel vient de m'appeler… Elle est de retour, gémit Yélyne. Elle a promis de me faire la peau. Et, la connaissant, elle fera la seule chose qu'elle connaisse : tout faire sauter avec une bombe !
- Ne dramatise donc pas, temporisa Aldéran en s'épongeant avec sa chemise. Mais, viens me donner tous les détails de ce dernier fait, j'aviserai, pour ta protection, et celle des agents présents ici.
- Tout de suite.
Le court temps de pause écoulé après la première semaine de leur présence au Collège de Mochan, Aldéran songea que les choses risquaient de redevenir sérieuses !
Sans compter que la pire menace risquait d'être issue de son équipe interne et non de fous furieux en quête de massacres et de renommée avant de déstabiliser des gouvernements mêmes !
« Tant que nous serons là pour attirer l'attention, les fauteurs de troubles seront un peu plus prudents. Et Balkalange s'en charge, pendant que nous, nous occupons ces observateurs !
- Ca marche toujours, assura Jarvyl en reprenant le ballon pour passer devant son Colonel et marquer un nouveau panier !
- Faux ami !
Aldéran s'essuya une dernière fois.
- Allons demander ce que cette folle veut au Colonel du BN-24 et surtout à notre équipière. Nous devons les protéger tous les deux, dans les limites de nos actions ici, et bien cela outrepasse la mission elle-même, on va trouver comment faire !
- Et comment ! promit Jarvyl, revenant avec son Colonel et la membre de l'Unité Anaconda, vers l'aile où tous étaient logés.
11.
Numiel Balkalange était venu au Collège faire le point avec son alter ego de l'AL-99.
- Vous vous en doutiez, n'est-ce pas ? jeta d'entrée Aldéran, la mine plus fermée que le jour de son arrivée. Vous n'aviez pas besoin de l'Unité, juste d'un de ses membres !
- Oui, désolé. Je savais que le retour de Yélyne ferait revenir Nusylle. Et je veux en finir avec ma sœur.
- Qu'est-ce que j'ignore encore ? grinça Aldéran, plutôt irrité. Votre rétention d'informations était acceptable avant notre venue, plus maintenant que cela met directement un de mes équipiers dans la ligne de mire d'une folle à lier – sans vouloir offenser votre famille, Colonel – je ne la tolère plus.
- Nusylle est au-delà de la folie. Elle est hors du monde, quel qu'il soit. Il m'aura fallu bien des années pour l'admettre et me résoudre à la faire boucler.
- Et vous vous servez donc de nous.
- Yélyne était la seule à pouvoir faire bouger Nusylle, insista Numiel. Et la venue de mon ex-femme devait paraître normale, pour le boulot.
Aldéran but un peu de son thé glacé aux saveurs fruitées.
- Vous avez eu de la chance de ne pas vous remarier, sinon…
- Une expérience m'a suffi ! assura le Colonel du BN-24. Il était hors de question qu'une autre femme endure ce que Yélyne a supporté.
- Et vous exposez à nouveau Yélyne ! aboya Aldéran qui ne décolérait pas.
- Je crois que même si je lui avais demandé de revenir, en voyage privé, elle aurait accepté. Nous sommes instinctivement en phase.
- Je l'ai constaté à vos retrouvailles, fit Aldéran en retrouvant soudain le sourire. Il valait néanmoins mieux que nous soyons auprès d'elle. D'après vous, qu'est-ce que votre charmante petite sœur va faire ? Yélyne pense à une bombe !
- Nusylle a sûrement plus d'imagination que cela. Et elle a déjà fait sauter le véhicule d'alors de Yélyne.
- Peut-être était-ce déjà elle qui nous observait…
- Non, il s'agissait bien ceux que nous traquons, nous étions juste derrière eux ! Grâce à vous, Colonel, et à votre équipe, nous nous approchons plus près que jamais. Alors, que pensez-vous à présent, des réalités de ces situations ?
- Si nous ne quittons pas Yélyne, ça ne va pas arrêter votre sœur ? Elle ne va quand même pas s'en prendre à nous tous ? !
- Je la crois capable de tout. Mais, j'espère effectivement que votre présence va la dissuader, l'obliger à plus surveiller et donc à permettre aux agents en charge de l'enquête de la localiser et de l'alpaguer avant qu'elle ne passe à l'action.
- Je l'espère bien. Je ne voudrais pas perdre une membre de mon équipe et une amie.
- Et moi donc ! Nusylle neutralisée, j'espère bien vivre enfin ce qui était promis dans ma jeunesse avec Yélyne.
Aldéran fronça les sourcils.
- Yélyne est actuellement mariée !
