« Ils disent un véritable ami m'aidera si je me mets dans la merde mais non, un bienveillant t'empêchera de t'y mettre »
Mélanie revint vers elles en tentant de cacher son sourire.
— Vous ne devinerez jamais ce que j'ai entendu.
— Laisse-moi essayer, répondit Vicky, quelqu'un a dit que tu étais intelligente.
— Non. Ça te concernait toi.
— Si tu as entendu que je suis la plus belle, l'incarnation d'Aphrodite, ça n'a rien d'une surprise.
— Non ! C'est moi la numéro un !
— Les filles, on s'en tape. Mel' balance ta bombe.
— Y'a des types qui ont lancé des paris, à propos de votre couple.
Mégane éclata de rire mais Vicky insista pour savoir les noms.
— À quoi ça t'avance ?
— Puisque le pari est sur nous, on va récupérer les sous !
— J'adore cette idée, allons-y !
Elles se sont bien trouvées, pensa Mélanie en les voyant s'inviter à la table de la dizaine de lycéens qu'elle avait surpris. Et bizarrement elle les appréciait beaucoup, même Vicky qu'elle avait tant détestée. Elles avaient la qualité de ne pas la juger. Bon, il arrivait parfois que Vicky l'appelle M la Mytho mais ce n'était jamais méchant. En plus de cela, elles étaient tordantes passer des heures avec elles n'avait rien d'une torture.
Pendant que le jeune couple réglait ses comptes, Jenny put lui montrer les photos de ce qu'elle avait fabriqué c'est-à-dire une coupole, un couvercle à bougie, un porte-manteau et une petite figurine pour porte-clef. C'étaient des objets simples mais très jolis. C'était étrange de constater que Jenny était douée, ça avait quelque chose d'irréel, comme si ça ne pouvait arriver qu'en rêve. Karine eut le temps de revenir avant que Vicky et Mégane les rejoignent.
— Alors quel est votre butin ?
— Quarante balles, sourit Vicky.
— Vous auriez du venir, ils avaient une de ces têtes !
— Ça fait comme pour les couples hétéros, remarqua Jenny, ce sont les gars qui offrent.
Ses amies la regardèrent, toutes plus ou moins surprises.
— Tu sais que les filles aussi peuvent payer ? demanda Mélanie quelque peu inquiète.
— Mais...
Jenny bégayait tellement, elle était sous le choc.
— À quoi servent les gars ?
— À rien, s'exclamèrent-elles mortes de rire.
— Au fait Mégane, tu finis tard ce soir ? questionna Karine après que la discussion ait traité plusieurs sujets.
— Aujourd'hui ? Non pourquoi ?
— Albin semble avoir une nouvelle idée, il aimerait faire une répétition.
— Pour moi, c'est bon mais ta mère va accepter ? Parce qu'aux dernières nouvelles tu as passé quasiment tout le week-end chez Albin.
Le visage de Karine se décomposa lentement.
— Eh la flaque, il suffit de lui mentir si tu veux être libre pour ce soir.
— Moi je peux t'aider à inventer un mensonge, s'exclama aussitôt la belle blonde ravie. Ça fait tellement longtemps que j'ai pas fait ça !
— T'as besoin d'un cure ma pauvre, rit Mégane qui se questionnait de plus en plus sur le passif de sa nouvelle amie – certes elle avait entendu des rumeurs mais pour elle ce n'était pas du tout suffisant pour se faire une idée. Bon qu'est-ce qui pourrait convaincre ta mère ?
— Que je sois avec vous, ça la rassurerait même si objectivement ça devrait pas.
— Bah voilà, tu lui racontes ça, tu te tailles et tu reviens dans la nuit avec ta culpabilité et ta dépravation.
— Ou alors, parce que ton idée est bien allumée et que je ne vois pas pourquoi je serai dépravée, vous venez toutes, comme ça ce n'est plus un mensonge.
Ses quatre amis la regardèrent les yeux ronds.
— Je croyais que c'était une répétition.
— Oui et vous pourrez faire des commentaires, préparer l'apéro, ou tout ce que vous voulez.
— Préparer l'apéro, répéta Mélanie dubitative.
Aucun doute que Karine venait de prendre dix ans d'un coup. Bientôt, elle leur proposerait de bruncher.
— Je ne crois pas que ton albinos sera ravi de nous ouvrir sa porte.
