Et voilà, la fin des années Poudlard a sonné pour nos deux lascars. Je vous souhaite une bonne lecture !
Ca y est, c'était la fin. Non pas la fin du monde, certes, mais la fin de tout un pan de leur vie. Leur scolarité à Poudlard. Sept années, durant lesquelles les pierres de ce château avaient été témoin de leur quotidien adolescent. Les amitiés qui se font et se défont, mais aussi celles qui restent solides comme un roc; les amourettes, l'euphorie ou la déception qu'elles suscitent; les réussites et les échecs scolaires, les projets d'avenir plus ou moins réalisables; les joies et les peines, les disputes et les réconciliations, les fous rires et les larmes; les conversations sans fin dans les dortoirs ou les salles communes, les festins incomparables dans la grande salle, les heures de travail à la bibliothèque, les promenades dans le parc au bord du lac…
Tonks ruminait tout ça, déjà nostalgique avant même d'être partie. Nous étions le 20 juin 1991, jour du grand départ, il était dix heures et demie. Autant dire, largement l'heure de filer vers le Poudlard Express qui devait ramener les élèves chez eux pour les vacances. Mais elle, ce ne serait plus pour les vacances que le train la ramènerait. Non, c'était pour la vie. La vie d'adulte. La jeune fille réprima un frisson d'angoisse à cette idée.
Tonks et Karen avaient quitté leur dortoir depuis quelques instants à peine, valises à la main, après avoir jeté un regard circulaire vers leurs grands lits à baldaquin, leur mobilier en bois clair, leurs murs désormais nus qui semblaient bien tristes sans toutes les affiches qu'elles y avaient placardées. Elles étaient restées là, sans savoir quoi dire, cherchant quoi faire pour pouvoir partir l'esprit en paix. Mais il n'y avait rien à faire. Il y avait juste à se décider pour tourner les talons, parcourir le tunnel et franchir la porte dans le sens de la sortie. Cette porte ronde qui avait davantage fait partie de leur vie durant ces sept années que la porte de leur propre chambre dans leur famille.
Ainsi, voilà que la première étape était passée. Cependant, se résoudre à laisser le dortoir derrière elles était une chose, déjà bien assez difficile. Mais quitter la salle commune était une toute autre histoire. Depuis plusieurs minutes, Tonks et Karen étaient assises dans les fauteuils confortables qui les avaient accueillies si souvent, tentant de fermer leur esprit à l'agitation ambiante qui régnait autour d'elles. Les élèves qui couraient dans tous les sens, qui pour chercher des affaires oubliées, qui pour se voir encore un peu avant de se quitter pour deux mois… Tonks et Karen, elles, avaient leurs valises à leurs pieds, totalement prêtes et bien fermées. Et c'était ensemble qu'elles voulaient passer ces derniers instants, car elles, dans deux mois, n'auraient pas le plaisir de se sauter dans les bras dans la perspective d'une nouvelle année à croquer à pleines dents.
De même qu'elles l'avaient fait dans leur dortoir, elles promenèrent leur regard tout autour d'elles, pour être certaines de bien imprimer ce décor qu'elles connaissaient pourtant par cœur, craignant d'en oublier ne serait-ce qu'un infime détail. Le bas plafond qui donnait cette atmosphère si chaleureuse, les fenêtres rondes au ras du sol, qui donnaient sur de magnifiques pelouses parsemées de pissenlits et laissaient filtrer le soleil à toute heure du jour, les tables et les étagères en bois couleur de miel, les cactus dansants amenés par le Professeur Chourave, les vrilles de fougère ou de lierre ornant les grands pots en cuivre accrochés au plafond… Et puis, le portrait d'Helga Poufsouffle, dont tous les élèves étaient si fiers, qui trônait au-dessus de leur cheminée en bois gravée de nombreux blaireaux à l'air joyeux (1).
