Chapitre plutôt glauque où on peut voir très clairement que je me suis basée sur mon one shot Minuit pour écrire mon histoire.
Bonne lecture et Joyeuses Fêtes à tous!
Chapitre 8
Descente aux enfers
« HEY ! Réveille-toi ! »
Je sursaute.
« Hein ? Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ? »
Une jeune femme, les bras croisés, m'observe d'un air exaspéré.
« Tu t'es encore endormie en lisant ton bouquin. Va te coucher. Il est plus de 3h du matin. »
Je prends quelques secondes à me remettre les idées en place.
Je suis dans mon appartement.
Evelyne vient de me réveiller.
C'est fou comme tout ce qui se trouve ici me paraît étranger depuis mon retour.
Je fixe Eve. Elle est habillée chic quoiqu'un peu défraîchie. Elle revient encore d'une fête d'étudiants.
Elle me fixe aussi. En fait, elle regarde mon cou.
« C'est vraiment bizarre ces marques. Tu veux pas un onguent ? »
Je remonte mon col roulé jusqu'à mon menton, embarrassée. Les traces de l'Uruk Hai qui a essayé de m'étrangler sont toujours présentes. Eve continue à m'examiner avec scepticisme. Il y a de quoi trouver la situation bizarre. Je suis arrivée ici avec ces marques presque déjà cicatrisées. Ça faisait tout de même deux semaines que l'attaque avait eu lieu et pourtant, de retour ici, je me suis rendue compte qu'il ne s'était écoulé que deux ou trois heures dans cette réalité. Techniquement, on s'était vu la veille de mon départ en Terre du Milieu et je ne portais aucune marque sur le cou à ce moment là.
Suite à mon retour de Arda, j'ai observé le fleuve quelques heures. Je m'attendais à revoir cette route dans le désert, mais il n'en fut rien. À la tombée de la nuit, il a bien fallu que je me résigne à rentrer à la maison. Eve m'a découverte en piteux état. J'étais sale, j'avais des tas de vieilles écorchures et mes vêtements étaient pitoyables. Je n'ai pas trouvé d'autre explication plus rationnelle qu'une chute dans l'escalier extérieur qui s'est terminé dans une flaque d'eau sale au sol. On dirait bien que mon excuse n'était pas très convaincante parce qu'elle continue à me regarder d'un air intrigué même si ça fait des jours que je suis revenue.
« Ça va. Ça cicatrise déjà. »
Je me lève et m'empresse d'aller me coucher en lui souhaitant brièvement bonne nuit. Je ne veux pas lui donner l'occasion de me poser d'autres questions embarrassantes auxquelles je ne trouverai pas de réponse plausible.
Une fois ma porte fermée, je plonge sous mes couvertures et, comme une fillette qui tient à dormir avec sa peluche, je prends ma dague et la serre dans ma main.
Cette dague, c'est tout ce qui me reste de la Terre du Milieu. Tout a disparu quand je suis retournée chez moi, sauf cette arme. La cape de Glorfindel s'est effacée ainsi que les miches de lembas dans mon sac, le bout de parchemin que j'avais copié d'un grimoire et le fourreau de cuir dans lequel était rangée ma dague. Mon arme est le seul souvenir de mon périple en Terre du Milieu ; la seule preuve que tout ça n'était pas qu'un rêve. Je me suis longtemps demandée pourquoi elle n'avait pas disparue comme tout le reste, mais à bien y réfléchir c'est tout à fait logique qu'elle existe autant ici qu'en Terre du Milieu. En la saisissant pour la première fois, un flux d'énergie étrange m'avait traversé tout le corps. Indel m'avait dit que je ne faisais qu'un avec elle maintenant. La dague est donc soumise aux mêmes conditions que son maître. Moi je ne disparais pas ici alors elle non plus. Mystérieux, mais logique.
Je m'endors peu à peu et mon esprit ne met pas de temps à se retrouver « là-bas ». Tous mes rêves me ramènent au même endroit. Chaque fois que je ferme les yeux, je le vois « lui ». Je me sens hantée. Je suis nostalgique. On dirait que quelque chose est mort en moi. Je suis en deuil. Je n'ai pas envie de faire mon deuil de la Terre du Milieu. À un point tel que je lis sans arrêt mon bouquin. J'essaie de me raccrocher à cet univers autant que je le peux. Je parcours tous les ouvrages de Tolkien inlassablement, jour et nuit. J'essaie même d'y trouver mes propres traces. Nulle part on mentionne une Eledhrìl par contre. J'ai aussi cherché Rhìnlas, mais elle n'est récitée à aucun moment. J'ai voulu en savoir davantage sur les Nazgûl et sur la possibilité qu'il y avait peut-être eu dix spectres plutôt que neuf. Toutefois, il n'y a rien. Le Néant. J'ai même essayé d'écrire à Christopher Tolkien pour lui demander si son père avait laissé quelques notes non encore publiées où il parle d'une Eledhrìl, d'une Rhìnlas, d'un dixième Nazgûl ou même d'une route appelée Athrada Men. Je n'ai jamais reçu de réponse. J'imagine que ma question était trop bizarre pour qu'on se donne la peine d'y répondre. Je nage et nagerai en plein mystère pour le reste de mes jours je crois.
Les semaines passent. J'essaie de reprendre le cours de ma vie tel que je l'ai laissée avant mon départ, mais c'est impossible. Je ne peux pas faire comme si rien ne s'était produit. Je ne peux pas nier ce qui m'est arrivé. Je n'arrive pas à rester les deux pieds sur terre, bien ancrée dans la réalité. Je suis constamment mélancolique. Arda me manque. Je ne parviens pas à cacher ma peine et Eve sent bien que quelque chose cloche chez moi. Je suis encore plus absorbée par mes bouquins qu'avant, je ne mange presque pas, je n'ai plus d'appétit. L'amertume causée par cette sorte de deuil me coupe la faim. J'ai laissé tomber ma maîtrise. Je ne vois plus l'intérêt d'écrire sur Arda. Je ne porterai plus aucun jugement objectif sur l'œuvre maintenant que j'ai été plongée réellement dans ce monde. Je ne pourrai plus jamais avoir un regard critique sur le travail de Tolkien. Je ne vois même plus l'intérêt d'aller à mes cours. Je manque plusieurs journées d'école, j'échoue des examens, je me fiche de rater les partiels. Ça ne ressemble pas au rat de bibliothèque que j'étais avant mon aventure en Arda. De fait, je ne suis plus une étudiante. Je suis Eledhrìl Hathelwen.
« Eledhrìl… »
Je donnerais n'importe quoi pour qu'on me le dise encore une fois ce nom. Je me sens comme une droguée en manque de sa dose. On dirait que je suis prise dans un jeu informatique ; ces jeux de rôle en ligne trop absorbants qui tiennent les internautes devant leurs écrans des journées et des nuits entières, incapables de faire quoi que ce soit d'autre que de jouer. Je me sens comme si on m'avait arrachée de force à ce genre de jeu, à l'exception près que c'est un jeu grandeur nature incroyablement réel…
« Eledhrìl… »
Ce nom m'obsède. J'en suis à détester mon vrai prénom. Sans m'en rendre compte, je ne me retourne même pas quand on m'interpelle. Et soudain, quand je m'aperçois qu'on tente de me parler, j'ai envie de dire : « Mais vous vous trompez! Moi, c'est Eledhrìl mon nom ! » Le peu de raison qui me reste me retient toutefois de dire pareille bêtise. Pour combien de temps encore je serai dans cet état ? Les gens autour de moi me voient dépérir. Même le vieux chauffeur un peu fêlé de mon bus m'a un jour chuchoté alors que je montais à bord : « Finalement, j'ai peut-être fait une erreur… » Il avait l'air plutôt triste et navré. Je n'ai pas trop compris ce qu'il a voulu dire et je n'ai pas cherché à en savoir plus. Il me fiche un peu la trouille ce bonhomme. Est-ce qu'il s'en veut de ne pas s'être arrêté pour me prendre, ce jour où je m'étais réveillée en retard pour aller à la fac? C'est vrai que, si je n'avais pas raté le bus, je n'aurais pas été contrainte de marcher. Je n'aurais pas traversé le quartier de la Croisée et je n'aurais pas rencontré Indel. Et je n'en serais pas là aujourd'hui.
