Renaissance
Le Monde de Narnia ainsi que ses personnages appartiennent à C.S. Lewis.
Chapitre 8: Tu ne me perdras pas
POV Laureen
Tandis que le soleil se couchait, illuminant de ses derniers rayons orangés l'étendue d'eau, le Passeur d'Aurore reprenait sa route en direction de l'Est.
Dès que l'ancre fut levée, Caspian, Edmund et Drinian se réunirent dans le petit salon qui précédait la chambre royale afin de définir une nouvelle destination, enfin je présumais.
Après un souper en tête à tête avec ma cadette, j'allais m'accouder au bastingage comme je le faisais chaque soir depuis mon arrivée à Narnia. L'équipage était en train de manger, le bateau était donc plongé dans le silence.
Je contemplais la vaste étendue d'eau qui m'entourait, mes cheveux, que j'avais lâchés, virevoltaient selon la direction du vent.
A ce moment précis, je me sentais sereine, en paix.
Une main se posa sur mon bas du dos par reflexe, je reculais, m'arrachant à cette étreinte. Lorsque mon regard croisa celui de Caspian, je compris que ma peur était injustifiée.
_ Excuse-moi, Caspian.
_ Non, c'est à moi de m'excuser, je ne voulais pas t'effrayer.
Il vint à mes côtés et regarda l'horizon.
_ C'est une nuit magnifique, commentais-je.
_ Pas aussi magnifique que toi.
_ Flatteur, rougis-je.
_ Juste amoureux ! ajouta-t-il. Tu n'as pas froid ?
_ Si, un peu.
Sur ces paroles, il passa un gilet bordeaux autour de mes épaules, puis il s'approcha de moi et m'embrassa tendrement.
_ Merci, mon Roi.
_ De rien mon amante.
_ J'aime quand tu m'appelles ainsi !
_ Et j'aime te nommer ainsi ! Mon amante… Mon aimée…
Il me prit dans ses bras, me serrant contre lui. Je me sentais en sécurité dans ses bras, je m'y sentais à ma place. Je soupirais, si seulement je pouvais y rester… Aslan me laisserait-il cette possibilité ?
_ A quoi penses-tu ? me demanda-t-il, reculant son visage.
_ A nous et ànotre avenir, lui avouais-je. Et puis à Aslan… Je me demandais s'il me laisserait rester ici, avec toi.
_ Je l'espère de tout mon cœur.
_ Je ne veux pas te perdre Caspian.
_ Tu ne me perdras pas, je t'en fais la promesse !
_ Mais si Aslan m'obligeait à partir ?
_ Je ne le laisserai pas faire, j'abdiquerai s'il le faut !
_ Je t'interdis de faire ça Caspian, tu m'entends ! Aucun autre Roi, ne pourrait gouverner Narnia aussi bien que tu le fais !
Caspian resserra son étreinte.
_ Je trouverai une solution, mon amante, je n'envisage pas de passer ma vie avec une autre femme que toi, m'avoua-t-il, posant sa main sur ma joue. Je te veux à mes côtés en tant que Femme et en tant que Reine ! Aslan n'aura pas le choix cette fois-ci.
Mon bien-aimé s'avança et m'embrassa de nouveau. Notre baiser tout d'abord tendre, devint plus profond et plus intense et c'est à bout de souffle que nous nous séparâmes l'un de l'autre.
_ Caspian ?
_ Hmmm ?
_ As-tu… As-tu aimé Susan ?
Caspian sourit devant ma question et m'embrassa sur le front.
_ Ce que je ressentais à l'époque pour Susan n'était qu'une forte inclination, aucunement de l'amour. Toi, je t'aime et je donnerai ma vie pour toi.
Je lui souris et l'embrassais chastement.
Autour de nous, les marins reprenaient leur travail, nous jetant quelques regards amusés. Caspian brisa notre étreinte, gardant seulement une de mes mains dans la sienne.
_ Je ne peux pas me laisser aller en public, se justifia-t-il, je suis leur Roi.
_ Ne t'inquiète pas Caspian, j'avais compris.
J'embrassais rapidement la joue du jeune Roi et me reculais rapidement, contemplant de nouveau la mer.