— Qui ne tente rien n'a rien, répondit-elle du tac au tac. Et puis c'est pour la bonne marche du groupe.
Ses amies finirent peu à peu par être d'accord ce qui l'a ravie. Mélanie était bien plus sympa quand elle ne voulait pas lui piquer quelque chose. Vicky semblait faire des efforts – peut-être était-ce du à Mégane ? – en tout cas, elle comptait bien en profiter. Mégane était l'amie dont elle avait toujours rêvé. Seule Jenny ne semblait pas vraiment en forme, ce qui était compréhensible vu que Hugo l'ignorait toujours. Du coup, Karine était vraiment contente qu'elle se soit plu à cet atelier, ça lui permettait de décompresser et d'oublier un peu ses soucis. D'autant plus que sa mère l'avait apparemment encore oubliée, pas au profit d'une bouteille mais d'un homme maintenant.
Son inquiétude ne diminua pas quand elle s'aperçut que Jenny avait séché la majorité de ses cours de l'après-midi. Ses deux meilleures amies étaient en train de l'inonder de messages. Mégane hésitait à leur dire ce qu'elle savait. À savoir qu'elle avait surpris Jenny en pleurs dans les escaliers.
Jenny avait fait tomber ses affaires de cours à un intercours et ce fut Hugo qui lui ramassa. Il lui avait fourré les cahiers dans les bras puis était parti.
Comme s'il ne s'était pas rendu compte qu'il s'agissait d'elle elle était Jenny, il ne pouvait pas juste détourner le regard comme si elle était une personne quelconque. Il ne la regardait pas, elle n'existait pas. Jenny détestait ce sentiment d'insignifiance. C'était encore pire que ce qu'elle ressentait face aux moqueries. Et elle n'avait aucune arme pour se défendre.
Alors elle s'était assise et avait laissé les passants qui murmuraient en la regardant. Et une fois entourée de silence, elle se laissa aller à pleurer. Quand Mégane l'avait trouvée, elle avait été morte de honte. Mais aussi soulagée, la belle lycéenne avait osé espérer que son enfer s'amenuise – même si elle ne connaissait pas le sens de ce mot. Mégane se tut sur tout cela, elle avait fait une promesse et ne pouvait revenir dessus.
Et puis Jenny apparut en trottinant. Vicky et Karine, mères poules qu'elles étaient, lui sautèrent dessus. Elles ne perdirent pas de temps, pressées de voir la tête d'Albin quand il constaterait les cinq lycéennes devant sa porte. Il n'eut même pas le réflexe de les empêcher d'entrer et elles s'installèrent dans son salon sous ses yeux ahuris.
— Ne t'inquiète pas, lui dit Karine avec son sourire le plus rassurant, elles seront in-vi-sibles. Ça va ? Tu t'en remets ?
— Je suppose. Au moins, ça m'occupera l'esprit. Tu es prête ?
Karine lui offrit un magnifique sourire.
— Prête. Allons-y.
Les garçons avaient déjà tout branché, les deux jeunes filles n'eurent qu'à s'installer. Ils ne jouèrent aucune chanson car il fallait régler l'instrumental d'une nouvelle chanson. Albin avait déjà une idée générale du rythme mais il y avait beaucoup d'ajouts et de modifications à faire.
Les différents membres donnèrent leur avis sur les paroles et initièrent les changements de dernière minute. Au bout de trois heures de travail, ils présentèrent l'ébauche de « Capture le rêve » à leur trois spectatrices qui avaient du se trouver des occupations.
Vicky s'était achetée un livre qui instaurait un programme pour prendre soin de soi. Elle était sûre de pouvoir sentir les bourrelets se former sur ses hanches, et cela devait cesser. Puisqu'elle était trop fauchée pour la salle de sport, elle n'avait plus qu'à se rabattre sur le parc de la ville avec les autres pauvres.
Mais ce bouquin disait que le sport ne suffisait pas, elle allait aussi devoir surveiller sa bouffe, manger des trucs verts voir rouges... Ça lui donnait des haut-le-cœur.
Mélanie avait alterné entre tricoter une écharpe et dessiner des esquisses pour ses futures créations vestimentaires. Elle n'arrêtait pas de se dire que Vinko était venu ici, il y avait certainement dîné, il avait été à la place de Mégane en train de jouer de son instrument.