En fait, tout ça a commencé avec ce papillon. Je lui suis reconnaissante de m'avoir fait connaître Athrada Men, mais, à la fois, je lui en veux tout autant parce qu'aujourd'hui je suis dans un état de décrépitude qui fait pitié à voir. Tout ceux qui m'entourent se doutent bien que ça ne tourne pas rond. Eve la première. Je l'inquiète, je le sais bien. Il y a de quoi l'être.
Je me sens isolée, à part. Je suis seule dans mon trip. J'aimerais partager ce que je sais. Je voudrais montrer ce que j'ai vu. Je voudrais raconter ce qui m'est arrivé. Mais je ne peux pas. Personne ne peut comprendre. Personne ne peut me croire. J'aimerais tellement que les gens puissent avoir l'esprit un peu plus ouvert. On me prendrait moins pour une cinglée, qui sait. Parfois, je me parle toute seule, au fond de ma chambre. Je lui parle à « lui ». Je me sens imbécile. Allons donc. Comme s'il allait me répondre! Je suis pathétique. Mais à qui d'autre puis-je bien parler ? J'ai l'impression que je m'enlise, que je descends dans un gouffre.
Un jour où je sens Eve presque alarmée par mon état d'agonie, j'en ai assez. Je n'en peux plus. Il faut que je lui dise. Il faut que je lui montre… Si elle voit au moins la route, elle pourra me croire, elle pourra me comprendre et, du coup, je ne serai plus seule dans mon délire.
Eve me suit donc sur la route de la Croisée. Elle ne sait pas encore ce que je veux lui montrer. Je crois que c'est impossible d'essayer de lui expliquer. Le mieux c'est qu'elle voit par elle-même la situation. Nous ne pourrons pas aller bien loin, car j'ignore si la malédiction s'abattra sur elle une fois en Arda. Je ne voudrais pas qu'elle s'efface. Du moment qu'elle arrive à voir le désert, c'est tout ce qui compte.
Un grand frisson d'excitation me parcourt le corps alors que je m'enfonce dans la Croisée. Eve me suit derrière. Elle frissonne aussi, mais de dégoût face à un tel quartier délabré. Je prie de ne pas voir de falaise au bout de cette ruelle. J'espère ardemment voir le panneau écrit en Valarin et non celui du cul-de-sac. Je n'étais jamais revenue depuis mon retour. Je me conditionnais à oublier cette route bien que tout au fond de moi je n'avais qu'envie de revenir.
Au moment où je crois voir le bord de la falaise, l'impossible se produit enfin. Je vois la route du désert ! La pancarte de Athrada Men est là, plantée dans la rocaille ! Est-ce qu'il y a encore des orques dans les parages ?
« C'est là ! Tout est là ! » que je lance à Eve avant de courir sur la route pour l'inspecter davantage. Il n'y a personne. Les elfes auraient donc réussi à éliminer tous les sbires de Carn Dûm ? Combien d'années se sont écoulées depuis mon départ ? Pas trop j'espère. Je sais que Glorfindel ne peut pas être resté tout ce temps ici, mais j'aurais aimé le voir. J'aurais voulu que Eve le voie, qu'elle constate que tout est vrai. Mais il m'avait bien prévenu qu'il ne reviendrait jamais ici, en supposant bien sur qu'il s'est remis de sa blessure à l'épaule… Allons donc, c'est un elfe ! Et un guerrier en plus ; il a connu pire blessure, j'en suis certaine. Il s'en est remis. Il le faut.
Je me tourne vers Eve.
« Ne vois-tu pas tout ce qui nous entoure Évelyne ? » lui dis-je avec un grand sourire béat. Ça fait tellement longtemps que je n'ai pas souri comme ça.
« Mais qu'est-ce qu'il y a d'extraordinaire ici ? »
Eve ne voit que les immeubles abandonnés, les poubelles renversées, les chats de gouttière…
« Sois attentive. Regarde avec ton cœur, pas avec tes yeux incrédules ! » lui dis-je, espérant de toutes mes forces que cette route lui apparaisse enfin.
« Observe bien ! Tu ne vois pas cette route de rocaille ? » poursuis-je en mettant le pied sur ledit chemin. Cependant, tout ce que voit Evelyne, c'est que je me rapproche dangereusement de la falaise qui surplombe le fleuve de la ville.
« De quelle route tu parles ? Y a seulement cette ruelle. »
Je ne l'entends presque plus, trop absorbée par Arda. Je continue à avancer dans le désert d'un air rêveur. Il fait nuit de ce côté-ci. Les étoiles de Varda sont si belles… Je voudrais tellement qu'elle les voie, qu'elle puisse les admirer…
« Et t'avance pas trop près, tu vas finir par tomb… Attention ! »
Eve m'agrippe et me tire vers elle. Sortie brutalement de ma contemplation du désert, je perds l'équilibre et trébuche au sol. Par contre, je ne tombe pas dans la rocaille, mais plutôt sur une ruelle pavée. Et, à quelques mètres à peine, je vois le bord du précipice.
« Où est passé le désert ? » que je me demande sans me préoccuper d'Evelyne qui est horrifiée du faux-pas que je m'apprêtais à faire.
Seul dans la vallée de Fondcombe, avec pour tout bruit alentour que le murmure de la rivière, je fixe une souche morte recouverte de tourbe et de limon. C'est ici, sous les arbres nus de l'automne, que tout avait commencé…
Le souvenir de ce qui s'est produit en ce lieu vient m'étreindre. Tout me revient en tête.
« Mon ami, j'ai besoin de votre aide. » annonce une voix en guise de salutations.
Je me lève sitôt de cette souche d'arbre qui avait servi de boudoir pendant quelques heures. Je considère un instant l'individu qui vient d'apparaître en face de moi.
Olorin. Gandalf le Gris, comme l'appelle les mortels, est de retour.
Si Gandalf erre en nos terres, mauvais présage s'en suit toujours. Il amène avec lui un vent de tourment, je le vois dans son regard songeur. Que m'apporte-t-il comme sombre nouvelle encore ?
« Je doute pouvoir vous être d'une quelconque utilité, mais parlez tout de même, Mithrandir. Je vous écoute. »
Je regagne mon propre siège enraciné dans la terre et j'attends.
« J'ai une tâche à vous confier. » débute-t-il. « De secondes ténèbres se lèvent et bientôt les Peuples Libres du Milieu devront y faire face de nouveau. »
Bien malgré moi, je me voûte comme si les grandes lampes des Valar étaient tombées sur mes épaules. Je savais que l'Ombre allait un jour refaire surface, mais j'osais espérer que mes jours ici-bas seraient depuis longtemps écoulés avant que cela ne se produise. Et si Gandalf le Gris affiche une mine aussi austère que soucieuse, m'est avis que cette Ombre nous guette et s'étend déjà sur nous. Une tâche à accomplir, dit-il ? Que puis-je donc faire pour un monde voué à la destruction ?
