Auteur : Kitake Neru
Traductrice : Hermi-kô
~ Prise Entre Deux Démons ~
Ce n'était que par hasard que Mamori se retrouva à Ginza. Elle ne s'écartait habituellement jamais des magasins de vêtements bon marché, mais avait dû errer un peu de trop aujourd'hui. Ce n'était qu'en voyant l'étiquette du prix d'un manteau dans une vitrine qu'elle réalisa qu'elle était allée trop loin.
C'était tard dans l'après-midi et Mamori était confuse. Certes, cela avait été une mauvaise idée que de sortir toute seule, mais de là à se perdre à Ginza ? Tout simplement stupide. Elle débattait intérieurement sur la conduite à tenir (devait-elle revenir sur ses pas pour retrouver une enseigne familière ou avancer jusqu'à trouver un panneau de signalisation ?) lorsque son portable sonna. Le vacarme autour d'elle l'empêchait presque d'entendre la sonnerie et Mamori grimaça en portant le combiné à son oreille. « Allô ? »
« Où es-tu, foutue manager ? »
« Euh… à Ginza, je pense, » répondit Mamori, cherchant du regard un panneau au-dessus des têtes de la foule. Pourquoi y avait-il tellement de gens ici ? Il y eut une pause dans la conversation avant que la voix curieuse d'Hiruma ne lui demande : « Qu'est-ce que tu fous à Ginza, bordel ? »
« Je ne sais pas. Je me suis un peu perdue, je crois. Que veux-tu, Hiruma-kun ? »
« L'entrainement est à 19h. Faut que les nabots s'habituent aux jeux de nuit. Leur performance va forcément fluctuer et j'ai besoin qu'on l'enregistre et l'analyse. »
« 19h ? » Mamori jeta un coup d'œil à sa montre. Il était déjà 18h. Le crépuscule allait venir dans une demi-heure à peu près. En assumant qu'elle avait dérivé de son lieu de prédilection, il lui faudrait bien plus de 45 minutes pour rentrer. « Hiruma-kun, je ne pourrais … »
« Ne serait-ce pas la manager des Devil Bats ? » Une voix sirupeuse traversa le vacarme ambiant, faisant se retourner Mamori qui s'immobilisa aussitôt de surprise.
Dans la salle du club, Hiruma plissa les yeux en entendant la voix. Le fond sonore était bruyant mais il en avait entendu suffisamment pour que ça lui mette les nerfs sur-le-champ. De toutes les choses qui auraient pu arriver… « Oi, manager ! T'es là ? »
Il entendit Mamori haleter et soudain la voix n'était plus mielleuse mais mortellement venimeuse : « Hey, déchet. »
Hiruma tira par réflexe un coup de l'arme qu'il avait en main, la balle ricochant sur la porte métallique. « … Fucking dread, » grogna Hiruma, le dégoût montant comme de la bile dans sa gorge. « Rends le portable à ma manager. »
« Ta petite chérie s'est perdue, on dirait, » continua Agon, ignorant la rage évidente d'Hiruma. « Ne t'inquiète pas, je m'occuperai bien d'elle. » Et la ligne fut coupée.
Un battement de cœur fut tout ce qu'il fallut à Hiruma pour prendre une décision. Il n'avait jamais marché aussi vite de sa vie, poussant presque un Kurita médusé hors de son chemin. « Où vas-tu, Hiruma ? »
« A Ginza ! » dit-il de mauvaise humeur avant de remarquer les frères Ah-ha. « Putain de bouche de poisson ! File-moi tes foutues clés de moto ! »
« Où va Hiruma-san ? » Demanda Sena en voyant Hiruma partir en trombe. Kurita ne pouvait que secouer la tête de perplexité : « Il était en train de parler à Mamori-san et puis il s'est précipité au-dehors. »
Sena s'interrogea sur le sujet. Qu'est-ce qui avait pu agiter Hiruma de la sorte ?
Mamori regarda avec une horreur silencieuse Agon refermer son téléphone. Elle ressentait le besoin pressant de fuir mais quelque chose dans ses yeux la forçait à rester. « A-Agon-san… »
« Tu te souviens de mon nom, » Agon semblait enchanté et continuait de sourire immanquablement. « C'est gentil qu'une personne aussi jolie que toi s'en souvienne. »
Mamori déglutit et se démena pour empêcher sa peur irrationnelle de se montrer. Non, ce n'est pas une peur irrationnelle. J'ai vu ce dont il était capable. Elle se souvenait que la première fois qu'ils s'étaient vus il lui avait fait le même sourire. A l'époque, elle n'avait été que légèrement secouée, mais maintenant qu'elle savait quel genre de personne s'était, Mamori ne souhaitait rien de mieux que de mettre le plus de distance possible entre eux : bien qu'elle était consciente que c'était impossible dans cette situation. Ils étaient à l'extérieur, au beau milieu d'une foule animée. Mais du moment qu'elle ne faisait rien pour l'enrager il n'allait probablement pas lui faire de mal. Probablement.