Pour une fois, Karen et Tonks ne plaisantaient pas, se parlaient à peine. Elles restèrent là, jusqu'au tout dernier instant, jusqu'à ce que l'on doive pratiquement les mettre dehors de force. A ce moment-là elles se levèrent, franchirent l'espace qui délimitait leur antre et une fois dans le couloir, elles se retournèrent, pour contempler encore quelques secondes la pile de grands tonneaux de vinaigre qui marquaient l'entrée de leur domaine, parmi lesquels celui qui servait de porte et qui venait tout juste de se refermer derrière elles, leur interdisant pour de bon la vision de leur salle commune. Puis parce qu'elles n'avaient plus le choix, parce qu'il ne restait plus qu'elles et que les calèches allaient partir en les laissant là, et parce que même si elles auraient adoré cette idée elles savaient parfaitement que ce n'était pas possible, elles finirent par se mettre en marche. Lentement, vraiment, et en se retournant sans cesse.
Mais après avoir passé la nature morte qui menait aux cuisines, il fallait bien tourner l'angle pour continuer leur route. Or à partir de là, on n'apercevait plus rien du couloir qu'elles avaient si souvent foulé pour se rendre dans le domaine des poufsouffles, leur maison à laquelle elles étaient si attachées. Elles marquèrent un temps d'arrêt, comme pour signifier leurs dernières résistances à quitter cet endroit, puis elles se remirent en marche et poursuivirent leur chemin le long des couloirs, en accélérant un peu l'allure cette fois pour arriver à temps.
Elles descendirent pour la dernière fois le grand escalier de marbre, franchirent la grande porte en chêne qui menait dans le parc et, arrivées en bas du large escalier de pierres, elles se retournèrent à nouveau pour contempler cette immense bâtisse de l'extérieur, ce château qui les avait tant impressionnées en première année mais qui, finalement, était devenu un point d'ancrage essentiel de leur vie.
Les diligences qui devaient les ramener à la gare étaient déjà là, les élèves de la première à la sixième année s'y étant déjà installés. Mais Tonks et Fleming n'étaient pas les seules de septième année à traîner, loin s'en fallait. Tous rechignaient à décoller leur regard de Poudlard, refusaient de se tourner vers les diligences car ceci marquerait trop définitivement que c'était fini. Ils se firent donc tancer par les professeurs, de plus en plus rudement. « Allez ! « Disaient-ils. « Durant sept ans, on ne vous a pas connu si prompt à aller à l'école, vous n'allez pas faire semblant de regretter vos cours et vos professeurs maintenant ! » Evidemment, les enseignants savaient bien quel était le problème et ils le comprenaient. Mais les diligences devaient partir, alors ils faisaient de leur mieux pour que les choses avancent.
« Et si on ne montait pas dans les calèches, ça empêcherait le départ du Poudlard Express et on pourrait rester encore un peu ! » Lança quelqu'un dans la foule, que Tonks reconnut comme étant Charlie Weasley. Autour de lui, plusieurs élèves rirent et marquèrent leur approbation, mais McGonagall se chargea bien vite de doucher l'enthousiasme de son élève. « Tenez-vous absolument à passer votre été ici, Weasley ? Je pourrais demander au Directeur de vous assigner quelques tâches de nettoyage et de rangement, après tout, ce n'est pas le travail qui manque ! » McGonagall ne changeait jamais, et en réalité, cela rendait Tonks anormalement émue.
Quelques instants plus tard, tant bien que mal, tous les élèves finirent par s'installer et le départ fut donné. Tonks et Karen partageaient leur diligence avec deux filles de serdaigle, mais à vrai dire, elles ne partageaient pas grand-chose puisque le silence était de mise. Ou alors, Tonks et sa meilleure amie parlaient entre elles à voix basse, de même que le faisaient les deux autres. Mais dans l'ensemble, toutes avaient les yeux collés à la vitre, observant avec attention le trajet comme elles ne l'avaient sans doute encore jamais fait. Les départs et les retours étaient toujours des moments chargés d'excitation, qui incitaient peu les élèves à prendre le temps de détailler ce qui se trouvait autour d'eux. Mais cette fois, c'était la dernière opportunité de mémoriser ce parcours qui reliait leur école si spéciale au monde extérieur.