« Si vous acceptez de m'aider, plus facile sera notre victoire, maître elfe. »
Il a lu en moi. Il sait pertinemment que j'ai perdu espoir depuis des siècles en ce monde, en le Bien… Cherche-t-il à me persuader qu'il subsiste une solution pour sauver ces Terres ?
« J'en doute, mais poursuivez, Mithrandir. »
Mon ton incrédule et peu enthousiaste ne l'ébranle pas. Au contraire, il se décide à me sourire et quelques rides apparaissent aux coins de ses yeux.
« Il y a longtemps, cinq émissaires furent envoyés par les Valar. Ils eurent pour tâche d'aider et de guider les Peuples Libres du Milieu à contrer la menace qui plane au-dessus de ce monde. Je suis l'un de ces émissaires, ainsi en est-il de Curunir et Aiwendil. Nous étions cinq lorsque nous avons touché terre, mais aujourd'hui deux d'entre nous manquent à l'appel. »
Gandalf ne m'apprend rien. N'importe quel elfe averti sait déjà que nous sommes sans nouvelles des Ithryn Luin depuis plus de cinq cent ans. D'ailleurs, cela fait parti des nombreux faits qui m'ont convaincu que tout espoir de vaincre l'Ombre est futile. Si deux puissants magiciens ont choisi de fuir, sans doute ont-ils eu la sagacité ou la lâcheté de jeter l'éponge devant l'inéluctable défaite que nous essuierons. Combat ou non, nous tomberons tous…
Mais…Où veut-il en venir en tenant pareil discours ?
Il marque une pause. Peut-être tente-t-il de me laisser anticiper ce qu'il attend de moi, mais puisque je ne donne suite à ses paroles, il poursuit en prenant cette fois un air des plus solennel et grave.
« Je veux que vous partiez à la recherche de ces Istari, mon ami. Ils doivent être retrouvés. Plus que jamais les mortels et vous autres elfes auront besoin d'appui. La sagesse et la puissance de deux autres Maïa ne seront donc pas de trop. »
Il met une main sur mon épaule alors que je le fixe, les yeux écarquillés d'étonnement.
« Partir à la recherche des magiciens perdus ? » m'enquis-je comme si poser la question m'aiderait davantage à assimiler la demande farfelue qu'on vient de me faire. « Pourquoi moi ? »
Gandalf resserre sa poigne sur mon épaule.
« Parce que je vous sais digne d'accomplir cette tâche. »
Je me lève d'un bond, indigné et médusé. Je m'écarte de cette poigne qui m'apparaît soudain tel un déchargement de responsabilités que je ne peux assumer. Se rend-t-il seulement compte de l'ampleur de sa demande ? Retrouver les Mages Bleus ! Autant me demander de trouver un silmaril dans l'océan ! Comment pourrais-je être apte à réaliser un exploit aussi improbable ? Qu'est-ce qui le pousse à croire que les Istari perdus peuvent encore être retrouvés et, de surcroît, nous aider à vaincre l'Ombre ?
Il sait parfaitement que je n'ai ni le cœur ni les outils nécessaires pour remplir pareille mission. Mais il sait aussi qu'en tant que Maïar, je n'oserais jamais décliner sa requête. Aucun elfe n'oserait aller à l'encontre de ses paroles et cela aussi il en est bien conscient. Il se sert de sa position pour me convaincre.
« Pourquoi voulez-vous vous dispenser d'une tâche que vous pourriez accomplir vous-même ? »
Je le considère de toute ma hauteur. Il se lève à son tour et continue à discourir, toujours en conservant cet air inébranlable sous ses sourcils hérissés.
« Parce que je veux vous laisser une chance.
-Une chance ? Quelle chance ?
-Une chance de faire quelque chose de concret pour ce monde que vous croyez perdu. Je veux que vous constatiez par vous-même qu'il y a encore de l'espoir… Cessez d'être un témoin de ce qui passe. Vous ne faites que regarder l'Ombre s'étendre sans jamais tenter de faire votre part pour la chasser. Vous êtes pourtant un guerrier accompli, un combattant hors pair. De nombreuses fois dans le passé vous avez triomphé de l'ennemi. Où est cet éclat dans votre regard ? Où est cet éclat qui vous animait jadis ? »
Voilà donc où il voulait vraiment en venir. Mithrandir veut sauver une pauvre âme aigrie. Il veut me donner l'occasion de trouver un sens à ma vie. Quelle noble intention. Il y a pourtant des causes à servir beaucoup plus vertueuses que la mienne. À moins que derrière l'intention se cache le plan égoïste d'un mage qui veut envoyer à une mort certaine quelqu'un dont personne ne pleurerait la perte si jamais il échouait à sa mission.
J'efface vite de mon esprit cette dernière hypothèse ; Gandalf n'aurait jamais aussi sombre dessein.
« Cet éclat fut remplacé par l'oeil lucide d'un elfe qui a compris que le combat est vain. Peu importent mes exploits, peu importe la gloire du passé, le Mal renaît toujours de ses cendres. À quoi bon continuer de lutter ?
-À cette question, vous trouverez la réponse si vous décidez d'accepter la tâche que je désire vous confier. »
Il est résolu. Je ne pourrai le faire changer d'avis. Mithrandir a en tête de m'envoyer à la recherche des Istari et il m'enverra, quoi que je dise.
« Je suis las, Mithrandir. Demandez à quelqu'un qui ait le cœur à la besogne, je vous en conjure. Laissez mon passé victorieux là où il est et permettez-moi d'écouler dans l'oubli les siècles qu'il me reste à vivre… » soupire-je en ultime tentative de dissuasion.
Il se penche pour reprendre son chapeau. Il l'enfonce sur sa tête jusqu'à même cacher son regard de marbre. Je vois en son geste le signe d'un départ imminent. Notre entretien s'achève et j'ose croire qu'il a compris ma réticence, que son départ signifie qu'il capitule, qu'il renonce.
« Au crépuscule, rendez-vous à la clairière. D'ici là, veillez à vous procurer ce qui est nécessaire à un long périple. »
Puis, il disparaît entre les arbres sans même m'adresser le moindre coup d'œil. Mon sort en est jeté ; il m'a choisi pour accomplir cette tâche et je dois m'y soumettre. Je n'ai encore jamais osé désobéir à un Maïa, la décence et le respect ne me le permettent pas.
Comme un condamné qui se dirige vers la potence, je me rends à mon domaine. Je prends mon épée ; une amie qui m'a été fidèle, mais qui me dégoûte aujourd'hui. J'ai l'impression qu'il y a des Âges que je ne l'ai manié. J'effectue quelques figures d'attaques afin de vérifier si je n'ai pas trop perdu la main. Je me surprends à la manipuler avec la même habileté et souplesse dont j'usais dans le passé.
Je revêts à contre cœur des vêtements adaptés pour un long voyage, puis je fais de brefs adieux aux miens. On ne me retient pas, on ne me pose aucune question. Ils ont vu Gandalf, sans aucun doute. Ils l'ont vu s'entretenir avec moi et ils ont probablement deviné qu'il est la cause de mon départ hâtif. Aucun elfe ne s'opposerait à la parole d'un Istar c'est pourquoi on me laisse partir sans histoire.
Tel que demandé, je me rends à la clairière. La Soleil ne tardera pas à se coucher. J'attends que sonne mon heure, immobile dans l'herbe.