Edmund nous rejoignit, m'annonçant que Lucie venait d'aller se coucher. Après un bâillement pas très silencieux, je décrétais qu'il était l'heure pour moi de rejoindre ma sœur dans les bras de Morphée.
Caspian embrassa tendrement la paume de main, me souhaitant une très bonne nuit, en retour je l'embrassais sur la joue. Mon frère, quant à lui, me prit dans ses bras.
Je partis dans ma cabine, sentant le regard des deux hommes dans mon dos, jusqu'au passage menant aux quartiers du pont inférieur.
Lorsque je me couchais, Lucie dormait déjà. Je la pris dans mes bras, caressant ses cheveux.
_ Laureen ?
_ Oui ma puce. Rendors-toi.
_ Bonne nuit grande sœur, dit-elle, se lovant encore plus contre moi.
_ Bonne nuit.
Je m'endormis rapidement, ne rouvrant les yeux que le lendemain matin, alors que le soleil était levé depuis plusieurs heures.
Lucie étant déjà levée, je m'habillais, me coiffais et allais en direction des cuisines me chercher une pomme en guise de déjeuner. Lorsque j'allais sur le pont rejoindre ma sœur et Caspian, Edmund se posta devant moi, mon épée dans les mains.
_ Prends-là !
_ Bonjour à toi aussi petit frère ! lançais-je, ignorant l'épée et continuant mon chemin vers ma sœur et mon Roi.
_ Allez Laureen, prend-là ! s'obstina-t-il en me suivant. Je veux faire un duel contre toi !
Je saluais Lucie qui lisait un livre et Caspian, qui nous regardait, amusé par nos chamailleries.
_ Ne t'ai-je pas apprit à dire « bonjour » le matin, quand tu étais enfant ?
_ Oui… Oui… Bonjour… Allez prends-là maintenant !
_ Je viens de me réveiller, il y a peu Edmund ! Tu crois vraiment que je suis assez en forme pour jouer avec toi ?
_ Ce n'est pas un jeu ! s'offusqua-t-il. Je veux que tu apprennes à te battre ! Et rien de mieux que des duels pour ça !
_ Edmund a raison, opina Caspian.
_ Tu ne vas pas t'y mettre toi aussi…, répliquais-je, levant les yeux au ciel.
_ Allez, dis oui ! s'obstina mon frère. On va bien s'amuser !
_ Je croyais qu'il ne s'agissait pas d'un jeu ! le taquinais-je.
_ Je ferais bien quelques duels contre vous deux, admit Caspian. Si Laureen accepte, bien entendu.
_ Vous ne lâcherez pas l'affaire, hein ?
_ T'as tout compris ! dit Edmund, me tendant de nouveau mon épée.
_ Bien, d'accord, acceptais-je, prenant l'épée des mains de mon frère.
_ Je savais que tu dirais oui ! cria mon frère. Allons sur le pont inférieur !
_ En même temps à deux contre un, je n'avais pas trop le choix ! râlais-je.
_ On ira doucement, me promit Caspian, en passant son bras autour de mes épaules et en m'embrassant la tempe.
Nous rejoignîmes Edmund, qui était déjà prêt à se battre, sur le pont inférieur. Caspian alla s'asseoir sur une marche d'un des escaliers du pont, tandis que je remontais une des manches de ma chemise en prenant bien mon temps ! Ma motivation faisait rire Caspian, mais désespérait Edmund au plus haut point.
_ Allez Laureen ! A croire que c'est la pire chose que je t'ai demandé ! râla mon frère.
Alors que je remontais ma deuxième manche, je réfléchissais à ce qu'était la pire demande de mon frère… Puis, je m'arrêtais, toute souriante, repensant au jour où Edmund m'avait demandé d'essayer mes chaussures à talon, afin de savoir ce qu'on ressentait lorsqu'on était en « hauteur ». Mon frère remarqua mon changement d'humeur, comprenant rapidement les raisons.
_ Non, ne dit surtout rien !
_ Mon silence a un prix, petit frère, lui lançais-je en prenant mon épée et me positionnant devant lui.
Les marins s'étaient réunis autour de nous, nous encourageant.