Elle accepta le téléphone qu'il lui rendit et le tritura nerveusement du bout des doigts, se demandant s'il était possible de rappeler Hiruma.
« J'étais juste en train de me dégourdir les jambes et je t'ai vu, apparaissant un brin perdue. » Agon souriait largement. « Est-ce que c'est ta première fois à Ginza ? »
Mamori ne se faisait pas confiance pour parler. Aussi hocha-t-elle la tête. Agon pouffa de rire. « Tu es venue juste au bon moment. Ginza est sous son meilleur jour au crépuscule. Que dirais-tu que je te fasse visiter ? Oh, et je ne sais pas comment tu t'appelles. »
Elle frissonnait sans vraiment savoir pourquoi. Il lui fallut plusieurs secondes pour répondre, mais même, elle percevait nettement le tremblement dans sa voix : « Anezaki. Et ce n'est … »
« Bon, alors allons-y. Je connais un endroit où le coucher de soleil est magnifique. » Il abaissa brusquement ses lunettes de soleil et Mamori avait la forte impression d'être acculée dans un coin par une bête sauvage. « Nous y allons ? »
Et quand Agon plaça nonchalamment une main dans son dos pour la guider, il lui fallut toute sa volonté pour ne pas avoir un haut-le-cœur. Finalement, elle resta calme et lui permit de la guider, gardant les yeux ouverts pour une chance de lui échapper.
Au bout d'un moment il était clair qu'il connaissait Ginza comme sa poche, et de la manière qu'il lui parlait, il savait aussi s'y prendre avec les femmes. De cela elle était déjà au courant, ayant entendue parler de ses nombreuses petites amies. Il la mena au centre de Ginza, le Chuo-dori, et Mamori nota silencieusement que la nuit tombait, rapidement. Elle allait devoir bientôt faire quelque chose. Si Agon insistait pour l' « accompagner », elle espérait pouvoir se saisir de son Taser suffisamment vite pour l'assommer.
Peux-tu battre son temps de réaction ?
Non. Mais il a un angle mort et c'est possible de … mais ne pensons pas à ça maintenant. Il y a une chance pour qu'il ne fasse que rechercher de la compagnie.
…Ouais bien sûr.
Tellement occupée par ses pensées, Mamori ne réalisa pas tout de suite qu'ils avaient quittés le centre et se dirigeaient vers Hibiya Park. Il n'y avait pas beaucoup de monde ici puisqu'il faisait presque nuit et que le parc allait bientôt fermer.
« Le déchet a au moins du goût en matière de gonzesses. »
Mamori se raidit légèrement au commentaire impromptu qui jaillit de nulle part. Jusqu'à maintenant il parlait en toute amabilité de leur environnement et il était facile à ignorer, mais le changement de sujet fit éclater le désir de lui répondre. Agon marchait un pas derrière elle lorsque Mamori s'arrêta brusquement, à sa surprise.
« Hiruma, » déclara-t-elle calmement et Agon haussa un sourcil. Mamori osa le regarder en face. « Son nom est Hiruma. Vous devriez arrêter de le traiter de déchet quand vous savez qu'il n'en est pas un, Agon-san. »
Un certain sourire libidineux trouva le chemin de ses lèvres. Le feu qui n'était pas là une minute avant brûlait maintenant dans ses yeux à elle : une flamme bleue et froide. Il n'y a qu'un instant elle était encore un agneau docile et silencieux. Désormais il pouvait voir l'acier sous les apparences doucereuses et grand dieu que ça l'excitait. « Déchet lui va mieux, à ce bon à rien. »
Il la vit tiquer et pouvait à peine contenir son allégresse. S'il y avait une arme à disposition il était sûr qu'elle n'hésiterait pas à s'en servir contre lui. Quel changement ! « Retirez ça, » demanda-t-elle d'une voix glaciale. « Vous n'avez pas le droit de juger quelqu'un de la sorte ! »
« Tu es la manager de l'équipe, non ? Je suis certain que tu sais très bien de quoi je parle, » susurra Agon. « Ce déchet essaye de dépasser ses propres limites. Combien de temps il peut tenir comme ça, tu crois ? Il va juste finir comme un putain d'éclopé, ha ha ! »
Aussi vite que l'éclair, la main de Mamori se dressa mais Agon la saisit adroitement avec un sourire admiratif. Elle serra le poing. « Vous êtes dégoûtant, » cracha-t-elle. « Vous qui n'avez jamais travaillé dur de toute votre vie ne pourrez jamais comprendre quelqu'un qui est prêt à mourir pour son rêve. En ce sens, c'est vous le véritable éclopé, Agon-san ! »
Son insulte le frappa plus fort que sa claque aurait pu. Grognant de rage, il allait lui tordre le bras lorsqu'un coup de feu effleura son oreille. Il jeta un rapide coup d'œil à la silhouette élancée se tenant un peu en retrait derrière Mamori, soulignée par le soleil couchant.