Soudain, un cri aussi gracieux qu'impétueux retentit dans le ciel orangé. Je lève les yeux vers la cime des arbres et je vois la plus majestueuse des créatures se diriger vers moi en battant l'air de ses puissantes ailes.
Un Aigle. Et pas n'importe quel. C'est un des serveurs de Manwë. L'animal se rapproche de moi et se pose dans la clairière, balayant les buissons de ses immenses ailes d'argent. Qu'ai-je fait pour avoir l'honneur d'une visite de l'au-delà ? Comment puis-je être digne d'avoir devant moi si divine créature ?
Perdu dans ma contemplation, l'aigle s'incline et je traduis son geste comme étant une façon de me saluer. Je lui rends séant la pareille ; je porte un genou à terre.
« Salut à toi Landroval ! » proclame une voix qui ne m'est pas inconnue.
Je me relève ; Gandalf est là, caressant l'encolure du volatile.
« Voici votre moyen de transport, mon ami ! » m'annonce-t-il.
Je suis ébahi et consterné. Si le seigneur Manwë lui-même a accepté d'envoyer un de ses aigles, c'est que la tâche de Gandalf est beaucoup plus importante et ardue que je ne l'avais cru.
« Je serais honoré de monter pareil destrier, mais… » débute-je, mais Gandalf m'interrompt aussitôt.
« Point le temps de bavasser davantage. Montez et ne discutez pas. »
J'obéis avec réticence. L'Aigle se penche et je me juche sur son dos. Je ne peux croire que mon seul moyen de locomotion est un envoyé des dieux. Un animal sacré !
« Landroval connaît toutes les contrées du Milieu. Il vous mènera au Nord-Est du Rhovanion, au-delà des Montagnes Grises et de la Brande Desséchée, car selon le supérieur de mon ordre, Saroumane, c'est là que furent aperçus les Mages Bleus pour la dernière fois. »
J'entends qu'à peine les indications de Mithrandir. Je ne réalise pas encore que je chevauche une telle créature. J'ose à peine bouger. Puis, je me demande soudain à voix haute…
« Landroval est un chasseur et un traqueur inégalé. Il pourrait très bien se charger de retrouver seul les Ithryn Luin.
-On ignore dans quel état seront les Mages Bleus -s'ils sont retrouvés, bien entendu-. Sans doute la force d'un guerrier chevronné sera utile à cette quête. Et que les choses soient claires ; il s'agit de votre mission, pas celle de Landroval. Il est chargé de vous épauler, non vous diriger » me fait-t-il savoir de façon ferme.
Je laisse échapper un soupir de résignation et j'acquiesce.
« Bien ! La nuit tombe et, pour les yeux indiscrets, mieux vaut voyager dans l'obscurité. Partez maintenant. Que la bonne fortune et la bénédiction des Valar vous accompagnent !
-Et si je reviens les mains vides ?
-Même les mains vides, vous aurez beaucoup accompli au cours de votre voyage, mon ami. J'en suis certain. »
Devinant que je n'oserais pas ordonner à la bête sous moi de s'envoler, Gandalf regarde l'iris perçant de Landroval et lui dit :
« Va, ami ! »
J'observe longuement cette souche ; le point de départ. Je médite sur ce qui s'est passé ici-même, des décennies auparavant.
N'eut été de Gandalf, jamais je n'aurais découvert cette route étrange.
« Même les mains vides, vous aurez beaucoup accompli au cours de votre voyage, mon ami. » Savait-il seulement ce qui se passerait ? Ses supérieurs lui avaient-ils insufflé un indice, une piste ? Car il est vrai qu'au terme de ce voyage ni plus ni moins qu'un Nazgûl fut anéanti, ce qui n'est pas rien même si ma mission concernant les Ithryn Luin s'est avérée infructueuse. Et Mithrandir se doutait bien que l'envie de revenir sur cette route me prendrait. Il avait anticipé cette éventualité bien avant moi.
« Je veux que vous constatiez par vous-même qu'il y a encore de l'espoir… »
En effet, depuis mon retour, depuis son départ, avec le recul, j'admets que tout n'est pas perdu. « Elle » me l'a fait comprendre.
« Le Mal renaît toujours de ses cendres. À quoi bon continuer de lutter ?
-À cette question, vous trouverez la réponse si vous décidez d'accepter la tâche que je désire vous confier. »
Mithrandir savait que ce serait Eledhrìl qui me donnerait cette réponse. Oui, le mal renaît toujours, mais il subsiste encore quelques havres de paix qui valent la peine de préserver même si la victoire finale semble inaccessible. Des havres de paix que je ne parvenais à voir tant la lassitude et le languir de l'Aman m'étreignaient.
Je poursuis ma marche solitaire dans la vallée de Fondcombe et je m'étonne de tout contempler d'un regard nouveau, de son regard à « elle ». Les cascades m'apparaissent plus enivrantes, l'air me semble plus sain, les montagnes plus majestueuses. Jamais je ne m'étais attardé sur ce paysage. Le site m'avait toujours paru anodin, normal. Toutefois, depuis mon retour, je n'ai plus la même vision des choses. En fait, je ne voyais strictement rien auparavant ; j'étais aveugle.
« Elle aurait tellement aimé ce domaine. » que je m'entends murmurer.
Une illusion de son visage ébahi et enchanté se présente à mon esprit. Comme soumis à un mirage, je la vois se promener sous la cime des arbres de cet air ingénu et rêveur, émerveillée de tout ce qui l'entoure.
Je retire ma dague de son fourreau et caresse la lame un instant avec un sourire nostalgique. Avant, quand elle n'était encore qu'une longue épée, elle me répugnait, car elle représentait le souvenir d'une bataille trop atroce. Aujourd'hui, toutefois, je la toise et l'admire. Ce qu'elle symbolise maintenant a enrayé tout mauvais souvenir de ma vie passée. Aurais-je pu croire que cette épée, victorieuse de maints ennemis, se laisserait un jour briser pour avoir un propriétaire de plus ? Aurais-je pu croire que, grâce à elle, une alliance impossible naîtrait d'un combat qui se vouait d'abord à l'échec? Me douterais-je qu'une fois séparée en deux cette épée représenterait un véritable fléau pour quiconque ose s'attaquer à ses maîtres ? Aurais-je pu prévoir que cette nouvelle alliée improvisée, si lointaine, d'un monde si différent du mien, m'apprendrait à jeter un regard neuf sur ce qui m'entoure ? Sans elle, aurais-je pu comprendre que le Milieu n'est pas aussi terne qu'il ne le paraissait?
Une présence se faufile dans les buissons et le mirage de ma compagne s'évanouie, distrait par cette arrivée soudaine alors que je me croyais seul.
« Ah ! Vous voilà, enfin. Elrond m'a dit que je vous trouverais dans les parages. »
Mithrandir. Il est de retour d'un autre de ses nombreux voyages aux confins du Milieu, semble-t-il. Étrange qu'il se manifeste alors que je songeais à lui quelques temps plus tôt.
Je m'incline devant l'Istari pour le saluer et lui me tire son chapeau.
« Aiwendil et Curunir m'ont tout raconté à propos du livre prophétique.
-N'ayez craintes. Le livre est retourné là d'où il vient… ainsi que son propriétaire. »
Mes derniers mots sont prononcés sur une pointe d'amertume. Je suis soulagé que le livre soit bien loin et inaccessible, mais mes sentiments sont tout autre en ce qui concerne celle qui le détient en sa possession.
« Bien! Vous m'en voyez ravi! » réplique-t-il, ne tenant point compte de mon regard soudain évasif. « Je vous en suis bien gré. Nul ne sait ce qui aurait pu se passer si l'ennemi avait été en mesure de mettre la main dessus.