Edmund envoya sa lame sur le côté, je l'esquivais assez facilement. Nous échangeâmes quelques coups, j'étais assez fière de moi car j'arrivais à esquiver toutes les attaques de mon frère. Je l'attaquais à mon tour, tentant de le frapper au niveau de la tête, mais il para, bloquant mon épée avec la sienne. Nos visages n'étaient qu'à quelques centimètres l'un de l'autre.
_ Ne t'inquiète pas, lui murmurais-je. Je ne dirai rien sur tes penchants.
Il me sourit puis me poussa en arrière, me faisant perdre l'équilibre. Mon frère en profita pour me placer la pointe de son épée sous la gorge. Les matelots nous applaudirent tandis qu'Edmund, le sourire aux lèvres, rangeait son épée.
_ Tu esquives bien, me félicita mon frère. Il faudrait juste que tu sois un peu plus rapide dans tes attaques.
J'acquiesçais puis me retournais vers mon Roi, sentant son regard me brûler le dos.
Caspian était déjà debout, l'épée à la main. Il s'approcha de nous, me fixant d'un regard intense.
_ A nous deux, belle damoiselle ! me lança le jeune Telmarin.
_ Bien, Majesté ! me prosternais-je, puis je lui fis signe d'avancer pour débuter notre combat.
Caspian me sourit, se posta devant moi et me mit en joue.
_ Honneur aux dames !
_ Même au combat, tu es galant ? m'étonnais-je.
Je fonçais de front sur Caspian, projetant la lame de mon épée de bas en haut. Caspian para mon attaque, baissant son épée. Je le repoussais en arrière et attaquais son côté droit, aussi vite que me le permettait mon arme, mais mon bien-aimé arriva à esquiver mon attaque.
_ Il le faut bien, se justifia-t-il. Même en duel, je me dois de te courtiser !
Déstabilisée par les propos de mon Roi, celui-ci en profita pour m'attaquer plusieurs fois de suite, m'assénant des coups de plus en plus forts. Je réussis à tous les parer, cependant le dernier me fit vaciller. Caspian en profita pour repousser mon épée assez violement, me la faisant lâcher, puis il passa dans mon dos, une de ses mains se plaça sur mon ventre me serrant ainsi contre lui, et il posa son épée sous mon cou.
_ Gagné! me murmura-t-il à l'oreille avant de me l'embrasser délicatement.
Cette proximité combinée à la violence du duel me donna des vertiges. Des images d'Evan me tenant contre lui et me frappant le visage, me revinrent en mémoire.
Ma respiration s'accéléra, mes mains tremblèrent et ma gorge se noua. Une larme se mit à couler sur ma joue droite. Mon frère croisa mon regard et remarqua ma détresse.
_ Caspian, relâche ma sœur, elle se sent mal ! ordonna Edmund, tandis que l'équipage nous applaudissait.
Caspian ôta rapidement son épée de mon cou et sa main de mon ventre. Libérer de son étreinte, j'avançais vers mon petit frère qui me prit directement dans ses bras, me caressant le dos. Son étreinte me calma automatiquement.
_ Tous à vos postes, ordonna Caspian à l'équipage. La pause est terminée !
Ils reprirent tous leurs travails, nous félicitant au passage. Caspian vint vers nous, posant sa main sur mon épaule.
_ Tu te sens mieux ? me demanda-t-il, inquiet.
Je tournais la tête dans sa direction, restant tout de même dans les bras de mon frère.
_ Oui…
_ J'y suis allé trop fort, constata-t-il. Excuse-moi.
_ Tu ne pouvais pas savoir comment j'allais réagir, l'excusais-je.
_ Laureen a raison, rajouta Edmund. Ce n'est pas de ta faute.
_ Oublions, veux-tu ? Je vais mieux, c'est le principal !
Caspian acquiesça et ôta sa main de mon épaule. Edmund me relâcha lui aussi, m'embrassant sur la joue.
_ Je vous laisse, je vais nettoyer ma nouvelle épée, nous dit-il en partant.
_ Edmund a toujours su quand il était de trop, lançais-je à mon Roi.
_ Je suis vraiment désolé, je ne voulais pas t'apeurer, me dit-il en me prenant ma main droite dans les siennes.
Je posais ma main gauche sur sa joue et la caressais avec mon pouce.
_ Je ne t'en veux pas Caspian. C'est plutôt à moi que j'en veux : mes réactions sont tellement imprévisibles…
Caspian porta ma main à ses lèvres et l'embrassa tendrement.