Ici, elle se sentait comme sur un pont, en danger comme si n'importe qui pouvait se retourner contre elle et la tuer d'un geste. Elle se fit violence pour rester afin de ne vexer personne. D'autant plus qu'elle n'était pas la seule victime du Vinkopathe dans la pièce.
Jenny, pour sa part, essaya de travailler un peu. Mélanie lui donnait un coup de main par intermittence. Elle échangeait aussi des textos avec les deux John – ils lui parlaient de l'épave qu'ils avaient trouvé et de toutes les modifications à apporter pour que l'engin puisse de nouveau rouler.
Albin lui ayant permis d'emprunter son ordinateur portable – sous la surveillance des deux des deux autres lycéennes – et la belle rousse put faire des recherches. Elle s'y connaissait très peu en mécanique, c'était comme apprendre une nouvelle langue. Et ça lui convenait puisque pour une fois, elle comprenait ce qu'elle lisait.
Quand le jeune groupe leur demanda leur avis sur le premier jet, elles furent abominablement sincères. Elles étaient des critiques exigeantes et sans demi-mesure. Mais ce n'était pas plus mal, les Albinos souhaitaient atteindre le sommet de leur art et tout ce qui pouvait les aider était bienvenu. Leur opinion leur permit d'enchaîner une nouvelle phase de travail, encore et toujours sur la même chanson.
Ce fut Mélanie qui leur rappela qu'il était important de manger. Elle proposa de cuisiner puisqu'elle n'était pas très occupée. Vicky voulut l'aider mais elle fut éjectée de la cuisine au bout de cinq minutes (les deux jeunes filles n'étaient pas encore capables de cohabiter dans un espace si restreint).
Ils dînèrent tous ensemble en cercle autour de la petite table basse. Le groupe d'amis fit ses compliments au chef qui avait cuisiné un plat simple mais succulent. Tous passèrent une soirée agréable en discutant de tout et de rien, en se moquant impunément de chacun et de soi-même.
Vicky sursauta quand son téléphone sonna. Tous les gens qu'elle côtoyait était assis autour de cette table. Sa mère n'était pas du genre à appeler le soir pour de longue discussion installées dans un lit moelleux. Et son père devait être occupé à roucouler avec sa nouvelle chérie. La jeune fille décrocha donc en s'attendant à entendre la voix d'un quelconque prétendant. Aussi elle crut qu'une bombe nucléaire avait été déclenchée quand elle reconnut la voix de Jenna.
— Je peux savoir où vous êtes ?
Cette petite avait une voix tellement autoritaire qu'elle répondit automatiquement.
— Il est vingt heures et je suis toute seule, à la maison, avec Willy.
— Quoi ? Mais où sont les parents ?
Autour de la table, les jeunes commençaient à écouter sa discussion.
— Ils sont partis pour un « week-end en thalasso ».
— Mais on est en début de semaine.
Même si elles étaient au téléphone, Vicky sentit sa belle-sœur lever les yeux au ciel.
— Sans blague ?
— Bon... euh... Vous avez mangé ?
— Évidemment que oui, et Willy est couché depuis une demi heure. Ce que je voulais savoir c'est si vous rentrez ce soir pour savoir si je verrouille la porte ou pas.
Vu la situation, Vicky lui pardonna le fait qu'elle lui parle comme à une attardée. Elle lui confirma qu'elles serraient là avant vingt-et-une heure puis raccrocha. Ensuite elle dut exposer la situation à ses amis (nouveaux, anciens et potentiels). Jenny et elles passèrent cinq minutes à pourrir leur parent en tentant de déterminer lequel était le pire.
Elles reçurent tout le soutient de leurs amis qui leur proposèrent leur aide pour tout ce qui pouvait leur causer des difficultés. Jenny en eu les larmes aux yeux. Mais pour Vicky, cela ne fit qu'accentuer la rage qu'elle éprouvait contre son père. Et dire qu'elle avait stupidement cru qu'il y aurait une évolution. Niet, nada, c'étaient toujours ses femmes avant ses filles.
Le téléphone sonna de nouveau et Vicky répondit avec rage. Peu importe qui était à l'autre bout du fil, il payerait pour Will.
— Vicky ? s'étrangla la voix.
La lycéenne sursauta et éloigna le téléphone de son oreille pour le regarder bouche bée.
— Merci, c'est mon portable, dit Gary en récupérant son bien.
Les yeux de Vicky s'agrandirent au point que le jeune homme crut que ceux-ci allaient juste tomber de leur cavité et rouler dans l'assiette.