-Il faudra remercier Istanel et ses guerriers. » ajouté-je, reprenant le fil la conversation. « Nous n'y serions guère parvenus sans eux.
-Je n'y manquerai pas! Mais pour cela, j'attendrai que la colère de Thranduil s'apaise. On m'a raconté qu'il était furieux que son fils ait déserté le royaume pour vous venir en aide.
-Je ne suis pas revenu directement à Imladris pour rien, Mithrandir. J'ai eu la sagesse de quitter la troupe de Istanel avant d'atteindre le Rhovanion.» dis-je en riant. « Thranduil me tient entièrement responsable du comportement de son fils et, jusqu'à ce que la dame Rhìnlas parvienne à atténuer sa colère, ma tête est mise à prix dans tout Bois de Mirque.
-Ce cher Thranduil… » rit-il à son tour. « Il a parfois quelque réaction démesurée.
-Pour une fois, je ne lui en tiendrai pas rigueur. J'ai fait prendre d'énormes risques à sa seule progéniture, après tout.
-Mais de tous les dangers encourus, il semble que ce soit vous qui en ayez plus chèrement payé les frais. Vous êtes revenu blessé, m'a-t-on dit. »
Il jète un œil inquiet à mon épaule bandée.
« La blessure est superficielle. Le poison de la flèche n'a pas eu le temps de faire son œuvre ; les mains guérisseuses de maître Elrond ont une fois de plus accompli des miracles.
-J'en suis rassuré, dans ce cas. »
Son regard aiguisé et calculateur dévie vers mon visage et m'étudie un instant. Puis, un large sourire se dessine sur ses vieux traits de mage.
« C'est bien ce que je pensais. Il est de retour. »
Décontenancé, je lui demande : « Qui ? »
Mithrandir rit à demi.
« Pas qui, mais quoi ! Cet éclat dans votre regard qui vous animait jadis, il est enfin revenu. » me fait-il en scrutant les deux prunelles de mes yeux tour à tour pour se confirmer ce qu'il y a lu.
Une ébauche de sourire confus remplace mon air questionneur. Je me sens, il est vrai, beaucoup moins aigri que je ne l'étais avant. Et je ne peux pas m'empêcher de croire que Mithrandir savait que c'est exactement ce qui se passerait au terme de ma quête.
« Dites-moi… » poursuis-je à l'interrogative.
«Je vous écoute, mon ami.
-Comment en étiez-vous venu à la conclusion qu'il fallait que ce soit moi qui tente de retrouver les Ithryn Luin et personne d'autre ? »
Sous ses sourcils broussailleux, je perçois ses yeux qui se font malicieux.
« Si je vous le disais, vous me prendriez pour un vieux magicien fêlé…
-Dites toujours. »
Avec le plus grand sérieux cette fois, il me révèle : « C'est un papillon qui m'a susurré l'idée, mon ami. »
De retour à l'appart, je ne cesse de lui poser la même question.
« T'as rien vu ? T'en es sûre? »
Eve me regarde avec un mélange d'inquiétude et d'exaspération.
« Qu'est-ce que tu veux que je vois? »
Elle secoue la tête.
« T'es vraiment trop bizarre depuis quelques temps. T'es pas dans ton assiette… T'es… Ailleurs…»
Je la sens alors lutter contre elle-même pour arriver à me dire ensuite, hésitante : « C'est à cause de M'man et P'pa ? »
Ça y est. Elle aborde le dernier sujet dont j'ai envie de parler. Elle croit que la source de tout ce qui se passe c'est eux?
« Mais non. Pas du tout. » que je m'empresse de répliquer, agacée. J'ouvre le frigo et me cache derrière la porte, faisant mine de chercher la pinte de lait tout au fond de l'étagère. « Je suis… préoccupée, c'est tout. » ajouté-je, allant me chercher un verre avec la plus grande nonchalance possible.
« Préoccupée ? » me fait Eve, qui doit croire que je la prends pour une idiote. « T'es beaucoup plus que préoccupée. T'as voulu te suicider, merde ! »
Je manque de m'étouffer avec ma gorgée de lait.
« Qu… Me suicider ? De quoi tu parles ?
-T'as voulu te jeter du haut de cette falaise ! » rétorque-t-elle. Et dans son regard, j'y vois une profonde angoisse. C'est seulement à ce moment que je saisis ce qu'elle vient de vivre, de son côté. Eve a vu sa sœur marcher tout droit dans un précipice. C'est tout ce qu'elle a vu. Rien de plus.
« Oh… Ça… »
Comment lui expliquer qu'elle a fait une mauvaise interprétation des choses? Comment je peux lui faire comprendre ma version de la situation si elle n'arrive pas à voir Athrada Men?
Eve, voyant mon embarras, poursuit d'un ton confus :
« Écoute, j'ai parlé à un psy de ma faculté et… »
C'est plus grave que je le pensais! Elle a osé parler de mon cas à un étranger? Depuis quand? Qu'est-ce qu'elle a bien pu inventer comme bêtise à mon sujet? De quoi elle se mêle celle-là? Si ce n'était de l'incident de tout à l'heure qui ne l'avait motivé en m'en faire part, est-ce que j'aurais fini par me rendre compte un jour qu'Eve était allée jusqu'à demander l'avis d'un psy? Est-ce que je lui semble si malade?
Je me sens tout à coup profondément offensée et violée dans ma vie privée.
« De quel droit as-tu osé parler de….
-T'as un problème ! Reconnais-le au moins ! » me coupe-t-elle. Elle se doutait bien que je réagirais mal. « Je suis sûre qu'un psy pourrait t'aider... J'étudie dans le domaine tu te souviens ? Je sais de quoi je parle.
-Et pis quoi encore. Tu fais «semblant » d'étudier. Tu t'es inscrite dans cette faculté que pour reluquer les gosses de riches qui étudient dans cette branche.
-T'as pas tort, mais ça ne m'empêche pas d'écouter le cours une fois de temps en temps.
-Et comme ça, tout bonnement, tu me diagnostiques que je suis folle.
-J'ai pas dit ça. Je crois seulement que ça te fera pas de mal de consulter quelqu'un…
-Pour lui dire quoi ?
-Que ce bouquin t'obnubile un peu trop, par exemple. » dit-elle en pointant mon sac à dos qui contient mon roman, posé sur la table. « Tu as toujours le nez fourré dedans. C'est plus qu'une passion ; c'est une obsession. Tu confonds mythe et réalité. Tu fais peur à voir ! »
C'est plus fort que moi; je m'emporte.
« Si tu n'étais pas aussi étroite d'esprit, tu aurais vu ce que j'ai vu ! Et tu ne me tiendrais pas un discours pareil ! »
Évelyne renchérit du même ton cinglant :
« Tu vois des choses qui n'existent même pas ! Tu hallucines ! » Et elle continue, cette fois, plus inquiète et soucieuse : « Tu te parles toute seule la nuit… »
Elle m'a entendu?
La honte…
« Tu es dépressive… T'as essayé de te suicider en te jetant dans le vide… » poursuit-elle, comme tétanisée par ses propres paroles. « Et ces marques sur ton cou, hein ? Tu ne me le dis pas, mais je sais bien que c'est une tentative ratée pour te pendre ! »
Me voilà complètement abasourdie. C'est donc de cette manière qu'elle a interprété ces marques?! C'est la conclusion qu'elle en a tirée? Une pendaison ratée? Elle a peut-être vu juste pour la dépression, mais je ne suis pas suicidaire! C'est tellement ridicule.