_ Tu es sure, tu vas mieux ? me redemanda-t-il.
_ Oui, ne t'inquiète pas.
_ Tu sais, tu te défends plutôt bien, me dit Caspian.
_ Merci !
_ Tu dois juste améliorer tes attaques et ton équilibre.
_ Eustache ! cria Edmund.
Le cri de mon frère nous fit nous retourner. Notre jeune cousin courait sur le bateau, une épée à la main, bousculant tous ceux qui se trouvait sur son chemin.
_ Désolé !s'excusa Eustache, repartant aussi vite qu'il était arrivé.
Ripitchip passa à son tour devant Edmund, lui aussi armé. Il semblait courir après Eustache.
_ Que se passe-t-il ? demandais-je.
_ Aucune idée, me répondit Caspian. Peut-être ont-ils envi de faire un duel eux aussi !
Je souris à la remarque de mon aimé, puis je reportais mon attention sur mon cousin et Ripitchip. A vrai dire, tout le monde les regardait.
_ Vous essayez de vous sauver ! Mais sur un bateau, c'est difficile !
_ Attendez ! Nous sommes des gens civilisés ! se justifia Eustache.
_ Ça, c'est pour le vol ! dit Ripitchip en déchirant un morceau de la chemise d'Eustache.
_ Et ça pour le mensonge ! rajouta-t-il en sortant une orange de la chemise avec son épée.
_ Et ça pour la leçon ! dit-il en le tapant sur la tête avec l'orange.
Enervé, Eustache attaqua la souris. S'en suivit alors un duel, où Eustache prit son premier cours d'escrime !
_ Je crois bien que ton cousin s'est fait prendre pendant qu'il volait, me dit Caspian.
_ Ça lui fera une bonne leçon à ce petit imbécile !
_ Je devrais le punir pour ça : à coup de fouet comme pour mon équipage…
Je regardais Caspian, étonnée par cette révélation.
_ Nous devons économiser l'eau et la nourriture. Si une seule personne enfreint cette règle et que je ne le punis pas, d'autres en profiteront et feront pareil.
_ Je comprends… Tu vas vraiment le battre ?
_ Non… Ripitchip s'en occupe très bien ! La prochaine fois… Peut-être…
_ Je doute qu'il recommence un jour, rigolais-je.
Caspian sourit et me regarda dans les yeux.
_ J'aime te voir rire, m'avoua-t-il, me faisant rougir. Tu es tellement belle.
Il approcha son visage du mien pour m'embrasser mais, sachant que nous n'étions pas seuls, il changea d'avis.
_ Viens ! dit-il, m'attirant avec lui au passage menant à mes quartiers.
Je le suivis sagement jusqu'au salon qui donnait sur ma chambre. Après avoir fermé la porte, Caspian me poussa doucement contre le mur, passant une de ses mains dans mon dos, son autre main posée contre le mur, à côté de ma tête.
Mon Roi se pencha et m'embrassa passionnément. Je passais mes bras autour de son cou, répondant avec la même ardeur à son baiser.
Lorsque celui-ci prit fin, Caspian posa son front contre le mien.
_ Tes baisers me manquaient, m'avoua-t-il avant de s'emparer de mes lèvres. Ta chaleur me manquait.
Ses lèvres descendirent le long de mon cou, déposant de légers baisers, tandis que mes mains caressaient sa nuque, jouant avec ses cheveux, les tirant à chaque frissons que mon aimé me procurait.
Lorsqu'il me mordit le lobe de l'oreille, je ne pus empêcher un gémissement de sortir de ma bouche. Je le sentis sourire avant de mordiller une seconde fois l'oreille.
_ Caspian, gémis-je.
Ma main gauche s'accrocha à ses cheveux tandis que ma main droite descendit sur son torse, tirant sur sa tunique pour le rapprocher encore plus près de mon corps.
Mon bas ventre me torturait, me faisant comprendre à quel point Caspian ne me laissait pas indifférente.
Mon aimé, quant à lui, continuait ses douces caresses sur mon cou, caressant mon dos de sa main. Ses baisers remontèrent sur ma joue puis sur mes lèvres où il demanda l'accès à ma langue. A bout de souffle, nous dûmes nous séparer.