Hiruma garda Agon en joue, un rictus de dément sur la figure : « Vire tes putains d'mains d'elle, fucking dread. »
« Rhô qu'on est sérieux, » roucoula Agon avant de relâcher le poignet de Mamori. Sa main continua aussitôt la course prévue et le gifla, bien que pas aussi fort qu'elle l'aurait voulu.
Hiruma abaissa son flingue et attendit que Mamori se rapproche de lui. « La moto est en bas alors bouge. »
Elle ne dit rien en le dépassant. Ce n'est qu'une fois qu'il fut sûre qu'elle ne pouvait plus les entendre que son rictus s'effaça pour laisser éclater sa rage : « Je ne te donnerai pas de second avertissement, fucking dread. Emmerde-la ne serait-ce qu'une fois et je vous enverrais, toi et ton talent, là où le soleil ne brille pas, c'est clair ? » Grogna-t-il. La réaction d'Agon fut un petit sourire en coin. « Première fois que je te vois passionné pour autre chose que le foot. Est-ce que le petit démon aurait finalement grandi ? »
Hiruma s'assura du coin de l'œil que Mamori était déjà sur le vélo avant d'ajouter : « Je te laisse t'en aller pour aujourd'hui. »
Agon gloussa et se tourna pour partir. « Elle est impétueuse, cette Anezaki. Tu pourrais ne pas savoir t'en occuper. Qu'importe, je suis dans le coin. »
« N'y compte pas, fucking dread. » Hiruma tourna aussi les talons et se dirigea vers la moto, où Mamori l'attendait avec une expression indéchiffrable. Il mit silencieusement le contact et prit la direction de Deimon.
Pendant plusieurs minutes aucun d'entre eux ne pipa mot, Hiruma se concentrant sur la circulation du soir et Mamori se tenant à ses épaules. La lueur rouge qui allumait ses yeux à lui avait disparu en grande partie mais Hiruma sentait que Mamori n'était pas encore remise de la soirée.
« Je le déteste, » lâcha-t-elle soudainement, et la prise sur ses épaules se fit légèrement plus forte alors qu'elle se protégeait du vent. Le moment de bravoure était passé et maintenant Mamori était malade de répugnance. Elle ne l'avait pas senti précédemment mais désormais elle était terrifiée –totalement. Elle n'était pas étrangère à l'animosité entre les deux hommes et elle se fiait à Agon pour avoir imaginé se servir d'elle à cette fin. Elle aurait pu finir… oh mon dieu. Elle ne voulait pas penser à comment elle aurait pu finir.
« Oublie ça. » La commande dite d'un ton posé la secoua hors de ses pensées. « La fichue équipe est probablement inquiète à mort pour toi. Ne les laisse pas te voir comme ça. »
Un vigoureux sentiment d'impuissance la prit à la gorge et elle changea de position en silence, enserrant son torse de ses bras et le serrant fermement. « Pourrais-tu … aller un peu plus lentement, Hiruma-kun ? »
« …Ah. » Il garda ses yeux sur la route, son masque d'indifférence ne vacillant pas malgré la sensation de son souffle erratique à chaque discret sanglot. C'était inévitable après tout. Ceux prient entre lui et Agon en ressortaient rarement indemnes.
Et combien Hiruma pouvait s'insulter à cause de ça.
Note de l'auteur : Les références pour Ginza viennent de Wikipedia. S'il y a des fans d'Agon qui lisent ceci, désolée si je ne l'ai pas choyé.
Note de la traductrice : Cet OS me fait directement penser à une dark fic de Cristal Noir, « Un Crime Dans La Nuit », qui si vous êtes majeurs traite d'un sujet odieux d'une main de maître et donne la part belle à la cruauté repoussante dont fait éternellement preuve Agon (oui je n'aime pas ce type, c'est viscéral). Merci à elle et à tous ceux qui me lisent et commentent mes fics, ça me donne l'envie de bosser à fond pour vous. Un petit coucou à Caath qui privilégie les fics HiruSena, s'il y a des amateurs allez la lire. Sur ce je vous dis bonne nuit & bonne lecture !
*Hermi-kô***