Je suis prise d'une curieuse envie d'éclater de rire.
« Alors, là … T'es à mille lieues de la vérité. »
Cette discussion est tellement pathétique… Et tellement navrante…
« Si au moins tu essayais de comprendre… Si au moins tu arrivais à « voir », tu saurais d'où viennent vraiment ces marques. J'ai essayé de te montrer…
-Me montrer quoi, à la fin ? » s'exclame-t-elle, à bout.
« Que Arda c'est beaucoup plus que des mots dans un bouquin.
-C'est qu'une histoire parmi tant d'autres! Vas-tu un jour te rentrer ça dans la tête ?! » me hurle-t-elle en me prenant par les épaules et en me regardant dans le blanc des yeux.
Je me défais de sa poigne et je me dirige d'un pas rageur dans ma chambre pour revenir une minute plus tard avec la seule chose qui pourrait peut-être enfin lui ouvrir les yeux.
« Et ça, mmh ? C'est quoi, à ton avis ? » lui dis-je en lui montrant ma dague.
Elle observe mon arme, hébétée que je lui sorte un truc pareil sous les yeux au beau milieu de notre engueulade.
« Un couteau fency. » me répond-t-elle en haussant les épaules, comme si je lui montrais un ustensile de cuisine bien banal.
« C'est une dague forgée par un elfe ! » que je lui réplique, aussi indignée et insultée que Legolas se serait montré si on avait osé comparer devant lui son ouvrage d'orfèvre à de la simple coutellerie.
Cependant, les mots « dague » et « elfe » sont au-delà du domaine de la compréhension et de la rationalité pour Eve.
« T'es… T'es vraiment plus atteinte que je le croyais. » me fait-elle en secouant la tête et en me dévisageant, découragée et effrayée par mon attitude.
« Fais-la analyser si tu me crois pas. » dis-je, le regard embué par des larmes de rage. « Tu te rendras compte que ce n'est pas une dague ordinaire ! » cris-je en la lui en agitant sous le nez. Qu'elle la prenne! Qu'elle sente à son touché toute la puissance qu'elle recèle, toute la pureté elfique qui en émane!
Je la lui brandis d'un geste désespéré…
« Pose ça tout de suite. »
Elle recule d'un pas, fixant la lame d'un œil appréhensif.
« Pose ça, je te dis ! » insiste-elle, paniquée.
Je retire ma dague que je tenais à deux centimètres de son visage. Je reprends un peu contenance, gênée de perdre tous mes moyens. Je la pose sur la table et je lui montre alors mon sac à dos qui contient mon livre. Il faut qu'elle comprenne. Il faut qu'elle ouvre les yeux.
« Regarde ce sac. Regarde cette trace. » dis-je, un peu plus calme. « C'est une forme de sabot. Il a été piétiné par une monture de Nazgûl. »
Evelyne secoue la tête. Quoique je dise, je m'enfonce de plus en plus. Peu importe ce que je lui dirai, ça ne fera que conforter encore plus l'opinion qu'elle s'est faite de moi.
« C'est qu'une tache de boue ! »
Je reperds aussitôt le semblant de calme que je m'efforçais de démontrer.
« J'en ai marre d'être toute seule dans cette histoire ! Pourquoi êtes-vous tous aveugles ?!
-Tu t'isoles toi-même, je te signale. On y est pour rien si tu hallucines des tas de trucs ! »
C'est peine perdue. Elle ne me croit pas et elle ne me croira jamais.
« Ça sert à rien de discuter avec toi. »
Je prends mes affaires et je vais m'enfermer dans ma chambre.
« C'est précisément parce que je sais qu'on s'entend pas que j'ai fait appel à une aide extérieure. » me dit-elle juste avant que je lui ferme la porte au nez.
« Je… n'ai… pas… besoin… d'aide… » que je lui réplique avec lenteur, les dents serrées de colère.
Et je claque la porte.
« C'est toi qui le dis. » l'entends-je murmurer.
Les jours passent. Je n'adresse plus du tout la parole à Eve. Elle habite maintenant avec un courant d'air, un fantôme. Je ne lui laisse plus l'occasion de me parler. Je la fuis comme la peste. J'agis comme si elle n'existait pas, ce qui est plutôt ardu puisqu'on a le même appart et qu'on va à la même fac.
Je lui en veux. Je lui en veux d'être aveugle. Je lui en veux d'avoir raconté à un pur étranger mes soit disant problèmes d'ordre mental.
Eve, malgré toute l'aversion que je lui fais ressentir, ne renonce pas à vouloir « arranger les choses ». Et un de ces rares jours où je vais en cours, elle m'attend à la sortie de l'auditorium.
« Salut. » bredouille-t-elle en m'attirant à part des étudiants dans le couloir.
« Salut. » lui dis-je avec froideur, prise au dépourvu.
« T'as une minute ?
-Je vais être en retard au prochain cours. »
Je fais mine de me fondre au groupe qui se dirige dans une autre aile de la fac, mais Eve se plante devant moi pour me bloquer le chemin.
« Je voudrais te présenter quelqu'un. »
C'est seulement à ce moment que je remarque un homme en sarrau blanc, presque chauve. Il se tenait un peu en retrait dans le couloir. Eve lui fait signe d'approcher.
« Voici le Professeur Pain. Il est du département des sciences humaines. »
Sa tête me dit quelque chose. Je l'ai sûrement croisé à quelques reprises dans la fac. Je devine immédiatement que le fameux psy qu'Eve a consulté c'est ce bonhomme chauve. Elle savait que je refuserais de lui parler si elle ne m'acculait pas au mur.
« Enchanté. Ta sœur m'a beaucoup parlé de toi. » dit-il d'un ton beaucoup trop courtois et gentil pour que ce soit naturel.
« Je n'en doute pas. Elle vous a sûrement dit que j'étais folle. Je parie que vous êtes un psy. » répliqué-je, aussi aigre et rude que je peux me montrer .
Pain ne s'offusque pas du tout de mon accueil. Il a sûrement été prévenu par Eve que je serais très loin d'être sympathique avec lui.
« J'enseigne dans le domaine effectivement. » dit-il avec un sourire faussement bienveillant. « Evelyne est inquiète. Tout ce qu'elle veut c'est t'aider. »
Je lance des éclairs des yeux à Evelyne.
« Tu parles. »
Elle ignore complètement mon attitude et me dit avec un ton encourageant bien calculé d'avance : « Tu pourrais faire un tour au département de psycho? Le professeur Pain voudrait te faire passer quelques tests. »
Des tests! Ça c'est le bouquet! Je suis quoi, moi, un rat de laboratoire?
Je dévisage le Professeur et je me fais cynique : « Je suis certaine que vous vous délectez d'avoir un sujet d'étude vivant à montrer à vos élèves, n'est-ce pas ?
-Absolument pas. » rétorque-t-il aussitôt. « Tout sera confidentiel. Il n'est pas question de faire de toi un phénomène de foire. »
Il adopte un air qui se veut rassurant et Eve rajoute : « Je t'en prie. Accepte. Il va seulement te poser quelques questions. »
Elle me supplie, presque. Je vois bien qu'elle ne me lâchera pas tant et aussi longtemps que ce Professeur ne lui aura pas confirmer que je ne suis pas folle.
« Si j'accepte, tu vas me laisser tranquille après ?
-Promis. Je ne t'embêterai plus. »
Je finis par céder. J'accompagne Pain dans une autre aile de la fac, dans un labo inoccupé. Eve nous laisse seuls et, en la quittant, elle pousse un soupire de soulagement. Je l'inquiétais à ce point là?