Caspian me regarda, caressant tendrement ma joue.
_ Je t'aime mon amante.
_ Je t'aime mon Roi.
Caspian recula légèrement, gardant sa main sur mon dos. De son autre main, il retira une petite bourse en cuir de sa poche.
_ C'est pour toi, m'expliqua-t-il, déposant la pochette dans une de mes mains.
_ Pour moi ? Vraiment ?
_ Oui, vraiment, sourit-il. Ouvre-la.
Je suivis son ordre et ouvris mon cadeau. A l'intérieur de la bourse se trouvait un pendentif ovale serti d'une pierre bleue foncée, le médaillon était serti d'argent et autour de la pierre était gravé des dessins.
_ Il est magnifique Caspian !
_ Je suis content qu'il te plaise. Je l'ai trouvé chez un marchand à Felimath. Lorsque je l'ai vu, j'ai tout de suite pensé à toi et à tes yeux : la pierre en a la même couleur ! J'en ai profité pour faire graver les initiales de nos prénoms sur le dos du médaillon.
Je retournais le collier et vit un C et un L enlacés.
_ Merci Caspian ! dis-je le prenant dans mes bras. Il est vraiment superbe !
Je déposais un baiser sur ses lèvres pour le remercier.
_ Donne, je vais te le mettre.
Je lui tendis le collier, puis je me retournais, laissant ainsi à Caspian l'accès à ma nuque.
_ Lorsque nous rentrerons à Cair Paravel, je te couvrirai de fleurs et de bijoux ! me dit-il en attachant le fermoir.
_ Je n'ai pas besoin d'autant d'attention, Caspian. Ta présence suffit à mon bonheur !
_ Je sais Laureen, mais laisse-moi te courtiser comme un Roi doit le faire. Laisse-moi te faire plaisir !
J'acquiesçais à sa demande puis Caspian déposa un baiser sur ma nuque. Au même instant, des coups furent frappés à la porte. Le jeune Roi soupira et vint à mes côtés, prenant ma main dans la sienne. Puis, il donna l'ordre à nos visiteurs d'entrer. Il s'agissait de Lucie, Edmund et Drinian. Ils étaient accompagnés d'une enfant, de la petite Gaëlle !
_ Nous avons un nouveau matelot à notre bord, Majesté, expliqua Drinian.
La petite s'avança de quelques pas et fit la révérence à Caspian.
_ Tu es la fille de Rhince.
_ Oui, Majesté.
_ Gaëlle ne voulait pas être séparée de son Père, expliqua Lucie.
_ Bienvenue à bord alors ! lança Caspian à l'attention de la jeune fille.
Gaëlle regarda ma sœur et lui fit un magnifique sourire.
_ Tu vois, tu n'avais pas à t'inquiéter ! lui fit remarquer ma sœur.
Edmund, un livre à la main, alla s'assoir sur le canapé. Je relâchais la main de Caspian et allais rejoindre mon jeune frère, qui se mit à contempler mon collier. Puis il me regarda et me sourit tendrement.
_ Caspian, tu aurais un couchage supplémentaire qu'on pourrait mettre dans ta chambre, afin d'y faire dormir Gaëlle ? demanda ma sœur.
_ Nous n'avons que des hamacs, Lucie. Et cette chambre n'est pas assez grande pour en suspendre un.
_ Je pourrais dormir dans un hamac auprès de toi et d'Edmund, proposais-je.
_ Non Altesse, il vaut mieux éviter de vous mêler à l'équipage la nuit, m'expliqua Drinian. Même en présence de notre Roi et de votre frère, les marins seraient capables de venir vous déranger pour leurs propres… plaisirs.
Des frissons remontèrent le long de ma colonne vertébrale.
_ Nous allons éviter ça alors, conclus-je.
_ Ma cabine est plus grande que la cabine royale, elle pourrait accueillir deux de ces jeunes femmes, proposa Drinian.
_ De nous tous, vous êtes celui qui a le plus besoin de repos, s'opposa Caspian.
_ Je dors très bien dans un hamac, Majesté.
_ Dans ce cas, mesdemoiselles, vous avez une seconde chambre à votre disposition, lança le Roi de Narnia.
_ Merci Drinian. Laureen, je te laisse la chambre de Caspian, avec Gaëlle nous irons dans celle du Capitaine.