— Tu te tapes ma sœur, articula-t-elle difficilement avec une grimasse de dégoût.
— Quoi ? Mais non !
— Il a toujours été clair que tu avais des goûts de chtarbé que les plus gentils qualifient d' « originaux » mais qui en toute franchise sont réellement et objectivement horribles, effrayants et certainement illégaux mais sortir avec Rebecca... Tu es allé trop loin sur l'échelle du mauvais goût mon pauvre. Il faudrait que vos recettes servent à payer sa cure, ajouta la jeune fille à l'attention des autres membres du groupe, et rapidement parce que coucher avec Rebecca a des effets secondaires incurables.
Si Vicky avait eu un cœur et qu'elle aurait annoncé le décès de quelqu'un, elle aurait eu exactement la même tête. Ils éclatèrent tous de rire tandis que Gary était en train d'essayer de convaincre la belle lycéenne qu'il ne sortait pas avec sa sœur. Mais autant parler à un sourd. Elle n'envisageait même pas qu'il puisse dire la vérité. Elle ne faisait que répéter qu'elle comprenait qu'il ait honte de la situation et qu'elle l'aiderait à rompre dès qu'il le voudrait. Gary avait fini par se résigner surtout parce qu'il en avait marre d'entendre les autres se moquer de lui.
Mis à part cette partie de rigolade, ils eurent vite fait de ranger la table et de nettoyer la vaisselle. Albin dut les convaincre qu'ils n'avaient pas besoin de ranger la vaisselle, il saurait le faire. Certains se laissèrent convaincre avec plus de facilité que d'autres.
— On reprend la répet' ?
— Non Albator, tu oublies que certaines ont cours demain.
Les concernées soufflèrent de dépit alors que le batteur riait doucement, heureux de ne plus en être.
— On devrait plutôt les raccompagner chez elles, on finira une prochaine fois.
Aussitôt dit, aussitôt fait, en peu de temps ils rassemblèrent leurs affaires et se retrouvèrent dans la rue. Ils ne firent qu'un petit bout de chemin ensemble puisqu'ils habitaient chacun à des lieux différents.
Mégane et Gary partirent à droite, la jeune fille était bien décidée à découvrir la vérité à propos de cette histoire avec Rebecca. Elle avait peur que son ami soit en danger. Cette Rebecca déclenchait des alarmes sur son chemin.
Red s'était retrouvé avec les deux bimbos. Une était occupée à harceler sa sœur, l'autre lui parlait bécane. Mais il se surprit à rire avec la belle rousse à la mémoire si sélective (elle avait oublié qu'elle l'avait déjà croisé et même qui était Vinko).
Albin pour sa part avait prévu qu'il finirait par rester seul avec Karine après que Mélanie ait pris son bus. Après ce qu'il s'était passé ce midi et la veille, il était certain de compter à ses yeux il ne lui restait qu'à déterminer si c'était en tant qu'ami ou si leur relation pouvait encore évoluer. Mais il était assez lucide pour savoir qu'il ne servait à rien de lui sauter dessus sans préavis. Alors il lui fit la causette.
Ils discutèrent surtout de films et de séries mais ça leur allait bien. Le jeune homme l'encouragea également à lui montrer les textes qu'elle écrivait – même si elle jurait les grands dieux que ce n'était pas potable. Ils se quittèrent en se faisant la bise et Karine sentit ses joues pleines de feu d'artifices quand elle sentit la peau d'Albin contre la sienne.
Quand elle rentra sa mère l'attendait en embuscade.
— Alors vous avez bien travaillé ?
— Oui, plutôt bien.
— Je t'ai fait une assiette. Elle est au frigo.
— Hum...j'ai déjà mangé.
Sa mère haussa un sourcil.
— Un paquet de gâteau, ce n'est pas un repas ma chouette.
— J'ai pris une assiette de riz maman, mais je récupérerai ce que tu as laissé de côté pour mon déjeuner demain. Bonne nuit maman.
— ...Oui, bonne nuit ma chouette.
Et voilà, sa fille n'avait même plus besoin d'être nourrie. Elle était définitivement inutile se dit la mère en s'asseyant devant son feuilleton.
Quand Albator franchit la porte de l'appartement, il eut l'impression d'entrer dans une colocation étudiante. Ça sentait le vernis, il y avait des soutiens-gorges aux poignets des portes, tous les magasines de la presse féminine sur des tables ou par terre en confettis. La petite Jenna était assise comme une fleur, au milieu du bazar fait de linges et de jouets, en train de lire.