- La procédure de divorce arrive à son terme. Elle sera bientôt libre. Bien que je me doute que toutes ces expériences ne l'aient dégoûtée à jamais du mariage… Mais, amis, elle et moi, c'est ce que nous avons réussi de mieux dans notre relation.
- C'est plutôt agréable, en effet, sourit plus franchement Aldéran.
Numiel fit tourner entre ses mains le verre de citronnade, arrachant des dents la chair de l'agrume qui le parfumait.
- Normalement, si la vie avait été plus clémente pour Yélyne et moi, nous aurions dû endurer les épreuves côte à côte, comme vous, avec Mme Skendromme.
- Non, je ne souhaite à personne les souffrances par lesquelles ma femme et moi sommes passés. Mais, ça nous a effectivement soudés, une douleur après l'autre, et nous nous connaissons tellement…
- Mais, Lazaryne, c'est une bombe, non ? Je parle au nom de mon propre Bureau, assura aussitôt Numiel. Elle en a affolé plus d'un !
- Ceux de mon Bureau m'ont effectivement fait semblable remarque… Pourtant, Mlle Séragosse, au premier regard, ce n'est pas…
- Le feu sous la glace, Colonel Skendromme, se réjouit franchement Numiel. Il n'y a rien de mieux pour affoler les sens. Ne me dites pas que, vous, …
- Cela tient de l'attirance animale, je ne peux qu'en convenir, laissa enfin échapper Aldéran. Cette femme vous met un feu dans le pantalon comme personne !
- Mais vous aimez votre femme.
- Et comment !
- Mais vous êtes aussi un homme, glissa Numiel en se levant.
- Je le crains… Voilà pourquoi cette mission doit se terminer au plus vite, admit encore Aldéran, un peu penaud. J'ignore quelles sont les ascendances de Lazaryne Séragosse, mais elle doit avoir des gènes non-humains en elle pour atteindre autant nos sens les plus primitifs. J'ai connu nombre d'étranges créatures, mais là c'est la plus surprenante et déstabilisante de toutes… Je dois rentrer chez moi, c'est ce dont je suis sûr !
- Bientôt, Colonel Skendromme. Ma sœur n'est pas patiente, elle se manifestera sous peu !
- Voilà une confirmation que je redoutais d'entendre…
Une personne qui n'avait pratiquement rien perdu de la discussion qui s'était déroulée dans la cantine alors déserte de l'aile du Collège, c'était Lazaryne.
« Bien sûr que mes phéromones mettent en ébullition les sens de tous les mâles que je croise. J'ai été créée pour cela ! Je suis une mante-religieuse, au sens propre ! Mon seul but dans la vie est de séduire et ensuite de détruire. Il y a tant de délectation à voir la vie s'échapper du corps qui vient de vous posséder et qui pense tellement à tort dominer. A toi, Aldéran, je laisserai plusieurs chances, car je perçois le sang d'une créature puissante en toi… Toi non plus, tu n'es pas entièrement humain. Ca me plaît, et ça m'attire aussi, inexorablement ! L'un de nous y restera, et ce ne sera pas moi ! ».
- Mais, je veux vraiment un tatouage ! insista Alguénor qui téléphonait depuis son Pensionnat. Il y a démonstration la semaine prochaine.
- Je sais, tu le répètes depuis près de deux mois ! Et tu es encore trop jeune pour te faire tatouer.
- Mais, toi, papa…
- Je suis adulte, Algie. Toi, mon cœur, tu auras une marque dans ta chair quand tu l'auras décidé autrement que sur un coup de tête, quand tu seras majeur ! Là, tu as toujours besoin de mon autorisation… Et si tu passais outre, contrairement à mon père à moi, je ferais effacer ta marque aux lasers !
- Ce n'est pas une lubie, j'y tiens vraiment !
- Alguénor, ça suffit, tonna Aldéran. Je te l'interdis, un point c'est tout. Tu obéis !
- Je te hais ! Et je n'en ferai jamais qu'à ma tête, tout comme toi ! Tu es le pire exemple qu'on puisse trouver !
Son fils aîné lui ayant raccroché au nez, Aldéran soupira.
« Treize ans. A mon tour d'en baver avec mes rejetons… Et tu as bien mon caractère, Algie… J'essayerai de faire mieux que mon père, mais là ça n'en prend pas le chemin vu comme je t'ai gueulé dessus… ».
Ayant ouvert après que l'on ait frappé à la porte de son studio, Aldéran se trouva devant une Lazaryne seulement vêtue d'un grand essuie de bain.
- Ma douche est naze, je peux la prendre chez vous, Colonel ?
- Faites, fut la seule réponse d'Aldéran.