Gaëlle tenait la main de Lucie : l'enfant ne semblait pas vouloir s'éloigner de ma jeune sœur.
_ Comme tu veux Lucie !
Cela faisait un an que je n'avais pas dormi toute seule : Lucie était restée à mes côtés toutes les nuits, depuis mon retour de l'hôpital. J'appréhendais un peu de me retrouver seule.
_ Ça ira, me réconforta mon frère, qui avait remarqué mon absence. Si tu fais un cauchemar, tu sais où me trouver.
Je hochais la tête, souriant légèrement à Edmund.
Je regardais Lucie tandis qu'elle allait chercher ses affaires dans ma chambre et partir avec Gaëlle dans celle du Capitaine. Mon cœur se serra un peu, j'avais l'impression de perdre ma sœur.
Edmund prit ma main dans la sienne pour me réconforter, son pouce faisant des vas et viens sur le dos de ma main.
_ Elle a besoin de s'éloigner un peu, m'expliqua Edmund. Elle sait que tu n'as plus autant besoin d'elle qu'avant.
_ J'aurai toujours besoin d'elle, c'est ma petite sœur !
_ Et elle le restera. Mais maintenant que tu as Caspian, elle préfère lui laisser le rôle de protecteur… Et moi aussi d'ailleurs !
_ J'ai l'impression que vous m'abandonnez, dis-je, les larmes aux yeux.
_ Non, on te laisse simplement vivre ta vie, comme cela aurait dû être depuis le début.
Remarquant mes larmes, mon frère posa son livre sur le canapé et m'attira vers lui. Je passais mes bras autour de son cou et posais ma tête sur son épaule, me laissant aller à cette étreinte réconfortante.
_ On t'aimera toujours, ne t'inquiète pas, me murmura Edmund.
J'hochais la tête, resserrant mes bras autour du cou de mon frère. Edmund me caressa tendrement le dos, puis recula légèrement, relâchant notre étreinte.
_ Allez, essuie tes larmes, me dit-il en m'embrassant le front, sinon Caspian va s'inquiéter.
Je lui souris et avec la manche de ma chemise, j'ôtais les larmes de mes joues.
Caspian discutait avec Drinian, nous tournant le dos.
_ Je vous rejoins dans la salle du Conseil, lança Caspian à son aîné, se retournant dans notre direction.
Drinian sortit du salon après nous avoir salués.
Caspian s'approcha de moi, tout en me souriant, puis déposa un baiser sur mon front.
_ Je te rejoins après, me prévient-t-il.
_ D'accord.
_ Tu veux venir Ed ? proposa-t-il à mon frère.
_ Non merci Caspian, je vais tenir compagnie à ma sœur.
_ Comme tu veux. A plus tard alors !
_ A plus tard, luirépondis-je.
Puis, après m'avoir lancé un dernier regard, il sortit, me laissant seul avec Edmund. Celui-ci reporta son attention sur mon collier.
_ Il est très beau, un cadeau de Caspian ?
_ Oui, acquiesçais-je en souriant.
_ Il te gâte ! Ce collier est vraiment superbe.
_ Oui, j'ai beaucoup de chance ! Caspian est vraiment parfait avec moi.
_ Il t'aime beaucoup, ça se voit, me sourit Edmund.
_ Et c'est réciproque, avouais-je à mon frère.
Edmund reporta son attention sur son livre, tandis que je repensais au déménagement de ma sœur, me faisant légèrement grimacer.
_ Tu n'as toujours rien dit à Caspian, n'est-ce pas ? me lança mon frère me sortant de mes pensées.
_ Non, j'aimerais lui dire mais je fais un blocage à chaque fois. J'ai peur qu'il me rejette.
_ Il ne le fera pas et tu le sais très bien. Après les révélations d'Eustache, il doit bien se douter de ce qu'il s'est passé avec Evan.
_ Je sais Edmund, mais ce n'est pas si facile à dire que ça…
_ Je m'en doute mais essaie de ne pas tarder Laureen, Caspian tient vraiment à toi, tu lui dois la vérité.
J'acquiesçais, le regard dans le vide.
_ Je lui dirai… quand je trouverai le bon moment.
_ Promis ?
_ Promis !