Après des heures à répondre à des questions complètement stupides, à passer des tests étranges et à me faire observer par ce Pain qui affiche sans arrêt un faux sourire bienveillant, nous prenons place dans son bureau tapissé de ses diplômes, lui dans son fauteuil moelleux et moi de l'autre côté de sa paperasse sur un siège dur.
Il me considère encore et toujours avec ce sourire de bonasse.
J'attends son verdict, les bras et les jambes croisés. On peut clairement lire sur mon visage que j'ai la nette impression de perdre mon temps.
Sans se soucier de mon impatience, Pain prend le téléphone sur son bureau et fait un appel.
« Oui, ici Pain. On a un code 33. (…) Oui, j'attends. »
Puis, il raccroche.
Ça veut dire quoi, ça?
« C'est quoi un code 33 ? »
Il ignore ma question.
« Écoute, d'après la batterie de tests, je crois qu'il serait bon de poursuivre les examens plus en profondeur. » me dit-il, toujours ce sourire accroché aux lèvres.
Ah, non. Pas question. J'ai fait plaisir à Eve pour qu'elle me foute la paix, mais c'est terminé, maintenant. C'est quoi cette manie qu'ont tous les psys et les médecins de nous trouver toujours plus de maux et de problèmes à explorer en profondeur?
« J'ai suffisamment fait le cobaye pour aujourd'hui. » lui répliqué-je en me levant de mon siège.
« Au revoir. »
Je me dirige vers la porte.
« Je te conseillerais vivement de te laisser aider. » insiste-t-il.
La porte s'ouvre alors que j'étais sur le point de tourner la poignée. Deux hommes entrent vêtus de combinaison blanche. D'où ils sortent ceux-là?
Le Professeur Pain se lève et cette fois il se fait plus ferme et autoritaire.
« Dans ton intérêt et le nôtre, je crois qu'il serait plus prudent de t'en remettre à des gens qualifiés. »
J'ai l'impression que lesdits gens qualifiés sont ces deux hommes en blanc un peu louches qui me bloquent la sortie.
Qu'est-ce que ça veut dire tout ça? C'est quoi cette blague? Après un seul après-midi de tests, il en a conclu que mon cas méritait d'être suivi de près? C'est n'importe quoi.
Je leur fais à tous les trois un bras d'honneur et je cherche à me faufiler vers la porte. J'ai en assez de cette farce. Ce n'est certainement pas un mec qui me connaît depuis seulement quelques heures qui me dictera ce qu'il convient de faire ou pas. Hors de question de poursuivre les examens. Je ne suis pas malade. Je n'ai pas de problème. Arda me manque, c'est tout.
Les deux hommes posent chacun une de leur large main sur mes épaules.
Qui ils sont ces deux gorilles? De quel droit ils me bloquent le chemin?
Je les pousse, mais aussitôt ils m'attrapent et me saisissent.
« Mais… Qu'est-ce que vous faites ? Lâchez-moi ! »
Le Professeur Pain dit d'une voix calme et mesurée :
« Il vaut mieux coopérer. Tu verras. Tu comprendras que c'est la meilleure solution possible. »
J'essaie de me débattre, de me défaire de leur poigne, mais sans succès. Ils me traînent hors du bureau. On traverse le labo de peine et de misère, car je plante sans arrêt mes pieds dans le sol. Je commence sérieusement à paniquer. Pourquoi me fait-on ça? Que quelqu'un appelle la police!
« Où est-ce que vous m'emmenez ?! Vous n'avez pas le droit ! » que je hurle.
Le Professeur Pain suit les deux gorilles de près.
« Attention, messieurs. Elle a menacé sa sœur d'un couteau. Je ne sais pas de quoi elle est encore capable. »
Je cesse de me débattre un instant; je suis totalement sous le choc.
« J'ai quoi?!»
Moi, menacer Eve? C'est complètement ridicule! Où est-ce qu'il est allé pêcher une idiotie pareille? Je n'ai jamais menacé qui que ce soit avec un cou…teau…
Je réalise soudain à quoi il fait allusion.
La dague…
L'autre soir… C'est… C'est comme ça qu'elle a interprété mon geste? J'étais seulement désespérée qu'elle ne voie pas autre chose qu'un ustensile banal! Je ne voulais pas la menacer!
Bon sang, elle est allée jusqu'à raconter cet incident à ce prof débile?!
On sort du labo. J'ai mal aux poignets tellement ces hommes me serrent. On croise Evelyne qui attendait sagement que notre entretien se termine. Et rien qu'à son regard choqué en nous voyant sortir, je devine qu'elle ne se doutait pas du tout que les événements prendraient une telle tournure.
« Eve ! Evelyne ! C'est quoi cette blague ? » demandé-je, toujours en me tortillant dans tous les sens pour échapper aux deux gorilles qui ne bronchent pas.
« Professeur Pain ? Qu'est-ce qui se passe ? » questionne-t-elle à son tour, n'y comprenant rien.
« Les tests sont on ne peut plus clairs. Tu as bien fait de l'amener ici. » réplique Pain en affichant ce sourire bienveillant.
Eve regarde les deux gorilles m'emmener, effrayée. Je sens qu'elle ne s'attendait pas à ce que les choses dégénèrent à ce point là.
« Où est-ce que vous la conduisez ?
-Dans une institution spécialisée avec laquelle notre faculté travaille en étroite collaboration. »
Institution spécialisée? Ces mots m'horrifient tout à coup.
« J'aurai besoin de quelques signatures d'un membre de la famille pour les procédures d'admission… »
Pain sort de son sarrau une liasse de papiers et un stylo. Il avait tout prévu. Il a tellement été alarmé par ce qu'Ève a pu lui dire sur mon compte qu'il a déjà préparé d'avance ces papiers. Si ça se trouve, il prévoyait depuis longtemps appeler pour « un code 33 ». Les tests passés tout à l'heure n'ont servi qu'à confirmer ce qu'il avait déjà émis comme hypothèse à mon sujet. Mais, de toute évidence, jamais Ève n'aurait cru que ses confidences seraient prises à ce point au sérieux.
« Un instant ! Vous deviez seulement lui faire passer quelques tests ! »
Quel soulagement! Eve se porte à mon secours. Elle ne va pas les laisser faire. Elle va m'aider. Oui, elle doit m'aider. Elle ne voulait pas que ça se termine comme ça, j'en suis certaine. Elle réalise sûrement qu'elle a déformé un peu les faits avec cette histoire de couteau et de suicide raté. Oui, ce doit être ça; sous le coup de l'émotion, elle a déballé son sac à ce Prof, mais en amplifiant les faits réels. Avec le recul, elle se dit sûrement qu'elle a exagéré.
« Après les menaces proférées à ton égard et les conclusions tirées des examens, je crois qu'il n'y a aucun risque à prendre.
-Mais je n'ai pas voulu ça ! » réplique-t-elle, effarée de me voir ainsi prise entre deux gorilles.
« C'est pour son propre bien. Ils lui trouveront un bon traitement. Elle sera suivie de près par des gens très compétents. Ils l'aideront à s'en sortir. Ne t'en fais pas. »
Je vois de l'hésitation dans son regard. Je peux pas le croire. Elle est en train de se faire avoir!
« Eve ! Fais quelque chose ! Ne l'écoute pas ! »
Pain prend ma sœur par les épaules et se fait insistant, convaincant. D'un ton doux, il la berce de paroles adroites. Manipulateur.