Elle les ignorait royalement et chaque page qu'elle tournait fouettait l'air. La jeune homme lut le mot laissé par les parent qui n'avait rien de rassurant même s'il finissait par « On revient bientôt ». Bientôt, qu'est-ce que cela signifiait ? Mais Red fut encore plus estomaqué par l'attitude des deux lycéennes qui s'installèrent dans le canapé et allumèrent la télé.
— Vous ne vérifiez pas s'il y a tout ce qu'il faut ?
— T'inquiète pas, on verra au moment venu.
Jenna partit dans sa chambre furieuse et prit soin de claquer la porte. Sous ses yeux ahuris, les deux meilleures amies s'interrogèrent quelque peu sur son emportement avant de hausser les épaules. Cette petite le touchait, entre ses parents et ses sœurs, elle n'était pas gâtée.
Il retourna le mot parental qu'il tenait encore dans ses mains et écrivit « Si besoin » accompagné de son numéro de portable. Cet endroit lui rappelait un peu trop le foyer pour qu'il reste insensible.
Les rires de Mégane et Gary avaient du réveiller quelques couches-tôt mais c'était moins qu'un détail. Ils s'amusaient bien. Il y avait quelque chose de curieux dans le phénomène de groupe qui faisait qu'ils ne se voyaient qu'en groupe. Elle ne crachait pas dans la soupe, c'était vraiment cool d'être réuni, preuve en était cette soirée. Mais elle n'appréciait pas moins de pouvoir connaître quelqu'un un peu plus personnellement. Comme ce qu'il se passait avec Gary, elle avait la sensation d'avoir un ami en plus de faire partie d'un groupe.
— C'est celle-là ?
Mégane hocha la tête.
— Comment tu la reconnais ? Elle est exactement comme toutes les autres.
La jeune fille sourit et pointa la boite aux lettres du doigt.
— L'astuce des facteurs.
— Génial, maintenant je passe pour un con.
Elle rit de nouveau.
— Aller ! au lit petit fille, prescrit le batteur prêt à lui ébouriffer les cheveux. Et garde mon secret !
Ils se quittèrent dans la bonne humeur. Mégane était ravie de retrouver la douce chaleur de sa maison jusqu'à ce qu'elle croise le regard de sa mère. Celle-ci était assise dans les escaliers, occupée à faire des mots croisés.
— Tu vas bien ? lui demanda-t-elle.
Sa fille hocha la tête en prenant soin d'enlever ses chaussures à l'entrée comme sa mère l'exiger depuis vingt ans.
— Tu t'es faite raccompagner ?
— Oui, par Gary puisque la nuit était tombée.
Sa mère hocha la tête doucement avec attention.
— Ces petits hommes ont finalement un peu de jugeote.
Elle retourna à sa grille de mots sans sermon ni reproche. Mais Mégane conclut de cela qu'elle était prête à entendre sa révélation.
— Je sors avec Vicky, et je vous laisserai pas interférer.
Allison n'eut aucun geste ou changement d'attitude prouvant qu'elle avait entendu, elle remplit deux mots de sa grille. Ainsi sa fille monta rapidement se coucher.
Elle aurait voulu rester dans les escaliers pour finir ses mots croisés mais elle dut se résoudre à rejoindre son mari qui regardait un match car elle avait besoin d'une épaule sur laquelle pleurer.
Et pourtant elle avait prié, ça oui ! Elle avait tout fait pour sa fille. Quand, à six ans, celle-ci lui avait dit qu'on ne pouvait rien faire avec ces p*tains de Légos pour filles, Allison avait commandé un jeu spécial pour que sa fille puisse créer une ville. D'ailleurs la maquette était toujours dans son dressing. Est-ce que c'était à cause de cela que sa fille gâchait sa vie ? Elle n'aurait plus qu'à se résoudre à prendre un studio à côté d'une maison d'arrêt.
— Arrête d'imaginer le pire, lui dit Pierre en caressant les perles de son collier (c'était lui qui lui avait offert).
— Faut bien que l'un de nous le fasse, répliqua sa femme en s'allongeant complètement sur le canapé.
Pierre la couvrit avec une couverture tandis que le match reprenait.
Citation d'une chanson de Disiz.