Lorsqu'ils furent arrivés à la gare de Pré-au-Lard, les esprits semblaient déjà un peu plus apaisés, du fait de l'éloignement physique avec le château qui ainsi cessait de les attirer sans arrêt. Tonks et Fleming se décidèrent à sortir de leur humeur asociale, et allèrent vers leurs camarades afin de savourer les derniers échanges qu'ils pourraient partager. Bien sûr, il n'était écrit nulle part qu'ils ne pouvaient pas se revoir après leurs ASPICs. Mais il n'était non plus écrit nulle part qu'ils se reverraient, et Tonks sentait que, en dépit de leurs promesses solennelles, les chemins que chacun prendrait sépareraient bon nombre d'anciens camarades. Les meilleurs amis resteraient sans doute, mais qu'en serait-il des autres ? Les simples bons copains ?
Et c'est ainsi qu'elle se retrouva avec Charlie Weasley, qui l'accueillit en lui ébouriffant les cheveux et en déclamant avec exubérance : « Tonksy ! Tu vas me manquer ! »
Mais elle sentait que cette fois, il n'était pas juste question de blaguer. L'émotion était perceptible chez son camarade gryffondor, et ce dernier ne cherchait même pas réellement à le cacher. En fait, nombre d'étudiants de septième année montraient un visage démesurément jovial. La tristesse aurait bien le temps de les submerger plus tard, lorsqu'ils se retrouveraient seuls chez eux, loin de l'ambiance de Poudlard où il se passait constamment quelque chose.
Pour le moment, s'apitoyer ne servait à rien, ils laissaient le privilège de leurs plaintes à leur famille qui les accueillerait bientôt. Pour l'heure, mieux valait se quitter avec des bons souvenirs. Aussi, quel meilleur moyen pour cela que de rire encore un peu ?
Alors Tonks et Charlie rirent, parce que c'est ce qu'ils savaient faire de mieux ensemble. Ils se taquinèrent, s'affirmèrent qu'ils ne pourraient pas vivre sans l'autre, car qui allaient-ils embêter à présent, on se le demande ?
Ils essayèrent de se tourner vers l'avenir, aussi, pour se convaincre qu'il leur procurerait autant de belles choses que Poudlard ne leur en avait offert. L'une allait sauver le monde des vilains (quelle abnégation), et l'autre allait vivre en ermite au milieu de ses dragons (mais quel homme virile !)
Sauf que, essayez de chasser la nostalgie, il y avait de fortes chances qu'elle vous rattrape au galop. Ainsi se tourner vers l'avenir ne fonctionna pas bien longtemps, et l'on finit par se taire, cherchant quoi ajouter, puis soupirant finalement de frustration.
« On se reverra, hein ? »
Ils ne se reverraient peut-être jamais, l'un comme l'autre le savait probablement. Mais ça faisait du bien de se le promettre, et de se séparer avec la certitude que l'on tenait l'un à l'autre, que cette affection réciproque était sincère.
« Bien sûr qu'on se reverra. Il y a intérêt ! »
Et ils se séparèrent, par une franche accolade, pleine de ce qu'ils avaient vécu ensemble, et pleine des belles promesses d'avenir qu'ils se faisaient mutuellement.
Puis, un sourire doux aux lèvres, chacun s'en retourna vers ses amis, à la recherche d'un compartiment libre, se jurant que ce dernier voyage serait le plus agréable de toute leur scolarité. Parce qu'il fallait clore tout cela en beauté, il ne pouvait en être autrement.
Exit les mauvais souvenirs. Bien sûr qu'ils en avaient, tous. Mais aujourd'hui, ça n'avait plus d'importance. Ils allaient quitter le château, et il fallait qu'ils n'en gardent que le bon. Les inimitiés, quelles qu'elles aient été, seraient ignorées. L'avenir s'ouvrait devant eux, et lorsque, plus tard, ils parleraient de Poudlard, ce serait en portant un regard tendre sur ces jeunes années, et en n'évoquant que le positif. Des embûches ? Oui, il y en a eu. Mais en fait, ce n'était rien.
1) Merci au Harry Potter Wiki pour la description de la salle commune des poufsouffles.
Et voilà, c'est tout pour aujourd'hui. Je vous retrouve dans quelques jours pour un petit épilogue !