« Je sais que c'est difficile. Il s'agit de ta sœur, mais n'oublie pas ce qu'elle a tenté de se faire et de te faire. Il ne faut pas que ça se reproduise. Nous devons tout mettre en œuvre pour la remettre sur pied.
-Mais…
-Elle représente autant un danger pour les autres que pour elle-même. Ta sœur est dépressive, démontre des signes de paranoïa, de comportement hallucinatoire et schizophrénique. Même si ça fait plusieurs années, le deuil de vos parents lui a été pénible à traverser ; elle est tombée responsable de toi très jeune, elle a dû assumer son rôle de tutrice… Nécessairement, ça lui a pesé sur les épaules, elle s'est isolée, inventée un monde pour oublier le deuil et ses lourdes responsabilités… »
Il use trop bien de mots habiles. Eve commence à céder…
« Il ment! IL MENT! »
Comment ose-t-il faire de pareilles conclusions? Il ne sait rien de moi! Rien!
Pain continue à leurrer ma sœur de paroles convaincantes pour l'encourager à signer ses papiers. Je n'entends plus ce qu'il dit comme connerie, trop préoccupée par ce qui m'attend une fois qu'on me sort de la fac. Le parking est désert; personne pour être témoin de ce qu'on me fait. Il n'y a qu'une fourgonnette et un autre gorille en combinaison blanche au volant. À côté se trouve une civière sur roulettes. À mesure qu'on me pousse de force vers le véhicule, je vois qu'il y a des sangles sur la civière et aussi une camisole avec de trop longues manches...
Je saisis toute l'horreur qui m'attend; on va m'enfermer, m'isoler, me traiter comme si j'étais une folle, une démente, une aliénée.
« Non ! Pas ça ! »
Dans un ultime effort, j'essaie de me dégager.
« Ne signe pas Eve! Ne signe pas! Ne me fais pas ça, je t'en supplie! »
C'est trop tard. Les papiers d'admission sont déjà réglés. Bien que troublée et perturbée, Pain est parvenu à la persuader que cette humiliation, ce traitement odieux qu'on me réserve, est totalement justifié et légitime.
Des larmes de détresse et de rage ruissellent abondamment sur mon visage. Je me démène tellement que le chauffeur de la fourgonnette sort pour se mêler aux deux autres gorilles. Il a une seringue à la main…
« NOON ! »
Je sais ce qui m'attend. Je sais ce qu'ils comptent faire. On parvient à m'immobiliser et à relever une manche de mon pull. Je ressens alors une affreuse douleur dans le bras.
Je hurle. J'appelle à l'aide. J'appelle la seule personne qui n'aurait pas laissé arriver une chose pareille. Au seuil du désespoir, j'en suis réduite à invoquer un personnage, héros sauveur de dame à détresse.
« INDEL ! »
Ma vue s'embrouille.
« Indel ! »
Je sens toute force me quitter. Je n'arrive plus à me tenir sur mes jambes.
« Indel... »
J'ai la tête qui tourne. Je me sens profondément lasse.
« In...del... »
Le noir total.
À suivre
Eh oui. Tout comme dans Minuit, ma protagoniste va croupir dans un asile. Triste hein?En fait, mis à part l'histoire d'amour entre les deux personnages que j'ai supprimé, Minuit et Athrada Men se font écho l'un à l'autre.
En passant, pour le Professeur Pain, faut prononcer Pain à l'anglaise et non pas Pain dans le sens baguette ou miche de pain.
Pour ceux que ça intéresserait de voir comment j'imagine Indel et Eledhrìl, y a qu'à cliquer sur les liens appropriés de mon profil.
K-liméro : Imbu de lui-même, arrogant, hautain… c'est ce qui fait tout son charme au Prince. Huhu.
Lilya : Eh bien, j'aime rendre les gens accro! Je me verrais mal écrire une fic dans la section SDA si je n'avais pas l'intention que le majeure partie de l'histoire se passe en TDM, hein. Alors; oui, Eledhrìl va retourner en Terre du Milieu, mais avant elle va en voir de toutes les couleurs ici. Sur ce, merci de me lire avec frénésie. C'est très motivant et touchant!
Toimême : Si tu veux, je peux t'en écrire une pour te motiver dans ton boulot! Aucun idée c'est quoi ledit boulot, mais ce sont les encouragements qui importent, huhuhu. Alors voici : « Bravo! Tu es super! T'as un talent fou, c'est pas croyable! T'es vraiment douée! Continue sur cette lancée! N'abandonne pas, car tu fais vraiment un boulot impeccable! Tu m'impressionnes! » Ça te va? Hem, ce serait bien amusant qu'elle puisse courir joyeusement sur la Croisée pour retourner en TDM, mais les choses sont devenues un peu compliquées comme tu as pu le voir dans ce chapitre. Gné. Évidemment que le scénario a été préparé. Et pis, la base de tout c'est Minuit, hein. Techniquement, à quelques détails près, vous savez tous comment l'histoire va se terminer. Goupiller… Je ne savais même pas que c'était un verbe. J'en apprends des choses moua. Heu, oui, bon, je peux pas dire toutes les intrigues à l'avance, mais Glorfindel ne peut pas venir dans la réalité sans commencer à s'effacer je te rappelle, donc il ne pourra pas aller la chercher et l'emmener sur son fidèle destrier, hélaaas. Ahahaha. Je me demande quel genre de nom il aurait pu lui trouver si elle avait porté des lentilles… Regard de plastique visqueux? Regard de caoutchouc? Mais, en fait (question existentielle) c'est fabriqué avec quoi des lentilles? Moi j'ai des lunettes (zut, tout le monde sait maintenant qui est mon inspiration première pour créer mon personnage!), je suis pas trop renseignée en matière de lentilles. Je plussoie pour les héroïnes style amazone Lara Croft. C'est lassant ce genre de personnage. Totalement cliché. Sur ce, toujours un plaisir de recevoir des commentaires élogieux de ta part. Grand merci!
Caladwen : Que dire… que dire… Toujours aussi émouvant de lire tes commentaires ma chère Caladwen. Merci de porter une attention particulière à certains détails qui passent la plupart du temps inaperçus. Ça me prouve que je ne bosse pas pour rien! Désolée pour le coup de la pseudo fin. C'était trop tentant. Rassure-toi, je suis loin d'en avoir fini avec cette histoire. Grand merci pour tout. Je t'embrasse et vive le poney!
Citron-elle : Biensûr qu'il y a une suite! J'aurais été sadique de terminer sur une note aussi amère. Tu me trouves lente à publier les chapitres? Mon dieu! Il fut une époque où je ne publiais qu'une fois par an, très chère, alors estime toi veinarde que cette période soit révolue! Ceci dit, joyeuses fêtes et à l'année prochaine (parce que je doute publier la suite avant 2008 hein)! Merci de me lire!
Yellou : Heureuse que mon histoire t'ait tenue en haleine! J'espère conserver toujours ce même intérêt jusqu'à la fin de l'histoire. Merci!
LYANEUH : Tu nous manques à tous affreusement tu sais! Tant mieux si ma plume te fait rêver un peu dans ce monde cruel. Je suis contente d'avoir un peu de tes nouvelles. A bientôt et prends soin de toi.
Lalolie : Hahaha! Les quarante voleurs! Hum, pur hasard si c'est le même nombre d'elfes, par contre. La réalité est encore plus amère et sombre quand on voit ce qui arrive dans ce chapitre-ci… Mais on retrouvera bientôt la Terre du Milieu et ses merveilles, t'inquiètes. Merci de me lire avec toujours autant d'intérêt. À bientôt.
